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jeudi 18 juillet 2013
Le « choc de simplification » du service public
Hier après-midi, la plupart des ministres étaient réunis à Matignon pour un troisième comité interministériel pour la modernisation de l’action publique (Cimap). Le premier ministre a dévoilé un ensemble de 200 nouvelles mesures pour poursuivre « la modernisation de l’action publique ». La veille, le Sénat avait voté à l’unanimité le projet de loi – qui sera examiné la semaine prochaine par une commission paritaire (sept députés, sept sénateurs) – habilitant le gouvernement à simplifier les relations entre les citoyens et l’administration.
Mis à part le nouveau principe selon lequel désormais « le silence de l’administration vaudra autorisation », les mesures annoncées – de l’allongement de la durée de validité de la carte d’identité à la dématérialisation des tickets-repas –, considérées individuellement, n’ont en apparence rien de très révolutionnaire. Mais prises dans leur ensemble, elles ne peuvent que faciliter la vie quotidienne des usagers de l’administration, entreprises et particuliers. En outre, elles devraient permettre à l’État de réduire son déficit de trois milliards d’euros l’an prochain, grâce à une baisse de ses dépenses et à une plus grande efficacité dans les rentrées fiscales. Et c’est sans compter sur les gains réalisés par les entreprises grâce à un allégement de certaines formalités coûteuses en temps et en énergie et qui pèsent sur leur compétitivité.
Le chantier de la simplification est de taille. Le chiffre circule de 400 000 normes accusées d’entraver la croissance et l’investissement. Au printemps, le gouvernement a déjà demandé à chaque ministère de geler sa production normative : la création d’une nouvelle norme doit être compensée par la suppression d’une existante. En annonçant un nouveau train de mesures, le gouvernement manifeste sa volonté de poursuivre la modernisation de l’État pour améliorer la qualité du service public. Sur ce dossier, il ne peut que faire l’unanimité.
samedi 16 mars 2013
Un pape des Amériques
Un pape des Amériques
Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, jésuite et archevêque de Buenos Aires, est devenu avant-hier soir le 265e successeur de saint Pierre. Il n’aura fallu que deux jours et cinq scrutins pour que son nom rallie les suffrages des deux tiers des électeurs. Non sans surprise. Les regards étaient tournés vers des candidats plus jeunes. Or, le nouveau pape a déjà 76 ans – Benoît XVI en avait 78 lors de son élection en 2005. Mais la possibilité d’un renoncement étant désormais ouverte, le nombre d’années ne semble pas avoir pesé dans le choix.
Le nouveau pape est le premier qui vient des Amériques. Cette élection signe le basculement du centre de gravité du catholicisme vers le Sud, avec ses problématiques spécifiques de justice sociale. En choisissant de porter le premier le nom du Poverello d’Assise, saint populaire et patron de l’Italie, le pape François a montré la tonalité qu’il entend donner à son pontificat, dans le sillage de l’engagement social auprès des plus pauvres qu’il a déployé en Argentine, son pays natal. Et déjà, hier soir, lors de sa première apparition publique devant la foule immense rassemblée sur la place Saint-Pierre, il a manifesté son humilité et son désir de simplicité. Un peu raide dans un premier temps, le pape François a vite trouvé le sourire pour s’adresser avec chaleur et simplicité aux fidèles, leur demandant de prier avec lui et pour lui en silence pendant une minute.
Le pape François ne fait pas que venir des Amériques. C’est aussi un migrant de la deuxième génération, fils de parents italiens issus du Piémont, qui revient vers la terre paternelle, vers une Europe qui a longtemps constitué la tête de pont pour la diffusion de l’Évangile à travers le monde. Il y retourne avec une expérience de foi vécue dans un contexte culturel non européen – bien qu’encore latin. À l’époque de la mondialisation et des flux migratoires, le choix d’un pape venu de l’autre côté de l’Atlantique est d’abord le signe que le message de l’Évangile n’a pas de frontières, qu’il s’enrichit au contact des cultures qu’il côtoie et mérite d’être redécouvert.
mercredi 22 décembre 2010
L'esprit de la loi
On avait cru les religions définitivement reléguées dans les oubliettes de l’histoire républicaine, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Depuis 1905, elles se sont maintenues avec discrétion dans l’espace public, parfois sous les traits de la culture, pour ne pas provoquer les défenseurs d’une laïcité pure et dure. Or voici que le religieux revient progressivement au grand jour. Et si l’islam cristallise certainement le plus d’attention, chrétiens et juifs ne sont pas en reste pour sortir de leurs lieux de culte et investir la rue, pour afficher leur appartenance par des signes et des comportements visibles.
Devant cette nouvelle donne, on a vu au cours des dernières semaines surgir une génération spontanée de défenseurs d’une absolue neutralité de l’espace public. Mais ces nouveaux croisés se trompent de combat à se situer d’abord sur le plan religieux. Car la problématique de fond est avant tout sociale. L’affichage identitaire et la montée des exigences communautaires vont en effet de pair avec la crise du modèle d’intégration. Dans un pays davantage marqué par le pluralisme des origines, les institutions républicaines ont du mal à forger l’unité de la communauté nationale, unité sans cesse à renégocier en démocratie. Dans un tel contexte, les références religieuses comblent un manque.
Plus encore, la quête identitaire à travers le religieux exprime peut-être la difficulté, voire l’incapacité à vivre sereinement la remise en cause permanente des termes du vivre-ensemble dans un monde qui n’offre plus guère de points de repères. En fin de compte, les traditions religieuses dynamiques représentent des ressources précieuses sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent compter pour construire la vie en commun. À condition bien sûr qu’elles ne cherchent pas à échapper aux règles du droit commun ou à imposer des manières particulières de vivre. C’est même faire vivre l’esprit du principe de laïcité tel qu’il fonctionne dans la loi de 1905 que de reconnaître la place du religieux dans la construction du vivre-ensemble. La loi n’est pas hostile aux religions. Au contraire, elle reconnaît implicitement une entière liberté à tous les cultes, au nom même d’un principe qui fonde le contrat social en démocratie : la liberté de conscience . Tout défenseur de la laïcité doit s’en souvenir.
On avait cru les religions définitivement reléguées dans les oubliettes de l’histoire républicaine, avec la loi de séparation des Églises et de l’État. Depuis 1905, elles se sont maintenues avec discrétion dans l’espace public, parfois sous les traits de la culture, pour ne pas provoquer les défenseurs d’une laïcité pure et dure. Or voici que le religieux revient progressivement au grand jour. Et si l’islam cristallise certainement le plus d’attention, chrétiens et juifs ne sont pas en reste pour sortir de leurs lieux de culte et investir la rue, pour afficher leur appartenance par des signes et des comportements visibles.
Devant cette nouvelle donne, on a vu au cours des dernières semaines surgir une génération spontanée de défenseurs d’une absolue neutralité de l’espace public. Mais ces nouveaux croisés se trompent de combat à se situer d’abord sur le plan religieux. Car la problématique de fond est avant tout sociale. L’affichage identitaire et la montée des exigences communautaires vont en effet de pair avec la crise du modèle d’intégration. Dans un pays davantage marqué par le pluralisme des origines, les institutions républicaines ont du mal à forger l’unité de la communauté nationale, unité sans cesse à renégocier en démocratie. Dans un tel contexte, les références religieuses comblent un manque.
Plus encore, la quête identitaire à travers le religieux exprime peut-être la difficulté, voire l’incapacité à vivre sereinement la remise en cause permanente des termes du vivre-ensemble dans un monde qui n’offre plus guère de points de repères. En fin de compte, les traditions religieuses dynamiques représentent des ressources précieuses sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent compter pour construire la vie en commun. À condition bien sûr qu’elles ne cherchent pas à échapper aux règles du droit commun ou à imposer des manières particulières de vivre. C’est même faire vivre l’esprit du principe de laïcité tel qu’il fonctionne dans la loi de 1905 que de reconnaître la place du religieux dans la construction du vivre-ensemble. La loi n’est pas hostile aux religions. Au contraire, elle reconnaît implicitement une entière liberté à tous les cultes, au nom même d’un principe qui fonde le contrat social en démocratie : la liberté de conscience . Tout défenseur de la laïcité doit s’en souvenir.
samedi 13 novembre 2010
Ecoute
Dans le brouhaha politico-médiatique, il est parfois bien difficile de s’entendre, surtout quand il est question d’écoutes, comme au cours de ces dernières heures avec le dossier Woerth-Bettencourt. L’écoute, au singulier cette fois, il en est question dans l’exhortation apostolique postsynodale sur la Parole de Dieu qui vient d’être rendue publique.
Ce long et beau texte de Benoît XVI invite les croyants à une écoute renouvelée de la Parole divine en vue de retrouver l’ardeur et le goût d’une audace missionnaire, au-delà des frontières habituelles de nos communautés, notamment dans les régions du monde touchées par la sécularisation. « En aucune façon, affirme le pape, l’Église ne peut se limiter à une pastorale de “l’entretien” en faveur de ceux qui connaissent déjà l’Évangile du Christ. » La responsabilité des chrétiens, explique-t-il encore, « ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes : il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu ».
Benoît XVI insiste sur la première annonce. Il souligne aussi que c’est dans la Parole de Dieu « qui dénonce sans ambiguïté les injustices et promeut la solidarité et l’égalité » que doit puiser et se renouveler l’engagement en faveur de la justice, de la paix, de la réconciliation, de la préservation de l’environnement.
Les recommandations contenues dans cette exhortation, qu’elles concernent la prière, la liturgie, la catéchèse, les études bibliques, la prédication, la recherche théologique, ne sont pas novatrices. Mais mises ensemble, elles tracent un programme ambitieux susceptible d’aider les communautés à accueillir et à proclamer l’Écriture comme une parole qui vient de Dieu et attend d’être écoutée. Et Benoît XVI de citer l’Écriture : « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 27).
Ce long et beau texte de Benoît XVI invite les croyants à une écoute renouvelée de la Parole divine en vue de retrouver l’ardeur et le goût d’une audace missionnaire, au-delà des frontières habituelles de nos communautés, notamment dans les régions du monde touchées par la sécularisation. « En aucune façon, affirme le pape, l’Église ne peut se limiter à une pastorale de “l’entretien” en faveur de ceux qui connaissent déjà l’Évangile du Christ. » La responsabilité des chrétiens, explique-t-il encore, « ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes : il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu ».
Benoît XVI insiste sur la première annonce. Il souligne aussi que c’est dans la Parole de Dieu « qui dénonce sans ambiguïté les injustices et promeut la solidarité et l’égalité » que doit puiser et se renouveler l’engagement en faveur de la justice, de la paix, de la réconciliation, de la préservation de l’environnement.
Les recommandations contenues dans cette exhortation, qu’elles concernent la prière, la liturgie, la catéchèse, les études bibliques, la prédication, la recherche théologique, ne sont pas novatrices. Mais mises ensemble, elles tracent un programme ambitieux susceptible d’aider les communautés à accueillir et à proclamer l’Écriture comme une parole qui vient de Dieu et attend d’être écoutée. Et Benoît XVI de citer l’Écriture : « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 27).
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