TOUT EST DIT

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lundi 22 novembre 2010

Les amis de mes amis...

La phrase s'affiche ces temps-ci sur les frontons des cinémas : « On ne peut pas avoir 500 millions d'amis sans se faire quelques ennemis. » C'est l'accroche de « The Social Network », le (remarquable) film retraçant la genèse de Facebook. Elle prend une nouvelle résonance au moment où un tribunal des prud'hommes vient de valider le licenciement de deux salariés d'Alten pour avoir « dénigré leur entreprise » sur le réseau social. Ce jugement est une première - le nombre d'articles et l'émoi qu'il suscite en sont la preuve -, mais, comme le rappelle un avocat spécialisé dans le droit du travail, « Facebook ne ressemble à rien d'existant ». Et avec lui tous les réseaux, de Twitter à Linkedin, en passant par Foursquare et d'innombrables autres. Au-delà de la problématique du droit ou non de critiquer ou de dénigrer son entreprise (qu'on se gardera bien de trancher ici en quelques lignes), ce jugement livre un enseignement majeur. Il rappelle l'impérieuse nécessité pour n'importe quel salarié, notamment d'une SSII, et plus largement pour n'importe quel citoyen, adulte, adolescent ou enfant, non pas tant de mesurer sa parole - chacun a heureusement le droit de penser ce qu‘il veut du président, de son patron, de son prof, de ses parents -, mais de savoir la livrer au bon endroit et aux bons interlocuteurs. Mes amis sont mes amis, mais les amis de mes amis peuvent parfois être mes ennemis, donc autant anticiper les risques… N'importe quel « surfer » sur Internet doit déjà, en permanence et en priorité, se poser une question simple mais fondamentale : qui me parle ? Tout « facebooker » ou « twitto » doit également se poser une deuxième question : à qui je parle ? L'usage du Web et des nouvelles technologies, celles-là même qui ont aboli nombre de frontières entre vie professionnelle et vie privée, ne peut se faire intelligemment sans le souci permanent de répondre à ces deux questions. Cette bonne pratique du Web et des réseaux sociaux, encore plus cruciale avec le développement de la géolocalisation, peut servir à nous rendre plus responsables et moins vulnérables, on l'espère. Donc je fais et dis ce que je veux entre les murs et sur les murs (intérieurs) de ma maison. Mais sur mon « wall », comme on dit en langage Facebook j'essaie de réfléchir avant de parler. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle, finalement. Qui a dit qu'Internet n'était qu'une machine à décérébrer ?

La Russie impuissante face au cancer de la corruption


Corruption, détournement de fonds, racket, arrestation illégale, voire meurtre. Les crimes commis en Russie, en toute impunité, par des fonctionnaires mafieux qui semblent phagocyter l'Etat chaque jour davantage pourraient ne préoccuper que la population et les seuls entrepreneurs, locaux ou étrangers, menacés de voir confisquer à tout moment le fruit de leur travail. Mais la criminalisation d'un Etat bureaucratique et policier devenu le prédateur de sa propre nation peut affecter aussi ses relations avec des pays occidentaux pourtant enclins à une certaine indulgence envers le principal exportateur mondial d'hydrocarbures. Ainsi, Barack Obama, qui tenait à appuyer sur le bouton « remise à zéro » des relations avec Moscou, endommagées par la période Bush, doit tenir compte d'une démarche inhabituelle : Ben Cardin, un sénateur démocrate, vice-président de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), demande que pas moins de 60 officiels russes impliqués dans la mort en prison d'un juriste de trente-sept ans, Sergueï Magnitski, soient interdits de visa aux Etats-Unis. Première mondiale dont la Russie se serait bien passée : un documentaire sur cette affaire a été projeté simultanément devant les Parlements européen, britannique, allemand, canadien et américain (mais pas en France, pourtant prompte d'habitude à s'inquiéter des violations des droits de l'homme). Et, entre deux discussions sur le traité START de désarmement nucléaire, la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a même demandé à Dimitri Medvedev de faire toute la lumière sur l'affaire.


Rappel des faits. Ce défenseur d'Hermitage Fund, le premier fonds d'investissement occidental à avoir misé sur la Russie, est décédé il y a exactement un an en prison, où il avait été jeté en novembre 2008 et privé de soins et de visites depuis lors, malgré un cancer. Son crime ? Avoir témoigné peu auparavant contre des juges, fonctionnaires du fisc et officiers du ministère de l'Intérieur dirigés par un colonel, Artyom Kuznetsov, liés sans doute au département K (renseignement économique) du FSB. Il les accusait d'avoir soutiré 230 millions de dollars au fisc russe via un montage complexe (« Les Echos » du 7 août 2008) à grand renfort de registres d'actionnaires falsifiés, d'actions en justice lancées par des détenteurs de passeports volés et de documents, sceaux et ordinateurs dérobés lors de perquisitions illégales au siège russe d'Hermitage. On n'est jamais mieux servi que par soi-même : l'enquête lancée suite aux dépositions de Sergueï Magnitski avait été confiée… aux policiers mis en cause, lesquels s'étaient empressés d'arrêter leur accusateur.


Apparemment, le président russe, Dimitri Medvedev, est conscient du problème que représente la criminalité des « hommes à épaulettes », « principale menace pour la Sécurité nationale », lui qui reconnaissait candidement il y a un an que « des officiels corrompus mènent le pays. Ce sont eux qui ont le vrai pouvoir. La corruption est de nature systémique, avec de profondes racines historiques ».


Lors de son entrée en fonctions, en mai 2008, le président, qui est un juriste de formation, avait présenté un programme limpide visant à lutter contre la corruption, faire « respecter véritablement la loi et surmonter le nihilisme juridique qui entrave gravement le développement du pays ». Si le dynamisme de la Russie, où sont lancés régulièrement de nouveaux chantiers, est indéniable, toutefois le courage commence à manquer chez les entrepreneurs devant les atteintes au droit de propriété. Les flux d'investissements étrangers ont chuté l'an dernier au quart du niveau atteint avant la crise mondiale, à 15,9 milliards de dollars, un niveau décevant pour la 10 e économie de la planète.


Aujourd'hui, l'engagement de Dimitri Medvedev contre le « nihilisme légal » sonne de plus en plus creux. Il ne peut se targuer que de la mise en place d'un Conseil national anticorruption et d'un projet de loi obligeant les proches des hauts fonctionnaires à divulguer leur patrimoine (projet d'ailleurs retoqué par le ministère des Finances). Les enquêtes d'opinion confirment une aggravation de la corruption dans ce pays où tout, contravention, diplôme ou permis de construire, se monnaie. La Russie figure désormais au 154 e rang sur 178 dans l'index de Transparency International, au même niveau que la PapouasieNouvelle-Guinée ou le Kenya. Elle a reculé de 8 places en un an.


Ceux qui dénoncent la corruption risquent leur vie : 6 journalistes ont ainsi été tués depuis le début de l'année et aucun de leurs meurtriers n'a été retrouvé. Le dernier tabassage en date visait un collaborateur du quotidien économique « Kommersant », Oleg Kachine, au demeurant courtois avec le régime mais « coupable » d'avoir enquêté sur un chantier controversé d'autoroute. Le fait qu'il ait été attaqué devant des caméras de surveillance à dix minutes à pied du Kremlin révèle le sentiment d'impunité de ses agresseurs, voire sonne comme un défi à Dimitri Medvedev.


La question qui se pose désormais aux Russes comme à leurs partenaires étrangers est de savoir simplement si ce pays peut se doter d'un Etat de droit. On peut en outre se demander si le président russe n'est pas finalement qu'un leurre, chargé de conserver la place au chaud pour Vladimir Poutine jusqu'à l'élection présidentielle dans dix-huit mois. Un indice ? Suite à l'affaire Magnitski, après avoir limogé quelques responsables… des services pénitentiaires, Dimitri Medvedev a ordonné une enquête, qui n'a abouti à rien. La veille de l'anniversaire de la mort du juriste, cinq des principales personnes qu'il accusait ont été promues par le ministère de l'Intérieur pour services exceptionnels…

Livret A : les vases communicants


Le piège du Livret A va-t-il se refermer sur les banques ? Il y a près de deux ans maintenant, elles ont obtenu de haute lutte de pouvoir vendre dans leurs agences le placement préféré des Français, un privilège réservé jusqu'alors à trois d'entre elles (La Banque Postale, les Caisses d'Epargne et le Crédit Mutuel). Et le succès a été au rendez-vous. Mais elles risquent aujour-d'hui de payer cette conquête au prix fort. Le temps est en effet venu de trancher définitivement la question du taux de centralisation du Livret A, c'est-à-dire la part de la collecte que les banques doivent reverser à la Caisse des Dépôts et Consignations, fixée actuellement à 63 %. Réglé de manière temporaire en 2008, le sujet peut paraître technique. Il est pourtant primordial. A en croire les protagonistes, en fonction de l'endroit où sera placé le curseur - au minimum 70 %, demande la CDC, 50 % au maximum, réclament les banques -, ce sera soit la solidité du secteur bancaire qui en sera gravement affectée, soit le financement du logement social qui en pâtira.


A première vue, le combat est inégal. Que peuvent bien peser les arguments de quelques établissements de crédit prospères et à la popularité incertaine face à l'une des priorités nationales, le logement des Français ? Car les 160 milliards d'euros centralisés actuellement à la Caisse des Dépôts sont destinés au financement des organismes HLM. Que l'on réduise le taux, explique sur tous les tons le patron de la Caisse, et l'institution n'aura plus les moyens de remplir sa mission. La crise du logement s'aggravera encore. L'établissement public joue donc sur du velours. D'autant qu'il peut compter sur la bienveillance de l'Etat. Une part non négligeable des sommes centralisées est placée en obligations françaises…


Les pouvoirs publics auraient toutefois tort de se précipiter. D'abord, il y a de la marge avant que le financement du logement social soit en danger. La moitié seulement des fonds d'épargne y est investie. En clair, une baisse limitée du taux de centralisation n'aurait pas les effets dévastateurs redoutés. Mais, surtout, augmenter ce taux reviendrait à coup sûr à siphonner les dépôts du Crédit Agricole, de BNP Paribas, Société Générale et autres au profit de la CDC. L'essentiel des sommes déposées sur leurs Livrets A provient en effet de comptes déjà ouverts dans leurs agences. Après tous les efforts déployés depuis deux ans pour s'assurer que nos banques continuent à financer correctement l'économie, il y aurait quelque chose d'aberrant aujourd'hui à les « saigner ». Certes, les nouveaux réseaux distributeurs ont échoué à faire du Livret A une machine à conquérir des parts de marché. Ce n'est pas une raison pour leur appliquer une double peine dont le pays dans son ensemble subirait les effets.

L'euro grimpe après l'annonce du soutien à l'Irlande

La monnaie européenne progresse ce lundi sur les marchés des changes après l'annonce du plan d'aide à l'Irlande. L'Union européenne et le Fonds monétaire international ont accepté dimanche soir de verser jusqu'à 90 milliards d'euros. De son côté, l'Irlande a officiellement demandé un soutien financier.
L'annonce d'un plan de soutien à l'Irlande a fait grimper l'euro ce lundi sur les marchés des changes. Fragilisée pendant des semaines par la crise des finances publiques et du secteur bancaire en Irlande, la monnaie unique européenne s'est ressaisie lundi. Elle s'échangeait à environ 1,3745 dollar à 3h15 GMT contre 1,3683 dollar vendredi soir à New York.

Les investisseurs attendent désormais la réaction des marchés européens avant de décider ou non de prolonger la hausse de l'euro. L'Union européenne et le Fonds monétaire international ont accepté dimanche soir de fournir un soutien financier à l'Irlande sous la forme de prêts.

L'Irlande a officiellement demandé dimanche une aide financière internationale pour faire face à sa crise bancaire et budgétaire, ce qui constituera le deuxième renflouement d'un pays de la zone euro en un an, après celui de la Grèce en mai dernier.

"Les autorités européennes ont accédé à notre demande", a déclaré dans la soirée le Premier ministre irlandais, Brian Cowen. "J'espère que l'accord sera finalisé prochainement, dans les semaines à venir".

Le montant de l'aide financière qui sera débloqué par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) devra être négocié, mais il est vraisemblable qu'il sera inférieur à celui du plan de renflouement de la Grèce en mai.

"Je dirais que nous parlons d'une somme comprise entre 80 et 90 milliards d'euros", a-t-on déclaré de source européenne haut placée, à Bruxelles, en ajoutant que cette somme comprendrait des fonds destinés à soutenir le secteur bancaire irlandais.

Des experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI devront boucler d'ici la fin novembre un plan de prêts à l'Irlande, qui sera échelonné sur trois ans, a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

"Accorder une aide à l'Irlande est justifié par le besoin de préserver la stabilité financière de l'Europe", a dit Rehn à Reuters. "Le plan en préparation devra répondre de façon décisive aux défis budgétaires de l'économie irlandaise et aux besoins potentiels en capitaux à l'avenir dans le secteur bancaire", a-t-il ajouté.

La Banque centrale européenne, qui a favorablement accueilli la demande irlandaise, a fait savoir que l'aide financière serait assortie de conditions strictes.

Les dirigeants européens craignent que les problèmes de l'Irlande ne se propagent à d'autres membres de la zone euro ayant un déficit budgétaire important, comme l'Espagne ou le Portugal, menaçant l'UE d'une crise systémique.

Contagion ou pas contagion ?

Mais à Berlin, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a minimisé le risque d'une contagion à d'autres membres affaiblis de la zone euro. "Si nous apportons maintenant la bonne réponse au problème irlandais, nous aurons de grandes chances d'éviter des effets de contagion", a-t-il dit à la chaîne allemande ZDF.

Certains, comme l'économiste portugais Filipe Garcia, de la société de consultants Informaçao de Mercados Financeiros, ne sont pas du même avis: "Je pense que cela veut dire (le plan d'aide) que le Portugal sera le prochain (à demander une aide). J'ignore si cela se produira avant la fin de l'année ou après, mais c'est presque inévitable, maintenant".

En mai dernier, l'UE et le FMI ont mis en oeuvre un plan d'un montant de 110 milliards d'euros, le premier du genre dans la zone euro, pour éviter à la Grèce une faillite. En échange, Athènes s'est engagé à mettre en oeuvre des mesures d'austérité draconiennes, qui ont provoqué d'importantes manifestations.

Brian Cowen a indiqué dimanche soir que le gouvernement irlandais allait annoncer désormais un plan d'austérité sur quatre ans, qui visera à réduire le déficit budgétaire de 15 milliards d'euros d'ici 2014.

"La prochaine étape dans le processus sera la publication du plan de quatre ans du gouvernement (irlandais) pour résoudre les problèmes des finances publiques", a poursuivi Cowen.

"Le plan sur quatre ans permettra une réduction du déficit budgétaire de l'ordre de 15 milliards d'euros d'ici 2014", a-t-il continué. L'objectif assigné à l'Irlande est de ramener son déficit budgétaire à 3% du PIB en 2014.

Selon des médias irlandais, les mesures d'austérité devraient comprendre une nouvelle taxe foncière, une réduction du salaire minimum, des allocations familiales et des indemnités aux demandeurs d'emploi. Certaines exonérations fiscales dont bénéficient les hauts revenus pourraient également être supprimées.

Cowen sur la sellette

Les ministres des finances de l'UE ont accueilli favorablement la demande d'aide irlandaise, tout comme le FMI dont le directeur général, Dominique Strauss-Kahn, a indiqué que les experts du FMI d'ores et déjà présents en Irlande allaient entamer "sans attendre" des discussions avec les autorités du pays.

Les ministres des Finances de l'UE ont indiqué pour leur part que le plan d'aide à l'Irlande devrait être financé via le mécanisme européen de stabilité financière et le Fonds européen de stabilité financière (FESF), et qu'il pourrait être renforcé par des prêts bilatéraux négociés par les Etats membres de l'UE. La Grande-Bretagne et la Suède ont indiqué qu'elles étaient disposées à envisager un prêt bilatéral avec Dublin.

La BBC a rapporté dimanche soir que la Grande-Bretagne fournirait une aide de 8,15 milliards d'euros, au titre de l'assistance à "un ami dans le besoin".

L'officialisation de la demande d'aide irlandaise est intervenue dans un contexte de crispation alors que de plus en plus de voix souhaitent que la gestion de la crise change de mains à Dublin.

Les critiques ne viennent désormais plus seulement de l'opposition et l'unité du parti du Premier ministre Brian Cowen, le Fianna Fail, se lézarde tandis que la presse relaye l'inquiétude grandissante des irlandais.

"Vous avez menti, vous nous avez laissé tomber. Pour le salut de l'Irlande, partez maintenant", réclame le Sunday Independant en une.

Le mécontentement populaire s'est accentué au cours de la semaine dernière, l'opinion publique reprochant au gouvernement sa communication sur la question de la crise. A plusieurs reprises, le gouvernement a assuré qu'il n'y avait aucune négociation alors que des discussions informelles se déroulaient.

Karachi: les démons de la droite

 Karachi: les démons de la droite

Le réveil des vieilles haines politiques, à dix-huit mois de la présidentielle, fait courir un risque mortifère à la droite

« Intime conviction », dit l'ancien ministre de la Défense Charles Million à propos des supposées rétrocommissions sur certains marchés d'armement passés en 1994. « Aucune preuve », rétorque l'actuel ministre de la Défense, Alain Juppé. Que les familles des victimes de l'attentat de Karachi de mai 2002 veulent la vérité sur les causes de ce drame est normal. Quatre juges d'instruction s'attellent à cette enquête et pourront travailler sur tous les documents qui leurs seront communiqués « en temps et en heure », comme l'a promis samedi Nicolas Sarkozy.
Autre chose est le réveil des vieilles haines politiques qui, à dix-huit mois de la présidentielle font courir un risque mortifère à la droite. Règlement de compte à retardement entre les amis de Jacques Chirac et les fidèles d'Edouard Balladur ? Un paradoxe au moment où le remaniement vise à refermer la parenthèse de la fracture de 1995. Le retour d'Alain Juppé, la promotion de François Baroin et le maintien de Michèle Alliot-Marie sont autant de signes d'unité retrouvée de la famille gaulliste. Le maire de Bordeaux, qui a au moins autant de titres de chiraquisme à fournir que Dominique de Villepin, ne s'est pas trompé sur le danger de cette polémique : « je ne veux pas m'immiscer dans cette bagarre », a-t-il prévenu hier sur Canal plus.
Aucun observateur étranger au dossier n'a aujourd'hui les informations permettant de connaître l'exacte vérité ni sur les conditions des ventes de sous-marins au Pakistan ou de frégates à l'Arabie saoudite en 1994 ni sur le lien avec l'attentat de Karachi. La campagne de 1995 s'est déroulée en un temps où les fonds secrets à disposition de Matignon n'étaient pas supprimés. Premier ministre, Edouard Balladur avait-il besoin de recourir à des procédés plus risqués pour financer sa campagne ? Des attentats terroristes étaient « quotidiens » au Pakistan comme l'a rappelé hier le ministre de la Défense, ce qui doit rendre prudent sur le lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt, décidé par Jacques Chirac, du versement des commissions.
Sur un plan politique on assiste à une déflagration qu'aucun des acteurs ne saurait maitriser. L'altercation à distance entre Dominique de Villepin, affichant ses « très forts soupçons » et Nicolas Sarkozy, soulignant qu'il n'a été « que » porte-parole de la campagne de Balladur augure d'un « remake » de l'affaire Clearstream . En pire car des victimes bien réelles sont cette fois concernées. Les chiraquiens -Jacques Chirac lui-même ? -seront d'utiles casques bleus pour prévenir les démons suicidaires de la droite.

Nicolas Dupont-Aignan candidat pour 2012

Le président de Debout la République entend «rendre le pouvoir aux Français» en sortant la France de la zone euro.

«Mes chers compagnons…» Voilà des mots qu'on n'avait plus l'habitude d'entendre. Nicolas Dupont-Aignan a recouru à ce vocabulaire gaulliste, dimanche, lorsqu'il s'est déclaré candidat à l'élection présidentielle de 2012. Le président de Debout la République, qui s'efforce de construire un parti entre l'UMP et le Front national, est la première personnalité politique à annoncer officiellement qu'il brigue l'Élysée.
Lorsqu'une présidentielle pointe à l'horizon, les outsiders, qui ont tout à gagner à une campagne longue, se dévoilent en général les premiers. Lors du discours de clôture du deuxième con­grès de son parti, qui s'est déroulé à Paris devant environ mille personnes, Nicolas Dupont-Aignan a justifié sa décision par sa volonté de «rendre le pouvoir aux Français». «Je veux symboliquement vous présenter le poison qui est en train de tuer la France : l'euro !», a lancé le candidat à l'Élysée.
Soignant ses effets, Dupont-Aignan a alors montré à l'assistance une effigie de la monnaie européenne. «L'euro, c'est la vie chère, a accusé le président de Debout la République. L'euro, ce sont les délocalisations ! L'euro, c'est le chômage ! L'euro, c'est la misère ! Et bien moi, je serai candidat à l'élection présidentielle de 2012 pour en finir avec ce poison !» Aux sceptiques, Dupont-Aignan a lancé : « Ne vous laissez pas impressionner par ceux qui vont prédire l'apocalypse. La Suède, le Danemark, la Grande-Bretagne, la Pologne et bien d'autres (qui ont conservé leur monnaie nationale, NDLR), sont-ils en enfer ?»

Les faux rebelles 

Le député de l'Essonne a ensuite fustigé «une classe politique misérable tant elle a oublié ses devoirs vis-à-vis du peuple». Il a renvoyé dos à dos Nicolas Sarkozy, «au service de cette mondialisation inique», et Ségolène Royal, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, «mondialistes convaincus solidaires de la purge infligée aux Grecs par le FMI».
Dupont-Aignan s'est distingué de François Bayrou et Dominique de Villepin, qui ambitionnent eux aussi de s'adresser à un électorat contestataire. Le candidat à l'Élysée a regretté que ces deux hommes «épousent les choix européistes» de l'UMP et du PS. En somme, des personnalités «attachantes», mais, à l'en croire, des faux rebelles, contrairement à lui. Le député de l'Essonne a ensuite tendu la main aux «républicains des deux rives» et a salué la présence, dans l'assistance, d'ex-proches de Jean-Pierre Chevènement ou de Philippe de Villiers.
Le président de Debout la République a tenu à se démarquer du FN. Il a jugé que le parti fondé par Jean-Marie Le Pen «puise son énergie dans la faiblesse de la classe politique. Une énergie qu'il dit mettre au service de la France. Mais il n'a pas compris qu'on ne redresserait pas la France en opposant les Français les uns aux autres».

GRANDE IDÉE D'UN HOMME QUI PENSE QUE LE FRANC AURAIT RÉSISTÉ À LA CRISE MONDIALE. IL N'AURAIT CESSÉ DE SE DÉVALUER, ENCORE ET ENCORE.
Y'A QUAND MÊME DES CRÉTINS DE DROITE !

La souricière

Un clic de souris qui vous envoie aux prud'hommes puis au chômage ! Voilà une première qui claque comme un sérieux avertissement pour la communauté d'internautes pris dans la souricière. Si des employés utilisateurs de Facebook avaient déjà été piégés et condamnés pour avoir craché leur venin sur la Toile ou dans leurs messageries, ce nouveau délit n'avait pas encore conduit à une telle conséquence devant un tribunal. Elle en dit long sur les risques de ce réseau dit social ouvert à tous les faux amis, délateurs et provocateurs.

Les accrocs de l'échange à gogo qui croient trop souvent vivre à l'abri, dans l'intimité de leur domicile, en surfant sur une planète virtuelle, sont donc invités à atterrir au plus vite. Internet nous plonge bien plus dans le réel qu'on ne l'imagine. Les lycéens, sanctionnés après avoir été repérés comme meneurs, également sur Facebook, peuvent eux aussi témoigner que la Toile n'est pas un espace pour les naïfs. Les téléphones portables non plus, quand les SMS érotiques sonnent comme autant d'aveux d'infidélité. De Tiger Woods à Tony Parker, les textos finissent par coûter cher !

La vigilance s'impose. Sans tomber dans la paranoïa, il faut, comme dans la vie, apprendre la prudence dans l'amitié Internet et la méfiance dans l'utilisation de ce moyen de communication génial et redoutable. L'anonymat et la liberté y sont très relatifs. On y est repéré, quasiment mis à nu, suivi à la trace pour le plus grand bonheur des fournisseurs d'accès, des as du marketing et de leurs clients, mais aussi d'autres chasseurs de proie aux intentions plus criminelles.

La vie privée l'est donc bien peu sur cette Toile que se disputent les ogres du business déguisés en prêcheurs de réseaux sociaux. Car chacun de nos clics ouvre le tiroir-caisse des géants du Web dont les patrons se livrent ces jours-ci une guerre féroce, sans se priver de tous les coups bas et représailles. Une lutte entre pirates à l'assaut du fantastique gisement publicitaire que représentent messageries et terminaux de tous poils. Google, Facebook, Yahoo? Tout n'est pas Net chez les vampires de nos intimités !

Grenade dégoupillée


Mais qu'est-ce qui a poussé Charles Millon, ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac et acteur de premier rang de ce dossier des rétrocommissions, à balancer une grenade dégoupillée dans les allées du pouvoir en place ? En attendant une improbable réponse, le lien direct entre les financements occultes et l'attentat de Karachi s'éclaire d'une lumière encore plus crue. On entend d'ici Édouard Balladur pousser des cris d'orfraie et renvoyer ces sordides questions d'argent aux mécanos de sa campagne électorale. Et l'on se souvient aussi que Nicolas Sarkozy, son trésorier d'alors, s'en est tiré en criant à la fable inventée de toutes pièces. La nuance c'est que toujours dans une fable il y a une morale. Celle-ci pourrait bien se finir par un scandale.


Un scandale d'État, sur fond de rivalités et de règlements de comptes au RPR, que l'omerta véreuse des marchands d'armes et des bénéficiaires de leurs pots de vin aura désormais bien du mal à étouffer. Tout est à peu près connu de cette affaire que onze Français ont payé de leur vie à Karachi, dans un attentat par rétorsion de la décision de la France de couper le robinet des commissions. Le lien est établi formellement. Les traces de la corruption légalisée et de l'existence de sociétés opaques pour faire transiter les rétrocommissions vers les caisses noires de la campagne sont dans le dossier des juges.


En faisant exploser le fragile parapluie des immunités et des validations un peu hâtives des comptes de campagne, Charles Millon se fait accusateur et vient en appui de la rébellion des familles de victimes qui cherchent à briser l'épais carcan de la raison d'État.


Louis XIV est mort, ceux qui font la loi ne peuvent se placer au-dessus d'elle. Pourtant la presque indifférence des Français capables de passer en quelques jours de l'affaire Bettencourt à celle des sous-marins de Karachi sans presque sourciller, est un sujet d'étonnement permanent. Tout juste si nous ne contentons pas de plaisanter sur l'effet « sparadrap du capitaine Haddock » des rebondissements de cette enquête, quand nous devrions nous demander si la guerre dans le clan Chirac-Balladur valait vraiment onze morts ?

La capsule DSK

Couvert d'amabilités par Nicolas Sarkozy lors de l'entretien télévisé, Dominique Strauss-Kahn, le chouchou des sondages, n'accélérera pas son calendrier personnel comme d'aucuns le lui suggèrent. Il a bien laissé pointer le bout de son intention lors d'une émission sur France Inter mais sans toutefois se dévoiler. En sortant trop vite du bois, il perdrait sa crédibilité politique et technique et se placerait sous le feu des attaques. Alors qu'actuellement le président de la République ne tarit pas d'éloges sur ses qualités et compte sur lui pour réussir sa présidence du G8 et du G20. La seule véritable interrogation à son sujet est, aujourd'hui, d'essayer d'imaginer comment la capsule DSK résistera à son retour dans l'atmosphère de la vie politique française.

Alain Juppé a beau crier « Au secours la gauche revient » et la droite critiquer le PS sur son programme flou, les socialistes continueront à donner du temps au temps. À chacun son rétroplanning. Nicolas Sarkozy est à mi-mandat, le PS est au milieu du gué, les urgences ne sont pas les mêmes. La gauche sait que la campagne et la victoire se jouent dans les six derniers mois. Les socialistes savent aussi que s'ils avaient aujourd'hui un chef et un programme, ils subiraient l'usure du temps comme c'est le cas pour le pouvoir en place.

Tous les candidats socialistes potentiels, en tout cas les plus sérieux d'entre eux, savent qu'il n'y a pas d'élection sans programme. La question qui se pose est celle de la place qu'on lui accorde dans le débat. Ou on joue loyalement avec les Français en leur proposant un vrai projet et des idées ou le programme n'est qu'un cosmétique éphémère.

Le PS doit être présent dans le débat avec des contenus et sans négliger les marges de manoeuvres financières. En évitant d'entrer dans le jeu des rivalités Aubry-Hollande, la chance du PS sera la crédibilité de son projet autant que celle de son candidat. Mais comme toujours avec le parti socialiste, les divisions sont en embuscade. En particulier chez ceux nombreux qui, dopés à l'antisarkozisme, ont cru que la droite était au fond du trou et sont allés un peu vite dans leur désir de revenir.

Le mythe de la crise irlandaise


Dans les semaines, sinon les mois qui viennent, on ne manquera sans doute pas de vous raconter l’histoire de cette nation courageuse, qui s’est arrachée à un passé fait d’oppression coloniale, de misère et d’émigration massive et a connu une ascension vers la richesse aussi spectaculaire que sa chute. Et qui, mieux que les Irlandais eux-mêmes, pourrait nous la conter. Le jour où les experts de la Commission européenne, de la Banque Centrale Européenne et du Fonds Monétaire International atterrissaient à Dublin pour prendre en mains l’économie de l’Irlande, l’éditorial du Irish Times se lamentait : “C’est bien là toute la honte de l’affaire. Ayant obtenu notre indépendance de la Grande-Bretagne afin d’être les maîtres de notre sort, nous venons maintenant d’abandonner notre souveraineté."


La cause ? “Ayant passé les dix dernières années dans les brumes enivrantes de l’autosatisfaction face à notre réussite économique, nous sommes désormais confrontés à la réalité de son caractère illusoire”, écrit le romancier Joseph O’Connor dans le Guardian. “Des politiciens ineptes, des banquiers cupides et des spéculateurs immobiliers ont torpillé les certitudes sur lesquelles était fondée la vision que nous avions depuis peu de nous-mêmes.”


Mais le naufrage de la nef économique irlandaise est-il un phénomène purement local, que l’on pourrait attribuer à l’ineptie de ses politiciens et à l’avidité des spéculateurs ? Quand on porte son regard vers la marche sud-ouest de l’Europe, vers le Portugal, que la rumeur désigne comme le prochain candidat susceptible de confier les clés de sa souveraineté économique au triumvirat de la Commission, de la BCE et du FMI, c’est une autre version de l’histoire qui se dessine. “Le problème du Portugal est différent, commente le New York Times. Ses banques ne sont pas particulièrement en danger, mais l’Etat lui-même affiche un fort taux d’endettement et une faible croissance. Quant à la dette, tant publique que privée, elle est considérable.”


Si l’on ajoute à ce malheureux duo le cas récent de la Grèce, dont le peuple était il y a peu, qualifié “de ruseurs indécrottables” par le Financial Times Deutschland pour son apparente propension au clientélisme et à la fraude, il n’en est pas moins surprenant de constater que trois destins aussi fondamentalement différents ont tous abouti exactement au même résultat : effondrement, renflouement, perte de souveraineté.


Dans l’affaire, tout le monde semble avoir oublié une chose plus connue sous le nom de “marché”. Depuis la crise de la fin 2007, quand le gouvernement a nationalisé la dette monstrueuse qui pesait sur ses banques toxiques, le taoiseach Brian Cowen, avec ses homologues, ne cesse d’entonner le même mantra : le marché est un dieu mystérieux qu’il faut apaiser et se concilier, secteur public et niveau de vie doivent lui être offerts en sacrifice sur son autel.


Or, trois budgets d’austérité plus tard (sans parler d’une nouvelle série époustouflante de coupes sombres d’un montant de 15 milliards d’euros), le marché, alors que chômage et émigration augmentent en flèche, n’a pas l’air de meilleure humeur. A vrai dire, alors que le rendement de la dette irlandaise franchissait le seuil des 9 % la semaine dernière, telle est son ire que la prochaine génération irlandaise consacrera l’essentiel de ses efforts à éponger ses taux d’intérêt usuraires. En fait, on pourrait même soupçonner qu’il est dans l’intérêt du marché de prendre le peuple irlandais au piège d’un tel mécanisme, puisqu’il lui garantit de si juteux retours à l’avenir.


Pourquoi le travail d’un Irlandais vaudrait-il moins que celui d’un Français ou d’un Allemand ? Cela devrait être le cas, me diriez-vous, si vous pensez que toute entreprise humaine doit se soumettre à des forces qui la dépassent. Et avec un fatalisme qui frise la dévotion, les personnages falots qui président aux destinées d’un demi-milliard de personnes partagent entièrement cet avis.


Pour accentuer encore cet aspect froid et impersonnel, la Commission européenne et la BCE ont déclaré que les experts chargés de superviser le budget de l’Irlande n’avaient pas à être des personnalités publiques. Que le cœur économique d’une société démocratique soit désormais géré par une entité anonyme n’a apparemment rien de choquant à leurs yeux.


Il y a plus de vingt ans, Margaret Thatcher proclamait l’avènement de la doctrine TINA [There Is No Alternative], selon laquelle il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché. Nul ne peut nier l’élan libérateur que cette politique a pu représenter pour les pays d’Europe Centrale et Orientale à peine débarrassés du morne joug soviétique ; ni l’attrait qu’elle exerce encore sur des économies dynamiques comme la Pologne, forte de liens historiques et géographique avec une Allemagne d’une solidité à toute épreuve.


Mais pour de plus en plus d’Européens, la main invisible des marchés est devenue une main de fer qui broie tout espoir de réalisation personnelle, de progrès et de qualité de vie. Vous aurez beau parler de croissance économique, si cette dernière ne s’accompagne pas d’un supplément de civilisation, elle est inutile. Et tous les tableaux Excel cherchant à démontrer le contraire n’y changeront rien : nous savons que notre civilisation a plus à y perdre qu’à y gagner.

L'UE doit rééquilibrer son économie, juge Dominique Strauss-Kahn

L'Union européenne doit trouver une solution aux déséquilibres économiques entre les Etats membres et faciliter les flux de main-d'oeuvre si elle veut résoudre "un grave problème de croissance", a souligné vendredi le directeur général du Fonds monétaire international.
Dominique Strauss-Kahn, d'après le texte de son discours au congrès bancaire européen, a souligné que les Etats européens allaient devoir diversifier leurs sources de croissance, évoquant notamment la nécessité pour l'Allemagne d'accroître sa demande intérieure.

"Comme nous nous inquiétons des déséquilibres mondiaux, nous devrions également nous inquiéter des déséquilibres au sein de la zone euro", a-t-il dit.
"Les déficits des comptes courants dans certains pays européens vont devoir être réduits, et dans le même temps dans d'autres pays tels que l'Allemagne la croissance devra être davantage alimentée en interne", a-t-il ajouté.
A propos du marché européen du travail, Dominique Strauss-Kahn a estimé que des réformes nécessaires pourraient être accélérées en harmonisant les législations au sein de la zone euro.
"La zone euro ne peut atteindre son véritable potentiel avec un patchwork déroutant de marchés du travail segmentés", a-t-il expliqué.
"Il est temps de mettre sur un pied d'égalité les travailleurs européens, notamment en ce qui concerne la taxation de la main-d'oeuvre, les systèmes de prestations sociales et de portabilité et les législations sur la protection de l'emploi."
Là où il y a des pénuries de travailleurs qualifiés, les pays européens devraient recourir à l'immigration pour combler leurs besoins, a-t-il en outre estimé.
"La croissance à long terme pourrait également bénéficier d'une approche moins restrictive concernant l'immigration", a-t-il dit. "Cela a du sens d'avoir recours à l'immigration pour gérer des problèmes de qualification comme cela s'est fait en Amérique du Nord."

L'affaire Karachi s'emballe, appels à la retenue

Après le dossier Clearstream, l'affaire Karachi a relancé l'affrontement entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, mais plusieurs membres du gouvernement ont appelé dimanche à la retenue.
L'enjeu est de taille - deux présidents et deux ex-Premiers ministres sont cités - alors que s'insinue le soupçon que 11 Français sont morts lors d'un attentat à Karachi en mai 2002 en raison d'une corruption qui aurait mal tourné.
Dominique de Villepin, qui avait ravivé les attaques contre l'Elysée, s'est efforcé dimanche de calmer le jeu, soulignant qu'il n'y avait pas "de preuve formelle de rétrocommissions" mais seulement des "indices et des soupçons".
Il s'est également réjoui sur TV5 et RFI que le chef de l'Etat ait "marqué sa volonté de transparence" en promettant samedi à Lisbonne de transmettre à la justice française tous les documents nécessaires à l'enquête sur l'attentat.
Pour Magali Drouet, fille d'un salarié de la Direction des constructions navales (DCN) décédé lors de l'attentat, l'engagement de Nicolas Sarkozy "sonne comme un aveu".
Le porte-parole du PS Benoît Hamon a lui aussi estimé que l'annonce de Nicolas Sarkozy revenait à "reconnaître" qu'un "certain nombre de documents n'avaient pas été déclassifiés".
Le ministre de la Défense, Alain Juppé, a cependant jugé cette interprétation erronée.
"Ça ne veut pas dire qu'on a caché quoi que ce soit. Ca veut simplement dire que si les juges d'instruction souhaitent disposer de documents supplémentaires (...) ces documents seront déclassifiés", a-t-il assuré sur Canal +.
Après le député PS Bernard Cazeneuve, Jérôme Cahuzac, président socialiste de la commission des Finances, a réclamé la relance de l'enquête parlementaire sur Karachi.
"COMMENTAIRES POLITICIENS"
La piste d'une vengeance après l'arrêt du versement de commissions a pris de l'ampleur dans l'enquête sur l'attentat suicide qui fit en 2002 15 morts, dont onze Français de la DCN travaillant à la construction de sous-marins vendus par Paris.
Plusieurs témoins-clés, dont l'ancien ministre de la Défense Charles Millon et Dominique de Villepin, secrétaire général de l'Elysée sous Jacques Chirac, ont confirmé que, tout juste élu en 1995, le chef de l'Etat avait demandé de mettre fin aux contrats pouvant donner lieu à des rétro-commissions, dont celui des ventes de sous-marins.
La justice s'interroge sur un possible financement illégal par ces sommes d'argent de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.
Alain Juppé a insisté sur le fait qu'on en était pour le moment "au stade des rumeurs et des allégations." "Est-ce qu'il y a un lien entre l'attentat de Karachi et l'interruption des commissions ? On n'en sait rien", a-t-il dit.
Il a affirmé ne pas avoir entendu parler lui-même de "rétrocommissions" quand il était Premier ministre.
Dominique de Villepin avait lancé la charge vendredi soir en confirmant l'existence de "très forts soupçons de rétrocommissions illégales".
De Lisbonne, en marge du sommet de l'Otan, Nicolas Sarkozy a aussitôt contre-attaqué, dénonçant une "polémique qui n'a pas lieu d'être".
"La justice est saisie, qu'elle fasse son travail et qu'on n'essaye pas de coller dessus des commentaires politiciens qui ne sont vraiment pas à la hauteur de la douleur des familles qui ont perdu leurs proches", a-t-il dit.
Le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, a refusé de transmettre au juge Renaud Van Ruymbeke les délibérations sur les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, ces dernières étant couvertes par le secret pendant 25 ans.
Un moment visé par les familles de victimes de l'attentat, Dominique de Villepin a demandé à être entendu comme témoin par le juge Van Ruymbeke le plus vite possible.
En conséquence, les familles ont décidé de surseoir à la plainte envisagée contre l'ex-Premier ministre pour "mise en danger d'autrui" dans l'attente d'éventuelles précisions de sa part.
Dimanche soir, Dominique de Villepin a estimé qu'il n'y avait "aucun lien" entre l'attentat et l'arrêt du versement des commissions décidé par Jacques Chirac.
"A ma connaissance, il n'y a aucun lien. Nous sommes dans un cas en 1995, nous sommes dans l'autre cas en 2002, ce n'est pas le même gouvernement pakistanais, ce ne sont pas les mêmes circonstances au Pakistan", a-t-il dit.
Dominique de Villepin a souligné que l'arrêt des commissions ne visait pas des Pakistanais, mais des intermédiaires d'autres pays. Un Libanais apparaît dans l'enquête judiciaire.

AirPlay, nouveau missile d’Apple

La firme californienne va proposer une technologie pour partager, sans fil, musique et vidéo. Dans la ligne de mire: les fabricants de matériel hi-fi. 

Comme à son habitude, Steve Jobs, le patron d’Apple, n’a pas précisé la date. Aussi, industriels et clients de la marque guettent la moindre mise à jour en provenance de Cupertino. La nouvelle arme secrète promise pour ce mois-ci s’appelle AirPlay. Elle est contenue dans le futur système d’exploitation 4.2 des iPod Touch, iPhone et iPad. Cette technologie inédite permet d’échanger les contenus multimédias (musique et films) d’un produit à un autre au sein des foyers. Steve Jobs veut s’appuyer sur les 125 millions d’iPhone, d’iPad et d’iPod Touch vendus depuis l’origine pour élargir l’écosystème de ses produits et faire en sorte que les industriels soient toujours plus nombreux à signer avec Apple des accords de licence.

Un pied sur le marché du "hardware" domestique
Dans le cas d’AirPlay, l’idée est simple. Jobs a jeté son dévolu sur les spécialistes de la hi-fi afin que leurs produits intègrent un module Wi-Fi compatible Apple. Autrement dit, que des enceintes ou des amplificateurs soient capables de transférer de la musique via un réseau Internet domestique. Les propriétaires de produits de la marque à la pomme pourront écouter de la musique ou transférer leurs vidéos d’une pièce à l’autre sans plus de câbles ou de lecteurs spécifiques. D’ores et déjà, des poids lourds du secteur ont annoncé leur souhait de proposer des produits compatibles AirPlay: Denon, Marantz, JBL, iHome, Bower & Wilkins. D’autres pourraient suivre. Les premières estimations de BridgeCo, une star de la Silicon Valley, partenaire depuis des années d’Apple en matière de musique en ligne, estiment l’impact d’AirPlay à 15 milliards de dollars par an (environ 11 milliards d’euros) au niveau mondial.
AirPlay est l’un des derniers maillons de la chaîne qui fait défaut à Apple. Après avoir gagné la bataille des terminaux avec ses iPod, iPhone et iPad et de la distribution des films et de la musique en ligne avec iTunes, il manquait au groupe de Steve Jobs ce fameux pied sur le marché du "hardware" domestique. Notamment en vidéo. Car si, ces dernières années, un grand nombre de petites chaînes "iPod ou iPhone compatible" ont débarqué dans nos foyers, partager des films ou des séries relevait de l’installation du spécialiste. Pour faire mouche, la marque à la pomme n’a pas manqué de refondre son Apple TV, ce petit boîtier qui permet de visualiser une vidéo téléchargée sur n’importe quel écran de télévision HD. Vendu 119 euros, il est le cheval de Troie de la révolution AirPlay, qui doit inciter les consommateurs à louer ou à acheter un film en toute simplicité pour le regarder ensuite sur grand écran. Et de faire en sorte que la concurrence peine à placer ses produits, faute d’avoir imaginé un "Air- Play killer".

dimanche 21 novembre 2010

Mélenchon : «Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas»

Ca sonne à l'oreille comme une chanson de ... Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche (PG), a déclaré dimanche qu'il était «le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas», se campant une fois de plus, devant ses partisans réunis en congrès au parc des expositions du Mans (Sarthe) en aiguillon de la vie politique. 

Ainsi a-t-il souligné que le Front de gauche n'était pas un «supplétif de circonstance» du . Il l'a dit dans un discours d'une heure et demi, clôturant la troisième journée de débat du PG : son parti peut espérer un score «à deux chiffres» à la présidentielle de 2012. Et fort de ce score, il «ne participera à aucune coalition contre nature». D'autant que l'eurodéputé est «capable d'emmener le peuple français mieux que ne le fera jamais le directeur général du FMI», a lancé Jean-Luc Mélenchon dans une nouvelle pique à Dominique Strauss-Kahn.
S'en prenant à la politique de Nicolas Sarkozy et aux soupçons de rétrocommissions dans l'affaire Karachi qui «empuantissent l'atmosphère», il a par ailleurs plaidé pour «le partage» en «prenant tout ce qui dépasse au dessus d'une certaine somme» pour la nationalisation de «l'eau et l'énergie». «Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas», a-t-il lancé.
Puis revenant sur le «populisme» -début novembre, le secrétaire général du PCF Pierre Laurent avait mis en garde Mélenchon contre une campagne aux accents populistes en vue de la présidentielle- qu'il avait assumé il y a quelques semaines, il a assuré «regarder cette injure avec gratitude», clamant: «je ne suis pas avec le peuple, je suis du peuple !».

ENFIN ! UN DIGNE SUCCESSEUR À GEORGES MARCHAIS, LA BÊTISE EN PLUS.

La force des mythes


L'air est connu, la France est un pays de râleurs, de protestataires et de grévistes. Tous les prétextes y sont bons pour brandir le drapeau rouge et battre le pavé. La récente réforme des retraites, dont la loi vient tout juste d'être promulguée, nous en aurait offert un exemple qui se passerait de démonstration. Pendant les quelques mois où le mouvement a battu son plein, voilà le genre de vérités qui nous ont été assénées jusqu'à plus soif. La presse anglo-saxonne s'en est particulièrement délectée. Et certains de conclure de façon péremptoire que la France est un pays ingouvernable. On serait même justifié de se demander si, au fond, ce fameux modèle français — et tant qu'à y être européen — est viable.

Les excentricités du salon du luxe à Vienne




La France championne de l'infidélité ?



Le plateau de Saclay, un défi pour l'avenir

En regroupant de 15 à 20 % de la recherche française, ce site de la région parisienne va-t-il devenir un pôle d'innovation d'envergure mondiale ? L'Elysée a relancé ce projet à 4 milliards d'euros. Et la communauté scientifique semble prête à suivre.

Ce 24 septembre, le plateau de Saclay est en ébullition. Nicolas Sarkozy a décidé de s'inviter une nouvelle fois pour réaffirmer, lors d'une visite éclair, toute l'importance qu'il accorde à la création d'un campus de classe mondiale sur ces vastes terres agricoles situées à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. Un projet élevé au rang de "chantier présidentiel" et suivi de près, à l'Elysée, par le secrétaire général, Claude Guéant, et le conseiller scientifique Bernard Belloc. "Ici se joue exactement une partie de l'avenir de la France", conclut solennellement - et à juste titre - Nicolas Sarkozy, après avoir officialisé l'arrivée de nouvelles grandes écoles, toutes plus prestigieuses les unes que les autres : Centrale, ENS Cachan, Mines-Télécoms, AgroParisTech, Ensae... Lesquelles rejoindraient le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le CNRS, Polytechnique, Supélec, ou encore HEC... Excusez du peu! 
Faut-il enfin y croire? Voilà plus de cinquante ans que l'idée de faire émerger une cité scientifique à Saclay chemine en vain. Au fil des décennies, les velléités des différents gouvernements n'ont abouti qu'à des transferts au coup par coup - et dans la douleur ! - d'établissements certes illustres mais isolés les uns des autres. Si bien que le plateau demeure un étrange no man's land, occupé de-ci, de-là par des "bâtiments bunkers", des lotissements sinistres perdus dans un milieu hostile et repliés sur eux-mêmes. L'inverse des campus à l'anglo-saxonne, où il fait si bon vivre. 

Ni simple campus, ni Silicon Valley
Sur place, toutefois, les signes d'un frémissement apparaissent. Quelques grues ont fait leur apparition et deux nouveaux bâtiments sont presque achevés. C'est que, depuis dix-huit mois, l'Etat a fermement repris la main sur ce dossier. En mars 2009, un périmètre de 7700 hectares, situé à cheval sur les départements de l'Essonne et des Yvelines, a été défini et son aménagement confié à un établissement public.  
Surtout, il y a de l'argent à la clef. Beaucoup d'argent. Près de 3 milliards d'euros au total, entre la manne du plan campus de Valérie Pécresse, le "milliard Saclay" du grand emprunt, que le président de la République a directement fléché sur l'opération, et d'autres fonds qui seront attribués sur appels d'offres. Bref, toutes les bases d'un vrai départ. 
Autre élément favorable: le milieu de la recherche, longtemps connu pour ses cloisonnements, a amorcé sa mue. L'heure est à l'"interdisciplinarité", aux frottements entre disciplines jugées propices à l'innovation. Et les rapprochements s'opèrent. A Saclay, ce mouvement a conduit pas moins de 23 acteurs (2 universités, 10 grandes écoles, 6 organismes de recherche, 1 pôle de compétitivité, etc.) à se réunir au sein d'une Fondation de coopération scientifique. C'est elle qui a permis à ses membres de décrocher la plus grosse dotation du plan campus: 850 millions d'euros ! Et tous promettent de continuer à jouer collectif.

"L'intérêt prodigieux de Saclay, c'est que nous travaillons tous main dans la main", témoigne Paul Vialle, président de la fondation. Poussant plus avant la logique d'intégration, celle-ci prendra bientôt ses décisions à la majorité - et non plus à l'unanimité - avec pondération des voix selon le poids des acteurs. Une avancée majeure. 
Les conditions semblent donc réunies pour créer à Saclay un ensemble inédit en France... à tel point qu'on peine à le nommer ! Il ne s'agit ni d'un simple campus universitaire ni d'une Silicon Valley ; il s'agit plutôt d'un pôle d'excellence scientifique situé à la croisée des mondes de la formation, de la recherche et de l'innovation et ouvert sur son territoire. Une "cluster cité", tente Pierre Veltz, président de l'établissement public d'aménagement. D'ici à 2020, le plateau pourrait ainsi réunir de 15 à 20 % de la recherche française et exceller dans des domaines aussi variés que les sciences dures (physique, chimie, nanotechnologies), l'ingénierie, les technologies de l'information, la santé-biologie ou l'énergie et le climat. Une concentration exceptionnelle... qui effraie. 
Un culte à l'excès de l'excellence?
"Saclay, c'est un trou noir ! s'étrangle Isabelle This-Saint-Jean, vice-présidente (PS) du conseil régional d'Ile-de-France. Tout le monde s'y précipite sans aucune logique scientifique, juste parce qu'il y a de l'argent." L'ancienne présidente du collectif Sauvons la recherche met en cause cette "hyperconcentration", qui déséquilibre le paysage français de la recherche, et lui préfère de loin la "mise en réseau" des équipes. Le discours est semblable du côté de la ville de Paris, dépossédée de plusieurs de ses établissements de renom. 

"Saclay ne doit pas être un bunker qui se suffit à lui-même", avertit Jean-Louis Missika, adjoint (PS) au maire de Paris, chargé de l'innovation et de la recherche. Les dernières annonces présidentielles ont passablement irrité Bertrand Delanoë, qui assure avoir été mis devant le fait accompli. "Si, pour financer leur déménagement, les écoles en venaient à vendre leurs locaux à des promoteurs prompts à les convertir en spas ou en résidences de luxe, on serait alors chez Ubu roi !" alerte Jean-Louis Missika. L'hôtel de ville l'assure: il usera de tous les moyens en sa possession pour maintenir la vocation universitaire des bâtiments. 
Les détracteurs du projet Saclay avancent d'autres arguments. Selon eux, l'opération cultiverait à l'excès le culte de l'excellence au détriment du reste de la science et ferait la part trop belle à la valorisation économique. "L'Etat suit un raisonnement de court terme, martèle Isabelle This-Saint-Jean. Ce serait une grave erreur que d'abandonner une recherche fondamentale désintéressée." A demi-mot, certains pointent du doigt le CEA, qui ferait tout pour attirer à lui les jeunes thésards dont il a besoin, afin de négocier le grand virage des énergies alternatives au nucléaire. "Si nous sommes des forces de proposition, c'est au profit de l'intérêt collectif", se défend Yves Caristan, directeur du site de Saclay du CEA. 
Le point noir des transports
Sur un plan pratique, beaucoup s'interrogent sur les chances de succès de l'opération en l'absence d'un... réseau de transport adéquat. "Certains jours, des chercheurs internationaux de très haut niveau arrivent par le RER B, puis montent sur le plateau, leur valise à la main. Vous trouvez cela normal?" interroge Yves Caristan. Soit tout de même une "balade" de quinze minutes depuis la station Lozère et... 300 marches à gravir ! Pour améliorer la situation, les collectivités locales défendent de longue date le déploiement d'un réseau de bus en site propre (c'est-à-dire avec une voie réservée). Une solution insuffisante pour dissuader le recours massif à la voiture individuelle. 


Tous les espoirs se portent donc sur le fameux métro automatique à grande vitesse imaginé par l'ancien secrétaire d'Etat au Développement de la région capitale Christian Blanc, et repris à son compte par le président de la République. "On ne peut pas faire un campus moderne et être à plus d'une demi-heure du centre de Paris", a rappelé Nicolas Sarkozy lors de sa venue, en confirmant la réalisation de la boucle Versailles-Saclay-Massy du métro, la plus éloignée de la capitale. "C'est celle qui sautera la première !" pronostique Jean-Paul Huchon, président (PS) du conseil régional d'Ile-de-France. En cause : son coût (4,8 milliards d'euros pour 36 kilomètres) et la faiblesse estimée de son trafic (de 6 000 à 8 000 voyageurs seulement sur ce tronçon aux heures de pointe). Et quand bien même sa construction irait à son terme, l'inauguration ne pourrait intervenir avant... 2023. Soit de cinq à huit ans après l'arrivée des nouvelles écoles sur le plateau. 
Malgré tout, la petite équipe missionnée par l'Etat travaille d'arrache-pied. "La réussite du campus passe par son aménagement et le ménagement du territoire", indique joliment Pierre Veltz. Pour éviter les erreurs du passé, il faudra construire dense, mutualiser les espaces, mêler les fonctions universitaire, économique et urbaine, préserver l'environnement... Autrement dit, faire émerger un lieu de vie, avec des laboratoires, des entreprises, des facs, certes, mais aussi avec des bistrots et des terrasses. Un défi jamais relevé à cette échelle. C'est pour cette raison qu'il a été décidé d'y transférer la majeure partie de l'université Paris XI, avec ses 15 000 étudiants et ses 4 000 salariés. Un choix audacieux... et coûteux, puisque l'addition s'élève à plus de 1,1 milliard d'euros. 
On le voit : la feuille de route est redoutable. Mais l'enjeu est de taille. Diverses études ont montré que, mieux organisé et imbriqué avec le secteur privé, le potentiel scientifique et technologique rassemblé aujourd'hui à Saclay pourrait entraîner la création de dix fois plus d'emplois. Déjà, de nouvelles entreprises lorgnent du côté du plateau. EDF va y transférer sa direction de la recherche. Et Total finalise un projet d'implantation dans le domaine des cellules photovoltaïques à couches minces... A la Fondation de coopération scientifique, on espère susciter la création de 100 jeunes pousses par an à partir de 2015. 
Les collectivités locales ont claqué la porte
Reste que, pour boucler l'intégralité de l'opération, il faut réunir la bagatelle de 4,4 milliards d'euros. "Il en manque un, au bas mot", estime Guy Couarraze, président de Paris XI. Dans ces conditions, l'apport des collectivités locales (agglomérations, départements, région...) est indispensable. Or celles-ci, furieuses d'être considérées comme quantité négligeable, viennent de claquer la porte du conseil d'administration de l'Etablissement public. "Définir un schéma d'aménagement sans les élus qui se coltinent les habitants est tout simplement inimaginable, insiste François Lamy, député maire (PS) de Palaiseau (Essonne)." 
Si les collectivités locales finissaient par apporter, comme espéré, environ 400 millions d'euros, l'équilibre financier ne serait d'ailleurs toujours pas atteint. "Beaucoup d'écoles se bousculent au portillon, mais il va falloir faire des choix", reconnaît Pierre Veltz. Son espoir ? Engager suffisamment le mouvement pour créer une impulsion irréversible, afin de hisser le plateau parmi les 10 premiers campus du monde d'ici à 2020. Et imposer "Paris-Saclay" comme une marque mondiale, à l'image du MIT, d'Oxford ou de Stanford. Un sacré défi. 


1946 Le CNRS s'implante à Gif-sur-Yvette (Essonne). 
1952 Le CEA s'installe à Saclay (Essonne). 
1955 Premières implantations de la future université Paris XI en Essonne, à Orsay et à Bures-sur-Yvette. 
1964 HEC déménage à Jouy-en-Josas (Yvelines). 
1975 Supélec s'installe au Moulon (Essonne). 
1976 Polytechnique rejoint Palaiseau (Essonne). 
2010 Le plateau réunit 43 000 personnes, dont 9 200 chercheurs et enseignants, 4 000 doctorants et 17 500 étudiants. Soit 10% de la recherche française. 
2020 Le plateau devrait regrouper 68 000 personnes, dont 12 000 chercheurs et enseignants, et plus de 30 000 étudiants. Soit de 15 à 20% de la recherche française. 




Une défaite de l’État républicain


La délinquance en France est trois à cinq fois plus élevée que ne l’admet le ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas un journal d’opposition qui fait le calcul, mais le très officiel Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, après une vaste enquête, au cours de laquelle plus de 16 500 personnes ont été interrogées, en liaison avec l’Insee. Pas moins de 4,7 millions de Français ont été victimes de vols, l’année dernière (7,5 % de la population !), et 1,2 million ont subi des violences physiques ou sexuelles. On est loin des chiffres brandis en début d’année (1,5 million de vols et 200 000 à 250 000 faits de violence) par Brice Hortefeux, qui se vantait à cette occasion d’une « baisse » de la délinquance ! Certes, tout le monde ne porte pas plainte, ce qui témoigne d’ailleurs d’un fatalisme trop souvent justifié. Mais ici, la distorsion dépasse tout ce que l’on imaginait. La validité des chiffres qui servent d’indicateurs au gouvernement est remise en cause dans sa globalité. Le même débat est ouvert depuis des années concernant les chiffres du chômage…


Plus d’un Français sur cinq se sent aujourd’hui en insécurité : la hausse est incessante depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant fait de ce thème l’un de ses grands chevaux de bataille, avec l’augmentation du pouvoir d’achat. Deux combats perdus jours après jour…


La défaite est d’abord celle de l’État républicain, de plus en plus directement visé dans ce qu’il représente : les policiers, les gendarmes les médecins, le personnel hospitalier, les arbitres de football, les pompiers, les inspecteurs du travail subissent une hausse régulière d’insultes, d’agressions, de blessures. Dernier incident en date : un policier a été volontairement percuté et grièvement blessé, vendredi, par un motard.


Avant son élection, Nicolas Sarkozy avait multiplié les défis aux voyous, sur la dalle d’Argenteuil contre la « racaille », à La Courneuve en brandissant le « Karcher ». Ces rodomontades n’ont eu aucun effet dissuasif, bien au contraire. Elles ne pouvaient d’ailleurs pas être mises en œuvre, puisque l’une des premières mesures de l’actuel chef de l’État a consisté à édicter le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, ce qui entraîne une baisse continue des effectifs de police. Malheureusement, il ne suffit pas d’injurier les délinquants pour leur faire peur.

La leçon afghane ?

Certes, il y a le langage diplomatique chargé de circonvolutions. Mais quand les Etats-Unis, leurs 27 alliés de l'Otan, plus les pays fournissant des contingents à l'ISAF au nom de l'ONU, annoncent le « retrait combattant » d'Afghanistan en 2014, c'est bien reconnaître l'échec d'une politique. Une politique militairement mal engagée avec des stratégies fluctuantes depuis 9 ans. Une politique qui semble avoir renforcé le terrorisme islamiste sur fond de corruption généralisée trop longtemps tolérée. Sans oublier l'argent de la drogue avec ces champs de pavot cultivés au vu et au sus des forces internationales.
Que l'Otan, maître d'œuvre en Afghanistan sous égide américaine, ait fait cette déclaration en conclusion du sommet de Lisbonne marque un changement de cap. L'Alliance abandonne progressivement son rôle de « gendarme du monde » autoproclamé. Le rapprochement avec la Russie dans une vraie coopération sur la question du bouclier antimissile signe aussi -côté occidental- la fin de l'esprit de la guerre froide qui a encore longtemps régné dans les états-majors, surtout outre-Atlantique. La ratification par Washington du nouveau traité START sur la réduction des vecteurs nucléaires américains et russes devrait concrétiser cette nouvelle ère. Mais il est vrai que, Barack Obama ayant perdu la majorité au Congrès, cette ratification s'inscrit désormais au chapitre de la politique intérieure américaine...
Malheureusement, le monde n'est pas devenu plus sûr pour autant. Le projet de bouclier antimissile qui n'englobe plus une éventuelle menace russe (selon l'arrière-pensée de George W. Bush) gagne toute légitimité face à des Etats affichant ouvertement leur agressivité : Nicolas Sarkozy a cité l'Iran. Et il y a toujours le terrorisme. L'Afghanistan a appris que les chars, les drones et les bombes ne l'éradiquent pas.
La nouvelle stratégie de l'Alliance atlantique sera plus fine, avec moins de gros bataillons et moins d'états-majors (au grand dam des galonnés et étoilés). Elle veut aussi se concentrer sur les cyberattaques avec, d'une certaine façon, Internet et ses « messages » pour champ de manœuvres. Tout en gardant le « credo » à l'origine de l'Otan : une agression contre un membre de l'Alliance est une agression contre tous.
Il est vrai que la crise économique avec ses coupes drastiques dans les budgets militaires est aussi passée par là...


Soupçons


C’est un soupçon qui s’insinue dans la République, que des Français sont morts à Karachi en mai 2002 par la faute de nos gouvernants, victimes d’une corruption qui aurait mal tourné. Il n’y a rien de pire que le soupçon, quand il transforme sans preuve des politiques en criminels malgré eux, quand il arrache le cœur des enfants des victimes (1), stupéfaits de ne trouver que l’évitement ou la lâcheté.

Vendredi, Michel Mercier, néo-garde des Sceaux et prétexte centriste, a apporté sa contribution à l’écœurement. Il n’interviendrait jamais dans une instruction judiciaire, bredouillait-il sur Europe 1, interrogé sur les demandes de levée du secret-défense réclamées par les familles des victimes. Ce formalisme masquait deux mensonges. 1. Le secret-défense, opposé aux enquêteurs de l’affaire de Karachi, ne dépend que de la volonté politique pour être modulé. 2. Le juge Van Ruymbeke, qui enquête sur d’éventuelles corruptions, y compris politiques, dans le contrat d’armement pakistanais, mène une instruction en sursis, sous la menace d’un appel du parquet. En refusant d’ordonner au parquet, dont il est le supérieur, de laisser Van Ruymbeke opérer, en refusant de souhaiter la levée du secret-défense, le ministre Mercier participe à l’étouffement. Ponce Pilate rembourse sa nomination.

Soyons précis. On ne sait pas si de l’argent opaque, né du contrat pakistanais, a nourri la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, dont Nicolas Sarkozy était le premier lieutenant ; on ne sait pas si Jacques Chirac et Dominique de Villepin, en asséchant après leur victoire les intermédiaires de ce contrat (par vertu ou par revanche politicienne), ont provoqué un attentat. On sait simplement que les enquêtes – sur la corruption possible, et sur ses conséquences – butent sur un Etat cadenassé. Paradoxe : les secrets et les dénégations n’empêchent pas des protagonistes d’accuser et leurs accusations de fuiter. Les piteuses défenses de l’Etat renforcent la vertu de quelques journalistes (2) et la rage des victimes, et forgeront peut-être la conviction populaire: tant de précautions doivent bien cacher quelque chose. Le pire?

C’est une affaire du sarkozysme, peut-être, que le Président a eu tort de qualifier un jour de "fable", même de bonne foi. La fable vit et le soupçon s’impose, faute d’enquête sans entrave. C’est une affaire française, nouvelle illustration de notre débilité démocratique. La France est un pays où l’Etat vend ou fait vendre des armes et s’en est sali les mains ; où le gouvernement contrôle une partie de la justice ; où les politiques entretiennent une conception hautaine d’un Etat hors de tout contrôle ; où un même pouvoir peut être à la source d’un scandale et superviser sa résolution. L’anomalie française n’est pas née de Nicolas Sarkozy. Mais par contraste, on se souvient qu’il portait l’espoir d’une république libérée. Fatalité ? Il ne reste, parfois, que le poison des doutes.
1. On nous appelle “les Karachi”, Magali Drouet et Sandrine Leclerc, Fleuve noir.
2. Le Contrat, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, Stock.

Quel est le propre de l'homme ?




<div class="alt"><a href="http://www.universcience.tv/media/1933/le-propre-de-l-homme.html" target="_blank" title="Le propre de l&#39;homme">Le propre de l'homme <img alt="Le propre de l&#39;homme" border="0" src="https://lh3.googleusercontent.com/blogger_img_proxy/AEn0k_sdzy_OLI592NUwQnpOBukZVj9m8mbnNsWE0-9frHaKQBR-jO8oVDswuY6_HtP8BlmoVrTc6_1r9jqKfw1MFH-k2bYKq3zZZLf4dukQ1fs-HVqAquXVyoQf0ve9DVHV5vsATekMRQ-3_fy2ZmKZVm2uXLkEaw=s0-d"></a> <p>Pour Rabelais, le propre de l'homme c'est le rire ! Et pour le paléoanthropologue Pascal Picq, serait-ce l'amour, la guerre, l'outil, le langage, la morale ou la bipédie ? Petit cours d'éthologie au tableau blanc pour relativiser notre place dans l'évolution.</p><p>&#160;</p><p>Précédents épisodes de la série <em>Pascal Picq au tableau ! </em>dans MENU / Vidéos de la série.</p><p>&#160;</p><p>Réalisation : Roland Cros</p><p>&#160;</p><p>Production : Universcience 2010</p></div>

La France taxe-t-elle vraiment trop le travail?

Le poids des cotisations sociales supportées par les entreprises françaises est régulièrement pointé du doigt par le patronat comme facteur de moindre compétitivité vis-à-vis de nos principaux partenaires commerciaux. De fait, la France est le pays développé qui taxe le plus le travail, selon une étude réalisée par PwC en partenariat avec la Banque mondiale et la SFI. Mais l'attractivité fiscale d'un pays ne se résume pas seulement au taux global d'imposition.

 En France, le travail est taxé à 51,7%
C'est le taux d'imposition du travail (cotisations sociales supportées par les employeurs) le plus élevé de l'ensemble du classement réalisé par PwC en partenariat avec la Banque mondiale et la SFI, qui porte sur 183 pays. Grâce à un faible taux d'impôt sur les bénéfices (8,2%) et autres impôts (5,9%), la France n'est cependant pas dernière mais 163e sur le critère du taux d'imposition, avec 65,8%. Celui-ci ne résume cependant pas à lui seul l'attractivité fiscale d'un pays. Peu d'impôts à payer et temps passé en obligations déclaratives réduit : la France se classe respectivement 9e et 36e sur ces deux critères. Au final, la France a gagné quatre places par rapport à l'année passée et pointe à la 55e place du classement "Paying taxes 2011".