Le jour même du drame, François Bayrou accuse Marine Le Pen et
Nicolas Sarkozy, tandis que Jean-Luc Mélenchon accuse Marine Le Pen.
Chacun des deux veut voir dans le carnage de Toulouse
la confirmation du bien-fondé des adversaires qu’il s’est choisi dans
la campagne. Bayrou critique ceux qui auraient « montré du doigt » et
fait « flamber » les passions. Alors que lui-même réagit impulsivement
en accusant indûment l’islamophobie.
Du côté des intellectuels, Dominique Reynié accuse « tout le monde »,
de Marine Le Pen à Mélenchon. S’érigeant même en criminologue, il
déclare sentencieusement : « On ne va pas arrêter tout de suite cet
assassin…On ne va pas l’arrêter tout de suite ».
Ayant publié un livre intitulé « Populismes : la pente fatale »,
Reynié a un coupable tout trouvé. Il incrimine une « rhétorique
populiste » qui menace le « vivre-ensemble », car « quand tout le
discours s’enflamme, il y a toujours des risques de favoriser le passage
à l’acte » d’une « pathologie meurtrière liée à des fantasmes sur
l’immigration ».
Le soir même, à l’émission « C dans l’air », confronté à
l’emballement fiévreux de celui qui joue au grand vizir visionnaire, le
politologue Roland Cayrol ne s’en laisse pas conter et réagit en vieux
sheriff centre-gauche de la vieille école : comment peut-on en « arriver
à dire que ça pose la question du vivre-ensemble qu’un malade en
scooter vienne tirer sur des gosses » !
Le président du CRIF, Richard Prasquier, est du même avis : « L’homme
qui a tiré une gosse par les cheveux pour lui loger une balle dans la
tête ne l’a pas fait parce qu’il a entendu telle ou telle remarque au
sujet de l’abattage rituel ».
Certains intellectuels résistent aux emballements
Clairvoyant lui-aussi, Gilles-William Goldnadel appelle à ne pas
instrumentaliser ce drame à des fins idéologiques, rappelant qu’en
France, à chaque affaire retentissante, « le sang juif qui a coulé
depuis la Deuxième guerre mondiale ne l’a pas été des mains de
l’extrême-droite ».
Goldnadel est l’auteur d’un livre intitulé « Réflexion sur la question blanche. Du racisme blanc au racisme anti-blanc ».
Il soutient la thèse suivante : la prise de conscience tardive de
l’horreur du génocide nazi a provoqué un choc traumatique dans les
consciences des jeunes intellectuels européens de la génération du
baby-boom. Cette irruption d’une « Shoavision » va conduire les
intellectuels à réagir sous la dictée de « l’éclairage shoatique des
années 1970 ». Cette commotion les pousse à toujours tout rapporter au
scenario génocidaire. C’est un esprit de système d’autant plus
intolérant qu’il relève de l’inconscient collectif. Disqualification de
soi et dilection pour l’altérité se combinent pour dépeindre le blanc en
beauf franchouillard, au mieux un salaud au pire un bourreau.
L’irrationnel s’est emparé de la notion de race, cette catégorie
commode devenant une pestiférée. S’ensuivent négation de l’importance de
la traite négrière arabo-musulmanne, minimisation des massacres de
chrétiens de par le monde et notamment au Darfour, incrimination
unilatérale d’une démocratie israélienne pourtant entourée d’hostilité.
L’essentialisme qui rend « incondamnable » en raison de l’appartenance à
un clan politique est une spécialité française (p. 282). D’aucuns
prônent l’indulgence envers l’assassin Bertrand Cantat parce qu’il fut
« de tous les combats contre l’extrême-droite ». Dans le monde du
cinéma, longtemps rétrograde mais devenu avant-gardiste, règne un
« contexte d’unanimisme total et obligatoire ». L’auteur dépeint le
mécanisme du bouleversement démographique de la société française. Il
fut d’abord présenté comme un fantasme d’extrême-droite ne méritant pas
d’être débattu… Une fois devenu indéniable, le débat fut subrepticement
déclaré forclos au motif que la France était déjà devenue
multiculturelle (p. 182).
jeudi 22 mars 2012
Tuerie de Toulouse : ceux qui ont parlé trop vite
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