lundi 17 octobre 2011
BLOG. Politiquement chaud
Lagarde : "la Grèce a beaucoup avancé" (E1)
Primaires PS : Aubry "barrée" par les hommes
Vers un tandem Hollande Aubry ?
D’une certaine manière, voici que les destins de Ségolène Royal et de Martine Aubry se rejoignent, ou se recoupent. Ni l’une ni l’autre n’auront réussi à devenir, comme elles l’espéraient, la première femme présidente de la République. C’est définitif pour l’ex-compagne de François Hollande, sévèrement battue au premier tour, et qui en a été bouleversée au point de ne pouvoir contenir ses larmes. C’est probablement définitif pour celle qui est redevenue officiellement depuis soir première secrétaire du PS et que beaucoup comparaient -non sans arguments- à celle qui tient depuis tant d’années les rênes de l’Allemagne: Angela Merkel. Le destin des deux femmes ressemble –mais de loin, car elles sont tout de même allées l’une et l’autre beaucoup plus loin, beaucoup plus haut- à celui d’Edith Cresson, première femme Premier ministre : en 1991-1992, elle n’a « tenu » à Matignon que 11 mois, et les « éléphants » du PS ne lui ont fait à l’époque absolument aucun cadeau . C’est même peu dire. Cela dit, si la gauche gagne en 2012, qui sait si Martine Aubry n’aura pas l’occasion de « venger » Cresson ? Quoique disent certains aujourd’hui, un tandem Hollande-Aubry serait, en effet, aussi crédible que le tandem Obama-Hillary Clinton après l’échange de « noms d’oiseaux » qui avait marqué leur propre primaire.
Bien sûr, l‘échec d’Aubry n’est pas réductible à une sorte de réflexe machiste, anti-femmes. Elle a commis des erreurs, elle est partie trop tard, elle s’est fait piéger par DSK (se montrant vis-à-vis de un brin naïve), elle a sous-estimé Hollande. Il n’en reste pas moins que les femmes politiques en France, si elles ont marqué depuis vingt ans beaucoup de points, devront encore à se battre pour s’imposer jusqu’au sommet de l’Etat tant le monde politique reste encore une planète sinon fermée, en tout cas puissamment masculine.
Jean-Claude Trichet s’adresse aux indignés
Trichet opposé à la "démondialisation"
De la même manière, Jean-Claude Trichet a dit être opposé à l’idée de « démondialisation » mais a dit y voir un message en faveur d’un renforcement de la gouvernance économique mondiale dont, selon lui, il faut tenir compte. Cette idée, défendue par le candidat à la primaire socialiste française pour l’investiture à la présidentielle de 2012, Arnaud Montebourg, est actuellement au centre du débat politique en France.L'UMP juge le PS divisé et Hollande sans expérience nationale
Dimanche soir, la droite a continué son travail de sape de la primaire socialiste, reprenant plusieurs arguments déjà développés ces dernières semaines pour décrédibiliser cette initiative de son principal adversaire politique.
- Souligner la division entre la "gauche molle" à la "gauche sectaire"
"Franchement voir Arnaud Montebourg et Manuel Valls se serrer la main et s'auto-congratuler derrière le même candidat, cela mérite un bon film comique" a dit Thierry Mariani, le ministre des transports sur BFMTV.
"Les socialistes ressortent de ces primaires en ayant un peu mal aux adducteurs. Qu'est-ce qui sort ? Trois tendances: la démondialisation de Montebourg, la gauche dure de Martine Aubry, la gauche molle de François Hollande", a par ailleurs lancé le ministre de l'enseignement supérieur Laurent Wauquiez sur iTélé. "Donc, ce soir, c'est la victoire de la gauche molle mais je trouve que ça risque fort pour François Hollande d'être un peu une victoire à la Pyrrhus. Comment est-ce qu'il va faire ? Les primaires ont dégagé un candidat mais pas de clarté", a-t-il ajouté.
- Un candidat mal élu, une première secrétaire désavouée
Jean-François Copé a ainsi minimisé la victoire de François Hollande, en estimant qu'avec tous les ralliements qu'il avait engrangés, il aurait dû l'emporter avec "65 ou 70 %" des voix. "Après des mois de campagne, il a réussi à rallier la majorité des électeurs de gauche mais ce n'est pas terrible franchement si l'on regarde le report de voix à l'issue du premier tour, il aurait dû faire quasiment 70 %, mais il fait 55,45 %" a estimé Thierry Mariani.
Nadine Morano, déléguée générale de l'UMP aux élections, a estimé pour sa part que Martine Aubry avait subi "un désaveu des militants et des sympathisants" et que "la première secrétaire du PS devrait démissionner ce soir.
- Gagner la primaire, ce n'est pas gagner la présidentielle
"Etre candidat et gagner la primaire, ce n'est pas la même chose qu'être président pour la France" a estimé M.Mariani. "Quand je vois son expérience, quand je vois ses propositions et surtout quand je vois son bilan, le département le plus endetté de France, je me dis que ce n'est certainement pas la meilleure solution dans quelques mois pour notre pays".
Mme Morano a enfin insisté sur le précédent de la primaire italienne qui avait vu Walter Veltroni investit à 75 % des voix comme candidat par la gauche, perdre quelques mois plus tard lors des législatives face à Silvio Berlusconi.
UNIE, RESPECTABLE ET RESPONSABLE.
Le plan de Presstalis connu à l'automne
Anne-Marie Couderc, présidente de la première entreprise de distribution de la presse en France Presstalis (ex-NMPP), est l'invitée du Buzz Média Orange-Le Figaro.
Deux jours sans quotidiens nationaux en kiosque. C'est ce qui a résulté, lundi et mardi, des grèves organisées à Presstalis par le syndicat du Livre, qui a bloqué la sortie des journaux, craignant une modification de la loi Bichet de 1947. Mardi soir, le Parlement a adopté un aménagement de la loi qui prévoit essentiellement la modification de la gouvernance du système de distribution de la presse, en particulier la composition du Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP), et la mise en place d'une autorité de régulation. Le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, a tenu ce mercredi matin à apaiser les esprits en assurant que la loi Bichet n'a été que «toilettée, de manière à ce que toutes les garanties qu'elle offre pour la pluralité et la diversité soient maintenues». Mais les organisations syndicales estiment que cette réforme risque de favoriser les éditeurs les plus puissants.
Au sortir de ces blocages, Anne-Marie Couderc, présidente de Presstalis, estime que si «les soucis ne sont pas vraiment derrière, ce mouvement de grève est en tout cas terminé. Cette inquiétude est légitime mais disproportionnée, poursuit-elle. On ne peut pas bloquer pendant deux jours des quotidiens nationaux en privant les lecteurs de l'information et les éditeurs du produit de leur travail, le réseau des diffuseurs étant, une fois de plus, pénalisé par cette action. Je suis tout à fait défavorable à ce genre de manifestation alors que le débat démocratique était ouvert », martèle Anne-Marie Couderc, ex-dirigeante du groupe Lagardère et ancienne présidente du Syndicat de la presse magazine (SPM).
Presstalis vient de changer de gouvernance, de statut (passant de SARL à SAS) et d'actionnaires, avec la sortie de Lagardère de son capital. «C'est une réforme importante car elle apporte beaucoup de simplification dans l'actionnariat, explique sa présidente depuis le 1er juillet. Le groupe avait par le passé huit coopératives, plus l'actionnaire Lagardère à hauteur de 49%. Aujourd'hui, Presstalis est détenue à 100% par deux coopératives d'éditeurs une des quotidiens, une des magazines-, propriétaires à 100% de la société. L'actionnariat est simplifié, la gouvernance clarifiée, ce qui doit nous permettre de prendre des décisions rapidement. Les éditeurs partagent tous les mêmes contraintes. Ils ont la même ambition de voir la presse française continuer à être distribuée tous les jours, sur les 29.000 points de vente qui existent sur le territoire».
Pertes «divisées par deux»
Presstalis a perdu 40 millions d'euros en 2009 et en 2010. A quand le redressement? «La vente au numéro continue de décroître de manière très significative, ce qui n'est pas forcément le cas de la diffusion dans son ensemble, portée par les abonnements postés ou portés, explique Anne-Marie Couderc. Ce sont bien les efforts menés chez Presstalis au cours des dernières années, et notamment des derniers mois, qui permettront de faire aboutir les réformes et la maîtrise des coûts, afin d'économiser 60 millions d'euros sur deux ans. Nous avons déjà divisé les pertes par deux mais nous ne sommes pas au bout de nos efforts», souligne-t-elle.Anne-Marie Couderc a engagé une réflexion stratégique qui s'appuiera notamment sur un rapport du cabinet PricewaterhouseCoopers. «Presstalis est un acteur majeur de la filière, qui distribue notamment les quotidiens nationaux, rappelle-t-elle. C'est une distribution très spécifique, puisque c'est chaque jour une prouesse logistique que de faire en sorte qu'un journal sorte à 2h ou 3h du matin pour arriver chez les diffuseurs avant leur ouverture vers 6h30.» Presstalis intervient auprès de 22 sites d'impression, 500 véhicules tournent, et la société doit garantir à chaque éditeur une bonne gestion de ses flux logistiques, d'information et financiers. «C'est d'une rare complexité, analyse Anne-Marie Couderc. Et une source de coûts spécifiques. Nous devons trouver les voies de mutualisation et de «variabilisation» de nos coûts. Nous devons ouvrir la structuration de notre distribution à des partenariats. Par ailleurs, le syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN) réfléchit à des partenariats possibles avec la PQR».
La présidente de Presstalis précise que l'entreprise entretient «actuellement des travaux de réflexion importants avec les éditeurs de la presse magazine et quotidienne. Nous nous rapprochons de l'étude menée par le SPQN. Nous essaierons d'aboutir ensemble à l'automne car il faut que ces réflexions soient partagées et qu'au vu de ces études, les éditeurs puissent prendre les décisions les plus pertinentes».
dimanche 16 octobre 2011
Primaire: Quilès réagit trop tôt
"C'est un bug", a déclaré Paul Quilès. "J'avais préparé deux communiqués à l'avance, l'un en cas de victoire de Martine Aubry, l'autre au cas où François Hollande serait élu. Mais la batterie de mon ordinateur s'est brutalement déchargée et le message de François Hollande est parti mystérieusement", a-t-il expliqué.
"Il est incontestable que l’indication fournie par les sondages du "mieux placé pour battre Sarkozy" a pesé lourd dans la décision des électeurs", écrit-il, soulignant "l'utilisation abusive" des enquêtes d'opinion. Et d'apporter un soutien très mesuré à François Hollande, qui "a maintenant la responsabilité de faire la preuve qu’il est bien celui qui pourra l’emporter le 6 mai 2012". "Pour cela, il va lui falloir très vite prouver qu’il sait vraiment rassembler, non seulement ses amis et ses nouveaux ralliés, mais aussi les socialistes et ensuite l’ensemble de la gauche", écrit encore Paul Quilès.
Devant leurs troupes fébriles, Copé et Fillon sonnent la charge contre le PS
"Arnaud de Montebourg... quel joli nom !"
Sans compter les attaques contre les candidats eux-mêmes : "Arnaud de Montebourg... (sic) Quel joli nom ! Ce type-là est un type dangereux, je n'aurais pas voulu vivre en 1789 avec lui...", a lancé Briand, entre autres, devant un Copé hilare sur scène. Autant dire que les deux finalistes - "La dooouce Martine Aubry et le relooké François Hollande", comme les appelle Briand - ont dû avoir, eux aussi, les oreilles qui sifflaient, jeudi soir. "À force de maigrir comme ça, il va devenir aussi transparent que son programme !" a-t-il lancé, en particulier à l'attention du candidat le plus redouté par l'UMP. Car, exception faite d'Alain Juppé, tous continuent de penser en coulisse que François Hollande est le candidat le plus dangereux face à Sarkozy.
Alors, pour regonfler le moral des troupes, les cadres n'ont cessé d'annoncer le commencement d'une "nouvelle séquence". "Notre adversaire sera enfin identifié, on va pouvoir passer à la vitesse supérieure", a lancé Copé, jeudi soir, se voulant convaincant, malgré un air plus distrait qu'à l'accoutumée. Le secrétaire général a tenté de jouer les chefs de guerre : "Il va falloir reprendre notre uniforme, nous partons au combat au service de chaque Français." Vendredi, il se montrait encore un peu plus vindicatif, évoquant le "pugilat" socialiste : "Le temps des explications est maintenant venu", a-t-il répété. Avant de prévenir : "Mais il va être difficile pour le PS de faire la synthèse entre toutes ses contradictions." Enfin, histoire d'envoyer un message fort à ses troupes qui ont, elles aussi, soif d'en découdre, Copé a évoqué à la tribune la "cellule riposte" qu'il a lui-même créée, ainsi que la convention organisée par le parti, mardi, pour répondre "point par point" aux socialistes, "dans les règles, mais sans faiblir". Enjoignant à ses troupes de "gagner la bataille du mental", il a également évoqué la création d'un "comité de pilotage du projet", avec Bruno Le Maire, le ministre de l'Agriculture, en charge du programme présidentiel.
"La tête des députés est ailleurs"
Pendant ce temps, les habituels montaient au créneau, notamment auprès des médias, chacun dans son rôle. Nadine Morano, en particulier, n'a cessé de tirer à boulets rouges sur le projet socialiste et de discréditer ses candidats. Jean-Claude Gaudin, président du groupe UMP au Sénat, a de son côté joué les sages rassurants en expliquant que la défaite du parti majoritaire aux sénatoriales sera peut-être, en fin de compte, "salutaire" pour le parti.
Des discours plutôt combatifs, donc, dans un climat encore loin d'être euphorique. La présidentielle inquiète, mais les législatives aussi. "C'est tout simplement une ambiance de dernière journée parlementaire de mandature. La tête des députés est ailleurs", explique Axel Poniatowski, qui, comme d'autres, a dû filer retrouver sa circonscription sans attendre les discours de clôture, vendredi. Ces inquiétudes n'avaient pourtant pas échappé à François Fillon, qui a habilement témoigné sa reconnaissance aux parlementaires de terrain : "Je sais mieux que quiconque que les résultats des élections locales sont durs à vivre pour nos amis, difficiles à comprendre." Et de les implorer : "Pas de déception, pas de désertion ! (...) Nous n'avons pas à rougir de ce que nous sommes, de ce que nous voulons, de ce que nous avons fait."
Pour un conseiller de l'UMP, il y a eu "trois dimanches" dans la tête des parlementaires : la défaite au Sénat, il y a trois semaines, qui a bien sûr entraîné une certaine "baisse de moral". La semaine suivante, le retrait de Borloo, qui a été au contraire une "bonne surprise". Et puis dimanche dernier, le premier tour de la primaire, "qui aurait pu être beaucoup plus violent qu'il n'a été". Le quatrième, ce dimanche, est donc censé leur permettre de sonner la charge. "Rien n'est fini, rien n'est joué, tout commence, tout recommence", a conclu François Fillon. Le Parti socialiste est prévenu.
Trichet : l'euro "pas menacé" par la crise, mais "il faut changer le traité"
Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a récusé dimanche 16 octobre l'idée que l'euro soit "menacé" par la crise de la dette, mais a plaidé pour une réforme des traités de l'UE pour empêcher que les dérapages d'un pays de la zone ne menacent les autres.
"Demain, à mon avis, il faut changer le traité pour être capable d'empêcher un membre de la zone euro de vagabonder et de créer des problèmes pour tous les autres", a déclaré, en allusion à la Grèce, M. Trichet, interrogé sur la radio française Europe 1 et la chaîne d'information continue i>TELE.
Il a plaidé pour une réforme qui rendrait le Conseil européen "capable d'imposer des décisions" à un pays en dérapage "sur la base d'une proposition de la Commission, avec des règles appropriées de majorité". "La leçon de la crise, c'est qu'il faut en effet aller plus loin que les recommandations, éventuellement avec des sanctions", a-t-il ajouté.
Au-delà des mesures d'urgence sur lesquelles elle planche pour endiguer la contagion de la crise grecque, l'Europe, qui avait juré de ne plus revenir sur ses traités après les déboires du traité de Lisbonne, a donné récemment les premiers signes d'un possible revirement vers un nouveau changement de texte.
Les propos de M. Trichet s'inscrivent dans le sillage de ceux d'Angela Merkel, qui a donné le ton début octobre en affirmant lors d'une visite à Bruxelles que "réviser les traités européens ne doit pas être un tabou". Abondant dans le sens de la chancelière allemande, le président français Nicolas Sarkozy avait fait savoir le 8 octobre que Paris et Berlin proposeraient des "modifications importantes" des textes européens.
ÊTRE "EXTRÊMEMENT VIGILANTS"
Dimanche, à un peu plus de deux semaines de son départ de la présidence de la BCE, qu'il s'apprête à céder à l'Italien Mario Draghi, Jean-Claude Trichet a assuré ne "pas du tout croire que la zone euro soit menacée" par la crise actuelle. "Je crois encore moins que l'euro lui-même en tant que monnaie soit le moins du monde menacé", a-t-il précisé.
Il a insisté en revanche sur la nécessité pour tous les Européens d'être "extrêmement vigilants" en matière de finances publiques. "Le bon sens consiste à se protéger, à prémunir plutôt que guérir... Il est très important de surveiller attentivement les politiques budgétaires", a-t-il souligné.
2012 : comment Sarkozy va contre-attaquer
Le président-candidat devrait participer à une émission spéciale crise, sur TF1 et France 2, le lundi 24 octobre.
"C'est la bonne fenêtre de tir"
Selon nos informations, le président candidat devrait ensuite parler à la télévision le lundi 24 octobre. Il a donné son feu vert pour participer à une "émission spéciale sur la crise". Le chef de l’État répondra depuis l’Élysée et pendant une heure aux questions d’Yves Calvi (France 2) et Jean-Pierre Pernaut (TF1). L’émission sera retransmise par TF1 et France 2. "Tout n’est pas encore ficelé. Mais c’est la bonne fenêtre de tir", dit-on à l’Élysée. Juste après le sommet de Bruxelles et à la veille de la fin de la présidence française du G20. Les chefs d’État des pays les plus puissants du monde se retrouveront à Cannes les 3 et 4 novembre. Nicolas Sarkozy a prévu dans la foulée de sa prestation télévisée d’effectuer une mini-tournée mondiale qui devrait le conduire notamment en Chine et aux États-Unis.Avec cette émission de télévision, le président candidat va abattre une carte majeure. "Ce sera un exercice compliqué, anticipe-t-on à l’Élysée. Le Président devra être à la fois très pédagogue sur des sujets d’une grande complexité : l’Europe, les banques et les conséquences budgétaires passés et à venir pour les Français."
En panne dans les sondages, attaqué par les socialistes sur son bilan, Nicolas Sarkozy s’est placé volontairement en retrait depuis plusieurs mois. Ses dernières interventions à la télévision datent du mois de février. Le 27, il était intervenu pendant une dizaine de minutes pour justifier son mini-remaniement qu’il l’avait conduit à remplacer aux Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie par Alain Juppé et Brice Hortefeux à l’Intérieur par Claude Guéant. Le 10 février, il avait répondu sur TF1 aux questions de neuf Français. Depuis rien. Deux cent quarante jours de silence à part quelques points presse à l’étranger ou quelques images de ses déplacements en province. Contrairement à l’idée répandue, ce Président ne squatte plus la télévision matin, midi et soir. Tout un paradoxe au moment où les socialistes sont surexposés jusqu’à la saturation.
Le Président et Fillon divisés sur la primaire socialiste
L’exécutif voit s’achever la séquence socialiste avec soulagement. Nicolas Sarkozy et François Fillon se sont divisés sur le sujet de la primaire. Le premier a répété cette semaine qu’il était contre cette idée contraire, selon lui, "à l’esprit de la Constitution". Le second a jugé le procédé "moderne" et "inévitable"… en 2017. Une position partagée, comme le démontre un sondage Ifop pour le JDD, par 65 % des Français et 64% des sympathisants de l’UMP.Lundi soir, François Fillon sera l’invité du 20 Heures de France 2. Pendant vingt minutes, il commentera les résultats de la primaire et préparera le terrain pour le Président en évoquant la crise. Tant à l’Élysée qu’à Matignon, on n’est pas mécontent de voir les antennes s’ouvrir à nouveau pour les responsables de la majorité. Lors des journées parlementaires de l’UMP, le député d’Indre-et-Loire Philippe Briand a eu ce mot : "Nous sortons enfin de la période d’occupation médiatique de la gauche!"
Le G20 d'accord pour donner au FMI des ressources "adéquates"
La réunion, à Paris, des ministres du G20 à Paris s'est achevée sur un satisfecit aux efforts faits par la zone euro pour sortir de la crise de la dette. Les Etats-Unis s'opposent à un renforcement des moyens du FMI proposé par les pays émergents pour aider l'Europe en crise. Mais le G20 s'engage à poursuivre les discussions pour que le fonds soit doté des "ressources adéquates" en vue du sommet de Cannes. Les tractations se poursuivent sur le relèvement de la décote exigée sur la dette grecque et la recapitalisation des banques. Rendez-vous est pris pour le Conseil européen du 23 octobre pour arriver au sommet du G20 de Cannes avec une Europe en ordre de marche pour que le monde puisse discuter des moyens de relancer la croissance.
Les pays du G20 se sont dit sont prêts à aider l'Europe à endiguer la crise de la dette, afin que le monde puisse renouer avec la croissance, mais à condition qu'elle prenne ses problèmes à bras le corps. Le communiqué finale indique que les vingt principaux pays riches et émergents s'engagent notamment à ce que le Fonds monétaire international (FMI) soit doté de "ressources adéquates". Plusieurs grands pays émergents, dont la Chine, le Brésil et l'Inde, étaient favorables à un nouveau renforcement des moyens du Fonds afin qu'il soit capable, si besoin, d'endiguer une éventuelle propagation de la crise de la dette à des poids lourds comme l'Italie ou l'Espagne et, au-delà, à toute l'économie mondiale. La France, qui préside le G20, y est aussi favorable, tout comme la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde.
Mais l'Allemagne est plus réservée et, surtout, les Etats-Unis, premier contributeur du FMI, y sont hostiles, estimant pour l'instant qu'il est doté de ressources suffisantes et se refusant à augmenter les droits de vote des pays émergents. "Nous allons au cours des jours prochains poursuivre nos discussions mais nous avons déjà contractualisé des accords qui seront très importants", a dit le ministre français des Finances, François Baroin, après une rencontre vendredi avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble et Nicolas Sarkozy.
Malgré quelques différends, notamment sur la façon de mettre en application l'accord du 21 juillet dernier, les Européens se sont montrés plus confiants que lors des dernières réunions internationales. Les marchés européens ont à nouveau légèrement rebondi et l'euro était bien orienté face au dollar. "L'Europe avance clairement" vers une solution, s'est réjoui Timothy Geithner. Comme promis en septembre, le fonds de secours de la zone euro (FESF, fonds européen de stabilité financière) est enfin opérationnel, près de trois mois après son adoption. Mais le Vieux Continent n'est pas tiré d'affaire, comme le montre un nouvel abaissement de la note financière de l'Espagne par Standard and Poor's. Le sujet le plus épineux est assurément la recapitalisation des banques européennes, que l'hypothèse d'un défaut de paiement partiel de la Grèce et d'une dépréciation de leurs titres en portefeuille fragilise. La note de BNP Paribas a ainsi été dégradée, à AA-, par Standard & Poor's vendredi.
Les discussions se poursuivent pour définir l'ampleur de la perte que doivent accepter les banques et le secteur privé dans le cadre d'un défaut partiel de la Grèce. Le 21 juillet, l'accord portait sur une dépréciation de 21% mais plusieurs sources officielles évoquent une décote qui pourrait être proche de 40%, voire de 50%, selon Alain Minc. Plusieurs banques de la zone euro ont d'ores et déjà acté une perte de 50% dans leurs comptes. Toute la question est de faire en sorte qu'un défaut de la Grèce ne conduise par au déclenchement des CDS (assurances contre le risque de défaut sur la dette souveraine) et surtout ne soit pas suivi d'une contagion aux créances sur le Portugal, l'Irlande, l'Espagne et l'italie.
La pression devrait donc monter sur les banques pour les forcer à se recapitaliser et leur permettre de supporter d'éventuelles pertes plus importantes qu'attendu sur la dette souveraine des pays les plus fragiles de la zone. Ce plan européen sera intégré à une série d'engagements qui seront dévoilés au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 des 3 et 4 novembre à Cannes, qui clôturera la présidence française du forum des 20 grandes économies mondiales. De nombreuses mesures examinées par les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 réunis vendredi et samedi à Paris ont été renvoyés à cette échéance.
Le président américain, Barack Obama, a appelé vendredi la chancelière allemande, Angela Merkel, pour parler de la crise dans la zone euro, qui selon lui représente un danger important pour l'économie américaine. Les deux dirigeants ont abordé la question des préparatifs en vue du sommet du G20, qui se tiendra à Cannes, les 3 et 4 novembre, et sont tombés d'accord pour "rester en contact étroit avant la rencontre". La réunion des ministres des finances a aussi avancé sur les autres questions au menu du Sommet de Cannes. Une des priorités de la présidence française est de parvenir à un accord sur la réduction des grands déséquilibres économiques et financiers mondiaux, avec l'objectif que les sept pays identifiés comme sources principales de ces déséquilibres présentent à Cannes "deux ou trois mesures significatives" en ce sens. "Il faut des mesures de consolidation budgétaire pour les pays en déficit excessif et des mesures susceptibles de soutenir l'activité mondiale pour ceux qui ont des excédents", avait expliqué une source française avant la réunion. La Chine est directement visé. Selon un responsable d'un pays du G20, les Chinois se sont ainsi dits prêts à "faire en sorte que la croissance en Chine ne ralentisse pas, même s'il y a un risque d'inflation, à travers une politique budgétaire expansionniste". Aucune avancée majeure n'est en revanche attendue à Paris concernant la monnaie chinoise, le yuan, dont le strict contrôle par Pékin est considéré comme l'une des causes des grands déséquilibres mondiaux. Le "sentier d'intégration" du yuan dans le panier de monnaies des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international, une discussion sous-tendue par le desserrement de la monnaie chinoise, figure parmi les priorités de Cannes, avec l'objectif d'obtenir un calendrier.
Le communiqué final du G20 Finances réaffirme que ses membres s'assureront que les banques disposent des liquidités suffisantes, en particulier à travers les banques centrales, comme elles s'étaient engagées à le faire au récent G7 Finances à Marseille. Les discussions portaient encore samedi sur l'opportunité de publier la liste des banques considérées comme faisant courir de par leur taille un risque systémique au système financier mondial, pour lesquelles le G20 doit s'accorder sur des surcharges en capital. Là encore, les décisions définitives seront prises à Cannes. Des "principes" pour les pays émergents souffrant des mouvements de capitaux spéculatifs doivent par ailleurs être finalisés pour le sommet à venir du G20, pour permettre de contrôler ces flux afin d'éviter la déstabilisation de leur économie.
France-Soir, un quotidien qui a écrit l'histoire de la presse
Peu de journaux ont une histoire aussi brillante et désespérante que France-Soir. Une naissance héroïque, avec le génial Pierre Lazareff qui transforme, au sortir de la guerre, un journal de résistants né dans la clandestinité, Défense de la France, en grand journal populaire. Des débuts fracassants, avec des tirages qui atteignent rapidement plus d'un million d'exemplaires. Une suite illuminée par des plumes prestigieuses. Une chute lente mais inexorable, émaillée de nombreux changements de propriétaires.
À coups de scoops, de manchettes percutantes et de photos grand format, France-Soir devient une référence. «Ramasser le monde en un jour et le jeter aux hommes chaque matin», le journal fait sienne cette définition du journalisme de Joseph Kessel, qui a couvert les procès de Pétain et Nuremberg. Les morceaux d'anthologie de Lucien Bodard, Françoise Giroud, Jean Ferniot ou Philippe Labro côtoient les fielleux «Potins de la commère» de Carmen Tessier, le feuilleton à la rose Angélique, marquise des anges et les «faits div» sordides comme l'affaire Dominici. Le cocktail est parfait.
Au sommet de sa gloire, France-Soir fait travailler 400 journalistes et sort jusqu'à huit éditions par jour. Les ventes dépassent deux millions d'exemplaires en novembre 1963, après la mort de John F. Kennedy et en novembre 1970 après celle du général de Gaulle.
Le vent tourne dans les années 1970. Quand Lazareff meurt, en 1972, la presse quotidienne commence à être bousculée par les radios et la télévision. La ligne éditoriale du journal est de moins en moins claire. Comme ses concurrents, France-Soir balance entre le tabloïd à l'anglo-saxonne et le journal généraliste. Les fréquents changements d'actionnaires à partir de cette époque n'arrangent pas les choses. Le «papivore» Robert Hersant, qui possède alors Le Figaro, prend le contrôle de France-Soir en 1976. Première hémorragie à la rédaction qui perd 80 journalistes sur 200… Mais en 1983, la diffusion s'inscrit encore à 400.000 exemplaires.
La suite est une succession de plans de relance et de restructurations. Entre 1982 et 2004, onze directeurs de la rédaction vont se succéder au chevet du malade. En 1998, Yves de Chaisemartin, à qui Robert Hersant a confié les clés de la Socpresse, passe le journal au format tabloïd en baissant fortement le prix de vente. Mais le titre est gravement déficitaire. Il change de mains en 1999, en 2000 et en 2002. Philippe Bouvard, qui a déjà officié dans le journal entre 1973 et 1989, revient alors aux manettes. France-Soir +, recentré sur la télévision et le sport, ne renoue pas avec son passé glorieux.
Exsangue, sans cap, France-Soir est placé en redressement judiciaire fin 2005. L'année suivante, le journal est racheté par le promoteur immobilier Jean-Pierre Brunois. Les journalistes en grève brandissent des tracts : «Bal tragique au tribunal : 80 morts» . L'inspiration vient toujours des tabloïds anglais. Mais le quotidien a perdu la recette du succès. Les deux plans de relance d'Alexander Pugachev, qui a acquis le journal en 2009, n'ont pas permis de renverser la vapeur.
Liliane Bettencourt : En partance pour l'étranger ?
Une histoire à rebondissements
La juge Stéphanie Kass-Danno devrait statuer lundi sur la demande de révocation du mandat de protection de la milliardaire confié à son ancien avocat, Pascal Wilhelm, et sur l'opportunité de mesures judiciaires comme un placement sous tutelle ou sous curatelle renforcée. La magistrate doit s'assurer de la bonne protection de la troisième fortune de France souffrant, à bientôt 89 ans, d'une maladie cérébrale et en conflit ouvert avec sa fille qui accuse son protecteur de conflit d'intérêts.« Je tremble ! Il n'y a plus qu'à prier (...). Je sens que je vais être écrabouillée » dit-elle. Sur ses relations avec sa fille, elle parle de « cauchemar », l'accusant d'être animée par la « méchanceté » ou d'être « une emmerdeuse qui s'est réservé beaucoup d'argent dans tout cela ». La vieille femme imagine même le pire disant « je n'aurais plus envie de vivre. Tout cela me fatigue (...) Cela mine. C'est épuisant », dit l'octogénaire, ajoutant : « Je sais bien, ils veulent m'enfermer ».
Samedi dans Le Parisien, son protecteur Pascal Wilhelm avait déjà averti qu'un recours serait déposé en cas de mise sous tutelle. Après l'audience du 4 octobre, la juge a reçu vendredi les observations du parquet de Nanterre, « favorable à un aménagement du mandat et à la désignation d'un collège de mandataires pour surveiller la gestion du protecteur sans toutefois se prononcer pour une protection judiciaire », selon une source proche du dossier. La juge n'est pas tenue de suivre cet avis.
« Nous attendons sereinement la décision du juge qui dispose de tous les éléments pour instituer enfin une protection adaptée à la santé de Liliane Bettencourt » a expliqué l'avocate de Françoise Bettencourt-Meyers, Béatrice Weiss-Gout. Mais pour les conseils de Liliane Bettencourt, il manque à la juge une expertise médicale incontestable. Dans la dernière expertise médicale de la milliardaire, réalisée en juin par un juge bordelais accompagné de médecins, ceux-ci ont relevé « son absence à solutionner des problèmes complexes, sa difficulté à dire où elle se trouve et quel est le jour de la semaine » affirmant que Liliane Bettencourt « serait dans un état de vulnérabilité et de suggestibilité ». Des juges de Bordeaux examineront une demande d'annulation de cette expertise déposée par la défense de Liliane Bettencourt. Ce sera le 10 novembre, date d'un nouvel épisode dans cette histoire complexe.
Grèce: Papandréou demande aux Grecs de la patience
«Je serais le plus heureux des hommes si je pouvais le faire mais je ne peux pas et mon devoir est d'être honnête et de dire cette vérité à chaque citoyen grec». Le parlement se prononcera la semaine prochaine sur de nouvelles baisses des salaires et des pensions de retraite, et sur des milliers de licenciements dans le secteur public.
Maintien de la politique d'austérité
Les deux principales fédérations syndicales du pays ont appelé à une grève générale de 48 heures coïncidant avec l'examen et le vote de ces mesures, mercredi et jeudi. Des débrayages sont programmés parallèlement par les services des douanes et les employés municipaux.Samedi, des milliers de manifestants ont défilé place Syntagma, face au parlement dans le centre d'Athènes, dans le cadre d'une journée mondiale de mobilisation contre les marchés financiers et les inégalités sociales. George Papandréou a toutefois assuré qu'il maintiendrait le cap de sa politique d'austérité «dans l'intérêt d'une vaste majorité des Grecs qui connaîtraient une vraie catastrophe si la Grèce faisait défaut (sur sa dette)».
Qu’ils s’appellent «Indignados», «Indignés», «15-M» ou «OWM», peu importe! Voilà un mouvement mondial que ne devraient pas ignorer les ministres réunis hier à Paris pour le «G20 Finances» dans leur confusion habituelle et sous la non moins habituelle léthargie européenne. Car il s’agit d’une expression populaire nouvelle, a priori non politique et non guidée par quelques penseurs d’extrême gauche. Rien de commun non plus avec les «altermondialistes» qui semblent avoir sauté dans le train en marche...
Cette mobilisation planétaire exprime le «ras-le-bol» de pratiquement toutes les classes de la société, relayées par leur jeunesse sans avenir devant l’incompétence des gouvernements, de droite ou de gauche.
Parce que la Politique (la vraie, avec un «P» majuscule), normalement au service de la démocratie, s’est effacée devant la Finance. Cette dernière détient le véritable pouvoir, et sans le moindre mandat, en poussant le cynisme jusqu’à faire payer ses erreurs au citoyen-contribuable. Ainsi, que de banques renflouées en 2008 avec l’argent public! Pour qu’elles continuent leurs agissements, comme si de rien n’avait été: produits toxiques, boni à gogo, rémunérations pharaoniques des directoires et des traders... Le pire: des deux côtés de l’Atlantique, malgré de martiales paroles, les autorités (normalement de tutelle) ont laissé faire. Il est vrai que, endettés jusqu’au cou, les Etats ont du mal à tancer les créanciers dont les grands établissements financiers ne sont que les intermédiaires, très actifs il est vrai.
Mais où aboutira ce mouvement d’indignation planétaire aux apparences si spontanées? Aux Etats-Unis, certains voient déjà en «Occupons Wall Street» (et ses satellites) le germe de quelque chose de plus vaste, comparable aux mouvements pour les droits citoyens des années 1960 suivis par les mobilisations massives contre la guerre du Vietnam. Déjà les partis tentent, à leur manière, une récupération: les Démocrates sous une timide bienveillance à l’égard des manifestants dans l’espoir de sauver un deuxième mandat pour Barack Obama et les Républicains en dénonçant socialistes, communistes et autres «jaloux de la Cadillac du voisin»...
La situation reste différente en Europe où, hormis en Grèce et en Espagne, le mouvement ne s’est installé que peu à peu. Toujours à l’exception de la Grèce et de l’Espagne en première ligne, les «indignés» sont encore regardés avec méfiance par les syndicats peu enclins à prêter leur concours à ce qu’ils ne contrôlent pas. Avec une autre récente et notable exception: l’Italie où la politique à la Berlusconi a atteint des sommets d’irresponsabilité et d’indécence.
Las des atermoiements de leurs dirigeants, les Européens attendent toujours, et avec de plus en plus d’impatience, une sortie de la crise ou, au moins, une réaction crédible des gouvernements et de l’UE. Pas seulement face au problème posé par la Grèce, à la fois bouc émissaire et détonateur d’un malaise plus vaste. «Toute l’Europe est une tragédie grecque» soulignait hier une pancarte de manifestants allemands devant le quartier des banques à Francfort...
Démocratie, un état des lieux
Toutefois, par les temps qui courent, la Grèce et les Etats-Unis se ressemblent bien plus qu'on ne l'imagine. Athènes et Washington sont le berceau de la démocratie : la Grèce a inventé la démocratie directe, les Etats-Unis, la démocratie représentative. Magistralement exposé dans deux textes d'une similitude impressionnante, l'Oraison funèbre de Périclès et le discours de Lincoln à Gettysburg, cet idéal est aujourd'hui remis en cause.
L'intérêt général relégué au second plan
La démocratie directe a été la première à dégénérer en populisme, démagogie et ingouvernabilité. Il n'est pas étonnant que, voyant la fin tragique de Socrate, obligé de boire la ciguë, les pères fondateurs des Etats-Unis n'aient pas voulu parler de démocratie et aient préféré décrire leur système politique comme un 'gouvernement représentatif', autrement dit un régime où, plus que de permettre au peuple de se gouverner lui-même, on lui concédait le pouvoir d'élire et de destituer ses gouvernants de manière régulière afin de préserver ses libertés.Malgré toutes ses insuffisances, ce système de gouvernement a été une grande réussite. Au moins dans notre contexte politique et géographique, la démocratie représentative a triomphé aussi bien du fascisme que du communisme, et même si les menaces populistes et nationalistes continuent à peser sur elle, la conjonction de gouvernements représentatifs et d'économies de marché a généralement donné lieu à des sociétés ouvertes, respectueuses des libertés et de la diversité.
Le problème vient du fait que la démocratie représentative est devenue non seulement indéboulonnable de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur, car la démocratie directe n'est pas une alternative valable pour gouverner des sociétés aussi complexes que les nôtres. Et sur cette voie, la démocratie s'est sclérosée précisément en son point central, la représentativité des gouvernements envers les demandes des gouvernés.
Des systèmes politiques mis à nu
Avec le temps, ces gouvernements se sont laissé piéger par deux facteurs : d'une part, les partis ont transformé nos systèmes politiques en partitocraties gouvernées par une classe politique qui ne rend aucun compte et n'est pas transparente ; d'autre part, les marchés, qui ont soumis le pouvoir politique à leurs intérêts particuliers, devenant une sphère de pouvoir autonome. Résultat, l'intérêt général est relégué au second plan comme principe d'inspiration des politiques publiques, tandis que l'obligation de rendre des comptes devient inopérante en tant que mécanisme de contrôle citoyen. Ainsi, alors même que les démocraties triomphent quantitativement dans le monde, leur qualité s'est considérablement détériorée.La plupart de nos pays sont aujourd'hui des démocraties dans toutes les dimensions qui nous font les définir comme telles, mais elles sont loin d'être d’avoir les qualités de la démocratie à laquelle les citoyens aspirent. En période de croissance économique, quand les problèmes de redistribution étaient plus faciles à résoudre, la tension inhérente entre efficacité et représentativité se résolvait facilement en faveur de l'efficacité et au détriment de la représentativité. Mais quand la crise économique a frappé de plein fouet, nos systèmes politiques ont été mis à nu : leur incapacité à gérer l'économie (que ce soit par incompétence ou parce que les solutions dépassent la compétence nationale) éclate au grand jour, de même que leur misère représentative et leur soumission au pouvoir des marchés, dont ils se montrent incapables de réguler les excès.
L'idéal démocratique athénien a échoué et a mis des centaines d'années à se réinventer ; la démocratie représentative, même si elle n'est pas soumise à un débat de l'extérieur, entrera dans une très grave crise interne si elle ne parvient pas à régler la crise de la représentation et gouverner efficacement les marchés dans le sens de l'intérêt général. D’Athènes à Wall Street, l'idéal de la démocratie se bat pour survivre.






















