TOUT EST DIT

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lundi 26 mai 2014

L'onde de choc d'un 21 avril européen


Ce n'était, paraît-il, qu'un mauvais moment à passer. Une formalité pénible qu'on allait prestement «enjamber» avant de revenir aux affaires courantes. Tout avait été prévu, annoncé, anticipé: l'abstention forte ; la percée, chez nous, du Front national et, partout, celle des partis europhobes ou eurosceptiques; la déculottée des socialistes français et l'humiliation de l'UMP. Mais voici que les résultats tombent, et c'est le choc! L'orage est là; le ruisseau qu'on croyait pouvoir sauter à pieds joints se révèle un torrent furieux, qui charrie, pêle-mêle, l'indifférence, l'inquiétude et la colère. Tout à coup, on prend conscience qu'en France comme en Europe, l'onde de choc de ce «21 avril européen» n'a pas fini de produire ses effets.
Bien sûr, pour se rassurer, on invoquera la faiblesse de la participation qui relativise la portée de l'élection. On parlera de «vote défouloir». On maudira la crise économique. On dressera la liste de tous ces partis qui, triomphateurs aux européennes, se sont brutalement dégonflés au scrutin suivant. Tout cela n'est pas faux: en politique, rien n'est écrit, et surtout pas qu'une victoire en entraîne automatiquement une autre. Mais le contraire n'est pas écrit non plus...
Car le fait est là, qui il y a deux ans aurait paru à peine croyable. Trente années après ses premiers succès électoraux sous François Mitterrand, le FN s'impose, lors d'un scrutin national, comme le premier parti de France. Dans une élection boudée par les jeunes et les catégories populaires, qui objectivement le dessert et où il n'a jamais fait des étincelles, le parti de Marine Le Pen l'emporte - et largement! Bruyant mais marginal, il campait aux portes du système - dont il n'avait forcé les défenses que par effraction le 21 avril 2002. Hier, pour la première fois, il l'a dominé.
Pour Marine Le Pen, c'est une victoire personnelle. Elle avait réussi, en incarnant un nouveau style, à faire tomber le premier obstacle à la progression du Front national - redoutablement efficace, quoi qu'on en dise aujourd'hui - sa diabolisation.
Les électeurs viennent de faire tomber le second: l'incapacité qu'on lui prêtait de remporter une élection nationale, et donc d'accéder un jour au pouvoir. Certes, la mécanique proportionnelle du scrutin européen n'a rien à voir avec le principe majoritaire des législatives ou d'une présidentielle, mais symboliquement le cap est franchi. À ceux qui voudront à l'avenir l'enfermer dans son rôle de leader protestataire, Marine Le Pen pourra rétorquer que le FN, «premier parti de France», a conquis dans les urnes le statut de parti de gouvernement. Ébranlée aux municipales, la bipolarisation, pour un temps au moins, a vécu. C'est tout notresystème politique, façonné par la logique du scrutin présidentiel à deux tours, qui va s'en trouver durablement déstabilisé.
Pour François Hollande, dont l'Histoire retiendra que c'est sous son principat que le Front national (après ses succès sous Mitterrand et Jospin, cela devient une habitude...) a accompli ce progrès décisif, c'est un désastre de plus. Depuis hier soir, le roi est nu. Plombé par le discrédit présidentiel, son parti a coulé à pic. Il fait, aux européennes, le plus mauvais score de son histoire. Bis repetita: ni la nomination de Manuel Valls, ni le changement de gouvernement, ni les cadeaux fiscaux généreusement distribués à son électorat n'ont permis d'inverser la tendance des municipales. Quant à l'absurde campagne du PS en faveur de Martin Schulz, cet illustre inconnu dont le parti gouverne en Allemagne avec Angela Merkel, elle n'a rien arrangé. Et maintenant? Impopulaire, deux ans à peine après son élection, comme aucun président avant lui, François Hollande est l'objet d'un rejet personnel, général, brutal et absolu, auprès de quoi la détestation qui visa en leur temps François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy fait figure d'aimable bouderie. Confronté à l'hostilité de la droite et du centre, et à l'exaspération des mutins de la gauche, dont cette nouvelle humiliation ne peut que grossir les rangs, le président est seul. Ayant abattu la carte du changement de premier ministre, il se retrouve sans arme politique au moment d'entrer dans le dur des économies trop longtemps repoussées. Concurrencé dans son propre camp par le premier ministre qu'il a été contraint de nommer, il risque fort (une première sous la Ve République) d'être pris au mot par ses amis à qui il a fait entendre qu'en 2017 il pourrait ne pas se représenter. D'ici là, les institutions lui permettent bien sûr de tenir, mais la question est: peut-il encore gouverner?
En face, la droite, qui ne sait trop s'il lui faut craindre ou espérer une dissolution, n'a, il est vrai, guère de raisons de pavoiser. Parles temps qui courent, elle devrait voler de victoire en victoire ; elle fait nettement moins bien dans l'opposition (même en tenant compte du cavalier seul de l'UDI) que lorsqu'elle était au pouvoir! Aux municipales, l'enracinement de son tissu d'élus locaux avait pu faire illusion. Privée de cet atout aux européennes, l'UMP est confrontée à l'évidence de son discrédit.
Il faut dire que l'électeur devait avoir la foi chevillée au corps pour porter son vote sur les listes du «grand parti de la droite»! Sans leader incontesté ni programme européen partagé par tous, l'UMP, dans cette campagne, n'aura réussi à faire parler d'elle qu'à l'occasion de ses dissonances ou, surtout, de ses «affaires» peu reluisantes qui renvoient l'électeur à tout ce qu'il déteste dans la politique. La droite sait maintenant que le seul effet du balancier démocratique ne suffira pas à la ramener mécaniquement au pouvoir. Si elle veut résister à la pression redoublée que le FN va désormais faire peser sur elle, l'UMP doit au plus vite se choisir un chef incontesté et se doter d'un vrai projet (à droite, les choses se passent dans cet ordre) - ce qui suppose que Nicolas Sarkozy ne laisse pas indéfiniment planer le mystère sur ses intentions. Elle doit surtout s'atteler à l'essentiel: la (re)conquête des catégories populaires, sans lesquelles rien n'est ni ne sera possible. Cela implique, pour commencer, que l'UMP daigne entendre le message des électeurs, qui ne vaut pas, loin s'en faut, pour la seule question européenne.
Certes, l'idée européenne, telle qu'elle se construit depuis Maastricht, est la grande blessée du scrutin de dimanche. Si l'on ajoute aux abstentionnistes les électeurs qui, dans toute l'Europe, ont voté pour un parti europhobe ou eurosceptique, on constate qu'environ un tiers seulement des citoyens de l'Union ont soutenu positivement par leur bulletin de vote le projet européen. À l'évidence, l'Europe actuelle, qui se fait sans les peuples et parfois contre eux (qu'on se souvienne, en France du référendum de 2005, tenu pour nul et non avenu), ne fait plus recette. Cette Europe qui crée l'euro sans se donner les moyens de le gérer, qui supprime les frontières intérieures sans se doter de la politique ni de l'instrument qui permettront de protéger les frontières extérieures, cette Europe-là non seulement ne fait pas rêver, mais elle est victime, partout ou presque, d'une hostilité grandissante. Si elle veut retrouver le cœur des Européens, un simple rapetassage ne suffira pas: c'est de fond en comble qu'elle doit se réformer.
Ne nous y trompons pas, cependant. Ce qui monte en France comme en Europe - mais en France davantage que dans le reste de l'Europe -, ce n'est pas principalement le rejet de la construction européenne. Ce n'est pas non plus, comme certains voudraient nous le faire croire, la tentation d'on ne sait quel fascisme. Ce n'est pas - en tout cas pas uniquement - un mécontentement matériel causé par les difficultés économiques et le chômage. C'est une angoisse sourde, profonde, collective et personnelle, causée par ce qui est perçu comme l'évidence du déclin historique du continent européen. C'est le sentiment de dépossession culturelle et morale des nations qui craignent d'être passées au laminoir de la mondialisation. C'est le pressentiment que l'avenir des enfants d'Europe sera moins prospère et moins heureux. C'est une colère froide contre toutes les «élites» institutionnelles - dont les eurocrates ne sont qu'un avatar particulièrement caricatural - accusées d'impuissance et, plus grave, d'indifférence aux malheurs des peuples.
Gare! Si elles n'entendent pas l'avertissement des électeurs et des abstentionnistes, si elles ne tirent pas les leçons politiques du séisme de dimanche, si elles reviennent à leurs petites affaires comme si de rien n'était, ces «élites», nationales et européennes, s'exposent à une «réplique» qui pourrait bien ne laisser derrière elle qu'un champ de ruines.

«Monsieur Hollande, vous êtes le meilleur recruteur du FN»


Marine Le Pen a gagné son pari. Avec près de 25% des voix aux élections européennes ce dimanche soir, le FN peut sabrer le champagne. Dans les commentaires du Figaro, ses supporters s'en réjouissent. Et ses adversaires s'inquiètent.
«Vive la France! Vive les patriotes!», triomphe Michel D. «Bientôt 2017», glisse Cyril F. «Le blabla UMPS, c'est fini!», se réjouit Jean Rouge, reprenant les éléments de langage du parti d'extrême-droite. Pour Aouassi Nadia, ce vote est surtout un moyen d'«exprimer la voix verrouillée du peuple». Beaucoup d'internautes cependant comprennent ce résultat comme un rejet: «Face à la mondialisation et à une Europe appauvrie parce qu'élargie, les Français ont exprimé leur crainte.», écrit BaboulinetPasContent.
«Merci monsieur Hollande, grâce à vous, le FN devient le premier parti de France! Vous êtes leur meilleur agent recruteur», applaudit Raymond2b. «À force de faire monter le FN, le PS a eu ce qu'il méritait», assure Totolamatrice. De quoi motiver François Hollande pour une dissolution de l'Assemblée nationale? C'est ce que souhaitent les leaders du FN. «C'est ridicule, tempère Tnrv. Hollande ne mettra pas en danger le PS au cours d'un vote - et la droite ne va pas prendre le risque de mettre en cause la responsabilité du gouvernement, risquant ainsi un suicide...» Si Hervé Morin est l'un des rares politiques à souhaiter publiquement la démission du président, il trouve quelques soutiens parmi les commentateurs du Figaro. «Plus de 50% des Français se sont abstenus de voter, compte de son côté Larmailleul. Ce sont donc les plus motivés et les plus mécontents qui se sont exprimés.»

«Seule l'UMP pourrait battre le FN»

«25%? Ce n'est pas vraiment une révolution...», leur répondArticle. «25 % de 35 % ou 40 % de votants, ça représente quoi par rapport à l'électorat potentiel total?», renchérit Matt1968. «L'UMP seule pourrait battre le FN, mais cela nécessiterait une reconstruction - qui commencerait par la démission de Copé», assure de son côté Nissard.06. «J'écoute les réactions de l'UMP, notamment Juppé et NKM, et leur souhait d'un rapprochement avec le centre et je vois que je ne pourrai plus jamais voter pour eux, lui réplique Nofuture78. Comment peut-on se moquer autant des électeurs?»
Jlot1, de son côté, s'interroge sur les difficultés que devrait rencontrer le parti de Marine Le Pen: «Les partis extrêmes qui voulaient une alliance avec le FN ne sont pas les grands gagnants de ces élections. Impossible de former un groupe...» Superloïc est plus dur encore, et voit les frontistes comme des «extrémistes incompétents, qui ne connaissent rien à l'Europe. Et on les envoie à Bruxelles pour représenter la France? Génial...»
La percée du Front national sera-t-elle pour autant durable? C'est la question posée aux internautes du Figaro. La plupart des votants y croient, mais SL.3 a des doute: «Les Français votent FN pour se protéger de l'Europe, mais ne voteront pas pour eux en France.» Et carton rouge de conclure: «La démocratie a parlé. Maintenant, pour le FN, le plus dur commence.»

Élections européennes : les éditorialistes sous le "choc"


Un "choc", un "séisme", voire "un champ de ruines".... Lundi matin, au lendemain des élections européennes remportées par le FN, lapresse quotidienne française est unanime. Pour Éric Decouty (Libération), "la victoire du Front national reste un choc qui va ébranler la France et l'Europe entière", car "l'onde de choc créée par le parti de Marine Le Pen dépasse largement les frontières nationales". C'est "une menace réelle pour l'idée européenne", écrit-il. 
Dans France-Antilles, Patrick Planchenault analyse bien l'enjeu raté de ces élections : "Il appartenait aux partis de gouvernement de donner de la perspective à cette consultation électorale, avec le fol espoir de réenchanter le rêve européen. Au lieu de cela, PS et UMP réunis, mais chacun divisé, ont laissé aux Le Pen, père et fille, le soin d'occuper l'espace politique avec leurs thèmes brumeux qui font, pourtant, de plus en plus écho chez les Français, eurosceptiques, sinon europhobes : l'identité nationale, l'immigration galopante, l'hégémonie de Bruxelles, les carences de l'euro." Sur le même sujet, Nicolas Barré, dans Les Échos, s'interroge : "Comment les Français pourraient-ils aimer l'Europe quand toute la campagne fut une course à qui dirait le plus fort tout ce qu'elle fait mal : l'euro trop fort, les frontières mal gardées, la capitulation face aux Chinois, la soumission aux ultralibéraux américains et l'on en passe..."

Dégâts semés par la politique d'austérité 

La Dépêche du Midi, sous la plume de Jean-Claude Souléry, estime que "faire du Front national le premier parti de la République, c'est assurément un effet pervers de la démocratie, c'est surtout unchoc politique et psychologique dont on se souviendra longtemps". Moyennant quoi, pour Le Maine libre, Jérôme Glaize le constate sans ambages: ce qu'il reste au lendemain de ces scrutins, "c'est un véritable champ de ruines". Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne) estime que "la classe politique française a été littéralement dynamitée par les électeurs". L'Est républicain (Alain Dusart) pense que "ce séisme redouté renvoie les formations de gouvernement à leur vacuité (et) jette l'opprobre sur l'idée que les démocrates du monde entier se faisaient de la France". Dans Presse Océan, Marc Dejean souligne que "les deux partis de gouvernement, PS et UMP, sortent l'un laminé l'autre miné par ce scrutin".
"Le FN s'impose (...) comme le premier parti de France", constate Alexis Brézet, du Figaro. "Pour Marine Le Pen, c'est une victoire personnelle", car elle a "réussi, en incarnant un nouveau style, à faire tomber le premier obstacle à la progression du Front national, sa diabolisation", analyse-t-il. DansL'Humanité, Patrick Apel-Muller écrit que ce sont "les dégâts semés par une politique d'austérité qui renie toute référence aux valeurs de gauche" qui ont provoqué une "sanction sans appel".

Moins de voix qu'à la présidentielle 

Guillaume Goubert, qui prend "toute la mesure du choc, du séisme", ne veut toutefois pas désespérer. "Le principal, écrit-il dans La Croix, c'est de constater que les formations modérées remportent les deux tiers des suffrages... l'extrémisme est loin d'être majoritaire dans les urnes." Même analyse dansOuest-France, où Michel Urvoy estime que les résultats "ne traduisent pas une adhésion massive aux thèses de Marine Le Pen, qui recueille beaucoup moins de voix qu'à la présidentielle".
Ce qui fait écrire à Raymond Courraud (L'Alsace) que "les partis politiques traditionnels ont tout intérêt à faire leur autocritique. Ils doivent avant tout se rapprocher de leurs électeurs. Il en va de même pour l'Europe, sous peine de voir cette grande idée se transformer en une machine à produire de la paperasse". Philippe Waucampt (L'Est républicain) estime que, concrètement, la "dernière carte" de François Hollande est "la dissolution". "Au bout de trois années de cohabitation, il serait quasiment assuré de jouer la finale contre Marine Le Pen", prévoit-il. "Il y a désormais un problème français qui s'impose à tous à l'intérieur comme au-delà des frontières où nos voisins regardent avec effroi la France tourner le dos aux valeurs qu'elle a portées", écrit Jean-Louis Hervois, de La Charente libre

Séisme politique ou claque méritée?

Séisme politique ou claque méritée?
Depuis ce soir, beaucoup de mots grandiloquents se font entendre: "séisme", "honte planétaire", "drame absolu", "événement majeur", "crise effroyable". La panique des uns comme la jubilation des autres ne m’inspirent qu’un sentiment de profond ridicule. Le fuite en avant dans l’exagération me semble bien être (comme prévu), une manière commode de fuir les vraies questions et les responsabilités… Il serait utile de rappeler quelques vérités:
  • 25% des suffrages en faveur du fn, avec un taux de participation dérisoire de 43%, cela représente à peine 10% du corps électoral ce qui ne marque évidemment pas un phénomène massif d’adhésion populaire, mais plutôt un effet d’optique lié à l’effondrement des autres.
  • Le monde politique fait face à une contradiction évidente: droite comme gauche crient à la catastrophe, au désastre, à l’apocalypse mais n’envisagent pas un instant de bouger d’un iota et tout continue comme avant. Le président de l’UMP ne semble pas concevoir une seconde d’engager sa responsabilité et de laisser la place; le Premier ministre glorifie sans vergogne l’action du gouvernement; et le seul véritable problème de l’Europe, c’est que le peuple n’a pas compris ses bienfaits… Ils donnent le sentiment de n’avoir rien entendu, rien compris, comme enfermés dans une bulle. Aveuglement ou mépris?
  • Il est plus facile de crier au loup que de se remettre en question et d’en tirer des conséquences en assumant ses responsabilités. Le corps électoral, par son abstention gigantesque et la poussée (toute relative) du vote protestataire a pourtant fait passer un double message, d’indifférence, de désespoir et de colère mélangés,  que nul ne semble avoir entendu:
* une terrible sanction envers les partis dits de gouvernement: nullité et cynisme des socialistes au pouvoir; naufrage sans fin de l’UMP marqué par un vide idéologique abyssal et une certaine tendance au népotisme qui s’est incarnée dans le choix des têtes de liste, destiné à recaser des politiciens au rancard parfois même précédemment battus aux élections nationales! Les Français ont aussi sanctionné ce détournement d’une élection à des fins privatives et exprimé leur dégoût face à ces pratiques.
*Un profond désarroi du corps électoral déboussolé par la décomposition de la vie politique, la disparition des grandes figures républicaines, de voix de la raison – à l’image d’un Philippe Séguin qui manque cruellement – et l’absence criante d’alternative politique aujourd’hui crédible.
Le vote d’aujourd’hui exprime sur le plan électoral le dépit populaire dont le fameux sondage CEVIPOF de janvier dernier portait déjà la trace: 88% des Français pensent que les politiques n’attachent pas d’importance à ce que pensent les gens comme eux. Si l’on en croit les commentaires indigents de ce soir, ils ne sont pas près de changer…

Européennes 2014 : le PS a la gueule de bois

Au lendemain du 21 avril 2002, ils avaient dit "Plus jamais ça". Douze ans plus tard, les résultats catastrophiques des européennes sont vécus comme "une catastrophe".


"C'est la soirée où il faut être à Paris", ironise Matthias Fekl, député du Lot-et-Garonne. En réalité, l'ambiance est bien morne Rue de Solférino dimanche soir. Les chiffres qui circulent depuis 19 heures confirment ce que prédisaient les sondages : le parti de la majorité arrive en troisième position des élections européennes, derrière l'UMP et le FN, qui caracole en tête. 
La cour intérieure du siège du PS se remplit peu à peu. Plus que la colère, c'est l'abattement qui prédomine chez les rares dirigeants qui s'aventurent parmi les journalistes. "C'est la catastrophe", "c'est terrifiant", "eh bien, c'est beau...", lâche François Kalfon, l'un des secrétaires nationaux. Hasard ou pas, ce sont les leaders de la fronde contre le gouvernement qui viennent majoritairement délivrer leur parole aux journalistes, à l'exception de Luc Carvounas, sénateur très proche de Manuel Valls. Le patron de l'Assemblée Claude Bartolone et l'ancien ministre de la Ville François Lamy se montreront. L'ancien député de l'Essonne Jérôme Guedj fume une cigarette sur les marches du perron et souffle : "Après le 21 avril 2002, on avait dit plus jamais ça... Et voilà le FN en tête. On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas." 


"Il ne suffit pas de changer de gouvernement"

Ce que réclament les fameux 41, qui se sont abstenus le 29 avril lors du vote à l'Assemblée sur le pacte de stabilité budgétaire, c'est un changement de cap. "Il ne suffit pas de changer d'équipe, d'avoir un Premier ministre populaire, mais de changer de politique économique", martèle le député des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain.
Avant même le résultat, le porte-parole du groupe, Thierry Mandon, espérait, lui, que la défaite puisse "consolider l'inflexion sociale [entamer avec les annonces de Manuel Valls en matière de fiscalité, NDLR], intensifier les débats dans le groupe et consolider le nouveau rôle du parti".
Jean-Marc Germain prévient que les 41 - dont une majorité de socialistes concèdent qu'ils seront sans doute plus dorénavant - vont continuer dans la même direction. "On a obtenu deux pas en avant pour les retraités modestes et les contribuables modestes. Il faut une politique de la demande qui accompagne la politique de l'offre", dit-il. À ses côtés, son camarade de la Nièvre Christian Paul, autre leader de la fronde.
"Le redressement va porter ses fruits"
Mais Manuel Valls, dont l'allocution est diffusée sur les écrans installés dans la cour, ne va pas dans ce sens. Constatant que le résultat est "un choc, un séisme", Manuel Valls assure que les Français "ont crié la même urgence qu'aux municipales". De fait, depuis plusieurs jours, Matignon martèle que le résultat fait partie "de la même séquence" que les municipales et qu'il n'y a donc aucune raison de redistribuer les cartes à la tête de l'État. "On ne va pas changer de gouvernement toutes les deux minutes", balaie Pervenche Berès, la tête de liste du PS en Ile-de-France aux européennes. Un peu effondré, un dirigeant PS, qui pressent que rien ne va changer, souffle : "Comme je ne suis pas très chrétien, je n'aime pas tendre l'autre joue. Une gifle, deux gifles, ça fait beaucoup..."
À 20 h 45, Jean-Christophe Cambadélis, visage grave, monte sur la petite scène prévue pour son allocution. Le patron du PS prend sa respiration, reboutonne sa veste et entame : "Ce jour restera dans nos mémoires comme un jour sombre pour la démocratie, pour l'Europe et pour la France." S'il se montre optimiste concernant la réussite des réformes entamées ("Le redressement va porter ses fruits"), le patron du PS fustige "une campagne trop courte, pas assez européenne et trop superficielle".

Avril en mai

Avril en mai

Le pire n'est jamais sûr mais à force d'erreurs, il finit toujours par arriver. Le « 21 avril européen » que l'on redoutait a eu lieu… ce 25 mai. Le Front national est arrivé, selon des estimations concordantes rendant inopérantes les mesures officielles d'embargo, en tête des partis pour ces élections européennes. Et, apparemment, avec netteté. Du coup, la soirée électorale, sur les grandes chaînes de télévision, a pris des allures de veillée funèbre pour les responsables politiques. Manuel Valls, tout de noir costumé et cravaté, en aura été le symbole avec une allocution qui ressemblait à une sinistre épitaphe.
En affirmant que le pays vivait un moment très grave, le Premier ministre en a rajouté dans la dramaturgie. Ce qui ne suffira pas toujours à compenser l'absence de résultats. Manuel Valls n'a d'ailleurs pas été le seul responsable politique à sombrer dans le catastrophisme. Mais si les mots utilisés hier soir sur les plateaux télé ont souvent été très forts, c'est aussi parce qu'ils avaient été beaucoup trop faibles dans les semaines précédant le scrutin pour défendre l'Europe.
Méfions-nous de ces appels d'un soir à tout changer et à faire le ménage, venant de politiciens qui retombent très vite dans leurs travers. On sait ce qu'il advint après le 21 avril 2002 et l'éphémère sursaut républicain. Alors, oui, la victoire du FN est symboliquement désastreuse au pays des pères fondateurs de l'Europe. Mais elle reste toujours (et peut-être plus que jamais) un vote défouloir plus que d'adhésion. Les Français, déboussolés, ont voté Marine Le Pen sans voter "oui" à son programme dévastateur puisqu'ils sont majoritairement contre la sortie de l'euro.
Certes, les Français veulent une autre Europe, plus proche, moins tatillonne, plus simple dans sa gouvernance, mais ils ne veulent pas forcément jeter le bébé avec l'eau du bain. Bien évidemment, une « lecture européenne » du scrutin d'hier ne suffit pas. Il a aussi sa lourde signification intérieure puisque, en dehors du FN, tout le monde a perdu. Même si François Hollande et le PS ont perdu plus que d'autres.

dimanche 25 mai 2014

Bloc-notes : les "populistes" au secours de l'Europe

Ne pas craindre le "populisme": il est l’heureuse réaction des peuples confrontés aux désastres qui déboulent. La faute des gardiens du Système est de ne rien entendre des mises en garde sur l’Europe et sur eux-mêmes. Les "élites" qui, en 2005, insultaient les "nonistes" qui s’opposaient à la Constitution européenne, reproduisent leur morgue contre les eurosceptiques, devenus plus nombreux encore. Le vieux monde politiquemesurera, dimanche, les frustrations accumulées des électeurs. Ils lui rappelleront vraisemblablement que le temps de la relève est venu. Un ancien préfet, Paul Bernard, écrit (1) : "Il y a sur le territoire des personnes modestes, dotées de bon sens, d’expérience et capables de proposer et d’expérimenter des réformes en prise avec les réalités locales et humaines". Oui, il va falloir écouter la société civile en rogne. Et lui faire une place.
Bien sûr, les europhiles n’ont pas tort sur tout. Ils ont raison quand ils jugent impensable que la France se claquemure tandis que la mondialisation oblige aux rassemblements. Ils ont raison quand ils font remarquer que le libéralisme appliqué par l’Union européenne est la seule solution susceptible de relancer une croissance étouffée par les endettements publics et un euro trop fort. Raison, également, de prendre l’Allemagne pour modèle et de ne pas craindre, par un antiaméricanisme de principe, le futur traité de réciprocité transatlantique qui fait fantasmer les extrêmes : il ouvrira le marché nord-américain aux PME européennes. Cette construction-là doit être préservée. Mais certainement pas son autre face, qui rend l’Europe haïssable par son mépris des nations, sa fascination d’agonisant pour l’islam querelleur, son enfermement élitiste.

L’Europe est une passoire pour l’immigration de peuplement qu’elle encourage, mais une forteresse quand il s’agit de s’abriter des citoyens qui la composent. (La suite ici)

(1) La Corse, le cactus de la république, Cherche Midi 

L’homme qui dit non


Dans les 49% d’insatisfaits de l’Europe, il n’y a pas que des anti-européens et je crois même loin s’en faut. En ce qui me concerne, et bien que je sois plutôt favorable à l’Europe, je fais partie de ces insatisfaits sur le fonctionnement de l’Europe . Je suis loin de partager tout ce que dit Henri Guaino sur le fond, mais j’ai de commun avec lui d’être mécontent des institutions européennes. Ce billet n’a pourtant pas pour objet de plaider pour ou contre l’Europe, il a simplement pour objectif de défendre la liberté de penser, mais surtout la liberté de dire ce que l’on pense.
Henri Guaino a raison lorsqu’il dénonce le fait que les partis politiques ne supportent pas le désaccord. Il a encore raison lorsqu’il affirme qu’un parti ce n’est ni une caserne ni un couvent mais un lieu de débat ou chacun doit avoir et garder sa liberté de ton et faire preuve de tolérance envers ceux qui pensent différemment. Ce qui porte du discrédit à un parti politique ce n’est pas et ce ne sera jamais le débat d’idée bien au contraire, ce qui discrédite un parti ce sont soit les déchirements dus à des ambitions personnelles soit au vide des idées et donc à l’absence de débat, telle est la pensée d’Henri Guaino et il a encore une fois raison. Ceci est valable pour tous les partis et s’il y a bien un thème qui divise tous les partis et même au delà, c’est bien l’Europe. On a connu le « non » de Charles Pasqua et de Philippe Seguin pour le RPR, on a connu le « non » de Laurent Fabius pour le PS et même celui de Manuel Valls avant de se plier à la discipline imposée par le parti dirigé alors par François Hollande..
Henri Guaino fait partie de ceux qui sans être anti européens, sans être favorables à la sortie de la France de l’Euro reste malgré tout un eurosceptique. Il se refuse à voter pour le candidat investi par son parti (l’UMP) Alain Lamassoure président de la commission des finances qu’il juge trop fédéraliste et qui dit-il  » incarne une Europe dont plus personne ne veut « .
L’Europe d’Alain Lamassoure, c’est L’Europe telle qu’elle est aujourd’hui, celle que nous vivons tous les jours. Henri Guaino ne reproche en aucun cas à André Lamassoure d’incarner une certaine vision de l’Europe, il lui reconnaît ce droit, il dit simplement que c’est contraire à ses convictions et que voter pour lui constituerait un reniement, ce qu’il ne veut pas et ne peut pas faire compte tenu de son engagement politique depuis ses débuts il y a 30 ans. Ce qu’on lui reproche, c’est de le dire. Il faut savoir, et peu le savent, que Henri Guaino a été la plume de Philippe Seguin, notamment en ce qui concerne le très célèbre discours de ce dernier à l’Assemblée nationale contre le traité de Maastrich.
Henri Guaino n’est pas anti européen par dogme, il considère que l’Europe d’aujourd’hui ce ne sont que des institutions , qu’elles sont critiquables et que ce n’est pas un crime de lése majesté que de les critiquer. Henri Guaino voit l’Europe dans sa globalité, l’Europe politique, l’Europe économique, L’Europe culturelle, ce qui l’amène à s’interroger et il estime que l’UMP ne répond pas à ces interrogations. Pour Guaino l’Europe est un Thème qui dit-il « définit, détermine et conditionne notre façon et notre capacité à gouverner« . C’est pour lui un sujet capital, il veut en parler et pouvoir le faire en toute liberté sans être menacer d’exclusion.
J’ai suffisamment passé d’années comme militant au RPR et comme j’ai encore un peu de mémoire je me souviens parfaitement de « l’appel de Cochin » lancé par Jacques Chirac en décembre 1978. Il commençait ainsi  » Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu’on lui cache. L’ Europe que nous attendions et désirions, dans laquelle pourrait s’épanouir une France digne et forte, cette Europe, nous savons depuis d’hier qu’on ne veut pas la faire. Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement. En ce qui nous concerne nous devons dire NON.« 
La suite du discours est à l’avenant puisque, en autre, les centristes avaient été traité d’être « le parti de l’étranger« . Alors quoi de plus normal qu’il y ait aujourd’hui à l’UMP des anciens du RPR et Henri Guaino en fait partie qui soient eurosceptiques. Ils sont dans la continuité des positions du RPR de l’époque avec Charles Pasqua et Philippe Seguin notamment. Je n’accepte pas le procès fait à Henri Guaino et surtout je n’accepte pas qu’un homme qui s’est différencié de son parti en soutenant François Bayrou contre le candidat investi par son parti, et en se prononçant publiquement contre le programme définit par le bureau politique de ce même parti demande aujourd’hui l’exclusion d’Henri Guaino parce qu’il lui dénie le droit de se différencier sur l’Europe.
Par ailleurs, ce que à l’UMP, certains semblent ou veulent oublier, c’est que finalement Henri Guaino ne fait que défendre une position qui a été celle de 55% des Français en 2005. Que je partage ou non tout ou partie de ce que pense et dit Henri Guaino n’a aucune importance, mais je crois qu’on se doit de soutenir la liberté de penser et de s’exprimer et ce, même sur un sujet qui divise profondément les Français, je dirai même surtout sur un sujet qui divise les Français. Dans un parti politique, on doit pouvoir s’exprimer sans être mis au banc des accusés et menacé d’exclusion car dans le cas contraire, effectivement le parti devient une caserne où le chef de corps ne veut voir qu’une seule tête et j’ai connu ça lors mon service militaire. C’est pourtant la conception de trop de responsables politiques, tout parti confondu. Militer ne doit pas faire perdre son identité, militer, ce n’est pas avoir un maître à penser, militer, c’est tout simplement défendre des convictions. Henri Guaino est un exemple d’hommes de convictions, il est un des rares hommes politiques qui ne soient pas une girouette. Que ses certidutes soient partagées ou pas est sans importance, c’est un homme libre, il veut le rester et en ce sens je le soutiens.

L’hypocrisie absolue

L’hypocrisie absolue
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Quel paradoxe! Le parti qui prône une sortie de l’Union européenne, en passe de triompher à l’occasion d’une élection censée cristalliser l’ambition européenne. Chacun imagine déjà les commentaires horrifiés qui vont suivre demain soir le bon score, voire même peut-être la victoire annoncée du fn aux élections européennes. Eh bien moi, je le dis sans ambages, ce résultat a été organisé, voulu, concocté, préparé, prémédité par la société politique et médiatique française, de sondage truqué en sondage truqué, d’émission en émission (des paroles et des actes, grand levier de la promotion de Mme le Pen), de démission en démission. Franchement, il ne faut pas être grand clerc pour simplement prendre acte de cette formidable mécanique de propagande qui s’est mise en branle dans ce but. Maintenant, on attend plus que les jérémiades indignées de la clique qui s’attelle depuis si longtemps à faire monter le fn. A qui profite le crime? Objectif ? Pour les socialistes, noyer le poisson, faire oublier les désastres politiques et électoraux en plongeant la catastrophe dont ils sont responsables dans une belle soupe sur "le retour du fascisme en France et en Europe". Classique. Le monde intellectuel, la presse, la radio, la télévision: d’une part enfoncer un peu plus l’image de la France en Europe et dans le monde, d’autre part faire du sensationnel, de l’émotion, de la peur, du commentaire…L’opération est à tous les coups gagnante. S’y ajoute un autre bénéfice en faveur de la nomenklatura dirigeante: la diabolisation, par assimilation au fn, de sujets essentiels aux yeux des Français comme l’autorité de l’Etat, la lutte contre l’insécurité, l’intégration, la maîtrise de l’immigration, la réforme de l’Europe, la situation des banlieue, la désindustrialisation… Je suis triste, sans aucun mépris, simplement triste pour des amis qui se laissent ainsi piéger… J’ai le sentiment de me trouver devant un champ de ruines, ruines de la politique, ruines de l’intelligence, ruines du bon sens. Jamais je n’ai été aussi désespéré de la situation politique de mon pays. Je voulais m’abstenir pour manifester mon dépit. Puis, je me dis que ce n’est pas la solution de laisser le champ libre aux politicards que mon abstention n’empêchera pas de conquérir leurs prébendes à Bruxelles et Strasbourg. Je vais donc aller voter mais je ne sais pas encore pour qui… 
Enfin, sauf pour le fn et le ps bien entendu.

Qu’est-ce qu’on attend ?