jeudi 27 mars 2014
Chômage : le bilan Hollande en 5 graphiques
Inversion de la courbe ou non inversion de la courbe ? Au-delà des querelles de chiffres sur l’évolution d’un pourcentage ou sur le dessin d’une courbe qui permettent de sortir la réalité de son contexte, il reste possible de se faire une idée de l’évolution de la situation en se basant simplement sur l’évolution du nombre de personnes au chômage.
Les chiffres publiés ce 26 mars par la DARES permettent d’apporter une vision précise de cette évolution, et ce depuis l’entrée en fonction de François Hollande. L’approche du second tour des élections municipales est l’occasion de dresser un premier bilan de l’action du Président, et de son gouvernement. Malgré les démentis et les contorsions les plus variées, la hausse du chômage est un fait, et ce, dans des proportions très importantes.
Nombre de chômeurs supplémentaires depuis l’entrée en fonction de François Hollande (Cat A). En milliers.
454 000 chômeurs de plus en moins de deux ans. Voici le bilan du Président et du Gouvernement de Jean Marc Ayrault. Soit une hausse de 15.68%.
Progression en % du nombre de chômeurs en France depuis l’entrée en fonction de François Hollande.
Malgré la légère accalmie enregistrée à l’automne dernier, le mois de février (et ses 31 500 chômeurs supplémentaires) vient anéantir toute parole d’inversion de quoi que ce soit. La tendance est à la hausse, fortement à la hausse. Le nombre de chômeurs atteint un record historique dans le pays.
Le chômage des jeunes, régulièrement présenté comme un succès pour le gouvernement, progresse quant à lui de plus de 8% depuis mai 2012.
Progression du nombre de chômeurs de moins de 25ans. Cat A. En %
Pour rappel, si François Hollande souhaite faire baisser le chômage des jeunes pendant son mandat, la courbe ci-dessus doit passer sous le niveau 0. Mais cette situation masque une autre réalité, car si les jeunes sont soutenus grâce aux « emplois aidés », ce sont les plus de 50 ans qui sont frappés de plein fouet par la baisse du niveau d’activité. La progression du nombre de chômeurs de plus de 50 ans atteint 28.70%, et ce en moins deux ans :
Progression du nombre de chômeurs de plus de 50 ans en catégorie A depuis mai 2012.
Aucune inflexion n’est ici perceptible, aucun mouvement, et le taux de progression est le double de la progression du chômage total (+15.68%). Le phénomène est nouveau pour le pays, dans ces proportions.
Malgré la progression de ces chiffres, il à noter que la part des personnes indemnisées est en recul constant, signe supplémentaire de la précarisation de la société.
Au-delà d’un remaniement ministériel, présenté comme une solution à la défiance qui a saisi le pays vis-à-vis de l’exécutif, le Président se doit de changer de politique. Les inflexions probables de la situation, au regard du contexte global, ne suffiront pas à apporter une réponse réelle aux problèmes du pays.
Ce sont déjà 23 mois qui ont été perdus par le Président dans un mandat qui en compte 60. Si ce dernier aime les courbes et les pourcentages, il n’est pas inutile de rappeler que 40% du temps qui lui est imparti par ses fonctions est déjà derrière lui.
Le chef de file des députés du Parti Socialiste, Bruno Le Roux, indiquait le 25 mars que François Hollande ressentait une certaine injustice dans le résultat des élections municipales. L’injustice de faire payer l’échec national aux élus locaux du Parti socialiste. La déconnexion vis-à-vis du réel, elle aussi, vient de franchir un nouveau record.
Immobilier : le retour des investisseurs en Europe du Sud
« Des portes de la mort au paradis immobilier. » Selon le « Wall Street Journal », les investisseurs s'aventurent de nouveau en Espagne, en Italie et même en Grèce à la recherche de bonnes affaires dans l'immobilier commercial. Ces investisseurs tablent sur des rendements élevés, même s'il existe toujours un risque sur ces économies. Certes, les loyers et les taux d'occupation sont faibles encore, mais de plus en plus d'économistes estiment que le pire de la crise financière est passé. « Les gens se réveillent en découvrant que l'Espagne n'a pas sombré dans la Méditerranée », affirme au « WSJ » Eric Adler, le directeur général de Prudential Real Estate Investors, qui vient d'investir 1,5 milliard de dollars en Europe en 2013 et table plus encore en 2014. Comme s'ils étaient prêts à faire main basse sur l'Europe du Sud, les investisseurs ont acheté en 2013 pour 178 milliards d'euros d'immeubles commerciaux, soit 17 % de plus qu'en 2012, et le niveau le plus élevé depuis 2007 avec une reprise nette au dernier trimestre de l'année dans les pays d'Europe du Sud. « Les investisseurs s'intéressent même à la Grèce, le pays de la zone euro dont la crise dure depuis le plus longtemps et dont le PIB s'est contracté d'un quart depuis 2008 », écrit le « WSJ ». « Ils ont besoin de nous », affirme Michael Topham de Hines, une firme du Texas qui envisage d'acheter des hôtels et des magasins en Grèce. Le sursaut d'intérêt des fonds de pension et des institutions financières, il est vrai, est encouragé par le faible niveau destaux d'intérêt. Paris et Londres, qui sont passés sans trop de difficultés à travers la crise, vont devoir affronter les pays du « Club Med ».
Duflot à Valls : «Si tu es nommé à Matignon, je m'en vais»
Lors d'un déjeuner, mardi, l'écologiste a assuré au ministre de l'Intérieur qu'elle ne resterait pas dans un gouvernement dont il prendrait la tête. «Une question de ligne», explique-t-on dans l'entourage de la ministre.
Requinqués par leurs bons résultats au premier tour des municipales, les écologistes posent leurs conditions en vue d'un remaniement de plus en plus probable. Lors d'un déjeuner, mardi, avec Manuel Valls, Cécile Duflot a été claire: elle ne figurera pas dans un gouvernement emmené par l'actuel ministre de l'Intérieur, l'un des favoris parmi les premiers ministrables. «Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne», explique un conseiller.
Lors de ce repas, Cécile Duflot a expliqué à Manuel Valls ce qu'elle a répété ce mercredi lors du conseil des ministres: «Le FN grimpe du fait de la désespérance économique et sociale et non de l'insécurité ou de l'immigration», des thématiques au cœur du discours du ministre de l'Intérieur.
Les amis de Valls précisent que Duflot a parlé en son nom, et non au nom de son parti. Ils préfèrent se référer aux récentes déclarations de l'autre ministre vert du gouvernement, Pascal Canfin, qui avait indiqué que les écologistes ne quitteraient pas le gouvernement si Valls était nommé à Matignon
Entre Manuel Valls et Cécile Duflot, le désamour ne date pas d'hier. Les deux ministres s'étaient notamment écharpés à l'automne dernier au sujet des Roms. La ministre écologiste était allée jusqu'à accuser son homologue de l'Intérieur d'être allé «au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain» en affirmant que les Roms avaient «vocation à rentrer» dans leur pays d'origine.
Baselworld : les Chinois mettent l'horlogerie au point presque mort
Baselworld, le grand salon annuel de l’horlogerie, ouvre aujourd'hui ses portes à Bâle (Suisse). Venus du monde entier, 120 000 visiteurs professionnels sont attendus sur les bords du Rhin pour y découvrir les nouveautés de l’année présentées par 400 marques de montres et de bijoux. Après avoir volé de record en record, le secteur horloger semble marquer le pas. Grégory Pons, éditeur de Business Montres & Joaillerie, fait le point sur 204, "année de tous les dangers"…
Comment va l’industrie horlogère ?
Grégory Pons : Aujourd’hui moins bien qu’hier, mais bien mieux que demain. Les années de croissance à deux chiffres sont derrière nous. L’Europe se résume à l’horlogerie suisse, qui produit un peu moins de 30 millions de montres par an pour en exporter un peu plus de 27 millions (dont seulement 6,5 millions sont mécaniques). La France, l’Allemagne et l’Italie jouent un rôle très secondaire sur ce marché, lui-même ridicule par rapport au milliard de montres qui arrive chaque année sur le marché, généralement en provenance de Chine : ces centaines de millions de montres ont des mouvements à quartz qui valent moins d’un dollar, pour une montre finie à deux dollars. On est loin de la Richard Mille à 1,5 million de dollars…
La santé de cette industrie – au moins pour l’Europe – est complexe à évaluer.Le culte du secret et l’omerta sont traditionnels dans les maisons suisses : on ne dispose d’aucune donnée chiffrée officielle sur qui vend quoi à qui, où et pour combien. Heureusement, il y a des médias indépendants comme Business Montres, qui a publié les premières estimations réalistes à ce sujet. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la crise financière de 2008-2009 a coûté près de 25 % de son chiffre d’affaires à la branche, qui s’imaginait crisis proof. Ensuite, la "bulle du crédit" en Chine et l’amour des Chinois pour les « montres de corruption » (le pot-de-vin local) ont permis de relancer la croissance entre 2010 et 2013, année d’une décélération marquée (moins de 2 % de croissance). Le coup de frein sur le marché chinois a été brutal (30 % de baisse au minimum) : comme les Chinois étaient les seuls à tirer la croissance, il faut s’attendre à une stagnation, sinon à une baisse en 2014.
Pourquoi parlez-vous de "2014, année de tous les dangers" ?
Il y a cet essoufflement de la demande chinoise, qui assurait jusqu’aux deux tiers des exportations suisses, en Chine et dans les duty free touristiques. Ce moteur est en panne ! Il y a un niveau très élevé de stocks un peu partout dans le monde, à peu près un an et demi de ventes : avec le net tassement de la demande, il faudra du temps pour purger les tuyaux. D’autant que cette demande est en pleine mutation : les consommateurs des économies développées n’ont jamais autant aimé les belles montres, mais ils n’ont jamais eu aussi peu d’argent pour se les offrir. Ne serait-ce que parce que ces montres sont devenues trop chères pour qu’il soit raisonnable de les acheter ! Peu importe, puisque c’est la fin annoncée des grandes marques trop ostentatoires, des symboles statutaires et des montres surdistribuées qui n’existent plus que par leur pression marketing.
Même les Chinois évoluent : avec le nouveau patriotisme économique de l’équipe au pouvoir, en plus du culte de ce néo-chic prolétarien qu’impose Xi Jinping, ces Chinois achèteront chinois ! Dernier facteur de risque, qui vient coaguler tous les autres pour en démultiplier les effets crisogènes : nous sommes à la veille d’une révolution connectée où les smartwatches (objets nomades intelligentes) ont besoin de la place qu’occupent au poignet les montres traditionnelles. Pour l’instant, ces smartwatches sont nulles, moches et elles ne ressemblent à rien, mais le marché s’oriente clairement vers le design et vers de nouvelles fonctionnalités non téléphoniques qui rendront ces objets connectés totalement indispensables. On ne pourra plus se passer de ces « tours de contrôle » numériques et polyvalentes. Tout ceci me fait penser que l’horlogerie suisse a du souci à se faire…
Le temps des montres classiques est donc révolu ?
Bien sûr que non ! Tant que ça fait tic-tac dans la montre et dans le cœur des amateurs, il y a de l’espoir ! On n’efface pas quatre siècles d’excellence dans les objets du temps avec des gadgets connectés, aussi addictifs soient-ils. La belle montre reste un accessoire de parure indispensable et peut-être même consubstantiel à l’art de vivre européen. C’est ici – en Ecosse, en Saxe, en Grèce, en France – qu’on a inventé, avant tout le monde, le décompte fin et précis du temps, en gravant des os ou en peignant des grottes voici 30 000 ans, en dessinant des calendriers lunaires avec des pieux plantés dans le sol, en forgeant le disque de Nebra ou en imaginant la machine d’Anticythère, il y a 2 200 ans (c’est le premier ordinateur mécanique dédié au temps). Depuis, on a inventé les horloges de clocher et les montres de poche, puis les montres-bracelets où on peut désormais loger une horloge atomique. Souvent abonnée aux plus incroyables erreurs marketing (elle n’a vu venir ni le grand virage industriel de la fin du XIXe siècle, ni l’assaut des montres-bracelets dans les années 1910-1920, ni la révolution du quartz dans les années 1970), la Suisse horlogère a toujours su se réveiller à temps, se revigorer et revenir au premier rang.
Un nouvel enjeu affole les boussoles : c’est la carpo-révolution (révolution du poignet), où la montre suisse va perdre des plumes, mais il est douteux qu’elle y soit dépouillée de sa suzeraineté et de sa légitimité. Le défi, c’est celui de la créativité accessible : quand tout le monde aura, au quotidien et au poignet, une smartwatch utilitaire et multifonctionnelle, comment recréer du désir et comment redonner envie aux jeunes générations de porter des belles montres rétro-nostalgiques, artisanales, sinon artistiques, et saturées de significations socio-culturelles ? C’est aux nouveaux créateurs d’imaginer de nouveaux concepts et de les proposer à des prix « normaux » qui ne relèveront pas, comme aujourd’hui, de l’extorsion de fonds et de l’escroquerie en bande organisée…
La montre suisse peut-elle sérieusement résister au tsunami des géants de l’électronique ?
Oui, parce qu’il ne faut pas confondre la quantité et la qualité. Le seul budget annuel de communication de Samsung dépasse le chiffre d’affaires annuel de toute l’industrie suisse. Sur le papier, il n’y a donc pas photo et la Suisse va au massacre. Sauf qu’on ne sait pas faire de belles montres, universellement reconnues et appréciées comme telles, ailleurs qu’en Suisse, seul pays développé riche de quatre siècles de traditions mécaniques, fort d’une culture du temps structurante et fier d’un tissu artisano-industriel unique au monde. Pour ne pas rester un simple gadget pour geeks, la montre connectée devra ressembler à une vraie montre. C’est à présent aux Suisses de faire un effort d’imagination pour prouver que d’autres horizons restent possibles pour la montre traditionnelle, soit en intégrant de l’électronique – aujourd’hui tabou – dans leurs belles mécaniques, soit en créant des nouveaux objets du temps qui seront autant de bonnes raisons de continuer à s‘acheter – moins souvent, certes, dans de moindres quantités et moins coûteusement – de vraies belles montres.
Il fut un temps où Apple inventait, dans un garage, un Macintosh qui allait mettre à genoux le géant IBM et reformater toute l’économie de l’électronique nomade : aujourd’hui, le Mac face à IBM, c’est, face à Samsung, Apple et les autres, la montre suisse à laquelle personne ne croit plus (sauf une tribu d’Indiens dans son réduit alpin). Admettons que la Suisse ait déjà perdu (d’avance) la bataille du poignet face aux prothèses numériques connectées : elle est cependant loin d’avoir perdu la guerre de l’objet de parade, biologiquement nécessaire à l’égo masculin comme à la séduction féminine. On n’a encore rien trouvé de mieux que la montre pour étancher cette volonté de puissance…
Meilleure offre pour l'aéroport d'Athènes
La société grecque Lamda Development, soutenue par le groupe multinational Global Investment, a amélioré son offre pour la reprise de l'ancien aéroport Hellinikon à Athènes, a indiqué mercredi l'Agence étatique de privatisation (Hradf).L'offre, présentée par le consortium mené par Lamba, de 915 millions d'euros, est supérieure de 25% par rapport à l'offre initiale, a précisé l'agence étatique.Les autorités se prononceront sur cette offre "dans les prochains jours", a précisé l'agence. Le site de prestige Hellinikon à Athènes, le plus important projet immobilier en Grèce qui comprend des sites abandonnés des jeux Olympiques d'Athènes de 2004, une zone côtière de 3,5 km de long et une marina, est en vente depuis décembre 2011.
Lamda Development est restée seule en lice après la première phase de l'appel d'offres lancé il y a un an. Deux autres sociétés avaient exprimé leur intérêt la britannique London and Regional Properties et l'israélienne Elbit Cochin Ltd.
D'une étendue de 620 hectares, le site de Hellinikon est aussi grand que Central Park à New York. Son exploitation via des résidences et/ou parcs d'activités, devrait accroître de 0,3% le PIB du pays surendetté, selon les estimations des experts.
La Grèce s'est engagée auprès de ses bailleurs de fonds, l'Union européenne et le Fonds monétaire international, à procéder à un vaste programme de privatisations de 9,5 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 3,5 milliards doivent être engrangés en 2014. Mais l'avancement du programme des privatisations a pris un retard important
Supplice chinois
Supplice chinois
Loin de nous l'idée d'offenser le vénérable président chinois Xi Jinping pour qui la France déploie obséquieusement ses fastes républicains et versaillais dans la quête de juteux contrats. Il n'empêche que la rituelle publication des chiffres du chômage prend, pour l'exécutif, l'allure d'un vrai « supplice chinois ». Mois après mois, et à de trop rares exceptions près, Pôle emploi retourne le couteau dans la plaie et condamne le gouvernement à des commentaires qui relèvent plus de la jérémiade que de l'explication convaincante. Au demeurant, plus personne ne peut adhérer aujourd'hui au discours sur « l'effort à poursuivre ».
C'est que les chiffres sont plus têtus encore que l'obstination du gouvernement à se dire sur le bon chemin. En février dernier, on a enregistré 31.500 chômeurs de catégorie A en plus. En somme, après la « baisse de la hausse » à laquelle s'accrochait le gouvernement, survient une « augmentation de la hausse » qui réduit ses espoirs à néant. Rien de tout cela n'est surprenant. La preuve était déjà faite que le traitement social du chômage ne suffit pas sans politique économique stimulant les entreprises (donc les emplois), et sans croissance.
À quelques jours du deuxième tour des municipales, ces chiffres ne vont rien arranger pour le PS. Ils vont surtout accroître le casse-tête de François Hollande dans la recherche d'un point d'équilibre dans la constitution du prochain gouvernement. Car l'aile gauche du PS et les Verts y voient un argument supplémentaire pour appeler à une inflexion de la politique sociale-libérale de François Hollande.
Comment le chef de l'État va-t-il concilier les contraires qui, déjà, et de façon un peu indécente, animent dans les couloirs la course aux futurs maroquins ? Pour constituer une équipe « cohérente et resserrée », François Hollande va devoir s'affranchir de sa marotte stérilisante de la « synthèse permanente ». Beaucoup de temps a été perdu dans l'harassante gestion des couacs gouvernementaux. Il est temps que prenne fin, aussi, le « supplice chinois » enduré par Jean-Marc Ayrault.
Demi-mesures et renoncements... Pourquoi le vrai problème de François Hollande n’est ni Jean-Marc Ayrault ni sa “fausse” politique sociale-libérale mais lui-même
Bruno Le Roux, le chef des députés PS, a assuré que le président de la République voyait une forme d'injustice à reprocher aux maires socialistes des éléments qui ont trait à la politique nationale. Chef de l'Etat qui songerait d'ailleurs à baisser les impôts. Une façon de de reconnaître sa responsabilité dans la situation ?
Après la débâcle du Parti socialiste (PS) au premier tour des élections municipales, les Français sont 69% à souhaiter un changement de Premier ministre (sondage Ifpo/Sas pour iTélé et 20minutes à lire ici). Mais Jean-Marc Ayrault est-il aujourd'hui le réel problème de la majorité ? Quelle responsabilité François Hollande porte-t-il dans ce désaveu ?
Jean-François Kahn : Le problème de la majorité, ce n'est pas Jean-Marc Ayrault mais François Hollande. Et lors de ce premier tour des municipales, les citoyens ont voté contre le président de la République. Dans ce cas, on peut toujours remanier, cela ne changera rien. Sauf à nommer, peut-être, un Premier ministre qui ne soit pas le clone de François Hollande. Plus que de remanier, il faudrait en fait respecter la constitution de la 5e République qui veut que ce soit le Premier ministre qui gouverne, qui ouvre les perspectives, qui mobilise. En somme, il faut transformer François Hollande en Reine d'Angleterre.
Laurent Bouvet : Jean-Marc Ayrault n'est pas le réel problème de la majorité, bien évidemment. Le système de la 5e République, et plus particulièrement du quinquennat hyperprésidentiel tel que François Hollande l'applique (comme le faisait Nicolas Sarkozy auparavant), ne donne pas sa réelle place au Premier ministre. La responsabilité de cette situation incombe donc à l'Elysée. Le chef de l'Etat possède une responsabilité d'autant plus grande que sa méthode de gouvernance est extrêmement difficile à comprendre et à lire même pour les membres du gouvernement. Lui seul connait l'ensemble des tenants et des aboutissants sur chaque sujet. Et on en voit bien les limites car depuis le début du quinquennat, il y a des couacs, des stop and go. Je pense notamment à la réforme fiscale lancée par le Premier ministre, puis abandonnée, ou encore au pacte de responsabilité. Ou même sur l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, le gouvernement a fait de grosses erreurs de communication. Il gouverne par le flou artistique. Il est le seul à savoir où il en est. On peut même avoir un doute sur le fait qu'il sache lui-même où il va.
Bien sûr la gouvernance Hollande n'explique pas à elle seule les résultats de ce premier tour. Le fait qu'il ait abandonné certaines mesures, qu'il en ait repoussé d'autres contribue également à cette débâcle. Par exemple sur la PMA, le candidat Hollande l'avait promise sans la mettre au programme pour finalement la retirer de la loi sur la famille. Loi sur la famille, elle-même remise à plus tard. On a l'impression qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion. Après, il y a l'orientation de la politique elle-même. Les citoyens n'arrivent pas à comprendre où va François Hollande. Par ailleurs, le Chef de l'Etat a commis une erreur de jugement en négligeant les élections municipales. Il a minimisé ce scrutin local, pensant qu'il ne serait pas impacté par le national.
En termes de politique économique, quelles sont les vraies réalisations de François Hollande ? Sur quelles mesures y a-t-il eu des revirements et des couacs ? Quelles sont celles que l'on attend toujours ?
Olivier Passet : Les grands couacs, on les connaît : la fiscalité sur les plus-values de cession, qui a valu au gouvernement la rébellion des "pigeons", le fiasco de la taxe à 75 %, les ratés sur les dispositifs de lutte contre l’optimisation fiscale, retoqués par le Conseil constitutionnel, la cacophonie sur le message de pause fiscale pour les entreprises fin 2013, message aussitôt percuté par le projet vaseux de taxe sur l’EBE et les annonces très mal gérées concernant la fiscalité écologique… la liste est longue. De façon générale, même si le gouvernement a mené assez vite une politique de l’offre camouflée, il a sous-estimé les problèmes de trésorerie aigus auxquels étaient confrontés les TPE et les PME qui opèrent sur le territoire. Ces dernières sont aujourd’hui piégées par une demande intérieure française et européenne totalement atone, où la déflation rampante consume les marges. La mortalité record des entreprises en 2013 (plus de 63 000), notamment des plus petites, en témoigne.
Dans le champ de la politique industrielle, les erreurs sont également nombreuses, le point d’orgue ayant été atteint avec l’affaire Florange. L’erreur n’est pas d’avoir évoqué une nationalisation. Elle est surtout de l’avoir évoquée sans projet de restructuration élaboré derrière. Le projet ULCOS d’acier propre, que le gouvernement avait présenté comme une issue possible, s’est avéré être une chimère. Pour l’heure, et on l’a vu encore récemment avec la question du rachat de SFR, ou encore avec Daily motion, les interventions gouvernementales dans le champ industriel paraissent hasardeuses.
Troisième grand domaine de loupé, la politique d’emplois aidés. Que l’on soit pour ou contre, le gouvernement n’a pas atteint ses objectifs. Il a d’abord raté sa cible sur les emplois d’avenir. Fin décembre, la DARES estimait à 66 700 le nombre des emplois d’avenir (dans les secteurs marchands et non marchands). Assez loin des 100 000 visés par le gouvernement. Par ailleurs d’autres gros bataillons d’emplois aidés sont en recul cette année. C’est le cas des contrats en alternance (570 000 fin décembre, y compris les contrats de professionnalisation), qui régressent de 38 000 sur un an. Sur d’autres catégories d’emplois aidés comme le CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale), les données ne sont pas encore disponibles. Il n’est pas exclu que dans sa globalité, l’emploi aidé n’ait pas ou a peu augmenté sur un an. A cela s’ajoute le fait qu’en rehaussant la TVA sur les travaux de rénovation et en baissant les aides aux services à la personne, le gouvernement a plombé deux gros gisements d’embauche des moins qualifiés.
Il y a ensuite, ce que l’on peut appeler la liste des demi-mesures. Le gouvernement a choisi de privilégier la concertation. On ne peut pas le lui reprocher, mais c’est une machine qui inévitablement "détrempe" les projets les plus ambitieux. On l’a vu avec la réforme de la formation professionnelle. On reste dans ce domaine dans l’amélioration à la marge. La création du compte personnel de formation (CPF) est un Droit individuel à la formation (DIF) à peine amélioré. Il prévoit 150 heures de formation sur neuf ans contre 120 heures de formation sur six ans pour le DIF, soit 30 heures de formation supplémentaires sur trois ans. C’est trop peu. Le rôle de collecte des Opca est, quant lui, à peine remis en cause. Autrement dit, il n’y a pas de vraie révision du mode de gestion du système de formation et pas de réel dispositif qui corrige l’inégalité d’accès à la formation. Je pourrais encore évoquer, plus proche de nous, la réforme de l’assurance chômage. Mais ce que l’on voit aussi avec la concertation, et c’est inévitable, c’est qu’il est très difficile de produire de la simplification. Simplification pourtant annoncée. Le gouvernement a par exemple lancé trois chantiers parallèles concernant les impôts, assises sur la fiscalité des ménages, assises sur la fiscalité des entreprises plus les négociations sur le pacte de responsabilité. Or la fragmentation des négociations et la conjugaison des intérêts particuliers peuvent difficilement aboutir à un big bang fiscal. On l’a vu avec l’enterrement du projet de fusion IR/CSG par exemple. On le voit encore la mise en échec du projet de suppression des cotisations familiales et la pérennisation probable du système du CICE qui se voulait provisoire.
En faisant ce constat, je ne nie pourtant pas l’utilité de la concertation. Il y a aussi beaucoup d’exagérations autour de la nécessité d’un électrochoc, de grands soirs réglementaires et fiscaux. Beaucoup d’illusions sur la simplicité des autres pays. Cette surenchère caricaturale des champions du "y a qu’à" est également contre-productive. La France est aujourd’hui confrontée à un problème de compétitivité réel mais qui reste à la portée de réformes mesurées. Elle l’a fait à d’autres moments de son histoire. Et ce processus est toujours coûteux politiquement, voire chaotique, comme il l’a été pour l’Allemagne de Schröder.
Si l’on quitte maintenant le champ des cacophonies et des demi-mesures, dont les médias se repaissent, il faut reconnaître une véritable orientation en faveur de l’offre, d’abord déguisée et puis assumée depuis plusieurs mois.
La principale réalisation de François Hollande, c’est incontestablement le CICE, avec le tournant du pacte de compétitivité, puis du pacte de responsabilité, dans le prolongement du rapport Gallois. 20 milliards de baisse de charge, c’est financièrement important pour les entreprises. Même si Louis Gallois prônait plutôt 30 milliards applicables jusqu’à 3,5 SMIC, on ne peut parler de demi-mesure. Et le gouvernement va d’ailleurs se rapprocher au final de l’objectif avec le pacte de responsabilité. Les montants en jeu font plus que doubler la mise par rapport aux allègements déjà acquis depuis 1993. Les résultats sont tangibles dès à présent. L’écart de coût du travail s’est réduit de 1,7% cette année avec l’Allemagne, alors que la mesure n’est que partiellement mise en œuvre encore. Sur ce plan, le cap paraît clair, puisque l’enveloppe sera portée à 30 milliards en 2015. Certes les modalités définitives des allègements sont encore en discussion. Il a été question de consolider dans un dispositif unique le CICE et la suppression des cotisations familiales. Mais on s’éloigne peu à peu de cette solution qui aurait pourtant permis de simplifier un peu notre usine à gaz fiscale.
Il faut souligner par ailleurs la constance des politiques en faveur des start-up de croissance, malgré la crise. Et cette constance finit par payer. Le gouvernement s’est certes contenté de ré-abonder ou de renforcer des dispositifs existants (celui des investissements d’avenir, le crédit impôt-recherche) ou de les consolider (la BPI). Résultat, la France est aujourd’hui championne d’Europe en termes de start-up technologiques de croissance, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ce qui a été fait autour de la French tech va également dans le bon sens et ne relève pas seulement du symbole. La création d’une marque, la mise en réseau, le travail autour de l’image internationale ou les systèmes de bourses, sont des éléments très positifs et insuffisamment relayés par les médias.
Mais au-delà de ce bilan sommaire, des ratés comme des réussites, (j’aurais pu aussi évoquer les incertitudes sur la réduction de la dépense publique), la vraie question est de savoir si une véritable stratégie d’ensemble se dessine. Et le gouvernement est en la matière à la croisée des chemins. Soit il continue, comme ses prédécesseurs, à concentrer ses efforts sur l’emploi le moins qualifié et à détourner la politique de baisse de charges de son objectif premier, celui de la restauration de notre compétitivité. Il mènera alors une politique déguisée de relance de la consommation, de sape de la productivité et passera définitivement à côté de l’urgence. Soit, il concentre véritablement son soutien sur les secteurs porteurs les plus exposés, et il relèvera véritablement le défi du moment. Mais cela ne suffit pas. Soit encore, il maintient sa posture purement défensive à l’égard de la concurrence fiscale et sociale européenne. Soit, il fait entendre sa voix pour que les efforts de restauration de notre compétitivité ne se diluent pas dans la déflation de nos partenaires et la hausse de l’euro. Cette voix française, en faveur de plus d’harmonisation et de coordination européenne, on ne l’entend pas, ou trop peu, aujourd’hui. C’est peut-être là, le plus gros manque de la politique que mène aujourd’hui le gouvernement.
François Hollande fait-il payer à la majorité des politiques de la demi-mesure ?
Laurent Bouvet : La majorité paye des hésitations, des variations par rapport au programme annoncé. Lorsque l'on réalise des réformes, il y a toujours des ajustements et des réglages, des gens qui estiment que ce n'est pas assez. On perd nécessairement des électeurs en route. Le problème c'est que François Hollande a perdu la totalité de ses électeurs en raison du manque de lisibilité.
Jean-François Kahn : Je ne suis pas d'accord sur l'utilisation du terme "demi-mesure", François Hollande a entrepris de grandes réformes. On peut ne pas être d'accord mais on ne peut pas dire que le mariage pour tous n'est pas une réforme de grande ampleur. Le pacte de responsabilité, je suis contre, mais ce ne sont pas des "petits pas", il va même plus loin que Sarkozy. Il ne explique pas sa politique, on ne sait pas pourquoi il la mène mais il l'a mène.
Quelles sont aujourd'hui ses erreurs d'analyse les plus flagrantes ?
Laurent Bouvet : Je pense qu'il néglige un peu trop la manière dont les questions de société impactent le pays. C'est un défaut structurel, il pense qu'il n'y a que l'économie qui compte et que si l'économie s'améliore, tout ira beaucoup mieux politiquement. Avec le mariage pour tous, il pensait qu'il n'y aurait pas de conséquence et que cela pouvait masquer les mauvaises performances sur le plan économique. Ce long affrontement a laissé des traces. Il a une vision très technocratique et tactique de la politique. Les dimensions de compréhension plus fines, de profondeur historique lui échappent.
Jean-François Kahn : Encore une fois, il fait la même erreur d'analyse que la droite en matière économique et sociale et dans les deux cas, nous allons dans le mur. A supposer que l'on soit favorable à la politique menée par le gouvernement, car la droite sur la politique économique et sociale devrait être d'accord, il fallait se présenter aux électeurs en le disant clairement. Il fallait dire : "Ca va être dur, on va réduire dans les dépenses, je vais réduire le pouvoir d'achat mais je le fais dans l'intérêt national". Comme cela n'a jamais été dit clairement, les Français le ressentent comme une trahison.
La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a d'ores et déjà laissé entendre que s'il y avait un remaniement, il ne s'accompagnerait pas d'un changement de cap. Comment sortir le président de sa bulle ? Et qui pourrait le faire ?
Laurent Bouvet : Ca va devenir difficile. Parce que les municipales ont justement rendu encore moins efficace l'arme du remaniement. Il ne lui reste donc pas grand-chose. Il ne changera pas de politique en raison des contraintes budgétaires imposées par Bruxelles, il ne fera pas de dissolution. Je pense que le président est réellement dans l'impasse.
Jean-François Kahn : Je pense qu'il est profondément comme cela et il ne changera absolument pas. C'est pour cela que le problème aujourd'hui, ce n'est pas le remaniement, ce n'est pas Ayrault. Il faut dégager François Hollande mais par le haut car je ne suis pas putschiste. Il faut le transformer en Reine d’Angleterre !
Quand les journalistes se font mettre la tête au carré !
Quand les journalistes se font mettre la tête au carré !
Mardi, au Carré à Nanterre, devant une assemblée de journalistes qui s’étaient déplacés nombreux pour entendre sa stratégie du second tour, Marine Le Pen est arrivée martiale, sûre d’elle, avec cette façon réjouissante et bien à elle de parler sec et de clouer le bec à ceux qui la cherchent.
« Vous m’avez déjà posé 50 fois cette question, vous me la posez à chaque fois que vous me rencontrez, ça devient indécent. » Ou « Vous n’avez pas de respect pour nos électeurs en parlant comme ça. » Ou encore : « Je me demande bien pourquoi vous ne posez pas la question à NKM, vous ne la lui posez jamais à elle, c’est un traitement spécial que vous me réservez. » Marine Le Pen sur un ton d’agacement à peu près perpétuel vis-à-vis de ces journalistes qui « l’attendent au tournant » comme elle l’a dit, ne se laisse pas faire, c’est le moins que l’on puisse dire. Qu’est-ce qu’elle leur met même, parfois, et c’est un spectacle assez satisfaisant. Il faut dire que dans une période de succès électoral du FN comme celle-là, ils ont du mal à ravaler leur dépit, leur fiel et leur mauvaise foi.
A l’annonce des résultats sans appel énoncés par Marine Le Pen : « Dans 31 villes nous dépassons les 30 % au premier tour. Nous sommes en tête dans 21 villes et en deuxième position dans 136 autres communes. Nous sommes en tête dans 17 communes de plus de 10 000 habitants », certains des journalistes présents discutent l’ampleur inédite des scores : « C’est déjà arrivé en 1995. » Ce que la présidente du FN réfute sans trop de difficultés.
« Nous avons envoyé 486 élus dans les conseils municipaux alors que nous n’en avions que 80. Nous espérons en avoir 1 000 dimanche. »
La culture en otage
Si Marine Le Pen a expliqué que le maintien des listes du FN et du Rassemblement bleu marine était la règle, « le Front national se maintient partout au second tour. Il participera à 328 seconds tours », elle a néanmoins annoncé deux exceptions : à Villeneuve-Saint Georges dans le Val-de-Marne et à L’Hôpital en Moselle, les listes frontistes vont fusionner avec les listes Divers droite. Un soutien est également accordé à la liste Divers droite de Sevran, conduite par Philippe Geoffroy, où une frontiste est deuxième de liste.
Marine Le Pen a fustigé le front républicain, « qui sent la naphtaline » :
« Le front républicain c’est le front des copains. La version politique de la gestation pour autrui. Les appels des appareils politiques sont de moins en moins suivis, même par les têtes de liste des partis. »
Interrogée sur les déclarations du directeur du festival d’Avignon, Olivier Py, elle les a qualifiées de « méprisables » et a renforcé encore ses propos sur France Info mercredi matin :
« C’est un grand mépris à l’égard de la démocratie. Prendre la culture en otage, c’est scandaleux. Il s’accorde des pouvoirs qu’il n’a pas, M. Py. Il est nommé, c’est un salarié. Par conséquent, il n’est pas propriétaire du Festival d’Avignon. Le Festival d’Avignon appartient à tous les Français. Et donc s’il n’est pas content, il démissionne, un autre le remplacera et le Festival continuera de se développer. Notre candidat, Philippe Lottiaux, est tout à fait attaché à la culture, il a d’ailleurs écrit des livres sur le mécénat et le rock, il veut développer le mécénat à Avignon. Les habitants auront une culture plus diverse, plus dynamique encore. »
Marine Le Pen a évité de se livrer au jeu des pronostics pour le second tour mais le FN-RBM peut espérer conquérir dimanche d’autres municipalités qu’Hénin-Beaumont. Et dans tous les cas pulvériser le record de ses scores. Notamment à Béziers, Fréjus, Avignon, à Tarascon, à Perpignan et Forbach. Il se posera le reste du temps en arbitre du duel entre le PS et ses alliés d’une part, l’UMP et les centristes d’autre part :
« Nous pouvons gagner des villes, il faut que les électeurs le décident. Et notamment que les abstentionnistes, qui peut-être ne croyaient pas à nos chances de victoire pour certains, se mobilisent dimanche. »
Le point sur les rumeurs fiscales les plus persistantes - taxe sur la mort, suppression des parts de l'IR, taxation des propriétaires etc…
Certaines sont fantaisistes mais d'autres, plus sérieuses, auraient un réel impact. Analyse de ces rumeurs fiscales qui verront peut-être le jour.
- La suppression des parts de l'impôt sur le revenu ou suppression du quotient familial
Le quotient familial est une mesure inventée par Michel Debré en 1959 en vue d'inaugurer une politique d'encouragement nataliste. Le message consistant à dire "plus vous faites d'enfants plus vous fabriquez de la richesse future, moins vous payez d'impôt". Cela a eu un effet incitatif évident dans les années 1960-1970. Depuis le premier choc pétrolier de 1974, l'effet marginal du quotient familial sur la politique nataliste s'émousse chaque jour un peu plus. Et depuis une quinzaine d'années, cela n'a strictement plus aucun effet. Cette mesure n'est donc plus justifiée par la politique nataliste qui l'avait inspirée il y a 50 ans. C'est d'autant plus vrai que depuis 15 ans, les effets avantageux du quotient familial ont été plafonnés pour les familles les plus aisées. A partir de ce moment-là, si l'on supprime purement et simplement le quotient familial, cela n'aura que peu d'effet chez ces familles là. Ce serait un problème cependant pour les classes moyennes ou les classes en voie de paupérisation, car ce quotient familial leur permet tout de même de payer moins d'impôt qu'un célibataire. Si ce quotient est supprimé, ce seront ces familles-là qui seront les plus touchées.
Pour faire passer la mesure en douceur, la technique consisterait alors à leur proposer un abattement spécial durant 4 à 5 ans, que l'on réduirait progressivement, et qui lisserait l'effet de disparition du quotient familial. Entre temps, ces classes moyennes ou en voie de paupérisation se seront mises à payer des impôts comme les célibataires.
- La taxation des propriétaires ou taxe de location à soi-même
Cette mesure consiste à taxer les intéressés propriétaires déjà amortis de leurs propres maisons ou de leurs propres appartements, selon la valeur locative réelle des biens qu'ils occupent, et de les ajouter à leur impôt sur le revenu.
Ainsi, une personne au revenu très aisé et vivant dans un grand appartement, devra se reconnaître à elle-même une valeur locative très élevée sur laquelle elle devra payer des impôts, en plus de la taxe d'habitation et d'un impôt sur le revenu sur ce qu'elle aura réellement perçu.
Une personne riche aura donc le réflexe de ne plus avoir de revenu du tout. Pourquoi ? Parce que sans revenu, pas de taxe d'habitation ni de taxe de location à soi-même, ce qui induit une double ou une triple économie. Autrement dit, cela ne vaut plus la peine d'avoir des revenus parce que les taux de taxation peuvent atteindre les 100 %.
Cette piste de recherche est une bombe à retardement dont les conséquences psychologiques sur les gens aisés pourraient être catastrophiques, pouvant aboutir à la fuite des cerveaux et des richesses.
- La final exit taxe ou taxe sur la mort
Le principe consiste à dire ce qui suit : si vous allez mourir dans un territoire de l'Union Européenne qui connait un impôt sur les successions inférieur à celui que vous auriez connu si vous étiez décédé dans votre territoire d'origine, dans ce cas de figure, vous pouvez, au moment où vous passez la frontière, être taxé d'un impôt sur ce différentiel. Et cela n'est pas possible. Cette taxe sur la mort est une plaisanterie qui ne peut pas fonctionner dans le cadre de la libre-circulation des personnes et des biens à l'intérieur de l'Union Européenne. Car toute mesure intra-européenne qui vise à freiner cette libre-circulation entre les différentes parties du territoire européen est prohibée par le traité de Rome. Et la final exit taxe est un élément, qui indirectement, aboutit à dissuader les gens à sortir de leur territoire pour aller mourir dans des cieux plus sympathiques…
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