TOUT EST DIT

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jeudi 20 mars 2014

Un homme peut-il survivre en démocratie ?

Un homme peut-il survivre en démocratie ?


« Leurs prédécesseurs mettront les meilleurs d’entre eux à la tête de l’État; mais comme ils en sont indignes, à peine parvenus aux charges de leurs pères, ils commenceront de nous négliger, quoique gardiens, n’estimant pas comme il conviendrait d’abord la musique, ensuite la gymnastique. Ainsi vous aurez une génération nouvelle moins cultivée. De là sortiront des chefs peu propres à veiller sur l’État, et ne sachant discerner ni les races d’Hésiode, ni vos races d’or, d’argent, d’airain et de fer. Le fer venant donc à se mêler avec l’argent,et l’airain avec l’or, il résultera de ces mélanges un défaut de convenance, de régularité et d’harmonie – défaut qui, partout où il se rencontre, engendre toujours la guerre et la haine. Telle est l’origine qu’il faut assigner à la discorde, en quelque lieu qu’elle se déclare. »
Livre 8 de La République de Platon
Platon a très bien décrit comment sa République idéale peut devenir d’étapes en étapes, une tyrannie puis redevenir une démocratie dans un cycle qui ne s’arrête pas. Le plus important dans sa réflexion, ce ne sont pas les exemples qu’il emploie mais la logique qu’il déploie : des mécanismes internes à la démocratie la font pencher immanquablement du côté du totalitarisme. Chez lui, le conflit entre créateurs de richesses et pauvres finit par changer une démocratie en tyrannie. Cependant, il est bien d’autres mécanismes qui poussent la démocratie à devenir tyrannie.
Vivant une époque orgueilleuse, nous n’avons pas accepté de faire nôtres ses leçons en nous croyant plus « évolués ». Et ayant oublié volontairement de cultiver ses leçons, notre système de gouvernance subit une décadence qui était bien prévisible. Parmi ces mécanismes de décadence j’aimerais étudier plus particulièrement la place respective que tiennent les hommes et les femmes au sein du système électoral dans une nation démocratique en utilisant l’exemple de la France.
Selon le cadre d’analyse de Platon, notre pays serait récemment passé du système presque parfait, la royauté, au système le pire durant la révolution de 1789 : la tyrannie, puis par alternance, de cette royauté, au contrôle oligarchique, et enfin à la démocratie que nous connaissons actuellement. Platon avait donc raison et tort : dans l’ensemble, son plan s’est réalisé, mais avec quelques accrocs (dont de brusques soubresauts démocratiques). Selon lui, le prochain stade que nous devrions connaître sera celui de la tyrannie quand pauvres et riches seront montés les uns contre les autres (par paranoïa ou à juste titre). Et il est vrai que de forts mécanismes penchent en ce sens dont un que je voudrais étudier plus particulièrement : celui de la répartition du pouvoir entre hommes et femmes, phénomène que Platon ne pouvait connaître puisqu’il n’existait pas de manière directe d’influence des femmes dans le domaine politique (hommes et femmes étant nécessairement solidaires dans leur complémentarité et, du fait de leurs unions, poursuivaient les mêmes intérêts).

Que s’est-il passé au niveau du vote des femmes ?

Le suffrage censitaire ou la censure de classe a été la règle durant le plus clair du XIXe siècle. Les hommes riches influencés par leurs épouses gouvernaient la France. L’oligarchie de l’argent et du pouvoir selon Platon. On ne peut donc parler de sexisme à cette époque, puisque la femme de bourgeois avait énormément plus d’influence que le moindre paysan. Progressivement, les institutions ont élargi les possibilités de voter, d’élire et d’être élu. Au début, seuls les hommes riches le pouvaient. Progressivement, tous les hommes ont été appelés aux urnes, sans qu’ils n’aient la possibilité d’être élus puis en pouvant l’être. Enfin, les femmes et tous les métiers dits « sensibles » (comme les militaires) ont pu accéder au vote, et être élus. Cela ne veut pas dire qu’une forme d’oligarchie n’a pas persisté et on le voit bien encore aujourd’hui : tout le monde peut théoriquement être élu, encore faut-il en avoir les moyens. Les systèmes de réseaux, de classes sociales, d’alliances d’intérêts, le coût d’une campagne électorale, le système des partis politiques, tout cela concourt à réduire le pouvoir de l’électeur, qu’il soit homme ou femme. Ainsi, l’élection présidentielle qui est la plus proche du peuple et donc, où le taux de participation est le plus élevé, se fait au suffrage universel direct. Pour se présenter, il aura toutefois été nécessaire de regrouper la signature de 500 élus, de 500 notables pourrait-on dire, ce qui limite drastiquement, là-encore, les possibilités de choisir et de se présenter. Mais, il faut tout de même le reconnaître : la démocratie a fait son œuvre. Les électeurs ont pris de l’assurance, ils ont appris à s’organiser politiquement, à se situer, à exercer leur influence, raison paradoxale pour laquelle, la démocratie est certaine de s’effondrer.

L’effondrement programmé de la démocratie

Comme le souligne Platon, la démocratie ne va pas mourir pour avoir été supplantée par un autre système politique, mais parce que la démocratie tend naturellement vers la tyrannie. Que se passe-t-il dans une démocratie pour que la liberté débouche nécessairement sur l’absence de liberté ?
Le problème de la démocratie n’est pas tant la liberté qui est toujours contenue par des intérêts divergents, mais l’égalité. Cette « passion de l’égalité » corrompt toute démocratie prétendait Alexis de Tocqueville. Aujourd’hui, nous pouvons voir que l’égalité des chances est une bonne chose, mais que cette égalité des chances s’est rapidement muée en égalité tout court et maintenant en égalitarisme. Tout le monde doit être égal, hommes et femmes, riches et pauvres. Or on n’arrive à cette forme d’égalité qu’en privant les gens de liberté et de manière restrictive. En retour, les riches renforcent leur pouvoir caché. Tout cela a été déjà étudié et c’est bien le chemin que nous suivons immanquablement aujourd’hui. Encore faudra-t-il décrire le rôle des hommes et des femmes dans ce cadre, ce qui n’a pas été encore réalisé.

Le rôle de la majorité

« La foi dans l’opinion commune y deviendra (ndlr : en démocratie) une sorte de religion, dont la majorité sera le prophète. » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique)
Mais qui peut faire majorité en démocratie et qui est donc capable de créer cette « opinion commune » ? Quand, après 1946, le suffrage est réellement devenu universel et malgré toutes les entraves institutionnelles que j’ai énuméré supra, un long travail de « fabrication de majorité » a commencé. De manière étrange, après la guerre, catholiques et communistes se sont retrouvés côte à côte pour former la majorité. Les femmes qui pouvaient voter n’avaient pas encore investi pleinement ce pouvoir. Elles se sentaient encore étrangères à cette question et beaucoup plus que les hommes, elles votaient en petit nombre (1, 3). Cependant les femmes ont très vite compris leur intérêt, au-delà des luttes partisanes et idéologiques. Et à partir de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, leur pouvoir a été tel qu’elles ont fait élire leur président à toutes les élections excepté celle où François Mitterrand a été élu la première fois, en 1981 soit 8 élections sur 9 (2, 3). Pour 6 élections sur 9, elles ont élevé la moyenne du score du candidat gagnant. Pour 4 élections, elles ont même réussi à faire élire leur candidat en opposition à celui des hommes (les hommes n’y sont arrivés qu’une fois en 1981 pour faire élire Mitterrand). Pour pondérer ce tableau édifiant, on peut remarquer que depuis que le début de la phase de retournement de croissance (1974), le choix des hommes et des femmes tend à se niveler, bien que les femmes restent encore meneuses d’opinion (les hommes n’élisent que des hommes très favorables aux femmes).
Un homme peut-il survivre en démocratie ?
Un homme peut-il survivre en démocratie ?
Références 2, 3, 5, 6, 7, 8. (en rose, les élections présidentielles en France où les femmes ont fait gagner le Président de la République, en bleu l’élection où les hommes ont réussi à imposer un président de la République contre les femmes, en gris les situations où le candidat masculin et féminin à l’élection présidentielle a été le même).

Le pouvoir des femmes en démocratie, la fin des hommes

L’idéologie est morte avec la multiplication des minorités. Au fur et à mesure que la majorité féminine a pu décider de l’avenir de notre société, nos représentants politiques ont multiplié les lois en faveur des femmes, faisant payer toujours plus l’indépendance de ces dernières aux hommes (allocations familiales, mères isolées, fonctionnariat…). Les hommes, en minorité, n’ont pas su résister à ce tsunami politique. Ils ne l’ont même pas compris. Encore aujourd’hui, ils perçoivent mal la solidarité féminine sur ce point quand ils ne l’encouragent pas inconsciemment (en votant, contre les électrices femmes mais pour défendre les femmes, en faveur de Mitterrand en 1981). Ce mouvement a été encore renforcé par le fait que cette majorité de femmes a su apparaître comme une minorité oppressée et qu’elle a pu regrouper autour d’elle d’autres minorités : LGBT, étrangers. Ainsi dans nos démocraties occidentales modernes, ce sont ces « minorités » qui font la loi. Les femmes constituent une très grande majorité d’électeurs qui va bien au-delà de leur majorité numérique. Cette majorité qui pouvait contrôler toute la société sans démocratie, peut désormais faire sentir son pouvoir de manière directe (12). Or j’affirme que c’est un mouvement naturel à nos démocraties : quand le scrutin devient universel, les femmes, beaucoup plus solidaires que les hommes s’approprient progressivement le résultat des scrutins. De plus, la tendance historique de la femme à apparaître comme un individu social devant être protégé, renforce encore ce pouvoir auprès de ces hommes qui pensent devoir voter pour protéger ces femmes et non défendre leurs intérêts. Si on rajoute à cela le vote féminisé homosexuel des hommes et des femmes, le bilan est tout simplement catastrophique pour les hommes : ils ne peuvent plus regrouper de majorité qui puisse défendre leurs intérêts, le système démocratique est progressivement phagocyté par l’idéologie féminisée, et tout esprit masculin devient antisocial tandis qu’une société saine devrait justement pouvoir s’appuyer en priorité sur ses hommes en ce domaine. La maternité nécessitant toujours de s’occuper de soi et de sa famille, les femmes seront généralement inaptes à prendre en compte les autres familles (10, 11). À l’inverse, l’homme, qui a toujours dû réfléchir pour deux d’un point de vue distant et social, est beaucoup plus compétent quand il s’agit de ce genre de questions.

La démocratie tue l’idéologie

Au début, les groupes minoritaires peuvent encore réfléchir en terme de « bien être général », mais très vite, ce sont les intérêts de groupes qui s’imposent. La démocratie liée au libéralisme est la recherche de son propre profit et donc de son profit de classe-sociale. Tel est le péché originel de la démocratie, pourrait-on dire. Seul un reste de timocratie (pouvoir de l’honneur pour Platon) qui persiste en démocratie sous la forme républicaine et telle que Régis Debray l’a définie (4) peut contrer ce mouvement général. Cependant ce mouvement d’honneur et de conscience collective s’efface au fur et à mesure qu’une nation s’éloigne du temps où elle s’était donnée un système royal sain pour gouvernance. L’honneur qui sous-tend ce système idéologique plus ou moins complexe du passé, laisse place à l’intérêt pur qui est une sorte de retour au culte de la nature (La main invisible d’Adam Smith). Or sans croyance, une société évoluée ne peut survivre. Les humains qui font sa richesse s’individualisent totalement au fur et à mesure qu’ils descendent dans l’échelle de l’humanité. Cette régression est vécue durement pour les plus croyants d’entre eux, et à l’inverse comme un grand progrès de la part de ceux qui ont fini par vouer un culte à l’égalité. Ainsi certains humains peuvent souscrire à leur déchéance tout en s’en défendant. Croyant avancer vers plus de démocratie, ils se préparent en inhumanité à soutenir quelque tyran qui saura répondre à leur soif d’absolu déviante. Comme le pressent Platon, n’importe quel système politique doit avoir des bases religieuses saines pour le soutenir. Or le système libéral tend à remplacer la religion catholique qui lui a permis d’émerger et de survivre, par la croyance en sa propre valeur. En cela, la religion protestante se rapproche un peu plus du culte du libéralisme et en subit moins directement les contradictions. Cependant, même cette religion protestante finit par être sapée d’autant plus rapidement que des mécanismes d’Église unitaire n’existent plus en son sein. Quant aux autres religions, elles sont balayées en quelques années, ou bien leurs sociétés doivent refuser le développement économique. Il ne reste plus alors place pour le lien social qui fait aussi de nous des êtres humains. Les individus assoiffés de leur propre liberté, mais ne supportant pas que leurs voisins soient plus égaux qu’eux, et n’ayant plus les moyens catholiques de gérer cette contradiction (serment de réconciliation, communion au corps du Christ, reconnaissance de son péché), finissent par s’enfermer, se contrôler les uns les autres et surtout surveiller que personne ne dévie du groupe, tout en se croyant individuellement supérieurs et collectivement plus évolués. À ce stade, nous sommes plus proches que jamais d’une forme de catharsis mimétique telle que l’a définie René Girard. Malheureusement, cette catharsis ne prend plus l’apparence d’un déchaînement de haine collective. Ce genre d’exaction serait trop facile à identifier dans une société d’héritage chrétien. Non, la société s’étant individualisée, la haine collective peut s’exercer sur des individus de manière isolée, et surtout sur les plus faibles d’entre eux. Les suicides, les dépressions, les personnes jetées à la rue (principalement des hommes), les infanticides (principalement quand l’enfant est encore dans le ventre de sa mère) sont les nouveaux Christ que notre civilisation sacrifie. Ils peuvent mourir par millions sans que personne ne s’en émeuve. Sans rien y laisser paraître, la bête a pu se rassasier collectivement et faire grandir la culpabilité refoulée de chaque individu.

La démocratie finit par tuer les hommes (principe masculin)

Les hommes ne peuvent souscrire à un système démocratique où aucun pouvoir social ou familial ne peut limiter le fait qu’ils soient opprimés. Les hommes, les vieux, les enfants ne peuvent devenir l’unique variable d’ajustement d’une société qui se féminise totalement, et qui, donc, régresse entièrement. Nous ne pouvons revenir à un système tribal en pleine modernité, du moins, je ne le crois pas. Pour que la société puisse survivre, les hommes vont devoir apprendre à en rabattre dans les années qui viennent : non, hommes, vous n’êtes pas en position de force dans votre environnement naturel, et vous ne l’avez jamais été (9). Non, vous ne devez pas vous comporter en femmes pour espérer sauver cette société, même si cette attitude favorisait temporairement votre insertion sociale. Oui, vous êtes le sel de la terre et sans votre lutte acharnée et vos sacrifices glorieux, rien ne se fera de bon et de bien dans notre société. Les enfants naîtront toujours sans vous, mais pour le malheur. L’Église même a besoin de vous, en particulier, pour survivre. Une Église féminisée est comme une société féminisée, elle ne porte aucun fruit viable, elle ne peut s’extraire de son péché.

Le rejet du système politique actuelle

Nous ne pouvons donc plus accepter dans sa forme actuelle cette République qui devient progressivement une démocratie. Le retour des hommes suppose un système institutionnel nouveau, à l’inverse d’une tyrannie qui est le summum de la féminisation (et que Platon définit déjà comme essentiellement parricide). Aujourd’hui, nous nous dirigeons à grands pas vers cette tyrannie. Les moyens modernes de contrôle et d’extermination n’ont jamais été autant au point sans que nous n’ayons pu élaborer de contre-pouvoir, sans même que nous ayons les moyens de les dénoncer. Il est urgent que nous réfléchissions à un système alternatif catholique républicain, ou royal, rien n’étant exclu en la matière, tant que ce système saura défendre le peuple contre les réseaux d’intérêts (LGBT, puissances d’argent…) mais aussi contre la médiocrité contrôlante. Le progrès humain ne s’étant jamais développé que dans notre soumission à Dieu et la maîtrise de notre environnement, puissent les servants de cette future nation respecter ce fragile équilibre entre ces deux tendances antagonistes qui signe là encore, notre condition pécheresse.
> Durandal Léonidas anime un blog
1. « Editoriaux d’une résistante sur le vote des femmes », aimeles de mars 2013.
2. « Comment votent les Françaises », Figaro du 25/04/2012.
3. « L’évolution du vote des femmes », Janine Mossuz Lavau
4. « Etes-vous démocrate ou républicain ? », Régis Debray 1995.
5. « Le général de Gaulle et le droit de vote des femmes », Solange Troisier, Site Charles de Gaulle.
6. « Le vote des femmes en France 1945-1993 », Persée.fr.
7. « Les paradoxes du gender gap à la Française », Mariette Sineau, 2007.
8. « Le vote des femmes au premier tour de l’élection présidentielle 2012 », Terra femina avril 2012.
9. « La domination féminine », Vincent Dussol, 2011.
10. « Féminisation, incompétence et totalitarisme à l’Assemblée Nationale », Dailymotion du 08/02/2014.
11. « Féminisation de la politique : des décisions sentimentales et individualistes », Youtube du 15/04/2013.
12. « Féminisation du milieu politique, le dernier bastion tombe », Youtube janvier 2013

Le coup de grâce

Le coup de grâce


La publication par Mediapart, mardi soir, de sept extraits des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy portent-elles le « coup de grâce » à l'ex-président ? Jamais un présumé innocent ne fut considéré aussi catégoriquement comme coupable. Forcément coupable. Drôle d'emballement qui conduit Nicolas Sarkozy à une condamnation médiatique préventive avant même d'avoir été mis en examen et jugé pour « trafic d'influence » et « violation du secret de l'instruction ». Que de réels soupçons pèsent sur lui est évident, et il serait bien imprudent d'affirmer qu'il est forcément innocent.
On ne peut s'empêcher de penser qu'avant de payer pour des faits sur lesquels enquêtent les magistrats instructeurs, Nicolas Sarkozy paye déjà pour toutes les brimades, vexations, intrusions, bravades, dont il s'est rendu coupable dans l'exercice de son hyper présidence. S'il y a acharnement contre lui aujourd'hui, c'est en réponse à ses débordements dans l'exercice du pouvoir. Ce qui ne devrait pas suffire, à justifier aujourd'hui un traitement d'exception à son endroit.
Magistrats, politiques et journalistes seraient bien inspirés de ne pas se laisser emporter par une forme d'hystérie ambiante. Tous ont à y perdre auprès de l'opinion. Au sein de l'appareil judiciaire ou policier, ceux qui, à l'évidence, alimentent les médias de fuites diverses, manquent gravement à leur devoir. Dans quel but ? Chez les politiques, l'hypocrisie est totale lorsque sont affirmés l'indépendance de la justice et le respect de la présomption d'innocence, mais que se multiplient les jugements sans appel avant de savoir… « si tout cela est vrai ! ».
Restent les journalistes qui ne doivent pas devenir les ennemis de leur propre liberté en se laissant « utiliser » ou manipuler. La pratique du « feuilletonage » des révélations, à partir de « fuites » intéressées et savamment distillées dans des moments opportuns, fait aussi peser des doutes sur l'indépendance des journalistes et d'éventuelles connivences. Rien ne serait pire que de voir se généraliser une « société du soupçon » perdant confiance en ses élites. Le vrai « coup de grâce » serait alors pour notre démocratie.

Hollande, démission ? Est-ce bien raisonnable ?

L'opposition ne cesse de réclamer la démission du président de la République. Une demande irréaliste qui cache sans doute un désarroi certain.

France Inter : Ce matin, vous voulez nous parler de la démission de François Hollande... Ce n'est pas un peu absurde ?
Charlotte Chaffanjon : Vous aussi vous trouvez ? C'est qu'à force de lire les appels de l'opposition à la démission du président, on se demande si ce n'est pas un sujet sérieux. Même Nicolas Sarkozy s'y met. Parlant de sa mise sur écoute, il dit : "Ils veulent m'abattre, ils sont prêts à tout, jusqu'à écouter le chef de l'opposition pendant des mois et des mois. Dans n'importe quel autre pays, aux États-Unis, Hollande serait contraint à la démission." Cette citation est rapportée par Le Journal du dimanche. On voit bien ce que Nicolas Sarkozy dénonce : un complot des socialistes pour l'empêcher de revenir. Et quand il fait référence aux États-Unis, il parle d'une affaire très précise.
Laquelle ?
Le Watergate, tout simplement. D'autres élus UMP font aussi ce parallèle, même le mesuré Jean-Pierre Raffarin, qui dit dans Le Monde : "Je croyais que le temps de Nixon était révolu." Là, il faut rappeler que ce n'est pas François Hollande qui a décidé de mettre sur écoute Nicolas Sarkozy, mais bien la justice. Le Watergate, c'était une affaire d'espionnage politique. Ce n'est pas la même chose. À ce stade, si le gouvernement a été d'une immense maladresse dans sa communication, rien ne prouve qu'il est à la manoeuvre. La droite le sait, mais elle joue avec le symbole Watergate, une affaire explosive qui a contraint le président Nixon à la démission en 1974...
Ce n'est pas la première fois qu'il y a des appels à la démission de François Hollande...
Non ! Pendant les débats sur le mariage pour tous, Henri Guaino avait réclamé sa démission. Après l'affaire Leonarda, Marine Le Pen l'avait fait. Après la parution de Closer révélant la liaison du président avec Julie Gayet, Georges Fenech, député UMP, avait écrit sur son blog : "La question de la démission de François Hollande se pose", citant aussi l'affaire DSK - on se demande ce qu'elle fait là - et l'affaire Cahuzac. Notez au passage que Geneviève de Fontenay, la patronne des Miss France, avait aussi appelé à la démission de François Hollande à ce moment-là. Tout cela n'est pas très sérieux. Appeler tous les quatre matins à la démission du président comme si c'était une solution ajoute de la confusion à la confusion. Cependant, cela traduit une réalité dont se plaignent très régulièrement les dirigeants de gauche : ils ont le sentiment profond que la droite ne les considère pas comme légitimes à gouverner. Et considère encore moins François Hollande comme légitime à l'Élysée. Comme si l'opposition avait le sentiment de s'être fait voler sa place au pouvoir.
Mais, en plus, est-ce que la démission du président est possible ?
En théorie, oui. C'est arrivé une fois, une seule, sous la Ve République. En 1969, le général de Gaulle, après avoir perdu un référendum prétexte, a quitté l'Élysée. Depuis, quelles que soient les crises traversées par le pouvoir, le président ne s'est jamais défait volontairement de son mandat, confié par le suffrage universel. Même en cas de cohabitation. Et - scoop ! - je peux vous dire que François Hollande ne le fera pas. Alors, certains réclament plutôt la dissolution de l'Assemblée - je pense à Jean-Louis Borloo ou même à Marine Le Pen - et l'organisation de nouvelles élections législatives. Des députés socialistes assurent que le sujet est à la mode au Palais-Bourbon. Là encore, le jeu de politique-fiction est dangereux. Et peut-être même d'abord pour l'opposition. Pour gagner des élections, encore faut-il mettre de l'ordre dans ses rangs, avoir un leader pour créer la dynamique. À l'UMP, on en est bien loin.

La vérité sur les gagnants et les perdants du système fiscal

Une nouvelle étude du Trésor sur les effets du système « socio-fiscal ». 50 % des ménages sont globalement bénéficiaires nets de la redistribution. 
« La redistribution opérée par le système socio-fiscal est importante  : elle réduit de 40 % les écarts de niveau de vie entre les 10 % des ménages les plus modestes et les 10 % les plus aisés. » Telle est la conclusion d’une étude du Trésor, destinée à alimenter les réflexions du groupe de travail sur la remise à plat de la fiscalité des ménages. Une contribution importante alors que certains, à gauche, plaident pour davantage de progressivité et de redistribution. Ce groupe de travail s’est réuni sur la question de la progressivité de l’impôt le 6 mars dernier et doit plancher jeudi sur la question du rapprochement de la prime pour l’emploi avec le RSA.
D’après le Trésor, ce sont principalement les prestations sociales qui réduisent les inégalités, à hauteur de 60 %. Les prélèvements contribuent à hauteur de 40 %, alors qu’ils ne représentent que 9 % du revenu disponible des ménages. C’est pour les plus modestes que l’effet de redistribution est le plus important. Il permet aux ménages du premier décile de revenus d’accroître leur niveau de vie de 55 % (celui-ci passant de 6.900 euros à 10.700 euros par an), tandis que les ménages du dernier décile voient leur niveau de vie diminuer de 10 % (passant de 42.100 euros à 37.700 euros). Le système français permet ainsi de réduire « fortement la proportion de ménages aux très faibles niveaux de vie », indique le Trésor. La part des ménages dont le niveau de vie annuel est inférieur à 10.000 euros est ainsi divisée par deux (elle passe de 17 % à 9 %).
Globalement, le système profite à la moitié des ménages : les cinq premiers déciles de niveau de vie sont bénéficiaires nets, tandis que les cinq déciles suivants sont contributeurs nets. Le premier décile est celui qui bénéficie le plus (51 % de son revenu disponible provient des prestations), tandis que le dernier décile est le plus gros contributeur (à hauteur de 19 % de son revenu).
Le système a par ailleurs un gros inconvénient : il réduit, pour les bas salaires, l’incitation à l’activité, indique un document de travail du gouvernement. Autour d’un SMIC, le bénéfice réel d’une augmentation de revenus est ainsi minime : sur 100 euros supplémentaires, entre 23 et 47 euros sont in fine disponibles selon les situations, en raison surtout de la perte de prestations.
Les données montrent enfin la grande concentration de l’impôt, relativisant les critiques sur le manque de progressivité émises par les syndicats et une partie de la majorité : les 10 % des revenus imposables les plus élevés (3,6 millions de ménages) paient 49 % de l’impôt sur le revenu et de la CSG. La progressivité de l’impôt sur le revenu a en effet été fortement renforcée ces dernières années (tranche d’impôt à 45 %, plafonnement des niches, quotient familial raboté, surtaxe Sarkozy, etc.). Voilà pourquoi le gouvernement focalise son attention sur les effets de seuil à l’entrée dans l’impôt et non sur une réforme du type fusion IR-CSG, qui n’est pas d’actualité.

L’informatique de l’État et le syndrome de l’idiot savant


Lorsque l’État se mêle de faire de l’informatique, ce n’est généralement pas bon signe. Et récemment, les révélations d’Edward Snowden ont amené leur lot de stupéfiantes découvertes, comme le fait que la NSA envisage d’infecter des millions de machinesavec des virus sophistiqués. Le monde a lentement fini par prendre conscience de l’ampleur des moyens mis en place pour l’espionner, plaçant chaque citoyen devant ses responsabilités d’électeur qui, à force d’avoir choisi une sécurité de plus en plus débridée, se retrouve dans une jolie cage dorée scrutée par des milliers d’invasives caméras.
Heureusement, ce tableau par nature orwellien n’est pas totalement noir. Il subsiste de forts espoirs que la puissance de calcul mise à disposition des États ne soit pas suffisamment bien employée, ou que, comme à leur habitude, les États se prennent les pieds dans le tapis et se gamellent mollement sous les applaudissements.
Optimiste, moi ?
Certainement un peu, mais parier sur une contre-performance des États en général et de l’État français en particulier n’est pas une prise de risque très élevée en réalité. Et en ce qui concerne l’informatique, on a tout de même quelques pistes sérieuses de la direction générale prise par les autorités françaises, ainsi qu’un historique déjà étoffé des magnifiques plantages qu’ils nous ont offert (avec nos sous). Je passerai pudiquement sur le cas épineux de Bull qui constituerait sans problème le sujet de plusieurs billets, ne serait-ce que par sa gestion consternante du progiciel étatique Chorus, qui a explosé en vol en juin dernier suite à un enchaînement ridicule de circonstances et n’a pu être remis en service que plusieurs jours plus tard là où, vu le niveau de criticité du progiciel, on se serait attendu à avoir des installations un tantinet plus résilientes. Ceci posé, je m’attarderai plutôt sur quelques récentes affaires qui montrent toute l’ampleur de l’incompétence étatique dans le domaine.
Bien sûr, il y a eu Louvois.
Louvois, c’est ce gros, cet énorme, cet hippopogiciel de gestion de la solde des militaires français dont la facture totale, impossible à calculer complètement, dépasse largement les400 millions d’euros. En substance, le coût initial, de 7 millions d’euros, n’aura pas suffi à sécuriser un développement harmonieux de l’engin, qui aura assez rapidement commencé à merdouiller avec brio sur des centaines de milliers de soldes, entraînant un pataquès mémorable dont les coûts de gestion sont venus s’additionner au dérapage déjà massif du développement et de la correction du programme informatique. Bien sûr, on pourrait largement attaquer le prestataire de service qui a développé une telle immondice, et traîner son nom dans la boue en notant qu’un tel plantage n’était pas digne d’une grande société de services informatiques. Certes. Je mâtinerai cependant cette critique en notant que travailler dans un environnement comme celui de l’armée, où les généraux et les services se tirent généreusement dans les pattes (peut-être à défaut d’avoir un ennemi commun clairement identifié ?) et où quelle que soit la solution retenue, son analyse et sa mise en application relève bien plus de la politique, de la diplomatie et de la gestion d’hommes parfois très bornés plus que de la simple gestion de projets informatiques.
Autrement dit, ce magnifique plantage informatique en dit certainement bien plus long sur la capacité de l’armée française à se moderniser que sur la capacité du prestataire à fournir un programme idoine. La leçon aura donc coûté plus de 450 millions d’euros au contribuable français (qu’il remboursera en PV routiers, en fiscalité explosive et autres taxes rigolotes, ne vous inquiétez pas).
Du reste, on retrouve sensiblement le même problème dans une autre administration, avec un autre programme informatique, ce qui continue à prouver que l’informatique et l’administration étatique, ce n’est pas vraiment ça : alors que Louvois est en analyse post-mortem, le gouvernement a choisi d’abandonner le logiciel de paye des fonctionnaires destiné à centraliser les salaires de toute l’administration française. Le gouvernement, après avoir lancé un audit pour évaluer l’état d’avancement du projet, a décidé d’arrêter les frais, dont le total avoisinait les 290 millions d’euros. Joli fail.
Pour le moment, ces deux petits projets, normalement conçus dans le cadre de la modernisation des infrastructures des administrations françaises (militaires et publiques) ont coûté la bagatelle de 750 millions d’euros, qui ont donc été brûlés en pure perte ou quasiment. Mais tout ceci n’est finalement qu’une de ces péripéties habituelles qui font le charme tout particulier de la vie en France. Après tout, d’autres administrations dans d’autres pays offrent aussi un spectacle pathétique d’implémentation informatique farfelue. La mise en place de l’Obamacare est un vrai poème à ce titre.
On pourrait donc croire que tout ceci n’est que, comme le disent justement les Américain, « business as usual ». Il n’en est rien : on peut toujours faire plus fort, plus rigolo, plus périplaquiste que ça encore et pour cela, il suffit de faire intervenir nos fiers branquignoles maroquinés, Fleur Pellerin ou Arnaud Montebourg par exemple. Et rien de tel qu’une grosse acquisition capitalistique pour pimenter un peu l’action, comme c’est actuellement le cas avec Vivendi qui tente de se débarrasser de SFR.
Bouygues et Numéricable se sont portés acquéreur, et immédiatement, Montebourg s’est montré particulièrement favorable au rachat de SFR par Bouygues et l’a bruyamment fait savoir au point de diffuser sur les ondes des informations boursières jusqu’alors confidentielles. Nous sommes en France, tout ceci n’est pas louche, tout ceci est normal et le ministre n’aura pas à répondre du yoyo boursier des cours de Free, SFR et Bouygues à la suite de son intervention. Manque de pot ou talent naturel de Montebourg pour choisir systématiquement le mauvais cheval, c’est bel et bien Numéricable qui est finalement choisi. Pour Montebourg, c’est donc un fail.
loup qui court et paf le loup FAIL
Or, comme le fait judicieusement remarquer Bluetouff sur Reflets.info, parmi les entités contrôlées par SFR, on trouve Numergy dont j’avais déjà copieusement parlé ici même. Numergy, c’est ce « cloud » construit pour s’assurer que les données qui y sont stockées ne tombent pas dans le giron de l’une de ces abominables boîtes étrangères (américaine notamment). Numergy, c’est ce bricolage à base de copieuses subventions publiques, dans lequel on trouve SFR, l’inaltérable Caisse des Dépôts et Consignations, et … Bull, dont j’ai déjà parlé plus haut. Numergy, c’est la version « cloudàlafrançaise », avec tout ce qu’il faut de bon capitalisme de connivence pour réjouir les petits contribuables et les grandes entreprises d’État. Miam.
Et Numergy, une fois le rachat par Numericable entériné, ce sera le cloud détenu par un câblo-opérateur luxembourgeois, le groupe américain Carlyle, et l’anglais Cinven. Du vrai bon cloud bien français, on le comprend. Cela sent le petit fail des familles.
Shipment of fail !
Mais comme je le notais en début d’article, il faut savoir rester optimiste et voir le bon côté de ces échecs répétés.
De façon manifeste, l’État a toutes les peines du monde à gérer son informatique. Entre les contrats douteux d’infogérance qui se retournent contre lui, les projets pharaoniques dans leurs buts, babylonesques dans leurs budgets et micrométriques dans leurs résultats, on dispose maintenant d’un bon recul pour affirmer sans trop de risque que le merdoiement général qui entache déjà tous les domaines de la société civile dans lequel l’État met les doigts s’étend aussi dans l’informatique. Le plus beau, c’est que malgré ces échecs répétés, certains continuent toujours de placer dans l’État des espoirs aussi chimériques que coûteux.
Et lorsqu’on nous dit que l’État est capable de tout écouter, tout espionner au moyen de ses oreilles toujours plus fines, toujours plus grandes et toujours plus précises, on peut aussi constater qu’il n’est même pas capable de développer ou faire construire un logiciel de gestion décent pour sa propre administration, là où, pourtant, des entreprises du privé employant des centaines de milliers de personnes (Walmart, Microsoft, IBM, etc…) ont montré qu’un tel défi est parfaitement relevable.
À l’évidence, l’État est passé, depuis longtemps, en mode glouton. Il dévore nos finances, il prétend tout écouter, tout le temps, partout, mais il semble assez infoutu (au moins pour le moment) de savoir quoi faire avec ce qu’il récolte. C’est un idiot savant, c’est-à-dire qu’il dispose d’une mémoire prodigieuse, très profonde, mais extrêmement étroite qu’il lui est difficile de mettre en pratique.
Et objectivement, tant mieux.

mercredi 19 mars 2014

Heureusement que la société française tient bon !

Face à l'impuissance des politiques et à la crise de l'État providence, la société civile s'organise. Une idée britannique qui pourrait traverser la Manche.


L'État providence est à bout de souffle ? Les politiques sont impuissants ? Osons miser sur la société civile. C'est la philosophie du mouvement "Bleu blanc zèbre" que dévoile cette semaineAlexandre Jardin dans Le Point. L'écrivain s'est mis en tête de fédérer tous les Français "qui gouvernent déjà le réel". 
Sa réjouissante initiative fait écho à la Big Society du Premier ministre britannique David Cameron. Depuis son élection en 2010, le leader conservateur a entrepris une transformation radicale des rapports entre l'État et la société, en s'appuyant sur celle-ci pour réformer les services publics. Développement des "free schools", incitation au "business fraternel", ouverture des services publics aux initiatives privées... Ces mesures visent à redéfinir en profondeur le rôle de l'État, qui, "d'un simple soutien financier, devient un catalyseur de capital". Trois ans après sa mise en oeuvre, la Big Society de Cameron est controversée, comme le montre une étude de l'Institut de l'entreprise. Mais dans le domaine de l'éducation et de l'innovation sociale, ses résultats sont probants. 
La Big Society ne peut fonctionner que si les gouvernants acceptent de faire confiance aux gens et leur rendent le pouvoir. La classe politique française y est-elle prête ? Elle aurait besoin d'une bonne cure d'humilité. Comme l'explique dans Le Point le politologueDominique Reynié, "les Français se gouvernent mieux qu'ils ne sont gouvernés. L'État vacille mais la société tient bon. En 40 ans, l'État a laissé filer une dette qui atteint 2 000 milliards d'euros, tandis que les Français réussissent à épargner 10 000 milliards d'euros ; l'État ne peut empêcher les déficits publics, tandis que des millions de ménages assurent l'équilibre de leurs comptes." Heureusement que la société française tient bon !


+2 % : petit rebond bidon pour Hollande

+2 % : petit rebond bidon pour Hollande


Est-ce l’effet répulsif des affaires orchestrées contre l’ancienne majorité, et tout particulièrement la révélation et la divulgation de la mise sur écoutes de Nicolas Sarkozy, qui permet à François Hollande de remonter de deux petits points dans le baromètre IFOP-JDD, repassant ainsi, d’un tout petit chouia, au-dessus de la barre des 20 % de satisfaits ?
« La droite et les affaires » titrait Le Monde de vendredi dernier, après bien d’autres réquisitoires dressés par les mêmes procureurs partiaux. La directrice de ce tribunal journalistique parle aujourd’hui de « la myriade d’affaires graves » qui accablent la droite. Calomniez, calomniez, et aussi, pour être dans l’ère du temps, écoutez, écoutez, il en restera toujours quelque chose… Même si ce quelque chose doit se solder par une abstention massive dans les urnes.
Avant tout, pour ce gouvernement de tous les ratages, de tous les manquements, il s’agit, à la veille d’une échéance électorale, de limiter les dégâts. Même au prix d’une augmentation de la défiance, déjà sans précédent, des électeurs français à l’égard de la politique. Du moins telle que celle-ci est pratiquée en France par les politiciens de l’UMPS.
Deux points de bonus pour un président de la République qui continue néanmoins de focaliser contre lui 77 % de mécontents. Sans compter ceux à venir. 

Tout ça pour ça ?

Nicolas Sarkozy, héritier d’un système de connivences que Présent a toujours dénoncé, a certes un grand tort : celui de s’être souvent, trop souvent, mis dans son tort. Mais la façon dont certains magistrats s’en prennent à lui ressemble de toute évidence, soulignée comme telle par la presse étrangère, à une implacable chasse à l’homme. Et tout ça pour ça : gagner deux points aléatoires dans un baromètre fluctuant ? Un faux-bond plutôt qu’un rebondissement ?
L’enfumage des affaires
Pas seulement. « Tout ça » fait aussi oublier les turpitudes socialistes comme l’affaire Cahuzac, en train de revenir dans l’actualité, son ex-épouse venant d’avouer l’existence d’un nouveau compte sur l’île de Man. Affaires de la bande de Jean-Pierre Kucheida, ex-député socialo franc-mac du Pas-de-Calais, dont l’un des comparses, Gérard Dalongeville, ancien maire d’Hénin-Beaumont, refait parler de lui : candidat aux municipales dans son ancienne ville, il débine à tout va ses anciens camarades. Affaires marseillaises du parrain Jean-Noël Guérini et de la marraine Sylvie Andrieux. Et un candidat, Patrick Mennucci, à qui il faut refaire en urgence, façon chirurgie esthétique, une réputation toute neuve. « En France, ces temps-ci, il est plus confortable de s’appeler Mennucci que Sarkozy » écrivait, avec raison, l’éditorialiste du Point.« Mennucci est (…) soupçonné de prises illégales d’intérêt pour avoir, en sa qualité de vice-président du conseil régional, fait verser de nombreuses subventions, pour des montants considérables, à toutes sortes d’associations en prévision des élections. »
Ce sont d’ailleurs pour des faits similaires que Mme Andrieux a écopé de « trois ans d’emprisonnement dont un an ferme », jugement dont elle fait appel, donc suspensif, ce qui permet à cette dernière de garder son siège de parlementaire socialiste. Mais pour Mennucci – « bébé Guérini entouré de bébés Guérini », crèche donc très prometteuse pour la suite des affaires socialo-marseillaises – le parquet a classé l’affaire avec un simple « rappel à la loi ».
Des « affaires » pour faire oublier d’autres « affaires ». Et puis, surtout, le vacarme des rumeurs couvre, à grands coups de tam-tam médiatique, les échecs de ce gouvernement dans à peu près tous les domaines : économie, emplois, immigration, sécurité, communication… Qu’importe, pourvu qu’il puisse noyer dans un discrédit général ses propres déficiences.
C’est d’ailleurs la même méthode de diversion et de brouillage employée il y a quinze jours par Jean-François Copé pour répondre aux accusations de favoritisme dont il est l’objet. Une contre-attaque qui a « fait pschitt », mais qui éclabousse un peu plus l’UMP, objet déjà de plusieurs salissures.
Cet enchevêtrement d’affaires, réelles ou fabriquées, révèle surtout la vraie nature des dirigeants de l’UMPS. Sens de l’Etat à peu près nul, esprit civique inexistant, ignorance crasse de l’histoire comme de toutes notions patriotiques, désormais incompatibles avec l’euro-mondialisme. 
Une génération de dirigeants adeptes du prêt-à-penser, aux indignations préfabriquées, dépourvue de toute vraie dignité.

La ligne rouge


La ligne rouge
On vous l'avait bien dit : difficile de punir Vladimir Poutine sans s'autoflageller, voire se ridiculiser. À cela, une raison très simple : pendant que le maître du Kremlin conjugue son action au présent, les Occidentaux calibrent difficilement leur riposte au conditionnel. À la stratégie du bulldozer du Kremlin, Américains et Européens opposent leurs protestations verbales et décrètent des sanctions minimales dans un laborieux consensus. Pas de quoi faire reculer Poutine qui accueille avec « ironie et sarcasme », selon son entourage, nos mises en garde dont la subtile graduation marque surtout un profond embarras.
On ne peut vraiment pas dire que, dans le genre, la France donne l'exemple d'une diplomatie assurée et cohérente. Hier, Laurent Fabius, notre ministre des Affaires étrangères peut-être jaloux des fanfaronnades de son collègue Arnaud Montebourg, a cru brandir l'arme fatale d'un bras quand même un peu tremblant : la France « pourrait envisager » d'annuler la vente de deux navires Mistral à la Russie « si Poutine continue de faire ce qu'il fait » et… si les autres pays européens prennent aussi des sanctions.
Au total, Laurent Fabius n'a fait peur qu'aux salariés des chantiers navals de Loire-Atlantique qui pourraient perdre cinq millions d'heures de travail et la garantie de 1.000 emplois pendant quatre ans. Sans parler du montant du marché signé en 2011 pour 1,2 milliard de dollars. Terrible ambiguïté de la « realpolitik ».
Au demeurant, la France n'est pas seule en cause. Elle a simplement perdu son leadership au sein d'une Union européenne qui manque cruellement d'unité de vues et s'avère trop dépendante de la diplomatie américaine qui n'a pas les mêmes intérêts qu'elle à défendre dans sa relation avec la Russie. Poutine sait tout cela et en abuse. Hier, dans sa triomphale adresse aux parlementaires et gouverneurs réunis sous les ors du Palais du Kremlin, Poutine s'est autorisé à dire que les Occidentaux avaient franchi la ligne rouge en Ukraine. Pas d'accord avec lui. Sauf s'il s'agit d'une ligne rouge… de honte.

Une scène hideuse

Une scène hideuse


Scène hideuse, mais rigoureusement authentique. Hier, soir, l’une de mes amies en était encore bouleversée. Médecin, elle circulait dans Paris pour aller soigner un patient. Manque de chance, sa plaque d’immatriculation se terminait par un numéro pair et elle se trouvait donc en infraction avec la règle de la "circulation alternée" contre la pollution. Soudain, un petit bonhomme en vélo se lance à sa poursuite, jaillit devant elle et bloque son véhicule. Un autre vélo le rejoint. Tous deux l’empêchent de repartir, l’agonisent d’injure. Apercevant une patrouille de policiers, ils hèlent les fonctionnaires en montrant du doigt la plaque d’immatriculation de ma copine en infraction. Celle-ci portant un caducée sur son pare-brise, elle s’est expliquée et n’a pas été verbalisée. On imagine bien la mentalité de ses délateurs: bobos parisiens, probablement (mais pas sûr) électeurs écologistes du premier tour et socialistes au second, ultra bien-pensants, haïssant de toutes leurs tripes la "droite" et sa politique "fasciste". Et puis, on ne peut pas s’empêcher de se demander face à ce genre de comportement: en d’autres temps et d’autres circonstances (sous une dictature, une révolution), qui auraient-ils dénoncé?… La politique se montre en ce moment sous ses pires aspects, mais la société civile, ou une partie d’entre elle, n’est pas beaucoup moins vicieuse.

Vente/Mistral : La Russie répond à la France


Le vice-Premier ministre russe Dmitri Rogozine a estimé aujourd'hui que la France nuirait à sa réputation de partenaire "fiable" si elle décidait de renoncer à la vente à la Russie de navires militaires français Mistral.
Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a déclaré hier soir que la France "pourrait envisager" d'annuler la vente de deux navires Mistral à la Russie "si Poutine continue ce qu'il fait" en Ukraine. "La France commence à trahir la confiance qu'on place en elle comme fournisseur fiable", a écrit Rogozine sur son compte Twitter, appelant ses "collègues européens à ne pas attiser la situation".

"Notre collègue ne sait-il pas combien de postes de travail ont été créés en France grâce à notre partenariat?", a par ailleurs demandé le haut responsable russe, visé par des sanctions décrétées hier par les Etats-Unis. Aujourd'hui, les syndicats de la société STX à Saint-Nazaire (ouest) qui fabrique le Mistral ont mis en garde l'État français contre les "conséquences" que l'éventuelle annulation du contrat pourrait avoir "sur l'emploi des salariés".

Selon Fabius, l'éventuelle annulation du contrat Mistral "fait partie du troisième niveau des sanctions". "Pour l'instant nous sommes au deuxième niveau", a-t-il précisé, tout en soulignant que l'annulation du contrat Mistral serait aussi "négatif pour les Français".

En 2011, la France a signé avec Moscou la vente de deux navires de projection et de commandement (BPC) de type Mistral, pour plus d'un milliard de dollars. L'Union européenne et les Etats-Unis ont sanctionné lundi 21 hauts responsables ukrainiens et russes, dont Dmitri Rogozine, pour riposter après la décision sans précédent de la Crimée de se jeter dans les bras de la Russie. De telles sanctions sont inédites dans l'histoire des relations UE-Russie depuis l'effondrement de l'Union soviétique en 1991.

Il faut sauver le sarkozysme !

Si Nicolas Sarkozy a enfreint la loi, il devra en répondre. Mais, pour l'heure, il est un homme au casier judiciaire vierge. Et le sarkozysme est une proposition utile pour notre pays.

Si Nicolas Sarkozy a enfreint la loi, il devra en répondre comme tout le monde. Il ne saurait y avoir d'impunité pour lui, car il n'y a pas d'impunité pour les autres. Si l'État libyen a participé au financement de sa campagne de 2007, s'il a joué un rôle dans l'affaire Karachi, s'il a apporté son concours au scandaleux arbitrage dont a bénéficié M. Tapie, s'il a tenté de faire pression sur des magistrats de la Cour de cassation, il devra s'en expliquer. Pour l'instant, M. Sarkozy n'a fait l'objet d'aucune condamnation : il est donc, pour l'heure, un homme au casier judiciaire vierge. Nul ne sait s'il le restera ou non, ni dans quelle mesure.
Il y a Nicolas Sarkozy d'une part, l'homme qui est à la fois un homme politique et un chef de bande, un ancien président et un candidat putatif, un chiraquien et un balladurien, un bourgeois de Neuilly et un aristocrate hongrois, un libéral et un colbertiste, et il y a Nicolas Sarkozy d'autre part, l'incarnation et l'animateur d'un courant de pensée et d'action, d'une façon de voir les choses, d'une perception de la France et du monde. Parce que je pense que le sarkozysme existe, que c'est une proposition utile aujourd'hui pour notre pays, et qu'il est assez isolé sur l'échiquier politique, je pense qu'il ne faut pas le passer par pertes et profits, qu'il faut le sauver.
"La France est un pays sinistre", écrit Michel Houellebecq, qui ajoute : "Administratif et sinistre." La France est aussi un pays merveilleux, notamment parce que la France enfante des écrivains comme Michel Houellebecq, mais il y a une donnée incontestable : c'est un pays qui va mal. Or, qu'il s'agisse de ces derniers mois ou des expériences du passé, tout démontre que ce n'est pas avec le socialisme qu'on s'en sortira. Ledit écrivain a d'ailleurs confié à son retour d'Irlande : "Je suis revenu pour voir sombrer le socialisme."

"Il me donnait de l'énergie"

En dépit de ce qu'affirment de nombreuses belles âmes, le socialisme ne fait pas de nous, Français, un peuple en avance, par rapport aux Anglo-Saxons notamment. Il ne fait pas de nous un peuple plus généreux, même si dans les faits nous sommes un des plus solidaires, sans être pour autant, loin de là, le plus heureux. Le socialisme est une idéologie comme une autre, éprouvée, à laquelle on adhère ou non, qui correspond à un modèle de société, qu'on peut avoir envie d'atteindre ou non. Je pense qu'en son état actuel le socialisme n'est pas compatible avec la mondialisation pour un pays comme la France, qui a besoin du contraire.
J'avais dix-sept ans en 2007 et Nicolas Sarkozy me fascinait. Il me donnait de l'énergie. Littéralement. J'étais un grand dadais un peu gros, un peu excentrique, assez mal dans sa peau, mauvais au lycée que j'ai quitté avant terme et, tandis que je montais ma première petite entreprise juste après le bac, Nicolas Sarkozy me donnait l'envie de me lever tôt, de travailler, de réussir. Ce que pouvaient dire les autres, à droite ou à gauche, ne m'atteignait pas : je n'aimais écouter que ce type au ton de voix tranchant, au pas pressé et aux traits tirés, qui avait des réformes et du changement plein la bouche. Il parlait aux banlieues, aux usines, aux jeunes. Il proposait quelque chose pour la France, lui donnait une réalité, nous faisait ressentir notre appartenance à un ensemble. Nos destins étaient liés. 
Pour atteindre ses objectifs, Nicolas Sarkozy disait qu'il allait falloir se battre. Si chacun se retroussait les manches, la France demeurerait un pays prospère. On avait topé là, à 53 %. Et puis il y a eu la crise et tant d'autres embûches, et rien n'a changé. C'est finalement un représentant de l'exact contraire de la "France d'après" dont parlait le patron de la droite avant son élection qui a été élu. Hollande 2012, c'était l'antithèse de Sarkozy 2007 : on avait rêvé de mouvement, on a eu l'immobilisme. On avait manqué d'énergie, on a eu la mollesse. On avait voulu travailler plus, exporter, inventer, bâtir, on a eu des concepts progressistes, sans matérialité. À l'enthousiasme a succédé le découragement : la France de 2014 a les bras ballants.

"Garder son idéal, perdre ses illusions"

" Le vrai politique, c'est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions", a dit un jour John Fitzgerald Kennedy. L'idéal sarkozyen était simple : un peu plus d'Amérique en France. Un peu moins d'impôts, un peu plus de travail. Un peu moins de jalousie, un peu plus d'ambition. Un peu moins de puissance publique, un peu plus d'initiative privée. Cela voulait dire aussi un peu moins d'égalité contre un peu plus de liberté, ou un peu moins de rééquilibrage contre un peu plus de loi du plus fort, mais c'était ce par quoi il fallait passer pour faire cette espèce de grand territoire dynamique et solide que vantaient les clips de campagne. La France étant un pays dépressif, il faut bien trouver une solution : faire ce que font en ce moment les socialistes, rien, est de ce point de vue irresponsable. Il faut au moins essayer une voie : c'est ce que propose le sarkozysme.
À droite, et ce fut sans doute pour en réunir tous les courants, il est le seul à proposer ce chemin bonaparto-atlantiste. On a beaucoup caricaturé Nicolas Sarkozy en le rattachant à la droite de l'argent, celle de Balladur, qui ferraille depuis plusieurs siècles contre la droite de l'État, celle du général de Gaulle, des grandes entreprises publiques, du sens de l'intérêt général, de l'ENA. Mais Jacques Chirac appartenait à cette frange-là et, comme l'a assez justement pointé ledit Balladur, "Sarkozy, c'est Chirac". Il faut bien voir qu'au-delà des mots Nicolas Sarkozy n'a pas fait de la France le territoire dont rêvent Nicolas Bazire ou Alain Minc. Souvent il disait qu'il voulait bien renverser la table, mais pas qu'elle lui retombe dessus. Finalement, il ne l'a pas renversée, mais elle lui est quand même retombée dessus. Le peuple, qui attendait qu'on remette tout le monde au boulot, qu'on supprime tous les petits privilèges indus, qu'on baisse substantiellement les impôts et qu'on défriche à la tronçonneuse les ronces de règles qui ont poussé depuis cinquante ans en France, ce peuple a été déçu. Dans les faits, Nicolas Sarkozy a été beaucoup plus mesuré que l'on pouvait craindre ou espérer. Il n'a été ni le fasciste que promettait Télérama ni la Thatcher qu'attendaient Les Échos. Il a été un homme politique assez classique, avec un peu plus de gueule que la moyenne. Ça n'a pas suffi en 2012.
L'idéal que porte la droite sarkozyste n'est peut-être pas l'idéal suprême que des patriotes anachroniques de mon espèce pourraient avoir au fond de leur coeur. Mais il a au moins le mérite de se détacher des vieilles lunes d'un service public mythifié, de prendre le contexte mondial avec lucidité, de permettre une forme de justice fondée sur la récompense du travail de chacun, et surtout il contient les vraies clés de la prospérité que sont la sueur et la liberté de suer. La meilleure illustration du sarkozysme, c'est le jogging. Comme le disait Picabia, "la seule façon d'être suivi, c'est de courir plus vite que les autres". Qui l'aime...