TOUT EST DIT

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jeudi 10 octobre 2013

Laurent Lopez : le « coup de tonnerre » de Brignoles

Laurent Lopez : le « coup de tonnerre » de Brignoles

On ne parle que de lui. Brignoles pour une semaine est devenue le centre de la France. Ce score de 40 % (50 % en réalité, si l’on ajoute les voix du Parti de la France) dépasse la sphère locale et tous les ténors politiques s’en emparent. Nous sommes arrivés à joindre Laurent Lopez dans le tourbillon médiatique subit qu’est devenue sa vie. 48 ans, marié, deux enfants, résident de Brignoles, militant du Front national depuis l’âge de 18 ans, ce très sympathique candidat a tenu à donner la priorité à notre quotidien alors qu’il refuse de prendre beaucoup de monde. Et il le dit. Les Grandes Gueules sur RMC par exemple et d’autres se sont vus opposer une fin de non-recevoir. Mais Présent, « c’est la famille ».
— Tout d’abord merci de nous consacrer un peu de temps alors que vous êtes très sollicité.
— C’est normal, c’est Présent non ? Nous sommes de la même famille. Vos confrères ne me lâchent pas. Ils découvrent Brignoles, c’est drôle, certains vont faire des progrès en géographie.
— En quoi, si vous êtes élu, pourrez-vous peser sur les décisions du Conseil général ?
— Je vous réponds très honnêtement : en rien. Je serai le seul conseiller général d’opposition d’une assemblée qui est totalement aux mains de l’UMP avec le soutien total et la complicité du PS et du Parti communiste. Mais je serai la caisse de résonance des habitants du canton de Brignoles. Je compte bien mettre en lumière les arrangements des élus de l’UMPS qui votent systématiquement les uns pour les autres. Et puis dans quelques mois je me présente aux municipales. Ce résultat est évidemment de bon augure pour moi et c’est révélateur de l’ancrage du Front national dans le paysage politique français.
— Que vous disent les gens lorsque vous les rencontrez, qu’attendent-ils de vous ?
— Ils sont contents de constater notre présence de plus en plus importante et nombreuse sur le terrain. J’ai commencé à militer à Brignoles avec 3 personnes. Aujourd’hui nous avons multiplié nos militants. Je veux saluer tout particulièrement ces militants car ce très beau score c’est aussi à eux que je le dois. Ils sont infatigables et courageux. Sur les marchés, dans les rues, ils collent des affiches la nuit, ils distribuent des tracts le jour. Je suis en campagne depuis le mois de janvier 2013, une élection c’est une course de fond, je travaille sans relâche, je suis sur le terrain le plus possible. Les gens ont besoin de se sentir écoutés, soutenus et que leurs idées soient enfin représentées réellement.
— Quels sont les principaux problèmes d’une ville comme Brignoles ?
— La montée de l’insécurité, la pauvreté, le ras-le-bol fiscal. Notre taux de chômage est au-dessus de la moyenne nationale. Les maux du pays en fait. La gestion communiste évidemment, qui est une plaie en soi. Pendant que Gilardo prétend que tout va pour le mieux, le préfet est en train d’étudier le classement de Brignoles en zone de sécurité prioritaire.
— La dissidence de Jean-Paul Dispard peut-elle vous porter tort ?
— Je serais étonné que ses électeurs votent pour l’UMP comme il le leur demande. Il manque pour le moins de discernement. Carl Lang a eu une attitude responsable et digne. Nos valeurs sont les mêmes. Je suis déçu, je suis peiné par le comportement navrant de Jean-Paul Dispard.
— Les abstentionnistes peuvent-ils vous faire perdre dimanche ?
— L’attitude des Parti socialiste, du Parti communiste et des écologistes est cruciale entre les deux tours. Je garde la tête froide. Je suis un ancien boxeur, je boxe encore d’ailleurs, c’est une passion, je sais donc que, tant que le dernier gong n’a pas résonné, le combat peut être perdu. Même si c’était un très beau KO, il faut rester humble. Alors je travaille. Nuit et jour en ce moment. Je ne lâcherai rien.

mercredi 9 octobre 2013

Épris de justice

Épris de justice

Ainsi la justice serait-elle bonne ou mauvaise, selon qu'elle vous déclare innocent ou coupable. Il n'est que de voir les réactions des amis de Nicolas Sarkozy, après le prononcé de son non-lieu dans l'affaire Bettencourt, pour s'en convaincre. Ainsi, tous ces « épris de justice » proclament-ils aujourd'hui leur confiance retrouvée en l'appareil judiciaire. Pour eux, qui ne doutaient pas de l'innocence de l'ancien Président, « justice a été rendue ». Pourtant, ce sont les mêmes qui, après la mise en examen de leur mentor, quelques mois auparavant, avaient dénoncé une mise en cause injuste et infondée. Henri Guaino avait même cloué au pilori le juge Gentil qui « déshonorait » l'institution.
Ils auraient pu, nos « épris de justice » rendre plutôt hommage à un magistrat qui a refusé, en consience, de « charger » Nicolas Sarkozy en faisant preuve, finalement, d'indépendance. Mais au lieu de cela, les amis de Nicolas Sarkozy ont préféré souligner que le juge Gentil avait dû, contraint et forcé, se rendre à la raison malgré ses multiples investigations.
On peut effectivement penser qu'il y a eu une forme d'acharnement judiciaire, liée à la personnalité de l'ex-président. L'hypothèse de l'abus de faiblesse, retenue contre lui, semblait hautement fragile. Il ne faudrait pas pour autant en faire de trop dans la célébration de son impunité. Parce que nos « épris de justice », tout à leur joie, oublient un peu vite qu'Éric Woerth, trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy, est renvoyé devant le tribunal correctionnel avec neuf autres personnes.
Tout laisse penser qu'Éric Woerth pourrait être à Nicolas Sarkozy ce que fut Juppé à Jacques Chirac. Le même sort de dindon de la farce guette également Claude Guéant dans l'affaire Tapie. Il en faudrait évidemment plus pour chagriner nos « épris de justice » qui voient le calendrier politique de Sarkozy se dégager. Il est vrai qu'au lendemain du désastre électoral de Brignoles, pour les partis de gouvernement, Nicolas Sarkozy va un peu plus songer à se poser en recours devant le jury populaire.

Sarkozy: mais laissez-le décider!

Sarkozy: mais laissez-le décider!

Tous les 15 jours, le monde médiatique - l'Internet et les télés en continu surtout - s'emballe sur le thème du retour de Sarkozy. Un peu de calme!

Nicolas Sarkozy est donc innocenté dans l'affaire Bettencourt. Il y avait des indices douteux, mais pas de charges. On peut déplorer la lenteur, parler d'acharnement: la justice a fait son travail. Et conclu comme il se devait. Tant mieux pour lui, tant mieux pour la démocratie.
Nicolas Sarkozy va-t-il revenir en politique? Question prématurée. Bien sûr, cette décision des juges de Bordeaux le soulage et l'arrange. Mais elle ne règle pas tout.
D'abord, parce que l'ex-Président n'en a pas fini avec la justice. Il est concerné, directement ou indirectement, par les enquêtes visant Bernard Tapie (les 403 millions octroyés comme solde de l'affaire CDR-Adidas), Karachi (le financement de la campagne d'Edouard Balladur dont il était le porte-parole), la Libye (financement de sa propre campagne), les sondages de l'Elysée (confiés à la société de son conseiller Patrick Buisson).
Ces enquêtes ne donneront peut-être rien. Mais tant qu'elles ne sont pas conclues, elles pèseront sur le calendrier politique de Nicolas Sarkozy.
Ensuite, parce que autant Nicolas Sarkozy est réclamé par les militants de l'UMP, autant il n'est pas plébiscité par l'ensemble de l'opinion. Il ne va certainement pas se lancer trois ans et demi avant. Tant que les sondages son encourageants, attiser le feu du désir par des apparitions furtives est préférable pour lui à une entrée prématurée en campagne.
Enfin, parce qu'il faudra voir quel sera, en 2014 ou 2015, l'état du pays et du paysage politique. Voir aussi si l'UMP confirme - ce que François Fillon s'emploie à faire - qu'il y aura une primaire de l'UMP ou de la droite. Et se souvenir que jamais un président battu n'est revenu dans la compétition.

Deux journalistes du Monde soupçonnent Sarkozy d'avoir eu un compte en Suisse

Dans le livre French Corruption (Stock), à paraître mercredi, Gérard Davet et Fabrice Lhomme mettent en cause plusieurs personnalités de droite (Patrick Balkany, Jacques Chirac...), et laissent entendre que Nicolas Sarkozy aurait pu bénéficier d'un compte en Suisse. Une thèse fermement contestée par l'avocat de l'ex-président. 

[EXCLUSIF] Voici un livre qui devrait faire du bruit. La plume des deux auteurs de French Corruption (Stock), Fabrice Lhomme et Gérard Davet, journalistes au Monde, risque de gratter plusieurs figures de la droite, dont deux ex-présidents, Jacques Chirac(1995-2007) et Nicolas Sarkozy(2007-2012). L'un et l'autre ne sont pas épargnés dans cette enquête que L'Express s'est procuré en avant-première. Les auteurs, connus pour avoir publié Sarko m'a tuer en 2011, décortiquent cette fois les relations adultères entre la politique et l'argent. Au coeur de leur récit, le (riche) département des Hauts-de-Seine et le destin d'un homme au parcours trouble, Didier Schuller, conseiller ­général en 1994, mêlé à un scandale lors de la campagne présidentielle de 1995. 
Mais le moment fort de l'ouvrage est la mise en cause de Nicolas Sarkozy. Lhomme et Davet évoquent en effet l'existence d'un compte suisse, dont aurait bénéficié l'ex-chef de l'Etat, en liaison avec un gestionnaire de fortune helvétique à la réputation sulfureuse, Jacques Heyer. 

Absence de preuves incontestables






Pour l'ancien locataire de l'Elysée, ce livre marque l'ouverture d'un nouveau front, alors qu'il vient d'obtenir un non-lieu dans l'affaire Bettencourt. Plusieurs témoins cités dansFrench Corruption, dont un magistrat suisse et un policier français, rapportent - sans élément ­décisif - ce soupçon d'argent non déclaré. Marc Francelet, un ancien journaliste réputé pour quelques coups tordus, narre quant à lui une remise de grosses coupures de Nicolas Sarkozy, à l'époque où il était maire de Neuilly, à Jacques Heyer. Francelet affirme avoir été le témoin indirect de cette scène, et avoir vu l'enveloppe contenant l'argent. 
L'absence de preuves incontestables et le silence d'Heyer empêchent toutefois la démonstration d'être convaincante. Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, puisque, après avoir recueilli les fermes dénégations de l'avocat de ­Sarkozy, Me Thierry Herzog, ils se refusent à affirmer l'existence de ce présumé compte Sarko, tout en lui consacrant plusieurs pages. 
Pour justifier ce paradoxe, ils invoquent la "prise de risque" propre au journalisme d'investigation et s'expliquent dans un entretien accordé à L'Express (à paraître sur le site ce mardi). Une position qui fera sans doute question. Car les "risques" encourus par les personnes mises en cause demeurent, toujours plus grands, tant pour leur ­réputation qu'à l'égard de la justice.  
Le débat est ouvert.  

DES JOURNALISTES DE QUEL JOURNAL, DÉJÀ ?

Hollande, l'art de l'esquive !

La méthode de François Hollande est bien particulière...
Charlotte Chaffanjon : C'est une méthode de l'esquive. De l'embrouille, même. Prenons d'abord l'exemple de sa politique fiscale. François Hollande a augmenté les impôts. Mais, pour rassurer les Français, il s'invite mi-septembre sur TF1. Lors d'un tunnel long de cinq minutes, il tente de démontrer qu'il n'y a pas de matraquage fiscal et il annonce deux décisions. Je vous épargne le son, parce que ses explications sont laborieuses, je vais vous simplifier au maximum : la réindexation du barème de l'impôt sur le revenu par rapport au coût de la vie et puis l'allègement des premières tranches du barème, grâce à un mécanisme de décote, pour que certains contribuables soient épargnés par l'impôt.
Ce n'était pas très clair...
Mais c'était le but ! Perdre son auditeur pour le décourager de chercher à comprendre, c'est s'offrir la possibilité d'agir en toute tranquillité. Tout le reste est à l'avenant. Hollande ne dit pas les choses, ou les dit de façon alambiquée. Pour préserver tout le monde. Je vous cite un député socialiste : "François Hollande pratique une politique de l'offre, il veut doper la compétitivité, il est pro-business. Mais il n'assume pas sa politique réelle pour garder avec lui l'ensemble de sa majorité."
La méthode Hollande s'applique aussi à d'autres thèmes que l'économie.
La polémique autour des Roms est un cas d'école. Manuel Valls doute de la faculté des Roms à s'insérer, Cécile Duflot juge que son collègue rompt avec le pacte républicain... Ils s'affrontent, c'est un couac. Ok. Mais, dans le fond, chacun est dans son rôle. Ce ne sont pas eux, le vrai problème. Car quid de François Hollande ? Bien malin, après des semaines de débat, celui qui peut dire ce que pense le président...
Est-il pour une politique d'intégration des Roms ? Ou veut-il les renvoyer dans leurs pays ?
François Hollande a d'abord laissé filtrer qu'il défendait Manuel Valls avant, en tout petit comité, de prendre des distances avec le ministre de l'Intérieur. L'affaire s'est terminée par un recadrage en conseil des ministres qui n'impressionne personne. Du pur affichage. Et par une note de Matignon pour demander aux ministres de prévenir avant de répondre à une interview. De la forme pour masquer le fond. Une esquive en forme de travail d'artiste.
Dans un livre qui vient de paraître, L'homme sans com' de Denis Pingaud, le président se livre à un exercice tout à fait atypique : il décrypte sa propre communication.
De toute façon, Hollande pense qu'il n'est jamais mieux servi que par lui-même... Il raconte qu'il cherche à "produire un récit compréhensible". Mais ce n'est pas vrai ! Avec une majorité qui va de Valls à Duflot justement, qui marche en équilibre précaire sur ces deux piliers, Hollande va de l'un à l'autre, donne à l'un et à l'autre, sans jamais vraiment trancher, on l'a vu. Il cherche tout simplement à produire un récit qui aille à tout le monde. François Hollande n'écoute que lui, son instinct est sa meilleure feuille de route. Avec cette stratégie, il a remporté une présidentielle. Rien ne dit que cela marchera deux fois.

LE SOCIALISME DE L'INDECENCE



LA VÉRITÉ DES CHIFFRES


L’odieuse contradiction des Gay Games

L’odieuse contradiction des Gay Games
Paris a été élue ville hôte de la dixième édition des Gay Games (en 2018) par la Fédération internationale des jeux internationaux homosexuels qui a privilégié le dossier français par rapport à celui de Londres, lundi à Cleveland aux Etats-Unis…
Malgré l’énormité et l’absurdité de la chose, la complaisance des gros médias annonçant cet événement odieusement discriminatoire et communautariste en dit long sur la société orwellienne dans laquelle nous vivons (voir l’article de Marie Piloquet dans Présent d’hier). Où la pensée unique impose que deux et deux font cinq contre le bon sens le plus élémentaire.
Car enfin, si l’on comprend aisément la raison de jeux paralympiques s’adressant à des handicapés, pourquoi ces Gay Games sinon à considérer l’homosexualité précisément comme un handicap, une différence dirimante ? Ce à quoi s’oppose habituellement le lobby gay. Les vrais jeux olympiques ne sont-ils pas déjà une manifestation sportive et culturelle« inclusive », comme ils disent, ouverte à tous les hommes et les femmes quelle que soit leur inclination sexuelle ou autre d’ordre privé. Ils s’adressent à tous, aux noirs et aux blancs, aux doux et aux colériques de la même manière et ne sont pas plus interdits aux gays. Pourquoi donc cette hiérarchie ou cette institution parallèle qui, par son nom même, offense le droit à l’indifférence des homosexuels par une discrimination contraire à l’esprit des lois et qui devrait leur être insupportable ? On ne peut pas vouloir une chose et son contraire.
Si on ne s’étonne guère de la réaction attendue de Anne Hidalgo, la première adjointe de Bertrand Delanöe, candidate à sa succession, qui a fait part de « son immense fierté », on notera une nouvelle fois celle de Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP pour les municipales de mars 2014, sur Twitter : « Les #GayGames à Paris ! Félicitations à toute l’équipe de @ParisGames2018 et rendez-vous en 2018 pour une grande fête du sport ! » Vous avez dit « pensée unique » ?

Le « Fregoli de Beauvau »

Le « Fregoli de Beauvau »
Manuel Valls, c'est le « Fregoli de la place Beauvau » tant son aptitude à changer de costume est grande. Sans doute se sent-il un peu à l'étroit dans son uniforme de « premier flic de France » alors que sa carrure (et ses ambitions) le prédisposent naturellement à s'habiller plus grand. Plus que jamais, on a pu s'en rendre compte hier à l'occasion de son déplacement à Forbach. Certes, le ministre de l'Intérieur avait, pour la circonstance, revêtu la tenue de rigueur, mais il n'a pas été loin d'endosser des habits de Premier ministre (sinon plus) quand il a défini sa doctrine sécuritaire pour la France. « Combattre l'insécurité et la délinquance n'est pas se droitiser » a-t-il plaidé, ajoutant que, pour rétablir la confiance, s'imposait un « projet national ».
À l'évidence, Manuel Valls profite des circonstances et du traumatisme engendré au PS par la cantonale de dimanche dernier à Brignoles. Ce séisme électoral a créé un choc psychologique chez les socialistes. Le temps n'est plus aux incantations et aux admonestations morales contre le FN, mais à la prise en compte de la frustration et de la colère des Français. C'est le chef de l'État, lui-même, qui l'a déclaré en marge de sa visite dans la Loire. Du coup, voici la parole décomplexée de Manuel Valls renforcée. C'est au point qu'il est devenu l'arme anti-FN désormais mise en avant par l'Élysée.
Le Catalan, plébiscité par les sondages, a su se rendre à la fois insupportable et indispensable au gouvernement. On imagine qu'il n'a pas entrepris sa « tournée anti-FN » sans l'aval de François Hollande. Ce qui constitue une consécration de la « ligne Valls » au sortir des récentes polémiques gouvernementales.
On savait François Hollande décidé à ne pas reproduire la même erreur que Lionel Jospin qui, en 2002, avait reconnu la « naïveté » de la gauche en matière de sécurité. Le laborieux aggiornamento socialiste est en marche. Encore convient-il d'éviter les signaux contradictoires envoyés par l'Intérieur et la Justice. À François Hollande de définir ce « projet national » que lui disputerait bien le « Fregoli de Beauvau ».

Pourquoi les libraires allemands peuvent concurrencer Amazon et les libraires français pas

La foire du Livre de Francfort commence demain. Bénéficiant des bouleversements de l’entreprise de commerce électronique Amazon après que les pratiques de vente douteuses de celle-ci aient été pointées par un documentaire mais également de la surveillance numérique réalisée par les services secrets, le secteur allemand du livre a de nouveau le vent en poupe, rapporte le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Les libraires traditionnels doivent maintenant exploiter cette publicité inattendue, en copiant notamment la stratégie de la boutique en ligne américaine : la livraison gratuite et rapide aux clients des livres commandés, écrit le quotidien.
Certains libraires, dans les grandes villes allemandes, emploient des messagers à vélo. L’organisation optimale de ce système, basée sur la coopération entre éditeurs, grossistes et magasins, s’occupe du reste, à savoir que chaque libraire peut maintenant recevoir un stock de livres le lendemain de la commande. De cette manière, les libraires sont en mesure de rivaliser avec Amazon. Toutefois, le meilleur argument de vente pour ces derniers reste l’expertise et la connaissance littéraire du personnel.
Voilà toute la différence avec la décision française d’interdire la livraison gratuite de livres, principalement après neuf heures du soir.
Nos voisins du sud n'ont pas l'air de comprendre que chaque amélioration de service provient de l'ingéniosité plutôt que d'une intervention de l'Etat avec pour seul but de prolonger la vie d'un nombre de fournisseurs moribonds.

    Fillon : "Je suis mieux placé que Sarkozy pour 2017"


    La hache de guerre est déterrée entre François Fillon et Nicolas Sarkozy. C'est l'hebdomadaire de droite Valeurs actuelles qui le dit, mardi 8 octobre. Le journal a rencontré l'ancien Premier ministre UMP (à sa demande). Et il défend son image de présidentiable.
    "Aujourd'hui, je crois que je suis mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l'emporter en 2017. Si je ne le pensais pas, je ne serais pas candidat", dit-il à l'hebdomadaire, qui publie quelques extraits sur son site. "Beaucoup m'ont poussé à me présenter en 2012 quand Sarkozy était au plus bas dans les sondages", affirme-t-il encore. Il se serait refusé à y songer jusqu'au "soir de la défaite de Sarkozy".

    "J'ai totalement soutenu Sarkozy"

    Et de le tacler : "Quand on perd une élection, il est impossible de dire qu'on a fait une bonne campagne." Il s'explique encore : "Il faut rembobiner le film à l'envers pour comprendre. Moi, en 2007, j'ai totalement soutenu Sarkozy, mais cela ne veut pas dire que son projet était totalement le mien. Il était le leader, mais sur beaucoup de sujets, j'aurais aimé faire les choses différemment, notamment sur la dette, les déficits, les finances publiques."
    Dimanche déjà, dans le JDD, François Fillon cassait "un peu de vaisselle". "J'ai été loyal. J'ai retenu mes critiques et mes remarques. Peut-être trop", a raconté l'ex-Premier ministre. "Pendant un an à chacune de nos rencontres, Nicolas me disait : 't'es le meilleur'. Et puis, à peine sorti, il recevait mes amis pour me critiquer. A un moment, on en a marre." A-t-il voulu en remettre une couche après l'annonce d'un non-lieu en faveur de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt ?
    Sur i-Télé, le maire de Nice et soutien de François Fillon, Christian Estrosi, s'est désolidarisé de l'ancien Premier ministre : "Je désapprouve les propos de François Fillon, si ce sont réellement les siens." Pour lui, les deux hommes étaient "en phase", quand l'UMP était au pouvoir.
    CET HOMME N'EST PAS CRÉDIBLE.


    mardi 8 octobre 2013

    L'avertissement de Brignoles

    L'avertissement de Brignoles

    Depuis que François Hollande est président, la droite remporte toutes les élections partielles. Plus exactement, la gauche les perd toutes. La cantonale de Brignoles (Var), avec un FN en tête et une majorité éliminée au premier tour, sonne comme un cinglant avertissement, à six mois des municipales. Mais pas seulement pour les socialistes.
    Ceux qui jouent les experts effarouchés auraient pu l'anticiper : toutes les partielles, surtout les cantonales, sont marquées par une forte abstention. Toutes sanctionnent la majorité en place, à plus forte raison lorsqu'elle domine le paysage et mène une politique désavouée dans les sondages.
    Première nouveauté : l'effondrement de la majorité ne profite pas à la droite classique, en particulier à l'UMP, qui perd des voix. Le rejet d'une politique ne provoque pas de désir automatique d'alternance. Les électeurs ne feraient plus confiance aux partis traditionnels.
    Pour cela, la droite a besoin d'apaisement - ce n'est pas gagné avec l'offensive Fillon et le suspense Sarkozy - et d'un projet crédible. Il ne suffira plus de dénoncer l'instrumentalisation du FN pour diviser la droite, argument dépassé : on sait que le discours social de Marine Le Pen séduit une partie de l'électorat populaire jadis acquis à la gauche.
    Seconde particularité : le scrutin de Brignoles illustre autant une démobilisation générale qu'une mobilisation des extrêmes. Ainsi, le Front national, même porté par l'actualité et une image plus moderne, ne totalise « que » 13 % du corps électoral. Il progresse en pourcentage - au point de pouvoir gagner, dimanche - du seul fait que son électorat est le seul mobilisé. Avis aux abstentionnistes : à 20 ou 25 %, il ferait évidemment un malheur.
    Bonnes et mauvaises réponses
    Les réponses des perdants à cette défiance inédite ont quelque chose de pathétique.
    Faire l'alliance des gauches dès le premier tour, réclame le PS ? Unie ou désunie, la majorité, à cet instant du quinquennat, a perdu la moitié de son électorat. Pour cause de chômage et de fiscalité.
    Construire une digue anti-FN au second tour ? Entendre un candidat communiste appeler à voter UMP risque surtout de valider la thèse selon laquelle gauche et droite, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Le front républicain peut être une réponse exceptionnelle - Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen, en 2002 - mais pas une règle générale, si l'on veut éviter la confusion.
    Une politique plus à gauche, mais avec quels moyens ? Ce scrutin va raviver les tensions, dans la majorité, entre défenseurs et pourfendeurs de la rigueur. Le débat budgétaire, la semaine prochaine, risque d'être tendu.
    Multiplier les sorties, dans les deux sens du terme, de Manuel Valls ? C'est encore mettre le FN au centre du débat et admettre en creux que le ministre, pourtant le plus populaire, n'a pas éradiqué les raisons de la colère.
    Face à ce piège, trois réponses. La première : donner de la cohérence à une politique d'autant plus difficile à défendre sur le terrain qu'elle semble improvisée. La seconde : expliquer les effets désastreux, sur le pouvoir d'achat, le niveau de vie et l'emploi, d'une sortie de l'euro et de l'Europe, telle que la prône le FN. La troisième : évidemment, réussir le redressement. Mais ça, c'est une autre histoire qui a peu de chances de s'écrire avant les municipales.

    Les oubliés du système français sont-ils seulement ceux que ciblent le FN ?

    Depuis le début de l'année 2013, Marine Le Pen multiplie les déplacements en province et se concentre sur une campagne de "proximité". Objectif : préparer au mieux les échéances de 2014, notamment les élections municipales. La présidente du Front national parle ainsi d'un "tour de France des oubliés ".


    Marine Le Pen, qui réalise actuellement une percée dans les  sondages, multiplie les visites en province et a débuté un tour de France des "oubliés". Au-delà des slogans du FN, existe-t-il réellement une France des laissés-pour-compte ? Qui sont les "oubliés" de la France contemporaine ?

    Yves-Marie Cann : Ce ressenti se retrouve en effet, avec des intensités très variables, en plusieurs points du territoire. Celui-ci peut résulter de différents facteurs : la fermeture d’une usine mettant à mal le tissu économique local, la suppression de services publics de proximité sous l’effet de la rationalisation des dépenses publiques, un environnement dégradé et dont la restauration tarde à se concrétiser, etc. Dans ce contexte, les populations directement concernées s’estiment souvent abandonnées par la puissance publique, à tort ou à raison. Le sentiment d’être oublié peut aussi receler une dimension plus identitaire ou culturelle, nous sommes alors souvent dans le registre « ils ne s’occupent pas de nous, ils s’occupent des immigrés » mais pas seulement : l’opposition entre zones urbaines dynamiques et zones périphériques ou rurales sinistrées peut aussi prendre corps.
    Marc Crapez : Oui, il existe des laissés-pour-compte. Marine Le Pen les désigne comme des "oubliés", ce qui est assez habile. Cela évite les appellations passées de mode (petites gens, prolétaires, opprimés) et celles qui seraient contre-productives en tombant dans un registre un peu méprisant : "France d’en bas" (Raffarin et Laguiller), "sans-grade" (Jean-Marie Le Pen et Sarkozy), "invisibles" (Marine Le Pen et Mélenchon).

    Nicolas Sarkozy avait su leur parler pendant la campagne de 2007, en évoquant la « France qui se lève tôt… qui ne manifeste pas… tous ces anonymes, tous ces gens ordinaires auxquels on ne fait pas attention, que l’on ne veut pas écouter, que l’on ne veut pas entendre ». Ça a moins bien fonctionné en 2012, avec la « France silencieuse qu’on n’entend jamais parce qu’on ne lui donne jamais la parole… qui ne proteste pas, ne casse pas ». France silencieuse est un dérivé de « majorité silencieuse », formule gaulliste reprise par Sarkozy en 2009 et qui fait écho à un vieux fantasme de droite : la certitude de se croire implicitement majoritaire dans le pays. Marine Le Pen a choisi un mot plus innovant, plus compassionnel et moins connoté à droite : « les oubliés ».
    Philippe Simonnot : Dans un Etat-Providence comme celui de la France, la plupart des gens, même dans le secteur privé,  ont une situation qui dépend  non d’eux-mêmes et de la validation de leur activité par une demande solvable, mais des subsides de l'Etat. Evidemment, aucun bénéficiaire de cette manne ne viendra dire qu’il en est satisfait. Tous au contraire en demanderont toujours  davantage sous quelque prétexte que ce soit.Donc très nombreuses sont les personnes candidates au statut de « laissé-pour-compte ». A mon avis, les vrais « laissé-pour-compte » sont ceux qui n’ont aucune visibilité médiatique et qui pour cette raison sont négligés par les politiques.

    Quel est leur profil socio-professionnel ?

    Marc Crapez : Ce sont des classes moyennes, ouvriers, artisans, employés, cadres moyens. L’exemple type est le Français moyen, qui s’est fait construire un pavillon pour vivre en famille, qui roule au diesel (ou l’a envisagé), qui est exposé aux contredanses et qui n’est pas éligible aux aides sociales sans parvenir au seuil de l’aisance.

    Ces catégories se distinguent par leur rapport à la mobilité. Les habitants des centres-villes, lorsqu’ils ne voyagent pas ou ne déménagent pas, restent dans leurs quartiers où ils trouvent tout a portée de main. Au contraire, le Français moyen éloigné des centres-villes n’a guère les moyens de voyager, ni de déménager par mobilité professionnelle, car le petit pavillon qu’il a fait construire, et qu’il termine de bricoler le dimanche, lui tient lieu de fil à la patte. Mais il est contraint à des déplacements continuels, dans un périmètre départemental, pour son travail et ses loisirs. 

    Lors d’une émission télévisée de la campagne présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy est passé complètement à côté de la question d’une électrice de droite qui attirait son attention sur la hausse du prix de l’essence et celle des aliments. A l’inverse, mieux conseillé, François Hollande a évoqué un problème de type « essence et denrées alimentaires ». Comme il n’a pas apporté de réponse depuis, il pâtit d’une impopularité record auprès des ouvriers et employés, dont Marine Le Pen fait son cœur de cible.
    Yves-Marie Cann :  Il est difficile d’établir avec précision le profil de ceux qui se s’estiment, à tort ou à raison, oubliés ou laissés pour compte par les publics. Nous pouvons toutefois tenter de l’approcher dans certains domaines. D’un point de vue économique par exemple, ce sont fréquemment des personnes pénalisées par le peu d’atouts dont elles disposent pour faire face à la situation à laquelle elles sont confrontées. Dans cette hypothèse et en grossissant quelque peu le trait, il s’agit d’individus issus des couches populaires, fragilisés à la fois par leur niveau de diplôme pour mener à bien une reconversion professionnelle et par leur faible capital économique pour  envisager une mobilité géographique vers des territoires plus dynamiques.

    Plus globalement et pour élargir mon propos, aujourd’hui tout se passe comme si nous avions d’un côté une partie de la population intégrée et relativement protégée, dotée d’un capital économique et/ou culturel élevé lui permettant de bénéficier de la mondialisation des échanges commerciaux et culturels, et d’autre part des catégories de population insuffisamment dotées d’atouts, de par leur formation initiale, de par leur fragilité économique. Pour s’en sortir, pour faire face, ces dernières sont naturellement en attente de protections et d’aides de la part des pouvoirs publics.

    Lors de l'élection présidentielle, on a constaté une opposition marquée entre la France des centres-villes et la France des campagnes. Le vote Le Pen progresse dans les franges périurbaines tandis qu'il reste limité dans les cœurs des grandes villes, au centre des Communautés urbaines, et même en proche banlieue. Peut-on parler clivage géographique ?

    Marc Crapez : Le périurbain désigne ce qui est hors des écrans radar du ministère délégué à la Ville, qui s’occupe essentiellement des banlieues. Des Français moyens se retrouvent chassés des centres-villes dont l’immobilier est préempté par les bobos. A cet exil physique, s’ajoute un exil mental. Ils ont le sentiment de ne pas être entendus et voudraient que leurs demandes soient prises en compte sans qu’il n’y ait deux poids et deux mesures.

    Ces citoyens surexposés aux difficultés ont toutefois des profils qui divergent : le chômeur d’une région désindustrialisée, délaissé par le clientélisme du parti socialiste local, n’est ni l’ancien électeur CPNT, qui déplore la perte des services publics en milieu rural, ni l’artisan détroussé par l’Urssaf. L’UMP met l’accent sur la défense du secteur exposé face aux professions à statut, sur le plafonnement du cumul des revenus sociaux et la modernisation des prestations de la machine administrative.
    Yves-Marie Cann : Ce clivage géographique existe, mais il n’est pas nouveau. Il existait avant l’élection présidentielle de 2012, et de nombreux spécialistes de la géographique électorale l’ont déjà souligné par le passé. De plus, il convient de garder à l’esprit que si le vote Le Pen progresse dans les zones périurbaines ou périphériques, c’est aussi le cas au cœur des grandes villes et en zones rurales.

    Ce clivage géographique recouvre avant tout un clivage sociologique. Les populations occupant aujourd’hui les centres urbains, le cœur des grandes villes, se différencient nettement des zones périphériques ou rurales. Ce clivage recouvre souvent, mais pas toujours, celui que l’on observe quant à la capacité à tirer avantage de la mondialisation.
    Philippe Simonnot :  Non. Si clivage il y a, il  s’estompera. Le vote Le Pen va progresser partout, parce que la droite est en lambeaux et que la présidence Hollande atteint les limites du supportable par sa médiocrité

    Marine Le Pen va ce dimanche à la rencontre des seniors. Existe-t-il également un clivage générationnel ?

    Yves-Marie Cann : Dans la dernière livraison de notre Observatoire politique avec Les Echos, Marine Le Pen est créditée de 33% de bonnes opinions. Davantage qu’en fonction de la classe d’âge, ce score varie surtout en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des individus et/ou de leur niveau de diplômes. Alors que 22% des cadres et des professions libérales déclarent avoir une bonne image de la présidente du Front national, son score s’élève à 50% chez les ouvriers. Dans le même temps, 40% des personnes peu ou pas diplômées ont une image positive de Marine Le Pen, contre seulement 14% de celles titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

    En fait, Marine Le Pen enregistre plutôt un retard chez les seniors : avec 26% de bonnes opinions auprès des plus de 65 ans, elle est 7 points en dessous de sa moyenne nationale. Pour les élections municipales, il s’agit d’une classe d’âge stratégique car votant davantage que les plus jeunes. Ce sont d’ailleurs les plus mobilisés à 6 mois des élections : dans notre dernière enquête pour BFMTV, Le Figaro et Orange réalisée début septembre 70% des seniors interrogés se disaient déjà certains d’allers voter… contre seulement 33% des 18-24 ans. Pour le Front national, un bon score aux élections municipales, dans les villes où il sera présent, dépendra aussi de sa capacité à attirer sur ses candidats le vote des seniors. Selon nos données chez CSA, seuls 9% des plus de 65 ans avaient voté pour Marine Le Pen en 2012, nettement distancée par Nicolas Sarkozy (41%) et François Hollande (30%).
    Marc Crapez : Au-delà de l’éternel conflit des générations, les tensions reflètent la fragmentation de nos sociétés et l’atomisation des citoyens. Ce n’est pas forcément un clivage générationnel. Marine Le Pen va à la rencontre des séniors pour combler un déficit, puisqu’elle est plus populaire auprès des jeunes et qu’elle a accentué la vocation attrape-tout de son parti. Son discours antilibéral fait recette auprès des fonctionnaires, contrairement au créneau plus poujadiste qu’occupait son père.
    Philippe Simonnot : Oui. Parce que le marché du travail ne fonctionne tout simplement pas, ce qui nuit à ceux qui veulent y entrer, c'est-à-dire aux  jeunes. Mais aucun leader politique en France ne veut réformer ce marché. Par exemple la question du SMIC, particulièrement néfaste pour l’emploi des jeunes, reste tabou sur tout l’échiquier politique. Les seniors qui, à juste titre,  ont peur de perdre du pouvoir d’achat à cause de la hausse des prix et de la fiscalité, cherchent des protections politiques. Ils ne supporteraient pas un discours dénonçant leurs privilèges. Et encore moins qu’on leur dise que le calamiteux  système de retraite par répartition, qui nous explose à la figure maintenant, a été intronisée en France par Pétain en 1941, ce que ni la droite, ni la gauche, ni les syndicats n’osent rappeler.

    Le succès de la "Manif pour tous" a révélé l'existence d'une France attachée à certaines valeurs parfois ringardisées notamment par les élites médiatiques. Le choc n'est-il pas tout simplement culturel ?

    Marc Crapez : Les manifs pour tous ont obligé les élites médiatiques à accorder une certaine considération aux catholiques. Du côté des élites politiques, dans une interview récente, Rachida Dati donne l’exemple en déplorant l’accusation de populisme à tort et à travers, alors que ceux qui l’encourent ont une « réaction normale de gens méprisés ». Mais les notables de droite campent sur leurs positions : Raffarin juge « populiste » la remise en cause du cumul des mandats, tandis que Guaino trouve les députés « très mal payés » !.
    Yves-Marie Cann : Il peut en effet exister une dimension culturelle. Je relativiserai toutefois votre propos par le fait que la manif pour tous n’était pas l’émanation d’un mouvement politique et doit beaucoup à la capacité des réseaux confessionnels, notamment catholiques, à mobiliser en masse. Nous voyons aujourd’hui que les dirigeants ou têtes de pont de la manif pour tous ont le plus grand mal à incarner une expression politique plus large, dépassant le cadre de l’opposition au « mariage pour tous ».

    Durant l'élection présidentielle 2012, un rapport controversé de Terra Nova, intitulé "Gauche, quelle majorité électorale pour 2012" préconisait au PS de se tourner  vers les "les diplômés", "les jeunes", "les minorités" et "les femmes" plutôt que vers les ouvriers et les classes populaires. Les difficultés des minorités visibles habitants dans les cités sont-elles davantage médiatisées et prises en comptes que celles des "blancs" des classes populaires ?

    Marc Crapez : La gauche a réservé ses 150 000 emplois d’avenir aux zones urbaines sensibles, c’est-à-dire à 7% de la population française et 15% seulement des ménages pauvres. En effet, contrairement aux idées reçues, le fameux 93 est (sans même comptabiliser son économie souterraine) le 15ème département le plus riche de France, alors que le Cantal est 92ème. Certains livres parlent de « préférence immigrée », de « racisme anti-blanc », de prolophobie ou encore de francophobie.

    Une partie des Français subit un sentiment d’injustice. Parlez-moi de la France, de sa liberté, de son égalité et de sa fraternité, demandent-ils. Les partis populistes offrent un refuge politique et une fraternité de substitution aux catégories de citoyens maltraités par les élites parce qu’ils se posent trop de questions face aux tensions engendrées par la mondialisation et le multiculturalisme à marche forcée. Une France délaissée par les pouvoirs publics et médiatiques éprouve un sentiment de relégation et de dépossession démocratique. Elle ressent un déni d’appartenance et d’inclusion qui peut la pousser vers le vote extrémiste dans une logique de réparation et d’égalité.
    Yves-Marie Cann : Il ne m’appartient pas de me prononcer sur le sujet, d’autant plus que je ne dispose pas de données objectives sur le sujet. Je doute toutefois de l’efficacité d’une communication mosaïque telle que celle suggérée par l’approche de Terra Nova en 2012 : plus que jamais, les cibles de la communication politique sont devenues structurellement poreuses. L’enjeu n’est plus à qui on parle mais plutôt de gérer la schizophrénie des publics aux attentes et intérêts contradictoires.
    Philippe Simonnot : Elles sont en effet davantage médiatisées, parce que de temps en temps on y casse ou on y brûle quelque chose. Les  "blancs" des classes populaires n’ont qu’à en faire autant. Et, du reste, ils s’y préparent. Et déjà, ils passent à l'action. Cela dit,  les vraies solutions attendent toujours  - je veux parler d’une authentique réforme du travail et de la fiscalité.

    Finalement, les oubliés sont-ils tout ceux à l'égard desquels la société n'a pas "mauvaise conscience ?

    Marc Crapez : La société aurait « mauvaise conscience » envers les immigrés ? Il n’y a pourtant pas à rougir du niveau de vie que la France a offerte aux nouveaux arrivants.Mais les élites se sont conduites comme Ponce Pilate. Normalement, le marché se charge d’opérer des ajustements dans les flux migratoires. En fonction des besoins économiques, des capacités d’accueil et des affinités électives. Modulant l’ouverture et la fermeture des frontières. Mais aujourd’hui, ces correctifs et stabilisateurs automatiques se trouvent perturbés par 30 ans d’immigration subie et de politiquement correct menaçant. Comme les citoyens ne sont plus traités équitablement, chacun se méfie en postulant qu’il y a anguille sous roche, et proteste silencieusement en opérant, à son échelon, par un jeu de miroirs, des discriminations pour rétablir la justice. Il faudrait remettre tout le monde sur un pied d’égalité.
    Philippe Simonnot : La société ne peut pas avoir « mauvaise conscience », puisqu’elle n’est pas une personne. Ce serait beaucoup attendre  des privilégiés de l'Etat-Providence qu'ils se posent des questions.  Une nouvelle Nuit du 4 août est peu probable. de fait,  la politique n’est pas affaire de morale, mais de rapports de force. Avec son clientélisme éhonté, Hollande nous en administre la preuve tous les jours.

    Quelles sont les préoccupations et les demandes de cette France là ? Comment les partis traditionnels peuvent-ils s'adresser à elle ? 

    Marc Crapez : Pas de démagogie car le décalage entre les paroles et les actes nourrit la désillusion. Pas d’accès de familiarité ou de misérabilisme compassionnel. Pas d’anti-populisme intempestif : des initiatives pour diminuer le train de vie de l’Etat et le traitement des élites politiques ont été prise dans de nombreux pays, afin de donner l’exemple en période de crise. Cessons de sous-estimer les gens en abordant les problèmes et en tranchant les questions. 73% des sondés ont-ils tort ou raison de penser qu’on « peut trouver de la main-d’œuvre en France, sans avoir recours à l’immigration » ?

    Au lieu de moquer les couacs du gouvernement, pour mettre en difficulté ceux dont on brigue la place, l’UMP devrait davantage respecter l’action des ministres, y compris celle de Montebourg qui soulève des vraies questions (et concentrer ses critiques contre les Verts et autres idéologues d’extrême-gauche). Entre ceux qui font du libre-échangisme un dogme intangible et Marine Le Pen qui voudrait sortir de l’euro, il y a toute une gamme de possibilités et place pour la réflexion, en vue d’amender, infléchir et améliorer l’Union européenne.
    Philippe Simonnot : Cette France-là demande davantage de liberté. Et aucun parti aujourd'hui n’offre aux Français plus de liberté. L'étatisme n'a fait que progresser à la faveur de la crise.
    Propos recueillis par Alexandre Devecchio