TOUT EST DIT

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jeudi 3 octobre 2013

Quand le patronat français collaborait avec les nazis

« Aucune voiture américaine en Europe », demandait à Hitler le très obéissant Louis Renault. Fournissant complaisamment la masse de camions nécessaires à ses guerres. Les 200 tonnes d'or de la Belgique détournés vers l'Allemagne par la Banque de France. La spoliation des petits actionnaires des Mines de Bor. Quelques exemples parmi d'autres de la collaboration économique honteuse de l'élite française. « Industriels et banquiers français sous l'occupation » d'Annie Lacroix-Riz est un ouvrage monumental ! Ecrit presque exclusivement à partir du dépouillement des archives originales françaises et allemandes, cet ouvrage remue un passé que certains voudraient laisser enterré... Aucun cartel ne reçut autant de publicité que celui que Lehideux amorça un mois après sa nomination de « directeur responsable du COA », en porte-parole de la SAUR autant que de la branche. Début octobre 1940, le plan Carl Schippert de « réorganis[ation de] l’industrie automobile » avec Renault comme seul constructeur maintenu dans deux catégories sur trois, « camions de transport [… et] voitures de tourisme »[1], esquissa le cartel futur, l’heure n’étant qu’aux camions. Le 1er novembre 1940 à Berlin, Lehideux et Adolf von Schell s’entendirent sur un cartel franco-allemand-italien en « cinq points », première étape d’un « comité européen » si notoire à la Libération que Lehideux dut le citer dans son « mémoire de défense »[2]. La fondation, finalisée entre décembre et mars, multiplia ses séjours à Berlin, avec des escortes à surreprésentation Renault. Mi-décembre 1940 àBerlin, il déclara se joindre à l’Allemagne (nul n’avait consulté l’Italie) pour proposer « M. Thoenissen [comme] président garant […du] comité automobile européen (EAC) » à créer[3]. « Retour d’Allemagne », lyrique, il « présent[a] » le 24 décembre à la presse « son rapport de collaboration, […] plan qui correspond[ait] aux exigences des temps présents »[4]. Il venait de « demande[r] à ses collaborateurs MM. [Maurice] Champomier [DG du COA] et [André] Reynaud » directeur du service matières premières du COA, issu de Renault], chef de cette délégation française à Berlin, « d’établir les bases du comité de collaboration internationale. »[5] Ce plan Lehideux, calqué sur l’allemand, respectait l’hégémonie du Reich, doté du marché de l’Europe centrale et nordique (Danemark, Finlande, Hongrie, Norvège, Pays-Bas,Pologne, Suède, Tchécoslovaquie). Il cantonnait la France à la Hollande, la Belgique, la Suisse et l’Espagne (consacrant son éviction de l’Europe orientale), et l’Italie à une partie de l’Europe balkanique (40% seulement en Grèce et Roumanie)[6]. « Il […] terminait en énonçant : “aucune voiture américaine” »[7] ‑ la formule de Louis Renault pour Hitler le 21 février 1935[8].

Aux « entretiens au GBK, à Berlin du 1er au 6 mars 1941 » fut signé « le protocole [créant…] la Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile européenne »[9], noyau du « comité européen de l’automobile » : au nom du Reich par von Schell et RudolfEgger, directeur général de Büssing-NAG, spécialiste du 4,5 t. – un des champions du travail esclave étranger (travailleurs forcés et déportés, notamment d’Auschwitz, représentant 49% des effectifs de juin 1944[10]) ‑ et chef du CO de l’automobile (Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Wigrufa) ; de la France par Lehideux ; de l’Italie parGiuseppe Acutis, président de l’association nationale de l’industrie automobile (Associazione fra gli industriali del Automobile, ANFIA) lié à Giovanni Agnelli (FIAT). Louis Renault avait chargé Adrien Mettas de rédiger sur la session, où la délégation française était à 50% Renault, Lehideux exclu[11], un rapport qu’il lui « demand[a] à [s]on retour »[12]. « Le comité européen de l’automobile [visait à] créer une organisation rationnelle du marché européen, […] assurer les relations de celui-ci avec les autres marchés mondiaux de l’automobile […et] la défense des industries européennes et travailler dans la plus large mesure à leur extension. » Il « comprendrait cinq commissions », visant à rationaliser, normaliser et concentrer la branche sur le modèle allemand : 1° celle des « types » établirait les programmes « en partant des enseignements déjà acquis [et de] l’expérience très étendue que l’Allemagne », et « normalis[erait l]es types suivant les besoins européens internationaux (sic) » ; 2° celle des « dispositions législatives concernant la circulation automobile » unifierait les « prescriptions de la circulation internationale routière, concernant le poids, la largeur, la longueur, voie, écartement des essieux, freins, vitesse, etc. [et] suggérer[ait] aux gouvernements les différentes dispositions susceptibles d’améliorer cette circulation. » ; 3° celle de la « normalisation […] étudier[ait] la diminution des prix de revient, grâce à la réduction du nombre des modèles et à l’établissement d’un programme général de normalisation concernant le matériel et les accessoires » ; 4° celle de l’« organisation du marché [serait…] chargée de la réglementation des ventes […,] des prix et conditions de vente, des reprises de voitures de deuxième main, etc. » ; 5° celle des « exportations […] de l’organisation de l’exportation, de la répartition des produits dans les pays importateurs, des conventions de prix, des participations aux courses et concours internationaux, aux expositions, etc. […] Les séances du comité se tiendr[aie]nt alternativement à Berlin, à Paris et à Rome, aussi souvent que l’exigera[it] la convention. » Le 8 juillet 1942 suivirent « les accords fixant à RM 8 000 [160 000 frs] la cotisation annuelle des trois » pays membres[13].
La propagande sur le cartel explosa début mai 1941, peu après que Lehideux eut tiqué, en privé seulement, devant l’exigence du GBK de tout savoir par questionnaire « remis directement aux constructeurs d’automobiles par leurs commissaires » allemands : effectifs, production, « moyenne mensuelle de production », « répartition du capital, participation bancaire, participation juive », part dans la production, dans l’exportation, etc. au 1er août 1939, au 1er mai 1940, et au 1er avril 1941[14]. Le « bref communiqué » de la Berliner Börsenzeitung du 6 mai 1941 présenta « la normalisation des types et des pièces, afin de simplifier la construction dans son ensemble et de baisser les prix [comme…] une des tâches les plus importantes de ce comité […,] une étape très importante pour l’industrie française de l’automobile car, jusqu’avant la guerre, elle dépendait de l’Amérique. Le Comité s’efforcera de ne plus permettre cet envahissement par les États-Unis. » Écho du délire printanier, le synarque Claude Popelin, compère de Croix de Feu puis de PPF[15] que Lehideux casa au service Presse de son haut-commissariat au chômage et du COA[16] puis comme « chargé de mission au cabinet [de son] ministère de la [PI] »[17], présenta le 4 mai au Matin l’accord comme « aussi gros de conséquences que l’entrevue de Montoire. C’est, sur le plan économique, industriel et social, politique aussi, l’équivalent, le pendant, de la poignée de main qu’échangea le Maréchal avec le Chancelier Hitler. Dites-le bien haut : M. Lehideux n’a trouvé, au cours de ses tractations avec les Allemands, que des hommes d’une absolue bonne foi, dégagés de toutes mesquineries, animés du seul désir de servir la cause européenne. Et nous ne sommes pas peu fiers, ici, au COA, que ce soit l’industrie automobile qui soit la première à s’engager sur la voie d’un ordre nouveau. »[18]
Lehideux avait considéré comme « une affaire sérieuse » ce cartel qui « mettait l’industrie automobile française en tutelle pour 50 ans au moins et […] supposait par avance l’Allemagne victorieuse », déclarèrent en 1944 deux dirigeants du COA, Maurice Champomier (son DG) et Georges Pessereau (directeur de ses services généraux)[19]. De la documentation très lacunaire du COA émergent des réunions et festivités de 1941 à 1943, surtout en Allemagne, à Berlin, siège de la présidence, en France et en Italie (à Turin) : en 1941, fin février-début mars, fin mars, fin avril, juin[20], fin septembre et du 6 au 9 octobre, « dans les locaux de la Wirtschaftsgruppe Fahrzeugindustrie, Berlin »[21], le 4 novembre à Turin, « dans les bureaux de l’ANFIA, 21, Via Teresa »[22], avec huit délégués prestigieux, dont Lehideux, René de 
Louis Renault

Peyrecave(délégué Renault ès qualités) et Jean-Pierre Peugeot[23] ; en 1942, à Nuremberg (en avril-mai) et à Stuttgart (en novembre) ; des sessions parisiennes, notamment à l’été[24] et en décembre 1942 et en avril 1943. « Toutes [l]es dépenses concernant le compte européen [étaient] supportées par le COA »[25]. Le 4 novembre 1941 à Turin, Thoenissen acquit de Lehideux et Acutis « pleins pouvoirs du président pour l’établissement d’un régime provisoire »[26], qui fut définitif[27]. Il coûtait 360 000 frs annuels au COA, admit Lehideux le 13 octobre 1944[28].
Si important que fût le cartel pour l’avenir, il servit surtout de couverture « européenne » à la politique allemande : fabrication exclusive de poids lourds, concentration, normalisation, standardisation depuis 1942 avec l’actif soutien du COA[29], et depuis 1943, tentative du contrôle des entreprises françaises via les Patenfirmen. L’hypocrite « discours d’ouverture du général von Schell » prévu pour la session turinoise de novembre 1941, communiqué aux Français mi-octobre, laissa filtrer la réalité. Une longue tirade sur « l’armée allemande […] engagée dans un combat décisif contre le bolchevisme russe, contre l’adversaire qui doit être terrassé si l’Europe veut désormais vivre tranquille », sur le « sang européen » (allemand) versé au service du continent et sur « la volonté d’une action commune européenne » censurait mal l’objectif allemand : « Vous, Messieurs, comme représentants de l’industrie automobile allemande, italienne et française, vous êtes réunis sous la direction de l’organisme responsable pour l’Allemagne, représenté par moi, afin de vous attaquer à l’unification de la partie industrielle du domaine de la motorisation. »[30] Réunissant au COA les « constructeurs français », le 20 juillet 1942, von Schell les pressa de se « rallier à une normalisation qui ferait qu’il n’y aurait plus – tout au moins pour le temps de la guerre – qu’un type de camion dont la guerre a[vait] besoin et qui serait construit par l’ensemble des constructeurs français ». Ayant « discuté cette question la semaine dernière avec M. Lehideux [, qui…] partage[ait] cette façon de penser », il leur laissait « 4, 6 ou 8 semaines » de réflexion[31]. La suite, reflétée par la part respective des constructeurs dans la production, s’en inspira.
Ayant pavé, comme les mariages de capitaux, la voie de l’avenir, le cartel fut obéré par l’hégémonie du Reich, le poids de sa guerre et la certitude de sa défaite, constat d’une lettre de mai 1942 d’Acutis àThoenissen : « le Comité EAC réel […] n’a pas été constitué » ; les industries automobiles allemande et italienne « dépendent directement de l’organisation militaire [allemande, de même que] l’industrie française […] Durant cette période qui sera encore plus ou moins longue, nos travaux ne sauraient, en aucune façon, concerner les constructions en cours [… Le] travail de préparation » n’a pas commencé, « nous ignorons complètement […] la situation après-guerre », mais nous devons viser « dès à présent à réaliser une étroite collaboration entre […] nos industries […] en travaillant déjà aujourd’hui à la préparation d’un avenir plus ou moins proche. »[32] Le cartel n’en survécut pas moins. Lehideux a presque vidé le COA de sa correspondance[33] mais en mars 1944, Thoenissen invitait encore le « secrétaire permanent au comité européen de l’industrie automobile » Albert Arnaud à une séance du « comité principal » (Hauptschuss) II sur le caoutchouc, prévue à Luxembourg les 27 et 28 avril 1944 : il y rencontrerait le chef de « la délégation française » du secteur, Henri Balaÿ (ou Balay), de Bergougnan, directeur du CO des pneumatiques [34] et gendre de Joseph Gillet.




[1] « 3° voitures de luxe », DGSN, sn, 4 octobre 1940, F7, 15307, AN, et supra.
[2] « Mémoire », sd, 1945, W3, 217, AN, de l’énorme dossier HCJ de Lehideux, 217-234.
[3] Note signée « directeur du COA », Lehideux, 16 décembre 1940, W3, 217, AN, points 1-3 de 4.
[4] Interview à Aujourd’hui 24 décembre 1940, AN, W3, 217.
[5] Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.
[6] « Suite au projet de conventions franco-allemandes et franco-italiennes », 15 janvier 1941, W3, 234, AN, tableaux précis marchés et nombres de véhicules, tracteurs compris.
[7] Rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945, W3, 217, AN.
[8] Fridenson P., « Première rencontre », p. 13, et supra.
[9] Dont Thoenissen remit à Lehideux, le 8 avril 1941, « un exemplaire », en français, italien et allemand, W3, 230, AN.
[10] Bibliographie, dont travaux de Karl Liedke, http://de.wikipedia.org/wiki/Rudolf_Egger-B%C3%BCssing.
[11] Composition précisée supra.
[12] Déposition d’Adrien Mettas, 42 ans, à JI Martin, 26 mai 1945, W3, 221, AN, souligné par moi : ce fut sa « note « note sur notre voyage à Berlin » (voir aussi PV allemand « entretiens au GBK et rapport J.Marcou « voyage à Berlin, 3/7 mars 41 »), W3, 218, AN.
[13] Note « Comité européen de l’automobile » [plus loin CEA], avril 1941, et mention des « originaux », « 1° chemise accords », W3, 234, AN. Souligné par moi.
[14] Lettre Lehideux à Thoenissen, GBK Berlin, Paris, 29 avril 1941, W3, 232, AN.
[15] Synarque liste SSS, 25 juin 1942, et des 364, 1943, F7, 15343, un des « principaux lieutenants » de La Rocque avant leur rupture, note IGPA, Vichy, 26 juillet 1941, F7, 15327, Le Flambeau, de la Rocque, AN ; Choix, index.
[16] « Ami personnel de Le Roy Ladurie, actuellement chargé de la presse au haut-commissariat au chômage. C’est lui qui passe les communiqués de presse aux journaux (influencé par Worms) », tract « les hommes de Worms au gouvernement », 22 août et 3 septembre 1941, W3, 222, AN.
[17] Son courrier à en-tête, à L’Épine, Paris, 12 et 14 mars 1942, W3, 228, AN.
[18] Cités, rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, AN.
[19] Auditions par JI Martin 14 et 20 novembre 1944, rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, et rapport Lemoine, 7e partie, 23 décembre 1948, W3, 218, AN. Tous les autres (Lehideux inclus) glosèrent sur le grand patriote Lehideux, ibid.
[20] Lettre de Thoenissen à en-tête « Commission provisoire pour la collaboration de l’industrie automobile européenne », à « M. Lehideux, actuellement à Berlin, Hôtel Eden », Berlin, 6 juin 1941, et lyrique « « Communication à la presse » AN, W3, 230.
[21] Invitation Thoenissen à « cher M. Lehideux », Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.
[22] Lettre Thoenissen « aux directeurs des [3] groupements nationaux » (plus loin, GN), Berlin, 10 septembre 1941, W3, 231, AN.
[23] Liste membres délégation française pour Turin, 9 octobre 1941, W3, 231, AN.
[24] Acutis sur « prochaine réunion de Paris », lettre à Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN.
[25] « Mémoire » Lehideux, sd, 1945 ; rapport Vilatte sur Lehideux, 19 juillet 1945 (liste billets de train pour l’Allemagne et autres paiements de frais pour le CEA), W3, 217, AN.
[26] 3e partie ODJ, PV 2e séance plénière 4 novembre Turin, 11 novembre 1941, W3, 231, AN.
[27] Lettre Thoenissen « au [GN] français aux bons soins de M. le ministre Lehideux, COA », via GBK Paris, Berlin, 19 décembre 1941, W3, 231, AN.
[28] Rapport Caujolle, 27 février 1945, W3, 220, AN.
[29] Qui « accueill[it] avec satisfaction » la volonté de Saurer-Vienne d’imposer à Saurer-Suresnes la fabrication « de camions type [allemand] Frankfurt », PV Ullerich entretien GBK-COA, Paris, 10 octobre 1942, W3, 229, AN.
[30] Traduction et allemand, 16 octobre 1941, W3, 231, AN.
[31] Version allemande discours au COA, plus précise, W3, 231, AN.
[32] Lettre Acutis à Thoenissen, Turin, 21 mai 1942, W3, 234, AN. Souligné dans le texte.
[33] Pessereau, à JI Martin : « Je tiens d’ailleurs à vous signaler qu’il ne se trouve que peu de documents au COA sur les missions et voyages relatifs au comité européen. J’en suis étonné, car il devrait y avoir des dossiers importants. », cité rapport Lemoine, 7e partie, 23 décembre 1948, W3, 218, AN.
[34] Lettre Thoenissen, président communauté du caoutchouc, à Arnaud, SG du, Mondorf, 12 mars 1944, pour W3, 229, AN.


[2.] Extrait - La Banque de France et l'or Belge
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 248-253

Sur l’inclination à la cession, la Banque de France donna l’exemple avec l’or belge, qui ne lui appartenait pas. Ce dossier a été parfois[1] traité sur une base insuffisante : la correspondance « officielle » sur le voyage d’août 1943 en Suisse du synarque Boisanger, grimé en victime d’une pure voie de fait allemande de 1940[2]. Étudié par des auteurs ni francophones ni traduits, il reste ignoré en France[3]. Il illustre, comme celui des Mines de Bor, le consensus entre haute banque et Laval, la fonction de chambre d’enregistrement de l’État et la conviction des grands synarques, en 1940-1941, que le Reich dominerait l’Europe.
La reprise de la tactique espagnole
La Banque nationale de Belgique avait confié ses 200 tonnes d’or à la Banque de France avec ordre de transfert éventuel « sous son dossier à la Federal Reserve Bank », donné oralement par son gouverneurGeorges Janssen au gouverneur Fournier et au sous-gouverneur Jacques Rueff, et par écrit le 18 juin 1940[4]. Les près de 5 000 « caisses clouées, cerclées et scellées »[5] furent évacuées en mai-juin 1940 vers l’Afrique Occidentale et déposées à Dakar au Sénégal puis à Kayes au Soudan. Les trois grands « affiliés » Boisanger, Bouthillier et Rueff n’en répondirent pas moins docilement le 27 juillet au « questionnaire présenté [à ce sujet] le 20 […] par la Délégation allemande de la Commission d’armistice » : « Pour mémoire : 4 944 caisses non reconnues par la Banque, remises en dépôt par la Banque nationale de Belgique et conservées à Dakar »[6]. Aussi zélés que Laval, Boisanger, Bouthillier, etc., l’accablèrent a posteriori[7], tout comme la Reichsbank accusa l’État nazi de l’avoir contrainte à « réunir l’or [belge] à son propre stock »[8].
Un décret Pétain-Bouthillier du 31 août remplaça à la tête de la Banque de France Fournier, désormais réticent, par Boisanger[9], aussi empressé auprès des Allemands que le ministre des Finances. Français et Allemands débattirent depuis août de la cession[10], à laquelle l’entourage du tandem Worms (Boisanger-Bouthillier) fut associé : le sous-gouverneur Rueff s’en occupa beaucoup, officiellement jusqu’en janvier 1941 inclus, avant sa démission forcée, comme juif, « en application de la loi du 3 octobre 1940 »[11] ; Couve de Murville fut chargé d’en organiser le transport. Boisanger se garda d’emblée d’aviser son conseil (des fuites de « presse [… sur] une instance engagée à New York contre la Banque de France au sujet de l’or confié à celui-ci par la Banque nationale de Belgique » ne l’obligèrent à s’expliquer, en mentant, que le 13 février 1941[12]). Schäfer adressa le 2 septembre la demande officielle allemande, maquillée en demande de « la Banque nationale de Belgique […de] restitution de cet or […et de] son rapatriement, en choisissant un moyen de transport [donnant] toutes garanties de sécurité »[13].
Mi-mai 1940, la fraction pro-alliée du « Comité de Direction de la Banque nationale de Belgique », représentée par son directeur Adolphe Baudewins et son inspecteur Hubert Ansiaux, avait « suspend[u…] les pouvoirs de tous ceux, qui, à un titre quelconque, [avaient] le droit de disposer des biens ou des droits de la Banque et […étaient] dans une partie du territoire occupé par une puissance ennemie »[14]. Ansiauxsollicita donc restitution de son or, le 30 juillet, de Fournier, puis le 12 septembre de Rueff, en vain. Le 16 septembre, il mit en garde le nouveau gouverneur, Boisanger, contre la détention illégale par la Banque de France « d’un bien qui [était] la propriété de la Banque nationale de Belgique » et contre « toute délivrance comme tout transfert total ou partiel du dépôt en question, effectué sur les ordres, contre décharge ou avec l’approbation de personnes exerçant leurs fonctions en territoire occupé par l’ennemi, [qui] ne dégagerait pas la Banque de France de ses obligations envers la Banque nationale de Belgique. »[15] Lecollaborationniste Janssen, rentré en Belgique à l’été, laissa espérer son ralliement à la cession de l’or belge à la Reichsbank puis, se ravisant, il s’absenta des tractations. L’équipe synarchique dut donc agirmotu proprio.
Le 20 septembre à Wiesbaden, retour de Vichy, Boisanger, porteur des casquettes de Vichy (chef de la délégation française) et de la Banque de France, fit part à Hemmen d’« une lettre du gouverneurJanssen » communiquée par Schäfer « demand[ant] le rapatriement de l’or belge qui sera[it] exclusivement employé par les soins de la Banque nationale de Belgique ». Il brocarda les « représentants du gouvernement belge en exil [qui avaient] protesté contre la livraison de l’or », et annonça capitulation tarifée (10%) : « Le gouvernement français serait prêt à le ramener à Paris et à Bruxelles, sous réserve de retenir un prélèvement de 800 à 1 000 millions de francs correspondant à des avances faites au gouvernement belge en exil. Ce prélèvement serait régulier, le dépôt ayant été fait par ce gouvernement, il resterait donc 9/10 de l’or déposé à restituer. […] La Banque de France en tout cas refuse énergiquement de prendre la responsabilité de ce rapatriement. » Hemmen rejeta aussitôt son offre[16].
Les discussions se poursuivirent avec lui depuis le 4 octobre[17] sur les conditions de retour de l’or vers la France, aux frais exclusifs de l’État[18], et Boisanger proposa le 8 à Bouthillier de traiter ce nouveau dossier espagnol comme le précédent : « la revendication […d’]Adolphe Baudewins, réfugié à Londres […] - et à laquelle aucune réponse n’a été faite - […] rappelle celle qui s’était produite au cours de la guerre civile espagnole, sur le dépôt d’or que nous avions reçu en 1931 de la Banque d’Espagne. Dans cette affaire aussi, un organisme dissident contestait au gouverneur en fonction le droit de retirer le dépôt confié à la Banque de France et revendiquait ce dépôt pour lui-même. » On attribuerait à nouveau la cession au « gouvernement français », qui consentirait à ce que « la Banque de France [fût…] garantie par l’État contre toute réclamation ultérieure qui se produirait par la voie judiciaire ou autrement » : on renouvellerait le « décret-loi […] du 1er juillet 1939 » non publié « au Journal Officiel », d’urgence, vu l’avancement des « pourparlers engagés sous [l]es auspices [de la Commission d’armistice de Wiesbaden] entre les représentants du Trésor français » (dirigé par le synarque Brunet) « et de la Banque de France, […] et les représentants de la Banque nationale de Belgique (qui [étaient], en fait, les commissaires allemands auprès de cet institut) »[19].
Boisanger et Bouthillier obtinrent du banquier-ministre (des Affaires étrangères) Baudouin l’impunité juridique de la Banque de France par un « décret du 18 octobre 1940 » (Pétain, Baudouin, Bouthillier) : il la garantissait, à l’espagnole, « contre tout préjudice qui pourrait résulter pour elle, directement ou indirectement, de toute décision qui serait rendue par quelque juridiction française étrangère ou internationale que ce [fût] et plus généralement de tout acte qui l’obligerait à une répétition de paiement, à des dommages-intérêts ou autres débours à raison de la restitution, par ladite Banque, de l’or qu’elle conserv[ait] présentement en dépôt au nom de la Banque nationale de Belgique et dont elle effectuera[it] la remise à cet Institut, tel qu’il [était…] actuellement représenté à Bruxelles » [par les Allemands] (article 1). « Exécuté comme loi de l’État », ce décret serait « publié au Journal Officiel » (article 2)[20]. « Une procédure du même ordre avait déjà été adoptée à l’occasion du dépôt d’or fait par la Banque d’Espagne, au cours de la guerre civile espagnole. Il va de soi que la présente loi ne sera pas publiée pour l’instant au Journal Officiel », précisa Moreau-Néret[21]. Elle ne le fut jamais.
Des accords franco-allemands d’octobre-décembre 1940 à l’exécution
Le 29 octobre, Boisanger put donc signer avec Hemmen, à Wiesbaden, un « Protocole de signature à l’accord sur la restitution de l’or et des autres valeurs que la Banque nationale de Belgique a[vait] confiées à la Banque de France et sur le règlement des questions qui en dépend[ai]ent ». En vertu de cette prétendue « Convention franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940 […], le gouvernement français et la Banque de France prendr[aie]nt immédiatement toutes les mesures nécessaires pour le transport et la remise de l’or », avec remise « sans délai à la Commission allemande d’armistice pour l’économie [d’]un plan ayant trait aux transports de l’or prévus de Kayes (Afrique Occidentale) à Marseille. »[22] Le 31, devant un Bouthillier approbateur, Huntziger et Laval promirent à Abetz et Hemmen, 1°« en signe de prévenances particulières, de faire partir immédiatement deux avions militaires français de Kayes, près de Dakar, à Marseille avec chacun trois tonnes d’or belge » : l’or serait « transporté par camions à Casablanca, de là par train à Oran, et de là par avion [Air-France] à Marseille » (Huntziger) ; et 2° « qu’ensuite tout l’or français qui se trouv[ait] à Kayes sera[it] ramené par la même voie dans la métropole » (Laval)[23].
En signant cette convention franco-allemande, la Banque de France se met en danger, écrivit à Boisanger, le 1er novembre 1940 (comme la veille), Jean Bolgert, du service des études économiques : « M.Janssen […] ne désire nullement faire rentrer l’or en Belgique », les Belges, absents des tractations, le resteront, et « les Allemands ont donc fabriqué le soi-disant protocole de signature qui escamoterait d’un coup toutes nos garanties et mettrait la Banque de France dans une situation déshonorante ». Le risque pris le 29 octobre demeurait gérable comme les précédents : « notre situation sera délicate, car on pourra toujours soutenir ultérieurement que la signature de la Banque nationale aura été extorquée par la violence : du moins ne serons-nous pas en plus mauvaise posture que la BRI, lors de l’affaire tchécoslovaque. » L’étape suivante, non : « Si, par contre, nous acceptions de remettre l’or sous une signature allemande, nous manquerions de toute évidence aux obligations fondamentales du dépositaire, et - je crois devoir le répéter - nous ruinerions notre crédit de façon irrémédiable […]. Au surplus, nous risquerions des mesures de représailles sur notre or à l’étranger - Angleterre et même États-Unis - qui pourrait bien être non plus simplement bloqué, mais saisi. »[24]
Le 30 novembre 1940, Jean Bolgert renouvela dans plusieurs notes « pour le gouverneur » sa mise en garde contre l’« atteinte irrémédiable […] portée au renom et au crédit de l’Institut d’émission français » : « la loi du 18 octobre 1940, prise dans l’hypothèse où l’or était remis à la Banque nationale [de Belgique] elle-même », ne suffirait pas à en abolir les conséquences[25]. Boisanger chargea donc le directeur du contentieux Jacques Bouteron, rédacteur de la garantie « espagnole »[26], de bétonner la « garantie ». La mission fut accomplie le 4 décembre 1940 :
« Article 1.L’État français garantit la Banque de France contre tout préjudice qui pourrait résulter pour elle, directement ou indirectement, de toute revendication et en général de toute réclamation, quelles qu’en soient la cause et l’origine, qui l’obligeraient à une répétition de paiement, à des dommages intérêts ou autres débours, par suite de la remise par elle des caisses d’or qu’elle a reçues en garde de la Banque nationale de Belgique. Dans le cas particulier où, sur la demande du gouvernement français, la Banque de France devrait se dessaisir de ce dépôt sans le concours des représentants actuels à Bruxelles de la Banque nationale de Belgique, l’État s’engage en outre à mettre à la disposition de la Banque de France un poids d’or égal à celui qu’elle serait dans l’obligation de restituer aux représentants à Bruxelles de la Banque nationale de Belgique. Article 2. La loi du 18 octobre 1940 est abrogée. » Cette note Bouteron devint le « texte » secret dit « loi », soustrait au Journal Officiel, « adopté à Vichy le 20 décembre 1940 »[27]. Signe d’impunité synarchique absolue, l’État gaulliste y fit droit en août 1945, après un an de harcèlement du successeur de Boisanger, Emmanuel Monick, ce qui coûta dix milliards au contribuable français[28].
Le 11 décembre, Boisanger signa donc avec Hemmen le « protocole additionnel à l’accord franco-belge sur l’or du 29 octobre 1940 » : la Banque de France « remettra à Marseille, aux représentants accrédités de la Deutsche Reichsbank, les caisses scellées contenant l’or de la Banque nationale de Belgique, contre simple quittance de prise en charge, et en renonçant à toutes prétentions concernant cet or à l’égard de la Reichsbank » (article 1) ; « la Banque de France et la Deutsche Reichsbank se mettront d’accord au sujet des dates de remise et d’enlèvement de ces caisses [,…] choisies de manière à assurer dans les meilleures conditions [leur] remise, [leur] enlèvement et [leur] transport » La première « prêtera ses bons offices pour faciliter [leur] enlèvement […] et la préparation du transport. » (article 4)[29].
Les caisses furent transportées, aux frais exclusifs de l’État, dont les ministères de l’Air et des Colonies furent mobilisés sans répit[30], jusqu’à Marseille, où les délégués de la Reichsbank en prirent régulièrement livraison : 21 « transports d’or » (Kayes-Alger-Marseille) furent effectués, du 3 novembre 1940 au 4 mai 1942[31], entre route, train et air (« de Dakar à Alger » puis « d’Alger à Marseille » par « avions réguliers de la ligne civile »[32], à un tarif qu’Air-France doubla par rapport au trafic voyageurs, le portant de « 240 frs (au lieu de 120 frs) par kg »[33]). On renonça dès le second voyage aux « transports par mer […,] extrêmement imprudents », vu, confia Couve de Murville à Hemmen le 8 janvier 1941, l’information des « Anglais […sur le] premier transport » et le resserrement de leur « contrôle […] en Atlantique »[34].
Couve de Murville supervisa les convois, en contact permanent, à Wiesbaden, avec Heinrich Hartlieb, dans le civil directeur de la Reichsbank[35]. Ils furent acheminés par des « détachements armés », sous bonne garde, à chaque étape, de délégués de la Banque de France. Ils arrivèrent à bon port entre décembre 1940 et mai 1942[36], après des difficultés considérables, dont « un grave accident » d’avion, àTizi-Ouzou, fin janvier 1942, qui fit sept morts[37]. À cette occasion, le gouvernement de la Banque revendiqua via son sous-gouverneur sa proverbiale pingrerie envers le commun : « M. [René] Villard a décidé de n’accorder aucun secours aux familles des victimes de l’accident. Motifs de cette décision : - les transports BNB sont faits pour le compte du gouvernement et non pour celui de la Banque ; - les militaires en service commandé n’ont pas à recevoir de gratification ou de secours de la part de la Banque. »[38]
Boisanger et Bouthillier avaient mis, Laval parti (le 13 décembre 1940), autant d’allant à exécuter l’accord qu’à le signer. Hemmen loua en mars 1941 Boisanger, si bien disposé « pour l’enlèvement à venir des200t d’or belge […] encore à Kayes » au contraire des « militaires français » de Wiesbaden qui freinaient des quatre fers[39]. Bouthillier, que Schäfer, interrogé à la mi-novembre 1945 à la Direction générale de la Sûreté nationale, déclara (indûment) en pointe par rapport à Boisanger[40], harcela Barnaud, Huntziger, Darlan, etc. : en août 1941, pour « commencer sans délai les transports à la cadence de 5 ou 6 tonnes par semaine »[41] ; en novembre 1941, pour « accélérer les transports en cours qui n’ont porté, depuis leur reprise, que sur une quarantaine de tonnes » et les porter à « au moins à 8 ou 9 tonnes [hebdomadaires] en moyenne »[42]. Il fut entendu : depuis septembre 1941, la plupart des cargaisons remises à Marseille « aux délégués de la Reichsbank » frôlèrent ou dépassèrent les 10 tonnes[43]. Le message du 8 juin 1942 du directoire de la Reichsbank à la Banque de France dispense d’autres citations : « nous vous prions d’exprimer à vos agents de votre succursale de Marseille nos remerciements les plus sincères pour la peine qu’ils ont prise, tant pour préparer les transports d’or que pour régler la question des différences de poids, et nous ne voudrions pas manquer, par la même occasion, de vous remercier également de votre précieuse intervention en cette affaire »[44].
Le contribuable, par ailleurs requis de venir seul au secours des « militaires en service commandé » en mission de « transports BNB »[45], supporta même le coût fiscal français de ces opérations en lieu et place de leurs puissants bénéficiaires. « Les paiements effectués par la Banque de France pour le transport de l’or belge [avaient] été réglés à des entreprises privées (Air-France, Compagnie transsaharienne) sur lesquelles il sera[it] impossible de récupérer le montant d’aucune taxe d’enregistrement. Cette taxe devait donc, en définitive, être passée au débit du compte du Trésor public ». Boisanger exigea donc deCathala en juillet 1942 dispense des entreprises intéressées de « la taxe de 4°/°° […due à] l’Office des changes […] sur la contre-valeur en francs français des crédits reçus du Reichsminister des Finanzen[organisme payeur, pour…] les frais de transport de l’or de la Banque nationale de Belgique remis par nos soins à la Reichsbank. »[46] En novembre, Couve de Murville « donn[a… s]on accord » pour dispenser de ladite taxe les « Compagnie[s] Air-France et […]Transsaharienne » : les Finances leur consentaient à elles seules, pas aux « autres créanciers », statut fiscal des « entreprises dont les recettes [étaient] calculées d’après les tarifs homologués par l’autorité administrative, analogues à ceux de la SNCF ou de l’Administration des PTT. »[47]




[1] Rings W., Raubgold, non fiable sur la BF, posée en victime de Vichy.
[2] Remboursée en octobre 1944 par la BF de ses 200 t. volées, la BNB et ses historiens officiels ont tu le rôle réel de la BF (Boisanger en particulier), Van Der Wee H. et Verbreyt M., A small nation.
[3] Trepp G., Bankgeschäfte, passim, Boisanger, mentant à Ernst Weber, président Banque nationale suisse (qui lui-même savait tout), « “je ne sais ce qui est arrivé à l’or belge depuis l’invasion (de la France)” », p. 132 ; Smith A. L., Jr, Hitler’s gold, index Bank of France.
[4]. Lettre Janssen à Fournier, Bordeaux, 18 juin 1940, séance 6 CGBF, 13 février 1941, ou 1080 199201/25 (fondamental sur opérations d’évacuation depuis novembre 1939) ; voir aussi 1397 199402/13 et 1080 199201/73, ABDF.
[5]. Déclaration Janssen sur « dépôt volontaire », Bruxelles, 22 février 1940, 1397 199402/13, ABDF.
[6]. « Réponse au questionnaire […] », 27 juillet, et lettre Rueff à Bouthillier, Châtel-Guyon, 28 août 1940, II, 1080 199 201/73, ABDF.
[7] Bouthillier chargea Laval de tout, son mémoire, 3 novembre 1947, ses auditions par Lansier, 25 octobre 1945, 1er avril 1947, etc., W3, 96, AN.
[8] Rapport Puhl, V-P Reichsbank, sd, juillet ou août 1945, gros mensonge, 1080 199201/26, ABDF.
[9] Texte décret, séance 11 CGBF, 6 septembre 1940, ABDF.
[10] Correspondance Hemmen depuis 20 août 40 sur or belge, W3, 348, 352, 354, AN.
[11] 1080 199201/73 ; Rueff démissionna, remplacé par Henri de Bletterie, mais ce grand synarque fut maintenu « dans les cadres de l’inspection générale des Finances », séances 3-4 CGBF, 23 et 30 janvier 1941 ; rétabli, il reprit officiellement le dossier en 1945, 1080 199201/26, ABDF (et autres fonds or belge).
[12] Boisanger, séance 6 CGBF, 13 février 1941, ABDF. Le CGBF reçut alors communication des courriers officiels, à fausse date, etc.
[13] Lettres Schäfer à Favre-Gilly, 2, et Boisanger à Bouthillier, 3 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[14] Décision « publiée au Moniteur belge du 17 mai 1940 », dont ci-joint un exemplaire, réf. n. suiv.
[15] Lettre Ansiaux, Hôtel Albert Ier, Vichy, 16 septembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[16] Tél. Hemmen 125, Wiesbaden, 20, suite à 112, 17 septembre 1940, W3, 352, AN.
[17] Résumé négociations Wiesbaden des 4-5, 10, 13, 14, 16 octobre 1940, extrait rapport Auguste Février expertise sur livraison or belge, sd, qui accabla le seul Laval, W3, 96, AN.
[18] Discussion avec Boisanger sur « le trajet […] : Kayes, Bamako, El Goléa, Alger, Marseille » et de Marseille « jusqu’à la destination finale […] par chemin de fer », etc., tél. 153 Hemmen, 11 (suite du 7) octobre 1940, W3, 348, AN.
[19] Lettre Boisanger, signée du sous-gouverneur René Villard, à Bouthillier, 8 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Souligné par moi.
[20] « Loi accordant une garantie de l’État à la [BF] », 18 octobre 1940, 1080 199201/23, ABDF. Souligné par moi.
[21] « Note » Moreau-Néret, 15 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Souligné dans le texte.
[22] Article 2 accord en 9 articles, 1397 199402/13, ABDF.
[23] Rapport Wiehl à Ribbentrop, Berlin, 31 octobre 1940, W3, 347, AN ; correspondance SÉ Colonies Charles Platon, Haut-commissaire à Dakar, Bouthillier, Boisanger, Rueff, Couve de Murville, etc., 31 octobre-3 décembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[24] Lettre Bolgert à Boisanger, Paris, 1er novembre 1940 (même avis de Couve de Murville et de René Villard, qui cédèrent bientôt à la pression de Boisanger et Bouthillier), faisant suite à note J. B. (manuscrit) (Bolgert) sur « projet allemand de protocole », 31 octobre 1940, 1397 199402/13, ABDF. Souligné dans le texte.
[25] Notes B. (Bolgert) « 30-11-40 soir » et « pour le gouverneur », 30 novembre, dossier « Notes de M. Bolgert du 30 novembre 1940 », 1397 199402/13, ABDF.
[26] Choix, p. 350-351.
[27] Note J. Bouteron, 4, et « Projet de loi » daté du 20, strictement identique, joint lettre Boisanger à Bouthillier, Paris, 20 décembre 1940, 1397 199402/13, ABDF.
[28] Le 11 août 1945, Pleven, MF successeur de Mendès France que l’idée d’en imposer la charge au contribuable avait ulcéré, accepta remboursement de la BF par un bon du Trésor (pas en « poids d’or ») d’un montant de 10 milliards, séances CGBF 36, 7 septembre, 41, 12 octobre 1944 ; 24, 29 mai ; 36, 11 août 1945, et lettre Pleven à Monick, même date (sur Pleven, 1945, passim), ABDF. Le CGBF dégoisa surMendès France, PV, 29 mai 1945, 1080 199201/26, passages rayés du PV officiel, ABDF. Lacroix-Riz A., Histoire contemporaine, p. 131-134.
[29] 4 articles, in extenso, 1397 199402/13, ABDF.
[30] Bergeret et Platon.
[31] Dossier sur chaque « rapatriement Kayes-Marseille », du 1er au 21e, intervention permanente de Rueff, jusqu’en 1941, et Couve de Murville, 1080 199201/23, ABDF. « La Reichsbank communique que le24e et dernier transport d’or, comprenant 174 caisses, est arrivé aujourd’hui à Berlin », tél. 199 Schöne à Hemmen, 29 mai 1942, W3, 96, AN.
[32] Lettre Rousseau au DG Banque de l’Algérie, Alger, 21 novembre 1940, 1080 199201/23, ABDF.
[33] Lettre protestation du gouverneur [Boisanger], signée Villard, à Bouthillier, Chamalières, 19 mars 1941, 1080 199201/23, ABDF.
[34] PV entretien Hemmen-Couve de Murville 8 janvier 1941, 1397199402/13, ABDF.
[35] Correspondance sur leurs négociations octobre 1940-mars 1942, 1397 199402/13, ABDF.
[36] Dossiers « Retrait or BNB de Marseille par les Allemands », 17 décembre 1940-8 juin 1942, « Rapatriement de l’or belge. Convois Kayes Alger Marseille », et tout 1080 199201/23 (« transport en Afrique, rapatriement à Marseille, frais de transport ») ; dossier « Désignation des fonctionnaires allemands chargés de prendre livraison de l’or belge », 1397 199402/13, ABDF.
[37] « Un des avions chargés des transports d’or BNB avait eu un grave accident à son retour à Alger par suite d’une tempête - on compte 7 morts. » Note « communication téléphonique de Chamalières, 31 janvier [1942]- 13 heures », 1080 199201/23, ABDF.
[38] Note manuscrite, signature illisible, 3 février 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[39] Tél. 124 Hemmen, Wiesbaden, 15 mars 1941, W3, 348, AN.
[40] « La Banque de France résista d’abord, mais sous la pression du [MF] Bouthillier, le gouverneur de la Banque de France, de Boisanger, céda finalement. » PV joint à lettre parquet CJ Seine, au procureur général (PG) près HCJ (Mornet), Paris, 16 novembre 1945, W3, 96, AN. Bouthillier et Boisanger formèrent bloc parfait.
[41] Copie lettre Bouthillier à Barnaud, 13 août 1941, signalant son courrier à Huntziger, W3, 96, AN.
[42] Lettre Bouthillier à Darlan, ministre DN, 22 novembre 1941, W3, 96, AN.
[43] Fiches, Clermont-Ferrand, 7,5 t., 20 novembre ; 5 t., 2 décembre 1941 ; et reste dossier « Retrait or BNB de Marseille par les Allemands », 17 décembre 1940-8 juin 1942
[44] Lettre Directoire Reichsbank n° II a 6990 à BF, Berlin, 8 juin 1942, « objet : 21ème transport d’or de Marseille », dernier document sous-dossier « Retrait or », 1397 199402/13, ABDF.
[45] Note manuscrite, signature illisible, 3 février 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[46] Copie sn lettre Boisanger à Cathala, 28 juillet 1942, 1080 199201/23, ABDF.
[47] Lettre 30854 Couve de Murville à Boisanger, Paris, 5 novembre 1942, 1080 199201/24, ABDF.

[3.] Extrait - Calcul stratégique des Suisses et dénonciation de la trahison des Mirabaud
Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, p. 266-267

Les cessions forcées « juives » étant étudiées ci-dessous, arrêtons-nous sur les motivations des rares non-vendeurs, qui éclairent par contraste les calculs de 1940-1941 du grand capital français, « HSP » [haute société protestante, ALR] comprise[1].
Le 1/6 non vendu, réparti « par parts à peu près égales en mains suisses et […] de porteurs résidant en France qui n’ont pas accepté l’offre d’achat », ne dut rien à la « résistance » que l’équipe Mirabaudrevendiqua à l’automne 1944. Les détenteurs suisses d’actions Mines de Bor méprisèrent une offre dérisoire, vu le manque allemand de francs suisses et la base de 3 500 francs ou 175 Sperrmarks (à la parité officielle franc-mark). Ainsi échappèrent-ils au mirage de la victoire indéfinie du Reich et purent-ils commenter, un an et demi après l’emballement des Mirabaud, la conjoncture nouvelle. Un bulletin financier suisse du 8 juin 1942 administra une leçon de stratégie sur la défaite probable du Reich, contre-exemple de la précipitation française : « nous estimons que la meilleure solution est de garder simplement les actions Mines de Bor que l’on possède et cela quelle que soit l’opinion que l’on ait sur l’issue de la guerre. La société exploite un des riches gisements européens de cuivre. En tout état de cause, elle sera en mesure de rémunérer convenablement son capital une fois revenus des temps normaux. Si la victoire appartient à l’Axe, la majeure partie de la production ira en Allemagne, ce qui permettra à la société de répartir un dividende en Allemagne. Reste à savoir si et dans quelle mesure les actionnaires suisses pourront obtenir le transfert du dividende en Suisse [question clé des rapports financiers germano-suisses[2]]. Si la victoire revient aux Alliés, ceux-ci s’empareront naturellement du paquet majoritaire : une grande partie de la production des mines sera exportée dans les pays actuellement alliés […], ce qui permettra à la société de payer un dividende dans ces pays. Quant au transfert du dividende en Suisse, les perspectives ne sont pas trop mauvaises à en juger d’après le fait que les revenus des placements suisses dans une série de pays alliés, notamment dans presque tout l’empire britannique, continuent à nous être transférés. En cas de victoire des Alliés, le revenu transférable d’une action Mines de Bor sera certainement supérieur à celui des titres allemands que l’on peut actuellement acheter pour 175 Sperrmarks. » Mieux vaut donc « rester sur sa position, surtout [si les titres] ont été acquis au-dessus du cours actuel. Nous ne prétendons certes pas que l’action Mines de Bor soit un titre de tout repos, mais les risques ne nous paraissent pas tels qu’il faille délibérément consommer une perte pour sauver ce qui reste. »[3]
Contre « la politique de collaboration » des Mirabaud se dressa « un document particulièrement émouvant », la lettre du 6 mars 1941 « d’un [très petit] actionnaire de la Compagnie […] au ministre de la Justice » [Joseph-Barthélémy]. Indigné de la trahison des intérêts français qui motiverait, pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État », l’arrestation d’Eugène Mirabaud, en septembre 1944[4], cet « ingénieur à Toulouse » fustigea la circulaire du CA de la Compagnie française des mines de Bor incitant ses actionnaires « à vendre leurs actions à un groupe allemand pour le prix forfaitaire de 3 500 frs l’action » au nom du « haut intérêt national que représent[ait] pour la France le contrôle de cette mine si riche en cuivre et en métaux précieux ; je ne puis songer que le gouvernement présidé par un maréchal de France ait commis la trahison de se rendre complice de la livraison de cette mine à nos ennemis. Il me semble inutile de vous rappeler que cette compagnie est une société française ; qu’elle ne peut changer de nationalité que par le comportement de tous ses actionnaires. Moi-même, propriétaire de quatre actions nominatives […], acquises les 7 juin et 21 avril 1939, je déclare m’opposer formellement à tout changement de nationalité et vous prie d’ordonner à tout magistrat du Ministère public auprès de tout tribunal compétent de veiller à ce qu’aucun acte irrégulier ne soit fait, soit par le conseil d’administration, soit par une assemblée générale et de prendre toute mesure nécessaire pour éviter le transfert d’une fraction quelconque de biens de cette société en pays étranger. Veuillez également faire effectuer les publications nécessaires pour détromper les actionnaires induits en erreur par la manœuvre frauduleuse que je viens de vous dénoncer afin qu’ils n’effectuent pas une cession de leurs titres hautement préjudiciable aux intérêts de la nation. »[5]




[1] Remarques Rist C., Saison, p. 94, 173, passim et infra.
[2] Perrenoud M., Banquiers, passim.
[3] Lettre Raymond Vincent, citée rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN.
[4] Lettre manuscrite de Martin à Béteille, Paris, 11 avril 1945, W3, 96, AN.
[5] Lettre à Joseph-Barthélémy, citée rapport Caujolle, 3 novembre 1944, W3, 213, AN La Banque de France, qui « ne fai[sai]t pas partie de [l’union syndicale des banquiers et [à laquelle] l’ordonnance relative à la surveillance des banques [n’était] pas applicable », fit du zèle. Elle avait dû, dans « le souci d’appliquer strictement les ordonnances allemandes », expliqua René Villard, « se montrer plus stricte » : sa « circulaire du 19 mai », prise « à la suite de » l’ordonnance du 26 avril promulguée le 20 mai, « prescrivait des mesures restrictives à l’égard de toutes les entreprises frappées d’interdiction ». Le 26 mai, elle s’enquit de la marche à suivre auprès du « commissaire allemand auprès de la Banque de France » (Jost, en l’absence de Schäfer), et adressa le 28 à ses agences « de nouvelles instructions, plus restrictives » : elle ordonna à « ses services et ses succursales [de] “considér[er] comme bloqués […] les avoirs inscrits sur [leurs] livres au nom de juifs ou d’entreprises juives.” […] Nous bloquons les fonds en compte et les valeurs en dépôt ; nous n’autorisons que les prélèvements destinés à faire face aux nécessités courantes d’exploitation des entreprises ou aux besoins alimentaires des particuliers. Nous procédons en somme de la même manière que les autres banques. »
Ce veto contre le bref sursis possible avant dépouillement complet, dont deux clients avaient bénéficié, visait une troisième audacieuse. « La question prend actuellement un aspect judiciaire. Certains clients des banques ou des agents de change se sont, en effet, pourvus en référé. Deux décisions sont déjà intervenues, déclarant qu’en l’absence de textes légaux, les banques n’avaient pas le droit de refuser les retraits de fonds, de valeurs. Ce soir, la Banque doit, à son tour, comparaître en référé devant le Président du Tribunal Civil de la Seine, à la requête de Mme Benda, née Wolff […] : hier matin un chèque de 505 f tiré par Mme Benda nous a été présenté ; nous l’avons payé. Un nouveau chèque de 15 000 f a été ensuite présenté ; ce chèque, qui avait été remis à un tiers, avait manifestement pour objet de vider le compte. En conséquence, nous avons rejeté le chèque. Mme Benda avait, en outre, demandé à retirer ses titres, et nous le lui avions refusé.
Ensuite de quoi, Mme Benda nous a assignés en référé d’heure en heure, pour obtenir le déblocage de son compte, en invoquant les motifs suivants : “qu’elle est titulaire à la Banque de France, […] Place Ventadour à Paris, d’un compte d’arrérages numéro 31 775, alimenté par un dépôt de titre comprenant notamment des titres français et de la rente française. Que la requérante entendant reprendre la disposition d’une partie de ses titres s’est entendu refuser par son dépositaire l’exercice de ce droit de propriété motif pris d’un blocage des titres à raison de la qualité d’israélite de l’exposante. Qu’aucune ordonnance, ou loi, des autorités occupantes lesquelles ont force de loi dans les territoires occupés de l’État français, ni aucune disposition législative n’ont ordonné semblable blocage, ni édicté semblable interdiction. Qu’il s’agit en l’occurrence d’une initiative privée d’un organisme syndical. Que l’exposante est fondée, vu l’urgence, à demander par voie de référé que son compte soit débloqué et qu’elle ait la libre disposition des titres alimentant son compte […] et qu’elle puisse retirer et disposer desdits titres comme bon lui semblera”. »
Le 5 juin, la Banque de France – dont Jean-Marc Dreyfus attribue l’initiative au seul Bouteron, « décidément pugnace »[1] ‑ jubila de sa victoire sur décision du vice-président du tribunal civil de la Seine, « tenant l’audience des référés » du 30 mai. Les attendus de l’ordonnance, lue in extenso devant le conseil, par laquelle le magistrat[2] déboutait « la Vve Benda », modèle de la justice antisémite de Vichy[3], méritent notoriété :
« Attendu que pour refuser de remettre à la Vve Benda le crédit de son compte et les titres déposés par elle, la Banque de France fait état d’une lettre en date du 21 mai 1941 adressée par le directeur de l’office de contrôle des banques à l’union syndicale des banquiers signalant que le commandant militaire en France lui apprend qu’on est sur le point “de prendre un décret qui réduira considérablement la faculté pour les juifs et les entreprises juives de disposer sur les comptes en banque et sur les dépôts de titres dans les banques ; que ce décret n’autoriserait dorénavant les prélèvement que dans la mesure nécessaire pour faire face aux besoins essentiels de l’existence”.
Attendu que cette lettre ajoute “Je vous prie d’en aviser immédiatement par circonstance les banques qui dépendent de vous et de leur faire savoir en même temps qu’elles doivent, dès réception de votre circulaire, procéder en conséquence même si le décret projeté n’est pas encore paru”.
Attendu que la circulaire de l’union syndicale des banquiers visant cette note a été envoyée le 25 mai 1941.
Attendu que les actes des autorités occupantes s’imposent à tous dans les territoires occupés.
Attendu que l’ordonnance des autorités occupantes du 22 juillet 1940 qui a créé un office de surveillance des banques dans le territoire français occupé précise que les banques sont obligées de suivre les instructions de cet office.
Attendu que les instructions du 21 mai 1941 du directeur de l’office de contrôle des Banques, données en vertu des pouvoirs que cet office tient de l’ordonnance du 22 juillet 1940, constituent un acte des autorités occupantes dont l’observation s’impose aux banques placées sous son contrôle.
Attendu, il est vrai, que l’article 7 de l’ordonnance du 22 juillet 1940 indique que les dispositions de cette ordonnance ne s’appliquent pas à la Banque de France, qui, par une autre ordonnance du même jour, est soumise à un contrôle particulier, mais que la lettre du directeur de l’office de contrôle des Banques du 21 mai 1941 est conçue en termes généraux, que la Banque de France en a eu connaissance et ne peut s’y soustraire.
Attendu en conséquence qu’il n’y a pas lieu de faire droit à la demande de la Vve Benda.
Attendu qu’il y a urgence.
Par ces motifs : Au principal renvoyons les parties à se pourvoir et cependant par provision et vu l’urgence. Disons n’y avoir lieu à référé. »[4]




[1] Sur ce point et le reste : son « service du contentieux […] travailla beaucoup » (qui le mandatait et le contrôlait ?) ; Mme Benda non nommée, Dreyfus J.-M., Pillages, p. 186-187.
[2] Ce Cannac est-il Henri Cannac, chef du secrétariat privé du chef du gouvernement Laval (1940 et 1942-1943) « Inventory of the René de Chambrun’s papers, 1914-1955 », Hoover Institution Archives, Stanford University, en ligne, et auteur de l’ouvrage Le Régime actuel de la justice politique en France, sd ni réf., recensé par une revue de droit en 1934.
[3] Bancaud A., Une exception et sa bibliographie.
[4] Séances 22-23 CGBF, 29 mai et 5 juin (y compris « Application des ordonnances relatives aux opérations avec les Israélites. Lecture de l’ordonnance du juge des référés repoussant la demande de Mme Vve Benda », en majuscule dans le texte) 1941, ABDF. L'auteur : Annie Lacroix-Riz est une ancienne élève de l'Ecole normale supérieure, agrégée d'Histoire, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Paris 7. Elle a notamment publié chez Armand Colin : Le Vatican, L'Europe et le Reich ; Le Choix de la défaite ; De Munich à Vichy et, au Temps des Cerises, L'intégration européenne de la France. L'ouvrage : Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l'Occupation, Paris, Armand Colin, 2ème édition, 2013.          21, rue du Montparnasse

"François Hollande, vous n'êtes entouré que de faux Néron!"


François Hollande subit les discordes au sein du gouvernement. Pour Hervé Karleskind, sous la plume de Madame de Sévigné, le président passe son temps à "éteindre des incendies" entre ses ministres. 
Sire, 
Vous ne manquerez pas vous moquer comme de la guigne des propos que vous daignerez lire, si l'on consent à porter cette lettre à votre connaissance. 
L'on vous décrit à présent comme irritable, parfois même porté sur la colère froide: ainsi que le disent les Allemands, vous semblez avoir le nez plein de toutes ces chamailleries en votre cabinet. Vous avez étonné vos sujets, comme d'ailleurs la cour, en tardant à tancer vos turbulents ministres. L'on attendait que la réunion du conseil du Roi les fît passer sous les fourches caudines. En vain. 
En vertu de votre alchimie politique si biscornue, vous les avez absouts. Ou presque. Au plus avez-vous fait de ce pauvre comte Ayrault, qui blanchit sous le harnois, un bouc émissaire au cuir tanné par les avanies que les membres de votre cabinet n'ont de cesse de lui faire subir. Vous aviez fait savoir que vous étiez cousu avec le comte de Nantes: depuis quelque temps, les coutures de cette amitié semblent se relâcher. Nourririez-vous quelque rancune à son égard pour avoir démenti vos agréables prédictions sur la baisse des impôts? 
Votre grand chambellan n'est guère choyé: aurait-il accepté cette charge s'il avait su combien elle était périlleuse et si peu gratifiante? Le voici comme maître d'école subissant les remontrances du Père abbé, débordé par la cohorte des problèmes qu'il doit résoudre, chahuté par des disciples aussi dissipés que possible: le comte Valls, sur qui les critiques glissentcomme l'eau sur les plumes du canard, n'a-t-il pas fait démentir avoir prononcé le mot de "maladresse" pour avoir souhaité que les romanichels fassent leurs malles. Le comte Ayrault compterait-il pour du beurre? 
Sire, s'il ne fallait encore ajouter cette mauvaise querelle allumée par Monsieur de Peillon, qui fait bien piètre ministre, à propos dutravail des élèves, votre coupe serait déjà bien pleine. Faut-il, Sire, vous prendre en pitié et brûler des cierges pour vous faire sortir de ce Styx? 
Serait-ce seulement possible? Daignez, Sire, quoiqu'il m'en coute, subir quelque critique, même si votre humeur est aujourd'hui plus vinaigre que vin. Vous n'êtes guère enclin, assure-t-on à la cour, à écouter qui que ce soit. Vos mages et maîtres à penser sont dans le désoeuvrement, désespérés de ne vous servir en rien. L'on rapporte encore que vous vous murez dans la solitude, que la porte de votre cabinet privé reste obstinément close. Le temps est lourd à la cour, comme si l'orage n'avait de cesse de gronder. L'on vous dépeint tenté d'écarter ministres et conseillers dont vous pensez pis que pendre. Souffrez que l'on vous rappelle, Sire, quevous les aviez nommés. 
Ah, les fats, les ingrats, les cuistres! Voyez-les qui vous ignorent le plus superbement du monde! Le comte Valls feint manger sa coiffe, la Mère Duflot qui a donné libre cours à sa bile, rase à présent les murs. Mais Monsieur de Peillon se voit décerner le bonnet d'âne. Sa réforme, pourtant enfantée pendant un an, se montre absurde et bien dispendieuse. Elle vous fâche avec les édiles à un moment aussi inopportun que possible. 
Se pourrait-il que vous passiez votre précieux temps à éteindre les incendies allumés par ceux qu'un sans-culotte, qui n'a pas eu l'honneur d'être de vos ministres, décrit comme des enfants gâtés? 
Il se trouve, Sire, que j'ai du être alitée pendant quelques semaines, ce dont vous n'avez cure et l'on ne peut vous le reprocher: vous avez tant d'autres chats à fouetter! Mais, durant cette période de repos forcé, il m'est venu à l'idée de relireSuétone. Ce grand auteur romain, infiniment plus talentueux que cette concierge de Sénèque ou cet obséquieux cafard de Cicéron, a écrit, ainsi que vous le savez, une Vie des douze Césars.  
Vous savez encore, Sire, que l'histoire est un facétieux valet de bouche qui ne dédaigne pas repasser les mêmes plats. Ainsi, évoquant la judicature de l'empereur Claude qui régna treize ans après la naissance du Christ, Suétone écrit: "Certains complots lui ayant été dénoncés, Claude fut tellement effrayé qu'il voulut abdiquer l'Empire. Comme on le sommait, par une lettre injurieuse, pleine d'insolentes menaces, de quitter l'Empire pour se consacrer aux loisirs de sa vie privée, il réunit les principaux personnages de l'Etat pour savoir s'il ne devait pas obéir". Et Suétone de poursuivre: "Peu de temps après, on publia un livre intitulé: La résurrection de la bêtise". 
Pour la petite histoire, Claude mourut empoisonné par Néron qu'il avait pourtant adopté. Pour votre grâce, Sire, vous ne risquez pas que l'on attente à votre vie: vous n'êtes entouré que de faux Néron. 

François Hollande : Un internaute s'en prend à sa politique avec humour

Les internautes ne savent plus quoi inventer pour se moquer de la politique du Président Hollande, à l'image de cet internaute qui s'en prend au chef de l'Etat de manière bien particulière. Humour, quand tu nous tiens…

Intervention en Syrie, prolifération des taxes, pause fiscale, question épineuse des roms…François Hollande essuie couacs sur couacs avec son gouvernement et agace de plus en plus les Français. Des Français qui le lui rendent bien, à l'image de cet internaute qui a eu l'idée de poster une vidéo à caractère humoristique sur le net, et où il dénonce la politique du Président. Des propos parfois un peu limites mais qui pour le reste ont le mérite d'appuyer là où ça fait mal, de démontrer, par l'absurdité des situations évoquées par l'internaute, le ras-le-bol des Français. Sur un tout autre plan, ce n'est pas un internaute ou un citoyen lambda, mais Vladimir Poutine en personne qui taclait François Hollande il y a un mois lors d'une visite du Président russe à l'Elysée au sujet de Bachar El-Assad.
Etes-vous d'accord avec les propos de l'internaute ?



  • MOI, OUI....

mercredi 2 octobre 2013

Le « label » hollandais

Le « label » hollandais

En se rendant aujourd'hui à Cournon-d'Auvergne dans le Puy-de-Dôme, à l'occasion de l'ouverture du 22 e Sommet de l'élevage, François Hollande s'inscrira une nouvelle fois dans la tradition chiraquienne. Il sera en effet, après Jacques Chirac, le seul chef de l'État à avoir assisté à cette manifestation exclusivement ouverte aux professionnels. Rien à voir avec la traditionnelle déambulation (obligée) au Salon de l'agriculture. Il s'agira plus, ici, de se faire entendre des exposants présents que de se faire voir du grand public. Pas question de simplement flatter le cul des vaches. Il faudra répondre à l'attente des éleveurs et honorer les promesses « semées » en février.
À la Porte de Versailles, François Hollande s'était engagé à agir en faveur des éleveurs dont les revenus « subissent le yo-yo du marché ». À l'approche de la mise en 'uvre de la future PAC, le chef de l'État avait souhaité plus de « retombées » pour eux. Autant dire que François Hollande est très attendu, alors que la Confédération paysanne de Bretagne a déjà averti ne pas vouloir « d'un Florange agricole ».
Le chef de l'État aura d'autant plus de mal à creuser son sillon qu'il lui faudra naviguer entre les exigences des éleveurs et les réticences des céréaliers. Ceux-ci, à travers la puissante FNSEA, n'entendent pas faire les frais de surdotations aux éleveurs par la réduction de leurs aides. Voilà le nouveau défi que va devoir relever François Hollande. On a cru comprendre qu'il arbitrerait en faveur des éleveurs.
Depuis des années, leurs revenus sont au plus bas en raison de la variabilité des cours et du renchérissement des intrants. On y ajoutera des conditions de travail et des contraintes réglementaires parmi les plus lourdes. Le soutien accru aux petites et moyennes exploitations et les convergences des aides relèvent de la logique lorsque subsistent d'énormes disparités avec les gros producteurs céréaliers. On devine le message que fera passer aujourd'hui François Hollande : la réforme de la PAC se fera dans la justice. Puisque tel est le « label » du quinquennat.

L’âme, cette enquiquineuse


A cause de son âme, un être humain ne peut pas être considéré comme une chose. Ça complique tout. Si nous pouvions être réduits à des choses nous pourrions fonctionner parfaitement et ne poserions plus aucun problème aux autorités civiles, ecclésiastiques et militaires. 
Mais tel n’est pas le cas : il y en a toujours, parmi nous, qui ne fonctionnent pas bien. On en vient parfois à regretter la bonne vieille psychiatrie soviétique qui, autrefois, déclarait malades mentaux ceux qui ne s’adaptaient pas en douceur. Un dissident était déclaré paranoïaque ou schizophrène, il était enfermé dans un asile psychiatrique et il recevait quotidiennement des injections qui faisaient de lui une copie conforme.
Par notre âme, nous pouvons embrasser la totalité de l’univers. Nous pouvons l’aimer ou le détester. Parce que nous avons une âme, nous pouvons dire non à tout avant d’être ensuite et parfois envahi par un sentiment de gratitude envers ce qui est, envers les plantes, les animaux, nos semblables. Sous les pavés, la plage, comme on disait en mai 68. Parce que nous avons une âme, nous sommes potentiellement des marginaux, des artistes, des révolutionnaires. Possibilité étonnante, mais aussi terrifiante, puisqu’un révolutionnaire peut poser des bombes, exécuter des innocents, renverser l’ordre des choses et provoquer le chaos.
Sans âme, un homme est un élément idéal pour un système totalitaire, dont la caractéristique est de faire fonctionner tout le monde et toutes choses. Un système totalitaire parfait ne réprimerait pas ; il administrerait judicieusement des gouttes d’huile pour qu’aucun grincement ne se produise. La réintégration des criminels nous en donne un avant-goût. Devant les méchants, on a recours à une burette à huiler. Ils n’ont pas une âme bonne ou méchante. Au-delà du bien et du mal, ils ont simplement dysfonctionné et il faut les réintégrer dans les rouages de la société.
Un système totalitaire achevé serait quelque chose de nouveau dans l’histoire humaine. Autrefois, les atteintes à l’ordre public passaient par l’emprisonnement, une décapitation, la torture. Aujourd’hui, plus rien de tel n’est envisagé. Le totalitarisme, encore en gestation, se veut doux. Quand est-ce qu’il est né ?
Au début du 19ème siècle, comme l’a signalé Alexis de Tocqueville en 1830. Plus tard, Nietzsche n’a pas parlé de totalitarisme, mais du « dernier homme ». Avec cette expression, il désignait un ordre des choses où les hommes auraient perdu leur âme dans un nivellement démocratique. L’image qu’il employait était parlante. Au dernier homme, on demande de regarder le ciel étoilé : il cligne les yeux et déclare ne rien voir. C’est donc un individu qui ne voit rien au-delà de ce qui l’entoure, comme les vaches ou les chiens. Mais il vit dans un Etat de droit et il vote !
Après Nietzsche est venu Kafka qui, du début du Procès, dessine la figure de Joseph K. qui, un matin se réveille devant deux fonctionnaires qui lui signalent qu’il est accusé. De quoi ? Il n’arrive pas à le savoir et il n’arrive pas à comprendre comment cela lui arrive. Il n’y a pas de guerre, il vit lui aussi dans un Etat de droit, les lois sont respectées. Tout ce qui se passe dans son âme (indignation, révolte, espoir) n’a aucune importance. Il est pris dans une immense machinerie. Que se passe-t-il ? Il ne comprendra jamais et sera finalement liquidé dans un terrain vague.
Quant à « l’âme des peuples », on n’en parle même plus. Il ne s’agit plus que de faire diminuer leur déficit public et de faire augmenter la croissance selon un modèle abstrait, l’Allemagne ces jours. L’histoire d’un pays n’existe plus, sauf dans les musées. Quand des tensions se produisent entre deux pays, on met tout en œuvre pour les inscrire dans la logique d’un système interétatique, comme lorsque Catherine Ashton a apporté des oranges à Mohamed Morsi dans sa prison. Il fallait lui faire comprendre que l’Europe se souciait de lui et allait tout arranger. Seuls les djihadistes font encore problème, mais eux aussi on les intégrera ou on s’en débarrassera comme des grains de sable qui empêchent le système international de ronronner.
Le sociologue polonais exilé à Londres, Zygmunt Baumann, parle de liquéfaction pour désigner cet étrange mouvement qui emporte peuples et individus dans une indifférenciation croissante et qui devrait éliminer toute friction. Il est peu probable que ce processus arrive à son terme. Staline demandait combien le pape avait de divisions blindées. Finalement, ce sont les âmes de peuples ou d’individus, qui ont eu le dessus. Mais il reste que le mouvement vers un parfait fonctionnement par liquéfaction de tout et de tous est bien en marche.

Démocraties sans ligne rouge

Démocraties sans ligne rouge


« Fermé. » C'est ce qu'on pouvait lire, hier, sur les grilles du Memorial Lincoln, à Washington. Impossible de venir rendre hommage à un des pères de la nation américaine. Motif ? Tous les parcs nationaux sont fermés en raison du fameux Shutdown, la « fermeture » du gouvernement fédéral.
Dommage. Dans son film sur Abraham Lincoln, l'an dernier, Steven Spielberg nous avait montré un curieux mais instructif principe politique. Pour obtenir, de haute lutte, le vote du Congrès pour abolir l'esclavage, Lincoln ne négligea aucun moyen, pas même la corruption d'élus, pour arriver à ses fins. Morale : c'est grâce aux pires compromissions, mais au nom d'un intérêt supérieur, que le Congrès américain put, in fine, écrire une des pages les plus nobles de son histoire.
Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui à Washington, il faut tout simplement renverser ce théorème. En refusant le moindre compromis avec la Maison-Blanche, les élus républicains ont d'abord servi un intérêt particulier. Celui de leur propre reconduction, l'an prochain, lors des élections de mi-mandat. La bataille des primaires à droite s'annonce si féroce dans de nombreuses circonscriptions acquises aux républicains, que les positions se radicalisent.
L'angélisme, bien sûr, n'est pas, et n'a jamais été, le bien le plus répandu sous la coupole du Congrès. Et les républicains ont des raisons de contester la politique d'Obama. Des raisons de fond. Des raisons de forme. Tout le monde prend acte, d'ailleurs, de la faiblesse de l'actuelle administration.
Mais le clash de lundi soir n'est pas tout à fait comme les autres. Dans un contexte de crise, il va d'abord avoir un coût. Près d'un point de croissance d'ici à Noël, disent les économistes. C'est beaucoup, au sortir de plusieurs années noires.
Paralysie chronique
Surtout, il confirme la paralysie désormais chronique dont souffre la démocratie américaine. On l'a constaté, l'an dernier, sur le budget. Comme si les intérêts partisans n'avaient plus de frein. Comme si la culture institutionnelle, le respect des institutions au-dessus et au-delà des partis, n'avait plus de voix. Plus de place. Plus de passeurs, d'un camp à l'autre.
L'Amérique n'est pas le seul théâtre où la démocratie met en scène ce type de dérive partisane. L'Italie, depuis samedi, en offre une autre grande illustration. Un homme, Berlusconi, dicte à des élus de la Nation ce qu'ils doivent faire pour endiguer sa disgrâce. Et ils le font !
Comme si la culture du calcul politique ne connaissait plus aucun barrage. Sous la pression des extrémistes du Tea Party, l'élu républicain de base tire la barque encore plus à droite. Et comme l'évaluation de ces calculs est désormais objet des analyses médiatiques, sur la place publique, le frein de la notoriété n'existe même plus.
Difficile de ne pas voir, au-delà de la droite américaine, une crise plus structurelle de nos fonctionnements démocratiques. À trop plaquer la démocratie sur le seul exercice comptable du vote, ou sur la mécanique institutionnelle des poids et contrepoids, on a perdu de vue la nécessité d'une ligne rouge. Non pas celle qu'un camp impose à un autre camp, ou qu'une élection inflige au sortant. Mais la ligne rouge qu'un élu (et avec lui chaque électeur) s'impose à lui-même pour ne pas miner la hiérarchie des intérêts. La grande question éthique n'est pas théorique. Depuis hier, en butant sur les grilles du Memorial Lincoln, on la touche des deux mains.
Laurent Marchand

Commerçants, la nuit au lit et le dimanche à la messe!


Tout se passe comme si le système économique et commercial français revenait au Moyen Âge. Trois jours après que Sephora ait été condamné à fermer son magasin des Champs-Élysées à 21H, on apprend jeudi soir que Castorama et Leroy-Merlin vont devoir fermer leurs magasins d’Île-de-France le dimanche. Comme Bricorama avait dû le faire, il y a six mois. Alors là, c’est incroyable.
Sephora ferme la nuit sur les Champs-Élysées. Mais pourquoi ? Ça gène qui ? Et bien ça gène les salariés qui voulaient faire des heures sup’, ils gagneront moins. Ça gène aussi les touristes du golfe qui avait l’habitude de sortir du George V ou du Fouquet’s pour se parfumer. Et bien ils partiront un jour plus tôt pour s’arrêter à Londres faire leurs stocks de Dior ou de Chanel.
Mais la vraie catastrophe, c’est la fermeture annoncée de toutes les grandes enseignes de bricolage et de jardinage de la banlieue parisienne. Mais qu’est-ce qu’ils vont faire les bobos et les cadres sup’ ? Regarder Drucker ? Ils ne vont tout de même pas retourner au golf le dimanche, ils y vont déjà le samedi pour échapper aux courses à l’hypermarché. Carrefour, Leclerc et autres, ils n’aiment guère mais la grande surface de bricolage c’est différent. C’est leur domaine, leur jardin secret avec des ateliers d’initiation, des catalogues, des démonstrations. Et tous ces auto-entrepreneurs qui retapaient l’appartement de leur voisine, ils vont se fournir où si le Bricorama du coin est fermé ? On comprend que le gouvernement veuille surveiller de près ces auto-entrepreneurs du dimanche. En leur fermant Leroy-Merlin ou Casto’, il les empêche de travailler. Bien joué ! Plus efficace que de supprimer les franchises fiscales.

Un archaïsme à réveiller l'Inquisition

En attendant, tout ce petit monde ne va quand même pas passer son dimanche à la messe. D’ailleurs le dimanche, les églises ne sont toutes pas ouvertes l’après-midi. Cette histoire d’horaires d’ouverture des magasins est d’un archaïsme à réveiller l’inquisition. On doit être le dernier pays au monde à prendre des décisions aussi absurdes et aussi préjudiciables à l’ensemble de l’économie. Le comble c’est que certains viennent nous raconter aujourd’hui que l’ouverture des commerces le dimanche ne créer pas de valeur donc pas d’activité, pas d’emplois, pas de croissance… D’ailleurs à les écouter, les entreprises qui s’y prêtent ne le font que pour embêter les syndicalistes. Bien sûr !
Le dernier épisode est né d’une plainte déposée par Bricorama qui s’était vu interdire de faire du commerce le dimanche et qui s’étonnait que ses concurrents puissent rester ouverts. Résultat : comme à l’école, pour ne pas avoir d’histoire, le juge a puni tout le monde. Il a demandé à tout le monde de fermer. Il aurait pu faire l’inverse. Il aurait pu autoriser tout le monde à ouvrir. Ceux qui le voulaient l’auraient fait, les autres non. Ca n’aurait gêné personne. Et bien non tout le monde est puni. Le commerçant qui perd du chiffre d’affaires : Bricorama a perdu 23% l’an dernier et 250 emplois, les salariés qui perdent du pouvoir d’achat quand ça n’est pas leur emploi, les clients qui vont tourner en rond le dimanche faute de percer les murs et de tondre les pelouses. Ne parlons pas du touriste étranger qui va se parfumer l’après-midi puisque la nuit il est désormais interdit de commerce. Au lit, les américains et les qataris ! Sephora is closed !

Le code du travail, l'autre petit livre rouge

Et pourquoi tout cela ? Parce que le code du travail l’impose et que l’intersyndical du commerce exige que le code du travail soit appliqué. Rappelons que l’interdiction de travailler la nuit est très ancienne. Elle date de l’époque où le travail industriel était très pénible, qu’il y avait les trois-huit et qu’il fallait absolument règlementer tout cela. Aujourd’hui c’est évidemment complètement diffèrent. Mais impossible d’adapter le code du travail. Et depuis une semaine on a une administration qui enregistre les décisions sans mot dire et des responsables politiques qui baissent les yeux et n’osent pas commenter. Invraisemblable.
La logique voudrait dans la situation actuelle que tous les commerçants qui veulent ouvrir, la nuit, le jour et le dimanche puisse le faire. Après tout, si Sephora ouvrait le soir c’est qu’il y trouvait intérêt. Si Leroy-Merlin restait ouvert le dimanche, c’est parce qu’il avait des clients. Les entreprises qui travaillent contre leurs propres intérêts pour s’opposer à l’archaïsme syndical sont assez peu nombreuses. Il y a des tordus parmi les chefs d’entreprises, mais en général ils ne tiennent pas longtemps. Dans cette affaire, le gouvernement aurait indiqué à plusieurs reprises qu’il n’avait pas l’intention de modifier la loi. La messe du dimanche est dite. Quant aux soirées, il faudra rester chez soi regarder la télé ou alors faire ses courses sur internet. Amazon, e-Bay, C-discount n’en peuvent plus cette semaine. Ils adorent le gouvernement francais. Non seulement ce gouvernement n’a pas encore trouvé le moyen de fiscaliser leur activité mais voila qu’il fait fermer les enseignes franco-française pour leur envoyer les clients ! Ce pays est quand même formidable.

Jacques Sapir : Grèce vers un coup d’État ?

Jacques Sapir : Grèce vers un coup d’État ?

Le mystère de la plus grande éruption volcanique du dernier millénaire est résolu


C'était un défi lancé aux volcanologues, le mystère de l'éruption manquante. Au cours des trois dernières décennies, les carottages dans les calottes polaires du Groenland ou de l'Antarctique ont ouvert à ces chercheurs une fenêtre sur le volcanisme passé. Au fil des siècles et des millénaires, les régions polaires ont en effet patiemment tenu l'inventaire des aérosols projetés dans l'atmosphère par les volcans puis retombés sur les glaces qui les ont emprisonnés. Dans ce grand registre blanc, une datation revenait sans cesse, 1258-1259, accompagnée d'un dépôt de sulfates hors norme, signe qu'une colossale éruption avait eu lieu un ou deux ans auparavant. Les spécialistes estimaient qu'elle était respectivement huit et deux fois plus importante que les éruptions, déjà énormes, de deux volcans indonésiens, le Krakatoa en 1883 et le Tambora en 1815. Toute l'énigme résidait dans le fait que personne ne savait quel volcan avait bien pu produire pareil cataclysme. Aucun des candidats potentiels, El Chichón au Mexique, le Quilotoa en Equateur ou l'Okataina en Nouvelle-Zélande, ne correspondait à ses caractéristiques.

Pourtant, l'événement n'avait pas pu passer inaperçu. Ses retombées sont très présentes dans les chroniques médiévales européennes, qui ont noté que 1258 fut une année sans été (en raison de la présence des aérosols dans l'atmosphère). Voici par exemple ce qu'en dit le frère Richer, un moine bénédictin qui vivait à Senones, dans les Vosges (je me suis permis, pour une meilleure compréhension, de restituer une orthographe un peu plus moderne à cette vieille traduction du texte latin) : "Que dirai-je des fruits de cette année, vu que l'indisposition du temps était si grande qu'à peine l'ardeur du soleil pouvait rayonner sur la terre (...). Car au long de cet été les nues et brouillards pluvieux furent si fréquents qu'on l'eût plutôt estimé être un automne qu'un été. En premier lieu, le foin ne put être séché à cause des pluies incessamment tombées de l'air ; la moisson semblablement fut si abattue de pluies et d'humidité qu'elle fut retardée jusques en septembre. En sorte que dedans les épis, les grains germaient et qui pis est, comme la plus grande partie des grains fut mise aux greniers, elle se putréfia."
Le bénédictin poursuit ainsi : "Mais que pourrais-je dire de la vendange odieuse de ceste année, vu que personne n'en put tirer aucun profit ou émolument, et que telle chose ne se trouve par écrit être jamais advenue ? Quelle chose pourrait être plus misérable à dire, sinon qu'en tout cet été ne se put jamais trouver un seul grain de raisin propre à manger, même aux alentours de la Saint Rémi (1er octobre, NDLR), auquel temps naturellement mûrit le fruit de la vigne. Les raisins étaient si durs qu'il semblait qu'ils eussent imité la dureté des cailloux. (...) Encore n'ai-je assez exprimé l'infertilité de cette année ; car, pour dire brièvement, les herbes qu'on avait semées aux jardins ne crurent point. Les pommes et poires ne furent formées à leur grosseur accoutumée et n'avaient pas le même goût que les autres années. Ainsi cet an misérable, tant qu'il eut son cours, fut destitué de tous bons fruits." Si frère Richer n'évoque pas de famine, on a récemment découvert qu'une bonne partie des squelettes retrouvés dans un ossuaire londonien dataient... du milieu du XIIIe siècle :un tiers de la population de Londres est morte de faim en 1258 (ceux qui lisent l'anglais et voudraient en savoir plus trouveront ici une synthèse des conséquences climatiques et démographiques de l'éruption).
Depuis trois décennies, les volcanologues courent après le responsable et c'est une équipe internationale emmenée par des chercheurs français qui semble bien l'avoir attrapé dans une étude publiée le 30 septembre dans les Proceedings de l'Académie des sciences américaine (PNAS). Ainsi que me l'a expliqué Jean-Christophe Komorowski, professeur à l'Institut de physique du globe de Paris et co-auteur de cette étude, la résolution de l'énigme doit beaucoup à Franck Lavigne, professeur de géographie physique à l’université Paris-1 et spécialiste de l'Indonésie : "Une éruption de cette importance produit, lors de la formation d’une caldeira, de grandes quantités de pierres ponces recherchées à des fins commerciales. La présence de nombreuses carrières sur l’île de Lombok lui avait indiqué une intense exploitation de cette roche. Puis il a recherché des morceaux de bois carbonisé que la datation au carbone 14 a fait remonter au milieu du XIIIe siècle." Il n'en faut pas beaucoup plus pour que cela fasse tilt. Une équipe pluridisciplinaire est montée, qui part sur cette île volcanique dominée par le mont Rinjani. Cet immense et complexe édifice comprend, à l'est, le volcan du même nom, ainsi qu'une grande caldeira de 8 km sur 6. Cette structure, issue de l'explosion d'une chambre magmatique souterraine, intéresse les chercheurs. A-t-elle été capable de produire le cataclysme de 1257 ?
Sur place,en plus de la datation des troncs et branches carbonisés, les indices s'accumulent. Des indices physiques puisque les chercheurs ont retrouvé des retombées de ponce (2 m d'épaisseur) et de nuées ardentes (30 m d’épaisseur) à 25 km de la caldeira et ils en ont analysé les strates. De plus, ils ont vérifié que la composition des cendres volcaniques correspondait à ce qui a été retrouvé dans les carottages polaires. Mais l'équipe a aussi mis la main sur un merveilleux indice historique, un texte médiéval  rédigé en vieux javanais sur des feuilles de palmier, leBabad Lombok, lequel relate une éruption phénoménale sur l'île au XIIIe siècle. Le texte relate que le phénomène a duré une semaine. Il évoque des tremblements de terre, des vagues de matériau volcanique dévalant les flancs de la montagne, emportant tout sur leur passage et tuant quantité d'habitants. Surtout, il raconte comment l'actuelle caldeira s'est formée, par l'effondrement d'un volcan nommé Samalas dans le poème.
Mis bout à bout et analysés, tous ces éléments ont permis aux chercheurs de reconstituer les événements. "On avait là, culminant à 4 200 mètres d'altitude, un énorme volcan de 8 à 9 kilomètres de diamètre, avec le Rinjani sur le côté, résume Jean-Christophe Komorowski. Le Samalas avait déjà connu au moins deux éruptions explosives violentes par le passé mais il s'était reconstruit. Dessous, 40 km3 de magma très riche en gaz s'étaient accumulés dans la chambre magmatique." La pression est telle que ladite chambre finit par exploser. C'est un peu l'histoire du Vésuve et de Pompéi qui se rejoue mais en nettement plus puissant. Une quantité tellement importante de matériel est expulsée que l'édifice s'effondre en quelques heures, formant la caldeira. "Il s'agit d'une des plus grosses éruptions volcaniques des derniers 7 000 ans, ajoute Jean-Christophe Komorowski. Nous avons calculé que le panache est monté jusqu'à 43 km d'altitude. On a eu là des avalanches incandescentes de pierre ponce et de gaz, un peu comme la mousse qui déborde d'une casserole de lait bouilli, des nuées ardentes qui se sont répandues sur 25 km, sauf au sud où elles ont été bloquées par d'anciens reliefs volcaniques, ce qui explique que des gens aient survécu. Mais sinon, l'île a été dévastée. Cela a dû être le noir complet pendant des jours, des semaines voire des mois."
Pour l'éruption du Vésuve qui a englouti Pompéi, Herculanum, Oplontis et Stabies en 79, on parle d'éruption plinienne – en hommage à Pline le Jeune qui l'a décrite. Dans le cas du Samalas, on utilise l'expression d'éruption ultraplinienne, compte tenu de sa magnitude bien supérieure. La similitude de l'événement de 1257 avec celui de 79 ne s'arrête pas là. Car sur l'île de Lombok, qui était alors un royaume, il y avait une capitale, Pamatan. Celle-ci a été ensevelie et se trouve quelque part sous les cendres du volcan. La Pompéi d'Asie attend ses découvreurs...

La France et le modèle Allemand ou l'impossible réunification…


Ce qui fait la qualité de la société allemande et sa capacité de changement tiennent à plusieurs caractéristiques :
  • - La structure du tissu industriel et économique de l'Allemagne faite de beaucoup de PME organisées dans des länders
  • - La structure capitalistique de ces PME autour de familles qui gèrent elles-mêmes les entreprises
  • - La qualité des produits et la capacité commerciale, issue d'un dur apprentissage au sortir de la seconde guerre, qui permet aux Allemands de fixer leur prix
  • - Les Allemands détestent le déficit ; ils en ont connu le prix en 1930
  • - La représentativité des syndicats allemands (18.6% des salariés sont syndiqués) leur permettant de s'affirmer comme des négociateurs crédibles par les dirigeants des entreprises et de l'Etat
  • - La qualité du dialogue social rend les accords négociés entre partenaires sociaux transposables dans la loi et acceptés par la population.
  • - L'Allemagne est un pays qui sait se réformer lorsqu'il le doit
    La prof et le cancre...
Il est aujourd'hui admis que c'est grâce à la qualité des accords négociés sous le gouvernement Schröder que l'Allemagne a pu transformer, après des mois de négociations entre partenaires sociaux respectueux, l'organisation de l'assurance chômage, de la retraite et du code du travail. L'Allemagne a peu souffert de la crise économique mondiale et, aujourd'hui, elle envisage de modifier légèrement la structure de cette réforme pour corriger l'appauvrissement de pans entiers de la population.

En France, la structure est radicalement différente tant du point de vue sociologique qu'économique

  • - Le tissu économique français est construit autour de très grands groupes dirigés par des « managers » formés dans les plus grandes écoles. Ces grands groupes imposent leurs règles sur le marché français.
  • - La France sait produire des produits de très haute technologie et des produits de consommation de masse
  • - Le tissu de PME est faible et très fragile du fait de la négociation permanente que les grands groupes leur imposent.
  • - Le pourcentage de syndiqués en France est faible : légèrement supérieur à 7% ; la faiblesse de ce nombre a pour conséquence de rendre les accords difficilement négociables ou admissibles par la population. La qualité deu dialogue entre les partenaires sociaux est de ce fait médiocre
  • - La Loi sur la représentativité des syndicats dans les entreprises a provoqué des conflits et des dissensions entre les syndicats et de ce fait a rendu le dialogue encore plus complexe. Ainsi, l'accord de l'ANI a été signée par des organisations syndicales ne représentant probablement pas la majorité des syndiqués... La question de la légitimité de cet accord s'est posée et se pose encore bien que transposée dans la Loi.
  • - Les dirigeants des entreprises rêvent d'un monde sans syndiqués et ont un grand mépris à l'égard des syndicats.
  • - Le pouvoir centralisé de la France, malgré des tentatives de régionalisation, ne permet pas d'adapter les Lois aux spécificités des territoires et rend difficile la réforme
  • - Le Français n'a pas la culture de la rigueur économique.
Jusqu'à récemment, ces caractéristiques ont malgré tout permis de développer le modèle à la française avec ses avantages et ses inconvénients. La mondialisation et le modèle libéral s'étant imposé partout par ailleurs, ce modèle se doit d'évoluer pour rester adapté au monde. Doit-il le faire en allant vers le modèle allemand ?
La hauteur de marche à franchir tant d'un point de vue social qu'économique entre les deux modèles est immense structurellement. Adopter le modèle Allemand demanderait des années de dur labeur collectif et d'un changement radical de conception de la société et de notre tissu économique, ce que les grands groupes ne verraient pas forcément d'un bon œil....
Et pour que cela puisse fonctionner, la première étape consisterait à encourager les salariés à se syndiquer pour rendre crédible aux yeux de la population le dialogue social entre les partenaires qui gèrent les caisses sociales.

Ce nouveau dialogue pourrait permettre de redéfinir un code du travail plus simple

Au vu de la culture de certains chefs d'entreprises qui ne tolèrent pas la présence d'un seul syndiqué ou de l'image que renvoient certains syndiqués qui ne décident de représenter leurs collègues que pour se protéger, ou bien restent arcboutés sur les acquis des années de prospérité, cela risque de prendre beaucoup de temps de convaincre un plus grand nombre de salariés d'adhérer à des syndicats afin de transformer le dialogue actuel en négociations valables et crédibles.
Les dirigeants actuels des entreprises ont le plus grand mal à considérer avec sérieux une augmentation des syndiqués dans leur entreprise les considérant comme des ennemis de leurs entreprises et non comme des partenaires socio-économiques avec qui discuter et négocier. Cela est le premier problème à résoudre et il se chiffre en années de travail.
D'ici à ce qu'il soit réalisé, la donne aura probablement à nouveau changé et le modèle allemand ne sera peut-être plus le bon élève à suivre.
Non, le modèle allemand est en pratique quasiment inadaptable au modèle français.
Par contre on peut imaginer que la France trouve son propre chemin en tenant compte de ses qualités, de ses atouts et de sa sociologie sans chercher à copier ses voisins. Redéfinir un contrat social, repenser un code du travail simplifié, ouvrir des négociations sur les notions de solidarité entre actifs et générations, voilà qui signerait certainement le retour d'une base sociologique forte qui permettrait le retour de la France dans le giron des pays qui comptent.

L'Etat attaque Bernard Tapie au civil pour "faute"


Nouvelle offensive judiciaire contre Bernard Tapie. L'Etat, le Consortium de réalisation (CDR) et l'Etablissement public de financement et de restructuration (EPFR) – deux structures chargées de gérer le passif du Crédit lyonnais – ont assigné l'homme d'affaires, lundi 30 septembre, en responsabilité civile pour faute, contractuelle et délictuelle, devant le tribunal de grande instance de Paris, de même que son avocat Me Maurice Lantourne et l'arbitre Pierre Estoup. Ces trois hommes sont déjà mis en examen dans la procédure pénale pour"escroquerie en bande organisée".

Selon le spécialiste en droit arbitral Thomas Clay, cette action judiciaire signifie que "l'Etat met tout en œuvre pour récupérer l'argent de la sentence arbitrale. En effet, les conditions de reconnaissance de la faute au civil sont plus simples à obtenir qu'au pénal, pour engagerun processus de réparation".
L'Etat ne souhaite laisser aucune échappatoire juridique à M. Tapie, toujours dans le cadre de l'arbitrage ayant accordé, en juillet 2008, 405 millions d'euros à l'homme d'affaires, en conflit depuis de longues années avec le Crédit lyonnais à propos de la vente d'Adidas. L'Etat lui réclame désormais le remboursement de cette somme. Le 26 juillet, deux recours contre cette sentence – un recours en rétractation et une déclaration d'appel-nullité – avaient été déposés par le CDR. Les conseils du CDR s'appuyaient notamment sur les investigations, au pénal, menées par six juges d'instruction, qui ont permis de mettre au jour une longue série d'anomalies ou d'irrégularités dans l'arbitrage Tapie.
"RISIBLE"
Ces recours exploraient les relations avérées entre Pierre Estoup, le rédacteur principal de la sentence, et Me Maurice Lantourne, l'avocat de M. Tapie. Les deux hommes ont entretenu des liens commerciaux dans au moins une dizaine de procédures. Or l'arbitre avait une obligation de "révélation étendue", qu'il ne semble pas avoir respectée.
Le CDR est chapeauté par l'EPFR, une structure dépendant de Bercy. Il avait déjà déposé, le 28 juin, deux premiers recours, en révision et en annulation de la sentence arbitrale. Interrogés par Le Monde, les conseils de M. Tapie, Mes Jean-Georges Betto et Hervé Témime, ont vivement réagi à l'ouverture de ce nouveau front judiciaire: "C'est Bernard Tapie qui a été victime d'une escroquerie portant sur des montants considérables. L'Etat, dont dépendent le CDR et l'EPFR, devrait avoir à cœur d'en élucider le déroulement et d'en identifier les auteurs. Au lieu de cela, il s'est joint au CDR et à l'EPFR pourannoncer bruyamment qu'étaient réclamés à nouveau plus de 400 millions d'euros à Bernard Tapie dans une nouvelle action civile. Leurs demandes cumulées se portent maintenant à 1,6 milliard d'euros. Ce serait risible si ces actions n'étaient pas contradictoires entre elles et ne s'affaiblissaient pas mutuellement."
Pour les conseils de M. Tapie, cette action civile de l'Etat s'accompagne "d'un sursis à statuer jusqu'à ce qu'une décision pénale définitive soit intervenue. Autant dire qu'aucun jugement ne pourra être rendu avant des années. Les manœuvres procédurales du CDR et de l'EPFR risquent de coûter bien plus cher à l'Etat que les 180 millions d'euros revenus en définitive à M. Tapie après l'exécution de la sentence arbitrale".

Roms : cet arbre qui cache si bien l’immense forêt…

Trêve de guerre ! La hache est momentanément sous terre et les querelles suspendues jusqu’à nouvel ordre. Voilà notre pays résolument soudé contre un ennemi commun : les Roms.

Gauche et droite sont maintenant d’accord pour dire que ces derniers posent problème. La seule différence : la droite fustigeait les camps de Roms tout en restant les bras croisés. La gauche les démantèle après avoir insulté ceux qui projetaient de le faire.
Nous voyons ainsi Manuel Valls accuser de stigmatisation Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a déclaré que les Roms harcelaient les Parisiens, pour ajouter ensuite lui-même que seule une minorité de cette communauté cherchait à s’intégrer. Dénoncer un constat que l’on approuve (car il ne faudrait pas, quand même, confondre gauche et droite !) et que l’on appuie finalement avec force, ou comment s’engouffrer dans une brèche avec l’air de ne pas y toucher… Bien joué, Monsieur Valls, bien joué !
Et ce ne sont pas les Français qui désapprouveront les discours de ces derniers jours. 77 % d’entre eux confessent approuver les propos du ministre de l’Intérieur, 93 % jugent que les Roms s’intègrent mal et l’on constate que les électeurs de gauche ont un avis presque aussi sévère que ceux de droite.
Il faut croire que les 20.000 Roms dispersés en France ont réussi à eux seuls l’exploit de fédérer les foules autour de leur cas et déchaîner contre eux-mêmes l’hostilité la plus farouche et la plus unanime alors que les gens ne parviennent plus à s’entendre au sein de leur propre parti. Mais tout ce vacarme pour 20.000 âmes, quand notre beau pays regorge de cas préoccupants et que l’insécurité la plus consternante y fleurit en toutes saisons… Ne se moque-t-on pas un peu du monde ?
L’on nous présente les Roms comme une caste délinquante ou désintégrée, mais n’ont-ils pas, quelque part en France, de sérieux concurrents ? Faut-il rappeler l’existence de Marseille, du Bourget ou de La Courneuve, où l’on ramasse maintenant des carcasses d’hommes comme autrefois celles des voitures ? Il y a bien d’autres communautés qui posent problème en France et dont le « harcèlement » évoqué par NKM dépasse de beaucoup le fait de mendier en haillons ou de faire les poches des touristes.
Mais nous savons bien ce qu’il advient de ceux qui ont encore un peu d’audace pour évoquer ce sujet tabou. Les gens s’offusquent de suite : vous êtes un raciste et le débat est clos. Fort heureusement, les Roms ne viennent pas du Sahel, si bien qu’il est aisé de les critiquer sans se voir accablé de cet anathème.

Ayrault vend sa « Politique familiale » dans “La Croix”

Ayrault vend sa « Politique familiale » dans “La Croix”
Passez muscade. La grogne des familles des classes aisées et moyennes à propos des impôts et rabotages en tous genres qui vont durement frapper leur pouvoir d’achat, ce n’est qu’un refus égoïste de comprendre la vraie, la belle, l’efficace politique familiale de l’Etat-Hollande. Les inquiétudes devant l’enseignement de plus en plus ouvertement agressif de la théorie du genre peuvent aller se rhabiller : Jean-Marc Ayrault – « Il n’est pas question d’introduire je ne sais quelle idéologie à l’école ! » (Elle y est déjà…)
Interviewé par La Croix, servi par des questions complaisantes, le Premier ministre n’est même pas contredit dans « l’analyse » qui accompagne son propos et ne fait que le résumer. A peine a-t-on laissé la parole à Hervé Mariton, qui craint tout juste de voir les questions qui fâchent – genre, PMA, déstructuration de la famille – resurgir dans le débat.
La Croix fournit pourtant en encadré tout ce qui a déjà été fait contre les familles : réduction de prestations selon les revenus, plafonnement plus sévère du quotient familial, suppression de la réduction d’impôts pour frais de scolarité, majoration de retraite aux parents de familles nombreuses soumise à l’impôt. A l’inverse, de nouvelles dépenses favorisent la famille éclatée et la séparation précoce des enfants de leurs familles : scolarisation des enfants dès 2 ans, création de 275 000 places pour « l’accueil » des tout-petits, organisation étatisée des activités « périscolaires », revalorisation des aides aux seules familles en difficulté et spécialement aux mères isolées.
Jean-Marc Ayrault explique d’emblée de quoi il s’agit : sauver le socialisme. Pour éviter que l’assurance privée ne se substitue un jour « à notre système de protection ». Pour éviter que certains ne tentent de remplacer le système des retraites par « les fonds de pension ». « La cellule familiale se porte mieux quand la société se porte mieux », titre obligeamment encore La Croix, citant le propos central du Premier ministre qui sans être faux, met la charrue avant les bœufs de manière on ne peut plus classiquement collectiviste.
Cette « politique familiale juste » n’est pas une politique familiale, même avec ses vestiges de justice que sont les allocations familiales qui n’arrivent pas à sauver de la paupérisation les familles nombreuses de classe moyenne. C’est une politique sociale pensée pour privilégier les familles qui pour une raison ou pour une autre ne fonctionnent pas : absence du père, manque de moyens pour cause de chômage, compensation du fait qu’un seul salaire ne suffit pas, la plupart du temps, à faire vivre une famille. L’Etat prend aux familles l’argent dont elles ont besoin pour subsister – et sa main est de plus en plus lourde – pour redistribuer, assister et au bout du compte asservir.
Ce modèle pervers lui permet de façonner l’image de la famille : « Le gouvernement aime les familles, toutes les familles », martèle le Premier ministre : « Dire que la gauche n’aime pas les familles, c’est faire de la propagande. » Mais la gauche aime les familles monoparentales, les familles homoparentales, les familles recomposées à qui, à la suite de la « droite » et de manière encore plus radicale, elle a donné ce statut de famille. De dysfonctionnements et d’accidents de la vie on a fait des modèles, sans tenir compte du fait qu’en moyenne, les enfants élevés dans le foyer unique, stable et fidèle composé par leurs deux parents s’en sortent mieux sur tous les plans – et la société avec eux.
Inutile de dire que les journalistes de La Croix ne lui opposent ni Rousseau, ni Marx, ni Jules Ferry, ni Jaurès, tous ces théoriciens du retrait des enfants aux pressions des traditions et des cultures familiales dont Vincent Peillon est aujourd’hui le porte-drapeau.
Sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples homosexuelles et sur l’idéologie du genre enseignée aux petits, Ayrault feint de ne rien voir et La Croix gobe le discours. Pourtant la pression du puissant et actif lobby LGBT reste entière.
Quant à faire croire qu’en matière de genre l’école ne s’attaque qu’aux « stéréotypes de genre », cela fait longtemps qu’on nous la fait. « Sil s’agit de faire reculer les stéréotypes, je pense que tout le monde sera d’accord », affirme Ayrault. Mais la lutte contre les « stéréotypes », ce n’est jamais que le gender traduit en actes. Le « mariage » homosexuel en est la manifestation la plus spectaculaire : il faudra bien que les écoles « gratuites pour toutes les familles », comme ose le dire Jean-Marc Ayrault, le présentent comme « normal ». Et la théorie du genre est omniprésente dans les manuels de SVT de première. A quoi s’ajoute la banalisation dès le primaire de toutes les « orientations sexuelles ».
Le lobby aurait tort de se plaindre…

mardi 1 octobre 2013

Écolos : dehors les charlots !

Lilliputiens, mais nuisible.


« J’en ai ras’l'bol ! » : madame la ministre des réquisitions de locaux appartenant au clergé et de la nationalisation des loyers tente une diversion en adoptant un style relâché, qu’elle veut conforme à son image d’adolescente tardive. Le 26 septembre, Cécile Duflot invoque les « valeurs » d’un nuageux « pacte républicain », présenté comme le gardien de la cohésion nationale et des qualités gustatives du fromage de tête réunis, menacé par la diatribe (de gauche ?) anti-Roms du ministre de l’Intérieur (Roms, unique objet de ses ressentiments…). Imagine-t-elle qu’on oubliera, avec sa misérable parodie de républicanisme outragé, cette calamiteuse semaine, au terme de laquelle l’image de son parti sortit encore plus dégradée, si cela était possible ?
Dans un entretien au Nouvel Observateur, le 25 septembre, Pascal Durand déclare qu’il abandonne la direction des Verts : direction, vraiment ? La seule direction que M. Durand peut revendiquer, c’est celle de la sortie, que lui ont désignée Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé : « La manière dont il a été traité est humiliante. Ça me choque et je n’aime pas ces méthodes. Pascal n’était qu’un patron par procuration […] les vrais patrons sont ceux qu’on appelle la firme : Cécile Duflot et ses amis. Même si Cécile Duflot est une bonne ministre, elle n’a pas lâché la direction des Verts. Mais ces derniers ne se sont pas créés pour être soumis au bon vouloir d’un clan. C’est le contraire de ce que défendent les écologistes. » (Noël Mamère, Le Monde, 25 septembre.)
L'emmerdeuse
À la vérité, la démission de M. Durand, pour reprendre une expression fortement expressive et joliment crapuleuse, « on s’en tamponne le coquillart ». Ses déclarations ne passaient que rarement le cercle de ses prétendus amis (à une exception près, qui lui fut fatale, son ultimatum du 14 septembre au gouvernement, auquel il donnait six jours pour fournir les preuves de son engagement en faveur de la transition énergétique), quant à ses jugements, ses observations, ses analyses, ils ne sont restés que dans la mémoire de son ordinateur. L’homme ne manque pas de qualités, mais, dans l’actualité fluctuante, il pesait aussi peu que son parti dans les urnes. Cependant, son éviction est révélatrice des pratiques établies et appliquées par les vrais patrons de ce parti « de cabinet » (aucune allusion, ici, aux toilettes, seulement aux ministères). Exit M. Durand.
Le couteau à la main, Noël Mamère, dans l’entretien au Monde déjà cité, pénètre plus profondément dans la plaie : « J’ai décidé de quitter EELV parce que je ne reconnais pas le parti que j’ai représenté à la présidentielle de 2002. […] Notre parti ne produit plus rien : il est prisonnier de ses calculs et de ses clans. Nous sommes devenus un syndicat d’élus ». Il ne saurait mieux dire, mais que ne l’a-t-il dit avant ! Nous savions que ces prétendus agitateurs d’idées moulinaient l’air et prenaient des poses avantageuses, afin de passer pour ce qu’ils ne sont pas : ni révolutionnaires, ni même réformateurs. Progressistes de congrès encolérés, insurgés de tribunes décentralisées, les écolos de gouvernement abandonnent aux obscurs militants le plaisir des vertes prairies, lui préférant la chlorophylle des jardins à la française de leurs ministères. Si fascinés par eux-mêmes qu’ils mériteraient l’appellation d’égologistes, ils éprouvaient hier la fascination de leur nombril, qu’ils confondaient avec le globe terrestre ; considérant les emplois qu’ils occupent aujourd’hui dans l’appareil d’État, ils sont saisis d’un vertige ascensionnel. Les plus aveugles ou les plus optimistes d’entre eux s’interrogent encore : « Jusqu’où n’atteindrons-nous pas ? ». Mme Duflot, cheftaine infantile et ambitieuse, fayote impudemment avec le Premier ministre et, surtout, avec François Hollande : un maroquin de prestige, c’est à dire régalien, suffirait à contenir ses emportements feints et à entretenir sa soumission réelle. Il n’est plus sûr qu’elle l’obtienne. Car, s’il est vrai que, grâce à Martine Aubry1 et à l’habileté manœuvrière de Jean-Vincent Placé, ces gens ont su faire fructifier la minuscule bourse de confiance que leur avait accordée le suffrage universel, leur trésor pourrait fondre rapidement : pour ces outrecuidants, la roche Tarpéienne est proche du capital…
Après la débâcle de ce parti lilliputien, puis sa disparition, on se demandera comment tout cela aura été possible. Hors le navrant spectacle de leur hystérie, de leurs dissensions, de leur appétit des places et des honneurs, les Verts de pouvoir n’auront rien apporté à la société française. Aucune loi digne de ce nom : se sont-ils seulement souciés des conditions de transport des animaux de boucherie, par exemple ? Ont-ils voulu adoucir les procédures d’abattage des bêtes sacrifiées à un Dieu colérique ? Qu’ont-il seulement suggéré pour contrer la folie immobilière, publique et privée, qui ravage le paysage français2 ? Ils ont préféré les épisodes de téléréalité qu’offrent régulièrement les faucheurs de maïs transgénique ! Cette secte de parvenus énervés sombrera dans le néant, d’où ses membres ne sont sortis que grâce à la capacité de nuisance des socialistes entre eux. L’écologie de gouvernement n’aura jamais favorisé que des politiciens subalternes déguisés en rebelles de magazine.