TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

vendredi 4 février 2011

Avec les manifestants de la place Tahrir

Une sorte de «république autonome» a vu le jour, retranchée derrière les barricades, au centre du Caire. 

Une petite entité autonome défie le gouvernement égyptien depuis le centre du Caire. Entourés par les chars de l'armée, assiégés par des contre-manifestants, les protestataires anti-Moubarak se sont installés sur la place de la Libération dans une atmosphère de camp retranché qui tourne parfois à la fête foraine. Cette minuscule république autonome n'a ni chefs reconnus ni réelle structure mais n'en est pas moins étonnamment bien organisée.
La défense notamment. Après les batailles rangées de la veille, où ils ont repoussé à coups de pierres jusqu'à la nuit les assauts des partisans de Moubarak, les protestataires ont fortifié les neuf accès de la place. Des barricades ont été édifiées avec tout ce qui leur tombait sous la main, carcasses de voitures, barrières de chantier d'un hôtel en construction et toutes sortes de matériaux. En avant de ces remparts, des tas d'ordures ont été alignés en travers de la chaussée et aspergés d'essence, prêts à être enflammés. Plusieurs lignes de défense ont été aménagées. Derrière ces remparts, des jeunes gens montent la garde, prêts à repousser de nou­velles attaques, avec des empilements de pierres comme réserves de munitions. À la moindre alerte, on tape furieusement sur les barrières métalliques et des panneaux pour battre le rappel des renforts. Des femmes ont confectionné de curieux casques en carton et les terre-pleins de la place ont été transformés en carrières d'où l'on extrait des gravats qui serviront de projectiles.
Un service médical d'urgence s'est mis en place. Une petite mosquée coincée dans une allée qui mène à la place sert d'hôpital principal. Des antennes médicales avancées sont installées près des lignes de défense, quelques chaises et des bâches sur lesquels on allonge les blessés. Les médecins et les infirmiers sont des bénévoles, souvent des étudiants en médecine, en même temps que des militants.
Dans le petit poste de secours improvisé du côté du Musée égyptien, où ont eu lieu les affrontements les plus violents, le Dr Sherif Omar a les yeux cernés, mais les jeunes infirmières le couvent du regard. Sa blouse est maculée de sang et de teinture d'iode, après qu'il a traité des centaines de blessés pendant les combats de la veille, qui se sont poursuivis tard dans la nuit. «Nous occupons cette place pacifiquement depuis maintenant six jours. Et soudain, nous avons été attaqués par des hooligans prétendant manifester pour la stabilité», explique le jeune médecin. «Si Moubarak ne s'en va pas, il y aura de nouveaux heurts. Les médias d'État nous décrivent comme de dangereux émeutiers qui menacent la stabilité du pays. Alors que les casseurs et les fauteurs de troubles sont ceux qui nous ont attaqués avec des cocktails Molotov. La plupart sont des policiers en civil qui se font passer pour des manifestants», dit le Dr Omar.

Chasse aux policiers en civil 

La chasse aux policiers en civil infiltrés est générale. Des groupes passent en entraînant avec eux des agents provocateurs démasqués. On les interroge dans une agence de voyages de la place. La veille, trop nombreux, ils ont été regroupés dans une des entrées de la station de métro Sadate, transformée en centre de détention improvisé. Une petite exposition a été installée sur le trottoir, montrant les cartes d'identité des policiers, un cocktail Molotov, des couteaux, des coups-depoing américains et des étuis de car­touches de tous calibres saisis un peu partout, avec une pancarte au stylo indiquant qu'ils avaient été saisis sur des policiers.
Loin d'avoir découragé les protesta­taires, l'attaque des partisans de Moubarak semble avoir plutôt développé leur détermination. «Le dernier discours de Moubarak m'avait convaincue, dit Hanna Mohammed, une toute petite dame au visage entouré d'un foulard rouge. Je me disais qu'après tout, on pouvait bien attendre six mois avant qu'il ne s'en aille, au bout de trente ans ce n'est pas grand-chose. Mais en envoyant hier des Égyptiens contre d'autres Égyptiens, il a commis quelque chose de terrible. Ce qui s'est passé ici mercredi m'a fait revenir sur la place de la Libération, et je vais y rester.»
Les haut-parleurs hurlent jour et nuit. D'un côté, les Frères musulmans scandent des «Allah est grand» toutes les trois phrases. De l'autre, le guitariste Romi Essam fait cracher à ses amplis un rock humoristique sur Moubarak, guitare à la hanche, un bandage sous sa cas­quette.
Sur le terre-plein central, des gens dorment pêle-mêle à même le sol, enroulés dans des couvertures. Un groupe de jeunes filles a monté une tente baptisée «Hôtel de la Liberté». «Moubarak en a fait hésiter certains en annonçant qu'il ne se représenterait pas, mais l'attaque de ses supporteurs les a remobilisés», dit Noura al-Gazzar, une jeune étudiante de 24 ans. Elle et ses amis appartiennent à la génération Twitter, ils ont été les premiers à déclencher la fronde, prenant tout le monde de court, le régime comme les partis d'opposition. «Cette génération est meilleure que la nôtre, nous avions peur, et eux pas», dit Yasser Ghanim, un biochimiste égyptien revenu en hâte du Qatar pour participer à cet «événement historique». «Ils nous ont rendu notre dignité, nous ne sommes plus du bétail mais de nouveau des êtres humains.»
«Ils sont formidables, les plus vieux ont à peine 28 ans et je me mets à leur ser­vice !», dit le Dr Mahmoud Hamza, un ­riche industriel. «J'avais participé à des manifestations dans les années 1968, mais ça n'a rien à voir. Aujourd'hui nous avons une révolution, comme vous en France!»
Les barbus sont aussi présents sur la place. Longtemps réprimés, les Frères musulmans ont parfaitement saisi l'occasion qui se présentait et participent activement à la défense de la place de la Libération, sans pour autant diriger l'ensemble d'un mouvement sans tête. «Nous sommes ici jusqu'au départ de Moubarak», dit le Dr Mohammed al-Beltagy, ancien parlementaire et porte-parole des Frères musulmans. «Nous croyons en la démocratie et dans le droit de chacun d'exercer sa religion. Le régime n'a pas encore compris qu'il s'agissait d'une révolution.»

Hosni Moubarak aimerait partir, mais craint le "chaos"

Le président égyptien Hosni Moubarak a déclaré, jeudi 3 février, à la chaîne de télévision américaine ABC qu'il aimerait quitter le pouvoir, mais qu'il ne peut le faire par crainte du "chaos" qui s'installerait alors dans son pays.
 Selon la journaliste Christiane Amanpour, qui dit avoir passé "environ trente minutes" avec le président, M. Moubarak a dit qu'il était "fatigué d'être président et qu'il aimerait quitter ses fonctions maintenant", mais qu'il ne le peut pas "par peur du chaos qui s'emparerait du pays".
"Il m'a dit : 'Je suis très malheureux à propos d'hier. Je ne veux pas voir les Egyptiens se battre entre eux'", écrit Mme Amanpour, qui poursuit : "Quand je lui ai demandé ce qu'il pensait des manifestants qui lui crient des insultes et demandent son départ, il a dit : 'Peu m'importe ce que les gens disent sur moi. Ce qui m'importe maintenant, c'est mon pays, c'est l'Egypte.'" Selon la journaliste, M. Moubarak s'est dit "soulagé" après avoir annoncé, mardi, qu'il ne se représenterait pas à l'élection présidentielle de septembre.


Le raïs a par ailleurs assuré que son gouvernement n'était pas responsable des violences sur la place Tahrir, au Caire, qu'il a imputées aux Frères musulmans. En réponse aux appels du président Barack Obama à engager sans tarder le processus de transition, Hosni Moubarak a déclaré : "Vous ne comprenez pas la culture égyptienne et ce qui se passerait si je démissionnais."

Crever les yeux du monde...

Ce n’est évidemment pas un réflexe corporatiste, non. Un sentiment physique qui inspire l’impression de danger et la révolte. Il est toujours profondément perturbant, et angoissant, de voir pourchasser des journalistes qui veulent simplement faire leur métier : être les témoins de l’actualité en mouvement. Tout lyrisme mis à part, intimider la presse internationale comme l’ont fait les nervis du régime Moubarak, c’est essayer de crever les yeux du monde. C’est imaginer que l’absence d’images pourra changer le réel. C’est se laisser aller à croire que la télévision fait l’histoire. C’est évidemment une erreur simpliste et une conviction archaïque.

Il semble clair, ce matin, que le pouvoir égyptien a téléguidé d’une façon ou d’une autre les contre-manifestations qui ont déstabilisé le grand mouvement démocratique. En couvrant les violences perpétrées par ces hordes d’agresseurs, il a aussi perdu définitivement tout crédit, au risque de ternir le prestige de l’armée qui a laissé faire, étrangement passive, au mépris de ses responsabilités les plus élémentaires.

L’objectif ne fait guère de doute lui non plus : il s’agit bien de laminer les manifestants pour qu’ils abordent cette grande journée de vendredi avec la peur au ventre. La conscience du risque encouru. Tactiquement bien joué, mais moralement désolant. Grossier, le procédé a des chances de parvenir à son but à moins qu’il n’ait, au contraire, un pouvoir multiplicateur sur la mobilisation d’aujourd’hui.

Le président Moubarak joue lui-même sur tous les tableaux simultanément. D’une main, un discours vaguement conciliateur sur le thème éculé de « moi ou le chaos ». De l’autre, une répression féroce contre tous ces « combattants de la liberté » qui, jusque-là s’étaient battus à mains nues. Et pacifiquement.

Le régime n’a pas hésité à puiser dans le registre de la provocation pour mettre le feu aux poudres, afin d’apparaître ensuite comme un sauveur, celui qui assure la paix et le calme.

Ce vendredi sera un nouveau grand test. Peut-être le test final. Celui du courage, pour se débarrasser d’un régime qui opprime et corrompt. Cela est loin d’être gagné. En posant un ultimatum daté, Mohammed ElBaradei n’a pas forcément rendu service à son camp. Le pouvoir s’est crispé un peu plus, basculant dans une répression aveugle au service, dit-il, d’un retour à la normale.

Cela ressemble, toutes proportions gardées et même si les situations ne sont absolument pas comparables, aux heures qui ont précédé l’assaut de la place Tien An Men en 1989, quand le regard des étrangers avait été détourné de force du grand nettoyage qui allait commencer à l’abri du regard des objectifs. C’était il y a presque 22 ans, un autre siècle, un autre continent, une autre situation géopolitique. Mais les réflexes de tous les régimes autoritaires du monde ont en commun d’être aveugles.

La peur du chaos en Égypte

Des barricades, des tireurs disséminés dans la foule, des policiers en civil, des journalistes violemment tabassés... Depuis mercredi, l'atmosphère festive qui animait la place Tahrir, au Caire, durant les premiers jours des manifestations, a basculé dans la violence. D'un côté, les jeunes qui réclament toujours le départ de Moubarak; de l'autre, des bandes qui affirment soutenir le raïs. Tous les partisans d'une ouverture démocratique et probablement la majorité silencieuse de l'opinion égyptienne redoutent surtout le chaos. Synonyme, généralement, de reprise en main et de fin de l'espoir.

Le chaos est une peur réelle, c'est aussi une carte jouée cyniquement par le régime. En témoigne l'irruption, mercredi, des pro-Moubarak, qui ressemble à une authentique stratégie de la tension. Confirmée, hier, par la traque aux journalistes étrangers.

En deux jours, le pouvoir des images a été comme retourné. Mardi, l'espoir inondait les rues, tandis que l'inquiétude perçait sur le visage de Moubarak, seul à l'écran. Hier, c'était l'inverse. La violence incontrôlable se déchaînait sur la place, pendant que la télévision égyptienne retransmettait un entretien posé avec l'homme fort du régime, le vice-président, Omar Souleimane.

Que propose-t-il ? Un calendrier de dialogue, des amendements à la Constitution, des consultations avec les jeunes, l'opposition, les Frères musulmans. Un engagement à ne pas se présenter à la présidentielle et une confirmation : Moubarak quittera la scène. Est-ce la transition demandée par les puissances occidentales ? Ou plutôt une façon de temporiser pour laisser la tension retomber et mieux maîtriser le jeu ? Le comportement ambigu de l'armée, ces deux derniers jours, permet de mesurer le flottement qui règne actuellement au Caire. Pour plus d'un général, la fin de l'ère Moubarak n'est pas nécessairement celle du régime.

Réelle ou entretenue, la peur du chaos dépasse largement les frontières de l'Égypte. Depuis une trentaine d'années, Moubarak était le pilier vital de la diplomatie américaine dans la région. Au nom d'un dogme : la stabilité. Gage essentiel pour le commerce des hydrocarbures, pour le dossier israélo-palestinien, pour contrer l'Iran et faire barrage aux islamistes. La colère des jeunes Arabes a brisé ce cadre. Ce qui ne veut pas dire que ce qu'il garantissait n'est pas toujours aussi vital pour Washington. Ce qui manque, c'est le nouveau garant.

En lâchant Ben Ali, puis Moubarak, en soutenant les aspirations démocratiques des manifestants, la diplomatie américaine se place dans une position d'accompagnement d'un changement dont l'issue est très incertaine. La stabilité n'est plus, et la démocratie n'est pas encore. Israël ne manque d'ailleurs pas de le dire à son principal soutien. Quelle est la stratégie de Washington? Elle semble indéchiffrable, comme au milieu d'un dérapage non contrôlé. Avec l'Europe dans son sillage.

Entre la peur de l'islamisme (qui a, trop longtemps et de façon souvent aveugle, légitimé certaines alliances désormais embarrassantes) et la soif nouvelle de démocratie (qui a besoin de cadres, elle aussi, pour exister vraiment), les pays occidentaux sont également spectateurs d'un changement d'époque. Qui va se jouer, aujourd'hui encore, au milieu d'une place, dans le centre du Caire, où des manifestations potentiellement très violentes sont attendues.

Le sentiment d’injustice des magistrats

L’indécente absence de suivi du présumé « monstre » de Pornic et l’indicible horreur du meurtre de Laëtitia demandent certainement d’autres conclusions que la fatalité. Mais à qui la faute ? A la négligence des magistrats ou à l’indigence de leurs conditions de travail ?

Sans attendre les explications, le Président promet des « sanctions » aux magistrats. Ils ne sont certes pas au-dessus des lois : l’impunité accordée aux juges de l’affaire Outreau qui ont envoyé des innocents en prison reste incompréhensible pour l’opinion. Mais s’il apparaît que les « dysfonctionnements » découlent d’un manque de moyens et non d’erreurs professionnelles, le chef de l’Etat sanctionnera-t-il les ministres de la Justice, de l’Intérieur et des Finances qui ont refusé les crédits et les personnels aux tribunaux de Loire-Atlantique ? Pilier de la démocratie, la séparation des pouvoirs implique l’indépendance de la justice. Principes bafoués par Ben Ali et Moubarak qui concevaient la justice comme instrument de leur pouvoir et envoyaient les juges réfractaires en exil ou en prison.

En plus de l’exemplarité envers les peuples qui aspirent à la démocratie en tant que garants de cette séparation, nos dirigeants ont un devoir de réserve sur les jugements rendus et une obligation de moyens pour garantir l’application de la loi. Les fermetures de tribunaux, les critiques publiques des ministres, les jurés populaires appelés à rendre une justice plus proche du peuple à leur place, les procureurs nommés à la place des juges d’instruction qui, s’intéressent de trop près aux affaires politico-financières érodent la confiance des magistrats. Ils n’expriment rien d’autre que leur sentiment d’injustice.

Le Père Fouettard


Ces dernières années, plus d’une affaire a suscité, en France, des tensions et des polémiques entre policiers et magistrats, par syndicats interposés. Les exemples n’ont pas manqué où les premiers accusaient les autres de laxisme, les seconds dénonçant en retour des abus des premiers. Dans la tragédie de la jeune Laëtitia, Nicolas Sarkozy a réussi à faire l’union de la police et de la justice, mais contre lui, qui est pourtant une autorité tutélaire dans le domaine judiciaire, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature. À ce titre, il ne paraît pas incongru que le premier magistrat de la République s’inquiète du fonctionnement des institutions républicaines qui ont pour missions respectives d’assurer la sécurité publique et de dire le droit. Évoquer des sanctions, dans l’hypothèse de dysfonctionnements avérés et offensant la loi, n’est pas franchement scandaleux non plus. Aux yeux de l’opinion publique, les récidives, parfois meurtrières, de criminels dûment condamnés, mais qui ne cessent de cumuler les remises de peines, revêtent un autre degré de gravité que les vacances de Mme Alliot-Marie. Le chef de l’État surfe précisément sur cette exaspération des citoyens, quand il réédite le discours de l’inflexibilité et de la punition. On ne fera pas l’injure au chef de l’État de supposer que sa démarche soit d’abord inspirée par le souci de rehausser sa cote de popularité, dans le souvenir des bons sondages qui mesuraient l’approbation populaire à sa politique de sécurité, après le fameux discours de Grenoble. Mais l’opposition le pense sans ambages. Il est même possible que les propos de M. Sarkozy soient politiquement payants - du moins pour un temps - auprès d’un public légitimement bouleversé par la mort brutale de Laëtitia Perrais. Mais sont-ils à la hauteur de la fonction présidentielle et des exigences de la lutte contre l’insécurité et la violence ? Sont-ils cohérents avec toutes les politiques de l’État, auquel les acteurs de la justice et de la sécurité reprochent de rogner leurs moyens ? Magistrats et policiers ne sont pas quittes de répondre de leurs actes, mais ils ont moins besoin d’un Père Fouettard que de sérénité, de cohésion et d’une logique législative qui ne transforme pas en scandale l’application de lois votées par les politiques.

Affaire Boulin, la vérité noyée ?

C’est un gendarme un peu long à la détente, ce qui peut éviter des bavures mais pas le malaise. On s’étonne que Francis Deswarte ait attendu plus de trente ans pour dégainer sa conviction. Chef à la brigade motorisée des Yvelines, il fut le premier sur les lieux du drame. Et quel drame ! Le cadavre de Robert Boulin , alors ministre de Giscard et impliqué dans une escroquerie immobilière, gît dans un étang. Très vite, presque trop, la thèse du suicide devient officielle. L’homme politique, s’estimant déshonoré, aurait mis fin à ses jours par noyade et barbituriques.

Le scénario, un rien bancal, tient du mauvais drame bourgeois. La famille ne l’accepte pas et multiplie les recours légaux. Sans succès. La justice n’a pas l’air pressée de rouvrir le sulfureux dossier.

En désespoir de cause, fin janvier, la fille du disparu publie un livre choc dénonçant un “crime d’État”. Le vieux scandale remonte à la surface. Tout comme le gendarme Deswarte, donc, qui libère soudain sa conscience auprès d’un journal gratuit . Catégorique, cette fois : “M. Boulin n’est pas mort noyé, il était à quatre pattes, la tête hors de l’eau et couverte de griffures. Je pense que le malheureux tentait de ramper jusqu’à la berge…”

On voit que la mémoire du retraité des casernes résiste au temps. Admirable de précision, bien conservé sous le képi, son témoignage n’a pas pris une ride depuis 1979. La vérité si, malheureusement.

Ce scandale qui ébranle l'empire de Rupert Murdoch

Une bonne histoire, disait Somerset Maugham, doit contenir du mystère, du sexe, des aristocrates et de la religion. Pour un scandale anglais impeccable, il faut remplacer la religion par la presse tabloïd et élargir la notion d'aristocratie aux castes du show-business et de la politique. Cela donne à peu près ceci : « Soupçonné d'avoir couvert des écoutes téléphoniques par ses journalistes, le bras droit de David Cameron et ancien rédacteur en chef de "News of the World" démissionne. »
C'est précisément ce qu'on lit, ces jours-ci, à la une des journaux britanniques. Et pour Rupert Murdoch, propriétaire attitré de « News of the World » (« NoW ») depuis 1969, l'affaire n'a rien d'un exercice littéraire. Elle fragilise son empire, News Corp., à un très mauvais moment : celui qui vient de lancer, avec « The Daily », le premier quotidien sur iPad aux Etats-Unis attend en effet le feu vert du gouvernement anglais pour procéder à sa plus grande acquisition à ce jour : le rachat des 61 % qu'il ne détient pas encore dans le bouquet de télévision payante britannique BSkyB, pour 8 milliards de livres. Une opération qui se présentait bien. « Elle ne semblait pas poser de problème du point de vue de la concurrence en juillet 2010, quand elle a été annoncée. Ce n'est plus le cas depuis que ce scandale a resurgi », constate Chris Goodall, de Enders Analysis.
Retour sur cet imbroglio politicomédiatique. En 2007, un journaliste de « NoW » et un détective privé sont mis en prison pour avoir piraté les messageries téléphoniques de membres de la famille royale. Andy Coulson, alors rédacteur en chef du tabloïd dominical et futur conseiller en communication du Premier ministre David Cameron, nie avoir eu connaissance de ces pratiques, mais présente sa démission pour « assumer » l'affaire. Qui aurait pu en rester là. Mais, en 2009, le dossier rebondit : le « Guardian » commence par révéler l'ampleur réelle des écoutes. Puis, après plusieurs mois d'enquête, le « New York Times » lui donne une dimension nouvelle, en accusant la police d'avoir bâclé ses investigations et News Corp. d'avoir tenté d'étouffer l'affaire.
Des révélations qui ont finalement conduit au limogeage d'un ex-bras droit d'Andy Coulson au « NoW », ainsi qu'à une humiliante réouverture de l'enquête par Scotland Yard. Même si rien n'a encore été prouvé contre lui, la position d'Andy Coulson auprès du Premier ministre était devenue intenable. Et ce, bien qu'il fût considéré comme un élément clef pour la stratégie de communication de David Cameron vis-à-vis du lecteur moyen de tabloïds.
L'affaire est devenue si importante aujourd'hui que Rupert Murdoch a annulé son déplacement à Davos, fin janvier, pour passer une semaine entière à Londres. D'après la presse britannique, le patron de News Corp. considère « que toute l'affaire "NoW" a été gérée d'une façon effrayante ». Il craint surtout qu'elle ne l'empêche de mettre la main sur BSkyB. Depuis ce séjour londonien, « NoW » semble en tout cas vouloir résoudre le problème.
BSkyB, qui a d'abord failli faire couler l'empire de Murdoch, est devenu l'un des plus grands succès de la télévision payante, avec des profits qui ne cessent d'augmenter. Pour News Corp., détenir entièrement ce bouquet serait particulièrement bienvenu, après la dépréciation de 2,8 milliards de dollars de Dow Jones dans ses comptes et les mésaventures du site MySpace. Avec 100 % de BSkyB, la télévision à péage pèserait davantage dans les profits, ce qui pourrait corriger la sous-valorisation de News Corp. par rapport à ses concurrents.
Le problème, pour Murdoch, est que, si le ministre de la Culture, Jeremy Hunt, à qui a échu ce pouvoir, décide de renvoyer cette tentative d'acquisition à la commission de l'antitrust britannique, comme semble le lui recommander le régulateur des médias, le rachat sera retardé de six à huit mois. Or l'action du bouquet ne cesse de grimper. Et les conditions imposées pourraient en outre s'avérer drastiques.
Pour l'instant, Jeremy Hunt vient de faire savoir que cette opération « pourrait affecter la pluralité des médias » en Grande-Bretagne. Mais il est prêt à prendre en considération des « engagements » de la part de News Corp. - les cessions de la chaîne d'infos Sky News ou de journaux sont évoquées -pour éviter de renvoyer l'affaire devant l'antitrust. Cette façon de botter en touche, au lieu de rendre une décision en janvier, est très mal passée. La plupart des médias britanniques, de droite comme de gauche, se sont unis contre l'offre sur BSkyB. Ils craignent que les synergies entre l'empire de presse, qui comprend aussi le « Times » et le « Sun », et la télévision payante de News Corp., ne rendent la concurrence impossible.
La pression est donc extrêmement forte sur le ministre. S'il trouvait un accord avec Murdoch, on lui tomberait immanquablement dessus en l'accusant de donner encore plus de pouvoir à un groupe tout-puissant et n'hésitant pas à recourir aux pires méthodes de la presse à scandale.
La deuxième conséquence néfaste de l'affaire « NoW », pour Rupert Murdoch, est de braquer le projecteur sur un sujet tabou, celui de sa succession. James, son deuxième fils, semble tenir la corde. Mais, en tant que patron des affaires européennes et asiatiques du groupe depuis trois ans, il ne sort pas grandi de l'affaire « NoW ». D'autant que son style très brutal - il s'est rendu dans la rédaction de « The Independent » pour en insulter le rédacteur en chef -lui vaut de nombreux ennemis. Pour être légitime, il doit absolument réussir la transaction BSkyB.
Rupert Murdoch s'est sorti de bien d'autres pièges dans sa longue histoire chahutée en Grande-Bretagne. Mais celui qu'a courtisé Tony Blair et qui a été un des premiers visiteurs de David Cameron après son arrivée à Downing Street doit, à quatre-vingts ans, relever un nouveau défi de taille.

Pour une entreprise, se mondialiser sans risque, c'est possible

Danone s'est fixé pour mission d'apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre. Notre portefeuille produit, de l'alimentation infantile et médicale à l'eau et aux produits laitiers frais, reflète cette double aspiration de nourrir nos consommateurs tout en contribuant à leur santé. Notre portefeuille géographique porte, lui, notre aspiration à atteindre le plus grand nombre. En dix ans, la géographie du groupe s'est profondément modifiée : la France est passée de 24 % de nos ventes à 11 %, l'Europe de l'Ouest, qui représentait près de 80 % de nos ventes, pèse aujourd'hui moins de 40 %. A contrario, les pays émergés - plus qu'émergents -représenteront en 2011 plus de 50 % de notre chiffre d'affaires. Etonnamment, cette internationalisation ne se traduit pas par des risques de change massifs.
D'un point de vue transactionnel d'abord : l'accès aux matières premières, le coût de ces dernières et de leur transport, la structure de la concurrence, la proximité du consommateur nous ont amenés à dessiner une structure faite de filiales qui se fournissent, produisent et vendent localement ; la part de nos achats effectués autrement qu'en monnaie locale dépasse rarement 20 %, et concerne surtout les matériaux d'emballage. De ce fait, seuls des mouvements de devises forts et soudains peuvent s'avérer gênants : par exemple, la dévaluation de la roupie indonésienne de plus de 50 % en 1997. Ces observations sont également valables pour les matières premières, le lait en particulier, qui par leur poids sont plus importantes encore que les devises.
Tant pour les devises que pour les matières, nous disposons aujourd'hui d'outils efficaces : en premier lieu, fixer les paramètres sur une durée déterminée - via des couvertures ou autres mécanismes contractuels -qui nous donne le temps d'ajuster nos actions ; deuxièmement, générer de la productivité pour absorber des surcoûts éventuels - en optimisant nos process, en travaillant avec nos fournisseurs ; troisièmement, accroître encore la localisation de nos coûts : déconcentrer les structures décisionnelles ou mutualisées, les rapprocher de nos opérations ; enfin, et enfin seulement, ajuster nos prix de façon compétitive, c'est-à-dire afin que le prix relatif de nos produits reflète toujours leur valeur relative pour le consommateur ; le programme « reset » que nous avons mené en 2009 nous permet ainsi d'être aujourd'hui dans une position favorable par rapport aux problématiques de devises et d'inflation matières.
Mais le niveau et la fluctuation des devises concernent également la gestion de notre portefeuille d'activités : nos agrégats financiers résultent de la conversion en euro des résultats enregistrés dans nos nombreux pays d'activités. Les variations de change ont donc un effet réel sur les résultats consolidés du groupe. Là encore, nous disposons d'outils : d'une part, l'effet portefeuille ; nos plus gros pays, la France et la Russie, représentent aujourd'hui chacun 11 % de notre chiffre d'affaires, les Etats-Unis ou l'Espagne 8 %, le Mexique, le Royaume-Uni ou l'Indonésie 5 %, la Chine ou l'Argentine 4 %. Dans un monde de moins en moins marqué par la bipolarité euro-dollar, et par l'émergence de devises telles que le yuan chinois ou le real brésilien, cette dispersion limite l'impact des évolutions - fussent elles marquées -de telle ou telle devise. En complément, nous avons recours de manière croissante à la gestion dite « ALM », qui consiste à structurer notre passif en fonction de notre actif. Ainsi, une partie de notre dette est aujourd'hui en dollar américain, en yuan chinois, ou en rouble russe, et toute perte de valeur d'un actif dans cette devise ou des revenus qui lui sont attachés se traduit par une diminution - certes moindre -de la valeur de la dette et des coûts qui lui sont attachés. Cet outil, qui s'appuie pour une large part sur l'utilisation de produits dérivés, permet de limiter encore les conséquences du change sur nos indicateurs.
De par sa mission, son organisation, son exposition, un groupe comme Danone est donc peu sensible aux forces ou faiblesses relatives de telle ou telle devise. Il l'est davantage au coût des matières premières, et davantage encore à la volatilité des devises ou des matières. Des outils ont été mis en place pour limiter l'impact de cette volatilité sur le développement et les résultats de Danone. Elle doit néanmoins être combattue, car elle nuit à la réalisation de notre mission, et au développement économique et social de la planète.

La rupture arabe

On entend les Cassandre multiplier les appels à la retenue : le chaos va s'installer, les islamistes vont rafler la mise, le canal de Suez sera bloqué et Israël sera menacé par tous ses voisins. Souvenez-vous toujours que l'Histoire est tragique ! 1793 suit 1789 ! On entend, plus fortes encore, les voix dire que la démocratie est une exception européenne, qu'elle est de surcroît récente et qu'il est illusoire et naïf de penser que le modèle des droits de l'homme va s'universaliser. Le déclin européen montrerait au contraire que cette idée est en voie de régression, du moins menacée. Ce sont les systèmes autoritaires qui ont l'avenir devant eux, regardez la Chine ! On entend dire aussi, à l'extrême gauche, que l'ultra-capitalisme d'aujourd'hui s'accommode bien mieux des dictateurs que des démocrates pour la raison que l'économie est si inégale qu'elle craindrait le vote des peuples. Les manifestants de Tunis et du Caire réfutent ces thèses. Ce qui se passe est la naissance d'une société civile, d'un tiers état, qui ouvre une ère nouvelle. La fin de la peur et l'irruption du besoin de liberté dans le monde arabe doivent rendre fondamentalement optimiste pour le sort de la région et pour celui du monde. Pourquoi ?

Pour les historiens de l'économie, les institutions sont un facteur clef de la prospérité. Dans le monde arabe, elles sont des freins. Dans un article instructif (1), Eric Chaney, spécialiste de l'histoire du monde musulman, professeur à Harvard, explique que les civilisations islamiques ont de tout temps été dirigées en partage par une élite militaire et des autorités religieuses, lesquelles disposent du « contrôle des communautés locales ». Il est frappant de voir que ce partage du pouvoir à deux se retrouve dans le monde arabe postcolonial jusqu'à aujourd'hui : 22 pays, 350 millions de personnes, mais que des dictatures ou des dynasties. Aucune démocratie sauf, officiellement, l'Irak, le Liban et la Palestine... Ces dernières années le pouvoir islamique est redevenu puissant : les mollahs ont fait le travail social dans les zones pauvres que les despotes ont désertées.

En Europe, poursuit Chaney, le pouvoir est très différent : il est exercé à trois : la noblesse, l'Eglise et les villes (on précise que le tiers état remplacera les villes durant la Renaissance). Tandis que dans le monde arabe, le jeu à deux crée l'entente et l'immobilité, en Europe, on assiste à un combat permanent entre les trois et parfois au sein même d'un pouvoir : entre le roi et la noblesse par exemple. Cette compétition incessante se manifeste par des jeux d'alliances et au total « provoque une évolution positive des institutions », en particulier pour le contrôle le plus essentiel, celui de la vie locale.

Dans le monde arabe « entre l'élite militaire et les élites religieuses, il n'y a toujours rien ». Imposer la démocratie par le haut, comme a voulu le faire George Bush en Irak, ne peut pas fonctionner, cela ne fait que renforcer la contrepartie religieuse. En revanche, l'émergence d'une société civile, le troisième pouvoir attendu, vient déranger l'immobilisme des deux autres.

La société civile ? Mais quelle réalité ? Quelle solidité ? Questions centrales bien entendu. La Tunisie semble « en avance » de par sa jeunesse éduquée. Mais, même en Egypte, où 30 % des emplois sont encore agricoles, une société civile émerge de l'échec social : du terreau du chômage de masse, des inégalités, de l'absence de réformes et, aujourd'hui, de la montée des prix alimentaires. Elle se soude sur trois revendications : contre la corruption des élites, contre la pauvreté et pour les libertés politiques, de communication et de création. Elle prospère sur la mondialisation des images, le cybermonde dont parle Daniel Cohen (2) : l'information télévisuelle et les échanges Internet engendrent des comparaisons insupportables entre « ce qui se passe ici et ce qui se passe ailleurs ».

Tout cela fait-il que le scénario iranien du remplacement du despote militaire par le despote religieux est exclu ? Non, les partis islamistes représentent les forces les plus organisées, ils sont incontournables pour diriger ou participer au pouvoir. Mais l'optimisme vient du jeu à trois, beaucoup plus ouvert et changeant. Il va falloir créer 80 millions d'emplois d'ici à 2020 dans la région pour absorber les nouvelles générations. Impossible sans promouvoir la société civile. 

(1) « Islam, Institutions and Economic Development ». Eric Chaney, Vox, 3 septembre 2010.(2) « La Prospérité du vice », Daniel Cohen, Albin Michel.

Ronald Reagan aurait 100 ans, sa mémoire saluée même dans le camp Obama

Plus de 30 ans après son élection, l'icone des conservateurs Ronald Reagan, qui aurait eu 100 ans cette semaine, reste peu critiqué y compris dans le camp de l'actuel président démocrate Barack Obama.
"Pourquoi Obama aime Reagan", titrait récemment (avec un coeur) le magazine Time en notant une certaine fascination de M. Obama pour son prédécesseur décédé en 2004 à l'âge de 93 ans.
En vacances à Hawaii fin décembre, M. Obama avait choisi parmi ses lectures une biographie de Ronald Reagan, président de 1981 à 1989. Peu après, lors de son discours sur l'état de l'Union, l'actuel occupant du Bureau ovale, a lancé quelques idées qui ne seraient pas pour déplaire à M. Reagan.
Acculé à la rigueur budgétaire en raison de déficits records et de la pression des conservateurs victorieux aux élections de novembre 2010, M. Obama a proposé un gel de cinq ans d'une partie des dépenses du budget de l'Etat fédéral.
Sur la fiscalité, il a également rejoint les héritiers du reaganisme en demandant au Congrès "d'abaisser le taux de l'impôt sur les sociétés pour la première fois en 25 ans".
Mais John Pitney, professeur de sciences politiques au Claremont McKenna College, rappelle que M. Obama s'est jadis prononcé "contre la philosophie de Reagan". En 1995, dans sa biographie "Rêves de mon père", le futur président critique violemment M. Reagan: "Je discourais sur la nécessité du changement. Du changement à la Maison Blanche, où Reagan et ses sous-fifres se livraient à leur sale besogne".
Nombre de démocrates sont pourtant réceptifs à l'influence de l'ex-président républicain, sa popularité, ses réalisations: tordre le cou à l'inflation, stimuler avec succès l'emploi et la croissance économique, malgré l'augmentation des dépenses militaires et du déficit budgétaire.
"Nos idées sur la politique étaient très différentes, mais je l'admirais pour son optimisme et sa foi inébranlable dans ce pays", a indiqué le numéro deux de la majorité démocrate du Sénat, Richard Durbin, jeudi parmi d'autres discours élogieux devant la chambre haute.
Dans une lettre à leurs collègues, les démocrates Dianne Feinstein et Jim Webb, membres de la commission sur le centenaire de Ronald Reagan au Sénat, qualifient son influence de "source d'inspiration pour le pays".
Plus à gauche, le ton est différent. "Nombre des politiques qu'il a engagées ont largement desservi la classe moyenne et les familles de travailleurs de ce pays", souligne auprès de l'AFP le sénateur indépendant Bernie Sanders.
Chez les républicains, il est difficile au Congrès, voire impossible de trouver un républicain qui rejette le bilan de Ronald Reagan, à commencer par les élus du "tea party".
La mouvance ultra-conservatrice a fait sienne la célèbre maxime de M. Reagan: "L'Etat n'est pas la solution à nos problèmes, l'Etat est le problème". Il est "une source d'inspiration pour le conservatisme", a confié à l'AFP le sénateur Jim DeMint, leader du "tea party" au Sénat.
Thomas Mann, expert en politique américaine au groupe de réflexion Brookings Institution déchiffre: "Les républicains le voient toujours comme leur président ayant eu le plus de réussite: étatisme limité, baisses d'impôts et posture ferme contre les menaces extérieures". Mais "en fait, il n'a pas limité la présence étatique et a signé nombre d'augmentations d'impôts", rappelle-t-il.
Cela n'empêche pas les élus plus jeunes comme le républicain Mark Kirk, 51 ans, fraîchement élu sur l'ancien siège de sénateur du président Obama, d'admirer M. Reagan. "Sous Reagan nous avons vaincu l'URSS et créé 35 millions d'emplois", dit-il à l'AFP.

Egypte : Suleiman cherche à gagner du temps et invite les Frères Musulmans au dialogue

Le vice-président, nouvel homme fort du régime, a assuré avoir démarré un dialogue avec l'opposition. Des élections présidentielles devraient se tenir « en août ou en septembre ». Le pays a perdu 1 milliard de dollars dans le secteur du tourisme depuis les événements, a estimé Omar Suleiman.

Omar Suleiman, vice-pésident du gouvernement égyptien depuis samedi dernier, a déclaré jeudi 3 février dans un long entretien à la télévision publique que les Frères musulmans, principale force d'opposition et bête noire du régime laïc de Moubarak, ont été invités à participer au dialogue entre le pouvoir et l'opposition, afin de parvenir à conduire la transition politique du pays.
Alors que la violence a pris de l'ampleur au Caireaprès 10 jours de mobilisation, les affrontements entre pro et anti-Moubarak faisant au moins une dizaine de morts et plus d'un millier de blessés, le nouvel homme fort du pays a indiqué avoir entamé le dialogue avec plus camps de l'opposition, et cherché à gagner du temps pour organiser l'évolution politique du pays. Assimilant l'appel au départ immédiat du président Hosni Moubarak à un «appel au chaos», il a assuré que le « rais » était « ouvert » à des amendements de la constitution, et qu'organiser des élections présidentielles « demande du temps ». Elles pourraient se tenir au mieux, en août ou en septembre, a-t-il estimé. Au passage, le vice-président a annoncé qu'aucun membre de la famille du président actuel ne serait candidat, et écarté l'idée de briguer lui-même la magistrature suprême.
Omar Suleiman a promis que les fauteurs de violence seraient recherché, appelé au calme les manifestants. «Nous allons étudier (les violences), en considérant qu'il s'agissait d'un complot». «Il est possible qu'il y ait plusieurs desseins étrangers, ou des Frères musulmans (...) ou de certains partis ou d'hommes d'affaires. La plupart de ceux qui sont toujours à la place Tahrir ont des desseins spécifiques», a-t-il ajouté.
Il s'est aussi alarmé des conséquences économiques des troubles, estimant que le pays avait perdu au cours de ces neuf derniers jours 1 milliard de dollars du fait de la désaffection des touristes.
Alors que le vice-président prévenait dans l'interview que « l'ingérence dans nos affaires intérieures est (...) inacceptable et nous ne permettrons pas cela », la pression internationale s'est faite de plus en plus forte ces dernières heures. Cinq des grandes puissances européennes, Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne et Italie ont demandé jeudi un pas vers une transition « dès maintenant ». Washington a hâté le rapatriement de ses ressortissants, et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, dans un appel téléphonique au vice-président égyptien Omar Souleiman, a condamné les «choquants» affrontements sanglants de la veille au Caire.

La vraie bataille des ports

il ne faut pas se tromper de combat : la rude bataille, qui dure, entre les grévistes CGT des ports et le gouvernement autour du droit à la retraite anticipée, n'est pas celle du syndicalisme et du politique. Elle n'est pas même celle de la CGT et du capitalisme. Bien sûr, dans le feu de ces vieilles passions françaises que réveillent des exactions sociales d'un autre temps, forte est la tentation de l'amalgame. Ce ne sont pas les circonstances qui manquent de blâmer la confédération CGT pour son défaut de responsabilité. Pas plus tard qu'à l'automne dernier, elle et ses partenaires ont eu le tort de n'avoir ni su ni voulu organiser en bon ordre la retraite de la rue, une fois perdue la bataille des retraites. Et les blocages illégaux des dépôts de carburant, consentis faute de mot venu de Bernard Thibault, devaient être réprouvés. Mais, si condamnable soit-elle, cette obstination n'était jamais qu'une dérive de l'action syndicale.

Or, quoi que l'on pense de la CGT, le mouvement qui paralyse, depuis plus de quinze jours et pour quelque temps encore les ports français, n'a que peu à voir avec ces méthodes. Etat dans l'Etat cégétiste, la fédération des ports et docks n'obéit plus qu'à ses intérêts propres et se soucie comme d'une guigne d'une ligne confédérale qu'elle méprise. De CGT, elle n'a que le nom, pas l'identité, noyée depuis longtemps au fond des eaux troubles du port de Marseille. Ce fossile d'un syndicalisme stalinien n'est plus mû par l'ambition de changer le rapport des forces sociales, ni même par le désir d'améliorer les conditions collectives de travail, mais par la seule préservation des privilèges d'une corporation en voie de disparition. Loin d'appartenir au noble registre des luttes sociales, ce mouvement est une privatisation des ports au profit d'un petit monde de privilégiés dont la Cour des comptes vient de mettre utilement en lumière le temps de travail ridiculement faible, les rémunérations anormalement élevées, et les pratiques « illégales ».

Refuser de leur accorder une préretraite à 56 ans financée sur fonds publics, qui n'a d'ailleurs jamais fait l'objet de la moindre promesse formelle, ce n'est donc pas seulement faire oeuvre de cohérence avec une réforme générale des retraites repoussant progressivement de deux ans l'âge de départ. C'est avant tout rappeler à un minimum de morale publique une profession qui n'a que trop longtemps abusé de la passivité de l'Etat. Cela la préparera utilement à passer, dans quelques semaines, sous pavillon privé.

Yoplait peut-il être chinois ?

Al'heure où s'ouvre le bal des prétendants intéressés par Yoplait, il serait tentant d'en appeler au patriotisme économique du fonds PAI en exigeant que l'ex-bras armé de BNP Paribas dans le « private equity » cède sa part du capital de ce prince du yaourt à un acteur français. Adosser « la petite fleur » à la Vache Qui Rit de Bel ou au camembert Président de Lactalis permettrait théoriquement de créer, derrière Danone, un deuxième acteur tricolore de poids sur le marché du lait fermenté.

Mais le yoghourt est-il à ce point stratégique ? La France a-t-elle besoin de deux champions d'envergure internationale dans ce domaine ? Les pouvoirs publics doivent-ils faire pression sur le vendeur et l'inciter à ne pas vendre au plus offrant si le passeport de ce dernier n'est pas français ?

Yoplait est certes une entreprise très respectable. Mais ce producteur qui pèse deux fois moins que Danone dans le yaourt n'est pas un actif vital pour l'Hexagone. Qu'il reste français serait sans doute une bonne chose. Qu'il ne le soit plus n'en serait pas forcément une mauvaise. Mais pourrait-on aller jusqu'à imaginer qu'il devienne chinois ?

Vouloir à tout prix et par principe que son prochain actionnaire de référence soit français pourrait paradoxalement être contre-productif. Car ce n'est pas en France que Yoplait a besoin d'être plus fort. Ce n'est pas aux Français qu'il faut faire manger plus de yaourts, mais aux Chinois ou aux Sud-Américains. Et quoi de plus utile pour partir à l'assaut d'un marché comme la Chine que de pouvoir s'adosser à un partenaire y disposant d'une expertise domestique. Yoplait et les salariés français qui y travaillent resteront de toutes les façons sans doute pendant encore longtemps les experts de cette activité. Et sur le marché français, le risque de voir demain un propriétaire chinois ou mexicain imposer que les Yoplait soient fabriqués à l'étranger ou « made in France » à base de lait en poudre chinois est nul. Dans l'ultrafrais, l'industriel s'approvisionne auprès de fournisseurs locaux. Pas à l'autre bout de la planète.

Evidemment, pour le gouvernement, il sera plus difficile de faire pression en cas de tensions sur les prix du lait sur un actionnaire chinois que sur un français. Mais on ne bâtit pas une politique industrielle sur de tels raisonnements.

Le gouvernement des juges n'existe pas

Certaines associations de défense de la cause homosexuelle ont critiqué la récente décision du Conseil constitutionnel refusant de se prononcer sur la constitutionnalité du mariage homosexuel. Elles auraient été mieux inspirées de l'approuver, de même que l'ensemble des responsables politiques, quelle que soit leur opinion sur la question.

Les neuf sages de la juridiction suprême ont rendu une décision qui procède en deux temps. Primo, la loi civile actuelle ne porte aucune atteinte à la liberté individuelle puisque chacun est libre de vivre comme il veut et avec qui il veut. Ce premier point ne souffre à l'évidence d'aucune discussion. C'est le second point du raisonnement du Conseil qui est le plus intéressant. Il indique, s'agissant du statut juridique du mariage, que le législateur est en droit d'estimer que « la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d'un homme et d'une femme peut justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille ». Et le Conseil constitutionnel conclut qu'il ne lui appartient pas de substituer son appréciation à celle du législateur sur la prise en compte, en cette matière, de cette différence de situation. Autrement dit, c'est au Parlement et non aux juges de décider s'il convient d'ouvrir le statut civil du mariage aux personnes de même sexe qui souhaitent y accéder.

Ce n'est pas la première fois que, sur une question de société majeure, le Conseil constitutionnel se met de la sorte en retrait du Parlement. Il l'avait déjà fait, récemment, sur la question de l'homoparentalité, et surtout, dès 1994, sur la question du statut de l'embryon. Et l'on ne peut que s'en réjouir. Dans une démocratie, c'est au peuple et à ses représentants, non aux juges, qu'il appartient de définir les éléments fondamentaux du pacte sociétal, y compris, si nécessaire, en modifiant la loi fondamentale que l'on appelle Constitution. La décision du Conseil constitutionnel fait une application stricte de ce principe et rappelle ainsi fort opportunément que le gouvernement des juges n'existe pas.

Les envoyés spéciaux, cibles des partisans de Moubarak

Peu inquiétés lors de la chute de Ben Ali en Tunisie, les envoyés spéciaux des médias français sont a contrario devenus des cibles en Egypte, victimes de violences, voire de "lynchages", de la part des partisans du président Moubarak qui les accusent de déstabiliser le régime.
Autre problème, l'arrestation de reporters par l'armée ou par des civils armés. Une équipe de trois journalistes de TF1 a été arrêtée jeudi matin par des civils armés et conduite vers un lieu indéterminé. "Ils n'ont a priori pas subi de violences (...) Nous n'arrivons plus à les joindre sur leur portable depuis la mi-journée", a déclaré Catherine Nayl, directrice de l'information.
En revanche, trois journalistes de France 24 qui avaient été interpellés mercredi ont été libérés jeudi en fin de journée, a annoncé la chaîne d'infos. Un journaliste d'Arte, arrêté jeudi à un barrage militaire, a également été relâché quelques heures plus tard, a indiqué la chaîne franco-allemande.
De son côté, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a condamné "fermement les incidents inacceptables" au cours desquels des journalistes ont été pris à partie, agressés et arrêtés en Egypte, dans une déclaration publiée jeudi soir.
Mercredi, alors que la situation commençait à devenir extrêmement tendue au Caire, des équipes de France 2 et de BFM TV, notamment, ont été violemment prises à partie. Depuis, toutes les rédactions ont demandé à leurs équipes de redoubler de vigilance et de ne sortir de leur hôtel qu'en cas de nécessité.
"La télévision publique égyptienne a désigné les journalistes étrangers comme responsables de ce qui se passe, c'est une sorte d'appel au lynchage, non déguisé", a expliqué Thierry Thuillier, directeur des rédactions de France Télévisions.
"Ils sont des témoins gênants, on assiste à un tabassage systématique des journalistes étrangers", a-t-il insisté, ajoutant: "La consigne c'est l'extrême prudence tout en souhaitant qu'on puisse faire notre boulot".
A BFM TV, trois journalistes qui tournaient dans un marché "ont été tabassés pendant un quart d'heure, à coups de bâton, de poings, de pieds", a expliqué Guillaume Dubois, directeur général de la chaîne info.
"Ils ont été exfiltrés par un convoi de l'armée qui passait par là, puis ils ont passé neuf heures dans une caserne avant d'être reconduits à leur hôtel. Ils ont été vraiment choqués", a-t-il poursuivi. Ces trois journalistes devaient rentrer en France jeudi, une autre équipe de BFM demeurant sur place. "On réfléchit, en fonction de l'évolution de la situation, à renvoyer une nouvelle équipe", a précisé Guillaume Dubois.
A i-Télé, les envoyés spéciaux ont été "menacés, insultés, mais il n'y pas eu d'acte de violence physique", selon Albert Ripamonti, directeur de la rédaction. "Un de nos journalistes a raconté que, même sans caméra, le seul fait d'être occidental suffisait pour être pris à partie".
"J'ai été attaqué par des citoyens normaux qui faisaient la queue devant un distributeur de billets, j'ai dû me débarrasser de deux cartes pour sauver ma peau et celle du chauffeur. Un policier présent sur les lieux a réussi à calmer les gens", a témoigné en écho un photographe de l'AFP.

L'obésité a doublé dans le monde en près de 30 ans

La prévalence de l'obésité a quasi doublé en près de 30 ans dans le monde et touche 500 millions d'adultes, davantage les femmes que les hommes, selon une étude publiée vendredi par la revue britannique The Lancet.
Parmi les grands pays riches, la palme du surpoids va aux Etats-Unis et celle de la minceur au Japon. Les Européens, notamment les Français et les Italiens, sont plutôt bien placés.
Des chercheurs -Majid Ezzati, de l'Imperial College de Londres, et Salim Yusuf et Sonia Anand, de l'Institut de recherche Population/santé de Hamilton, Canada- ont étudié la progression du surpoids entre 1980 et 2008 chez les personnes de plus de 20 ans.
Le surpoids est atteint quand l'indice de masse corporelle (IMC, rapport du poids au carré de la taille en mètre) dépasse 25, l'obésité quand il atteint 30. A 35, on parle d'obésité sévère.
En 28 ans, l'IMC a augmenté aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Dans le monde 1,46 milliard d'adultes sont en surpoids et la prévalence de l'obésité a quasi doublé, touchant 205 millions d'hommes et 297 millions de femmes -soit 9,8% des hommes et 13,8% des femmes.
"Le surpoids et l'obésité, l'hypertension et le haut niveau de cholestérol ne sont plus désormais l'apanage des pays occidentaux ou des pays riches et ont glissé vers les pays à revenu bas ou moyen", a commenté le Pr Ezzati.
Hommes ou femmes, c'est la petite île de Nauru (Pacifique sud) et ses 14.000 habitants qui connaissaient en 2008 le plus haut niveau moyen d'IMC, de 33,9 chez les hommes et de 35 chez les femmes. Nauru était déjà championne du monde d'obésité en 1980, mais à des niveaux nettement moindres (hommes : 28,1 et femmes : 28,3).
L'obésité est d'ailleurs la norme dans nombre d'îles ou archipels de l'Océanie, comme les Iles Cook, Tonga, les Samoa, la Polynésie française...
Dans les pays riches, les Etats-Unis, avec une forte montée depuis 1980, gardent la palme du surpoids avec un IMC de plus de 28, suivis de la Nouvelle-Zélande, tandis que le Japon a l'IMC le plus bas (22 pour les femmes et 24 pour les hommes).
Les femmes du Bangladesh sont celles qui se rapprochent le plus de l'indice de maigreur (fixé à 18,5), comme les hommes de RDCongo.
Cas unique en Europe occidentale et rare dans le panorama mondial, l'IMC a baissé en 28 ans chez les femmes d'Italie, tandis qu'il n'augmentait que très peu en Belgique, en Finlande et en France, selon l'étude qui ne donne pas d'explications.
Les femmes de Suisse sont les plus minces d'Europe, suivies ex aequo par celles de France et d'Italie, juste en-dessous du seuil de surpoids.
Les Français sont les hommes les plus minces d'Europe, sous le seuil de surpoids aussi, juste devant les Groënlandais, les Danois et les Néerlandais.
Les chercheurs rappellent que le surpoids est un facteur de risque important pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et le cancer et serait à l'origine de quelque 3 millions de morts chaque année.
Parallèlement, ils ont constaté aussi des baisses de l'hypertension et du cholestérol dans les pays les plus riches, imputables notamment à un meilleur dépistage et aux traitements, et des tendances à la hausse dans les autres pays.
La bataille du poids est mondialement difficile à gagner : pour le Pr Yusuf et le Dr Anand, contrôler la pression sanguine, le cholestérol et le tabagisme "pourraient conduire à des réductions rapides et substantielles des taux de maladies cardiovasculaires", alors même que le contrôle de l'obésité nécessiterait des interventions "prolongées" sur des dizaines d'années.

La prochaine hausse des taux : une question épineuse pour la BCE

C'est devenu l'exercice préféré de la communauté des analystes : déterminer quand interviendra la première hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE). Jeudi 3 février, au terme de la réunion mensuelle du Conseil des gouverneurs, il a été sans surprise maintenu à 1%, son plus bas niveau historique, pour le 22e mois consécutif. Mais les marchés ne se font guère d'illusion : l'institution de Francfort va finir par mettre un terme à sa politique d'argent à bon marché. Et sans doute plus tôt qu'on ne l'avait d'abord escompté.
Les signaux en ce sens se multiplient. L'inflation d'abord : en janvier, elle a atteint 2,4% en zone euro, dépassant pour la deuxième fois le seuil "limite" de 2% fixé par l'autorité monétaire. Dopée par l'envolée des cours des matières premières –le baril de brut dépasse désormais les 100 dollars- la hausse des prix devrait encore un peu s'accélérer.
L'activité ensuite : si la croissance reste molle en moyenne sur le Vieux continent, certains pays sont désormais bien engagés sur la voie de la reprise. L'Allemagne, en tête, connaît une formidable embellie, une décrue continue du chômage, une remontée des salaires.
Enfin, le discours du patron de la BCE, Jean-Claude Trichet, s'est durci ces dernières semaines. "Nous demeurons vigilants", a-t-il répété jeudi, à propos des pressions inflationnistes. "Il y a toujours des risques d'effets de second tour, qui seraient contre-productifs", a-t-il précisé. Ces "effets de second tour" désignent la façon dont la hausse des prix est répercutée par les industriels et sur les salaires.
UNE SITUATION ÉCONOMIQUE HÉTÉROGÈNE
L'augmentation du taux directeur permet de jouer sur la distribution de crédits et de réguler l'activité économique. Elle est la principale arme des banquiers centraux pour lutter contre l'inflation. Alors, à quand un relèvement du loyer de l'argent ? Pour les analystes de la Deutsche Bank, il faut s'y préparer dès le mois de juin. L'économiste de la RBS, Jacques Cailloux, vise plutôt septembre. L'équipe de recherche de Natixis a elle un pronostic tout autre et n'envisage pas de tour vis avant…2013 !
Une telle diversité de prévisions reflète le choix épineux qui se pose à la BCE. Réputée orthodoxe, elle est censée tout mettre en oeuvre pour éviter un dérapage de l'inflation. Reste que la situation économique en zone euro est très hétérogène. Adapté au dynamisme retrouvé de l'Allemagne, un resserrement monétaire risquerait à l'inverse de compliquer la sortie de crise des fameux pays dits "périphériques" de la zone.
Contraints de réduire leurs déficits à marche forcée, la Grèce, l'Irlande ou le Portugal manquent cruellement de relais de croissance. Et l'apaisement de la situation sur les marchés reste précaire.
Pour l'instant, la BCE en est réduite à observer à la loupe l'évolution des cours des matières premières. Selon M. Trichet jeudi, "l'inflation va probablement rester au-dessus de 2% la plus grande partie de 2011, avant de redescendre vers la fin de l'année."

Egypte: Les médias étrangers dans la tourmente

Jeudi matin, quatre manifestants réclamant le départ d’Hosni Moubarak ont été tués sur la place Tahrir, au Caire. Dans l'après-midi, c'est un étranger qui a été battu à mort. Plusieurs journalistes ont été agressés ou arrêtés dans la journée. L'ébullition a été également amorcée au Yemen, où l'opposition a manifesté, dans le calme toutefois. Le point, minute par minute, sur les événements qui ébranlent le monde arabe. 

21h57: EGYPTE: Clinton condamne les agressions à l'encontre de la presse
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a fermement condamné jeudi les agressions dont sont victimes les journalistes couvrant les troubles opposant pro et anti Moubarak dans la capitale égyptienne.

20h45: EGYPTE: Le journaliste belge du Soir et trois reporters de France 24 libérés

Le journaliste belge Serge Dumont travaillant pour Le Soir et trois envoyés spéciaux de la chaîne télévision française France 24 qui avaient été interpellés au Caire sont "libres" et "en sécurité" dans un hôtel. "Nous venons d'avoir Serge Dumont au téléphone. Il est dans un hôtel avec les trois collègues de France 24. Ils sont libres, en sécurité, mais affamés", a déclaré à l'AFP Philippe Regnier, chef du service international du Soir. Serge Dumont avait été "molesté", "tabassé", puis "emmené par des personnes non identifiées en civil" mercredi alors qu'il couvrait une manifestation pro-Moubarak au Caire, selon son quotidien. Mercredi en fin d'après-midi, trois journalistes de France 24, la chaîne internationale française, avaient été interpellés par l'armée.
20h39: EGYPTE: Les Frères musulmans refusent le dialogue
Les Frères musulmans refusent de dialoguer avec le régime, a déclaré un porte-parole sur le site internet de la confrérie, après que le vice-président Omar Souleimane l'eut invitée au dialogue. "Les Frères musulmans rejettent catégoriquement tout dialogue avec le régime", a déclaré Mohamed Mursi dans un communiqué. "Le peuple a fait tomber le régime et nous ne voyons donc aucun intérêt à dialoguer avec un régime illégitime", a-t-il dit.
20h15: EGYPTE: 300 employés de l'ONU évacués sur Chypre
Environ 300 employés des Nations unies et leurs familles basés en Egypte ont été évacués en raison des violences vers l'île méditerranéenne de Chypre, située à 90 minutes de vol du Caire, a indiqué un porte-parole de l'ONU. Tous les passagers, acheminés à bord de deux appareils, étaient en bonne santé, selon Rolando Gomez. Un troisième avion devait atterrir sur l'île plus tard. Le personnel indispensable restera en Egypte, a-t-il précisé.
19h38: YEMEN: Obama s'est entretenu avec Saleh
Le président américain Barack Obama s'est entretenu avec son homologue yéménite Ali Abdallah Saleh, contesté dans la rue comme plusieurs dirigeants du Moyen-Orient, a révélé jeudi la Maison Blanche, sans donner de détail dans l'immédiat sur la teneur de la conversation.
19h29: TUNISIE/EGYPTE: Villepin juge les autorités françaises trop prudentes
Dominique de Villepin a estimé à Marmande (Lot-et-Garonne) que lors des événements en Egypte et en Tunisie, "il y a eu plus que de la prudence de la part des autorités françaises". "Jusqu'à aujourd'hui, il y a eu plus que de la prudence de la part des autorités françaises", a affirmé à la presse l'ancien Premier ministre, après avoir souligné que "nous devons tirer les leçons de se qui s'est passé en Tunisie et en Egypte". "Nous devons assumer la responsabilité qui est la nôtre de multiplier les contacts en direction de la jeunesse, en direction de la société civile, en direction des intellectuels. C'est le devoir et la responsabilité de la France", a-t-il encore expliqué en marge d'un déjeuner-débat organisé par le club de réflexion "Convergences".
18h58: EGYPTE: Des "conditions spécifiques" pour accéder au pouvoir?
Le vice-président égyptien Omar Souleimane a déclaré dans un entretien à la télévision jeudi soir que le candidat à la présidence devait remplir des "conditions" spécifiques. "Des conditions et des restrictions sur les candidatures à la présidence sont nécessaires pour que tout le monde soit rassuré à propos du futur dirigeant du pays", a-t-il dit, sans plus de précisions.

18h45: EGYPTE: Une équipe de TF1 arrêtée

Une équipe de trois journalistes de TF1 a été arrêtée jeudi matin au Caire par des civils armés et conduite vers un lieu indéterminé, a annoncé en fin d'après-midi Catherine Nayl, directrice de l'information de la chaîne. "Nous avons des informations parcellaires. A un moment, on a pu les joindre, et ils nous ont dit qu'il avaient été arrêtés et emmenés par des gens qui ne sont pas en uniformes, des civils, armés jusqu'aux dents, vers un endroit qu'ils n'arrivent pas trop à décrire, mais qui ne ressemble pas un commissariat et plutôt à un ancien hôtel", a expliqué la responsable. "Ils n'ont a priori pas subi de violences. Ils leur ont demandé de regarder leurs images", a-t-elle ajouté. "Les conditions de travail pour les journalistes deviennent de plus en plus compliquées car au milieu du chaos plus personne ne sait qui est qui", a déploré la directrice de l'information.
18h33: LIBAN: Heurts après une manifestation de soutien à Moubarak
Plus de 100 manifestants hostiles au président égyptien Hosni Moubarak se sont heurtés à la police devant l'ambassade d'Egypte à Beyrouth, après avoir tenté de forcer le cordon de sécurité mis en place autour de la chancellerie, a indiqué un responsable de la sécurité." La police est intervenue pour repousser les manifestants après qu'ils eurent tenté de passer à travers les fils barbelés pour pénétrer dans l'ambassade", a dit à l'AFP ce responsable sous le couvert de l'anonymat.

18h06: EGYPTE: Le vice-président parle de "complot"

Les violences entre manifestants favorables et hostiles au président égyptien Hosni Moubarak sont le résultat "d'un complot" fomenté par des gens en Egypte même ou à l'étranger, a déclaré jeudi le vice-président Omar Souleimane à la télévision nationale. Une attaque qui ne vise pas les Frères musulmans toutefois. En effet, le vice-président a annoncé les avoir invité au dialogue. "Nous les avons contactés, ils ont été invités. Ils hésitent", a déclaré le n°2 de l'Etat. Les Frères musulmans, qui participent aux manifestations anti-Moubarak, sont officiellement bannis de la sphère politique, mais sont tolérés dans les faits en Egypte, où ils disposent d'influents réseaux d'aide sociale. En conclusion de son intervention télévisuelle, Omar Souleimane a lâché: "L'appel au départ de Moubarak est un appel au chaos."
17h10: EGYPTE: Medvedev s'entretient avec Moubarak
Le président russe Dmitri Medvedev a souhaité jeudi un règlement pacifique de la crise en Egypte, au cours d'un entretien téléphonique avec son homologue égyptien Hosni Moubarak, ont rapporté les agences russes. "Dmitri Medvedev a exprimé l'espoir que la période difficile que traverse actuellement l'ami qu'est l'Egypte soit surmontée rapidement par un règlement pacifique et dans le cadre du droit des problèmes existants", a indiqué le Kremlin à l'agence Interfax. Il s'agit de la première réaction du chef de l'Etat russe depuis le début de la crise égyptienne le 25 janvier.

16h37: EGYPTE: Un étranger battu à mort place Tahrir

Un étranger a été battu à mort place Tahrir, dans le centre du Caire, épicentre de la contestation contre le régime de Hosni Moubarak, ont indiqué à l'AFP un témoin et les services de secours.
16h22: EGYPTE: Un hypermarché en feu près du Caire
Un hypermarché était en feu dans la banlieue du Caire, ont indiqué des témoins à l'AFP. Les personnes qui faisaient leurs courses ont dû casser les fenêtres de Hyper One, à Cheikh Zouayyed, pour fuir le bâtiment en flammes.
16h21: EGYPTE: Le vice-président a demandé la "libération immédiate" des jeunes militants
Le vice-président égyptien Omar Souleimane a demandé la "libération immédiate" des jeunes militants non impliqués dans des actes criminels, a rapporté jeudi la télévision d'Etat. "Le vice-président a appelé à la libération immédiate de jeunes détenus n'ayant pas commis des actes criminels", a affirmé Omar Souleimane, cité par la télévision d'Etat.

15h59: EGYPTE: Amnesty annonce l'arrestation de l'un de ses employés français

La police égyptienne a arrêté un employé français d'Amnesty International et plusieurs autres défenseurs des Droits de l'homme au Caire, a annoncé l'organisation dont le siège est à Londres. Par ailleurs, Arte était sans nouvelles jeudi en début d'après-midi de l'un de ses journalistes, envoyé spécial au Caire, arrêté un peu plus tôt par l'armée égyptienne. "Wissam Charaf a été arrêté à un barrage de l'armée par des tankistes, alors qu'il essayait de rejoindre le point de diffusion avec la cassette de son reportage du jour", a expliqué Pascal Guimier, directeur de l'information de la chaîne.
15h28: CISJORDANIE: L'Autorité palestinienne interdit les manifestation de soutien
Les services de sécurité palestiniens ont annoncé officiellement jeudi l'interdiction de toute manifestation en lien avec les soulèvements en Egypte et en Tunisie, après la dispersion par la force de plusieurs rassemblements de ce type. "L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l'Autorité palestinienne interdisent toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats, qu'ils soient arabes ou étrangers, et respectent la volonté des peuples à décider de leur destin", a assuré le général Adnane al-Damiri. La police palestinienne a de nouveau réprimé mercredi soir une manifestation de soutien au soulèvement en Egypte à Ramallah, selon les organisateurs et l'ONG Human rights Watch (HRW).
15h26: EGYPTE: Aucune nouvelle du correspondant des quotidiens La Voix du Nord et Le Soir
Le quotidien belge Le Soir était toujours sans nouvelles de son envoyé spécial au Caire Serge Dumont, 24 heures après qu'il eut été molesté et arrêté par des inconnus alors qu'il couvrait une manifestation dans la capitale égyptienne. "Le fait que des journalistes inquiétés ou retenus depuis hier aient été relâchés rend selon nous l'incertitude sur le sort de Serge Dumont un peu troublante", a déclaré dans un communiqué le directeur de l'information du journal, Jurek Kuczkiewicz. Selon Le Soir, les dernières informations concernant Serge Dumont qui travaille également pour les journaux suisse Le Temps et français La Voix du Nord, remontent à mercredi 13h30, lorsque l'ambassadeur de Belgique au Caire a réussi à le contacter sur son téléphone portable.
14h45: JORDANIE: Le roi Abdallah II s'est entretenu avec des Islamistes
Le roi Abdallah II de Jordanie s'est entretenu vers midi avec des dirigeants du principal parti d'opposition le Front de l'Action islamique (FAI). "Nous avons une audience avec Sa majesté le roi jeudi à 14h", indiquait, plus tôt dans la journée, un responsable du FAI sous le couvert de l'anonymat. Le Premier ministre désigné Maarouf Bakhit s'est déjà entretenu dans la nuit de mercredi à jeudi avec des responsables du FAI, qui ont jugé cette rencontre "positive" mais indiqué maintenir leur appel à manifester. L'amendement de la loi électorale est une des demandes prioritaires des islamistes qui estiment que son système uninominal est à leur désavantage ce qui les a poussé à boycotter les élections législatives en novembre dernier.
14h34: EGYPTE: Vodafone forcé de collaborer avec le pouvoir
Le géant britannique de la téléphonie mobile Vodafone a déploré jeudi d'avoir été obligé de diffuser à ses abonnés en Egypte des messages officiels, sans qu'ils soient clairement attribués au gouvernement, et affirme s'en être plaint aux autorités. Dans un communiqué publié à Londres, Vodafone a expliqué que les autorités égyptiennes faisaient usage, depuis le début des manifestations antigouvernementales, d'une loi contraignant les opérateurs de téléphonie mobile du pays (Vodafone, Mobinil et Etisalat) à relayer des messages officiels à destination de la population, sous forme de SMS.
14h10: EGYPTE: Le Premier ministre veut se rendre place Tahrir
Le Premier ministre égyptien Ahmad Chafic s'est dit prêt à se rendre place Tahrir, épicentre de la contestation du régime dans le centre du Caire, pour discuter avec les manifestants, selon des propos cités par l'agence Mena. Une offre de dialogue refusée quelques minutes plus tard par des groupes de jeunes militants pro-démocratie, initiateurs du mouvement de contestation.

14h YEMEN: Manifestation record à Sanaa

Des dizaines de milliers de partisans de l'opposition yéménite ont manifesté dans le calme à Sanaa pour réclamer un changement de régime, au lendemain de concessions annoncées, sous la pression de la rue, par le président Ali Abdallah Saleh. "Nous poursuivrons notre lutte pacifique jusqu'à la chute de ce régime injuste", ont clamé des orateurs du "Forum commun", une alliance de l'opposition parlementaire, s'adressant à une foule estimée par les organisateurs à quelque à 100.000 personnes. Il s'agit du plus grand rassemblement jamais connu contre le régime du président Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Simultanément, une contre-manifestation a été organisée par le parti au pouvoir, le Congrès populaire général (CPG), sur la place Al-Tahrir (Libération), où l'opposition avait prévu de manifester, contraignant les protestataires à changer le lieu de leur rassemblement.

Au coeur du Caire en guerre

L'envoyée spéciale du JDD au Caire, Karen Lajon, témoigne du climat de guerre qui prend désormais place dans la capitale égyptienne. La ville du Caire, coupée en deux, oscille désormais entre quasi long fleuve fleuve tranquille dans les quartiers chics et grand corps malade aux abords des rives du Nil. Le pays des Pharaons est en ébullition. Récit. 

Le travail de menuiserie est d’époque. Sophistiqué et brut à la fois. A mi chemin entre les années 30 et les années 50. Des femmes d’un autre âge, elles aussi qui s’expriment tantôt en anglais, en Français et en arabe, prennent le soleil du matin sur la terrasse. Nous sommes au café Groppi, en face du palais de Hosni Moubarak, ans le quartier huppé d’Héliopolis. Un océan de cheveux au vent, de talons hauts qui claquent sur le sol et de tenues moulantes. Ici, on a sans doute profité du Rais. Mais on attend.
Coupée en deux. Depuis deux jours, la ville du Caire est plus que jamais divisée. Il y a d’un côté les quartiers chics qui tentent de reprendre le cours normal d’une vie, certains quartiers populaires affiliés au camp pro-Moubarak. Et de l’autre, à quelques encablures des bords du Nil, un îlot de résistance qui ressemble de plus en plus à un grand corps malade. C’est celui des partisans du président. Oubliée la joie des premiers jours, balayé le formidable espoir des premières manifestations. La place Tahrir s’est transformée en camp retranché dont les lignes de front tentent de gagner chaque jour un peu de terrain. Hier soir, les guerriers de la résistance avaient pratiquement gagné le pont d’Octobre.

Rage et sauvagerie

Une première ligne de front. Puis un no man’s land et une deuxième barricade derrière laquelle un hôpital de campagne a été installé à la va vite. Les blessés y sont soignés avant d’être évacués à l’arrière si besoin est ou en ambulance selon la gravité des blessures. Il règne dans ce périmètre un capharnaüm invraisemblable, avec des blessés allongés sur le sol, des infirmières qui préparent les compresses et les hommes qui prient, le corps courbés en deux. Les médecins sont des hommes et des femmes. Tous sont venus animés par le serment d’Hippocrate mais aussi par soutien pour cette "révolution" du pays des pharaons.
Passé ce campement médical, une deuxième ligne de front et des contrôles d’identité constants. Une femme me demandera même où est mon visa égyptien ! Les chars de l’armée qui occupaient encore cet espace hier, ont désormais disparu. Ne restent que de misérables carcasses de camions militaires qui servent de boucliers aux manifestants. Le reste de la place est occupé par des groupes qui répondent à tel ou tel discours de celui qui parle le plus fort. Une immense toile de tissu blanc a été dressée, une toile sur laquelle justement hier, Moubarak est apparu, suscitant une énorme colère de la part des protestataires. Une colère qui prend de plus en plus la forme d’une rage et sauvagerie désormais très difficile à contrôler. Comme ces prisonniers que l’on traîne régulièrement et que la foule tente systématiquement de lyncher. Comme cet enfant d’une dizaine d’années sauvé in extremis par un médecin.

Les jets de pierre remplacés par les tirs de kalachnikov

La colère est montée d’un cran mercredi soir. Ce soir là, les pro-Moubarak sortent enfin de leur tanière. Ils ont décidé d’aller en découdre, de rejoindre la place de la Libération. Cette fameuse place que des milliers de manifestants anti-Moubarak occupent maintenant depuis plus d’une semaine. Le vent aurait donc tourné. Toute la journée de mercredi, les deux camps s’affrontent dans une rage absolue face, à une armée singulièrement absente. Barre de fer, bâtons, cocktails molotov, les manifestants n’essaient même pas de dissimuler leurs intentions. Les étrangers sont pourchassés, un pauvre Frère musulman est malmené et conduit hors du périmètre que les pro-Moubarak considèrent désormais le leur. Les blessés sont évacués par des ambulances dont les gyrophares bleus ne cessent de tourner et de briller.
La nuit de mercredi à jeudi a été encore plus terrible. La guerre entre les deux camps a franchi les limites de la place de la Libération et s’est propagé sous le pont d’Octobre, face à l’hôtel Hilton. Les anti et pro-Moubarak s’affrontent désormais au pied de l’hôtel Hilton. Les jets de pierre ont été remplacés par les tirs de kalachnikov incessants, la nuit est déchirée par les balles traçantes. Les voitures sont en feu. La guerre a bel et bien éclaté dans la ville du Caire.