samedi 13 novembre 2010
Ce long et beau texte de Benoît XVI invite les croyants à une écoute renouvelée de la Parole divine en vue de retrouver l’ardeur et le goût d’une audace missionnaire, au-delà des frontières habituelles de nos communautés, notamment dans les régions du monde touchées par la sécularisation. « En aucune façon, affirme le pape, l’Église ne peut se limiter à une pastorale de “l’entretien” en faveur de ceux qui connaissent déjà l’Évangile du Christ. » La responsabilité des chrétiens, explique-t-il encore, « ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes : il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu ».
Benoît XVI insiste sur la première annonce. Il souligne aussi que c’est dans la Parole de Dieu « qui dénonce sans ambiguïté les injustices et promeut la solidarité et l’égalité » que doit puiser et se renouveler l’engagement en faveur de la justice, de la paix, de la réconciliation, de la préservation de l’environnement.
Les recommandations contenues dans cette exhortation, qu’elles concernent la prière, la liturgie, la catéchèse, les études bibliques, la prédication, la recherche théologique, ne sont pas novatrices. Mais mises ensemble, elles tracent un programme ambitieux susceptible d’aider les communautés à accueillir et à proclamer l’Écriture comme une parole qui vient de Dieu et attend d’être écoutée. Et Benoît XVI de citer l’Écriture : « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 27).
(1) Louis-Joseph Lebret, un homme traqué, Éditions Golias.
(2) Louis-Joseph Lebret, Développement et civilisation.
L'Irlande peut très bien gérer sa crise seule, dit DSK
L'Irlande peut très bien gérer sa crise elle-même et n'a pas demandé d'aide au Fonds monétaire international, a déclaré samedi le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn.
"Je ne suis pas en contact avec l'Irlande", a dit Strauss-Kahn à la presse en marge du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec) à Yokohama, au Japon.
"Pour l'instant, je n'ai pas reçu de demande et je pense que l'Irlande peut bien gérer ça", a-t-il ajouté.
Le FMI sera prêt à aider l'Irlande à l'avenir si elle en a besoin mais pour l'heure ce n'est pas à l'ordre du jour, a encore souligné Dominique Strauss-Kahn.
L'Union européenne et l'Irlande ont démenti vendredi que Dublin ait sollicité une aide pour faire face à la crise financière qu'elle traverse, marquée par une flambée de ses coûts d'emprunt sur les marchés.
Dominique Strauss-Kahn a déclaré lui aussi qu'il n'avait pas eu vent de négociations sur un plan de sauvetage européen.
Mais des sources diplomatiques européennes ont assuré que des discussions étaient engagées à ce propos.
Un responsable au sein de la zone euro a jugé "très probable" que Dublin demande une aide au Fonds européen de stabilisation financière, un organisme mis en place après l'octroi de 110 milliards d'euros à la Grèce en mai dernier.
"Des discussions sont en cours et l'argent du fonds de stabilisation sera utilisé. Il n'y aura ni décote pour les détenteurs d'obligations ni restructuration", a-t-il déclaré.
DIFFERENCES
Dominique Strauss-Kahn a toutefois estimé que les difficultés de l'Irlande étaient très différentes de celles de la Grèce.
"La situation irlandaise est essentiellement liée au problème des banques, en particulier d'une grande banque, pas seulement mais essentiellement une grande banque", a-t-il dit. "Ce n'est pas la même chose que le problème de la Grèce, qui était à la fois un problème budgétaire mais aussi un problème de compétitivité."
Le directeur du FMI a ajouté que Dublin avait pris "beaucoup de mesures pour revenir sur les rails en matière budgétaire".
Les investisseurs redoutent un défaut de paiement de l'Irlande, affligée du plus lourd déficit budgétaire de la zone euro.
L'écart de rendement entre les emprunts d'Etat irlandais à dix ans et leurs équivalents allemands de référence a grimpé jeudi à près de sept points de pourcentage, avant de redescendre à 5,8 points vendredi.
Mais le loyer de l'argent reste très élevé pour l'Irlande et la pression sur le fragile secteur bancaire pourrait avoir persuadé le gouvernement d'engager des discussions sur une aide, même si le pays est pleinement financé jusqu'à la mi-2011 et qu'il n'est pas confronté à la même crise de liquidités que la Grèce au printemps dernier.
L'UE pourrait de son côté souhaiter apaiser les investisseurs grâce à un plan de sauvetage pour prévenir toute contagion à d'autres pays membres endettés comme l'Espagne ou le Portugal.
Peur espagnole et humour noir irlandais
Tandis que les rendements espagnols atteignaient 4,52% le 10 novembre, les taux grecs et portugais étaient pour leur part à 11,65% et 7,33% respectivement. "Les investisseurs ont passé plusieurs semaines à pénaliser tout ce qui avait l'odeur des pays périphériques", note le quotidien madrilène "pour empirer les choses, la banque d'investissements Goldman Sachs a réclamé hier du Fonds européen de stabilisation financière un plan de sauvetage pour l'Irlande et le Portugal".
Les unes des journaux irlandais se gardent bien de faire de telles annonces. L'éditorialiste de l'Irish Independent Lise Hand, rapporte toutefois l'ambiance très maussade au parlement national. "Ca ressemble aux derniers jours de l'Empire romain, ces temps-ci, Taoiseach", a ainsi rétorqué un membre de l'opposition au Premier ministre irlandais Brian Cowen. "Et hier, poursuit Lise Hand, les taux de la dette irlandaise ont atteint des sommets inimaginables et certains des plus horribles Maîtres de l'univers ont eu l'insolence de se prononcer sur des sujets qui relèvent de la souveraineté irlandaise en proclamant notamment que seules des élections générales permettraient de calmer les marchés". "Malheureusement pour Caligula Cowen, "conclut-elle, "l'impression qui prédomine est qu'il est la tête d'un gouvernement à la Néron, qui continue de jouer de la lyre tandis que Rome brûle".
Panique dans la zone euro
Jamais depuis la crise grecque du printemps dernier, un pays n’avait paru aussi vulnérable face aux marchés. Alors que l’idée d’un plan de sauvetage de l’Irlande se profile, la presse européenne s’inquiète des conséquences pour les autres membres de l’UE.
"L’Irlande vers une nouvelle crise financière", annonce la Frankfurter Runsdschau. Et chaque jour, le sort de l’économie irlandaise, affaiblie par la dette et des taux d’intérêt de plus en plus élevés, paraît plus alarmant pour l’ensemble de la zone euro. “Le refrain du déchirant acte II de la crise de l’euro a été entonné par Wolfgang Schäuble”, constate de son côté la Berliner Zeitung.
Le ministre des Finances allemand demande qu’à l’avenir, les détenteurs d’obligations passent à la caisse lorsqu’un Etat membre de la zone euro devra être sauvé par les autres. “Pour les investisseurs, c’est une mélodie nouvelle", commente le quotidien : "Jusqu’à présent, ils supposaient que la zone euro rachèterait ses membres. […] Maintenant qu’ils croient devoir assumer un risque, il exigent des intérêts plus élevés.” Le journal cite un membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), qui affirme que “les plans allemands mènent inéluctablement à des attaques spéculatives renforçant la crise”.
"La hausse des taux d’intérêt pourrait conduire l’Irlande et le Portugal à réclamer l’aide européenne", constate Diário de Notícias à Lisbonne. "L’UE se prépare à aider l’Irlande, dont les intérêts sur la dette ont dépassé les 9%. Le Portugal pourrait être le prochain à en avoir besoin, sauf si les marchés se calment.” Pour le Portugal, “la possibilité d’échapper à une telle demande s’amenuise chaque jour”, à moins que la perception du risque par les marchés ne change, prévient l’économiste Antonio Nogueira Leite, cité par le quotidien. "L’UE se déclare prête pour le sauvetage de l’Irlande", assure pour sa part La Vanguardia, qui ajoute que "l´Espagne atteint son risque maximal".
A Séoul, pendant la réunion du G20, José Manuel Barroso a déclaré que tout est prêt pour le sauvetage de l’Irlande "en cas de nécessité", mais les déclarations du président de la Commission européenne, qui prétendaient calmer les marchés, "ont déclenché de nouvelles spéculations". Le quotidien catalan souligne que cette inquiétude est renforcée "par le blackout sur l’information instauré à Bruxelles, qui rappelle les jours qui ont précédé le sauvetage grec", en mai dernier. La différence, aujourd’hui, est que la zone euro dispose du mécanisme européen de stabilité financière, ajoute La Vanguardia.
Pour enrayer la crise, l’option la plus crédible serait que "la France et l’Allemagne redonnent confiance aux investisseurs", affirme Virginia Romero, de la société d´investissement Ahorro Capital, qui souligne aussi qu'en cas de sauvetage de l’Irlande, la situation serait pire que celle créée avec le sauvetage grec en mai, car "on passerait de l’exception à la généralisation". La grande peur serait donc "une contagion généralisée, même au-delà des pays périphériques", conclut La Vanguardia.
"Tout cela est un grand malentendu”, assure le Financial Times Deutschland. Le quotidien économique considère que "la politique et les investisseurs agissent selon leurs habitudes - ils ne font pas bon ménage". Car si la politique, surtout européenne, rampe au rythme des compromis et des majorités, la finance, elle, veut de la rapidité et des bases solides pour prendre des décisions. "Au printemps dernier, l’Europe a vécu douloureusement où cela peut nous amener quand ces deux principes incompatibles se rencontrent” ; la crise grecque s’était alors transformée en crise de l’euro par la faute d’une politique trop lente. D’où l’appel en Une du FTD: “Maintenant, faites vite!”
A Dublin, le temps paraît encore plus compté : "l’Etat irlandais est insolvable : ses dettes dépassent de loin tout moyen réaliste de les rembourser", écrivait en début de semaine l’économiste Morgan Kelly, dans un article de l’Irish Times qui continue de susciter beaucoup de réactions en Irlande. C’est une tragédie en deux actes, explique-t-il. Le premier a été le plan de sauvetage des banques toxiques à 70 milliards d’euros, dans lequel “ira chaque centime de vos impôts pendant les deux ou trois ans à venir". Le prochain sera une crise du crédit immobilier, dont les symptômes apparaissent déjà. “Les gens vont très loin; ils ne paient pas leurs factures et empruntent énormément à leurs parents pour pouvoir rembourser leurs emprunts."
Et pendant ce temps, ironise Morgan Kelly, "les marchés rendent hommage à la gestion calme et résolue de la crise par le gouvernement et la Banque centrale en plaçant la dette irlandaise dans le même groupe des pays à risque que l’Ukraine ou le Pakistan, deux crans au-dessus du niveau de junk de l’Argentine, de la Grèce et du Venezuela." "Depuis septembre, une équipe permanente d’‘observateurs’ de la BCE a élu résidence au ministère des Finances", révèle également l’économiste. "Bien qu’elle soit composée de fonctionnaires de plusieurs nationalités, on les appelle ‘les Allemands’." Réagissant à cette sorte de mise sous tutelle, le quotidien tchèque Lidové noviny s’inquiète de la redéfinition du concept de "solidarité européenne“, dans laquelle "les contribuables irlandais sont condamnés à travailler dur et sacrifiés à la seule vision franco-allemande de la politique monétaire européenne“.
Un sommet pour rien ? Une grand messe économique de plus avec son « amen » contrit et soulagé jusqu'à la prochaine ? Pas tout à fait. Séoul incarne, encore timidement certes, un changement.
Il est d'abord technique, puisque les accords « Bâle III » exigeant une meilleure capitalisation des banques pour éviter les krachs sont entérinés. A l'exception, il est vrai, des banques du marché intérieur américain désespérément « accrocs » au tout crédit. Ensuite, le Fonds monétaire international sort considérablement renforcé de ce sommet. Et avec lui son directeur général Strauss-Kahn, dont la stature mondiale pourrait vite faire oublier une aléatoire ambition nationale...
Mais il y a plus important. Depuis Séoul, le gouvernement économique du monde appartient vraiment au G 20, et non plus au G 8 des vieux Etats industrialisés du XXe siècle. Les pays dits émergents, plus la Chine, l'Inde et le Brésil qui ont déjà une belle longueur d'avance, siègent dans la passerelle de commandement. Et font valoir leurs différences. Sans ambages et sans diplomatie...
Le premier à l'avoir appris à ses dépens est Barack Obama. Non seulement le chef de la Maison Blanche n'a guère été écouté mais jamais un président américain n'a été contredit de cette sorte. Jusqu'à essuyer un « Nein » catégorique de la chancelière Merkel et -un comble- jusqu'à devoir subir un cours de stabilité monétaire de la part du Chinois Hu Jintao. Sans oublier les piques des Indonésiens, des Brésiliens et des Indiens...
Il est vrai que donner des leçons passe très mal quand on fait fonctionner la planche à billets pour dévaluer le dollar de fait tout en exigeant des autres qu'ils achètent « américain » et freinent leurs exportations vers les Etats-Unis : un discours impérial d'autrefois devenu maladresse aujourd'hui en faisant oublier, au grand plaisir de Pékin, l'intransigeance chinoise sur le cours du yuan.
Fidèles à eux-mêmes, et les yeux rivés sur la crise irlandaise, les Européens ont parlé rigueur et équilibre. Sans Nicolas Sarkozy, absent des querelles car arrivé tard à Séoul en raison de la commémoration du 11 novembre et par diplomatie. Il préside désormais le G 20 avec pour mission (impossible ?) de remettre de l'ordre dans le système monétaire mondial. Une tâche tellement ardue qu'elle a inspiré une inhabituelle modestie au président de la République lors de sa conférence de presse...
vendredi 12 novembre 2010
TVA « sociale » ou « anti-délocalisation » : inefficace !
Le but réel de la TVA sociale.
Je ne partage pas l'enthousiasme sur la création de nouvelles taxes alors que la tendance actuelle est à la baisse des impôts sur le revenu des personnes physiques comme des personnes morales, à la dénonciation sans action des paradis fiscaux si utiles pour échapper à l'impôt, au maintien de nombreuses niches fiscales, et à la diffusion progressive d'une propagande présentant comme mesure de justice fiscale le troc "bouclier fiscal" contre "suppression de l'ISF". Le but réel de la hausse de TVA, de la taxe carbone ou de la taxe, dont on parlé un moment, sur les pique-niques, est uniquement de prélever plus de taxes pour compenser ce qu'on accepte de ne pas collecter ailleurs.
L'efficacité improbable de la TVA "anti délocalisation"
Nous avons déjà la CSG qui a été présentée, en son temps, comme une mesure permettant d'améliorer la compétitivité de nos entreprises. L'efficacité sur ce point n'est pas criante.
La TVA sociale permettant de baisser les cotisations, on délocaliserait moins ? Même à 0% de charges sociales, les salaires français resteront supérieurs à ceux de la Chine. Pour atteindre la parité, il faudrait aussi baisser les salaires en France et augmenter le temps de travail. Qui veut tenter l'expérience ?
Et avec l'euro fort -il a atteint les 1,60$ et est aujourd'hui à 1,39$- l'impact d'une baisse de coût du travail est balayé en quelques semaines.
Si on veut pénaliser l'importation, soyons clairs, ce qui est efficace, c'est le droit de douane. Et comme les délocalisateurs produisent pour le marché européen, en pénalisant l'importation on pénalise les délocalisateurs. Il est certain que le choix de la barrière douanière a des inconvénients car elle conduit évidemment à des représailles. Mais il ne faut pas se leurrer : si la TVA sociale avait aussi cette efficacité, elle aurait les mêmes conséquences. On ne le craint pas : c'est parce qu'elle n'a aucun impact sérieux sur les échanges internationaux. Nous avions une TVA à 17,6%, elle est passé à 18,6%, puis à 20,6% pour revenir à 19,6%. Existe-t-il une corrélation statistique entre le déséquilibre extérieur et ces taux ?
Le choix : une fiscalité d'ancien Régime ou une fiscalité moderne ?
La taxe frappe fortement les bas revenus ; elle égratigne à peine les hauts revenus. Voilà le fond du sujet. Souhaitons-nous, à la commission économie, promouvoir une fiscalité d'Ancien Régime ou promouvoir une fiscalité moderne, par laquelle l'état demande à chaque citoyen de contribuer en fonction de ses capacités et pour laquelle l'état met en œuvre tous les moyens nécessaires pour que nul ne puisse échapper sans risque à son devoir de contribuer ?
Certains journaux ont tendance à plaindre les pauvres contribuables aisés. Pourtant, quand les gros contribuables bénéficient de l'appui de la République c'est pour de gros enjeux ! Par exemple, si l'héritière Bettencourt obtient gain de cause devant les tribunaux dans son affaire de captation d'héritage, la justice de la République lui rendra un service proportionnel à la fortune et aux revenus qui servent de bases aux déclarations de la famille.
Alourdir la TVA, c'est compenser le bouclier fiscal et le reste des avantages fiscaux par une taxe qui frappera surtout ceux qui épargnent peu faute de revenus. C'est agir contre la justice fiscale. C'est à l'opposé d'un projet humaniste.
Le coût salarial n'est que l'une des composante de la compétitivité
Pour terminer, je crois que c'est à tort qu'on se focalise sur les charges salariales comme source de non compétitivité nationale. Ce qui compte, c'est la valeur de la production. A-t-on oublié que l'un des intérêts des investissements productifs est de permettre une augmentation du niveau de vie des salariés ? Peut-on ensuite leur reprocher sans être incohérent des salaires (immédiats et différés) trop hauts ? Il me semble aussi que de nombreuses sociétés fixent parmi leurs objectifs stratégiques celui d'un dividende minimal. Dans ces conditions-là, il faut considérer que les rémunérations des actionnaires sont, au même titre que les charges salariales, une composante directe du coût de revient de la production et qu'elles ont un impact sur la compétitivité de l'entreprise.
Conclusion
La TVA est une part des prélèvements fiscaux et sociaux et cet ensemble est le facteur initial de l'équilibre budgétaire et du maintien des prestations sociales. Tout cela a un impact sur la compétitivité, sur les échanges extérieurs, sur l'ensemble de l'économie et de la société. Pour un économiste, étudier isolement le projet de la dilater la TVA ou, à l'inverse, celui de la dégonfler n'est pas plus sage que, pour un garagiste, vouloir modifier la largeur d'un pneu de voiture pour avoir plus d'adhérence, sans tenir compte ni de la jante, ni du passage de roue, ni de l'impact du changement sur la direction du véhicule.
Il n'y a pas qu'un pneu sur une voiture.
Il faut penser système, pas composante.
Imminent, le remaniement sème déjà le trouble au centre
Malmené par les sondages
Paris ouvre ses états généraux de la nuit
ORGANISER LE "VIVRE-ENSEMBLE"
"Il y a des gens qui ont besoin de la nuit pour dormir, d'autres qui veulent utiliser la nuit pour faire la fête, tandis que des gens travaillent tout simplement la nuit. Il ne s'agit pas d'opposer les légitimités les unes aux autres. Il s'agit d'organiser le 'vivre-ensemble' de ces différentes nuits", explique Mao Peninou, adjoint au maire de Paris, chargé du bureau des temps, et maître d'œuvre de ces premiers états généraux des nuits parisiennes.
A Paris, plus de 45 % des Parisiens travaillent encore après 20 heures. 25 % d'entre eux travaillent toute la nuit, sans compter la clientèle des entreprises de nuit (théâtres, cinémas, bars, restaurants, discothèques...). La capitale compte environ 200 night-clubs et 850 établissements ouverts après 2 heures du matin. "Sur les cinquante dernières années, c'est une augmentation assez forte", reconnaît Mao Peninou, qui met aussi en avant les transformations liées aux mesures contre la voiture (trottoirs élargis, rues rendues aux piétons, aménagements de places, de berges, etc.). "Ça a des conséquences positives sur la vie de quartier mais négatives en termes de nuisances", note-t-il.De Bastille à Oberkampf, des Champs-Elysées à Saint-Germain-des-Prés, de Pigalle à la Butte-aux-Cailles, la crispation se fait sentir dès la nuit tombée. Bars, clubs et restaurants vivent au rythme des plaintes déposées par les riverains excédés par le bruit de clients jetés sur le trottoir par l'interdiction de fumer dans les lieux publics, effective depuis janvier 2008. La préfecture note toutefois une baisse des infractions pour tapage nocturne dans les débits de boisson, dont le nombre est passé de 122 sur les huit premiers mois de 2008 à 115 sur la même période en 2009 et 95 en 2010.
DAVANTAGE D'ISOLATION PHONIQUE
Le réseau Vivre Paris, qui entend veiller au respect de la tranquillité des Parisiens, participera au débat. Selon ce regroupement d'associations, la qualité de vie des habitants de Paris ne doit être pas "sacrifiée au profit d'intérêts qui ne sont pas forcément d'utilité publique". L'opposition municipale s'est déclarée favorable à un accompagnement financier de la Ville de Paris en faveur des propriétaires d'établissement dans la mise en œuvre des travaux d'isolation phonique de leurs locaux. Jean-François Lamour, président du groupe UMP au conseil de Paris, suggère également que "la Ville de Paris se dote d'espaces dévolus aux activités culturelles et festives nocturnes au sein de zones inhabitées". Il reste évidemment à trouver des zones inhabitées au sein de la capitale.
La mairie suggère pour sa part l'ouverture tardive d'un certain nombre de lieux publics : parcs, jardins, lieux d'expositions culturelles pourraient, sur le modèle de la Nuit blanche organisée chaque année, animer régulièrement les nuits parisiennes. "Certains lieux éphémères, lorsqu'ils sont en période d'inactivité, pourraient être provisoirement investis, imagine Mao Peninou. Ensuite, hors de la capitale, dans le cadre de Paris-métropole, nous encouragerons l'implantation de nouveaux lieux de fête." L'activité nocture crée "du lien social", rappelle l'adjoint au maire : "Un bar de nuit qui s'ouvre dans un quartier périphérique, c'est de la vie et de la sécurité pour les riverains."
L'exécutif parisien planche également sur la création de commissions de conciliation par arrondissement "de manière à avoir une sorte d'expertise permettant de rendre les choses plus objectives en cas de plainte", poursuit Mao Peninou. Comme cela se fait déjà à Barcelone, en Espagne, des mimes pourraient faire leur apparition à la place des policiers pour inciter les fêtards à baisser le ton. "Une manière de faire de la médiation sans doute plus adaptée à des gens qui sont en train de faire la fête", conclut-il.
Etats généraux de la nuit à Paris
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L'Express fait le remaniement
si Mam sort du gouvernement, il faudra une femme à un poste régalien. Valérie Pécresse a montré au ministère de l'Enseignement supérieur qu'elle savait négocier, or le président tient à la réforme de la Justice Eric Mandonnet, service France
Au collège de Craon (Mayenne), on a voulu intégrer un “Etablissement de réinsertion scolaire”. ERS, ça claque bien, en langage administratif.
Il s’agit d’accueillir, au sein d’une structure traditionnelle, des pré-adolescents “dont le comportement nécessite un éloignement.” Tels ces cinq garçons de Seine-Saint-Denis, qui effectuaient leur rentrée lundi. La douceur des pays de Loire allait modifier leur caractère. Eh bien, non ! Dès le lendemain, le proviseur a dû les exclure. Sans aucune raison apparente, ils ont roué de coups des camarades du bahut. Un hasard malencontreux fit se croiser banlieusards et provinciaux sur le chemin de la cantine…
L’affaire tourne au vinaigre. Les enseignants, évoquant leur “droit de retrait”, refusent de reprendre le travail tant que le statu quo demeure. N’avaient-ils pas, avant l’incident, dénoncé “un dossier bâclé, mal préparé” ? À l’unisson, les parents refusent d’envoyer les enfants à l’école, devenue “lieu d’insécurité”.
Luc Chatel, hier, a réagi par un flamboyant sophisme : “Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Ce qui s’est passé prouve justement l’utilité des ERS !”
Afin de poursuivre l’expérience, l’inspection d’Académie augmente les moyens humains. Onze adultes vont désormais encadrer les neuf pensionnaires du 93 qui restent à Craon. Sage précaution. À la guerre, en effet, la supériorité numérique s’avère souvent décisive.
En histoire, les coïncidences de calendrier, accidentelles, forcément accidentelles, sont rarement neutres, même quand elles le voudraient. Bien obligés de composer avec elles, les acteurs de l'actualité leur donnent souvent un sens inattendu. Ainsi, dans la même journée d'hier, la France a commémoré l'Armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale et pris la présidence d'un G 20 qui doit tenter de conjurer les risques d'un conflit monétaire planétaire. Un grand écart dans le temps et dans l'espace qui invite notre pays à porter un regard original sur son époque, et celle, future, qu'il doit préparer.
Une puissance moyenne comme la notre a-t-elle encore les moyens de peser par son style sinon par son influence géopolitique sur les grands équilibres du présent ? Le président de la République rêverait - on peut le comprendre - d'être l'homme qui, par sa seule énergie, parviendrait à faire émerger un consensus multipolaire sur des règles du jeu aussi nobles que communes. Il est à craindre, hélas, qu'une vision aussi romantique, voire romanesque, ne soit que mirage, immédiatement dissipée par l'âpre réalité d'une rivalité économique, désormais frontale, entre les États-Unis et la Chine. Tout dépendra, on le sent bien, de l'évolution du rapport de forces entre ces deux puissances dominantes qui peuvent réduire le G 20 à quoi Jacques Attali prédit qu'il sera réduit : un G « vain ».
D'une certaine façon, le général de Gaulle est arrivé lui aussi - encore une coïncidence - dans le nouvel A 330 présidentiel du chef de l'État. Son esprit en tout cas. La France reste persuadée, en effet - et elle a raison - qu'elle a à endosser une vocation universaliste, à porter une certaine idée de l'humanité au delà de ses frontières, et à donner aux grands des leçons durables, comme elle le fit avec le discours de Phnom-Penh en 1966, après avoir reconnu la Chine populaire deux ans plus tôt.
Vue de Paris, une telle certitude est toujours émouvante, et fédératrice. Le problème, c'est qu'elle ne résiste plus guère aux fuseaux horaires. Sûre d'elle-même et fière de son modèle, notre nation compte parmi les moins ouvertes, intellectuellement du moins, à une mondialisation perçue comme une menace. Notre narcissicisme nous encombre, et nous tire en arrière, vers le passé au moment où il faudrait nous projeter vers le monde tel qu'il est. Ce serait pourtant la stratégie la plus dynamique pour défendre dans une ère nouvelle, à la fois nos valeurs et notre mode de vie.
Elle a évidemment raison, la France, d'offrir l'asile à des chrétiens d'Irak qui fuient les persécutions dans leur pays. D'autant que cela permet à Monsieur Besson de se refaire une virginité dans le registre de l'ouverture généreuse. Et il a raison, Benoît XVI, de dénoncer la violence faite à ces chrétiens irakiens… Mais attention aux simplifications hâtives : l'Irak n'est pas la proie d'une guerre de religions entre musulmans et chrétiens, ni d'un choc des civilisations entre Occident et Islam. Le pays, riche en pétrole, au centre stratégique du Moyen Orient, n'a pas attendu la montée du fanatisme islamique pour souffrir de la violence. Et aujourd'hui, la réalité de la guerre en Irak, c'est des musulmans tuant d'autres musulmans, des islamistes faisant sauter des mosquées. Au nom de Dieu, bien sûr. Prenons garde à ne pas les conforter en leur répondant sur le même registre religieux.
Nous avons un problème avec le social « ordinaire ». Nous le préférons volcanique, avec un penchant pour les moments convulsifs où les citoyens se dressent contre les pouvoirs, répétant la scène de 1789 ou 1848. Et de ces épisodes flamboyants, on pourrait conclure que notre vie sociale est tonique.
Ce serait oublier que les accès de fièvre sont rarement signes de bonne santé, surtout lorsqu'ils deviennent chroniques.
La vérité est que le social ne va pas très bien. Et cela, parce qu'il ne parvient pas à relever trois défis majeurs.
Le premier est celui de l'unité syndicale. Elle a, certes, fait de notables progrès dans le conflit des retraites, mais sans remise en cause de l'éparpillement d'organisations dont la faiblesse nous place au dernier rang des pays de l'OCDE. Il ne se passera rien de sérieux dans le domaine de la gestion des grands dossiers de l'heure, tant que l'unité organique du monde du travail ne sera pas réalisée autour de deux pôles fédérateurs. N'oublions pas que si l'État s'est saisi du dossier des retraites, c'est par suite de l'impuissance des partenaires sociaux à boucler une négociation qui était, de plein droit, de leur compétence.
D'où vient cette impuissance, sinon des rivalités entre organisations dont aucune n'ose se risquer aux compromis pourtant nécessaires ? Le premier qui cède est mort ou mis à mal. La CFDT en a fait l'amère expérience en 2003. Et lorsque l'État prend le relais, le même scénario se reproduit, la question n'étant pas de travailler à la solution la moins mauvaise, mais de se montrer prudent par crainte de l'accusation de trahison. Les pouvoirs publics savent jouer à merveille de cette concurrence. Le poids des appareils retarde cette indispensable unité. Jusqu'à quand ? Faudra-t-il, comme l'envisageait Pierre Rosanvallon, atteindre les 2 % de salariés syndiqués pour que le sursaut se produise enfin ?
Le second défi est lié. C'est celui de la durée. À quoi bon mettre le social en ébullition durant trois semaines, si c'est ensuite pour le voir se refroidir et entrer en hibernation prolongée ? Ce scénario n'est pas certain. Il est plausible. Or la question est bien : comment mobiliser les énergies et la créativité intellectuelle dans la durée, pour affronter au mieux, dans un esprit constructif, les épreuves de l'avenir proche ?
Enfin, défi des défis : comment retisser le social dans une société de plus en plus émiettée entre des individus guère disposés à sacrifier leur autonomie à l'action de masse ? La question est urgente, estiment Touraine et Gauchet dans leurs dernières analyses (1). Un vieux problème qui a dominé le XIXe siècle et qui a fini par trouver sa réponse au XXe, dans la démocratie sociale fondée sur l'organisation collective. Mais, aujourd'hui, cette démocratie sociale tend à se réduire à la défense des droits individuels. C'est l'effacement du « Un pour tous », devise d'une citoyenneté sociale à réinventer selon des modèles nouveaux, déjà expérimentés dans l'économie sociale et solidaire (2).
Face au retour en force de la « question sociale » qui déborde l'avenir des retraites et s'élargit au thème du travail et de son partage, quelle sera la réponse du social ? L'interrogation demeure.
(1) Après crise, Seuil ; et L'avènement de la démocratie, tome III, Gallimard.
(2) Lire Jean-Louis Laville, Politiques de l'association, Seuil.
Angela Merkel a raison : « Le plus grand danger qui nous menace est le protectionnisme. » Le spectre d'une fermeture des frontières comme cela s'était passé en 1930, conduisant au résultat que l'on sait, a été repoussé depuis le début de la crise, il y a deux ans. Mais il réapparaît.
Le site Global Trade Alert (GTA), édité par le think tank britannique CEPR (Center for Economic Policy Research) relève que les mesures protectionnistes ont été écartées pour l'essentiel, mais note « une accélération » depuis l'été. Environ 120 décisions de défenses commerciales sont prises chaque trimestre dans le monde, note le 8 e rapport du site publié avant Séoul, dont 111 l'ont été par les membres du G20 depuis le dernier sommet de Toronto, en juin. Les dernières (des aides pour promouvoir des composants) sont le fait de… l'hôte coréen. Dans la liste de ceux qui ont mis en place des mesures protectionnistes depuis deux ans, le rapport du GTA désigne le Vietnam (926 mesures), le Kazakhstan (723), la Chine (160), la Russie (85 mesures), le Brésil (32) mais aussi… l'Allemagne (35 mesures). La chancelière ferait bien de faire son propre ménage.
Protectionnisme rampant mais encore limité ? Les ministres des Finances du G20, qui s'étaient préréunis il y a quinze jours à Séoul, avaient promis de ne pas engager de « guerre des monnaies ». Mais la Chine s'est moquée du monde en annonçant une micro-réévaluation du renminbi cette semaine, afin de faire glisser les critiques à ce sujet, et les Etats-Unis ont grossièrement manqué à leur parole en optant pour une politique monétaire qui fera franchement baisser le dollar.
L'engagement du G20 en faveur de la coopération et du refus de mettre en place des politiques qui affectent les autres est à suivre avec beaucoup de crainte puisque plus la crise dure, plus ses dégâts sont favorables aux thèses protectionnistes. Les percées des droites extrêmes en Europe ou le récent succès du Tea Party américain témoignent de la difficulté croissante des gouvernements à éviter d'engager ces « protections » que réclament les partis populistes. Dans les pays en développement, la politique américaine apparaît pour ce qu'elle est, égoïste. La tentation est dès lors forte de « faire pareil » et de bloquer tel ou tel investissement, tel ou tel produit. En Europe et en Amérique, les classes moyennes sont de plus en plus atteintes dans leur niveau de vie. La cause protectionniste se répand. En France, une hausse de la TVA est promue désormais par une majorité au sein des partis de droite ou de gauche comme une façon légitime de défendre notre modèle social. L'idée d'établir des normes environnementales aux frontières européennes proposées, par exemple par Nicolas Sarkozy, va dans le même sens.
Il devient objectivement de plus en plus difficile de résister à ces pressions. On pourrait se rassurer en se disant qu'il faut tenir bon pendant l'hiver de la crise mais que, vite, les causes profondes vont s'effacer. Mais il n'en est rien. Le grand déséquilibre, l'origine de tout, entre les Etats-Unis et la Chine recommence à se creuser. Le déficit américain a été réduit de moitié en 2009 mais il remontera à près de 500 milliards de dollars (3,2 % du PIB) en 2010. L'excédent chinois repart de plus belle, + 35 % sur un an, à près de 300 milliards de dollars (4,7 % du PIB). Les efforts de Barack Obama et les plans de Hu Jintao pour « changer de modèle économique », consommer moins et épargner plus pour l'un, faire l'inverse pour l'autre, n'ont pas d'effet. Le monde va dans le mauvais sens, trop de déséquilibre, trop de liquidités. Si rien n'est fait, les protectionnistes emporteront la partie par une guerre des monnaies, par des relèvements des droits de douane ou par d'autres voies. A commencer par les républicains américains…
C'est à l'Europe de parler fort et d'expliquer que les faux-semblants ne sont plus de mise. La mondialisation n'est pas en péril mais partout, de plus en plus, certains spéculent avec succès sur ses méfaits. L'Amérique devrait vite agir pour éteindre les incendies que provoque sa politique monétaire et rassurer. La Chine devrait entendre que le populisme est aux portes en Occident. Pékin devra choisir : ou réévaluer sérieusement le renminbi, ou voir ses clients relever certains droits de douane. Ou désarmer son nationalisme industriel qui barre de plus en plus brutalement la route aux groupes étrangers, ou voir s'appliquer des « mesures réciproques ». A l'Europe de sonner l'alarme et de prendre la tête du G18 contre le G2.
Haut la main. Ces derniers jours, les banques françaises ont passé sans problème le test des résultats trimestriels. Leurs performances sont bien supérieures à celles de la plupart de leurs concurrentes européennes. BNP Paribas est en piste pour ravir à l'espagnol Santander le titre d'établissement le plus profitable de la zone euro en 2010, Natixis confirme son redressement, tandis que Crédit Agricole et Société Générale semblent avoir retrouvé le chemin d'une croissance rentable. Une situation qui contraste avec le reste du paysage bancaire européen.
En d'autres temps, de telles performances auraient suffi à doper leurs cours de Bourse. Cette fois-ci, il y a fort à parier qu'il n'en sera rien. Pour une raison simple, les investisseurs ont la tête ailleurs. À Bâle, précisément. Du coup, ils se préoccupent moins de la rentabilité des banques que de leur solvabilité, de leur capacité à encaisser des chocs futurs. En clair, ils font aujourd'hui le tri entre celles qu'ils estiment en mesure de se conformer par leurs propres moyens aux nouvelles exigences de fonds propres imposées à l'horizon 2013 et celles, beaucoup moins attractives, qui devront faire appel au marché pour y parvenir. Or, en dépit des garanties, plus ou moins détaillées, données par les établissements français sur le sujet, le doute subsiste chez les investisseurs. La faute à certains traits de leur « business model » (poids de la banque de financement et d'investissement, de l'assurance…), qui alourdissent leur bilan et augmentent l'épaisseur du matelas de capital nécessaire. La faute surtout au fait que l'objectif de fonds propres visé par BNP Paribas et consorts est a minima, quand celui des banques britanniques ou suisses est largement supérieur au niveau plancher. Un manque d'ambition qui fait tache. D'autant que les régulateurs étudient toujours la possibilité de renforcer leurs exigences prudentielles pour les banques systémiques, celles dont la faillite pourrait mettre en danger l'économie mondiale. Une catégorie à laquelle appartiennent certains de nos établissements.
Résultat, les banques françaises pâtissent d'une sorte de suspicion légitime alimentée par le précédent de l'automne 2008. Quand elles assuraient ne pas avoir besoin de fonds propres supplémentaires pour traverser la crise avant de se bousculer, sous la pression des marchés, au guichet de l'Etat.
Aquelques jours du vote d'une loi censée développer la concurrence sur le marché de l'électricité, Poweo casse l'ambiance. Le Petit Poucet du kilowatt annonce être sur le point de rendre les armes face à EDF et d'abandonner le marché résidentiel. Quand on perd de l'argent sur chaque client, rien ne sert de chercher à se rattraper sur la quantité ! Un peu plus de trois ans après la libéralisation du marché et à la veille d'une nouvelle étape, la conclusion est cruellement claire : la concurrence électrique est un échec.
Que la libéralisation ait fonctionné dans les télécoms et pas dans le courant n'est pourtant guère surprenant. L'émergence de nouvelles technologies comme le mobile ou l'IP ont ouvert des brèches dans lesquelles de nouveaux acteurs du téléphone ont pu s'engouffrer. Difficile dans l'énergie, où l'innovation est limitée, de faire mieux qu'un acteur historique. Surtout si, comme EDF, il a su investir tôt et massivement dans le nucléaire, que ses prix de revient sont bas et qu'il a, en plus, rendu aux ménages et aux entreprises l'essentiel de cette « rente nucléaire » sous forme de prix bien plus bas que dans le reste de l'Europe. Dans la téléphonie, les rivaux de France Télécom faisaient souvent mieux et moins cher. Face à EDF, la mission est quasi impossible. La loi ne pourra pas y changer grand-chose : on ne va pas fragiliser un champion national pour faire plaisir à ses rivaux, ni augmenter brutalement les prix pour permettre à des concurrents moins efficaces de dégager des marges.
Mal partie, la concurrence reste pourtant souhaitable. Dans l'intérêt des consommateurs comme de l'indépendance énergétique de l'Hexagone, il faut qu'EDF soit soumis à une pression concurrentielle et que de nouveaux acteurs susceptibles d'investir dans le développement de nouvelles capacités de production misent sur la France. Aider de nouveaux acteurs au démarrage et favoriser ceux qui s'engagent à investir et à innover (comme GDF Suez dans le nucléaire ou d'autres dans les barrages) est utile. Ce qui le serait moins serait de faire naître demain une concurrence artificielle et administrée. La concurrence, ce doit aussi être moins d'Etat, moins de régulation et plus de marché. Pas plus de prix administrés ou plus de bureaucratie. Car, à long terme, les solutions artificielles agissent souvent comme des drogues dont il devient impossible de décrocher.












