TOUT EST DIT

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jeudi 26 septembre 2013

L'État à la diète, vraiment ?

Un budget sur fond de ras-le-bol fiscal. À l'arrivée, c'est urticant et sans surprise tant l'élaboration du projet a déjà fait couler beaucoup d'encre. Alors que les avis d'imposition tombent dans leurs boîtes aux lettres, les Français découvrent la note pour 2014. Forcément salée. D'autant que la nouvelle douloureuse présentée, hier, par le gouvernement s'annonce plus sévère pour les ménages que les entreprises.

Pas question de se réjouir du malheur des uns, ces contribuables dont les rangs grossissent à vue d'oeil. Ni surtout de l'opposer au bonheur (relatif) des autres en recherche de compétitivité indispensable au rebond de la France. Le piège absolu à éviter quand un pays, en croissance mollassonne et rongé par le chômage, peine collectivement à repartir du bon pied de façon significative et durable.

Pour autant, l'exécutif a beau vendre l'idée qu'il a privilégié « historiquement » les économies plutôt que les hausses d'impôts pour réduire les déficits, le message a du mal à passer à la seule évocation du futur sursaut de la TVA.

La faute aux propos contradictoires de Matignon comme de l'Élysée sur la pause fiscale que tous les contribuables appellent de leurs voeux. Des contribuables prêts, en citoyens responsables, à tous les efforts du monde dès lors que la réduction des dépenses ne relève pas d'une habile construction ou d'une partie de bonneteau.

Or, l'État va-t-il vraiment se serrer la ceinture ? Si les missions prioritaires d'éducation, d'emploi, de justice et de sécurité sont confortées, des ministères, comme la Culture ou l'Agriculture, vont rogner dans leur budget. Mais une grande partie des économies affichées provient plus d'un arrêt de l'augmentation de leurs dépenses que d'une vraie diminution.

Le poison de la dette

Pour ramener le déficit public dans les clous des 3 % du PIB, exigés en 2015 par Bruxelles sur ses gardes, l'exécutif a beau se réjouir de la validation de ses prévisions de croissance par le Haut conseil des finances publiques, il a raté le train de la pédagogie. Et rame pour faire comprendre que, non, l'impôt n'est pas une punition. À condition que son produit soit employé à bon escient par un État providence qui, pour le rester, se doit d'être visionnaire et garant de la solidarité. Sans gâcher le moindre euro.

Certes, le flou persiste sur la question du financement de la branche famille. Cependant, la réindexation sur le coût de la vie du barème de l'impôt sur le revenu ou l'application d'une décote sur les premières tranches visent à garantir aux plus modestes un certain pouvoir d'achat. Et c'est bien.

Mais rien ne saurait faire oublier que notre pays continue de vivre au-dessus de ses moyens. À force d'emprunter à tour de bras à des taux si riquiqui (pourvu que cela dure !), on finirait par penser que c'est « cadeau ».

En dépit des quinze milliards d'économies défendus ici par le gouvernement et jugés par la droite comme un « trompe-l'oeil anti-croissance », la seule charge de la dette (30 000 € par Français, un record !) va continuer d'aggraver la situation. Comment stopper l'engrenage infernal ? Cette dépendance à la dette, créée de toutes pièces par les hommes quelle que soit leur couleur politique, serait-elle plus forte qu'eux ? Non, sérieusement, on refuse de le croire.

mardi 4 juin 2013

Fiscalité, solidarité, universalité

Fiscalité, solidarité, universalité


S'attaquer à la réforme des « allocs » est un dossier si sensible que le gouvernement a hésité jusqu'au dernier moment avant de trancher pour tenter de sauver la politique familiale. De quoi s'agissait-il ? De trouver un milliard d'euros dès 2014, puis deux à partir de 2016. Bref, de redresser les comptes de la branche famille de la Sécurité sociale. Une branche plombée par des transferts de charges qui, en réalité, devraient relever du régime des retraites dont la réforme est attendue à l'automne.

En dehors de cette bizarrerie, peut-on reprocher à un gouvernement de s'attaquer à des déficits même si, en la circonstance, il touche à la famille, un des fondements de la société ? Oui s'il ne lutte pas, un jour ou l'autre, contre la fraude sociale, les régimes spéciaux de retraites ou celui des intermittents du spectacle. Y a-t-il à redire, sur le fond, quand on demande, au nom de la solidarité nationale, davantage d'efforts aux plus aisés pour redistribuer davantage d'aides aux plus démunis ? Non, si le dosage est sage.
Au vu des chantiers à lancer pour aller chercher la croissance, il n'apparaissait pas urgentissime de régler cette affaire. Mais, l'exécutif y tenait. Et, pour y parvenir, il a préféré le durcissement du quotient familial à la baisse des allocations. Pouvait-il faire autrement ? Le sujet est tabou depuis 1945, le gouvernement Jospin s'y était cassé les dents. Avec le mur de protection dressé par les défenseurs du système visant à exiger le maintien du sacro-saint principe de l'universalité, le pouvoir a opté pour la solution la plus consensuelle. « Un moindre mal », soulignent, soulagées, les associations familiales loin de se réjouir de l'effort porté sur les crèches jugé trop insuffisant.
Coup de rabot
Au nom d'une meilleure redistribution vers les familles pauvres et monoparentales, la potion concernera 12 % des familles françaises. 1,3 million de ménages les plus aisés verront, en moyenne, leur impôt augmenter de 64 € par mois. Mais les classes moyennes ne passeront pas entre les gouttes de ce rééquilibrage qui équivaut, bel et bien, à une augmentation des impôts.
Ce premier gros coup de rabot effectué par François Hollande sur la protection sociale s'apparente à un acte politique fort pour un gouvernement de gauche. Sans jouer les risque-tout, ce dernier ne pouvait pas se permettre de provoquer à nouveau les familles après le mariage pour tous. Là, il a oeuvré, non masqué, mais avec stratégie,via le quotient familial qui a un triple avantage. Il garde l'esprit fondateur du système toujours le plus généreux au monde. Il est d'une plus grande discrétion. Et sa mise en oeuvre, simple comme bonjour, n'interviendra pas avant 2014. Soit après les élections municipales et européennes.
De quoi, temporairement, faire avaler la pilule aux Français. Mais, sans vouloir donner le sentiment d'en remettre une couche sur la politique d'austérité, la nouveauté constitue bien une attaque contre le pouvoir d'achat. Certains y voient un tour de passe-passe de plus de François Hollande, promu fin magicien ou fin tacticien. Le Front national, en surfant sur des arguments nauséabonds, crie au scandale et évoque« un impôt sur les enfants ». La gauche parle de « justice sociale » quand l'UMP condamne « un matraquage fiscal ». Une certitude : cette réforme contredit la promesse du président de la République de ne pas augmenter les impôts. Un (gros) mensonge par omission ?

jeudi 30 mai 2013

Le pari de la jeunesse

La France fait-elle confiance à sa jeunesse ? Avec la « génération sacrifiée » qui galère pour entrer dans le monde du travail, comment ne pas en douter. Aujourd'hui, un jeune de moins de 25 ans sur quatre est au chômage. C'est plus que la moyenne de l'Union européenne. Beaucoup moins que les records des pays du Sud où, par exemple, plus de la moitié des jeunes Grecs ou Espagnols cherchent, en vain, du travail.


Mais, au-delà de ces chiffres, le constat renvoie à une interrogation : les sociétés traitant ainsi leur jeunesse sans qu'il soit question de leur vendre du rêve font-elles le maximum pour agir face à l'urgence de la situation ? Des sociétés malmenées par la mondialisation, les errements de la finance ou de leur classe dirigeante. Leur volonté politique en pâtit et laisse parfois dubitatif.
Hier pourtant, les bases d'un « new-deal » franco-allemand sur l'emploi des jeunes ont été jetées afin de combattre le phénomène qui touche l'Europe de plein fouet. Mais que faut-il espérer de cette « offensive » poussée par Paris et Berlin ? On promet aux six millions de jeunes concernés un plan d'actions et un déblocage de fonds européens avant fin 2013.
En attendant l'Arlésienne, l'Allemagne affiche le taux de chômage des jeunes (7,6 %) le plus bas d'Europe. Et nous donne encore la leçon. Les Européens accourent outre-Rhin. Ils y découvrent les vertus de la formation en alternance et de l'apprentissage quand nous payons, aujourd'hui au prix fort, des décennies de mépris à l'endroit du travail manuel.
Éviter l'exil forcé
On le voit, le mal dont souffre la France et qui mine les jeunes (et leurs parents) est profond. Il remonte au-delà de la crise financière de 2008. Depuis les années 1970, ce chômage spécifique, plus grave encore pour les peu qualifiés, a résisté à tous les plans imaginés par la droite et la gauche. Les récents emplois d'avenir comme les nouveaux contrats de générations, sur lesquels François Hollande et le gouvernement fondent de gros espoirs, contribueront-ils à adoucir la courbe du chômage ? Au mieux amortisseurs de crise, ils ne régleront pas le problème de fond : l'absence de croissance qui appelle d'autres réformes pour relancer la machine.
Revers de la médaille : l'ultra compétitif modèle allemand, lui, multiplie néanmoins les mini-jobs à 450 € mensuels et la précarité. Au nom de l'harmonisation européenne, verra-t-on des règles made in Germany érigées en normes, au risque d'un nivellement par le bas ? Une certitude : notre salut ne viendra pas des autres.
C'est pourquoi, la France ne pourra pas faire, non plus, l'économie d'une réflexion globale sur son enseignement général et sa formation professionnelle. Sur ses filières d'excellence comme sur ces voies surencombrées ou obsolètes qui conduisent à de véritables impasses. En finir avec ces tromperies, comme avec l'usage abusif des stages qui masquent de vrais emplois, suffirait à donner des gages d'espoir. Et à diminuer la fuite des cerveaux.
Car, dans ce contexte de déprime, nombre de jeunes choisissent l'exil. Une solution radicale. Faire ses valises pour voir si l'herbe est plus verte ailleurs reste une expérience formidable tant les voyages forment la jeunesse. Mais élargir son champ de vision, contraint et forcé, pour s'inventer un avenir impossible dans son propre pays est désastreux. Rentreront-ils, un jour en France, plus forts et plus expérimentés ? 
Oui. S'ils décident d'y revenir.

mardi 14 mai 2013

Encore très loin du consensus


Le dossier des retraites reste hautement périlleux. Mais la réalité des besoins de financement, qui atteindront 20 à 25 milliards d'euros d'ici à 2020, oblige à son tour le pouvoir en place à s'attaquer, sans tabou, à sa réforme. Une première pour un gouvernement socialiste prêt à agir mais sans sacrifier à la méthode du sacro-saint dialogue social. Prêt à agir aussi sans calculs politiciens qui, à gauche comme à droite, finissent par exaspérer les Français ? C'est à espérer.
Soyons réalistes et raisonnables : avons-nous d'autres choix que de remettre l'ouvrage sur le métier au vu de l'allongement croissant de l'espérance de vie ? Non. Faut-il le faire avec courage pour rendre le système pérenne à court terme et rassurer les générations futures ? Oui. Au nom de l'intérêt supérieur d'un mécanisme généreux (parfois injuste) qui, si rien n'est fait, nous conduit droit dans le mur. Pour François Hollande et son gouvernement, l'idée, après avoir tant critiqué la réforme Fillon, est d'enclencher le processus dès maintenant, d'aller vite et de boucler l'ensemble dans le courant de l'été pour soumettre le projet de loi au Parlement en septembre.
Précipitation coupable ou fenêtre de tir recevable ? Certes, notre pays ne peut plus rester entre deux eaux sur cette question majeure que l'équipe Sarkozy, par trop prudente, n'a pas fini de régler. Mais s'il est plus difficile de s'attaquer à de tels problèmes dans un contexte d'économie dégradée, le dossier tombe à pic pour donner des gages à Bruxelles sur notre réelle volonté à engager des réformes structurelles. L'Europe n'en attend pas moins de la France en contrepartie du délai qu'elle vient de lui accorder pour la réduction de ses déficits.
Menace d'un automne chaud
Reste que cette annonce de réforme indispensable fâche déjà. À l'approche de la conférence sociale de juin, le Premier ministre a reçu, hier, les partenaires sociaux divisés sur la question. Le patronat ayant ouvert le défilé à Matignon, la CGT l'a fermé en prévenant qu'un éventuel bras de fer dans la rue avec le gouvernement ne serait pas à exclure au vu des intentions qu'on lui prête de porter la durée de cotisation à 44 ans en 2035...
La logique élémentaire plaiderait pourtant pour un recul de l'âge de départ. Pas question, dit en substance l'Élysée qui souhaite actionner d'autres leviers. Alors que notre économie souffre de trop de prélèvements sur la richesse produite, les cotisations salariales augmenteront-elles ? Les retraités seront-ils mis à contributionvia une hausse de la CSG ? Le maquis des régimes spéciaux sera-t-il remis à plat ?
Pour le moment, chaque camp avance sa vision de ce qu'il veut et (surtout) ne veut pas en ébauchant sa réforme idéale. Mais aucune ordonnance destinée à soigner le malade ne pourra faire l'unanimité. D'où des risques sur le plan social avec la menace cégétiste à peine voilée d'un automne « chaud ». Des risques sur le plan politique aussi. Avec la gauche de la gauche jusqu'au-boutiste dans l'âme. Et une droite qui, de son côté, risque de faire front pour des raisons de tactique politicienne alors qu'elle épouse, sur le fond, la nécessité d'une réforme d'envergure mise sur les rails par bon nombre de nos voisins européens.
Le gouvernement saura-t-il déminer le terrain à la recherche d'un consensus, aujourd'hui, hypothétique ? Il lui faudra, à coup sûr, être persévérant et fin pédagogue.

Encore très loin du consensus


Le dossier des retraites reste hautement périlleux. Mais la réalité des besoins de financement, qui atteindront 20 à 25 milliards d'euros d'ici à 2020, oblige à son tour le pouvoir en place à s'attaquer, sans tabou, à sa réforme. Une première pour un gouvernement socialiste prêt à agir mais sans sacrifier à la méthode du sacro-saint dialogue social. Prêt à agir aussi sans calculs politiciens qui, à gauche comme à droite, finissent par exaspérer les Français ? C'est à espérer.
Soyons réalistes et raisonnables : avons-nous d'autres choix que de remettre l'ouvrage sur le métier au vu de l'allongement croissant de l'espérance de vie ? Non. Faut-il le faire avec courage pour rendre le système pérenne à court terme et rassurer les générations futures ? Oui. Au nom de l'intérêt supérieur d'un mécanisme généreux (parfois injuste) qui, si rien n'est fait, nous conduit droit dans le mur. Pour François Hollande et son gouvernement, l'idée, après avoir tant critiqué la réforme Fillon, est d'enclencher le processus dès maintenant, d'aller vite et de boucler l'ensemble dans le courant de l'été pour soumettre le projet de loi au Parlement en septembre.
Précipitation coupable ou fenêtre de tir recevable ? Certes, notre pays ne peut plus rester entre deux eaux sur cette question majeure que l'équipe Sarkozy, par trop prudente, n'a pas fini de régler. Mais s'il est plus difficile de s'attaquer à de tels problèmes dans un contexte d'économie dégradée, le dossier tombe à pic pour donner des gages à Bruxelles sur notre réelle volonté à engager des réformes structurelles. L'Europe n'en attend pas moins de la France en contrepartie du délai qu'elle vient de lui accorder pour la réduction de ses déficits.
Menace d'un automne chaud
Reste que cette annonce de réforme indispensable fâche déjà. À l'approche de la conférence sociale de juin, le Premier ministre a reçu, hier, les partenaires sociaux divisés sur la question. Le patronat ayant ouvert le défilé à Matignon, la CGT l'a fermé en prévenant qu'un éventuel bras de fer dans la rue avec le gouvernement ne serait pas à exclure au vu des intentions qu'on lui prête de porter la durée de cotisation à 44 ans en 2035...
La logique élémentaire plaiderait pourtant pour un recul de l'âge de départ. Pas question, dit en substance l'Élysée qui souhaite actionner d'autres leviers. Alors que notre économie souffre de trop de prélèvements sur la richesse produite, les cotisations salariales augmenteront-elles ? Les retraités seront-ils mis à contributionvia une hausse de la CSG ? Le maquis des régimes spéciaux sera-t-il remis à plat ?
Pour le moment, chaque camp avance sa vision de ce qu'il veut et (surtout) ne veut pas en ébauchant sa réforme idéale. Mais aucune ordonnance destinée à soigner le malade ne pourra faire l'unanimité. D'où des risques sur le plan social avec la menace cégétiste à peine voilée d'un automne « chaud ». Des risques sur le plan politique aussi. Avec la gauche de la gauche jusqu'au-boutiste dans l'âme. Et une droite qui, de son côté, risque de faire front pour des raisons de tactique politicienne alors qu'elle épouse, sur le fond, la nécessité d'une réforme d'envergure mise sur les rails par bon nombre de nos voisins européens.
Le gouvernement saura-t-il déminer le terrain à la recherche d'un consensus, aujourd'hui, hypothétique ? Il lui faudra, à coup sûr, être persévérant et fin pédagogue.

vendredi 15 mars 2013

SOS retraites, bis repetita

SOS retraites, bis repetita


L'histoire se répète sans surprise. Alors que les partenaires sociaux négociaient, pied à pied, hier, pour trouver un accord sur le renflouement des caisses complémentaires, impossible de faire l'autruche face aux déficits à venir. Si rien n'est fait, le « trou » des régimes de retraite se creusera de 20 milliards d'euros en 2020. Moins de trois ans après la réforme Fillon adoptée dans la douleur, l'alerte rouge est déclenchée.

La droite pensait avoir écopé en portant progressivement l'âge de départ à 62 ans et l'âge d'une pension à taux plein à 67 ans. Mais le bateau prend toujours l'eau. Résultat : il n'y aura pas assez d'argent dans les caissons de survie pour joindre les deux bouts au-delà de 2018, même après avoir « dévalisé » le fonds de réserve.
Nécessité faisant loi, la gauche va donc, à son tour, devoir s'attaquer à ce gros chantier pour éviter l'effondrement général du système. S'atteler à une réforme pour le long terme ? Mardi, le président Hollande a plaidé pour « des choix courageux » avant la fin de l'année. Avec le PS, l'homme « normal » avait combattu, avec force, le report de l'âge légal, version Sarkozy.
Aujourd'hui, une équipe d'experts peaufine dans le détail une feuille de route qui sera dévoilée en juin. Pour ramener le système à l'équilibre, elle privilégierait l'allongement de la durée de cotisation. La bonne direction. Les socialistes, après avoir parfois opéré sur le sujet un virage à 180 degrés, finissent aussi par l'admettre : repousser l'âge de départ est inéluctable. Le consensus l'emporterait-il, enfin, sur la politique politicienne ?
Une très bonne nouvelle
Le bon sens amène à penser, par ailleurs, que les autres leviers envisagés seront à manier avec plus de discernement. La hausse des cotisations nuirait à la compétitivité dans un pays qui croule déjà sous les prélèvements sociaux. La baisse des pensions serait politiquement dure à tenir alors que les Français, à en croire un dernier sondage, estiment avoir déjà beaucoup donné.
Le pire à leurs yeux sera-t-il forcément l'ennemi du bien ? Une certitude. Les nouvelles mesures de financement supposeront des efforts de tous. Des efforts à répartir justement. En tenant compte de la pénibilité au travail, des carrières morcelées ou longues. En abordant la question des régimes spéciaux au travers d'un débat de fond...
Les relations entre les partenaires sociaux, historiquement basées sur la culture du conflit, se tendront-elles alors que le poids de la fiscalité et le froid de la rigueur accentuent, dans l'opinion, le ressenti d'un gros malaise ?
Sans se détourner de leurs priorités ¯ on pense d'abord au combat pour l'emploi ¯, l'Élysée et Matignon ont, là, une occasion de fixer un vrai cap. De démontrer leur crédibilité (écornée par ailleurs) quant à leur capacité à réformer réellement sans se satisfaire de simples replâtrages.
Les retraites, enjeu capital, représentent un dossier sensible pour les Français. Un pan inaliénable du pacte social de solidarité entre les générations, bâti sur la relance de l'après-guerre. Reste que la société se doit d'affronter la réalité du XXIe siècle en face, quitte à remettre, sur la table, les questions qui fâchent. Le tout, ne l'oublions pas, sur fond d'une espérance de vie en forte croissance passée de 70 à 81,4 ans, en France, en cinq décennies. Une très bonne nouvelle, non ?

mercredi 30 janvier 2013

L'auto qui pleure, l'auto qui rit

L'auto qui pleure, l'auto qui rit


L'industrie automobile made in France va mal. Depuis plus d'un siècle, elle était la fierté du pays. Aujourd'hui, plus de 15 000 suppressions de postes sont annoncées chez PSA Peugeot-Citroën et Renault. C'est peu dire si elle aborde l'un des virages les plus difficiles de son histoire.

Jour après jour, les deux groupes industriels, en quête de flexibilité indispensable à leur survie, s'affaiblissent sur leurs bases historiques. Ils doivent faire face à des négociations tendues, à des débrayages musclés dans les usines menacées de fermeture. Les enjeux sont lourds quand le simple objectif est de restaurer, à tout prix, leur compétitivité. Les contretemps judiciaires, venant freiner le cours des événements, ne changeront rien à l'affaire.
Confrontés à une concurrence mondiale redoutable, les deux constructeurs français réussiront-ils à passer au plus vite le cap douloureux de ces restructurations ? En dépit de mesures sociales d'accompagnement indispensables pour les salariés, les négociations ne peuvent déboucher que sur des coupes claires côté effectifs. Comment pourrait-il en être autrement tant la surcapacité industrielle, fruit de politiques et de stratégies inadaptées, reste une évidence ?
Dans ce contexte morose, croire l'automobile en déclin serait faire fausse route. Au-delà de ces aléas conjoncturels, et même si le marché automobile européen est en recul de 20 % depuis cinq ans, le marché mondial, lui, reste porteur. L'automobile va passer de cinquante millions de voitures produites en l'an 2000, à cent millions prévues en 2018 !
De gros profits
Si les constructeurs tricolores ne tirent pas leur épingle du jeu, d'autres s'en sortent royalement. En misant sur le haut de gamme, Audi, Volkswagen ou Mercedes ont joué la qualité à fond, ce que n'a pas su faire Opel outre-Rhin, ni Fiat en Italie. Et sur ce créneau en plein boom, porté à la fois par les pays matures et les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Russie), ils ont su engager des réformes nécessaires après lesquelles nous courons. Conséquence : ils engrangent de gros profits.
Grâce au soutien de l'État, et à de sérieux sacrifices du personnel, l'Américain GM est vite revenu dans le jeu après sa faillite de 2009. Les Coréens, eux, n'ont pas calé quand nos constructeurs tardaient à se restructurer. Moins internationalisés, les Français sont passés à côté des nouveaux marchés : leur vraie faiblesse. Certes Renault, avec sa marque low cost Dacia et son union avec Nissan, a fait mieux que PSA lancé dans une alliance tardive avec GM. Mais est-il trop tard pour bien faire ?
Toyota, lui, a trouvé la solution. En misant sur l'étranger. En s'y implantant sans écouler ses fins de série. Bref, en faisant preuve d'audace. Redevenu le n°1 mondial en 2012, le japonais « cartonne » aussi hors de ses frontières avec sa Yaris « franco-nipponne » construite dans son usine de Valenciennes, via des méthodes de fabrication ultra-compétitives.
Résultat : il a vendu 9,75 millions de véhicules l'an passé, soit + 22,6 % par rapport à 2011. De quoi rendre jaloux les Français qui, au passage, saluent la réussite et la stratégie gagnante de Michelin, géant tricolore du pneu présent partout dans le monde. Et qui, contrairement à Goodyear, ne connaît pas de coup de pompe.

vendredi 30 novembre 2012

Le volontarisme industriel jusqu'où ?

L'ultimatum d'ArcelorMittal pour éviter la fermeture des hauts fourneaux de Florange prend fin ce vendredi soir, à minuit.
Ce bras de fer qui oppose, depuis deux mois, le géant mondial de l'acier au gouvernement relance, plus largement, le débat autour du sauvetage de l'industrie française. L'État doit-il voler au secours des salariés qui crient leur désarroi dans l'attente d'un repreneur ? Est-il dans son rôle en brandissant la menace de la nationalisation temporaire d'un site historique de la sidérurgie française, gros pourvoyeur d'emplois ? La complexité des réponses renvoie à la complexité du dossier.
Qu'un gouvernement envisage d'accompagner, voire de prendre en main, pour un temps donné, une entreprise en difficulté dans le but d'assurer sa survie n'a rien de choquant. En son temps, Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité à agir de manière déterminée pour tirer Alstom d'une passe difficile. Plus récemment, le sauvetage de General Motors, grâce à l'interventionnisme de l'État américain, illustre le bien-fondé de politiques industrielles nées d'une approche plus pragmatique qu'idéologique.
La perspective d'une nationalisation temporaire de Florange a reçu du reste le soutien plutôt appuyé de la classe politique française. À gauche, au centre comme à droite. À l'inverse, elle a été jugée « scandaleuse » par la présidente du Medef. Au moment où les railleries en provenance de l'étranger sur le patriotisme économique des Français sont à prendre au sérieux, cette violente réaction ramène, elle, au fond du débat. Et aux limites du genre et du verbe : les propos incendiaires d'Arnaud Montebourg, le chaud bouillant ministre du Redressement productif, ne servent que trop souvent à jeter de l'huile sur le feu.
À chacun son métier
En s'opposant avec véhémence à ce qu'elle considérerait comme une « expropriation scandaleuse » en cas de fronde de la France contre ArcelorMittal, Laurence Parisot rappelle que ce n'est pas à l'État de se substituer à un entrepreneur quel qu'il soit. Sur le fond, elle a raison. À chacun son métier.
D'ailleurs, l'État en a-t-il les moyens ? À l'heure où les caisses sont vides, quel serait le coût d'une telle opération pour la collectivité ? À quel prix se ferait le rachat éventuel de Florange ? La nouvelle Banque publique d'investissement aura-t-elle vocation à jouer, là, les pompiers de service ? Le flou persiste sur les contours du plan d'action envisagé alors que le gouvernement assure avoir trouvé un repreneur. Pour l'heure, il réfléchit à deux fois avant de s'engager dans la voie d'une nationalisation, même a minima, qui comporte des risques majeurs.
Risque économique. La chute sérieuse (durable ?) de la production européenne d'acier, de l'ordre de 25 % en quatre ans, pourrait conduire tout repreneur potentiel à jeter finalement l'éponge. L'État se retrouverait, à son tour, le bec dans l'eau.
Risque aussi d'ouvrir la boîte de Pandore. Au nom de quoi d'autres entreprises en difficulté ne pourraient-elles pas prétendre à pareil traitement ? Hier, les syndicats des chantiers navals de Saint-Nazaire n'ont pas tardé à lancer un SOS. D'autres pourraient s'engager dans ce sillage. Certes, l'État doit mettre tout en œuvre pour amortir les chocs industriels et les drames humains qui en découlent. Mais si le volontarisme est une qualité indispensable pour gouverner, la nationalisation ne peut en aucun cas être érigée en stratégie. Le jusqu'au-boutisme (d'un ministre) ne mène à rien.

jeudi 15 novembre 2012

Austérité, précarité, solidarité

Austérité, précarité, solidarité 


De Madrid à Athènes, de Bruxelles à Lisbonne, de Rome à Paris... on a battu le pavé, hier, dans bon nombre de villes de 23 pays, « contre le trop plein d'austérité ». Une victoire pour la Confédération européenne des syndicats ? Un vibrant appel de détresse.
Austérité, rigueur. Des mots qui font mal au moral, au porte-monnaie voire à la dignité des peuples. Des mots qui claquent comme des punitions lorsqu'ils sont appliqués ex abrupto sous la pression des marchés ou d'une troïka (FMI, UE, BCE) inflexible. Des mots vécus comme des humiliations par les citoyens des pays désargentés du Vieux continent. Là où les politiques irresponsables ont conduit à accumuler dette et déficit aussi indéfendables qu'insoutenables.
Grecs, Espagnols, Portugais, Italiens... tous ont ce ressenti alors que la crise s'enkyste avec son lot de drames humains jusqu'à son cortège de suicides. Garder la tête haute ? Faire face ? Facile à dire et difficile à vivre au quotidien. Vrai pour les familles touchées de plein fouet par le chômage et le déclassement alors que l'urgence oblige à réparer les erreurs collectives de gestion du passé. Pour repartir sur des bases saines sur fond d'une fichue récession qui, chacun le sait, rend illusoire tout espoir d'amélioration rapide.
Au coeur de cette crise, la France n'échappe pas au climat anxiogène. Mauvaise gestionnaire mais avec des amortisseurs sociaux encore bons, elle ne peut, à l'image de ses voisins surendettés, s'exonérer de tout effort de redressement de ses comptes. C'est pourquoi, l'heure de la rigueur version « hollandaise » a sonné. Moins violente qu'ailleurs, mais réelle. Une stratégie jugée trop douce par l'Allemagne qui, elle, a agi, avec à propos, bien avant les autres pour en recueillir les fruits bien avant tout le monde.
Alors que monte un sentiment de défiance des pays de l'Europe du Sud (plus sévèrement atteints) à l'encontre de ceux de l'Europe du Nord (pas à l'abri du pire), il serait bon d'y prendre garde. Comme il serait injuste de désigner Angela Merkel, papesse de la rigueur, comme seule responsable de décisions prises conjointement à Bruxelles et votées ensuite par les Parlements nationaux, élus, rappelons-le, démocratiquement.
La prise de conscience des peuples sur l'obligation de revenir à plus de raison budgétaire n'est pas remise en cause. C'est plus sur l'aveuglement des autorités que des voix s'élèvent pour exhorter les gouvernements à mettre la pédale douce sur les plans drastiques engagés de manière concomitante.
La mobilisation d'hier, émaillée parfois de violences, émerge donc au moment où les coupes claires dans les budgets nationaux accélèrent chômage, précarité et chute de la consommation. Résultats : la Grèce et l'Espagne sont arrivées au bout de leurs forces, le Portugal et l'Italie sont presque au bout du rouleau quand la Grande-Bretagne et d'autres rament pour éviter la descente aux enfers.
Après avoir sous-estimé l'impact des plans de rigueur sur la croissance, voilà que le FMI redoute que l'austérité ne devienne « politiquement et socialement intenable ». Et qu'il invite, enfin, à desserrer l'étau. Pour redonner de l'oxygène à tous les pays accidentés de la crise ? De l'espoir à une jeunesse ô combien sacrifiée ? L'Europe, gardienne du temple budgétaire, refuse d'acter un assouplissement général. Mais elle se doit de renforcer la solidarité qui « sommeille » en elle. Et pas qu'en désespoir de cause.

lundi 5 novembre 2012

Un rapport vital pour l'emploi

Un rapport vital pour l'emploi 


Le rapport Gallois, dévoilé ce matin, comptera-t-il pour du beurre ou verra-t-il son destin résister à la discorde ? Commandé à l'ex-patron d'EADS par François Hollande qui en avait fait un préalable à son action pour relever la compétitivité de la France, il est passé par tous les états. On l'a cru mort-né avant qu'il ne renaisse après mille rumeurs alimentant un procès en amateurisme à l'endroit de l'exécutif.
Oublions cette cacophonie pour ne retenir que l'essentiel. De quoi s'agit-il au juste ? D'éviter clairement le décrochage, voire le déclin de la France à la confiance dégradée. D'enrayer la dégringolade de son industrie et de son déficit commercial. De sauver des emplois aussi. Vaste chantier ? Vital, surtout.
En vingt ans, notre part dans le commerce mondial a chuté de moitié. En dix ans, le coût du travail, lui, a progressé deux fois plus vite en France qu'outre-Rhin. Cette dernière « performance » nous propulse vice-champions d'Europe en la matière, juste derrière la Belgique. Un titre au rabais dont on se serait bien passé. Car ces reculades plombent notre économie et le moral de nos entreprises exportatrices en perte de vitesse face à la concurrence internationale.
Comment redresser la barre alors que le Medef demande « un big bang pour sauver la France » ? En frappant fort ? C'est la recette avancée par Louis Gallois adepte d'un choc de compétitivité « massif ». Le commissaire à l'investissement, homme de droiture et de conviction mis sous pression, n'a pas changé une virgule au traitement de cheval qu'il proposera à Jean-Marc Ayrault. Il plaide notamment pour un allégement substantiel des charges sociales de 30 milliards d'euros compensé par de la TVA, de la CSG.
Plus possible de tabler sur une hypothétique reprise
Oui mais voilà, le gouvernement ne veut pas de cette potion en l'état. Et l'a déjà fait savoir. Que faut-il en penser ? Qu'arc-bouté sur l'objectif de réduction des déficits qu'il s'est fixé à 3 % du PIB en 2013, il a déjà serré à fond la corde de la fiscalité. Qu'il n'a plus guère de marge de manoeuvre pour préserver le pouvoir d'achat déjà écorné des Français, dans un pays quasi en récession et rongé par le chômage.
On est là au coeur du débat. Avec trois voies possibles. Faut-il s'accrocher à la seule « compétitivité coût » alors que le « prix » du travail n'est qu'une des causes du mal ? Un produit de mauvaise qualité, ou mal adapté au marché, peinera toujours à trouver preneur... Faut-il privilégier la « compétitivité hors coût » ? Mixer les deux ? À une action « coup de poing », l'Élysée et Matignon préfèrent un « pacte », une trajectoire dans la durée, avec des soutiens à l'innovation, à la recherche, à la formation, à l'investissement.
Une certitude : la France ne peut plus se payer le luxe de tabler, pour 2013, sur une hypothétique reprise, sortie d'une pochette-surprise, en croisant les bras. C'est bien l'avis de l'oracle Louis Gallois. D'Arnaud Montebourg, le virevoltant ministre du Redressement productif, auteur d'un mémorandum sur la relance de l'industrie. Du visionnaire Gerhard Schröder aussi. L'ex-Chancelier s'y connaît pour avoir, à la fin des années 1990, fait gagner le match de la compétitivité à l'Allemagne. En social-démocrate averti, il avait su lui donner un cap clair et audacieux qui a mis dix ans à porter ses fruits. C'est dire si, pour la France, le temps est plus que compté.

mardi 2 octobre 2012

Les mauvais plans de l'automne social

Les mauvais plans de l'automne social 


Ils tombent comme les feuilles mortes. Les uns après les autres. Jour après jour. C'était attendu, certes. Mais les plans sociaux en cascade minent durement cette rentrée sociale. Et le bras de fer engagé par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, avec la direction d'ArcelorMittal, le géant planétaire de l'acier, n'est qu'un symbole de la mondialisation galopante qui, telle une pieuvre, enserre dans ses tentacules bien des destins.
Les innombrables fermetures et restructurations annoncées chez Petroplus, Doux, PSA Peugeot-Citroën, Sanofi, Fralib... sont les arbres de haute tige qui cachent une forêt dense. Faite de situations tendues, tout aussi terribles chez beaucoup de sous-traitants qui disparaissent en silence. Comme du reste dans ces petites entreprises familiales, souvent oubliées des politiques, et en proie aussi à de graves difficultés.
Que faire pour stopper l'avalanche et la forte poussée du chômage qui en résulte ? La droite a beau jeu, aujourd'hui, de se mettre en travers... du gouvernement en raillant ou son « inaction » ou son « incompétence » face aux désastres enclenchés. Quand la gauche affirme, à raison, qu'elle a hérité d'une situation avec des plans cachés sous le tapis par l'ancienne équipe au pouvoir. Une certitude : le débat ne devrait pas se réduire à ces querelles politico-politiciennes au moment où des femmes et des hommes se battent, au quotidien, pour sauver leurs emplois et assurer un avenir à leur famille.

Guerre économique

Au plus fort d'une guerre économique qui n'a jamais aussi bien porté son nom, le marché et sa sempiternelle loi de l'offre et de la demande s'avèrent de plus en plus impitoyables. Arnaud Montebourg, chantre du protectionnisme européen, affronte là, en première ligne, la dure réalité de cette mondialisation effrénée. Qui pousse un patron indien à éteindre les derniers hauts-fourneaux de Lorraine, dans ces terres d'histoire de France brutalisées par la violence des mutations industrielles.
Un tel scénario renvoie au pari de la réindustrialisation pris, pendant la campagne, par François Hollande, aujourd'hui au pouvoir. Osé et indispensable ? Oui, mais très compliqué car il faut aussi donner du temps au temps. La volonté farouche du gouvernement d'empêcher les licenciements boursiers et de taxer les entreprises coupables d'effectuer des coupes claires dans leurs effectifs au seul motif de satisfaire l'appétit des actionnaires ne réglera pas tout. Et en se chargeant de trouver un repreneur au site d'ArcelorMittal, l'État devra en assumer la responsabilité en cas d'échec, à l'heure où le BTP et l'automobile sont en manque d'appétit d'acier.
Inventer des solutions ? Engager une politique industrielle globale tout en gérant, au coup par coup, les situations d'urgence ? Le défi est là. Gigantesque. Et s'il demande de la lisibilité, de la visibilité et du courage, il doit favoriser l'innovation, la recherche, la formation aussi. Tout en oeuvrant à l'augmentation de la taille des PME françaises moins puissantes que leurs consoeurs allemandes. Oui : les pistes du rebond existent. À condition que toutes ces actions et bien d'autres s'inscrivent dans un projet collectif soutenu par un État plus stratège que coercitif. Capable d'anticiper les chocs, d'entendre les remontées du terrain. Le tout dans un dialogue social de qualité. Responsable, constructif. Pas dogmatique.

vendredi 21 septembre 2012

Sauver l'emploi et la compétitivité 



Patronat et syndicats ont du pain sur la planche. D'ici à la fin de l'année, ils tenteront de s'accorder sur deux réformes structurelles: le marché du travail et la compétitivité. Le gouvernement a donné le cadre des négociations et un calendrier serré. L'objectif, pour lui, est d'avancer sur ces dossiers difficiles. Les accords entre partenaires seront-ils, au final, de nature à permettre de conserver des emplois en France et de relancer notre économie déboussolée, comme celles de l'Europe, par la mondialisation ?
L'enjeu est là. Et l'urgence de la situation, avec la flambée du chômage et la dégradation continue de notre commerce extérieur, donne grand sens au débat. Les entreprises françaises, trop destructrices d'emplois ces temps-ci, à l'image de PSA Peugeot-Citroën dont l'intersyndicale d'Aulnay-sous-Bois était reçue, hier, à l'Élysée, ont besoin de visibilité économique et politique pour renforcer leur compétitivité.
Dans ce contexte tendu, l'épineuse question du coût du travail est un sujet incontournable. Mais réduire la réflexion sur la compétitivité à ce seul critère serait une erreur. Surtout au moment où l'idée d'une CSG sociale, permettant d'alléger certaines cotisations sur les salaires, semble faire son chemin dans les couloirs ministériels.
Le champ de l'agenda est plus large. L'Élysée a changé de braquet en envisageant de réformer le marché du travail. Matignon évoque même la possibilité pour les entreprises de recourir au travail partiel en cas de période difficile et avance le concept de « flexi-sécurité ». Un mot à tiroirs visant à associer une plus grande flexibilité salariale en échange d'une plus grande sécurité en matière d'emploi. Le discours ne rappelle t-il pas celui tenu, au début 2012, par Nicolas Sarkozy ? L'ancien président avait lancé, à la hussarde, une négociation, vite avortée, baptisée « accords compétitivité-emploi ».
La question est revenue sur la table lors de la conférence sociale des 10 et 11 juillet. Depuis, on parle de « sécurisation de l'emploi » après avoir joué sur les mots. À l'arrivée, le fond du projet est relativement proche : il s'agit bien de mener une réflexion sur le contrat de travail, de trouver des formules pour prévenir les plans sociaux ou d'en limiter l'impact à l'heure où les multiples restructurations laissent des salariés en plein désarroi. En colère aussi.
Face à ces réalités, les partenaires sociaux se montrent toutefois plus enclins à débattre. A condition de prévoir des pare-feux pour les salariés et ce, même si la confrontation, entre d'un côté le Medef et la CGT et FO de l'autre, risque d'être âpre sur le sujet.
Mais si la balle est dans le camp des négociateurs, elle l'est de facto au quotidien chez les entrepreneurs confrontés à l'obligation d'innover, sans relâche, pour rester compétitifs. Et (sur)vivre. Alors que trois quarts des échanges planétaires portent sur des biens manufacturés, chacun sait qu'un pays incapable de les vendre au juste prix sur le marché mondial a du souci à se faire.
Dans une France percutée par les délocalisations qui touchent aussi les services, 208 usines ont déjà baissé le rideau en 2012 quand 130 seulement ont été créées. Avec, à la clé, autant d'emplois perdus souvent à jamais. Raison de plus pour agir vite. Et s'entendre.