TOUT EST DIT

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lundi 25 août 2014

Rentrée de tous les dangers : François Hollande doit-il craindre l'explosion sociale et politique ?

Chômage, baisse du pouvoir d'achat, plans sociaux, gel des salaires de la fonction publique... Pour Eric Verhaeghe, tous les éléments sont réunis pour une rentrée explosive.
Comme avant chaque rentrée depuis plusieurs années (le phénomène a commencé sousNicolas Sarkozy, et s'amplifie constamment depuis), les couloirs des palais républicains retentissent des mêmes murmures: y aura-t-il une explosion sociale ou politique dans les semaines à venir? On ne dit probablement pas assez aux Français que cette grande peur du pouvoir face à un tsunami spontané qui submergerait les institutions guide une partie essentielle des politiques publiques: le pouvoir, coupé de la réalité, a peur des réactions populaires et, pour cette raison, renonce trop souvent à changer ce qui doit l'être, par crainte des mobilisations qu'une réforme trop ambitieuse peut nourrir.
Probablement plus que les autres années, 2014 s'inscrit dans la tradition maintenant bien ancrée de cette grande peur institutionnelle: et si les Français exprimaient leur ras-le-bol en donnant, comme ils l'ont fait à plusieurs reprises par le passé, un grand coup de pied dans la fourmilière du régime? Les scénarios par lesquels ces coups de pied-là arrivent sont bien connus. Un peu de tension sourde dans la société, quelques débrayages en guise de premières secousses, puis un blocage des universités qui s'étend plus ou moins rapidement à l'ensemble de la société, comme ce fut le cas en 1968.
De façon assez curieuse, alors que le moindre risque naturel est aujourd'hui documenté et détaillé, les risques sociaux sont mal connus et assez peu étudiés sous l'angle de la prévision. Le gouvernement ne dispose d'aucun indicateur «sismique» qui lui permette d'anticiper efficacement les convulsions sociales, et en dehors des notes rendues par les anciens renseignements généraux dont plus personne ne connaît le nouvel acronyme, il est incapable d'ausculter l'état d'esprit qui domine dans le pays réel.
Cette lacune est regrettable, car il est vrai que plusieurs indices concordent pour étayer la représentation d'une France au bord de l'explosion collective.
Les deux éléments les plus génériques sont bien connus. Premièrement, la France s'enfonce dans une stagnation économique qui érode le pouvoir d'achat, produit du chômage et, pire, une angoisse du chômage totalement castratrice pour la prospérité collective: qui oserait emprunter sur vingt ans pour s'acheter une maison aujourd'hui, quand les entreprises licencient à tour de bras? Deuxièmement, l'amateurisme ridicule avec lequelFrançois Hollande (très mal conseillé par les économistes arrogants et incompétents qui entouraient Moscovici) a certifié lors de plusieurs interventions publiques que la reprise était en cours constitue un important facteur de perturbation. François Hollande et son équipe sont manifestement dépassés par la situation, et peu de Français peuvent accorder, dans une période aussi difficile, du crédit à un président qui s'est, sans que personne ne l'y pousse, paré d'un costume beaucoup trop petit pour la pièce qu'il était supposé jouer.
Au-delà de ces évidences, le pays réel émet d'autres signaux qui ont de quoi inquiéter. En particulier, la vigueur dont le mouvement des intermittents du spectacle fait encore preuve prouve que la conflictualité sociale est, en France, à fleur de peau. Il nous manque ici un suivi exhaustif des grèves et autres débrayages dans le pays pour mesurer l'état réel de cette conflictualité. Sur ce point, il faut se garder d'une vision à l'emporte-pièce, car le nombre global de jours de grève reste très bas, alors que les plans sociaux sont légions, et que les indemnités de licenciement sont globalement en baisse par rapport à ce qu'elles pouvaient être il y a trente ans. Néanmoins, on peut dater de l'automne 2013 l'émergence d'une conflictualité durable, d'une intensité faible sans doute malgré quelques pics comme le mouvement des bonnets rouges ou les grèves à la SNCF, mais qui paraît s'être installée dans le paysage. Ce facteur nouveau est à ranger au compte des signaux faibles qui justifient une crainte particulière pour la rentrée.
Dans cet écosystème social difficile à cerner de façon monolithique, il faut probablement pointer des signaux encore plus faibles émis dans les rangs des services publics. Le gouvernement s'est en effet résolu à diminuer les dépenses des administrations, mais il n'a, pour le faire, aucune stratégie d'ensemble. En particulier, la direction générale de la fonction publique s'est définitivement perdue dans une vacuité hallucinante que l'abandon de la RGPP, pourtant critiquable en son temps, souligne de façon cruelle. La majorité avait beaucoup dénoncé les logiques comptables en vigueur sous Nicolas Sarkozy, mais elle en donne à son tour un exemple encore plus caricatural.
Ce point-là doit être suivi de près. Les salaires sont officiellement gelés depuis plusieurs années dans le service public, ce qui correspond au degré zéro de la gestion des ressources humaines. Ce gel est le prix à payer pour un maintien du nombre global d'emplois choisi par la majorité au pouvoir. Il est porteur de risques: les fonctionnaires ne progressent plus, et les moyens dont ils disposent pour remplir leur mission sont en constante diminution. Quelle entité productive peut ne pas exploser lorsque, à volume de travail constant, il n'existe aucune stratégie de réorganisation, aucune perspective d'évolution, et que les moyens diminuent jour après jour ?
Ce sont les armées qui sont les principales victimes de cette politique sans imagination, et, par nature, les armées obéissent sans état d'âme (moyennant quoi le gouvernement râpe petit à petit les attributs de notre puissance par peur de réformer le pays sans qu'un véritable contre-pouvoir ne s'oppose à ce suicide discret). Mais d'autres corps ne sont pas épargnés par ce mouvement. Des rumeurs parcourent les universités sur l'hostilité des enseignants aux réformes techniques opérées par leur ministre (en l'espèce des regroupements mal expliqués d'universités). Certains évoquent l'idée que ces enseignants pourraient stimuler un mouvement étudiant pour parvenir à leurs fins.
Tout cela n'est évidemment que conjecture. Mais le gouvernement se trouve incontestablement dans une impasse: la baisse du rendement de l'impôt l'oblige à trouver 10 milliards supplémentaires sur le budget 2014, ce qui est colossal dans une période de quasi-récession. Tôt ou tard, François Hollande devra faire son voyage à Canossa et lister clairement les interventions de l'Etat auquel il renonce. Jusqu'ici, il a cherché à amuser la galerie en assurant que la santé serait gratuite pour tous, que les retraites seraient préservées, que la pénibilité serait prise en compte, que l'Etat ne supprimerait pas d'emplois, qu'on recruterait plus d'enseignants, et que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tout ce temps passé à bercer (maladroitement) les Français d'illusions est un temps qu'il payera cher, car le grand mouvement de girouette que les agences de notation vont le contraindre à réaliser sera d'autant plus difficile à gérer.
Et le risque d'explosion est bien dans cette déception finale à laquelle il prépare ses électeurs.

mardi 23 octobre 2012

François Hollande est-il un nouveau Louis XVI ?

Division interne, calculs partisans, manque d'autorité... François Hollande, à force de gérer la France comme un parti politique risque fort de se confronter à la dure expérience qu'a vécu Louis XVI en son temps.
De Louis XVI, les Français ont gardé le souvenir, au demeurant injuste, d’un bon Roi victime des événements, maltraité par l’Histoire, emporté par une inéluctable Révolution. Et l’historiographie marxiste, qui conteste le rôle des hommes et croit à l’inéluctabilité des grands conflits historiques, a nourri cette perspective finalement indulgente pour le dernier des Capet. Le mythe de la révolution bourgeoise est au fond un hommage posthume rendu au monarque, comme s’il avait été le jouet de l’Histoire malgré lui.
La réalité était tout autre : Louis XVI n’avait guère de bienveillance pour son peuple, mais il avait vu juste sur un certain nombre de réformes à entreprendre : réduire les pensions versées aux nobles, réformer la fiscalité et la géographie administrative, réformer la bureaucratie. Le mouvement des physiocrates qui le talonnait en avait fait son fond politique : les sujets majeurs de l’Ancien Régime s’appelaient réforme fiscale, réforme de l’État et crise de la dette.
Louis XVI et Chirinquisition....
Ce qui manquait à Louis XVI, c’était l’esprit de décision: quand il entrevoyait une réforme nécessaire, il faisait un pas vers elle, et tout de suite la somme de difficultés à affronter pour parvenir à ses fins le faisait reculer.
Cette indécision, qui résonnait dans l’esprit des Français comme le signal de la faiblesse, eut raison de notre monarchie décadente. Ainsi, en convoquant les États Généraux le 1er mai 1789, Louis XVI eut l’intuition géniale que seule une consultation large permettrait de surmonter les résistances à une réforme fiscale, indispensable pour financer la dette. Mais, dans son souci de ne pas aller trop loin, il voulut placer ces États sous l’autorité de la noblesse qui ne représentait plus rien. Lorsque le Tiers État, lors de la fameuse séance du Jeu de Paume, refusa ce principe, Louis XVI céda.
Quelques jours plus tard, il rassembla des troupes loyalistes autour de Paris pour reprendre la situation en main. Mais le peuple prit la Bastille pour s’armer, et Louis XVI recula à nouveau. La monarchie se désagrégea peu à peu, à force d’atermoiements et d’indécision.
Comment ne pas voir que la France de François Hollande se promet aux mêmes affres ? François Hollande élu sur le principe d’une renégociation du traité budgétaire ? Quelques semaines suffisent à enterrer l’idée.
François Hollande élu sur la promesse d’une réforme fiscale majeure ? La loi de finances se limite à créer une contribution exceptionnelle pour quelques centaines de ménage, et le reste est oublié. Avait-il juré qu’une loi sur les licenciements boursiers protégerait les salariés contre des patrons voyous ? Il ne reste plus qu’Arnaud Montebourg pour défendre une forteresse fantôme où les futurs chômeurs vérifient jour après jour l’abandon dans lequel le gouvernement les laisse.
L’affaire du rapport Gallois constitue, de ce point de vue, une sorte de zénith dans la dénégation, le reniement, la velléité faite gouvernance.
Lors de la conférence sociale de juillet, le gouvernement avait annoncé un grand chantier sur la réforme du financement de la sécurité sociale. Le projet avait du sens. Dans un premier temps, les experts documentaient les différentes pistes possibles. Parallèlement, Louis Gallois devait établir la cohérence d’un transfert de cotisations vers l’impôt pour diminuer le coût du travail. Rappelons clairement que cette concomitance n’a jamais fait de doute, puisque le document de synthèse de cette conférence présentait la remise de ce rapport comme un préalable à la concertation qui devait rassembler, au premier trimestre 2013, les partenaires sociaux sur l’avenir du financement de la sécurité sociale.
Fin septembre, le bruit commence à courir d’un transfert de cotisations à hauteur d’environ 40 milliards, en une ou deux années, ce qui constituerait un choc majeur pour le coût du travail en France. Les défenseurs de cette idée jugeront qu’il s’agissait d’un choc salutaire.
Assez rapidement, tout le monde déchante. Le gouvernement évoque l’idée d’un saupoudrage tel que le choc se transformerait en mesurettes étalées sur une éternité, sans impact sur la réalité.
Il semblerait que Louis Gallois, qui fut directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement en 1981 puis en 1988, prépare dans le même temps un rapport favorable à un transfert de cotisations à hauteur de 30 milliards d’euros vers l’impôt. Précisément l’arbitrage dont nombre de députés socialistes semblent ne pas vouloir, pour des raisons tout à fait idéologiques.
Résultat ? Les petites phrases fusent, qui annoncent déjà une mise à l’écart d’un rapport dont le gouvernement avait pourtant fait grand cas. Les dégâts causés par ce reniement risquent d’être cataclysmiques : après avoir fait l’apologie d’une méthode fondée sur la concertation, présentée comme une rupture avec l’ère Sarkozy, le système Hollande n’aura pas mis six mois à reprendre des pratiques anciennes : les discussions en vase clos, et le silence arrogant opposé à toute pensée alternative.
Ces circonvolutions donnent l’impression d’être une méthode de gouvernement. Un jour, un ministre prône la dépénalisation du cannabis, le lendemain, le Premier Ministre lui cloue le bec, et une semaine plus tard, la ministre de la Santé se réjouit d’expérimentations en centres ouverts. Qui peut comprendre la ligne officielle du gouvernement?
Le petit monde socialiste imagine qu’après tout, le pays peut bien être dirigé comme le parti lui-même : dans les luttes de clan, les reniements, les coups fourrés, les calculs partisans à trois balles, et l’esprit de vengeance. Il n’est vraiment pas certain que cette conviction soit fondée, car un pays, qui plus est la France, ne se manie pas comme un parti. Il lui faut de la vision, de la grandeur, des certitudes et des valeurs respectées.
Faute d’obéir à cette règle, le gouvernement risque bien de faire la dure expérience que vécut la monarchie en son temps : celle d’une division interne, d’une incapacité à réagir faute d’autorité, d’un lent engloutissement dans la férocité de l’histoire.
Je le sais... Tout le monde constate le calme de l’opinion publique. Relisons les journaux de mars 1968, et nous y trouverons la même torpeur.

LOUIS XVI AVAIT UNE PASSION, QU'A DONC CE CRÉTIN COMME HOBBY ? 
AUCUN, IL EST TROP CON.

lundi 16 juillet 2012

Hollande sera bien obligé d'augmenter la CSG, avec pour victimes collatérales... Les syndicats ?

Les cotisations des salariés ne suffisent plus à couvrir leurs dépenses. La réforme sociale de Hollande consistera donc à réduire fortement les cotisations sociales sur le travail et à augmenter en contrepartie la Contribution sociale généralisée (CSG). Mais le jour où la sécurité sociale sera financée par l’impôt du citoyen et non par la cotisation du salarié, les syndicats n’auront plus aucune légitimité à intervenir dans le fonctionnement courant du système...

Ainsi, c’est maintenant clair : l’Etat récupérera 33 milliards d’euros en 2013. Avec l’innocence d’une antilope au milieu d’une horde de lions, François Hollande a fait passer le message, dans une indifférence générale.
Ce n’est pourtant pas rien, 33 milliards d’euros sur des dépenses de 330 milliards environ. Rares sont les entreprises capables de gérer sereinement une diminution de leur budget de 10% en un an. Cet exercice dit de cost-killing est toujours mal vécu.
Dans le cas de l’Etat, la recherche des 33 milliards est encore plus douloureuse. Cette somme représente plus du tiers de la masse salariale de l’Etat. Il faudrait donc licencier un tiers des fonctionnaires payés par l’Etat pour revenir à l’équilibre.  Ou alors doublé l’impôt sur les sociétés. Et politiquement, l’exercice est loin d’être simple.
François Hollande a garanti que les classes moyennes seraient épargnées par les hausses d’impôt. Si l’on se souvient qu’il suffit de percevoir 55.000 euros de revenus par personne pour appartenir aux 20% les plus aisés de la population, il faudra bien que, tôt ou tard, on précise ce que sont les classes moyennes et ce que sont les privilégiés.
A titre d’exemple, il faudrait multiplier l’impôt sur la fortune par 8 pour atteindre les 33 milliards fatidiques.
En réalité, François Hollande n’aura d’autre choix que de faire un patchwork fiscal où tout le monde participera. Cela suffira-t-il? En l’état de l’opinion française, la crédibilité d’une réduction du déficit de l’Etat à hauteur de 33 milliards d’euros en 2013 reste faible.
En effet, François Hollande n’a plus le choix : il doit, comme le gouvernement s’y est engagé à la Conférence Nationale de l’Industrie, sous les auspices d’Arnaud Montebourg, et comme la Conférence Sociale l’a prévu, préparer une grande réforme sociale début 2013. Celle-ci consistera à réduire fortement les cotisations sociales sur le travail et à augmenter en contrepartie la Contribution Sociale Généralisée (CSG).
La difficulté de cette mesure n’est pas technique, mais politique.
Officiellement, la Sécurité Sociale est financée par les salariés (et les employeurs...) pour les salariés. La CSG, qui rapporte bon an mal an 80 milliards d’euros, soit 30 milliards de plus que l’impôt sur le revenu, ne sert qu’à financer les prestations dites non contributives, comme le Fonds de Solidarité Vieillesse, qui budgétise les minimums vieillesse. Autrement dit, la CSG ne finance que les interventions de Sécurité Sociale à destination de ceux qui n’ont pas cotisé sur leur travail pour bénéficier des prestations.
Le problème tient tout entier au fait que, même débarrassés des dépenses non contributives, les cotisations des salariés ne suffisent plus à couvrir leurs dépenses. Nicolas Sarkozy avait entrepris de sortir les allocations familiales du système de cotisations, en considérant que la politique familiale ne relevait pas de la sécurité sociale. D’où l’invention de la TVA sociale, qui servait à financer cette mesure, mais le gouvernement l’a abrogée.
Dans ces conditions, il apparaît de plus en plus inévitable d’augmenter fortement la CSG, non seulement pour mettre les comptes courants de la sécurité sociale à l’équilibre, mais aussi pour compenser la réduction à venir des cotisations. La CSG, qui est un impôt prélevé à la source, servira donc, concrètement, à financer les indemnités journalières et les retraites des salariés, qui reposent aujourd’hui entièrement sur les cotisations.
En quoi ces considérations techniques sont-elles politiques?
C’est que, derrière cette tuyauterie complexe, se cache une réalité syndicale incontournable. Tant que la sécurité sociale est financée par les cotisations des salariés, la légitimité des syndicats à gouverner la sécurité sociale et à donner leur avis sur les décisions des élus est entière. Du jour où la sécurité sociale est financée par l’impôt du citoyen, et non par la cotisation du salarié, les syndicats n’ont plus aucune légitimité à intervenir dans le fonctionnement courant du système.
Autrement dit, l’augmentation de la CSG, inévitable en 2013, signe l’arrêt de la mort de la Sécurité Sociale paritaire telle qu’elle fut inventée en 1945. Pour beaucoup de syndicats, cette décision est tragique: la Sécurité Sociale constitue pour eux une importante source de financement. Sa disparition mettra en cause leur survie.
Tactiquement, les organisations syndicales ne peuvent se permettre de combattre frontalement une réforme de ce genre, sans voir leur crédibilité fortement entachée. Elles ont plutôt intérêt à profiter du mécontentement contre les mesures que le gouvernement proposera à la rentrée, au titre de la Loi de Finances, pour forcer François Hollande à faire machine arrière.
Les hausses d’impôt et réductions de dépenses que le gouvernement proposera à la mi-septembre, risquent de nous rappeler que 33 est un chiffre maudit.


mardi 19 juin 2012

Derrière la vague rose, a-t-on assez vu les dangers de la déferlante de l'abstention ?

Avec une abstention de plus de 44%, le PS remporte ce second tour des législatives avec seulement 16,5% des inscrits (7,6 millions de voix sur 46 millions d'inscrits). Une faible représentativité démocratique qui pourrait affaiblir le gouvernement socialiste à l'heure de choix aussi cruciaux que le projet de fédéralisme européen conditionné à la mise en place de la rigueur, le mariage homosexuel, la réforme éducative ou l’évolution de la politique pénale...
Bien entendu, les apparences sont sauves. La majorité présidentielle est confirmée par une majorité parlementaire confortable, et institutionnellement indiscutable. Grâce à cette victoire, le Parti socialiste dispose aujourd’hui des leviers nécessaires pour gouverner et mettre en œuvre son programme.

Comme le soulignent certains analystes, le poids de la gauche en France atteint même des proportions inhabituelles dans notre histoire. Depuis plusieurs décennies, et peut-être comme jamais depuis que nous avons balayé la monarchie, aucune force politique n’avait jamais autant pesé que le Parti socialiste de 2012. En ce sens, la Constitution de la Ve République, qui avait voulu un décrochage majeur avec les atermoiements de la IVe République, se porte bien et fonctionne excellemment : elle a une fois de plus donné une majorité exécutive et opératoire au gouvernement.
D’une certaine façon, la France a l’apparence surréaliste de l’eau qui dort. La campagne électorale s’est centrée sur des affaires de famille, des histoires de couple, et a totalement évacué les sujets graves. Officiellement, le gouvernement ne lancera pas de politique d’austérité. La France va se battre pour des mesures de croissance. Avec un peu de chance, les Grecs auront désigné une majorité de consensus avec l’Union Européenne. Celle-ci va payer pour maintenir encore quelques semaines la conviction que tout peut continuer sans arbitrage difficile.
Au fond, la vie continue comme si de rien n’était.
Mais il y a des signaux plus ou moins faibles qui laissent transparaître sous la surface calme des eaux hexagonales, l’action de forces dangereuses pour le destin du pays.
D’abord, l’abstention a atteint des records historiques. Et, si nous nous fions au nombre de voix obtenues au premier tour, elle prend des proportions anxiogènes. Le Parti socialiste a recueilli 7,6 millions de voix pour 46 millions d’inscrits. En agrégeant toutes les voix de gauche, la majorité qui prend le pouvoir n’a pas dépassé les 11 millions de suffrage, soit moins de 25% des inscrits. L’UMP en a recueilli 7 millions, et le Front National 3,5 millions.
Avec 16,5% des voix, le Parti socialiste détient la majorité absolue des sièges à l’Assemblée. Avec 15,2%, l’UMP en détient presqu’un tiers. Avec la moitié de ce score, le Front national décroche 2 sièges, c’est-à-dire moins de 0,5% des mandats à pourvoir.
On peut se satisfaire de cette disproportion, mais plus sérieusement les gens de raison ne manqueront pas de craindre les risques que cette rupture dans la représentativité fait courir à l’harmonie politique. Avec moins de 20% des voix, le gouvernement doit négocier des échéances essentielles pour le pays : probablement un nouveau projet pour l’Europe, avec plus d’intégration politique; un plan de rigueur, même s’il ne dit pas son nom, qui touchera aux équilibres fiscaux acquis depuis près de vingt ans.
Si l’on ajoute à ces sujets économiques les enjeux politiques ou sociétaux comme le mariage homosexuel, la réforme éducative ou l’évolution de la politique pénale, l’enjeu de la mandature qui s’annonce prend un autre relief. Jamais un gouvernement n’avait dû aborder des questions aussi importantes avec une si faible représentativité démocratique.
À cet inquiétant constat, il faut ajouter les signaux faibles que les démocrates ont perçus. La majorité présidentielle a mené une campagne sans rien dévoiler de ses projets économiques. On devine juste que le collectif budgétaire de cet été dégagera 10 milliards d’euros de recettes supplémentaires dès 2012. 40 milliards sont annoncés pour 2013, sans réduction claire des dépenses. Des recrutements nouveaux, des dépenses nouvelles sont pressentis.
Mais rien de tout cela n’a été débattu lors de la campagne, de telle sorte que l’équipe au pouvoir a donné le sentiment de demander aux Français une simple confirmation de leur vote d’avril, comme si les législatives étaient une simple formalité. En ce sens, le jeu démocratique n’a pas fonctionné. La délibération sur la politique à mener dans les mois et les années à venir n’a pas eu lieu.
Depuis plusieurs mois, le pays se laisse bercer par les ambiguïtés, en rêvant, comme un mari dominé par une femme acariâtre, que l’on tranche pour lui et sans le lui dire les problèmes qui se posent. La France joue aux Charles Bovary. Mais partagerons-nous le destin de ce pauvre hère qui perdit tout sans même s’en rendre compte ? Ou bien, les aléas économiques aidant, notre belle République se réveillera-t-elle de son sommeil ?

mardi 29 mai 2012

Sommet social : Et réformer le syndicalisme, c’est maintenant aussi ?

Jean-Marc Ayrault reçoit ce mardi, un à un, les représentants syndicaux et patronaux pour une première concertation. Alors que les tractations autour de la succession de Bernard Thibault à la tête de la CGT touchent au rocambolesque, c'est tout le fonctionnement syndical français, archaïque et avorteur de réformes, qui nécessite une refonte...
Les laborieuses circonvolutions de la CGT pour accoucher d’un successeur au secrétaire général du syndicat nous rappellent subitement que, le brouhaha sarkozyste sur la réforme du dialogue social achevé, la nature syndicale retrouve rapidement son immobilisme. Les méthodes d’un autre âge reviennent au galop : choix décidés en dehors de la volonté des militants, manœuvres d’appareil et conspiration de couloirs ont raison de la démocratie.
Je relis les propos tenus par Najat Vallaud-Belkacem sur ce site, dans une interview publiée le 1er mai : « il faut faire confiance aux syndicats pour faire les nécessaires efforts d’adaptation de leurs modes de fonctionnement.» Et je commence à craindre le pire pour les salariés de notre pays.
D’un côté, Bernard Thibault n’a pas caché son soutien à François Hollande au deuxième tour de la présidentielle. Pour notre Président attaché, dit-il, à une manière différente de faire de la politique, ce soutien pourrait aujourd’hui apparaître comme gênant. Est-on un réformateur crédible, quand on compte dans son comité de soutien un secrétaire général de syndicat qui, dans les trois semaines qui suivent l’élection présidentielle, tente un tour de force pour imposer une candidature dont la base ne veut pas, et pour écarter une candidature dont la base veut ?
D’un autre côté, il reste ce syndicalisme sans adhérents ou presque, qui se repose essentiellement sur le paritarisme et les subventions venues de nulle part, partagées sans complexe avec les organisations d’employeurs. Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a aussi annoncé que le gouvernement ferait l’impasse: les tentatives sarkozystes de réforme, trop timides pour des raisons qu’on expliquera un jour, semblent définitivement oubliées.
On voudrait nous faire croire qu’il est aujourd’hui possible de faire fonctionner un dialogue social d’avenir sur une scène vieille de 60 ans, avec des acteurs à bout de souffle, financièrement dépendants d’un système qu’ils devraient réformer. Mais qui pourrait croire que ce système décidé à la Libération, essentiellement calibré pour les Trente Glorieuses, pourrait s’attaquer efficacement aux défis d’un monde radicalement différent?
Il est évidemment commode, pour avoir la paix sociale et pour endormir les consciences, de soutenir que le système inventé en 1945, avec des syndicats absents des entreprises et présents dans de grands bidules paritaires éloignés du terrain, est tout à fait adapté aux enjeux contemporains. On peut soutenir que les dizaines de milliers de syndicalistes que l’on occupe dans des organismes sans pouvoir de décision (les caisses primaires de sécurité sociale, les organismes de formation professionnelle, les institutions de prévoyance) pour les éloigner des entreprises où les salariés ont besoin d’eux, sont une ressource bien utilisée.
Maintenant, si l’on n’est pas un professionnel de la politique obnubilé par son élection puis sa réélection, on s’offre le luxe d’un discours de vérité : il y a urgence à permettre aux vrais employeurs de ce pays de pouvoir opérer des réformes internes en profondeur avec le soutien de leurs salariés. Pour ce faire, rien ne vaut un dialogue social construit et respectueux des représentants élus. Tous ceux qui ont testé par d’autres voies se sont tôt ou tard cassé les dents sur des réactions virulentes des salariés.
Autrement dit, le relèvement salutaire de la France ne pourra se faire sans un changement des pratiques de gouvernance au sein des entreprises (le modèle allemand le prouve, qui est fondé sur une étroite collaboration entre employeurs et salariés), et sans une remise en cause en profondeur de cet édifice paritaire qui n’existe que pour donner l’illusion d’un dialogue social au plus haut niveau.
On oublie trop souvent que les syndicats français vivent sur une loi vieille de près de 130 ans : la loi Waldeck-Rousseau, adaptée à une autre époque. Un chantier salvateur consisterait à la réformer sur deux points.
Premièrement, il est temps de moraliser effectivement le financement des organisations syndicales en leur appliquant le système qui existe pour les partis politiques. Dans la pratique, il s’agirait de rendre transparent les ressources qu’elles perçoivent en dehors de leurs cotisations.
Deuxièmement, il est indispensable de séparer de façon étanche le syndicalisme de la fonction publique et le syndicalisme privé. Une écrasante majorité de salariés dans ce pays ont besoin d’une voix pour évoquer leurs difficultés. Et les fonctionnaires ne sont pas qualifiés pour le faire. Pour le coup, la face de notre dialogue social en serait véritablement changée.


vendredi 18 mai 2012

"Derrière l’arbre du salaire des ministres, une forêt d’avantages cachés"

François Hollande a annoncé aujourd’hui en conseil des ministres une diminution de 30% de la rémunération des membres du gouvernement. Mais la France est encore loin d'une moralisation complète de la rémunération des cabinets ministériels.

Comme prévu sur sa feuille de route parue pendant la campagne, François Hollande a annoncé ce jeudi en conseil des ministres une diminution de la rémunération des ministres à hauteur de 30%. Ce geste est important parce qu’il témoigne  de la volonté affichée par la nouvelle équipe de rompre avec la logique prêtée au précédent quinquennat, en montrant personnellement l’exempl 
En même temps, le nouveau Président s’attaque de façon très symbolique et très partielle à un sujet très vaste, et très ancien en France, la rémunération du gouvernement. Rappelons-nous de la décision très importante prise par Lionel Jospin en 2001: la suppression des fonds secrets, c’est-à-dire le terme qu’il avait mis à la distribution d’argent liquide dans les cabinets ministériels. Il y avait alors substitué les indemnités de sujétion particulière (les fameuses ISP) qui sont versées sur fiche de paye et théoriquement déclarées au Parlement en loi de finances. 
 
Lionel Jospin eut le mérite de rendre transparentes des pratiques obscures qui permettaient aux conseillers de se verser des sommes parfois très coquettes en toute illégalité. Les mauvaises langues disent même que les fonds secrets servaient régulièrement à financer des campagnes électorales. Ou des dépenses privées des ministres. 
 
Dans tous les cas, la suppression des fonds secrets a obligé, dès août 2002, à revaloriser fortement le salaire des ministres. Ceux-ci n’étaient pas habilités à percevoir des indemnités de sujétion et se retrouvaient donc avec le seul salaire versé par l’Etat. Par décret, il fut décidé d’en changer le mode de calcul en l’indexant sur les plus hautes rémunérations de la fonction publique. Cette décision revenait à augmenter les salaires des ministres de 70%.
 
François Hollande a donc choisi de revenir partiellement sur cette mesure. Si l’on comprend bien l’intention et si celle-ci paraît louable, on regrettera néanmoins que cet engagement n’aille pas jusqu’à une moralisation complète de la rémunération des cabinets ministériels. En effet, derrière l’arbre du salaire brut des ministres, se cache une forêt d’avantages qu’il serait bon de rendre transparents et de moraliser.
 
Tout d’abord, concernant les ministres eux-mêmes, la mesure passe sous silence les avantages en nature dont ils disposent: le logement, les frais de bouche, parfois les frais de garde des enfants. Il est de notoriété publique que le personnel de maison dont bénéficient les ministres peut coûter très cher. Ensuite, la mesure ne dit rien concernant les membres de cabinet. Hors, ceux-ci sont parfois pléthoriques, et peuvent bénéficier d’avantages financiers relativement importants.
 
Il existe en fait deux cas de figure. Le moins choquant concerne les collaborateurs de cabinet recrutés sur contrats. On notera que ces contrats sont très précaires et permettent des ruptures unilatérales sans aucun préavis et sans indemnité. Il s’agit le plus souvent de jeunes conseillers ou attachés, notamment parlementaires, qui ont un pedigree très politique. Pour leur rémunération, le ministre dispose d’un volume financier global qu’il répartit à sa guise. Il peut décider d’avoir peu de conseillers bien payés, ou beaucoup de conseillers moins bien payés. L’essentiel est de ne pas dépasser la masse salariale inscrite au budget.
 
Le plus choquant concerne les fonctionnaires qui «montent» en cabinet. Ce sport très pratiqué au moment des nominations ministérielles constitue souvent une timbale pour les intéressés. En effet, le service en cabinet permet de conserver tous les avantages du service actif dans la fonction publique: rémunération, ancienneté, protection, en y ajoutant les avantages du cabinet: primes, privilèges divers, postes de sortie prestigieux. Les primes peuvent s’élever mensuellement à plusieurs milliers d’euros et permettent ainsi de doubler et plus la rémunération de base.
 
Certains considéreront que les fonctionnaires récupèrent ainsi l’énergie qu’ils ont mises à ramper dans la boue pour obtenir leur nomination en cabinet. En termes démocratiques, on s’étonnera néanmoins de voir qu’un fonctionnaire, supposé politiquement neutre, puisse se consacrer à des missions politiques avec tous les avantages qu’elles procurent, sans aucun des inconvénients.
 
Une mesure véritablement transparente consisterait à interdire cette pratique, en exigeant des fonctionnaires en poste dans les cabinets qu’ils renoncent à leur statut au moins pendant la période où ils servent un ministre. D’une part, cette mesure resterait très protectrice, puisqu’elle garantirait le retour automatique dans la fonction publique à l’issue du passage en cabinet. D’autre part, elle permettrait de limiter la pléthore de fonctionnaires qui grenouillent activement dans les antichambres de ministre. Et qui nourrissent l’idée qu’il existe une caste de mandarins qui a confisqué le pouvoir à son profit.
 

lundi 23 avril 2012

La fuite des capitaux hors de France a déjà commencé

Et cela n’est rien en comparaison de l’exil du capital humain auquel nous nous préparons.
Un phénomène est passé inaperçu depuis août 2011: la lente fuite des capitaux français vers l’étranger. La crise bancaire de l’été dernier a donné le signal d’une course extrêmement défavorable pour l’économie française : l’aversion sourde mais grandissante des acteurs économiques pour notre pays.
Plusieurs signaux faibles sont régulièrement émis sur ce sujet, sans que l’opinion publique n’en ait acquis une conscience claire ni ne les interprète simplement. Dans un monde où la circulation des capitaux est le lot commun, après tout, plus rien n’attire vraiment l’attention dès lors qu’il s’agit d’une sphère où la notion de nationalité a perdu son sens.
Pourtant, le 17 avril, Bloomberg a publié un article au titre évocateur : «La France pourrait-elle quitter l’euro? Certains épargnants pensent que oui». L’article est un tantinet racoleur et malhonnête, car il mélange des notions assez différentes.
En fait, Bloomberg pointe du doigt le fait que, depuis le mois d’août 2011, la banque de France a déboursé près de 90 milliards d’euros auprès des banques nationales allemandes et hollandaises, qui sont autant de liquidités en moins sur le marché français. Pour être schématique, les sommes colossales que la Banque centrale européenne a déversées sur le marché bancaire depuis la crise de l’été dernier ont principalement servi à acquitter des factures au profit des banques allemandes et hollandaises.
Cette mécanique est prévue par les traités. Les banques nationales, dans l’eurosystème, ont en effet pour fonction d’assurer les transferts monétaires entre pays de l’Union dans le cadre des échanges intra-communautaires. Pour être précis, elles assurent les règlements des paiements scripturaux internationaux ou transfrontaliers.
Dans un contexte où notre déficit extérieur est abyssal, le phénomène s’explique aisément: la banque de France transfère plus de liquidités vers ses voisins qu’elle n’en reçoit d’eux, puisque nous importons beaucoup plus que nous n’exportons.
Le problème est que, jusqu’en août 2011, le phénomène inverse se produisait. La France était bénéficiaire nette des flux de capitaux provenant de ses voisins, dans une Europe où l’Irlande, l’Italie et dans une certaine mesure l’Espagne, perdaient chaque jour une part de leurs liquidités.
Depuis août 2011, la France a rejoint le bataillon des contributeurs, Italie et Espagne en tête, dont les banques centrales inondent les marchés hollandais et allemands de liquidités prêtées à bas prix par la banque centrale européenne. Simplement pour équilibrer la balance commerciale.
Voici la France financièrement réduite au rang de ses voisins méditerranéens, de plus en plus dépossédée de ses avoirs.
Selon Bloomberg, il faut y voir le signe d’une tentation pour beaucoup de Français de quitter l’euro. Objectivement, l’explication est fumeuse, mais elle nous renseigne utilement sur les paris que les financiers américains font aujourd’hui quant à l’avenir de la monnaie unique, et quant à la capacité de la France à y tenir un rôle. Les marchés ont acquis la conviction que l’euro était en phase terminale et que la France pourrait bien être celle qui lui donnerait le coup de grâce

Signe des temps, le 13 avril, les Echos publiaient un article sur l’assurance-vie au Luxembourg. Cette sorte de publi-reportage expliquait patiemment pourquoi le moment était venu de placer son argent sur des comptes au Luxembourg, au lieu de gaspiller son épargne sur des contrats français. Petit à petit, la conviction se fait donc jour que les capitaux ont tout intérêt à quitter la France.
Encore cela n’est-il rien en comparaison de l’exil du capital humain auquel nous nous préparons. Déjà, tant de matière grise française émigre vers les pays anglo-saxons pour échapper aux pesanteurs aristocratiques de notre société. Un jeune de talent, qui ne sort pas d’une grande école, n’a aucun intérêt objectif à rester en France.
Ce mal français-là, est bien plus grave que le mal financier.