vendredi 29 août 2014
Le fruit recommandé
On le sait, rien n’est jamais fini en politique. Un slogan officieux de la campagne de Chirac en 1995 vient de retrouver une grande actualité : comme l’ancien président à l’époque, les producteurs de pommes appellent à en consommer. Ce en réponse au boycott des Russes sur les produits agroalimentaires européens. Mot d’ordre identique en Pologne où la campagne, encore plus explicite (« Mangez des pommes contre Poutine »), est très suivie. Même si là-bas, on préfère boire du cidre que déguster le fruit. Au point qu’en quelques trois semaines, la vente de ce breuvage a bondi de 136%. Personne ne se choquera de ce patriotisme fruitier. Au moins pour une raison : l’expression « saoul comme un patriote » est autrement plus valorisante que celle d’ordinaire accolée aux Polonais.
Enterrer les 35 heures, une œuvre de salubrité publique
Enterrer les 35 heures, une œuvre de salubrité publique
Difficile en France d’aborder la question des 35 heures sans déclencher une tempête. En perdition idéologique, la gauche s’accroche à cet ultime totem comme à une planche de salut. Par manque de courage, la droite tergiverse, paralysée par la popularité des RTT. Résultat, les uns et les autres modulent, détricotent et assouplissent sans jamais oser démolir ce carcan maléfique, étouffeur de croissance. Un réformisme honteux qui interdit tout débat…
En finir avec la loi Aubry serait pourtant une œuvre de salubrité publique. L’abandon des 35 heures marquerait d’abord la fin d’une illusion malthusienne : le partage du temps de travail n’entraîne pas de boom de l’emploi, au contraire – notre taux de chômage record parle de lui-même. Il symboliserait ensuite le grand retour dans l’arène mondiale d’une France compétitive, à la productivité revigorée et au coût du travail allégé, quand les 35 heures ont miné notre compétitivité et précipité le décrochage avec l’Allemagne. Il projetterait enfin la France dans l’économie du XXIe siècle, celle du silicium et des algorithmes, des start-up et des ETI, en enterrant pour toujours l’archétype de la réglementation nocive à force d’être trop rigide, uniforme et complexe – une manière de réhabiliter le contrat sur la loi.
C’est vrai, les conditions pour déroger aux règles, via des accords collectifs, se sont tant multipliées qu’il peut paraître contre productif de se focaliser sur la durée légale actuelle. Mais refuser de tordre le cou à certaines vieilles lunes, n’est-ce pas refuser d’utiliser un marqueur politique pour déverrouiller le système ? Il est temps de renverser le totem.
Rémi Godeau
La valse avec le Medef
La valse avec le Medef
Exit les déclarations de guerre à la finance et les discours enflammés qui effarouchaient la City ! L’économie sinistrée et les chiffres catastrophiques du chômage aidant, le pouvoir socialiste en est aujourd’hui réduit à faire ce qu’il reprochait hier à Nicolas Sarkozy : la « danse du ventre » devant les « boss » du Medef. Un patronat aux anges, bien sûr, qui a applaudi debout mercredi l’intervention de Manuel Valls.
Danse avec les loups

Sa venue était d’ailleurs symbolique, puisque Valls était le deuxième Premier ministre seulement à se rendre à l’université d’été du Medef depuis sa création en 1998. Et il n’y est pas allé pour rien. Devant quelque 3 600 patrons réunis dans le parc du campus de l’école de commerce HEC à Jouy-en-Josas, Manuel Valls a en effet déclaré : « Cessons d’opposer systématiquement (…) Etat et entreprises ! D’opposer chefs d’entreprise et salariés ; organisations patronales et syndicats ! (…) Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise, Mesdames et Messieurs les entrepreneurs, la France a besoin de vous. La France a besoin de ses entreprises. De toutes ses entreprises. » Puis, rendant hommage à leur rôle dans la création de richesses, à la mobilisation de leurs salariés mais aussi au fait qu’« elles risquent les capitaux de leurs actionnaires », le Premier ministre s’est exclamé : « Moi, j’aime l’entreprise ! (…) Il est absurde de parler de cadeaux aux patrons. (…) Une mesure favorable à l’entreprise est une mesure favorable à tout le pays ! » Un discours évidemment très apprécié des patrons du Medef qui attendent avec impatience – entre autres – l’autorisation du travail le dimanche ou encore le recours à l’immigration. Et Pierre Gattaz, peu auparavant, appelait déjà à « cesser de raisonner en termes de donnant-donnant », allusion aux contreparties attendues des entreprises en termes d’emploi…
La face la plus abjecte du libéralisme
Symbole de ce revirement gouvernemental, qui n’en est pas vraiment un puisqu’il était conseiller économique du président François Hollande et a contribué à élaborer le pacte de responsabilité : l’arrivée à Bercy du golden boy Emmanuel Macron. C’est-à-dire de la face la plus agressive et la plus abjecte du libéralisme. Millionnaire de gauche, ancien énarque, ancien de la banque Rotschild, Macron fut en 2007 le rapporteur de la fameuse Commission Attali, qui préconisait notamment le recours massif à l’immigration, avec l’arrière-pensée d’entraîner une baisse générale des salaires et la dissolution des peuples… En fait, une fois précisé que le mondialiste enragé, partisan du nouveau nomadisme et de la fin des nations, Jacques Attali, est son mentor (1), tout est dit.
Sauf que, comme le rappelait Pierre Frehel dans Le Républicain lorrain, « les entreprises ne créeront des emplois qu’en fonction de leurs besoins et pas pour les beaux yeux du Premier ministre, fût-il énamouré. »
(1) Il faut lire les ouvrages d’Attali pour bien mesurer le caractère délirant de la pensée qui anime cet homme…
Najat Vallaud-Belkacem cible d'une campagne de dénigrement sur Twitter
LE SCAN POLITIQUE - Des internautes accusent la ministre de l'Éducation d'avoir changé son nom d'origine à des fins électoralistes.
«Elle s'appellerait Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là»: cette petite phrase attribuée à Ségolène Royal en 2012 et rapportée par le journal Le Pointrevient au goût du jour. Alors que la promotion de Najat Vallaud-Belkacem irrite certains, notamment du côté de la droite et des partisans de la Manif pour tous, une campagne dénigrement circule sur les réseaux sociaux pour insinuer que la ministre a changé de nom, comme l'a repéré l'Express.fr. Selon ses détracteurs, elle aurait transformé son nom d'origine Claudine Dupont en Najat Vallaud-Belkacem pour mieux se correspondre aux exigences de «la diversité», désormais incontournable en politique.
Cette calomnie n'est pas nouvelle, et avait déjà été déjouée par le site Hoaxbuster.comen 2013. Mais depuis lors, une fausse carte d'identité circule sur Internet affichant pourtant la mention «Fake» (faux, ndlr). Les engagements de l'ex-ministre des Droits des femmes pour le mariage homosexuel et pour l'introduction des «ABCD de l'égalité» à l'école lui valent une solide inimitié de certains internautes qui ont lancé d'autres campagnes contre elles, sous les hashtag #nvbc et #ClaudineDupont sur Twitter.
Pendant qu’on remanie, la douloureuse grossit
On ne s’y attendait pas mais finalement, le Changement, C’est Tout Le Temps et ce n’est plus très facile à comprendre. La communication présidentielle a fait place au bafouillage et l’action s’est rapidement muée en agitation. Or, si l’agitation n’est bonne ni pour la santé, ni pour la gestion d’un pays, il n’en reste pas moins qu’elle permet de camoufler les actualités déplaisantes qui, d’ailleurs, ne manquent pas.
Par exemple, je pourrais évoquer ici les petits chuchotements de Rebsamen, celui qui était Ministre du Travail le 24 août au soir, qui l’est encore (le Changement, c’est Pas Pour Lui), et qui nous apprend, au détour de ce qui n’est plus qu’une brève en polystyrène expansé flottant sur un océan de vagues médiatiques puissantes, que les prochains chiffres du chômage ne seront pas bons. Depuis plus d’un an que la courbe du nombre de demandeurs d’emploi doit s’inverser, plus personne ne croit aux boniments hollandesques, et les chuintements niaiseux de Rebsamen sur le sujet n’intéressent donc personne. Et puis, pour que ces chiffres soient bons, il faudrait, en toute rigueur, que le taux de chômage soit au moins divisé par trois, ce qui relèverait d’un exploit inédit alors que tout le gouvernement est concentré comme un seul homme à faire absolument n’importe quoi, n’importe comment. Du reste, il n’y a pas lieu de réellement commenter ces chiffres désastreux puisque, selon l’aveu même du ministre, mis à part le chômage de masse, « Ce pays va bien ».
Tant qu’on est à parler des petits murmures que le récent remaniement ministériel aura totalement occultés, je pourrais aussi évoquer l’idée qui continue à s’installer d’un relèvement de la TVA. J’avais déjà évoqué la proposition de Jacques Attali qui, semble-t-il, sent bien que les Français ont trop de pouvoir d’achat et, déflation aidant, méritent amplement de se faire fouiller le portefeuille à coup de taxe joufflue. Décidément, entre Attali (qui trouve que les Français ont trop de pouvoir d’achat) et Rebsamen (qui pense que le pays va bien), nos élites font des étincelles pendant que les caméras et les micros ont le dos tourné…
Bref : en substance et comme le rapporte Libération, il s’agirait d’aller chercher par ce moyen relativement standard une grosse quinzaine de milliards d’euros afin de combler le manque à gagner dans les caisses de l’État dû à une croissance atone. La démission et le remaniement ministériel ont ralenti l’exploration du sujet auquel Bercy devra tout de même réfléchir, mais rassurez-vous, vous n’y couperez pas à plus ou moins long terme : il y aura bien une (petite ?) hausse de TVA. En tout cas, en matière de pause fiscale, voilà qui s’annonce encore une fois comme un bobard de plus au crédit de l’équipe socialiste.
Et puisque nos médias d’actualité semblent encore focalisés par les prises de fonctions des trois remplaçants des ministres évincés, peut-être sera-t-il utile de revenir sur le chiffre un peu oublié des mises en chantier de logements neufs qui a encore chuté de plus de 13% entre mai et juillet. Il semble que tous les bricolages atténuants de la loi ALUR ne suffiront pas à rattraper un marché qui se verrouille tout seul, mais le Roi Solex a tout de même décidé d’annoncer un « plan de relance » pour le secteur, dans le courant de la rentrée, qui viendra donc s’ajouter à tous les autres plans qu’il a religieusement lancés sur les 28 mois passés. À ce rythme, l’échec n’est pas une option, c’est une fonctionnalité de base.
Et pendant ce temps, certains élus locaux tentent de faire entendre leur voix alors que les emprunts des collectivités dont ils sont responsables se révèlent tous les jours plus toxiques.
Histoire de resituer un peu le contexte, le rapport de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale qui avait, fin 2011, travaillé sur le sujet, a recensé 3800 communes de moins de 10.000 habitants ayant souscrit des emprunts structurés. Et dans ces emprunts, pour certains adossés à des taux calculés sur la parité euro/franc suisse, les taux appliqués actuellement sont devenus prohibitifs. Depuis, les principaux maires et responsables de collectivités importantes ou trop fortement endettées sont, régulièrement, montés à la tribune de l’Assemblée ou dans celle des journaux pour tenter de faire pleurer dans les chaumières.
On se rappellera les jérémiades pathétiques de l’actuel président de l’Assemblée Nationale lorsqu’il n’y était pas encore et qui expliquait à qui voulait l’entendre que les méchantes banques l’avaient honteusement piégé. Pour mémoire, m’étant procuré un des contrats types en vogue à l’époque, j’avais montré à quel point ces prêts, prétendûment piégeux, ne revêtaient aucun caractère complexe, ni même obligatoire. À l’analyse, on se rend vite compte que nos élus, qui n’ont jamais contracté de tels montages pour leurs finances personnelles, n’ont jamais eu le moindre scrupule lorsqu’ils manipulèrent de l’argent public et signèrent en bas de ces contrats « impossibles à comprendre ».
L’affaire s’était nettement corsée lorsqu’avec la crise, non seulement les taux avaient explosés, envoyant dans les caves les finances des collectivités un peu trop gaillardes avec les sous de leurs administrés, mais en plus l’État, qui avait dû récupérer la structure Dexia en pleine déconfiture, s’était-il retrouvé juge et partie, devant tout faire pour retrouver ses fonds (estimés à 19 milliards d’euros tout de même) tout en ménageant les collectivités trop bruyantes, réservoirs potentiels de contribuables et d’électeurs… On se rappelle qu’à la suite de cet imbroglio douteux, la Seine-Saint-Denis avait tenté d’annuler le prêt litigieux, pour finalement se faire débouter de ses demandes, à l’exception de celle portant sur le Taux Effectif Global qui n’apparaissait pas sur les fax échangés pendant la négociation du prêt. Avec ce jugement, l’État a rapidement compris qu’il devait agir pour éviter de voir les juteux intérêts disparaître d’un coup, et sécuriser des sommes fort conséquentes. Ce qui fut fait en juillet de cette année, par une loi ad hoc…
… Et ce qui déclenche à présent les hurlements des élus locaux confrontés à la difficulté de devoir, finalement, rembourser comme prévu un prêt signé n’importe comment. On ne peut s’empêcher de sourire au malheur de ces édiles confrontés à l’arbitraire étatique, eux qui, le reste du temps, s’en accommodent si bien et d’autant mieux qu’ils sont haut placés dans la hiérarchie républicaine.
Cependant, on notera que, du point de vue du contribuable, l’affaire est entendue et il en sera de sa poche quoi qu’il arrive. Ou bien les emprunts, aussi « toxiques » soient-ils, sont remboursés, et ce le sera avec ses sous. Ou bien les dettes sont répudiées, la SFIL, structure gérant ces prêts, carafe, et l’État – c’est-à-dire le contribuable – en est de sa poche de 17 à 19 milliards d’euros. Autrement dit, la subtile nuance entre les deux propositions revient à savoir, pour l’élu local, si ce seront seulement « ses » contribuables ou ceux de la France entière qui cracheront au bassinet. Leur combat révèle donc au passage leur belle mentalité.
Comme on le voit, il ne manque pas de sujets en France pour s’occuper. Cependant, tout ce que Paris comprend de chroniqueurs semble s’atteler à la tâche de savoir si une majorité parlementaire adoubera le gouvernement Valls 2 (bien sûr que oui), si Macron sera à la hauteur des enjeux actuels (bien sûr que non), et si les changements opérés permettront à Hollande de faire autre chose que du surplace dans des petits prouts gênés pendant que le reste du pays, lui, continue sa dégringolade à flanc de montagne.
Décidément, la rentrée sera chaude.
Obama veut former une coalition contre l'État islamique
Barack Obama a annoncé jeudi avoir demandé à son secrétaire d'Etat, John Kerry, de se rendre au Proche-Orient pour constituer une coalition internationale pour lutter contre les djihadistes de l'Etat islamique. "Ma priorité est de m'assurer que les gains territoriaux de l'Etat islamique en Irak sont effacés", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse, ajoutant que la stratégie que les Etats-Unis mettront en place comportera "un volet militaire". Barack Obama, qui a dit compter sur ses alliés au sein de la future coalition pour fournir un soutien aérien et des armes aux forces irakiennes, a souligné qu'un affaiblissement durable des djihadistes sunnites passait par l'implication des populations sunnites en Irak et en Syrie.
Il a en revanche écarté toute idée de coopération avec le président syrien Bachar al Assad, estimant que ses forces n'ont en tout état de cause pas les moyens d'intervenir dans les zones contrôlées par l'Etat islamique.
"Il est évident aux yeux du monde entier" que des forces russes se trouvent en Ukraine, a par ailleurs affirmé Barack Obama, qui a également annoncé qu'il recevrait son homologue ukrainien Petro Porochenko le mois prochain à la Maison Blanche.
"L'incursion russe qui se déroule à l'heure actuelle en Ukraine ne peut qu'engendrer" des sanctions supplémentaires à l'encontre de la Russie, a ajouté le président. Il a exclut cependant tout recours à la force dans ce pays. Le président américain s'était entretenu un peu plus tôt de la question avec la chancelière allemande Angela Merkel, avec qui il avait convenu que le comportement de la Russie en Ukraine "ne peut rester sans conséquences", a confirmé Berlin.
Il a en revanche écarté toute idée de coopération avec le président syrien Bachar al Assad, estimant que ses forces n'ont en tout état de cause pas les moyens d'intervenir dans les zones contrôlées par l'Etat islamique.
Pas d'intervention en Ukraine
"Il est évident aux yeux du monde entier" que des forces russes se trouvent en Ukraine, a par ailleurs affirmé Barack Obama, qui a également annoncé qu'il recevrait son homologue ukrainien Petro Porochenko le mois prochain à la Maison Blanche.
"L'incursion russe qui se déroule à l'heure actuelle en Ukraine ne peut qu'engendrer" des sanctions supplémentaires à l'encontre de la Russie, a ajouté le président. Il a exclut cependant tout recours à la force dans ce pays. Le président américain s'était entretenu un peu plus tôt de la question avec la chancelière allemande Angela Merkel, avec qui il avait convenu que le comportement de la Russie en Ukraine "ne peut rester sans conséquences", a confirmé Berlin.
jeudi 28 août 2014
Entretiens de la BCE à Athènes en vue de la réunion de Paris
Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) et Klaus Mazuch, représentant de cette institution pour la Grèce, se sont entretenus jeudi à Athènes avec les dirigeants grecs de l'état de l'économie, selon le ministère des Finances.Les deux hommes ont successivement rencontré le ministre Guikas Hardouvelis et le Premier ministre Antonis Samaras en vue de l'audit trimestriel de l'économie grecque, qui sera effectuée par la troïka des créanciers, UE, BCE et FMI, la semaine prochaine à Paris.
Les discussions ont surtout porté sur les problèmes de liquidités des entreprises et des banques du pays, ces dernières étant plombées par les créances douteuses, selon une source ministérielle ayant reçu l'anonymat.
Accompagné d'une dizaine de ministres ou secrétaires d'État, Guikas Hardouvelis doit rencontrer les responsables de la troïka du 2 au 4 septembre aux locaux de l'Organisme de la coopération et du Développement (OCDE) à Paris.
C'est la première fois depuis le recours de la Grèce au mécanisme de sauvetage en 2010 pour parer à la crise de la dette, que l'audit trimestriel va avoir lieu en dehors du territoire grec.
Jusqu'ici les hauts responsables de la troïka se déplaçaient à Athènes pour discuter avec le gouvernement des réformes réquises mais ces visites étaient souvent l'occasion pour les syndicats d'observer des grèves et des manifestations contre la politique d'austérité, souvent violentes.
Pour le gouvernement grec la rencontre de Paris est la preuve de l'amélioration de l'état de l'économie et de l'approche de la fin de la tutelle de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).
La réunion de l'Eurogroupe le lendemain de la réunion de Paris, le 5 septembre à Bruxelles, doit évaluer l'avancementdes réformes et donner le feu vert pour le versement de la dernière tranche des prêts de la zone euro au pays, soit 2,9 milliards d'euros.
La précédente évaluation des comptes grecs s'était achevée fin juin par le versement d'un milliard d'euros de la zone euro, à l'issue de difficiles tractations qui avaient duré plusieurs mois.
La Grèce a bénéficié jusqu'ici de deux prêts de la zone euro et du FMI, de 240 milliards d'euros au total, au prix d'une stricte austérité, qui a conduit à l'explosion du chômage et une profonde récession.
Les discussions ont surtout porté sur les problèmes de liquidités des entreprises et des banques du pays, ces dernières étant plombées par les créances douteuses, selon une source ministérielle ayant reçu l'anonymat.
Accompagné d'une dizaine de ministres ou secrétaires d'État, Guikas Hardouvelis doit rencontrer les responsables de la troïka du 2 au 4 septembre aux locaux de l'Organisme de la coopération et du Développement (OCDE) à Paris.
C'est la première fois depuis le recours de la Grèce au mécanisme de sauvetage en 2010 pour parer à la crise de la dette, que l'audit trimestriel va avoir lieu en dehors du territoire grec.
Jusqu'ici les hauts responsables de la troïka se déplaçaient à Athènes pour discuter avec le gouvernement des réformes réquises mais ces visites étaient souvent l'occasion pour les syndicats d'observer des grèves et des manifestations contre la politique d'austérité, souvent violentes.
Pour le gouvernement grec la rencontre de Paris est la preuve de l'amélioration de l'état de l'économie et de l'approche de la fin de la tutelle de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).
La réunion de l'Eurogroupe le lendemain de la réunion de Paris, le 5 septembre à Bruxelles, doit évaluer l'avancementdes réformes et donner le feu vert pour le versement de la dernière tranche des prêts de la zone euro au pays, soit 2,9 milliards d'euros.
La précédente évaluation des comptes grecs s'était achevée fin juin par le versement d'un milliard d'euros de la zone euro, à l'issue de difficiles tractations qui avaient duré plusieurs mois.
La Grèce a bénéficié jusqu'ici de deux prêts de la zone euro et du FMI, de 240 milliards d'euros au total, au prix d'une stricte austérité, qui a conduit à l'explosion du chômage et une profonde récession.
Nue, elle fait un pied de nez à l’État islamique
Il est question de Aliaa Magda Elmahdy. Son nom ne vous dit, peut-être, pas grand-chose mais son visage certainement. En octobre 2011, une photo d’elle, nue, avait fait le tour du monde. Flanquée devant la caméra, elle fixe l’objectif de ses yeux noirs doux et perçants, pratiquement à poil, chaussée de ballerines rouges pourpres, une fleur rouge pourpre plantée dans sa chevelure noire.
On la sent fragile et timide. Et pourtant, elle est dotée d’une force TITANESQUE !
Vous voulez-me voir, eh bien me voilà, me voici, regardez-moi bien.
« On considère toujours la femme comme un objet sexuel dans notre société », s’indigne la jeune femme.
D’objet sexuel, elle passe à objet de controverse
Ne cherchez pas le sourire. Aliaa n’a pas le goût de rire. Surtout, ne cherchez pas dans son geste une quelconque intention érotique ou sexuelle.
Il n’y a là rien de vulgaire, rien de grossier.
Seulement, une volonté d’affirmation de soi d’une femme libre dans une société de plus en plus fermée aux femmes et en pleine ébullition.
Aliaa Magda Elmahdy signe son premier acte politique à travers le corps nu à l’état brut. Une première dans le monde musulman. Avec un message clair :
« Cri contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie » – Aliaa Magda Elmahdy
Scandale!
Révolution et Liberté se confondent
La révolution égyptienne battait son plein. Les rues du Caire assaillies de manifestants et de contre manifestants faisaient la promesse de jours meilleurs. Les bagarres étaient quotidiennes, les échanges vigoureux et les espoirs immenses.
Pour Aliaa Magda Elmahdy, âgée de 20 ans, Révolution et Liberté se confondent.
Et lorsqu’on étudie à l’académie des beaux-arts de l’université américaine du Caire, on fait les choses un peu différemment.
Elle en a gros sur le cœur.
« Condamnez les modèles qui posaient nus à la faculté des beaux-arts du Caire au début des années 1970, censurez les livres artistiques, détruisez les statues archéologiques… Déshabillez-vous ensuite et regardez-vous dans un miroir. Brûlez ces corps que vous détestez tant et débarrassez-vous de vos complexes sexuels avant de m’insulter et m’empêcher de m’exprimer librement », écrit-elle sur son blogue.
Voilà très brièvement l’histoire de ce premier cliché en noir et blanc ravivé par des notes pourpres.
On devine la suite. L’histoire s’accélère. Les menaces se succèdent. En quelques jours, une immense vague de protestations s’abat sur la jeune femme, les intégristes sont du nombre mais pas seulement. Certains veulent sa peau alors que d’autres réclament, ni plus ni moins, la destitution de sa nationalité.
Quelques tentatives d’agression dans la rue ont raison d’elle. Elle plie bagage pour la Suède où elle vit depuis et poursuit ses études en art ainsi que son militantisme au sein du mouvement des Femen.
Nue, elle cible l’État islamique
Il y a quelques jours, Aliaa Magda Elmahdy récidive et publie sur les réseaux sociaux une autre photo d’elle nue. Cette fois, elle cible l’État islamique.
Accompagnée d’une autre militante Femen, les deux femmes font mine de déféquer et de saigner, les jambes écartées, sur le drapeau de l’État islamique.
Une fois de plus, c’est le comble de l’outrage! C’est reparti de plus belle, sur Twitter et Facebook, on promet de lui trancher la gorge et de faire rouler sa tête.
Son geste divise. Certains la condamnent et d’autres la soutiennent considérant son acte moins choquant que les cruels assassinats auxquels se livrent les djihadistes.
Vous, qu’est-ce qui vous dérange le plus, la barbarie des vidéos de l’État islamique ou la nudité de Aliaa Magda Elmahdy?
Pour ma part, je salue le courage de la jeune Égyptienne qui se revendique athée et féministe depuis l’âge de 16 ans.
Car beaucoup rêvent de s’échapper de la prison de l’islam mais peu ont le courage de le faire.
Aliaa Magda Elmahdy est de ceux-là. Bravo!
Le « banco » de Hollande
Du remaniement ministériel dévoilé hier, il faudra d'abord et surtout retenir le « banco » de Hollande. Il prend valeur de symbole dans la période que nous traversons. Reconnaissons qu'il fallait oser nommer un ancien banquier de chez Rothschild à la place d'Arnaud Montebourg comme ministre de l'Économie. Il ne pouvait y avoir coup de pied aux fesses plus humiliant pour le mutin de Frangy-en-Bresse. Au point que cela en devient presque une provocation pour les « frondeurs » et autres contestataires de la politique économique de l'exécutif. Cette nomination marque, en tout cas, la rupture définitive entre le candidat qui se proclamait « ennemi de la finance » et le président contraint de tenter le « banco ».
Il serait sans doute exagéré de réduire à cette caricature la constitution du gouvernement Valls 2. Mais il faut pourtant reconnaître qu'en guise de grande lessive, nous n'avons eu droit qu'à un petit coup de torchon. Montebourg, Hamon et Filippetti doivent se retrouver bien penauds aujourd'hui, eux qui n'avaient sans doute pas imaginé les conséquences de leur conduite irresponsable.
Il est vrai que, si le remaniement n'a pas été plus large, ce n'est pas faute, pour Hollande et Valls, d'avoir essayé d'élargir le panel représentatif de la majorité. Sur ce plan, ils ont essuyé des rebuffades inquiétantes pour l'avenir. Leurs tentatives de « débauchage » ont toutes échoué, chez les Verts et ailleurs. Seuls les radicaux de gauche ont conservé trois fauteuils et obtenu des assurances sur la réforme territoriale. Le gouvernement se retrouve du même coup avec une base parlementaire étriquée et devra compter, dans des votes décisifs, sur le renfort des 17 députés PRG.
Parce qu'il ne fait pas de doute que « Valls 2 » ne calmera pas la colère des frondeurs et de leurs ralliés. Ils ne se contenteront pas, en guise de caution, du maintien, voulu par Hollande, de l'inattaquable icône de gauche Christiane Taubira à la Justice, ni de la promotion, au mérite républicain, de Najat Vallaud-Belkacem à l'Éducation nationale. Rendez-vous est déjà pris à La Rochelle.
Valls 2 : sur un air de chaises musicales
Emmanuel Macron remplaçant Arnaud Montebourg au ministère de l’Economie ? C’est la surprise du chef Hollande ! Avant ce mini-remaniement, les services de l’Elysée ont fait courir la rumeur selon laquelle le président de la République ne souhaitait plus pour Bercy une direction bicéphale, et que Michel Sapin, outre les Finances et les Comptes publics, allait sans doute se voir attribuer l’Economie. Une petite manœuvre d’intoxication parfaitement réussie…
En tout cas, pour l’aile gauche du PS, Macron rime avec provocation. Conseiller économique de François Hollande (15 mai 2012-juin 2014), ancien inspecteur des Finances hyperdiplômé et ex-dirigeant de la banque d’affaires Rothschild où il a fait une rapide fortune, Emmanuel Macron incarne un social libéralisme décomplexé, tout à fait à l’opposé des options affichées par son prédécesseur. Avec Macron — qui, lui, adore la Finance — Hollande annonce la couleur. Celle de l’économie mondialisée. Fini les ministres alibis comme le « démondialisateur » bidon Montebourg… Les « frondeurs » n’ont qu’à bien se tenir. Ce choix montre aussi la versatilité de François Hollande, dont la doctrine varie allégrement de Montebourg en Macron, en matière économique.
Michel Sapin voit donc le super-ministère qui aurait fait de lui le seul patron de Bercy lui échapper. Il reste simplement ministre des Finances et des Comptes publics. Et c’est déjà beaucoup. Beaucoup trop, même, pour un ministre qui incarne depuis vingt-deux mois tous les mauvais choix économiques de l’ère Hollande. Sapin, ce sont les promesses cruellement démenties d’inverser la courbe du chômage et l’échec fracassant de tous les mauvais plans pour relancer la croissance. C’est la hausse des impôts tout autant que l’augmentation de nos déficits publics et de la dette extérieure. Et, à l’inverse, l’érosion continue du pouvoir d’achat des Français, ainsi que l’angoissante baisse des investissements. Sapin n’obtient certes pas la promotion qui lui semblait promise, mais son maintien à Bercy signifie tout de même que cette politique désastreuse, dont il fut souvent l’inspirateur, sera poursuivie.
Tout comme la reconduction de Christiane Taubira dans ses fonctions de garde des Sceaux indique la continuation du laxisme judiciaire et des réformes « sociétales » subversives.
Une pétroleuse à l’Education
Le gouvernement Valls-bis nous offre toutefois, en matière de subversion, encore mieux que Taubira, avec la nomination de Najat Vallaud-Belkacem, propagandiste passionnée de la théorie du genre, au ministère de l’Education, à la place de Benoît Hamon. Vallaud-Belkacem pourra ainsi propager et imposer officiellement dans les programmes officiels son ABCD de l’égalité.
Fleur Pellerin, de son côté, récupère le ministère de la Culture que détenait Aurélie Filippetti. Les deux femmes, contrairement à ce que leur passation essayait de faire accroire, ne s’apprécient pas du tout. Filippetti devait intérieurement enrager de céder la place à sa rivale.
Emmanuel Macron (36 ans), Vallaud-Belkacem (36 ans), Fleur Pellerin (40 ans) : une cure de jouvence (sorte d’élixir de l’abbé Soury) pour un gouvernement exténué ?
Ce remaniement constitue déjà un demi-échec. Valls n’a pas réussi, comme il l’espérait, à débaucher des écologistes, même ceux qui, comme Jean-Vincent Placé, Denis Baupin, François de Rugy ou Barbara Pompili, rêvaient tout haut d’un maroquin. « Les conditions ne sont pas réunies pour notre participation », ont-ils estimé. Valls n’a même pas réussi à racoler l’archaïque Robert Hue et sa minuscule association NEP (le Nouvel Espace Progressiste), groupuscule quasi-familial dont « le nain de jardin » est le fondateur président.
Quant aux « poids lourds » annoncés – le maire de Lyon Gérard Collomb, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, l’ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy, le dirigeant d’entreprise Louis Gallois ou l’actuel président de la Cour des comptes (et ancien président socialiste de la commission des Finances de l’Assemblée), Didier Migaud, aucun d’eux n’a daigné rejoindre ce gouvernement aux allures de Titanic.
Le chantage des radicaux
En revanche, les trois radicaux de gauche, Sylvia Pinel (ministre du Logement), Annick Girardin (secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie) et Thierry Braillard (secrétaire d’Etat aux Sports) conservent leurs portefeuilles. Après, toutefois, une âpre négociation de la part de Jean-Michel Baylet, président du PRG. Celui-ci, faute du ministère régalien qu’il convoitait, n’entrera pas au gouvernement. Mais il affirme avoir obtenu, en échange du maintien de ses trois ministres, la garantie que, dans la réforme territoriale chère à François Hollande et à Manuel Valls, les conseils généraux ruraux ne seront pas supprimés. Une condition sine qua non pour les radicaux. Exigence exorbitante, mais que les deux dirigeants d’un gouvernement à vau-l’eau ont néanmoins acceptée. Les radicaux de gauche disposent de dix-sept députés à l’Assemblée, dont la plupart élus d’ailleurs grâce au bon vouloir des socialistes. Le phénomène des « frondeurs » au sein du PS, que le nouveau gouvernement risque d’étendre, rend désormais, sur certains sujets, la majorité du gouvernement très aléatoire. D’où le besoin, coûte que coûte, de conserver l’appui des radicaux. Même au prix d’un sabotage de la réforme territoriale.
Malgré ces concessions énormes, la base du gouvernement s’appauvrit : la voici réduite au PS et au PRG. Et aux amis de François Hollande et (un peu) de son Premier ministre. Un gouvernement Valls à deux temps… Une fois encore Michel Sapin, copain de François Hollande depuis l’ENA (la fameuse promotion Voltaire), clone presque parfait du président de la République, symbolise cette proximité réductrice. Tout comme Manuel Macron…
Le dernier carré des Hollandais ?
Un remaniement par défaut, avec seulement six nouveaux entrants (1). Dont parmi eux le député PS des Landes Alain Vidalies, vieux cheval de retour qui avait quitté le gouvernement cinq mois auparavant et qui revient par la petite porte d’un secrétariat d’Etat aux Transports, à la place de Frédéric Cuvilllier. Ce dernier, pourtant proche de François Hollande, avait annoncé son départ dès lundi, estimant « ne pas disposer de la capacité d’action et de l’autonomie nécessaire à la réussite d’une politique cohérente porteuse d’espoir ». Découragé par « l’incohérence » de ce gouvernement, Cuvillier préfère prendre la porte. La porte de gauche, évidemment.
Un remaniement au rabais avec, à défaut de nouveaux entrants d’envergure, ceux qui ont bien voulu rester. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose… En tout cas, dimanche à La Rochelle, pour leur université d’été, les socialistes auront quelques sujets de conversation.
(1) Outre Macron et Vidalies, les quatre autres nouveaux entrants sont : Patrick Kanner, (ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports), un adjoint de Martine Aubry ; la franco-marocaine Myriam El Khomi (secrétaire d’Etat à la Ville), adjointe d’Anne Hidalgo ; Pascale Boisard, (chargée du Droit des femmes), une fabusienne. Et, surprise, un « bébé Montebourg » : Thomas Thévenoud (secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, au Tourisme et aux Français de l’Etranger). Un petit signe à l’égard de l’ex-ministre de l’Economie pour lui dire que les ponts ne sont pas totalement coupés avec lui ? Une demi-bouteille de la « cuvée du redressement », millésime historique, que Valls garde en réserve…
Des propos de bon sens
Les politiques ont la manie de ne pas savoir se taire. Ce qui les conduit à tenir des propos où l’évidence le dispute à l’incompréhensible. M. Valls vient de succomber à ce travers. Son gouvernement, a-t-il expliqué, obéira à trois mots d’ordre, « la cohérence, la cohésion et la clarté ». Ce n’est pas lui faire injure que d’estimer que c’est bien le moins qu’on puisse attendre même s’il aurait été plus novateur de revendiquer d’être confus, divisé et obscur. Un de ses ministres, Mme Lebranchu, a eu des paroles autrement plus fortes : un « exécutif exécute, a-t-elle dit. Au Parlement, on parlemente ». Il est très dommage qu’elle se soit arrêtée là dans sa lecture si fine des institutions. Elle aurait pu également noter que l’Assemblée assemble et que le Conseil conseille.
Gouvernement Valls II : trois questions à Laurent Bouvet
Même très minoritaire politiquement, les institutions de la Vème République permettent au gouvernement de poursuivre sa route
Manuel Valls a tenu aujourd’hui son premier conseil des ministres. 24 heures après la démission du gouvernement précédent, tout semble indiquer que le gouvernement s’oriente vers un recentrage politique, au grand dam d’une partie de la gauche de la gauche. Contrepoints a posé à Laurent Bouvet trois questions pour nous éclairer sur le sens à donner à ces derniers changements à la tête de l’exécutif.
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| Laurent Bouvet |
Laurent Bouvet est professeur de théorie politique à l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est également le directeur de l’Observatoire de la vie politique (OVIPOL) de la Fondation Jean Jaurès. Ses recherches portent, entre autres, sur la social-démocratie. Il tient un blog sur la vie politique française.
Contrepoints – Le nouveau gouvernement Valls semble avoir sacrifié son aile gauche par souci de cohérence politique. Il en résulte une équipe resserrée autour du premier ministre, mais faiblement soutenue par son propre camp déçu et divisé. Pensez-vous que cela suffira pour gouverner ?
Laurent Bouvet - Ce sera l’enjeu des semaines qui viennent avec quelques moments-clefs à l’Assemblée nationale (AN) : le vote sur la confiance au gouvernement, celui sur le projet de loi de finances… Il paraît peu probable que lors de ces occasions, il y ait une majorité à l’AN pour renverser le gouvernement. Les « frondeurs » du PS sont eux-mêmes divisés sur l’attitude à avoir et les élus de gauche (PS, PC, EELV…) qui prendraient le risque de voter contre le gouvernement avec ceux de la droite et du centre, porteraient la responsabilité de leur propre défaite ensuite dans les urnes, car le président de la République n’aurait d’autre choix que de dissoudre l’AN. Bref, même très minoritaire politiquement, les institutions de la Vème République permettent au gouvernement de poursuivre sa route, au Parlement du moins.
Du côté de l’assemblée plane toujours la menace d’une dissolution. Croyez-vous les députés de gauche suffisamment remontés contre l’exécutif pour qu’Hollande décide de l’utiliser ? Peut-on imaginer que la majorité présidentielle fasse plier le gouvernement et l’oblige à suspendre ses objectifs de réforme ?
Chez certains « frondeurs » du PS, l’idée est bien celle-là : écarter la menace de la dissolution et contraindre le président de la République à changer de politique. Deux problèmes subsistent néanmoins, et ils sont de taille.
D’abord, comme on le disait précédemment, les outils constitutionnels dans les mains de l’exécutif lui permettent de tenir le choc d’une telle « fronde » : les députés ont davantage à perdre que le président de la République à une dissolution. Pour tordre le bras du président, ils devraient accepter de mettre en jeu leur mandat ! Or compte tenu du rapport de force aujourd’hui, les députés de gauche disparaîtraient quasiment de l’Assemblée nationale en cas de législatives anticipées.
Ensuite, contraindre le président à changer de politique conduirait à ouvrir une période très incertaine sur le plan institutionnel. On imagine qu’il faudrait un nouveau premier ministre par exemple. Or les opposants de gauche à la politique actuelle de l’exécutif ne sont pas sur la même longueur d’onde. Entre un Mélenchon, une Duflot et un Montebourg, entre autres, il y a au moins autant de convergences que de différences. Quelle serait la ligne suivie ? Qui serait accepté par les autres comme Premier ministre ? C’est d’ailleurs là un atout pour François Hollande et Manuel Valls : ils peuvent compter sur les divisions de leurs adversaires à gauche au-delà des critiques formulées.
Ce remaniement va-t-il avoir un effet sur la physionomie politique et culturelle de la gauche française ? Peut-on attendre d’Arnaud Montebourg, par exemple, qu’il cherche à occuper l’espace à la gauche du parti socialiste ? Peut-on imaginer une reconfiguration en faveur d’un rapprochement entre centre et gauche réformiste ?
Ce remaniement pourrait en effet entraîner une clarification des positions au sein du PS, surtout en cas de congrès de celui-ci dans les mois à venir : avec une aile gauche étoffée qui cherche l’alliance avec la « gauche de la gauche » (Front de gauche, EELV…) et une aile droite qui chercherait à s’allier plutôt au centre. Si une telle logique allait à son terme, le PS pourrait finir par se diviser. Cette division en fonction de lignes idéologiques serait une première depuis le Congrès de Tours en 1921. Ce n’est cependant pas le scénario le plus probable même si la période qui vient est assez incertaine et inédite dans la mesure où le PS est pour la première fois confronté non pas à une division interne sur le projet mais à une conjoncture électorale, tant nationale que locale, particulièrement mauvaise.
Jusqu’ici, la perspective de gagner les élections locales ou nationales permettait en effet de tenir ensemble les deux camps (voire davantage de courants et sensibilités) dans un même parti car il y avait en quelque sorte de la place pour tout le monde, majorité et minorité du parti, aile gauche et aile droite – c’était le schéma Mitterrand-Rocard par exemple. L’intérêt électoral supérieur l’emportant toujours au final sur les divisions idéologiques ou programmatiques. Aujourd’hui, si le PS devient un peu moins un parti d’élus et de candidats à l’élection, et un peu plus un parti clivé idéologiquement, son fonctionnement pourrait bien se modifier.
Maintenant, il nous faudrait une bonne politique de gauche !
Et le beau gouvernement est là, et on va changer le monde et on va réussir, cette fois, c’est promis. Et il était temps parce qu’on peut lire, dans les colonnes des journaux, dans les commentaires de leurs bouillants articles d’actualité, que Hollande a déçu, non parce qu’il n’aurait pas réussi à redresser le pays (la plupart de ceux qui avouent, entre deux sanglots, avoir voté pour lui n’ont tout de même pas le courage d’admettre leur immaturité d’alors à croire au sauveur hollandiste), mais bien parce qu’il ne fait pas la politique promise dans son programme.
Rendez-vous compte : Hollande agace et déçoit parce que tout ce qu’il a fait, dit et tenté ces deux dernières années n’est pas ce qu’il avait vendu avant mai 2012.
C’est, proprement, incroyable. Des Français de tous âges pleurnichent sur l’amer constat de tromperie, et pas seulement ces fournées d’adulescents un peu cruches qui croient, la tête pleine de ces niaiseries altermondialeuses gluantes, qu’un autre monde est possible avec du don et du dépassement de soi, des monstres collectivistes gentils – oui, c’est le paradis – ou qu’un intérêt général existerait et serait facilement identifiable. Oui, vous avez bien lu : parmi les vieux débris toujours pas remis de la Chute du Mur, parmi les hordes de jeunes intellectuellement mal outillés ou bercés des flonflons républicains, démocratiques et vivrensemblesques de l’EdNat, on trouve aussi ces générations intermédiaires (dépassant la trentaine mais n’atteignant pas la soixantaine, disons) qui ont cru aux discours cahotants de Hollande. Il faut le lire pour croire qu’une telle masse de personnes ait pu gober les fadaises creuses de Hollande.
À mesure que les promesses s’évaporent dans des gouvernements tétanisés ou stupides, pas étonnant que les émotions à fleur de peau de ces petits êtres fragiles remontent d’un coup. Et pas étonnant de lire qu’ils réclament « un vrai retour de la gauche », un retour d’« une vraie politique de gauche » qui cogne bien la finance ennemie, avec du poil aux pattes et des bisous pour les pauvres et les défavorisés !
Mais, nom d’une pipe en bois, c’est quoi, exactement, une politique de gauche ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette expression lue et relue mille fois ?
Une politique de gauche, pour Laurent Baumel, le chef de file des députés socialistes « frondeurs », ce serait, je cite,
un plan d’urgence ciblant la restauration des marges des entreprises qui en ont besoin et opérant surtout un soutien massif à la consommation et à la demande pour remplir les carnets de commande de ces entreprises.
… ce qui veut dire, si on comprend bien, le mélange parfait de la carpe et du lapin : il faudrait donc une baisse des impôts et des taxes pour les entreprises qui en ont besoin, c’est-à-dire toutes (citez une entreprise ou un secteur qui peut prétendre, actuellement, pouvoir payer ses taxes et impôts les doigts dans le nez, pour rire), et de l’autre côté, une distribution d’argent pour soutenir la consommation. Argent qui vient des non-impôts prélevés sur les entreprises. Ou qui viendrait des impôts prélevés sur les particuliers, ceux qui consomment. C’est parfaitement grotesque, ça, monsieur Baumel. Et c’est encore autre chose que la politique de gauche de ta copine Filippetti. Vous devriez vous parler, histoire d’harmoniser vos pipeaux. Après tout, vous êtes dans le même camp, non ?
Ou alors, une politique de gauche, serait-ce peut-être qu’il faudrait laisser ouverts les sprinklers à pognon, mais simplement les faire arroser ailleurs, c’est ça ? Mais c’est où, ailleurs ? Ce ne sont pas les riches, bien sûr ! Ils n’ont pas besoin de niches fiscales ni de redistribution, puisqu’ils sont riches. Et on est riche à partir de 4000€ par mois par foyer, je vous le rappelle. Donc c’est pour les pauvres, évidemment. Mais quels sont ces pauvres qui ne recevaient pas avant, sous la méchante politique « pas-de-gauche », et qui devraient recevoir avec la vraie bonne « politique de gauche » ? Des noms ! Des listes ! Des catégories précises ! Vite, le pays est fébrile et n’attend plus que ça, à l’évidence !
Une politique de gauche, ce serait une espèce de lutte contre la finance, alors ? Celle-là même qui permet d’avoir, justement, des dettes et des budgets déficitaires, c’est bien ça ? Allons-y, combattons cette finance et refusons-lui tout nouvelle compromission ! Ne nous endettons plus ! Ah, zut, voilà qui n’est pas possible non plus, parce que cela veut dire un arrêt brutal, aux deux-tiers de l’année, des distributions de toutes ces petites friandises sympas qui font le vivrensemble si typiquement français. Sans la finance ennemie, plus de régimes spéciaux, plus de retraites confortables (et plus de retraites du tout), plus de services publics, plus de fonctionnaires payés en temps et en heure. Finie la finance ennemie, et fini, aussi, le vivrensemble. C’est enquiquinant, non ? Bon, alors, combattre la finance, c’est se passer de ses services et c’est redevenir maître de sa monnaie, c’est bien ça ? Une politique de gauche serait donc ce que prône Marine Le Pen ? Oh. Voilà qui se corse, non ?
La politique de gauche, c’est aussi, selon tant de commentateurs embrumés dans leurs lacrymales constatations, celle qui permet de faire de la France une nation industrielle et indépendante, tout en ménageant Dame Nature, en faisant attention à l’écologie et en dépensant moins d’énergie, pardi. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, lorsqu’on tabasse les voitures (françaises et autres) de malus divers, il ne faudra pas venir se plaindre deperdre des emplois dans l’automobile. Lorsqu’on punit le consommateur d’avoir acheté son énergie non renouvelable (que ce soit pétrolière ou nucléaire, peu importe), il ne faudra pas venir se plaindre lorsque les tarifs augmenteront douloureusement et que les plus pauvres, grinçant des dents en se rappelant leur bulletin « Hollande » de mai 2012, paieront des factures toujours plus élevées. Mais qui suis-je, pour critiquer une« politique de gauche », hein ?
En tout cas, la politique de gauche, c’est, assurément, quelque chose de complètement différent de ce qu’a fait Sarkozy, à l’évidence. Et comme ce dernier a déversé une pluie de taxes et d’impôts nouveaux sur les Français (une liste peut être lue ici), une politique de gauche consistera donc à ne créer aucune nouvelle taxe, aucun nouvel impôt, et à diminuer partout la pression fiscale. C’est bien ça ? Et comme Sarkozy a fait exploser la dette avec des déficits éléphantesques pendant son quinquennat, la politique de gauche consistera à faire des budgets équilibrés, voire bénéficiaires. J’ai bon ?
Ah, décidément, cette histoire de politique de gauche, ce n’est pas simple. C’est quoi, la politique de gauche, alors ?
Eh bien c’est un fourre-tout où finalement personne ne se retrouve jamais. C’est une délicieuse utopie où les pauvres disparaissent pour laisser la place à des ventres pleins, des faces souriantes et des avenirs qui chantent en chorale. C’est ce point focal, loin sur l’horizon, indépassable, inatteignable, qui aura le mérite de toujours tourner pour le meilleur (pas comme au Venezuela, pas comme en Argentine, pas comme en Corée du Nord, pas comme à Cuba et certainement pas comme jadis en URSS, hein – faut pas déconner !).
La politique de gauche, c’est quelque chose de grandiose, qui permet de relancer avec l’argent qu’il n’y a pas, sans augmenter les impôts, mieux, même, en les baissant, qui permet de laisser les entreprises travailler et donc embaucher, qui permet de protéger le Made In France sans pour autant augmenter les prix, qui permet de frôler la perfection écolo sans mettre en danger les industries peu bio-compatibles, qui permet de tenir compte de chaque minorité, de chaque groupuscule mais qui permet aussi de respecter l’intérêt général…
Bref, une bonne politique de gauche, c’est une politique qui rend heureux, et qui n’a aucune raison de tenir compte de la réalité et de ses contradictions internes. Une politique de gauche, c’est magique.
La question qui se pose maintenant est de savoir combien de licornes et de farfadets se trouvent dans le nouveau gouvernement.
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