jeudi 20 février 2014
François Hollande défend une attractivité de la France qui ne sert plus à rien
Les trente grands patrons d’entreprises internationales qui ont été reçus par François Hollande sont repartis un peu perplexes. Très polis, ils ont écouté le discours new-look de la France. Ils ont pris note des initiatives annoncées par le président de la République, mais ils considèrent dans leur grande majorité que la gouvernance française est à côté de la plaque.
Tous ces patrons, industriels et investisseurs qui représentent en France plus de 100 000 emplois ont d’abord été un peu surpris d’avoir droit à un tel traitement. "Il n’y a que dans les pays très centralisés, en Chine, en Russie, en Afrique et en Corée du nord que les patrons sont ainsi traités" explique l’un d’eux.
Ailleurs, dans les grandes et vieilles démocraties, on se débrouille avec les chambres de commerce, les agences, les ministères et les collectivités locales dès qu'il s’agit d’implantations industrielles, mais la France sait encore recevoir sous les lambris de la République.
Au-delà du décorum, ils ont écouté avec beaucoup d’attention ce que le président français pouvait leur dire et "Franchement, rien de ce qui nous a été dit était choquant, dit l’un d’eux. On achète tout, ou presque."
Une agence pour l’export, la création d’un passeport pour les talents, des cartes de séjour, un visa spécial entrepreneur, des facilités d’installation pour les start-up étrangères, un régime de TVA applicable aux entreprises importatrices. Mais aussi des facilités d’investissement, des démarches allégées…
Toutes ces initiatives vont évidemment dans le bon sens, et aucun chef d’entreprise ne les rejettera, mais pour la plupart, le problème français n’est pas là.
Le problème français n’est pas un problème d’attractivité mais de compétitivité. L’écosystème français est trop lourd, trop coûteux, les entreprises françaises ou étrangères installées dans l’hexagone n’ont pas la souplesse, la réactivité, la rentabilité et la visibilité pour affronter un modèle de développement qui est désormais dominé par trois caractéristiques : une course à l’innovation, une pression concurrentielle, et un marché mondial.
La question de l’attractivité est secondaire. Il nous faut être attractif pour séduire les touristes, les étudiants, les grands professeurs, les meilleurs chercheurs, mais s’il s’agit d’être attractif pour attirer des usines et des ateliers de fabrication, ce n’est pas le sujet.
Qu’on le veuille ou non, les entreprises étrangères ne viendront pas en France monter des usines. D’abord parce qu'on monte les usines à proximité des centres de consommation. Toyota restera encore longtemps comme le dernier exemple d’implantation réussie en Europe. Ensuite parce que l’industrie créatrice de main d’œuvre se développe surtout dans les pays émergents.
En revanche, nous devrions pouvoir attirer des centres de recherche, des activités à haute valeur ajoutée et des industries liées au savoir des nouvelles technologies. Nous devrions surtout être capables d’investir à l’étranger beaucoup plus que nous le faisons. Parce que la croissance industrielle se développe hors du continent européen. Elle peut revenir en Europe, mais pas au point de nous ramener le plein emploi.
La France a donc moins besoin d’attractivité que de compétitivité pour affronter la concurrence étrangère et de conquérir le monde. L’économiste Jean- Marc Daniel expliquait très justement hier sur Atlantico que la France, compte tenu de sa démographie et de son degré de développement, devrait être exportatrice nette de capitaux. Nous devrions pouvoir avec notre épargne acheter et investir à l’étranger. Seul moyen de sécuriser notre propre avenir.
Or, pour l’instant on essaie de faire tout le contraire. Attirer des usines qui ne viendront pas, attirer des capitaux pour qu'ils achètent des outils et des talents… Pourquoi pas, à condition que la réciproque soit vraie.
Nous avons un besoin de compétitivité et de rentabilité pour voyager, exporter et investir. Un besoin énorme. L’attractivité, c’est autre chose. Le discours officiel tombe un peu à plat, du point de vue de l’efficacité économique. A moins qu’on assiste là à un nouvel épisode de communication politique à des fins de pédagogie.
Imaginons en effet que depuis une semaine François Hollande ne s’adresse pas aux chefs d’entreprise mais en réalité , cherche a être entendu de l’opinion publique française et de ses électeurs pour dire : La France n’est pas séduisante pour la croissance , pas attractive , il faut que nous Français fassions des efforts , il faut que nous français puissions ranger nos chambres pour que les visiteurs ne soient pas déçus. Il faut que nous réparions les ascenseurs, les fondations, et la toiture des maisons pour pouvoir travailler.
Si François Hollande fait en réalité passer ce message, alors la pédagogie sera utile. Sauf qu’il y avait une façon plus simple et plus crédible de le dire.
Le pacte de responsabilité n’est rien d’autre que l’obligation pour tous les acteurs de la sphère économique de faire son travail : les chefs d’entreprises, les salariés du privé (l’exemple du contrat de compétitivité signé chez Renault restera exemplaire), et ça concerne aussi tous les fonctionnaires. Ce n’est ni de droite, ni de gauche. Ça devrait être efficace si c’était bien géré. C’est à dire autrement que par des comités et des commissions, des hauts conseils et des directoires.
Suisse : la réplique du président de la Confédération à Montebourg
Évoquant le vote sur l'immigration, le ministre français a parlé de "lepénisme en vrai". "Ce qui est excessif est insignifiant", rétorque Didier Burkhalter.
"La votation suisse, c'est le démonstrateur du lepénisme en vrai", déclarait mardi sur France Inter le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, ajoutant : "On va pouvoir montrer les résultats aux Français du lepénisme exercé à une petite échelle, qui est l'échelle helvétique." Très virulent, le ministre a poursuivi, menaçant la Suisse de "mesures de représailles. [...] Il va y avoir des barrières, en contrepartie, pour l'exportation des produits suisses. Et la Suisse va s'appauvrir, voilà le résultat ! C'est du lepénisme à petite échelle, c'est la ruine !" s'est emporté Arnaud Montebourg, concluant : "C'est un suicide collectif pour les Suisses."
La réplique cinglante de Didier Burkhalter, président de la Confédération suisse et ministre des Affaires étrangères, ne s'est pas fait attendre : "Tout ce qui est excessif est insignifiant. La politique, c'est penser au résultat final, et non pas se concentrer sur l'expression qui va faire le buzz du jour !"
Membre du Parti libéral radical, adversaire de la "votation" contre l'immigration de masse, Didier Burkhalter tente de limiter les dégâts chez ses proches voisins. Alors que la chancelière allemande Angela Merkel l'a reçu assez chaleureusement, cherchant à trouver une "solution raisonnable", le président a eu droit à un accueil bien plus sec de la part de Laurent Fabius. "Berlin a montré une claire ouverture vers le pragmatisme. Ici, à Paris, il faut encore beaucoup travailler", confie le président de la Confédération dans la presse suisse.
Bercy nous raconte des histoires, les exilés fiscaux qui reviennent ne sont pas les bons
Le gouvernement et Bercy en particulier n’arrêtent pas de claironner le retour de Suisse des exilés fiscaux. Les chiffres avancés sont certainement les bons mais ce retour n’empêche pas les nouveaux de partir se mettre à l’abri de la surfiscalisé française. Selon les avocats spécialisés, on traiterait depuis le début de l’année dernière une centaine de gros dossiers par semaine. Ça représente des sommes dix fois plus élevées que celles qui sont censées revenir.
Bercy se glorifie d’un phénomène qui n’était pas inquiétant et se tait sur les départs qui, eux, sont de vrais marqueurs d’inquiétude. Selon les services du ministère du budget, (Bernard Cazeneuve), les demandes de régularisations selon des modalités applicables depuis juin sont un vrai succès. L’administration fiscale aurait vu revenir 15 813 contribuables ayant un compte non déclaré à l’étranger. Ces retours auraient déjà rapporté 230 millions d’euros, tous les dossiers en cours d’instruction représentent 2,4 milliards d’avoirs. Sur 2014, le budget a programmé un retour d’impôt de 1 milliards d’euros. Et bien évidemment le succès de cette opération est lié à l’effort de l’État qui a ramené à 15% le taux de pénalité fiscale pour les fraudeurs passifs et à 30% pour les fraudeurs actifs. Donc ce n’est pas une amnistie, mais ça lui ressemble.
Quand on le regarde à la loupe, ce bilan est décourageant. Désolant même.
- Le retour des capitaux placés illégalement à l’étranger est dû à cette pseudo amnistie fiscale mais au fait aussi que les banques suisses se sont engagées à être transparentes. Donc elles ont prévenu leurs clients qu'ils étaient priés de déménager leurs petits trésors. Et où aller ? Toutes les destinations proposées sont lointaines et peu sûres.
- Bercy joue habilement sur la confusion entre les contribuables exilésillégalement (plus de 15 000) et qui se sont renseignés, et ceux qui ont véritablement entamé une procédure d’arbitrage (2 631 dossiers) et enfin ceux qui ont été traités et qui ont donc payé leur amende, (241 dossiers). Entre ceux qui pensent à rentrer et ceux qui acceptent de rentrer, il y a une marge importante.
- Ceux qui rentrent, vraiment ne sont pas super riches. Les dossiers déposés aujourd’hui portent sur des sommes inférieures à 100 000 euros. De qui se moque-t-on ? 100 000 euros, de quoi acheter un parking à Paris. Pas plus. A qui appartiennent donc « ces énormes fortunes » ? Principalement à des français qui habitent la France et qui ont hérités d’un compte sur lequel des parents ou des relations leur avait laissé une queue d’héritage. Il est évident que ces héritiers ont sauté sur l’occasion offerte pour rapatrier cet argent sans pénalité. Pour rendre légal, pour blanchir en quelque sorte de l’argent qui au départ n’était sans doute pas très propre. Des avoirs qui ne l’étaient pas, à cause de leurs ancêtres peu scrupuleux. Les grosses fortunes elles ne rentrent pas.
Mais, au-delà cette fraude des grosses fortunes placées illégalement en Suisse et qui peuvent aller aussi bien au Qatar ou à Dubaï, ce dont on ne parle pas, c’est l’existence d’un exil totalement légal qui s’est accéléré depuis un an.
Les grosses fortunes qui demandent un déménagement à Genève, Bruxelles ou au Luxembourg sont de plus en plus nombreuses. Bercy ne donne pas ces chiffres. Les contribuables fuient les droits de succession et l’ISF. On trouve les patrons qui vendent leur entreprise pour partir en retraite, on trouve les héritiers de grands groupes qui n’ont pas le bénéfice de l’exonération, on a aussi les patrons de fonds d’investissements. Tous ceux qui ont investi leur fortune dans des start-up mais qui ne les gèrent pas, tous les propriétaires d’hyper-marché qui lâchent prise. Sans parler, et c’est d’actualité, des Peugeot qui, maintenant qu’ils sont évincés de l’entreprise vont évidemment aller se cacher pour éviter l’ISF… et rejoindre leurs cousins de l’autre coté de la frontière suisse.
Toute cette évasion commence à être intéressante à partir de 10 millions d’euros de fortune. C’est le prix d’un immeuble à Paris ou d’un très gros commerce, ou même d’une PME. Ils sont entre 5 000 et 10 000 a être dans ce cas, des porteurs d’avoir pour des montants de 5 à 10 milliards d’euros. Ils ont en toute légalité, avec Bercy négocié leur exil. Pour information, 10 millions d’euros de fortune, c’est minimum 150 000 euros d’ISF. Pas négligeable par les temps qui courent.
Mais ce n’est pas tout : il y a enfin les fourmis qui veulent éviter l’impôt sur le revenu, et… les frais de chauffage. La classe moyenne française qui n’a pas d’autre fortune qu'une résidence secondaire et une retraite confortable (entre 5000 et 10 000 euros par mois,) cette classe moyenne française s’en va aujourd hui résider en toute légalité dans des paradis fiscaux spécialement aménagés pour eux. Dans le tiercé gagnant des destinations préférées des retraites françaises :
- Le Portugal qui sort de la crise grâce à cet afflux de capitaux. Depuis un an, le Portugal aurait gagné 2 milliards d’euros.
- Le Maroc, mais ce n’est pas nouveau.
- La Floride et l’Île Maurice ... mais c’est un peu loin. Les retraités français qui sont aisés pour échapper au fisc, ont aussi de petits enfants qu'ils veulent voir assez souvent. Ces destinations attirent les plus riches de la classe moyenne.
Ceci étant, tous ces pays ont des avantages identiques. Ils sont baignés par le soleil, avec un immobilier chic et pas cher à cause de la crise qui a écrasé les prix. Et des services pas chers. Un couple de fonctionnaires en retraite qui a du mal à finir le mois à Paris vivra comme un nabab à Lisbonne ou à Agadir.
Cet exil là est parfaitement légal. Bercy ne pourra pas s’y opposer. Donc il ne s’en vente pas. Il préfère se réjouir de retrouver tous ceux qui ont eu « la malchance » d’avoir un ancêtre un peu voyou qui avait planqué de l’argent en Suisse et qui cherche à le récupérer aujourd’hui. Alors plutôt que de le ramener en cash en petite quantité quand ils rentrent des sports d’hiver, ces héritiers préfèrent payer la taxe et tout retrouver. La taxe coûte moins cher que le TGV. Mais de là à dire qu’ils marquent le retour de la confiance dans les vertus du modèle français, faut pas exagérer.
Entreprise de séduction
Entreprise de séduction
Cela n'aura échappé à personne : François Hollande n'en finit plus de courtiser assidûment les patrons. Après avoir caressé les « pigeons » dans le sens des plumes aux États-Unis, le voici qui reçoit aujourd'hui à l'Élysée, en compagnie du Premier ministre et d'une dizaine de ministres, trente-quatre chefs de grandes entreprises internationales, dans le cadre d'un « conseil stratégique de l'attractivité ». Ce n'est pas être cruel que de le souligner, mais le temps n'est plus où notre ministre d'un Redressement finalement… improductif, ferraillait avec des « patrons voyous » pour sauver des canards boiteux. À quoi bon s'épuiser à renflouer en pures pertes des entreprises vouées au déclin au nom d'un chauvinisme entrepreneurial dépassé ?
L'échec enregistré par François Hollande sur l'inversion de la courbe du chômage l'a conduit à ce tournant social-réaliste. Les capitaux étrangers représentent un « stock » de 503 milliards d'euros et, dans notre industrie, un investissement sur trois vient des fonds étrangers. Les trente-quatre grands patrons qui seront reçus à l'Élysée aujourd'hui « pèsent » la bagatelle de 850 milliards d'euros. Plus question, donc, de cracher dans la soupe quand nos assiettes sont vides.
Toute la question est de savoir si François Hollande pourra se montrer suffisamment persuasif. Les belles paroles ne suffiront pas à vaincre la répugnance des grands groupes étrangers à investir en France. Pour que se produise le « choc d'attractivité » voulu par François Hollande, encore faudrait-il que survienne un « choc culturel » dans le pays.
Difficile d'obtenir la confiance pleine et entière des investisseurs étrangers quand les mesures prises par l'exécutif (CICE ou pacte de responsabilité entre autres) sont combattues par une partie de sa propre majorité et les syndicats. Instabilité fiscale, lourdeur du dialogue social, poids de la fiscalité, sont autant d'entraves que François Hollande n'est pas parvenu, pour le moment, à lever. Autant dire qu'il faudra plus que les tardives cajoleries d'une entreprise de séduction pour… séduire les entreprises.
Une addiction dangereuse
Une addiction dangereuse
Tous les yeux sont rivés en permanence sur le Japon. Pour une raison très simple. L'Europe se nipponise et la crainte d'une plongée dans une déflation longue est permanente. Dès lors, observer comment le Japon parvient à se sortir de ce piège de 20 ans est une nécessité. Après l'euphorie de 2013, le doute s'installe sur la reprise de la croissance japonaise.
LE NIKKEI S'ENVOLE
la Bourse Japonaise a été la star de l’année 2013 avec sa progression de 57%. Mais depuis le début de l’année, on sentait un petit coup de mou. Après l'enthousiasme sur l'Abenomics, le doute s'est installé sur la reprise économique japonaise. Et hier le taux de croissance du dernier trimestre a été très décevant. La Banque du Japon a dû encore relancer ce matin la planche à billets. À fond.
L'ADDICTION A LA LIQUIDITÉ
On s’aperçoit qu’au Japon comme ailleurs, les économies sont sous respiration artificielle. Dès que les doses d’injection monétaire se stabilisent, la croissance retombe. Il va falloir qu’un jour la croissance se passe de cette drogue monétaire et pour l’instant ce n’est pas le cas. Voir l'édito en vidéo
LA RÉVOLUTION ITALIENNE?
Sur papier le programme du nouveau premier ministre Italien ressemble à une feuille de route idéale sur les réformes structurelles rédigée par l'Allemagne. Changement de la loi électorale, réforme du marché du travail, de l'administration, et de la fiscalité. S'il fait déjà la moitié de ce qu'il a promis, ce sera une vraie révolution. Si même l'Italie fait sa révolution économique, qui va rester en queue de peloton avec nous ?
ALSTOM INQUIÈTE
Et le gouvernement aurait, selon les Échos, mandaté un cabinet de conseil sur le sujet. Bouygues vient d'annoncer une dépréciation de 1.4 milliard d'euros de sa participation dans Alstom. A suivre.
LES GADGETS DE HOLLANDE
Ce n'est pas avec des gadgets qu'on va relancer l'attractivité de la France vis-à-vis des investisseurs étrangers : Démarches douanières simplifiés, "passeports talents", visas plus longs et aides aux starts ups. C'est mieux que rien mais pas beaucoup mieux. Il faut réformer le marché du travail et la fiscalité.
LES FRANÇAIS BON GESTIONNAIRES
selon une étude CSA/Fortuneo. Les Français consultent leurs comptes au moins une fois par semaine, 38% même tous les jours. Un français sur 5 note ses dépenses dans un carnet. Et le financement des vacances reste le budget prioritaire en dehors des dépenses de nécessité. (voir article dans le Parisien). Les Français sont des vraies fourmis. Pas étonnant que nous ayons le taux d'épargne le plus élevé.
ÉTONNANT
Révélation dans les Échos. Les vols dans les fermes ont explosé de 66% en 5 ans. Vols de tracteurs, de matériels, de carburants, de récoltes... Les agriculteurs en ont ras le bol...ça va être un sujet du Salon de l'agriculture qui ouvre dans 5 jours.
LE CHIFFRE QUI TUE
Un cadre passe 16 ans de sa vie en réunion sur 40 ans de carrière....Selon une étude Perfony, start up spécialisée dans la coordination en entreprise. Si on rajoute les pauses cigarettes, les pauses facebook, sms, internet, en gros on ne fout rien.
LE PORTUGAL FRIME
Déclaration du premier ministre: "Les chiffres montrent que nous avons dépassé toutes les attentes de croissance". C'est vrai que le Portugal se redresse avec un vrai rétablissement de la compétitivité. Bravo les gars. Et en plus c'est un paradis fiscal pour les retraités européens. Il va falloir que j'y pense.
VOILÀ C'EST TOUT
BONNE JOURNÉE
MAY THE FORCE BE WITH YOU
Les marchés sont moutonniers
Les marchés sont moutonniers
Tous les deux ans environ, les investisseurs élisent une thématique d'investissement et se ruent tous ensemble dans la même direction. Il y a eu l'or, puis les pays émergents, puis la techno (encore à la mode) et depuis un an les pays d'Europe du Sud. C'est le plat du jour. Et tout le monde le commande. Même s'il n'est pas du meilleur goût. Le principe c'est d'acheter ce que les autres achètent.
LES ELDORADOS EUROPÉENS
Les taux des emprunts d’État des pays d’Europe du Sud continuent à baisser
Qui l’aurait cru ? Qui aurait seulement imaginé quand ces pays étaient au bord de la faillite qu'ils deviendraient un jour les chouchous des investisseurs? Ne cherchez pas. Les nouveaux eldorados pour les investisseurs internationaux s'appellent l'Espagne, l'Italie, le Portugal et même la Grèce. On se rue vers la dette avec des taux italiens et espagnols à 3.5% et vers les indices boursiers.
L'ENGOUEMENT DES INVESTISSEURS
Les marchés aiment les thématiques et sont moutonniers. Comme les pays émergents sont out, il fallait un nouveau thème d'investissement et c'est l'Europe du Sud. C’est vrai que l’économie rebondit mais on vient de tellement loin que ce n’est pas une surprise et avec des taux de chômage à 25% en Espagne ou plus en Grèce, parler d’un miracle des périphériques européens est un peu déplacé.Voir l'édito en vidéo
LA FIN DU FEUILLETON PEUGEOT
C'est fait. On va pouvoir passer à autre chose. Les Peugeot ont accepté, il faut dire qu'ils n'avaient pas d'alternatives, l'entrée de l'État et de Dong Feng. En gros Peugeot va devenir chinois à terme. Tant mieux ou tant pis, on s'en fout. C'est le sens de l'histoire.
ABSURDE
Après avoir pesté pendant des mois sur le CICE en demandant une baisse des charges, le MEDEF déclare maintenant préférer le CICE à une baisse des charges. Les entreprises françaises n'ont pas besoin de subventions, elles ont besoin de baisse des charges et de liberté. Pierre, reprends toi.
LA PHRASE DU JOUR
Alors qu'une quarantaine de ministres français et allemands passent la journée ensemble pour tenter d'améliorer la coopération entre les deux pays qui est au plus bas, l'ambassadrice d'Allemagne en France déclare: "Il faut du courage pour faire des réformes". C'est malheureusement ce dont on manque en France. Des politiques, de gauche comme de droite, courageux.
LES PAYS IMMERGÉS
Mauvaise passe pour les pays émergents. L'Ukraine et la Thaïlande repartent vers la guerre civile.
ON N'A PAS LE DROIT
de dire qu'il y a en ce moment une bulle sur les réseaux sociaux et dérivés similaire à la bulle internet en 2000. C'est rétrograde et réac. Pas cool. L'éditeur de Candy Crush va entrer en bourse pour lever environ un milliard d'euros sur une valorisation de 5 avec un chiffre d'affaires de ...1.36 milliard d'euros... C'est trop géniaaaaaaal!
LE BUSINESS CASE DU JOUR
Lego. À l'occasion de la sortie du film qui fait un carton planétaire. Comment Lego s'est-il réinventé à l'ère du numérique ? Fascinant.
RUÉE SUR LES INTRODUCTIONS EN BOURSE
L'Europe fait son meilleur début d'année en introductions depuis 2007. 8.3 millions d'euros sont en attente après plus de 3.2 milliards d'euros déjà levés.
À LIRE
Les "Tableaux de l'économie" publiés par l'INSEE. Une photographie instantanée de la France assez amusante parfois. On y découvre que les entreprises contrôlées par l’État emploient près de 800,000 personnes, que deux seniors sur trois ont un portable et qu'il y a 27% de femmes à l'Assemblée...
VOILA C'EST TOUT
BONNE JOURNÉE
MAY THE FORCE BE WITH YOU
La relance d'un moteur en panne
Il aura fallu la crise ukrainienne pour recréer une dynamique entre les deux rives du Rhin de nature à donner un peu de contenu au 16e conseil des ministres franco-allemand qui s'annonçait bien terne à l'Élysée.
On savait Paris et Berlin en désaccord sur l'union bancaire, les Allemands peu enthousiastes à l'idée d'un « Airbus des énergies renouvelables » proposé par les Français. Surtout, les désaccords entre la chancelière Angela Merkel et son ministre des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, sur une plus grande implication de l'armée allemande à l'étranger, avaient fini par bloquer toute initiative commune. Certes, les Allemands avaient apprécié le pacte de responsabilité et la volonté française de mettre en oeuvre des réformes. L'engagement de la brigade franco-allemande au Mali est la première démonstration de solidarité que les Français attendaient en Afrique où ils sont englués dans une guerre confessionnelle en RCA. Par ailleurs, l'Allemagne ne pouvant rester indifférente au conflit ukrainien qui se déroule à ses portes, a relancé une diplomatie commune avec la France et la Pologne dont les représentants sont attendus à Kiev. Enfin, l'annonce d'une volonté commune d'aboutir avant les élections européennes à une taxe sur les transactions financières, en dépit des oppositions du secteur bancaire, et la réaffirmation d'un accord pour mener une transition énergétique ambitieuse, ont reinsufflé un peu de carburant au moteur franco-allemand. Lequel en avait bien besoin.Spéculations sur un remaniement
La cote de popularité terriblement basse de François Hollande fait craindre une forte abstention dans son camp aux prochaines municipales, ainsi qu'une énorme claque aux élections européennes. Cela s'explique aisément par le récent recul du gouvernement à propos de la loi sur la famille. Mais aussi par son échec sur la courbe du chômage qu'une croissance de 0,3 % en fin d'année ne pouvait infléchir. Et enfin, par ce Pacte de responsabilité perçu à la gauche de la gauche comme un cadeau aux entreprises sans contrepartie, comme l'a dit, dans un premier temps, le patron du Medef, avant de se dédire.
Annonçant un retour des couacs, le pas de deux du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, sur le gel du traitement des fonctionnaires, lui vaut de nouvelles spéculations quant à son éventuel remplacement. Seul moyen, selon certains députés socialistes, de relancer un exécutif englué dans la crise comme le titre cruellement Le Point : « Les sous-doués au pouvoir ».
Car beaucoup doutent de la réduction de la dépense publique, préconisée par la Cour des comptes, qui fait la somme des manques à gagner en matière de recettes, soit plusieurs milliards d'euros, résultant d'une trop faible croissance.
« La France n'a pas peur des capitaux étrangers » dit Hollande pour attirer les investissements, lesquels se sont effondrés. Or, c'est plutôt l'inverse qui se produit actuellement. Une nouvelle impulsion politique serait-elle de nature à relancer la confiance dans le pays? Ce serait le sens d'un remaniement au printemps sur lequel beaucoup spéculent déjà.
Hollande, Gattaz, allez-y !
Le billet de Michel Schifres
Petites questions
Les policiers de Roubaix sont en colère : leur commissariat contient tant de cannabis saisi chez les trafiquants que les vapeurs de la drogue les intoxiquent ; ils sont shootés à leur corps défendant. Est-ce de cette situation que vient l’expression « être en pétard » ? A Toulouse, une liste électorale a dû être remaniée d’urgence : un homme ayant officiellement changé de sexe, la parité n’était plus respectée. Diable, la loi ne peut donc pas prévoir tous les cas ? Le ministre de l’Education veut diviser par deux le nombre de redoublements. Cela signifie-t-il en toute logique qu’il n’y en aura plus ? L’Europe a annoncé qu’elle allait étudier des sanctions contre l’Ukraine vu la situation. A Bruxelles, à partir de combien de morts, passe-t-on de l’étude à la décision.
Les contradictions de l'État actionnaire
Les contradictions de l'État actionnaire
L’entrée de l'État dans le capital de PSA Peugeot Citroën a suscité une telle unanimité dans la classe politique que cela en devient suspect. Pas un ministre, pas un parlementaire, pas un élu de quelque bord que ce soit pour se demander ce que l'État fait là et quel rôle il entend vraiment jouer.
Les choses sont pourtant loin d’être claires. Qu’il faille aider le constructeur automobile à passer un cap particulièrement dangereux est incontestable. Que l'État se soit mobilisé financièrement et politiquement est indiscutable : cette activité représente un tel poids dans l’économie française que l’intervention s’imposait. Mais ensuite ? Une fois l’entreprise redressée, devra-t-il rester ? Combien de temps ? Et d’ici là, quel rôle devra-t-il jouer ? Le plus grand désordre règne dans les esprits.
Car être actionnaire ne peut pas être un acte politique. En tout cas, certainement pas durablement. Or, si l’on en juge par les propos des deux ministres les plus concernés, Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, l’intention du gouvernement est clairement de s’immiscer dans la gestion de ce mastodonte. Interdire des fermetures d’usines, empêcher des réductions d’effectifs, bloquer des restructurations au nom d’un objectif politique risque vite de se retourner contre les intérêts à long terme de l’entreprise. Agir ainsi, c’est méconnaître son rôle, et parfois même son devoir d’actionnaire.
Ce sont au fond toutes les contradictions de la politique économique à la française qui se trouvent concentrées dans cette affaire : un peu d’internationalisation, mais pas trop ; un peu de compétitivité, mais pas trop ; un peu de flirt avec les patrons, mais pas trop ; un peu de nationalisme, mais pas trop. Et au total, un peu d’efficacité, mais pas trop.
Le Lion et le Dragon
Le Lion et le Dragon
De quel hybride va accoucher l'union entre le Lion PSA et le Dragon Dongfeng ? Quel rôle entend jouer l'État français dans ce « mariage à trois » où il n'envisage pas de se contenter de tenir… la bougie ? Voici les questions qui se posent après l'arrivée au capital de PSA Peugeot Citroën, du constructeur automobile chinois Dongfeng et de l'État français. Les « entrants » s'acquitteront chacun d'un apport de 800 millions d'euros leur garantissant, tout comme à la famille Peugeot « diluée », une participation au capital de 14 % figée pour dix années. Ce strict égalitarisme entre actionnaires, qui se voudrait rassurant pour tout le monde, témoigne plutôt d'une forme de défiance et porte en lui-même les germes de futures difficultés.
Qui décidera quand surviendront des divergences sur des choix stratégiques ? Bien sûr, nous n'en sommes pas là. Il s'agissait prioritairement de sauver PSA Peugeot et d'imaginer une solution où chacun trouve son compte. Ce qui est le cas, pour le moment, même si des mobiles restent cachés.
Toujours emphatique, Arnaud Montebourg a souligné une « décision de patriotisme économique et industriel », se félicitant que l'État participe au sauvetage d'une entreprise stratégique employant 90.000 salariés. C'est assurément moins révolutionnaire mais plus pertinent que de plaider bruyamment, comme il le fit en son temps, pour la nationalisation de groupes sinistrés. Encore faudra-t-il que les représentants de l'État exercent leur influence. Présent à 15 % dans le capital de Renault, l'État n'a pas pour autant regimbé contre les mesures de délocalisations vers des pays à bas coût.
Rien ne permet non plus d'affirmer que l'entreprise étatique Dongfeng s'en tiendra toujours à un rôle d'apporteur de « cash ». Ce serait mal connaître l'appétence des Chinois pour les transferts de technologies et leur volonté de conquête des marchés mondiaux. La seule chose dont on puisse être sûre, c'est que les bisbilles entre héritiers de Peugeot, la mondialisation et les besoins de capitaux, ont conduit à la disparition de l'attachant mais obsolète « modèle familial ».
mercredi 19 février 2014
France en crise, Allemagne au top : et dans 20 ans ?
Le "modèle allemand" est devenu un véritable élément de langage de la vie politique française. Pourtant, toutes les spécificités françaises ne sont pas à jeter et, d'après les projections, l'Allemagne a davantage de raisons de s'inquiéter. Analyse des points forts et des points faibles de part et d'autre du Rhin et de ce que les deux pays pourraient devenir d'ici 20 ans.
Nicolas Goetzmann : Les modèles économiques de la France et de l’Allemagne sont régulièrement opposés, pourtant, dans un contexte mondial, ils sont plus proches qu’il n’y paraît. Une dette élevée, plus de 90% par rapport au PIB en France, contre un peu plus de 80% en Allemagne, un poids fiscal élevé, près de 45% pour la France contre 40% pour l’Allemagne, et un niveau de richesse par habitant très proche en parité de pouvoir d’achat, soit 42 000 euros par habitant en Allemagne contre 39 600 en France, selon les données Eurostat.
Ce qui diffère très fortement entre les deux pays, ce sont les tendances à long terme. En effet, selon un rapport produit en 2012 par la commission européenne, les projections de potentiel de croissance sont de 1,7 % pour le France, contre 0,8 % en Allemagne. Etant donné que les projections font état d’un horizon à 2060, la progression totale de l’économie française serait de 120%, contre 40% pour l’Allemagne. Cet écart, variant du simple (0,8%) au double (1,7%), est principalement la conséquence de l’évolution démographique des deux pays, et qui pourrait aboutir au dépassement de l’Allemagne par la France dès 2040, en termes de PIB.
Alors que la France peut compter sur le taux de natalité le plus élevé de la zone euro derrière l’Irlande avec plus de 12 naissances pour 1 000 habitants, l’Allemagne n’enregistre qu’un ratio de 8 naissances pour 1 000. Cet écart de 50% en faveur de la France provoque dès lors ce très fort écart de potentiel de développement. Et les conséquences sont lourdes.
Tout d’abord du point de vue du budget de l’Etat, car un Etat qui ne peut croître qu’à un rythme de 0,8% ne peut dépenser autant qu’un Etat dont la croissance est bien supérieure. En tout état de cause, l’Allemagne a besoin de se restreindre bien plus que la France. Il ne peut y avoir de convergence réelle sur ce point, car les problématiques sont presque opposées. En tenant compte de l’inflation, la France peut supporter un peu plus de 3% de déficit par an sans que le poids de la dette ne soit impacté, alors que l’Allemagne ne peut tolérer un niveau déficit supérieur à 1,5%.
La situation de l’Allemagne pose un problème supplémentaire, car sa population vieillit et que les dépenses de santé et de retraites vont également aller en s’accentuant, et ce alors même que sa population active va subir des coupes franches. En 2011, la population active allemande comptait plus de 49 millions de personnes, elle est attendue à 33 millions en 2060, soit une baisse de plus de 16 millions de personnes c’est à dire 30% de moins. Comparativement, la France aura une population active stable d’environ 38 millions de personnes. Cette dynamique fait que l’Allemagne va devoir s’ajuster à un doublement du nombre de retraités par rapport à sa population active. Le ratio de dépendance démographique (nombre de personnes au-delà de 65 ans par rapport au nombre de personnes entre 15 et 65 ans) va ainsi passer de 30% à 60%, contre 45% en France d’ici à 2060. Le rapport de la commission fait ainsi état d’un accroissement du taux de dépenses relatif aux pensions dans le PIB de 24% pour l’Allemagne contre une hausse de 3% pour la France.
De plus, il faut bien constater que la France dispose d’un important potentiel d’amélioration de sa situation, justement parce que l’Allemagne a déjà entrepris de nombreuses réformes : elle n’a ainsi que peu de potentiel pour améliorer son sort. Au contraire, la France dispose de moyens pour relever ce potentiel de développement, notamment sur l’âge de départ à la retraite : en Allemagne le départ se fait à 67 ans, contre 62 ans en France.
Ainsi, bien que les deux pays puissent trouver des points de convergence sur leurs politiques économiques respectives, il serait difficile de ne pas constater les différences fondamentales entre les deux pays, car l’Allemagne se trouve être dans une situation bien moins favorable si l’on veut bien tenir compte des projections à long terme.
Le système social
Isabelle Bourgeois : On peut dire que les modèles de protection sociale français et allemand sont bien plus comparables que ce que l’on pourrait penser, le système français s’étant notamment inspiré en bonne partie des bases posées par Bismarck à la fin du XIXe siècle. Dans les deux cas il s’agit effectivement de structures de redistribution basées sur le facteur travail, puisque les salariés cotisent. Néanmoins, l’arrivée du chômage de masse à partir des années 1970 a amené ces deux systèmes à évoluer dans des directions séparées.
Pour ce qui est de l’Allemagne, le principal point fort du système social est évidemment le fait qu’il soit finançable jusqu’à l’horizon 2020 au minimum. Cela n’était évidemment pas le cas au début des années 2000 mais les différentes réformes d’ajustement ont permis de corriger cela.
Tout d’abord, les mesures adoptées sur l’assurance chômage, souvent décriées dans l’Hexagone, ont été bien pensées sur le plan technique, bien que leur coût social ait été important au départ. Si l’on peut le déplorer, il ne faut pas oublier en parallèle que le système social est toujours vu comme quelque chose d’adaptable plutôt que comme un Graal figé. Lorsque la conjoncture est mauvaise, les Allemands choisissent ainsi de reculer pour mieux sauter. Cette logique cherchait à éviter le développement d’un déficit massif de l’assurance chômage face à la hausse de l’inactivité, alors que le système hérité des années 1960 reposait initialement sur un ensemble d’aides souvent inconditionnelles dont le financement était simplement devenu impossible. Cela a donné lieu concrètement à une réduction de la durée de versement des allocations (percevables seulement sur 12 mois à l’exception des seniors) accompagné d’un système de requalification pour faciliter le retour des chômeurs sur le marché du travail.
Quant au système de retraites, le système de financement devra en toute logique être revu d’ici une dizaine d’années, en particulier si l’on prend en compte le vieillissement démographique allemand, qui est particulièrement important. Il sera ainsi nécessaire de revoir la part de la capitalisation dans un système de moins en moins viable en termes de fonds. Le développement de l’épargne retraite semble ici préférable, puisqu’une hausse continue des cotisations finira par avoir des impacts évidents sur l’emploi.
Enfin, l’autre force du modèle allemand en la matière est sa capacité à se repenser en dehors du monde politique, puisque la base des réformes Schröder s’est constituée autour des réflexions entre syndicats et milieux patronaux sur la flexibilité interne à l’entreprise.
Le système français est à l’inverse, comme chacun sait, beaucoup plus généreux en termes de montant et de durée des allocations. S’il est fondamentalement bien pensé, son financement devient toutefois de plus en plus problématique, en particulier sur le plan de la protection chômage. De bonnes idées ont aussi vu le jour dans l’Hexagone, notamment le plan RSA activités (qui est versé aux personnes exerçant une activité professionnelle lorsque leur revenu est inférieur au « revenu garanti », NDLR) bien que des corrections soient encore souhaitables. Néanmoins, ce type de mesures, initialement plutôt bien conçues, n’ont qu’un impact très limité si le marché de l’emploi fonctionne mal et manque de souplesse. Ce manque de recul typiquement français finit malheureusement par provoquer comme on le voit bien une marginalisation continue de millions de travailleurs(le taux de chômage étant de 10.4 % au 2e trimestre 2013, NDLR). Un fait d’autant plus inquiétant lorsque l'on sait que le filet de la protection sociale est financé en grande partie par la dette, qui tourne actuellement autour de 95 % du PIB en France contre 82 % en Allemagne. On en arrive ainsi à une situation où les candidats aux aides sont trop nombreux en proportion des cotisants qui alimentent le système. Sans une meilleure santé financière, il sera ainsi bientôt difficile de vanter le « modèle sociale que tout le monde nous envie », pour reprendre une expression consacrée.
L’organisation de la vie politique
Christophe Bouillaud : Tout d'abord, les points forts allemands :
Le système électoral représente toutes les sensibilités idéologiques importantes du pays, et aussi a assuré - jusqu'ici tout au moins - la formation de gouvernements stables. Tous les partis fonctionnent sur des règles de démocratie interne sans équivoque : par exemple, les militants du Parti social-démocrate ont eu la possibilité de voter sur le contrat de coalition qui vient d'être signé avec la CDU-CSU à l'automne dernier. Les fédérations régionales de ces partis fonctionnent elles aussi sur ce modèle de démocratie interne. Même s'il est dominé l'exécutif (la Chancellerie), les deux chambres (le Bundestag et le Bundesrat) restent des lieux de pouvoir et permettent un certain contrôle de l'action de l'exécutif de la part des parlementaires.
Le niveau de sensibilité du public et des médias à la révélation d'actes de corruption de la part des politiciens est extrêmement élevé : il est impossible de rester à son poste si l'on est soupçonné d'une malversation. Le fédéralisme permet non seulement de respecter quelques spécificités locales, mais aussi d'expérimenter des politiques publiques ou des alliances inédites au niveau des Lander. La société civile est forte et structurée, ne serait-ce que parce que les Eglises catholique et protestante gardent un financement et un rôle social important. Jusqu'aux dernières années, la presse disposait de vrais bases économiques, ce qui lui permettait de prendre une attitude parfois fort critique vis-à-vis du pouvoir. Plus généralement, le système de décision publique oblige à de nombreux compromis entre les deux grands partis et entre les différentes régions du pays. C'est compliqué au possible quand on entre dans les détails, mais cela permet de lisser les oppositions au fil des discussions.
Les points forts français :
Les points forts français :
Encore plus avec l'instauration du quinquennat, le pouvoir exécutif dispose de tous les moyens de faire plier sa majorité parlementaire et d'imposer ses vues.Le système politique français reste bâti autour de la possibilité de mener une grande politique en opposition aux partis (y compris de la majorité présidentielle de départ) et aux intérêts particuliers à partir de l'Elysée. Cette possibilité, qui certes n'a pas été une réalité dans les dernières années, suppose cependant une "force d'âme" peu commune de la part du Président pour donner toute son ampleur au système.
Le Président peut recourir à l'arme du référendum et s'appuyer sur le peuple s'il le juge nécessaire. L'absence de réforme territoriale (avec le maintien des 36 000 communes) permet un maillage du territoire national qu'on ne trouve nulle part ailleurs désormais en Europe. Ce maillage permet d'assurer la continuité de la démocratie aux yeux de nombreux citoyens, alors même que ces derniers sont méfiants envers les partis politiques, les syndicats, le Parlement. Les élus locaux - comme on va le voir aux municipales - forment encore aujourd'hui la base de la République. Par ailleurs, l'absurdité même de vouloir gérer une grande ville et une petite commune sur le même modèle institutionnel souligne aussi l'égalité des Français.
Plus généralement, comme l'a montré le résultat du référendum alsacien sur la fusion des deux départements d'Alsace, les Français sont attachés aux vieilles structures territoriales du pays. Bien que la France ne soit pas un pays fédéral comme l'Allemagne, la vie collective dispose ainsi de territoires pérennes, dont on aurait tort de négliger l'importance. Un certain archaïsme, qui n'empêche pas les adaptations pragmatiques, est une force ignorée du pays, alors même qu'on l'admire parfois chez nos voisins britanniques. Quoique la plupart des Français de métropole l'ignorent, la République française est aussi ancrée sur l'ensemble du globe par ses départements et territoires d'Outre-Mer. Cet ancrage ultra-marin oblige finalement à avoir une vision moins "européo-centrée" de l'évolution du monde.
Gérard Bossuat : Les points forts du système politique allemand relèvent de la stabilité politique et de l’excellence économique. Malgré les déstabilisations terroristes de la Fraction armée rouge dans les années 70-80, le système politique hérité de la construction fédéraliste de l’Etat ouest-allemand, à l’initiative des alliés occidentaux (États-Unis, Grande-Bretagne et France), a donné satisfaction. La RFA a gagné la confiance de ses alliés et voisins. Elle a pratiqué une démocratie parlementaire qui a garanti l’alternance politique ou la constitution de grandes coalitions SPD, CDU et Libéraux (FDP). Le bilan est impressionnant car depuis Adenauer (CDU) l’Allemagne a gagné la bataille mondiale de la croissance économique, réconcilié le peuple allemand avec la France entre 1950 et 1963, fait une Ostpolitik avec Willy Brandt (SPD), réussi la réunification des deux Allemagnes le 3 octobre 1990 et est devenue le premier partenaire économique dans l’UE. Le fédéralisme règle le partage des pouvoirs entre le Bund et les Länder. Il remonte à une longue tradition de balance des pouvoirs au sein du Saint Empire romain germanique. Il est intimement lié aussi à l’histoire dramatique du XXe siècle car la loi fondamentale allemande a pour but de prévenir le retour d’un nouvel Hitler.
L’observateur français de l’Allemagne contemporaine est frappé par la succession d’élections régionales et nationales, le coût financier de la démocratie (16 länder et un gouvernement fédéral), les dysfonctionnements de la subsidiarité. La politique étrangère et de défense de l’Allemagne est bridée par la Loi fondamentale.
Le jeu des acteurs politiques allemands est fascinant pour les Français. Si la violence verbale ou les coups bas existent, il est toujours étonnant de constater qu’un accord peut intervenir entre les grands partis. En décembre 2013, un accord de gouvernement a été signé entre Angela Merkel, chancelière, (CDU), et Sigmar Gabriel (SPD), vice chancelier et ministre de l’économie et de l’énergie. Un tel fonctionnement est inconnu en France où, sauf en temps de guerre, on pratique tout au plus l’ouverture à l’adversaire.
Faut-il admirer le système allemand et en faire un modèle ? Il a fonctionné remarquablement, parce qu’il était adapté à l’histoire troublée de ce pays et aux contingences politiques depuis 1945. Le système politique des autres pays européens ne peuvent être définis par rapport à un modèle allemand qui n’a rien d’universel. Toutefois la capacité allemande à pratiquer la subsidiarité est un moyen de donner plus de responsabilités aux citoyens et aux élus locaux et régionaux.
Si l’on en vient maintenant au système politique français, au moins celui de la Ve République établi en octobre 1958 et révisé en 1962 pour permettre l’élection au suffrage universel du président de la République, il a facilité la stabilisation gouvernementale sur la durée du septennat puis du quinquennat. Il est facile de voir que les gouvernements de la Ve République durent plus longtemps que ceux de la IIIe et de la IVe République. Le suffrage universel direct, uninominal, majoritaire, à deux tours a donné des majorités stables.
Le système français est très différent du système allemand. L’organisation de la vie politique française est centralisée au sein de deux assemblées : l’Assemblée nationale et le Sénat, contre-pouvoir législatif et d’un gouvernement fort. Les principe de la République viennent de la Révolution de 1789 qui a mis fin d’une part à l’absolutisme , modéré par la coutume, de la monarchie et, d’autre part, fondé la société démocratique française moderne. La Révolution française a voulu légiférer pour le monde et pour l’éternité, ce qui a provoqué des réactions variées. Le système politique français est issu d’une histoire qui est celle de la Nation en un temps où elle était menacée par l’étranger, prussien, autrichien et anglais. Le roman national l’a légitimé et il est délicat de toucher aux principes fondateurs. Ainsi l’unité nationale est-elle un absolu parce qu’elle résulte d’une réunion volontaire des peuples du royaume, sanctionnée par la Fête de la Fédération de 1790 et surtout par la mort du roi. Les abandons de souveraineté au titre de la subsidiarité, notion mal connue, au profit des régions ou de l’Europe semblent faire planer une menace sur l’unité nationale. Qui nie ce roman risque de renier sa citoyenneté.
Le système politique français s’enracine donc dans l’image historique de la France : les Départements expriment la recherche de l’égalité entre Français; les communes, trop nombreuses, symbolisent le respect des libertés locales, l’Ecole publique et laïque témoigne du vivre ensemble en France malgré les croyances, les langues et les statuts différents.
Mais la prégnance de l’histoire est telle que de nombreux inconvénients se manifestent après plus de 2 siècles de convulsions politiques. Le système politique français n’est pas le moins bon des systèmes s’il convient aux citoyens ; le système administratif établi pour gouverner les Français est appelé à être réformé et démocratisé pour être plus efficace et d’un moindre coût. La crise de la représentation politique, c’est-à-dire le manque de confiance dans les élus du peuple, est liée aux transformations rapides de nos sociétés qui ont retiré aux élus le monopole de la transformation économique et sociale, car ils doivent le partager avec des sociétés multinationales redoutables, avec des entités politiques supérieures aux Etats et des réseaux sociaux qu’ils ne maîtrisent plus.
Quel que soit le système politique considéré, l’allemand ou le français, l’essentiel est de le rendre toujours plus démocratique.
La vision de l'Europe
Christophe Bouillaud : Les points forts de l'Allemagne :
L'Allemagne étant un pays fédéral, il n'est pas étonnant que l'idée d'un fédéralisme européen soit mieux comprise de l'autre côté du Rhin qu'en France. Les autorités allemandes de droite comme de gauche ont déjà proposé au cours des années 1990 un saut fédéral européen, et il semble que le gouvernement Merkel soit disposée à réitérer ce genre de propositions dans un avenir proche.
Par ailleurs, en pratique, les partis politiques allemands ont bien compris l'importance contemporaine du Parlement européen, et disposent ainsi d'un canal d'influence et d'information sur l'Europe communautaire.
Enfin, avec la crise des dettes souveraines, on a pu voir que l'Allemagne dispose désormais de ses alliés privilégiés dans l'Union avec les autres pays "créditeurs" de la zone Euro (Finlande, Autriche, Pays-Bas), et dans les relations internationales, l'Allemagne a bâti des relations privilégiées avec la Russie et la Chine, (re-) donnant une envergure mondiale à sa politique.
Par contre, il faut souligner que, sur l'avenir de l'Union, la vision des autorités n'est peut-être pas sans hypocrisie ou sans irréalisme. Les propositions fédéralistes semblent parfois faites dans l'espoir que les autres pays les refusent. Surtout, il n'est pas du tout dit que les électeurs allemands dans leur ensemble soient aussi prêts que cela à voir disparaître l'Allemagne dans une fédération européenne de plein exercice. Le jugement de la Cour constitutionnelle allemande de juin 2009 sur le Traité de Lisbonne a clairement posé le problème : s'il s'agit d'aller vraiment plus loin dans la fin de la souveraineté allemande au profit de la fédération européenne, il faudra donner la parole au peuple allemand.Or il y a tout de même un écart perceptible entre la position des autorités et l'expression de l'opinion publique. Personne ne sait trop en fait ce qu'il en ressortirait.
Les points forts de la France :
Les points forts de la France :
Sur l'avenir de l'Union, la France ne peut pas accepter d'aller officiellement vers une fédération européenne de plein exercice, en effet la souveraineté nationale française doit apparaître comme intangible aux yeux des Français, mais, en pratique, les différents gouvernements qui se sont succèdés depuis 20 ans ont toujours été ouvert aux progrès vers l'intégration européenne accrue et souvent ont été moteurs de ses avancées. Cela choquera sans doute d'y voir un point fort de la France, mais, comme le montrent les exemples, aussi bien de N. Sarkozy avec le Traité de Lisbonne, que celui de F. Hollande, avec le TSCG ("Traité budgétaire"), les partis au pouvoir ont toujours été prêts à avancer dans l'intégration européenne en dépit même de l'opinion majoritaire du peuple français. L'Etat français est pleinement européen, et accepte de décevoir le peuple français sur ce point.
Sur la place de l'Europe dans le monde, du point de vue géopolitique, la France poursuit sa politique de petite "puissance mondiale", et refuse totalement l'idée que l'Union européenne pourrait être une "grande Suisse". La doctrine reste ainsi : "si l'on ne s'intéresse pas aux affaires du monde, de toute façon, les affaires du monde s'intéresseront à nous", il faut donc ne pas les négliger, y compris sur le plan militaire. Cela devient de plus en plus théorique en raison des difficultés budgétaires du pays qui rendent difficile d'assumer seul une telle tâche, d'où l'appel pressant aux autres Européens.
Gérard Bossuat : Entre la France et l’Allemagne il existe une histoire commune de désunion et de construction européenne. Nous sommes dans la seconde phase et tout le monde souhaite y rester.
Cela pose le problème du contenu à donner à cette construction. Beaucoup a déjà été fait depuis le 9 mai 1950 et même depuis l’appel de Briand à Stresemann en 1929 à la tribune de Genève. Les traités européens de Paris, de Rome, de Maastricht, de Lisbonne fruits du travail commun et singulièrement du travail franco-allemand ont tracé les directions à suivre. Pourtant il est de la responsabilité des Européens d’aujourd’hui à la veille d’une rencontre franco-allemande que l’on croit importante, de dire ce qu’ils attendent. Plus modestement j’aimerais insister sur plusieurs points. L’offre d’Europe est faible de la part d’Angela Merkel, tant en politique étrangère et de sécurité qu’en termes économiques et budgétaires. Les Français ont confiance dans la chancelière en taisant cependant leurs doutes concernant la politique économique en Europe. Il n’y a pas eu de relance commune, ni de projet d’innovation technologique commun. Français et Allemands sont concurrents, du moins est-ce ainsi que la relation économique franco-allemande est perçue. Sans doute est-ce un bien aux yeux des libéraux ; est-ce un bien pour l’avenir de nos pays dans l’Union européenne ? Il ressort actuellement de l’Europe de l’euroscepticisme, du nationalisme, du repli sur soi, de la méfiance, du protectionnisme économique et culturel. Cette Europe semble bien en déclin.
Il revient à François Hollande et à Angela Merkel, à l’image des « couples » franco-allemands, bi-partisans antérieurs, Schmidt et Giscard d’Estaing, Mitterrand et Kohl, de donner un programme d’approfondissement européen fort, décisif. Il est urgent de faire des avancées : établir une union politique et budgétaire, réformer les institutions européennes actuelles qui génèrent de l’euroscepticisme par des interventions mesquines, créer un impôt commun et pour cela créer une chambre parlementaire votant l’impôt et contrôlant un ministre des Finances européen. Ces propositions viennent de la partie la plus décidée de l’opinion publique franco-allemande, puissent-elles être relayées par le président français et la chancelière allemande.
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