TOUT EST DIT

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dimanche 13 mai 2012

«Hollande et Merkel pourraient bien s'entendre»

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les duos président-chancelier n'ont eu de cesse de maintenir un lien privilégié entre la France et l'Allemagne. Le chercheur Jacques-Pierre Gougeon met la recontre de mardi en perspective avec l'histoire de ces relations chaotiques


Pourquoi la première visite d'État du nouveau président de la République reste-t-elle, encore aujourd'hui, réservée au voisin allemand? Jacques-Pierre GOUGEON*. - L'Histoire fait qu'il y a des incontournables. Après la Seconde guerre mondiale, il y avait des blessures à panser entre la France et l'Allemagne pour pouvoir reconstruire une Europe moderne. Plus de soixante ans après, cette dimension est encore très forte et il est frappant de constater que, dès qu'on remet en question un symbole de cette relation, cela pose toujours problème. Il reste donc impensable que la première visite d'État du président français ne se fasse pas à son homologue allemand, et vice versa.
Au début de son mandat en 2007, Nicolas Sarkozy avait pourtant tenté de sortir de cette relation exclusive, en se tournant vers le Royaume-Uni?
Il n'est pas le seul à avoir essayé. En 1998, Gerhard Schröder avait aussi tenté une alliance avec Tony Blair. Mais in fine, ça ne marche jamais. À cause du poids historique de la relation franco-allemande, bien sûr, mais aussi parce que l'on s'aperçoit que le Royaume-Uni conserve une relation particulière avec les États-Unis, et que la relation franco-britannique n'est donc jamais pure: c'est toujours un couple à trois. Enfin, le Royaume-Uni n'a pas le même rôle que l'Allemagne dans la construction européenne. Les Allemands se voient comme un pont entre l'est et l'ouest du continent, ils parlent de «centralité». Tous ces éléments font que l'alliance franco-britannique est ponctuelle, sur des dossiers précis, tandis que l'alliance avec l'Allemagne est structurelle.
Cette relation n'a pour autant pas toujours été idyllique.
Il y a en effet des phases de refroidissement. La relation franco-allemande comporte une forte dimension émotionnelle, ce qui est à double tranchant car cela lui confère une part d'irrationnel. Quand on regarde l'Histoire, on s'aperçoit par exemple qu'à chaque fois que l'un des deux partenaires apparaît comme plus puissant que l'autre, des tensions naissent. C'était le cas au début du XXe siècle, quand l'Allemagne est devenue la première puissance économique de l'Europe: elle avait alors une image extrêmement négative en France. Plus récemment, en 1968, l'Europe a subi une grave crise monétaire, qu'on a attribuée à un mark fort, et le président De Gaulle était furieux. «Les Allemands bombent encore le torse», disait l'ambassadeur français de l'époque. Un nouveau refroidissement a suivi la réunification allemande, en 1990, qui faisait peur. Mais à chaque fois, les deux pays ont su trouver un projet commun qui les a ressoudés.
Chacune de ces périodes correspond à un couple président-chancelier différent. Les relations personnelles entre les dirigeants français et allemand pèsent-elles beaucoup?
À chaque fois, les dirigeants en place ont su trouver un lien qui les unissait. De Gaulle et Adenauer sont arrivés juste après la guerre: c'est donc la dimension historique, la nécessité d'une réconciliation, qui les a portés. Mitterrand et Kohl étaient deux passionnés d'histoire. Ils ont donc eu beaucoup de discussions intellectuelles qui les ont rapprochés. Giscard et Schmidt partageaient un idéal européen, et ils ont beaucoup œuvré ensemble à la construction de l'Union. Ce qui est notable, c'est que la majorité de ces couples associait des dirigeants de bords politiques différents: c'est donc une relation transpartisane. Paradoxalement, c'est entre Sarkozy et Merkel que la relation était la plus instable, alors qu'ils qui étaient de la même famille politique. Mais ils avaient deux personnalités extrêmement différentes: la chancelière est une universitaire, à la pensée très analytique, tandis que lui, avocat, était plus dans l'énergie et les effets de manche. Ça a beaucoup décontenancé Angela Merkel au début. Mais à partir de 2009, c'est la crise qui les a rassemblés.
Comment imaginez-vous les relations futures entre François Hollande et Angela Merkel?
Ils pourraient bien mieux s'entendre qu'on ne l'imaginerait au premier abord. Bien sûr, ils viennent de familles politiques opposées, et il ont déjà un contentieux sur le pacte budgétaire. Mais c'est là que l'aspect personnel de l'axe franco-allemand pourrait reprendre toute sa dimension. Comme Merkel, Hollande est un rationnel, qui aime la stabilité. Les Allemands, à son sujet, utilisent d'ailleurs souvent le terme Berechenbarkeit, au sens de «fiabilité». Et puis l'année prochaine, nous fêterons les 50 ans du traité de l'Élysée, qui donnera une belle occasion à ce duo de retrouver toute la symbolique de l'amitié entre les deux pays. 2013 pourrait par exemple être une formidable année culturelle franco-allemande!
*Jacques-Pierre Gougeon est directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur en 2012 de «France-Allemagne: une union menacée?», aux éditions Armand Colin.

L'antisarkozysme a pesé lourd

L'étude Ipsos réalisée pendant la semaine précédant le second tour livre des enseignements sur la hiérarchie des motivations et les déterminants du vote des Français lors de ce scrutin. À gauche, l'aspiration au changement a dominé le vote du second tour. Il était demandé aux participants à l'enquête de choisir au sein d'une liste «les deux principales raisons pour lesquelles vous allez voter dimanche pour Nicolas Sarkozy/François Hollande».
Les électeurs de François Hollande mentionnent alors à 65 % le fait qu'il représente le changement alors que seuls 8 % des électeurs de Nicolas Sarkozy choisissent cette raison. Le fait de répondre à leurs préoccupations, d'être proche des Français et d'inspirer confiance est évoqué par, respectivement, 38 %, 29 % et 24 % des électeurs de François Hollande.
Le clivage avec la droite est particulièrement net s'agissant de la question de la «stature de président» et de l'aptitude à la fonction: seuls 17 % des électeurs de François Hollande déclarent que cette question compte au moment de leur vote contre 81 % de ceux de Nicolas Sarkozy.
Par ailleurs, la nature du vote en faveur de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande compte. Dans le premier cas, l'électorat de Nicolas Sarkozy au second tour exprime majoritairement un vote d'adhésion à sa personne, affirmant que la raison principale de leur vote en sa faveur réside dans leur «envie qu'il soit président» (54 %) et non pas «pour barrer la route à François Hollande» (46 %).
Dans le second cas, les électeurs de François Hollande déclarent majoritairement (55 % des citations) que la principale raison de voter en sa faveur réside dans leur volonté de «barrer la route à Nicolas Sarkozy».
Selon cette analyse, l'élection a mis en évidence une volonté de changement qui a fortement compté pour les Français au moment du vote et qui a favorisé François Hollande, porteur d'une telle dynamique, comme cela avait été le cas en 2007 pour Nicolas Sarkozy avec la promesse de «rupture». Ceci est sans doute lié à l'usure du pouvoir mais aussi à un contexte de crise qui se double d'une déception vis-à-vis de la promesse de changement énoncée il y a cinq ans, frustration qui a alimenté un vote d'opposition à la personne de Nicolas Sarkozy davantage qu'un vote d'adhésion franc à François Hollande.
In fine, les résultats relativement serrés de l'élection présidentielle illustrent ce choix par défaut. Mais ils témoignent plus fondamentalement d'une polarisation entre deux électorats porteurs de deux visions politiques clivées et dont les caractéristiques sont aisément repérables.
À droite, comme l'enquête OpinionWay du premier tour l'avait bien montré, les thèmes régaliens semblent avoir dominé le vote: la lutte contre la dette publique, la gestion de la crise de la zone euro et la lutte contre l'immigration clandestine qui correspondent à la fois aux fonctions régaliennes de l'État et à des thématiques identitaires mettant l'accent sur la question nationale.
À gauche, ce sont les enjeux sociaux qui ont prédominé: emploi, pouvoir d'achat et éducation figurent au sommet de la hiérarchie des préoccupations exprimées par les électeurs de François Hollande. Cela est sans doute le reflet d'une demande de justice sociale et de réduction des inégalités liée à la crise actuelle et à ses conséquences économiques et sociales mais aussi aux craintes concrètes de devoir renoncer à un État-providence jugé menacé par la mondialisation.

Hollande élu : quand une certaine France de droite pète les plombs...

Même s'ils n'ont pas voté pour François Hollande, certains ne supportent plus la "haine tout aussi ignoble qu'improductive" déversée sur le nouveau Président de la République depuis son élection.
Depuis dimanche dernier la France a un nouveau Président qui, bien qu’il ne soit investi que la semaine prochaine, a gagné sans discussion possible, le résultat de l’élection ayant été confirmé par le Conseil Constitutionnel.
Pour dire clairement les choses, je n’ai pas voté pour François Hollande au second tour mais les choses que je vois, lis et entends, entre autre sur les réseaux sociaux, sont tellement dégoûtantes et contre productives qu’il est impératif de tirer le signal d’alarme.
Tout a commencé avec le recours en annulation grotesque de Maryse Joissains-Masini, recours heureusement rejeté par le Conseil Constitutionnel, faisant suite à une vidéo dans laquelle l’intéressée s’était définitivement décrédibilisée en ayant pour principaux arguments que « François Hollande n’a pas la prestance d’un Président »  et « qu’il agite ses petits bras de manière extrêmement ridicule ». Inutile de dire que les choses commençaient en volant très haut et, qu’à défauts d’avoir de petits bras qui s’agitent, d’autres ont les neurones en détresse chronique…
Les choses ont continué avec l’éviction de RTL de Pierre Salviac qui avait tweeté en parlant de Valérie Trierweiler : “A toutes mes consoeurs, baisez utile, vous avez une chance de vous retrouver première Dame de France”. Tout le monde appréciera la délicatesse du propos et comprendra la réaction de Jacques Esnoult, le patron de RTL, de virer Salviac.
Là pas du tout, c’est Valérie Trierweiler qui est mise en accusation d’avoir fait virer l’intéressé alors que le fait de traiter de « pute », car c’est bien de ça qu’il s’agit, ad nominem une personne vaudrait un licenciement en faute grave ou en faute lourde à tout salarié travaillant dans n’importe quelle entreprise de France ou de Navarre. Le fait que Pierre Salviac soit, comme Nadine Morano, atteint du « syndrome d’incontinence Twittesque » ne peut être imputé ni à Valérie Trierweiler, ni à Jacques Esnoult ni à François Hollande…
Depuis, les rumeurs enflent sur les réseaux sociaux. Ce matin, toujours pour parler de RTL, on apprend « qu’à compter du 15 mai, Laurent Gerra aura l’interdiction d’imiter François Hollande à l’antenne ». Inutile de dire qu’en lisant cela, je me suis posé des questions sur la santé mentale des gens ayant partagé cette « information » et comment quiconque avait pu faire courir une rumeur d’une débilité aussi crasse. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’on n’imagine pas l’imitateur le plus populaire de France ne pas imiter le président de la République pendant cinq ans (l’écoutant tous les jours François Hollande en a d’ailleurs pris pour son grade, comme tous les autres, depuis le début de la semaine) ensuite parce que, pour avoir rencontré une fois Laurent Gerra, celui-ci est un homme libre qui, je n’en doute pas, mettrait triple dose à l’antenne à celui ou celle qui exercerait des pressions sur lui.
Pour le reste on est dans une véritable « dhiarrée virtuelle », des choses totalement saugrenues circulant dont la toute dernière affirmant que « François Hollande ne mangera plus de porc pendant son séjour à l’Elysée pour satisfaire la population musulmane ».
Cette haine déversée par des ragots qui disqualifient totalement celles et ceux qui les font circuler est tout aussi ignoble qu’improductive et nombre de mes amis qui ont fait le même choix que moi dimanche dernier pensent la même chose.
Même si la défaite peut rendre amer, il faut savoir rester digne et respectueux en toutes circonstances et ne pas sombrer, comme en ce printemps 2012 dans un grand petage de plombs.

La preuve par la science : la vue d'une jolie femme annexe "le temps de cerveau disponible" masculin

A la télévision, dans leur boîte aux lettres, en chair et en os ou juste en pensée... Selon une série d’études scientifiques concordantes, les femmes font perdre aux hommes tous leurs moyens intellectuels.
L’omniprésence du corps féminin dans les médias semble avoir de beaux jours devant elle. La femme créé du « temps de cerveau disponible » chez l’homme, c’est la science qui le dit.
En 2009 déjà, une étude avait testé une célèbre idée reçue : sommes-nous plus bêtes lorsque nous interagissons avec une personne de sexe opposé ?  En comparant les interactions entre personnes de même sexe et personnes de sexe opposé, la réponse est apparue sans équivoque. Les performances cognitives des hommes déclinent à la suite d’interactions avec des femmes. Cet effet néfaste ne se retrouve pas parmi la gente féminine, qui reste égale à elle-même quel que soit son interlocuteur.
Comme on pouvait s’y attendre, l’effet négatif des femmes sur le cerveau masculin est d’autant plus fort que l’interlocutrice est perçue comme physiquement attirante. Les capacités intellectuelles déclinent aussi lorsque les hommes sont plus préoccupés par la propre image d’eux-mêmes qu’ils renvoient.
Comment interpréter de tels résultats ? Selon les scientifiques, le problème vient de la volonté de faire bonne impression auprès de la femme, une tâche qui occupe toutes les capacités cognitives des hommes, et qui réduit ainsi les ressources intellectuelles allouées aux autres tâches.
Les chercheurs de l’Université de l’Indiana ont étudié un cas pratique et très révélateur. La beauté des présentatrices des journaux d’information a-t-elle un impact sur la concentration des téléspectateurs ? Cette beauté a-t-elle une influence sur l’opinion des téléspectateurs au sujet du professionnalisme de ces journalistes ?
Pour jouer sur le niveau de beauté, et donc sur le niveau de sexualisation des femmes, les scientifiques ont utilisé le ratio taille/hanches, qui doit être faible. Selon cet indicateur scientifiquement reconnu, plus la différence entre la taille (fine) et les hanches (pulpeuses) est importante, plus une femme est jugée séduisante.
Résultat : plus les femmes étaient sexualisées, moins elles étaient perçues comme aptes à traiter des sujets comme la guerre et la politique. Jusque là, on peut croire au banal sexisme. Mais la beauté a également eu un impact sur la mémoire des hommes. Ils ont enregistré moins d’informations nouvelles lorsque le journal était présenté par une femme plus « sexualisée ».
Ces résultats confirment le postulat de deux chercheurs, Heilman and Saruwatari, qui déjà en 1979 recommandaient aux femmes « d’être le moins attirantes, et aussi masculines que possible si elles voulaient réussir. »
Les conclusions lient ces résultats aux théories de psychologie évolutionniste, qui postulent une plus grande sensibilité des hommes face aux indices sexuels visuels. Plus généralement, les mâles sont plus intéressés par les projets de reproductions, toujours d'après ces théories.
A l’inverse, les femmes ont mémorisé davantage d’informations nouvelles dans la situation où la présentatrice était sexualisée. La beauté n’a pas influencé leur opinion sur les compétences de la présentatrice en matière de guerre et de politique.
Les femmes ne sont donc pas insensibles à la beauté de leurs congénères. Elles le sont simplement différemment. Par exemple : pourquoi les magazines affichent-ils toujours de jolies femmes en Une ? Qu’ils soient destinés aux hommes ou aux femmes, Playboy et Elle choisissent de mettre les femmes en vedette. Un constat paradoxal, si l’on considère que la plupart des femmes sont hétérosexuelles.
Pourtant, la science a donné raison aux magazines féminins. L’attention des hommes comme des femmes s’attarde sur les images de femmes séduisantes, et non pas sur les images d’hommes séduisants.
Ces découvertes confirment les théories de psychologie évolutionniste, selon lesquelles le facteur de la beauté physique compte davantage pour juger de la valeur d’une femme comme partenaire sexuel que pour juger de celle d’un homme.
Mais il reste un paradoxe : si cette attention est liée au désir de reproduction, pourquoi les femmes s’attardent-elles sur les images d’autres femmes ? Parce que ces dernières peuvent présenter une menace pour leur couple ! L’effet est très net dans les résultats : les femmes qui subissent des problèmes au sein de leur couple et ont un sentiment d’insécurité manifestent plus d’attention envers les images de femmes séduisantes.
Dans une autre étude, les chercheurs ont confirmé que cette attention pour les images de belles femmes peut être utilisée à des fins commerciales. Lors d’une fausse enquête par la poste, les chercheurs ont remarqué que la photo de présentation influençait le taux de réponse. La photo d’une femme chercheuse provoquait plus de réponses à l’enquête qu’une photo d’homme.
Mais la réalité pourrait être encore plus grave que cela. Selon une récente étude, le QI des hommes s’effondre à la simple idée d’interagir avec une femme !
Les experts ont voulu vérifier les interprétations de la précédente étude. Les capacités intellectuelles diminuent-elles vraiment à cause de l’effort de séduction effectué par les hommes ?
Si tel était le cas, le QI resterait intact lorsque les hommes restent éloignés des femmes, et se contentent d’y penser. De la même manière, l’intellect ne devrait pas être touché lorsqu’il n’est pas question de séduire, par exemple lors de « pseudo-interactions » rapides au téléphone : l’homme ne connaît pas son interlocutrice, et n’a aucune information sur ses qualités physiques.
Et pourtant … Même en l’absence d’enjeu réel, les hommes semblent intellectuellement perturbés.
L’étude a testé deux situations : dans un cas, l’homme se contente d’imaginer une interaction éventuelle avec une femme. Dans l’autre, il est amené a pensé qu’il a un échange avec une femme en ligne sur un ordinateur.
Dans les deux cas, l’effet de défaillance intellectuelle a fonctionné, et ce sans même que les hommes aient des interactions réelles avec les femmes !
Pour les auteurs, ces résultats prouvent à quel point les hommes sont obsédés par les opportunités de reproduction. Mêmes les plus petits indices, tels qu’un prénom de femme avec laquelle ils sont supposés interagir à travers un ordinateur, provoquent un vif intérêt de leur part.


samedi 12 mai 2012

Paradoxe : la démocratie grecque n'a jamais été aussi forte que depuis que la crise l'a régénéréeA

Les résultats des législatives grecques ont médusé l'Europe entière. L'entrée de partis extrémistes au Parlement pose des questions sur le positionnement politique des deux principaux partis, qui ont été désavoués, ainsi que sur l'état d'esprit du peuple grec qui vit la crise de plein fouet.
Pour comprendre les choix de l’électorat grec, il faut comprendre l’esprit et la tonalité affective des Grecs ces derniers mois. Comparer le climat social à Weimar serait à la fois peu et trop dire. Je me suis trouvé à Athènes pendant la semaine des élections et j’ai vécu jour après jour la pulsion de la rue, j’ai écouté les orateurs et démagogues dans l’agora, j’ai assisté aux assemblées spontanées dans les places publiques et observé en silence les rassemblements des groupuscules extrémistes se préparant à la guerre.
La rue est rarement un mauvais témoin : les bars et les cafés ouverts nuit et jour, la fête jusqu’à l’aube, les cinémas et les théâtres remplis, les places de quartier animées par des gens qui refusent de se rendre chez eux de peur de manquer quelque grand événement. Partout de petites ventes de livres qui suscitent les discussions philosophiques les plus improbables entre amateurs qui en achèteraient si seulement ils avaient un rond ! La rue ne parle que politique, les passions communes étant de nouveau enflammées.
Je n’ai pas vraiment revu cela depuis les années quatre-vingt quand, gamin, j’assistais à des véritables bagarres de rue entre la droite conservatrice et les socialistes d’Andreas Papandreou. Entre temps, les passions se sont apaisées, les tensions politiques ayant cédé la place aux calculs d’intérêt. L’insignifiance gagna la Grèce progressivement, les gens votaient pour les socialistes, les communistes ou la droite par tradition, souvent par intérêt corporatif et surtout par ennui. Les gouvernements se succédaient, les époques changeaient sans que le corps national soit piqué à vif par une question majeure capable de l’exciter et lui rendre de nouveau la vie. Pour le dire d’un mot du dix-neuvième, le corps politique fut énervé, épuisé par les faux excitants des mass-médias et de la société de consommation qui s’emparèrent de la Grèce socialiste trente ans durant.
Mais ce mois de mai quelque chose a changé : un vrai dilemme piqua comme une guêpe le corps de la nation. La question pro ou contra le mémorandum imposé par les créanciers du pays par l’intermédiaire de la Troïka (EE, BCE et FMI) a réveillé le géant endormi par les sirènes de la mondialisation et de l’européanisation que l’on appelle peuple national. Si les médias internationaux s’inquiètent des dangers que court désormais la démocratie à Athènes, je les rassure : la démocratie hellénique n’a jamais été aussi forte, aussi puissante, aussi jeune et aussi vive qu’aujourd’hui. 
Nicolas Machiavel posa la question de savoir si les troubles sociaux perpétuels que connut Rome furent néfastes pour la République. Il a argumenté qu’au contraire, ils furent salvateurs constituant un moteur puissant d’amélioration des institutions. De ce point de vue, la physionomie du nouveau Parlement hellénique rend leur valeur politique authentique aux discordes sociales et nationales. Elle réalise une réforme des institutions politiques les orientant vers l’intérêt des classes ouvrières et les intérêts de la nation. Le fait de la chute du pouvoir électoral des partis traditionnels au profit des partis jusqu’à aujourd’hui mineurs marque un tournant de l’unité émotionnelle que présente l’État. Les deux partis n’expriment plus une véritable opposition par rapport à la question nationale pro ou contra le mémorandum, pour ou contre un modèle unique d’existence nationale, celui du paria de l’Europe et de l’esclave d’une politique allemande punitive pour un crime jamais commis.
Si seulement il y avait à la tête du parti de droite un Constantin Karamanlis, ce géant politique, symbole de la liberté démocratique équivalent au Général De Gaulle, pour dire aux Grecs qu’il faut des sacrifices pour que la Grèce devienne plus forte au sein d’une Europe forte, capable de transformer la douleur actuelle en prospérité pour les générations à venir ; si seulement il y avait à la tête du parti socialiste un Andreas Papandreou, l’orateur socialiste imparable qui a succédé à Karamanlis, pour leur dire qu’il faut désobéir, assumer l’indépendance et courir le risque de retrouver la fierté nationale ; alors, le bipartisme serait toujours triomphant assurant une stabilité politique au pays. Mais la réalité est tout autre : les partis pro continuent d’ignorer la réalité et la profondeur de l’opposition et les partis contra refusent d’assumer la responsabilité de leur choix. Mais la prise de conscience ne tardera guère. La voie de la restructuration du système des partis actuels et leur réorientation par rapport à la question de l’avenir de la nation est désormais ouverte. 
C’est dans le sens de l’émergence de la nation comme recentrage des forces et des passions politiques et sociales qu’il faut comprendre l’émergence des néo-nazis de l’Aube Dorée (Chryssi Augi) et leur entrée au parlement : quand la nation redevient le problème politique, il est compréhensible de voir la présence des groupuscules qui posent la distinction nationaliste par excellence, celle entre les Grecs et les non Grecs, ayant comme référence symbolique les partis fascistes de l’époque où la nation dominait l’avant-scène politique, à savoir les années de l’entre deux guerres. Ignorer la question de la nation, telle qu’elle se pose à travers la réelle opposition entre forces pro et contra, en invoquant le sens unique de la voie européenne des larmes sans lendemain, fut l’erreur fatale de la classe politique dominante. Et quand l’élite supposée savoir ne la pose pas, l’émotion et la sagesse pratique populaires la posent avec plus d’acuité que jamais.


Le patron de la Buba met en garde François Hollande

Jens Weidmann ne veut entendre parler ni de modification des statuts de la BCE, ni de renégociations du pacte budgétaire. La marge de manœuvre de François Hollande mardi sera étroite.
 François Hollande est attendu de pied ferme mardi à Berlin. Dans un entretien accordé ce samedi à la Süddeutsche Zeitung, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann a clairement adressé au nouveau président français une sévère mise en garde. Pas question d'abord de réformer les statuts de la BCE en ajoutant une obligation de se soucier de la croissance. Ce serait « dangereux », explique-t-il. « Les emplois et la croissance sont créés par les entreprises. La Banque centrale peut le mieux y contribuer en assurant la stabilité monétaire », a justifié le patron de la « Buba ».
Pas de remise en cause du pacte budgétaire

Jens Weidmann, qui adopte depuis plusieurs mois un profil extrêmement orthodoxe, renvoie également le nouvel élu français dans les cordes au sujet de la renégociation souhaitée par Paris du pacte budgétaire. « C'est une bonne habitude européenne de respecter les traités signés », a-t-il ainsi affirmé. Il appuie donc la position très ferme d'Angela Merkel qui jeudi devant la Bundestag a réaffirmé son refus de toute renégociation du pacte signé début mars. Du reste, un autre banquier central allemand, Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE avait jugé mercredi que la France "devait" ratifier le pacte budgétaire.
Négociations difficiles

Malgré quelques ouvertures de forme - ce samedi encore Angela Merkel affirme qu'un "partenariat stable" avec françois Hollande est "possible", Berlin ne semble donc pas en réalité prêt à céder du terrain sur ce pacte budgétaire. Angela Merkel en a besoin pour apparaître auprès de son électorat conservateur comme respectueuse de la tradition de stabilité de l'Allemagne. Du reste, ce traité est son œuvre, c'est le prix que les Européens ont dû payer pour la mise en place d'un mécanisme de soutien financier permanent de la zone euro, le MES. François Hollande aura donc grand mal à avancer sur ce plan, tout comme sur les statuts de la BCE, dont l'indépendance et l'engagement anti-inflationniste sont des éléments quasi-sacrés outre-Rhin. Reste une voie étroite : celui d'un « pacte de croissance » prévoyant quelques mesures capables de donner des arguments au président élu avant les législatives des 10 et 17 juin prochains.

La relance de la croissance selon François Hollande, qu’en penser ?

Si je ne crois pas aux mesures de Hollande, je me réjouis quand même que la croissance soit enfin revenue au cœur du débat public, économique et social. Il nous a cruellement manqué ces temps-ci.
Un des grands thèmes de la campagne présidentielle française de François Hollande fut (et sera une priorité de sa présidence) la relance de la croissance au niveau européen.
Je ne peux que me féliciter de cette approche, nous avons en effet besoin de croissance pour faire face aux défis qui nous attendent et éviter un déclin généralisé de l’Union Européenne. De même, aucun pays ne peut aujourd’hui s’imaginer, en Europe, mener une politique économique, budgétaire et sociale isolée. Un certain nombre de pays l’espèrent encore, je pense qu’ils ont tort.
Mes pistes de croissance, je les ai déjà développées de ci de là au fil de mon blog, je ne vais donc pas m’appesantir dessus ici. Je vous propose de passer en revue les deux – trois mesures concrètes de François Hollande et d’en discuter ensemble.
Les Mesures de François Hollande
Pour ce faire, je me suis penché sur:

En préambule, je reprendrai la déclaration de Hollande dans Slate:
L’économie de l’offre n’est pas séparable d’une stimulation plus directe de la demande. Non pas avec les formules keynésiennes d’autrefois : les moyens ne peuvent être des dépenses publiques supplémentaires, puisque nous voulons les maîtriser, ni des allègements fiscaux, qui nous sont interdits.
Bref, une relance sans dépenses et sans réduction de charges. L’équation est simplement impossible. Si vous n’avez pas plus d’argent disponible à injecter dans l’économie réelle, vous ne pouvez le faire sans vous endetter… Demander en période de crise aux acteurs économiques privés de s’endetter me semble juste un tout petit peu suicidaire mais passons.
Seulement voilà… François Hollande dit au final tout et son contraire. Quand il nous dit qu’il ne peut pas augmenter les dépenses publiques, il ment…vu que c’est effectivement ce qu’il compte faire par le biais de :
  • l’augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement,
  • la mobilisation des fonds structurels,
  • la levée de l’emprunt par l’Europe : ce sont les «eurobonds» ou des «project bonds», en clair de l’endettement.
Quand il dit dans son interview que les allègements fiscaux lui sont interdits… c’est faux. Si un allègement fiscal procure un revenu supérieur à l’État, il peut… Différentes théories économiques et faits économiques plaident d’ailleurs en ce sens : moins d’impôts, pour mieux d’impôts, plus juste et mieux collectés. De plus, quand il annonce qu’il ne fera pas d’allègement fiscal… il contredit son projet présidentiel où il proposait :
"Je favoriserai la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. À cet effet, je modulerai la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés."
Outre le fait que cette forme de préférence nationale ne plaira pas forcément à ses voisins européens, il s’agit ici non d’un projet de croissance « européenne » mais une forme de protectionnisme franco-français. Je note aussi que les allègements fiscaux sont bien au programme (par le biais de taux d’imposition des sociétés différentiés) ainsi que les dépenses publiques par les aides et les subsides. Comprenez que je m’en réjouis… mais que je ne parviens pas à trouver de cohérence dans les propos du président élu.
Jusqu’ici, je ne trouve par ailleurs aucune mesure concrète de relance de la « croissance européenne ». On les retrouve finalement dans son projet présidentiel mais sans grand détail… Sa première mesure au niveau européen étant par ailleurs de protéger les agriculteurs (ce qu’il qualifie pourtant de « défi des années 60″) et le secteur de la pêche… français (of course). Les mesures de relance ?
  • Création d’eurobonds (endettement quelque part garanti par l’Allemagne),
  • de grands projets d’avenir (comprendre une politique de grands travaux comme on en fit dans les années 70-80 avec l’endettement que nous payons toujours 30 ans après ?),
  • la mise en place de barrières commerciales à l’entrée de la zone économique européenne (j’avouerai que contrairement à beaucoup de libéraux, je trouve cette proposition sensée et l’ai défendue (mars 2008) dans le passé pour rétablir une forme de concurrence saine et équilibrée).
D’autres mesures concrètes ? Une vision ? Des propositions ? Aucune. AU-CU-NE. Je suis d’accord que ce sont des mesures européennes qui doivent être collégialement négociées, mais quand on va à une négociation, on y est préparé, on a des propositions à défendre, on laisse filtrer certains ballons d’essais. Les mesures lancées ici par François Hollande ne sont simplement pas crédibles, ni nécessaires, ni suffisantes pour relancer une quelconque croissance. Il ne fait qu’appliquer de vieilles recettes keynesiennes déjà appliquées dans les années 70-80 avec les résultats que l’on connaît.
Les Actes
Il me reste à me pencher sur les actes et décisions déjà posés par François Hollande pour espérer y trouver des pistes de croissance…
Une relance de la croissance par l’engagement de… 60 000 fonctionnaires. La croissance, n’en déplaise au Président Élu, ce ne sont pas les fonctionnaires qui l’apportent mais les travailleurs et investisseurs privés. 60 000 fonctionnaires, autant de dépenses publiques supplémentaires à financer.
Un blocage des prix carburants… Les marchés internationaux ne s’en inquiètent pas, leur prix restera le même, il faudra donc que le gouvernement français finance la différence… dépense publique (ou réduction de recette) donc et pour un effet limité au niveau économique. Le gouvernement appliquerait cette mesure en modulant la TIPP qui deviendrait flottante. Ceci réduit les recettes de l’État, je ne bouderai pas mon plaisir en vous disant que malgré tout, c’est réjouissant même si je pense que c’est ineffectif au niveau économique.
Hausse généralisée de l’imposition. Heureux Français, vous aurez quand même un bouclier fiscal. L’État ne pourra pas vous prélever plus de 85% de vos revenus toutes taxes et impôts confondus. Notez que même la mafia n’a jamais osé vous offrir sa protection pour un tel montant…
Refiscalisation des heures supplémentaires. Nicolas Sarkozy les avait défiscalisées avec le slogan « Travailler plus pour gagner plus ». François Hollande revient sur cette mesure qui coûtera chère aux entreprises et pour les salariées ce n’est pas un bon signal d’après moi. Pour assurer la production, il faudrait donc engager plus… mais sous statut précaire ?
Plafonnement et suppression de niches fiscales, mesure saine s’il en est mais qui devrait avoir un objectif plus large, plus profond de simplification de la fiscalité pour être réellement efficace. La problématique des niches reste toujours la même : on met des niches en place qui ne profitent qu’à certains à cause d’une fiscalité trop lourde. Une simplification de la fiscalité et son allègement général conjugué à la disparition des niches permettrait un gain substantiel pour l’État, une transparence accrue et une probabilité de relance plus grande.
Suivent les mesures « sur les riches »… elles ont un succès certains… auprès des agents immobiliers belges et suisses qui ont vu leur carnet de clients français augmenter significativement ces dernières semaines. Elles ont aussi réjoui les propriétaires immobiliers de ces mêmes pays qui voient les prix de leurs biens augmenter…
Bref… des mesures de croissance ? 
La croissance malheureusement ne se décrète pas par une loi. C’est comme le cancer, si une loi interdit le cancer, et bien le cancer, il s’en fout. Par contre mettre en place les circonstances, les événements, les éléments générateurs de croissance, ça, c’est un vrai défi. Et, peut être me trompé-je, je ne suis pas convaincu que l’augmentation de la fiscalité et de la dépense publique soient les signaux que l’on peut attendre pour relancer la croissance. Les autres mesures du projet (en même temps, lesquelles ? Si on peut m’éclairer, malgré mes recherches, à part deux trois mesurettes, je n’ai rien trouvé)… À mon grand regret, et nous pouvons en débattre, j’estime qu’elles ne sont génératrices d’aucune croissance, pire, elles ne garantissent même pas le maintien du statu-quo.
Mais, si je ne crois pas aux mesures de Hollande, je me réjouis quand même que la croissance soit enfin revenue au cœur du débat public, économique et social. Il nous a cruellement manqué ces temps-ci. Il me reste à espérer qu’on va réellement, pour une fois, envisager la croissance sous l’angle de l’augmentation de la liberté d’entreprendre, d’engager (et de licencier), de réussir, et d’investir dans l’économie sans être vu comme un profiteur, un criminel fiscal ou un exploiteur de travailleurs.

La Grèce va-t-elle sortir de l'euro ?

"Nous ne pouvons forcer personne [à rester au sein de la zone euro]." Vendredi 11 mai, le ministre des Finances allemand a adressé un message très clair à la Grèce, après les élections législatives du 6 mai où les partis anti-austérité ont réalisé de bons scores. Dans un entretien au quotidien Rheinische Post, Wolfgang Schäuble a estimé que la zone euro pouvait supporter une sortie de la Grèce. Athènes va-t-elle abandonner la monnaie unique ? Quelles en seraient les conséquences ? FTVi a posé la question à des économistes.
Une hypothèse qui se rapproche
En votant majoritairement pour des partis qui refusent l'austérité, les Grecs ont remis sur la table la question de leur maintien dans la zone euro. "Comme la population grecque n’accepte pas cette cure d'austérité et que pour la zone euro, cette cure n’est pas négociable, il y a à l’évidence un problème", résume Jacques Sapir. L'économiste et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) juge la sortie de la zone euro "extrêmement probable" et prophétise qu'"elle sera effective cet automne ou cet hiver". Il estime qu'"une sortie de la zone euro accompagnée d’une dévaluation très importante est ce qu’il faut pour que la Grèce retrouve sa compétitivité".

D'autres économistes se montrent moins tranchants. "Tous les moyens vont être employés pour que ce plan [le deuxième plan d'aide, adopté en mars] soit mis en place", veut croire Céline Antonin, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Si les dirigeants hellènes ne parviennent pas à former un gouvernement, "en dernier recours, ils feront revoter les Grecs", ajoute-t-elle. De nouvelles élections seront en effet organisées mi-juin si aucune majorité ne se dégage des tractations politiques en cours à Athènes.
Céline Antonin n'est pas la seule à compter sur un nouveau scrutin. Economiste à la BNP, Thibault Mercier estime qu'"il y a des marges de manœuvre pour un résultat différent". "Les sondages montrent qu’une immense majorité de Grecs (de 70 à 75%) est favorable au maintien du pays dans la zone euro, explique l'économiste. Espérons que les responsables politiques grecs pro-européens puissent faire du deuxième scrutin éventuel un référendum pour le maintien ou non de la Grèce dans la zone euro."
Les conséquences pour la Grèce
En sortant de la zone euro, Athènes pourrait faire défaut et cesser de rembourser ses dettes. Le pays aurait également la possibilité de dévaluer sa monnaie et donc de retrouver de la compétitivité avec des produits moins chers et un coût du travail plus faible. Pour Jacques Sapir, c'est en effet la surévaluation de l'euro, notamment par rapport au dollar, qui a handicapé l'économie grecque ces dernières années.
Autre avantage selon l'économiste de l'EHESS, Athènes reprendrait le contrôle de sa Banque centrale, qui pourrait alors financer sa dette et son déficit. "Cela allégera de manière considérable le poids de la dette grecque", estime Jacques Sapir. Il souligne que la Grèce pourrait se financer à des taux "bien plus avantageux" auprès de sa Banque centrale qu'auprès du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
Céline Antonin n'est pas de cet avis. "En plus du lourd tribut à payer que l'on voit à l'heure actuelle, il y aurait l'inflation, les faillites et la panique bancaire", prévient l'économiste. Elle assure que l'inflation qui accompagnerait l'émission d'une nouvelle monnaie atténuerait les gains de compétitivité.
Les dettes privées et publiques, libellées en euros, s'alourdiraient. "Cela se traduirait au niveau des entreprises par des faillites, ou, pour éviter ces faillites, elles pratiqueraient des baisses de salaire ou augmenteraient les prix, développe-t-elle. Ce ne serait pas forcément plus salutaire pour les ménages." En cas de dévaluation, ces derniers pourraient prendre peur et retirer leurs économies des banques, provoquant une panique et la faillite des établissements bancaires.
Enfin, si la Grèce faisait défaut, elle ne pourrait plus emprunter auprès des marchés. Son déficit de 9% l'obligerait alors à rééquilibrer ses comptes. "Ce serait autre chose qu'un retour progressif à l'équilibre budgétaire [comme prévu par le plan d'aide], avec la suppression d'un certain nombre de fonctionnaires", explique Céline Antonin. "Avec le plan d'aide, on n'est pas sûr que la Grèce soit sauvée, sans, on est sûr qu’elle est dans la tourmente", résume l'économiste de l'OFCE.
Le risque d'une contagion à d'autres membres de la zone euro
Après deux ans de crise, les pays membres de la zone euro et leurs banques ont eu le loisir de se préparer à l'éventualité d'une sortie de la Grèce. "Il y aurait moins de conséquences aujourd'hui" qu'au début de la crise, reconnaît Céline Antonin. "Les banques de la zone euro ont eu le temps de se délester de certains titres et de passer des provisions", poursuit-elle. Les pertes seraient donc faibles.
Le danger est ailleurs. Si la Grèce quitte l'Eurogroupe, "il y aurait un précédent, et ce précédent pourrait influer de manière extrêmement négative sur l'attitude des prêteurs", explique Jacques Sapir. Le Portugal, l'Italie et l'Espagne, en difficulté eux aussi, risquent d'avoir du mal à emprunter sur les marchés et de voir les taux d'emprunt grimper. En effet, les investisseurs pourraient craindre de les voir imiter la Grèce et de n'être jamais remboursés. "C'est un jeu de dominos, on est tous imbriqués", résume Céline Antonin"C'est bien à cause de ce risque de contagion que les pays de la zone euro veulent que la Grèce reste", juge Jacques Sapir.
Jusqu'à nouvel ordre, les textes européens ne prévoient tout simplement pas la sortie d'un pays de la zone euro. Ce vide juridique, ajouté aux efforts financiers déjà consentis par l'Eurogroupe pour sauver la Grèce, font pencher la balance en faveur d'un maintien du pays dans la zone euro. "Rien n'est prévu par les textes, mais ça va se faire quand même", prédit Jacques Sapir. Réponse dans quelques mois.*

  Après l'échec d'Evangelios Venizelos, le président de la république Karolos Papoulias tentera une dernière fois de trouver une coalition. En cas d'échec, il devra convoquer de nouvelles élections et nommer un gouvernement de transition.
La dernière chance pour éviter de nouvelles élections en Grèce réside désormais dans les mains du président de la république Karolos Papoulias. Ce samedi, le président du Parti social-démocrate Pasok Evangelios Venizelos lui remettra en effet son mandat de formateur de gouvernement. Ce dernier a échoué vendredi à former la large coalition qu’il entendait former autour de son parti, des conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND), du parti de la gauche démocratique Dimar et de la coalition de la gauche radicale Syriza.

Refus de Syriza

Cette dernière formation, arrivée deuxième lors du scrutin du 6 mai et donnée en tête en cas de nouvelles élections, a refusé toute entrée dans un gouvernement poursuivant les mesures d’austérité prévues dans le mémorandum signé avec l’Union européenne. « Je veux insister sur le fait que ce n’est ni moi, ni Syriza qui refuse une telle coalition, mais le peuple grec », a affirmé le président de Syriza Alexis Tsipras. Et d ‘ajouter : « le peuple grec a rejeté le mémorandum. Aucun gouvernement n’a le droit de l’appliquer ».

Troisième échec

Ce refus de Syriza a automatiquement entraîné celui de Dimar. Ne voulant pas se retrouver comme force d’appoint à une coalition d’austérité, ce parti issu de Syriza avait en effet affirmé qu’il n’entrerait pas seul dans une coalition avec le Pasok et la ND. Dès lors, Evangelios Venizelos ne pouvait vendredi soir que reconnaître son échec. C’était ainsi l’échec de la troisième tentative de formation d’un gouvernement depuis les élections. Dès lundi, Antonis Samaras, le président de la Nouvelle démocratie avait jeté l’éponge. Mercredi, Alexis Tsipras avait suivi. Comme le prévoit la constitution, le président était alors tenu de nommer le chef du parti arrivé en troisième position, le Pasok pour une nouvelle tentative.

Situation bloquée

Désormais, Karolos Papoulias va tenter de trouver une solution. On voit mal comment il pourrait y parvenir. A droite, le parti néo-nazi de l’Aube Dorée est absolument infréquentable. La scission de la ND, les « Grecs Indépendants » ne sont pas loin de l’être et réclament un rejet du mémorandum. Le parti communiste KKE refuse toute coalition et preuve a été faite cette semaine que Syriza ne veut pas s’allier avec le Pasok et la ND. Seul espoir de Karolos Papoulias, bien mince cependant : faire encore bouger Dimar, le parti le plus modéré de l’extrême-gauche grecque. Du reste, vendredi, Alexis Tsipras a appelé Dimar à ne pas céder aux sirènes d’une coalition pro-mémorandum.

Gouvernement de transition


Si, comme c’est hautement probable désormais, Karolos Papoulias échoue dans ses tractations, il devra, sans doute lundi, convoquer de nouvelles élections. On évoque de plus en plus à Athènes les dates du 10 ou du 17 juin. En attendant, la constitution interdit cependant la poursuite du gouvernement actuel. Lukas Papademos devra donc démissionner et un gouvernement de transition devra être nommé. Le président devra alors choisir pour le diriger une de ses trois personnalités : le président de la cour suprême, du conseil d’Etat ou de la cour des comptes. Voilà qui ne devrait pas rassurer les marchés et les partenaires européens de la Grèce

Grèce : ce qui peut arriver en trois scénarios

Au terme d'une crise politique, un gouvernement hostile aux plans d'austérité ou réservé sur leur application pourrait voir le jour en Grèce. Le pays risque alors de ne pas pouvoir honorer sa dette. Que va-t-il se passer ? Explication.
  Dimanche 6 mai, les élections législatives ont rebattu les cartes en Grèce. Combinées, les voix de Nouvelle Démocratie (conservateur) et du Pasok (socialiste) - favorables au plan d’aide international - ne suffisent pas à faire une majorité. Depuis, les partis sont en tractation pour former une coalition. S’ils échouent, de nouvelles élections devront être organisées. Dans tous les cas, un gouvernement hostile aux plans d’austérité pourrait voir le jour. Que se passera-t-il alors ?
Rappelons que la Grèce est tenu par un mémorandum signé avec la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds monétaire international). C’est contre la promesse d’un nouveau sérieux tour de vis budgétaire que ces trois là ont accepté de renflouer les caisses du pays le plus endetté de l’eurozone. Ce jeudi, 4,2 des 5,2 milliards prévus via la nouvelle tranche de financement ont été versés. Le milliard restant étant conditionné au retour dans le droit chemin de la Grèce. Mais si le nouveau gouvernement – à condition qu’il y en ait un - refuse les conditions de versements de l’aide, que se passera-t-il ? Les créanciers internationaux vont-ils suspendre leur aide ? Plusieurs scénarios sont possibles.

Scénario 1 : La Grèce sort de la zone euro

Si le gouvernement grec refuse les conditions de l’aide internationale, la troïka risque de bloquer la prochaine tranche de versement. Privée de cash, la Grèce n’aura plus d’autre choix que de se mettre à nouveau en défaut. C’est déjà ce qui s’était « partiellement » passé en mars dernier. A l’époque les créanciers privés avaient accepté d’effacer 110 milliards des 350 milliards de la dette publique. Mais cette fois-ci la dette est majoritairement détenue par des institutions publiques. Résultat : si la Grèce n’honore pas sa dette, « elle se met hors jeu et sort presque automatiquement de l’euro », prédit Benjamin Carton, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).
  • Avantages : La Grèce revient à la drachme. Elle peut alors dévaluer sa monnaie et rendre ses exportations – ou son tourisme - plus compétitifs. Sauf que dans le même temps, le coût des importations augmentent. Or, la Grèce importe plus (notamment de l’énergie) qu’elle n’exporte. Résultat : l’inflation augmente et le pouvoir d’achat baisse. « A partir de là, elle peut peut-être remonter la pente, imagine néanmoins Benjamin Carton. Mais ça ne sera pas facile. » Rien à voir en tout cas avec l’Argentine qui a dû sa relance « à la montée du prix des matières premières », inexistantes en Grèce. Et du côté de la zone euro ? « S’il n’y avait pas de problème de contagion, laisser la Grèce sortir serait une solution relativement peu coûteuse, souligne Jacques Le Cacheux, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). C’est comme lorsqu’on a un petit bout de doigt malade et qu’on l’ampute. Après tout, la Grèce ne pèse que 2% du PIB de la zone euro. »
  • Inconvénient : Mais voilà, le risque de contagion existe justement. Au premier rang des victimes : le Portugal, l’Espagne, l’Italie qui inspirent peu confiance. « Si la Grèce fait défaut pourquoi pas d’autres pays ? Le doute risque de se renforcer, les taux d’intérêt de ces pays grimper et la charge de leur dette devenir plus lourde », décrypte Jacques Le Cacheux. Du côté de la Grèce, le scénario n’est guère plus réjouissant. Au lendemain de l’abandon de l’euro, « c’est l’effondrement de l’économie grecque. Le système bancaire est asphyxié, les financements gelés. C’est une situation comparable à ce qui s’est passé pour les économies asiatiques en 98 », anticipe Benjamin Carton. Même si elle cessait demain de rembourser sa dette, la Grèce serait très rapidement à court de liquidités parce que ses dépenses excèdent largement ses recettes comme l’explique l’économiste Alexandre Delaigue.

Scénario 2 : On renégocie l’accord et on met le cap sur la croissance

Renégocier l’accord en adoucissant les mesures d’austérité et les réformes structurelles du marché du travail ? C’est ce que réclame la Grèce aujourd’hui.« On pourrait trouver un compromis, dire qu’on table sur une stabilisation voire une baisse de l’endettement mais pas de manière précipitée et sans sacrifier le programme de soutien de la croissance. C’est l’idée défendue par pas mal de gens notamment par François Hollande ou par des économistes comme Stiglitz ou Krugman », explique Jacques Le Cacheux. Mais comment booster la croissance ? « La Banque européenne d’investissement prêterait à des taux raisonnables ce qui permettrait le lancement de chantiers dans les énergies renouvelables, les économies d’énergie ou les transports verts », imagine Jacques Le Cacheux. « Il y a un petit espace politique pour cela », estime Benjamin Carton. Notamment parce que les plans d’austérité en ces temps de grave récession ne font plus que des émules
  • Avantage : C’est le lancement de la croissance verte, tant attendue.
  • Inconvénient : De nouveaux investissements pour stimuler la croissance, c’est bien beau mais « on est déjà au delà de ça en Grèce, on est dans l’urgence », estime Jacques Le Cacheux.

Scénario 3 : On remet tout à plat 

Et si on accélérait la mue des institutions financières européennes ? On pourrait par exemple créer un fonds européen de recapitalisation des banques qui n’auraient plus à appeler les Etats à l’aide. « Les banques passeraient alors sous la tutelle européenne », résume Benjamin Carton. Deuxième mutation : la création d’euro-obligations. En clair, la mise en commun des dettes des Etats à condition que ces Etats aient honoré leurs créances par le passé.
  • Avantage : Une plus grande intégration européenne. « Quand on traverse une tempête, ça soude les équipes. Mais il faudra avant traverser la tempête », souligne Benjamin Carton.
  • Inconvénient : Une telle mutation n’interviendra sans doute pas assez tôt pour sauver la Grèce. Pis, le temps qu’elle advienne, d’autres pays risquent de rester sur le bord de la route. Et si la crise en Europe accélère le mouvement, il vaudrait mieux que « cette mue aient lieu plus progressivement. Qu’en 2020 par exemple, on ait une architecture solide qui puisse nous protéger si une nouvelle crise survient », estime Benjamin Carton.

L'optimisme d'un libéral crédule face à la gauche tentaculaire 


Je gratte au fond de la cour de cette élection antilibérale quelques racines d'optimisme...Voici 3 points afin de panser provisoirement quelques plaies.
1. Reconnaissons que les amis de François Hollande ne sont pas des représentants de la gauche totalitaire: Manuel Valls, François Peillon, Serge Moscovici... Voilà qui est bon signe. Martine Aubry pourrait utiliser ses redoutables compétences à la promotion d'une gauche dure avec le ministère de l'intérieur pour éviter de faire trop de mal à l'économie. Les horaires des piscines ne pourraient être non pas une allégeance à l'Islam envahissant, mais plutôt une adaptation à la demande.
2. A propos de la nuit de la Bastille, les drapeaux algériens et palestiniens ne seraient pas le CQFD des constatations de Martine Le Pen, mais plutôt comme le disait Gilles Kepel ce matin sur France-Culture, une résurgence de la volonté de changement héritée du printemps arabe montrant que le changement est possible.
3. La normalité affichée de Hollande est un bon signe. On peut penser qu'un président au profil bas aura tendance à moins augmenter les prérogatives de l'Etat, à ne pas empiéter sur les libertés, à officier avec discrétion et à gérer ses dossiers avec sérieux et sans emphase, voire même à contre-emploi..

La machine infernale autodestructrice de l'euro contre la raison optimiste 


10 ans après l'introduction de l'euro, les pays européens souffrent d'intenses difficultés alors que le capitalisme mondial se porte relativement bien. On peut donc faire l'hypothèse d'un dérapage spécifiquement européen voire d'une très mauvaise influence de l'Euro.
Scénario 1 : la raison optimiste
Une première analyse raisonnable (Guy Sorman1) est de considérer que ces vicissitudes sont passagères (Guy Sorman 2) et que dans la difficulté l'Europe se construit au jour le jour. Des progrès immenses ont été accomplis depuis plusieurs mois notamment sous l'égide du couple franco-allemand. On parle même de mutualiser les dettes voire même de faire de l'Europe une sorte de confédération, de renforcer encore l'intégration. Ainsi sortir de l'Europe est une hérésie dangereuse. (Olivier Pastré) D’une certaine manière, la crise, pour nous comme pour le projet européen, est une opportunité forte.(Jean-Hervé Lorenzi)
Scénario 2 : la machine infernale et autodestructrice de l'Euro
Le second scénario, très peu raisonnable à l'inverse, consiste à considérer l'euro comme foncièrement vicié à la base. C'est depuis plusieurs années l'hypothèse de Philip Bagus, économiste libérale de l'école autrichienne. Néanmoins, cette lecture est peu fréquente ou elle est ébauchée à mots couverts par la plupart des défenseurs de la première solution, souvent, malgré eux, semblant apporter en filigrane de l'eau au moulin de ce second scénario. Comment expliquer cette descente aux enfers de la Grèce, du Portugal et dans une moindre mesure la France, alors que ces pays ont adopté l'Euro depuis peu de temps ? Une fois ces dettes mutualisées, qu'est-ce qui empêchera que cela se reproduise une nouvelle fois ? Il semble que personne parmi les politiciens au pouvoir n'ait le courage de dire : "On s'est trompé, reprenons à zéro !" La dérive est ainsi aisée de considérer que les responsables de la crise européennes sont les marchés et le libéralisme excessif de ces dernières années.
Nous avons examiné dans un message précédent le problème posé par des monnaies trop faibles ou trop fortes par rapport à leur valeur réelle. Pour Bagus, il existe en général une banque centrale par pays et lorsque cette nation emprunte et s'endette, la banque crée des obligations. Une dévaluation s'ensuit et ce processus de régulation des monnaies implique rapidement une perte de pouvoir d'achat du pays en question sous forme d'inflation. Dans le cas de l'Euro, où il existe une seule banque centrale pour plusieurs pays aux budgets disparates, cette régulation compensatoire est absente et les pays déficitaires avec un taux d'intérêt bas continuent à créer des déficits sans en avoir dans un premier temps les inconvénients. Les taux d'intérêts sont faibles, car les pays déficitaires bénéficient de la garantie implicite des pays vertueux. Ainsi les politiciens ne résistant pas au désir de se servir de cette manne en profitent pour renforcer la bureaucratie et les prérogatives de l'État. De telle sorte qu'il deviendra de plus en plus difficile de quitter l'Euro sans diminuer cette bureaucratie coûteuse et prégnante. De plus, l'harmonisation fiscale qui, peu à peu prend le pas, ouvre plus grande la voie à de plus fortes taxes et réglementations.
"Les coûts de l'Euro sont élevés. Ils comprennent une inflation résiduelle, une autodestruction du système monétaire, la croissance des prérogatives de l'État, la diminution de la concurrence entre les états. Les conflits entre les nations, malgré cette volonté de centralisation, s'accroissent pendant que les libertés s'amenuisent. Considérant tout cela, le projet de l'euro n'est pas digne d'être sauvée. Le plus tôt il se termine, mieux c'est."

Europe : Hollande face à la crise


Angela Merkel a été – plus encore que les jours précédents (Présent d’hier) – catégorique, face aux idées avancées par François Hollande sur la question européenne. S’exprimant au Bundestag, le chancelier a rejeté toute idée d’une politique de relance en Europe fondée sur la dépense publique. « Une croissance à crédit nous ramènerait au début de la crise. Nous ne le voulons pas, nous ne le ferons pas », a-t-elle déclaré, sous les applaudissements des députés.
« La sortie de crise sera un processus long », a-t-elle poursuivi, en expliquant une nouvelle fois la nécessité de réformes structurelles, pour lutter notamment contre un « endettement catastrophique » et un « manque de compétitivité », ce qui « ne se fera pas du jour au lendemain ».
Tout au plus a-t-elle dû accepter, sous la pression de l’opposition de gauche, un report du calendrier de ratification du pacte budgétaire. Mais elle compte bien ne pas aller au-delà…
Pour François Hollande, qui lui rendra finalement visite dès l’après-midi de son investiture, le 15 mai prochain, la partie s’annonce donc serrée. Pour ne pas dire jouée d’avance…
D’autant que ses proches ne sont pas tous insensibles aux arguments allemands. Ainsi Michel Sapin, chargé du projet présidentiel dans l’équipe Hollande, a donné raison jeudi à Angela Merkel sur les dangers de relancer la croissance en aggravant les déficits et la dette : « Madame Merkel, sur ce point-là, je peux lui donner tout à fait raison parce que, s’il s’agissait de relancer la croissance en relançant les déficits et la dette, alors on irait là aussi dans le mur. »
Michel Sapin n’a pas, pour autant, tourné sa veste. Il estime toujours que, « si on pense s’en sortir par plus d’austérité, on va dans un mur ». Et il milite pour une voie moyenne : « Il faut trouver cette voie, cette voie équilibrée, c’est celle qu’a voulue François Hollande. »
Peut-être ! mais la voie est étroite, ténue ; et nos partenaires européens ne pardonneront aucun écart. François Hollande croit pouvoir s’y engager, mais pourrait bien, malgré quelques soutiens, se trouver rapidement coincé.
Au point que Michel Rocard a dit jeudi redouter un « clash » avec l’Allemagne…
Le président élu commence manifestement à prendre conscience de la difficulté – pour ne pas dire : de la réalité. Il a rencontré mercredi le président de l’Union européenne Herman Van Rompuy ; jeudi, celui de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker.
Ceux-ci étaient désireux de mieux comprendre la position de François Hollande sur l’Europe, et tout spécialement sur le pacte budgétaire. En retour, le président élu cherche clairement des soutiens pour contrer, ou du moins contourner, Angela Merkel.
Mais l’actualité grecque a manifestement occupé, dans ces diverses rencontres, le premier plan. François Hollande concède simplement, pour l’heure, se tenir « informé de manière extrêmement précise ». Il est vrai que Bruxelles considère que, en ce qui concerne la Grèce, l’austérité n’est pas négociable…
Quoi qu’il en soit, et en attendant qu’Athènes annonce de nouvelles dispositions pour endiguer la crise, l’Europe semble prête désormais à envisager un défaut grec. Plusieurs voix se sont élevées cette semaine pour envisager que la Grèce sorte de l’euro, alors que le propos était encore tabou il n’y a guère.
Vendredi, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a répondu au quotidien régional Rheinische Post qui l’interrogeait sur la capacité de la zone euro à supporter une sortie de la Grèce : « L’Europe ne coule pas aussi facilement. »
Peut-être ! Mais cette sortie, si elle devenait effective, serait incontestablement un échec. L’Union européenne a trop multiplié les aides – qui se chiffrent en centaines de milliards… – pour qu’une telle perspective ne signe pas la mort d’une certaine vision de l’Europe : celle de l’idéologie, dont on avoue aujourd’hui qu’elle est dépassée par la crise.

vendredi 11 mai 2012

Une droite à rebâtir

Sur les 20 millions de voix qui, le 22 avril, n’avaient pas choisi la gauche, près d’un cinquième ne se sont pas reportées, le 6 mai, sur Nicolas Sarkozy. Quelle qu’en soit l’issue, les législatives des 10 et 17 juin marqueront la première étape d’une reconstruction qui, cette fois, n’ira pas sans une réforme intellectuelle et morale.
Une défaite ne ressemble jamais à une autre. Le 10 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing, bien que battu, avait recueilli 300 000 voix de plus que son potentiel du premier tour. Son échec n’avait rien d’humiliant et Mitterrand ne devait qu’à lui-même sa victoire, acquise grâce à une mobilisation spectaculaire des abstentionnistes (1,3 million de votants de plus en l’espace de deux semaines).
Trente et un ans plus tard, la droite perd le pouvoir dans un mouvement exactement inverse : François Hollande qui, le 22 avril, ne pouvait compter, en théorie, que sur 44 % des suffrages exprimés (PS + Front de gauche + extrême gauche) l’emporte grâce à la démobilisation symétrique de ses adversaires dont près de 20 % des électeurs l’ont choisi ou se sont réfugiés dans l’abstention. Bien qu’arithmétiquement victorieux, c’est donc moins Hollande qui a gagné que Sarkozy qui a perdu puisque 3,4 millions de bulletins de vote théoriquement opposés aux socialistes ne se sont pas offerts à la droite.
La faute, dira-t-on, aux électeurs de Le Pen et de Bayrou qui avaient trop de comptes à régler avec Sarkozy pour consentir à lui offrir une seconde chance ? Sans doute. La faute à Sarkozy lui-même, à son style, à ses bravades (« Les grèves ? Elles passent désormais inaperçues ! »), à ses promesses balayées par la crise (« je serai le président du plein emploi ») ? Certes encore, si l’on raisonne dans le temps court de l’actualité, qui n’est qu’un instantané de passions. Mais dans le temps long de l’histoire politique – celui d’une génération ou plus – , comment oublier que c’est dans les années 1980, quand Chirac, Giscard et Barre incarnaient la droite parlementaire, que le Front national a prospéré à ses marges jusqu’à accéder, en 2002, au second tour de l’élection présidentielle ?
Comment oublier que c’est sous Chirac, président de la République, et Villepin, son premier ministre, que François Bayrou, héritier direct de l’UDF de Giscard et de Lecanuet, a choisi, en 2006, de ne plus faire partie de la majorité ?
Quoi qu’on pense de la désacralisation du pouvoir voulue par Nicolas Sarkozy et dont le dernier acte s’est joué dans un mouvement de boomerang, lors de son débat du 2 mai avec François Hollande, tout démontre que la crise traversée par la droite n’est pas née du quinquennat qui s’achève. Et qu’elle ne se réglera pas par un simple changement d’hommes.
La preuve ? Aucun ne s’impose de soi… Dès avant le second tour, les couteaux s’aiguisaient en coulisses pour le contrôle de l’UMP : en invitant Jean-François Copé et François Fillon pour un meeting improvisé à Bordeaux aux allures de requiem, Alain Juppé a signifié, le jeudi 3 mai, qu’il n’abdiquerait rien de l’influence qui, croit-il, est encore la sienne sur le mouvement que Jacques Chirac avait cru bon, voici dix ans, de lui offrir pour servir ses ambitions. Même mises entre parenthèses par la tornade des affaires l’ayant rendu inéligible et par l’ascension consécutive de Nicolas Sarkozy, celles-ci n’ont jamais cessé de le tarauder. Tout se passe même comme si la défaite du président sortant ramenait Juppé au premier rang de l’actualité tel que l’éternité ne le change pas : “droit dans ses bottes” et, comme les émigrés de 1815, n’ayant rien appris, ni rien oublié…
L’ennui c’est que le dauphin malheureux de Jacques Chirac aura 67 ans cette année. Et que, depuis son éclipse forcée, en 2004, deux personnalités ont émergé qui, bien qu’opposées entre elles, lui barrent objectivement la route : Jean- François Copé, qui tient solidement l’appareil UMP, et François Fillon, que les électeurs ont régulièrement placé 10 points devant Nicolas Sarkozy tout au long de ses cinq années passés à Matignon. Logique d’appareil contre logique d’opinion : on peut leur faire confiance pour utiliser chacun ses atouts dans la perspective de l’élection de 2017 à laquelle Copé s’est déclaré candidat depuis déjà trois ans… Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le secrétaire général de l’UMP s’est déjà prononcé pour l’organisation de primaires sur le modèle de celles ayant permis à François Hollande de s’imposer. Quant à Fillon, qui compte bien s’investir dans la bataille des législatives avec une énergie inversement proportionnelle à celle qu’il aura mise à diriger la majorité quand il était à Matignon, tout démontre qu’une fois Juppé mis hors jeu – il n’est pas candidat aux législatives de juin à Bordeaux, où François Hollande a dépassé les 57 % – , il ne fera rien pour faciliter la tâche aux ambitions de Copé.
L’épilogue d’une conquête progressive des pouvoirs locaux
Qui ne voit, cependant, qu’au-delà des questions d’hommes, c’est sur la question des idées que la droite, et singulièrement l’UMP, va désormais jouer son avenir ? En créant l’Union pour un mouvement populaire, en 2002, Jacques Chirac n’avait fait que transposer juridiquement ce qui avait été sa politique comme “animal dominant” de la droite depuis 1981 : écarter toute confrontation d’idées avec ses partenaires afin d’obtenir d’eux qu’ils acceptent de se fondre dans une structure unitaire autour du plus petit dénominateur commun. On a cru ainsi qu’il suffisait de réunir les héritiers (très) théoriques du gaullisme et ceux de Valéry Giscard d’Estaing pour additionner les voix et disposer d’une force de frappe à toute épreuve. La dynamique a fait long feu car, à l’intérieur même de l’UMP, c’est la tradition girondine et libérale qui l’a emporté, laissant en déshérence tout ce que le gaullisme comportait de spécifique, en particulier la défense de la souveraineté nationale. D’où la montée continue du Front national qui, par une captation d’héritage classique, a occupé le vide laissé par l’abandon de cette préoccupation essentielle…
L’histoire politique des années 1980 aurait pourtant dû servir de leçon : oublié depuis 1965, Jean-Marie Le Pen a ressurgi pour la première fois dans le paysage quand, en 1983, la droite parlementaire s’est déchirée ouvertement sur l’immigration (« une chance pour la France » selon feu Bernard Stasi) et qu’aux élections européennes de l’année suivante, le RPR a formellement abandonné la doctrine de l’Europe des États pour se rallier à la supranationalité défendue par Simone Veil. En 1995, le retour de la droite à l’Élysée, incarnée par Chirac puis, à partir de 2007, par Sarkozy, n’aura donc rien résolu de la crise d’identité de celle-ci : tandis que le RPR puis l’UMP rivalisaient d’anathèmes avec le Front national, les socialistes commençaient, dès 1998, à prendre méthodiquement le contrôle des pouvoirs locaux. Ce serait chose faite en 2004 avec la conquête, confirmée en 2010, de 20 régions métropolitaines sur 22 et, aux cantonales de 2011, de 61 départements sur 101. D’où, en septembre suivant, la perte du Sénat par la droite, ce qui ne s’était jamais vu depuis la création de la Haute Assemblée par la Constitution de l’an III (1795) !
À l’Élysée, certains expliquaient alors pour se rassurer : « La gauche est championne toutes catégories des élections intermédiaires mais sera incapable de se doter d’un leader aussi légitime que Sarkozy. » Sauf que la légitimité en question procédait d’une alchimie conjoncturelle : la rencontre entre l’énergie communicative d’un homme et l’effacement d’un autre – Chirac – qui avait mis toute la sienne à conquérir le pouvoir pour n’en rien faire, sinon durer… Et que celle de Hollande, forgée dans une opposition symbolique à DSK, plus “bling-bling” encore que le président sortant, se combinait avec la frustration des électeurs de gauche, sevrés du pouvoir d’État depuis près de dix-sept ans – dix-neuf si l’on inclut les deux dernières années de mandat de François Mitterrand, passées à cohabiter avec la droite.
Face à ce mouvement de fond, Nicolas Sarkozy n’a pas été le dernier à comprendre que, pour garder le contact avec sa base de 2007, il fallait changer de langage, briser les tabous, tenir compte du clivage qui, depuis le référendum de Maastricht en 1992 et plus encore celui de 2005 sur le projet de Constitution européenne, s’est peu à peu superposé au traditionnel choc droite-gauche : celui opposant les partisans d’un système décisionnel extérieur à la nation à ceux considérant que le dernier mot doit rester aux élus du peuple.
Sous l’influence de conseillers conscients de cette révolte (Patrick Buisson et Henri Guaino, venus d’horizons politiques différents mais attachés à l’enracinement démocratique), le président sortant n’a pas ménagé sa peine pour réintroduire dans la campagne des thèmes qui “parlaient” à l’électorat de droite et, au-delà, à tous ceux qui, pour reprendre le mot de Jaurès, savent que la nation est le seul trésor de ceux qui ne possèdent rien, hors leur fierté.
Mais ce n’était guère là que la moitié du chemin. Car à tant faire de réintroduire des idées absentes du débat depuis trop longtemps, Nicolas Sarkozy n’aura finalement réussi qu’à souligner la distance entre ses paroles et ses actes. À quoi sert d’évoquer les “frontières” quand on a dit oui aux traités qui les démantelaient ? À quoi rime d’évoquer la croissance et l’emploi en Europe quand on a apposé sa signature au bas d’un traité (celui du 2 mars 2012, signé à l’initiative de l’Allemagne) transférant peu ou prou le contrôle budgétaire des États – apanage originel des Parlements – à des instances non élues, en l’espèce la Commission de Bruxelles et, pour les sanctions, la Cour de justice de Luxembourg ?
Pour désagréable qu’il soit pour de nombreux Français – et spécialement ceux de droite, attachés aux valeurs de responsabilité individuelle – , le résultat du 6 mai rappelle aussi que politique et marketing obéissent à des valeurs différentes. Convaincre des électeurs, ce n’est pas seulement envoyer des signaux à des catégories bien ciblées, la veille d’une échéance cruciale : c’est incarner une politique inscrite dans les faits. C’est-à-dire, s’agissant du contrôle des flux migratoires et des mécanismes de décision internationaux, dans les traités que l’on signe et dans les ratifications qu’on consent.
Comme jamais depuis 1981, la droite se trouve donc confrontée à ce choix crucial : non plus seulement se “refonder”, selon le vocable consacré – et imposé, ce qui ne manque pas de sel, par les contestataires communistes des années 1980 ! – , mais savoir si oui ou non elle accepte d’être la droite. Bref, de défendre la nation contre ce qui la menace : les forces centrifuges communautaristes à l’intérieur ; et, à l’extérieur, la volonté de puissance d’instances non élues.
Voici plus d’un demi-siècle, Jacques Maritain décrivait l’Église catholique de son temps comme un « grand corps frappé d’apostasie ». Plus ou moins fidèle à ses structures, mais en contradiction croissante avec sa raison d’être.
Tant que la droite ne s’assumera comme telle qu’à la veille des élections, il est fort à craindre qu’elle suive le même chemin que les curés de gauche postconciliaires qui ne savaient plus où ils habitaient. Les législatives des 10 et 17 juin prochains seront l’occasion pour ses électeurs de dire où ils veulent aller. Un préalable avant de savoir avec qui ! Eric Branca

François Hollande déclare 1,17 million d'euros de patrimoine

Le Journal Officiel publie la déclaration de patrimoine du nouveau président, comme la loi l'exige. Ni voiture, ni bijoux, ni objets d'arts dans celle-ci, mais quelques biens immobiliers évalués à en tout à 1,17 million d'euros pour celui qui a démarré sa campagne sur le thème du "président normal". 

Une maison à Mougins (Alpes-Maritimes), deux appartements à Cannes et "divers meubles" : ce que déclare posséder François Hollande est estimé en tout à 1,17 million d'euros. Comme la loi l'exige, le Journal Officiel a publié ce vendredi la "déclaration de situation patrimoniale" du nouveau président de la République en même temps que les résultats de la présidentielle.
Une maison, deux appartements
Ses bien immobiliers se répartissent entre une maison à Mougins (Alpes-Maritimes) pour 800.000 euros et deux appartements à Cannes de 230.000 et 140.000 euros. Le président-élu déclare en outre posséder "divers meubles" d'une valeur de 15.000 euros. Il fait également l'état des sommes déposées à la date de la déclaration (15 mars 2012) sur trois comptes courants ainsi que d'un contrat d'assurance-vie d'une valeur de rachat de 3.550 euros et de deux prêts d'un montant inférieur à 30.000 euros.
Pas de voitures ni d'objets d'art
Pas de voiture privée, toutefois pour le nouveau chef de l'Etat, qui, comme la tradition l'exige a choisit sa voiture de fonction. Il s'agira d'une Citroën DS5 hybride. En outre, François Hollande déclare ne détenir aucune valeur mobilière (actions cotées ou non, placements...) ni aucun compte à l'étranger. Il n'a en outre pas de collection d'objets d'art, de bijoux ou pierres précieuses. Pendant toute la campagne, François Hollande qui tient à se présenter comme un président "normal", avait promis en janvier que la transparence serait "totale" concernant son patrimoine et son état de santé.
BIZARRE JUSTE EN DESSOUS DE CE QUI EST IMPOSABLE....????