lundi 1 septembre 2014
Lettre posthume d'Amadeus Mozart à Emmanuel Macron
Monsieur le Ministre,
Le concert d'éloges qui a retenti à l'annonce de votre arrivée dans l'orchestre gouvernemental de votre pays après une mémorable cacophonie n'aurait pas suffi à troubler mon repos éternel si mon nom n'avait pas été associé à cette espèce de Te Deum médiatique. «Mozart de la finance», «Mozart du Gouvernement», etc, voilà des qualificatifs qui ont piqué ma curiosité. J'aime savoir à qui l'on me compare.
J'ai donc mené l'enquête et j'ai été heureux d'apprendre que vous aviez des dispositions pour la musique et en particulier pour le piano, cet instrument auquel j'ai consacré de si belles sonates. A l'époque où je voyageais à travers l'Europe et visitais la Cour de vos rois, il n'était pas rare que je croisasse un ministre philosophe et mélomane. Vous renouez avec une vieille tradition. Voilà qui suffirait à me donner de vous une bonne image.
Puis j'ai écouté de tous mes sens (et il se trouve que j'ai un peu d'oreille) les symphonies composées à votre endroit et j'en ai été un peu perturbé. Vous êtes venu au monde avec des dons. Une précocité unanimement saluée pour les choses de l'esprit mais aussi pour la chose publique - et pour celles de l'argent. Un fort coefficient de sympathie, des amis partout, du style, de l'élégance. Bref, une sorte d'Alcibiade de l'Elysée. A en croire vos mentors Jacques Attali ou Jean-Pierre Jouyet, vous êtes plus qu'un brillant esprit, davantage qu'un génie, plus encore qu'un prince de la jeunesse: à les entendre, vous êtes une sorte de dieu.
A ce tableau éclatant, je n'ai trouvé qu'un seul bémol: qu'il n'y en ait aucun, justement, de bémol, si l'on veut bien mettre de côté les critiques attendues des jaloux et des gauchistes qui haïssent l'argent (surtout celui des autres).
Certes, vous êtes marié à une femme qui pourrait être votre mère - et je vois d'ici mon célèbre compatriote le docteur Freud s'emparer de votre cas avec gourmandise. Mais en dehors de cette particularité peu banale et attachante, l'image publique qui est la vôtre est parfaite, pure, lisse, sans défaut.
Je ne dirais pas qu'elle est trop parfaite pour être honnête. Je n'en sais rien, même si les personnages populaires de mes opéras diraient peut-être: «Il y a un truc qui cloche.» Mais vous êtes trop bon philosophe pour ne pas savoir que l'épreuve du négatif, comme dirait votre voisin d'outre-Rhin le professeur Hegel, est importante et nécessaire à la vie, et combien il peut être fructueux et positif d'avoir des aspérités, des accrocs, des revers, des cicatrices, des bleus. Que serait par exemple l'idole de votre époque et des entrepreneurs,Steve Jobs, s'il n'avait pas été renvoyé de son entreprise, s'il n'avait pas enduré dans sa chair l'épreuve d'une terrible maladie, si sa vie d'homme avait été cristalline et sans ombre, si un peu de forces dionysiaques ne s'étaient pas mêlées à la part de lumière et de raison?
Ne vous méprenez pas: je ne vous souhaite aucun mal. Je veux juste vous dire que les épreuves de la vie sont aussi importantes dans le parcours des grands hommes que leurs succès, leurs triomphes, leurs célébrations. Et ce serait faire injure à votre intelligence et à votre expérience des hommes que de vous rappeler que les déceptions qu'on suscite dans l'arène politique sont à la mesure des espérances qu'on a fait naître. Vous serez d'autant plus critiqué, accusé, insulté qu'on vous aura porté aux nues, et aujourd'hui vous êtes porté aux nues comme rarement un nouveau ministre l'a été dans l'histoire de votre République.
Et comme, en devenant un tel homme public, vous demeurez philosophe et devrez d'ailleurs faire preuve de philosophie dans l'exercice de vos responsabilités, vous me permettrez de citer un autre philosophe français qui eut lui aussi des responsabilités politiques: «Sur le plus élevé trône du monde, nous ne sommes assis que sur notre cul.»
Même s'il est inévitable que vous commettiez des fausses notes et perdiez parfois les pédales, je vous souhaite sincèrement de réussir de bons coups d'archet pour les entreprises et pour l'économie de votre pays.
Sur ce, Cher Manu, je retourne à mon paradis de notes et de flûtes enchantées où tout n'est que beauté, douceur et paix.
Amadeus
Sans bretzel et sans saucisse
Sans bretzel et sans saucisse
L’Allemagne est notre cauchemar. Nos voisins font tout mieux que nous. La croissance, l’emploi, la compétitivité, le commerce extérieur, ils nous dament le pion. Au point d’être arrogants et de donner l’impression de nous dicter notre politique. Certes, quelques vigies, comme Montebourg ou Marine Le Pen, sont en alerte. Pourtant il ne faut pas trop s’inquiéter, la reconquête est en marche, leur suprématie ne durera pas, le ver est dans le fruit. Ainsi les boulangers de Bavière menacent de faire grève en septembre pour la prochaine fête de la bière de Munich. Fin des bretzels et des petits pains ronds où se glissent des saucisses. Or, sans bretzels et sans saucisses, les Allemands n’existent plus. Ils sont à notre merci. Le doute n’est plus possible : la baguette vaincra.
Le pari de la modernité contre les archaïques
Le pari de la modernité contre les archaïques
Manuel Valls peut-il réussir ? Il est bien sûr trop tôt pour le dire. Trop tôt pour savoir si les actes suivront les mots. Trop tôt pour mesurer si le choc de confiance attendu ne mutera pas – une fois de plus – en pschitt de défiance, par excès de synthèse élyséenne. Trop tôt surtout pour évaluer si, La Rochelle maintenant passée, le social-libéralisme décomplexé du Premier ministre se révélera idéologico-compatible avec le socialisme d’Epinay. Gare aux désillusions ! Chacun pressent pourtant que si rien n’est joué, les lignes ont déjà bougé. Sur l’offre politique, la manière de gouverner, la relation au pouvoir.
Le dos au mur, le Premier ministre se voit en héraut des modernes contre les archaïques. Comme Matteo Renzi, il rejette d’un même mouvement un clivage droite-gauche usé, censé opposer offre à demande, ménages à entreprises, Etat à marché ; un dogmatisme nourri du déni de réalité ; le zigzag idéologique, les renoncements honteux et autres compromis boiteux au profit de la clarté et de l’autorité… Le voilà bien dans la ligne de Tony Blair pour qui il n’y avait que deux sortes de politiques : celle qui fonctionne et celle qui échoue. Et le voilà bien loin de la doctrine d’un PS perdu dans ses fumées révolutionnaires, persuadé d’avoir raison parce que politiquement majoritaire…
Dans cette posture de la dernière chance, Manuel Valls prendra des coups. A gauche, sur son positionnement, Cécile Duflot dénonçant déjà son « blairo-thatchérisme ringard ». A droite, pour absence de résultats. Mais le combat le plus ardu sera sans doute de persuader une opinion sceptique et désemparée qu’il n’est pas trop tard pour faire ce pari vallsien.
La crise ? Les crises !
L’arbre de « la » crise cache en fait une forêt de crises – crises au pluriel.
Les politiques parlent toujours de « la » crise – pour nous expliquer comment ils l’ont magnifiquement gérée, ou pourquoi elle les empêche d’obtenir les magnifiques résultats promis. Ce qu’ils ne voient pas c’est que l’arbre de la crise cache la forêt des crises – crises au pluriel. Et le problème, puisqu’ils ne les ont pas réglées au fur et à mesure, c’est que toutes ces crises se sont accumulées et vont toutes nous exploser à la figure en même temps dans les mois qui viennent. C’est ce qui arrive quand on met la poussière sous le tapis !
Sans chercher à être exhaustif, passons-les très rapidement en revue pour voir pourquoi les prochains mois vont être particulièrement difficiles (prenez tout de même une bonne dose de Doliprane avant de poursuivre la lecture !)
- Il y a évidemment la crise économique : la croissance est nulle, les entreprises s’écroulent, n’investissent plus, n’exportent plus, le chômage explose, le matraquage fiscal détruit la demande, la construction de logements s’effondre, c’est la spirale de l’effondrement…
- Il y a la crise budgétaire : les déficits sont devenus incontrôlables et Hollande aura beau demander à l’Europe de repousser la date du redressement des comptes publics, ce sont finalement les Français qui devront payer l’ardoise de son incroyable négligence (exactement le motif pour lequel Christine Lagarde a été mise en examen).
- Il y a la crise financière : les comptes sociaux sont dans le rouge, les retraites ne sont plus financées, les prestations sociales sont compromises par la faillite de l’État, les hôpitaux sont en crise…
- Il y a la crise de la dette : la dette est désormais à 2000 Mds d’euros. De quoi donner le vertige et surtout paniquer les générations qui arrivent et qui sont déjà totalement plombées par les ardoises qu’on dépose silencieusement dans leurs berceaux !
- Il y a la crise fiscale : les entreprises ont été matraquées et les contribuables rançonnés. Les Français sont ruinés, la colère gronde et l’argent ne rentre plus dans les caisses de l’État. Le socialisme quoi !
- Il y a la crise politique : il suffit de voir le discrédit de toute la classe politique et le niveau abyssal de la cote de confiance du Président de la République… Prétendre diriger un pays à ce niveau de défiance est effectivement difficile.
- Il y a la crise ministérielle : vous avez vu tous ces ministres qui partent, qui arrivent, qui changent, qui valsent, qui n’ont pas la moindre compétence et qui ne sont nommés à ces postes de responsabilité uniquement parce qu’ils sont membres du Parti… On ne peut pas gouverner un grand pays comme ça.
- Il y a la crise institutionnelle : de plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent à rendre la Ve République responsable de leurs échecs et nous proposent une « VIe République » qui, évidemment, va tout régler…
- Il y a la crise parlementaire : tout le monde voit bien que le système de représentation démocratique ne fonctionne plus. Quel que soit l’estime qu’on porte à ces partis, le fait que le FN n’ait que 2 élus avec 13,6% des voix pendant que les radicaux de gauche en obtiennent 11 avec seulement 1,6% et Europe Écologie les Verts 18 avec 5,4% des voix ne peut pas être considéré comme « démocratique ». La nature a horreur du vide et si toutes les opinions ne sont pas représentées au Parlement, il ne faudra pas s’étonner si elles s’expriment là où elles seront entendues : dans la rue, et par la violence
- Il y a la crise de la démocratie qui fait que, contrairement à la Suisse, le Peuple souverain français n’est jamais consulté – ni sur les grandes lois dites de société, ni sur les grandes réformes qui sont décidées par quelques hommes de cabinet et votées par des parlementaires serviles et militants. Et quand il y a un référendum (le dernier date de 2005) et que le Peuple dit NON, les parlementaires corrigent le vote populaire et s’arrogent le droit de transformer ce refus explicite en OUI. Stupéfiante façon de faire naître une démocratie vivante !
- Il y a la crise législative : tout le monde sent bien que les lois qui sont votées sont davantage le fruit idéologique d’arrangements entre collègues membres d’un même parti que l’expression de la volonté majoritaire du Peuple souverain. Pire encore – comme on vient de le voir avec la loi ALUR de Cécile Duflot – les lois à peine votées sont aussitôt « détricotées » car jugées mauvaises et nocives pour le pays !
- Il y a la crise européenne : qui ne voit pas que l’Europe institutionnelle est totalement absente et incapable d’apporter des vraies solutions aux problèmes qui préoccupent les peuples européens ? La guerre fait rage aux portes de l’Europe et Bruxelles est toujours aux abonnés absents. Enfin pas tout à fait car, heureusement, ils sont là pour règlementer la puissance des aspirateurs ou des ampoules électriques ! Chic.
- Il y a la crise internationale : CentreAfrique, Ukraine, Syrie, Irak, État Islamique… Partout la diplomatie Française a fait des moulinets franco-français sans jamais jouer collectif avec ses partenaires européens. Lors des dernières élections européennes, rappelez-vous, on nous avait dit : plus jamais ça ! Dans l’affaire ukrainienne, les sanctions contre la Russie nous reviennent dans la figure comme un boomerang : nos productions agricoles ne s’exportent plus et les importations d’énergie vont être compromises. Mais ce n’est pas grave puisque Fabius est de taille à chatouiller l’ours Russe.
- Il y a la crise du vive ensemble : tout le monde voit bien que l’immigration, amplifiée par les crises et les violences au Moyen-orient, pose de plus en plus de problèmes d’accueil et d’insertion des populations réfugiées et qui se pressent à Calais. L’absence de moyens financiers accentuant évidemment le problème… Ceux qui ont suivi les événements de Ferguson aux États-Unis pressentent très bien ce qui risque de se passer lorsqu’une petite étincelle met le feu au poudres. Mais bon, on a Bernard Cazeneuve et donc il n’y aura heureusement pas de violences urbaines en France… Ouf.
- Il y a la crise sanitaire : Ebola…. Comme toujours, on nous affirme que tout est sous contrôle et que donc, comme lors de Tchernobyl, « le nuage Ebola » ne passera pas au-dessus de nos frontières… La France « a les moyens de faire face à Ebola » affirme Marisol Touraine pendant que Médecins sans frontières et l’OMS évoquent désormais une « épidémie hors de contrôle »…
- Il y a la crise de la liberté d’expression : pour la Gauche sectaire, tout ce qui est une simple critique est aussitôt qualifié de « phobie » : homophobie, islamophobie… vous ne pouvez pas critiquer les projets de Najat-Belkacem ou de la Garde des Sceaux sinon vous êtes qualifié de raciste, de machiste ou de fasciste ou nauséabond… Vous ne pouvez pas non plus critiquer Hollande sinon vous êtes réac, ou sarkoziste, ou nostalgique de Napoléon ! Bref la France vit en plein délire de la pensée unique, du conformisme progressiste et de surveillance du respect de la ligne officielle définis par le Politburo et les médias. On hallucine.
- Il y a la crise de la pensée économique. Tous ceux qui nous gouvernent et votent les lois ont un cerveau économique daté au carbone 14 : mix de vieux marxisme sorti de la naphtaline et d’un anti-capitalisme primaire et maladif. Ils veulent ponctionner « les riches », obtenir des « contreparties » des horribles patrons « qui se gavent de dividendes »… Eux, en revanche, multiplient les dépenses payées par la dette et créent des « emplois d’avenir » payés par le contribuable… Ils vénèrent Keynes et haïssent le libéralisme qu’ils qualifient de « sauvage » pour mieux le discréditer alors qu’on est dans un pays où la dépense publique représente plus de 53% du PIB ! Tragique méconnaissance des mécanismes de base de l’économie.
- Bon, allez, j’arrête tellement c’est décourageant. Il faudrait encore parler de la crise de l’éducation, de la crise de la formation professionnelle etc., etc. Comme vous voyez, tout est en crise et moi-même je ne me sens pas très bien…
Face à toutes ces crises, demandez-vous uniquement ce que font Hollande, Valls et leurs différents ministres dépensiers. Pensez-vous qu’ils se rendent compte qu’il y a toutes ces crises ? Qu’ils en ont pris la mesure ? Qu’ils sont à la hauteur de ce qu’il faudrait faire ? Qu’ils vont enfin se décider à les prendre à bras le corps, courageusement, et faire quelque chose pour arrêter les dominos qui tombent les uns après les autres ?
La réponse, vous vous en doutez, c’est Claude Bartolone, le président de l’Assemblée Nationale, qui la donne dans une interview à Libération le 28 aout : « On ne touche pas aux totems du progrès social ». Tout est dit : rien ne marche, tout est bloqué, tout va exploser, mais on ne touche à rien : c’est totem et tabou ! Et d’ailleurs pourquoi se bouger puisqu’il n’y a pas de crise. Quelle crise ? Puisqu’on vous dit que le Gouvernement a tout sous contrôle, vous voulez affoler l’opinion, vous êtes alarmiste !
*
Le tweet qui tue que Manuels Valls pensait naïvement pouvoir supprimer en douce et qui réapparait sur le web en lui explosant à la figure.
Le partage, c’est vraiment trop libéral : interdisons-le !
Internet a permis de nombreux développements, notamment celui des sites d’entraide et de partage ou la mise en relation entre particuliers. Du covoiturage à la récupération, de la location de logements inoccupés au prêt entre particuliers, c’est tout un écosystème qui se développe, offrant des solutions moins chères voire gratuites aux consommateurs. Parfois en concurrence avec des entreprises, ces services créent souvent des opportunités inexistantes.
Adèle, 23 ans, est pionnière de BlaBlaCar, site leader de covoiturage. « À l’origine, je n’avais pas le choix pour faire Saumur-Rennes où la SNCF ne propose pas de train direct. »
Mais ce n’est pas au goût de tout le monde. Les professionnels de l’hôtellerie ne voient pas d’un bon œil la concurrence d’AirBnB, et les taxis refusent la concurrence d’alternatives moins coûteuses ; tous deux ont obtenu de l’État qu’il mette des bâtons dans les roues des nouveaux entrants sur leur marché.
Pour Bouldié Chartier-Beffa :
Dès lors que cette mise en réseaux, qui s’affranchit des intermédiaires, se généralise, « on a affaire à un libéralisme sauvage, non structuré qui s’exprime ». Au détriment de l’économie traditionnelle. [...] Biouldé Chartier-Beffa prône une régulation d’urgence de ce marché par les pouvoirs publics, car « ces starts up [sic] n’ont pas les mêmes charges que leurs homologues traditionnelles ni les même salariés, ni les mêmes taxes. » La « guerre » a bien commencé : il suffit de voir la violente opposition entre Uber et les taxis ou entre Rbnb [sic] et l’hôtellerie. « Et, demain, la multiplication des services à domicile est une vraie menace ».
Des solutions innovantes offrant aux citoyens des possibilités nouvelles et plus avantageuses, c’est bien trop libéral, et ça crée une concurrence à l’économie traditionnelle. Vite, règlementons, taxons, interdisons !
Cette concurrence néolibérale débridée, ce capitalisme sauvage qui s’exprime par le partage et l’échange entre adultes consentants menacent directement l’économie. Pour endiguer l’invasion du libéralisme, il faut aller plus loin, et en finir définitivement avec le gratuit et le pas cher, avec le don, l’échange et le service entre particuliers. Interdire non seulement AirBnB, mais aussi Couchsurfing.
Il faut en finir avec le coup de main donné à un ami pour repeindre son salon, qui part d’une bonne intention mais fait concurrence aux artisans locaux. Interdire aux Français d’héberger un ami en plein déménagement, ou de garder pour lui quelques cartons dans un coin du grenier, pour sauver les hôtels et garde-meubles.Traquer les naïfs qui pensent qu’inviter un collègue à diner est un geste innocent et bienveillant sans se rendre compte qu’ils mettent ainsi en péril tout le secteur de la restauration. Pourchasser ceux qui offrent ou vendent pour un prix modique les vieux meubles dont ils n’ont plus l’usage. Enfermer ceux qui prêtent de l’argent à un voisin dans le besoin, et lui évitent de payer des frais bancaires. Il faut en finir avec tous ces pirates. Que dire de la colocation, qui évite à chacun d’avoir à louer son propre appartement ? Ou de l’auto-stop, ce covoiturage gratuit et sauvage face auquel les professionnels du transport sont désarmés ?
Ce n’est pas seulement l’écosystème de la mise en relation entre particuliers qu’il faut tuer dans l’œuf, mais l’idée même de la solidarité et du partage.
À moins de considérer que ces échanges nouveaux entre particuliers, gratuits ou bon marché, ne regardent que ceux qui y prennent part. Qu’il n’y a aucune raison de protéger des modèles simplement parce qu’ils font face à une concurrence nouvelle, aucune raison de privilégier le payant au gratuit, aucune raison pour que les particuliers ne puissent pas librement échanger, directement ou via des intermédiaires, gratuitement ou non.
Et de considérer que c’est au consommateur de choisir, parmi une offre aussi large que possible, s’il préfère économiser sur l’hébergement ou bénéficier des services d’un hôtel, s’il préfère louer une voiture à un particulier ou bénéficier des services et de la flexibilité d’un loueur, s’il veut des meubles neufs ou s’accommode volontiers d’anciens.
Mais ça, bien sûr, c’est du libéralisme sauvage : no pasaran !
Maxime Tandonnet : Au coeur du volcan avec Nicolas Sarkozy
En charge des dossiers sensibles de l'immigration et de la sécurité à l'Élysée entre 2007 et 2012, Maxime Tandonnet raconte les coulisses du pouvoir dans Au coeur du Volcan qui paraît cette semaine. Pour FigaroVox, il revient sur ses cinq ans avec Nicolas Sarkozy.
Vous avez passé 4 ans à l'Elysée en tant que conseiller du président de la République en matière de sécurité et d'immigration: un poste particulièrement sensible et exposé. Quels souvenirs marquant gardez-vous de cette période? Que ressent-on lorsqu'on est au cœur du volcan?
Maxime Tandonnet: J'ai longuement hésité à publier ce livre. L'idée qu'il puisse contribuer à l'histoire d'un quinquennat et à l'information du public sur la réalité du pouvoir politique a emporté ma décision. Les souvenirs marquants abondent et on les retrouve dans ces carnets. Je me souviens notamment du déplacement en Charente maritime et en Vendée, dans les terres dévastées par la tempête Xynthia ayant fait une cinquantaine de morts et de la rencontre entre un chef d'Etat et ses compatriotes plongés dans le malheur et le chaos. Comment trouver les mots en pareilles circonstances? Etre au coeur du volcan n'est pas spécialement agréable. On connaît des moments de grande fierté, au début. Puis, sous la pression intense des événements, on finit inconsciemment par culpabiliser, prendre sur soi tout ce qui ne va pas dans le pays, des choses sur lesquelles on a peu de prise en réalité, et en souffrir. L'Elysée, même pour l'entourage, n'est pas la maison du bonheur...
Avec le recul, quel bilan tirez-vous de l'action de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité et de maitrise de l'immigration? A-t-il pu réellement mener sa politique à bien?
Son action s'est traduite par de nombreuses réformes très importantes, par exemple le rapprochement police-gendarmerie au ministère de l'Intérieur, la police d'agglomération parisienne, la «loi anti-bandes» en 2009, pénalisant le seul fait d'appartenir à une bande armée. Le sujet est complexe, on ne peut le traiter que par un travail de fond, pierre après pierre et sur le long terme. Tous ceux qui y ont été confrontés le savent. D'où le décalage bien compréhensible avec l'attente
de l'opinion. Sur l'immigration, de nombreuses mesures ont été prises et des résultats obtenus, contrairement à la caricature véhiculée par les oppositions de gauche et de droite radicale. Par exemple, la signature d'une quinzaine d'accords de gestion de l'immigration avec les pays d'origine, destinés à favoriser la circulation des personnes tout en luttant conjointement contre l'immigration illégale et en favorisant le développement dans les pays sources. C'était un pas décisif dans la bonne direction. A l'expérience, je trouve que l'immigration est un sujet qui devrait être sanctuarisé de la polémique politicienne et faire l'objet d'un consensus, d'un accord entre les partis par delà le clivage droite gauche sur des bases simples et évidentes telles que la condition d'un travail et de conditions de logement dignes de ce nom pour venir s'installer en France.
Vous-même en tant que conseiller, avez-vous eu le sentiment d'influer sur la vie des Français?
Je participais au travail d'une équipe, préparais les dossiers, les discours, animais le travail législatif et réglementaire et n'avais donc pas le sentiment d'influer directement sur la vie des Français, sinon à travers le bilan général d'une politique. Une fois j'ai eu le sentiment d'un impact direct et immédiat de mon action. En 2008, sur décision du président, j'ai été l'un des principaux acteurs d'une opération visant à faire venir en France 500 familles de chrétiens d'Irak menacés de mort pour leur donner l'asile en France. Là, j'ai eu le sentiment d'avoir contribué à sauver des vies.
Dans un passage marquant de votre livre vous décrivez la visite nocturne de Nicolas Sarkozy à la Courneuve, «J'ai l'impression de me trouver dans un pays en conflit, de vivre une scène de guerre en Irak». Les forces de l'ordre ne peuvent plus entrer dans certains quartiers. Comment en est-on arrivé là dans un état de droit?
C'est la pensée qui m'est en effet venue sur le moment, même si l'image peut paraître excessive avec le recul. Les quartiers sensibles sont probablement le résultat de plus d'un demi-siècle d'aveuglement ou d'hypocrisie. On a laissé peu à peu se constituer des enclaves sur le territoire français livrées à l'exclusion, un chômage massif, de près de la moitié des jeunes, l'échec scolaire, le sentiment d'abandon, parfois la violence, le non droit et le repli identitaire. La société française voudrait bien en faire abstraction mais il suffit de parler avec les élus des quartiers, les travailleurs sociaux, les policiers ou professeurs des collèges pour réaliser la gravité de la situation. Beaucoup de politiques sont conduites pour tenter de traiter ce sujet. Dans un pays en crise, c'est extrêmement difficile par manque de moyens. Mon livre montre aussi des côtés positifs et les contacts du chef de l'Etat avec des habitants qui attendent que la République leur tende la main.
A la lecture de votre livre, on a le sentiment que l'Etat est finalement impuissant face à ces questions. Malgré le volontarisme de Nicolas Sarkozy et la multiplication des projets de loi, la plupart des initiatives n'aboutissent pas. Quels sont les principaux obstacles auxquels vous vous êtes heurtés? Sont-ils de nature institutionnelle, politique? S'agit-il tout simplement de la chape de plomb du politiquement correct?
En effet, j'ai été impressionné par la puissance des obstacles à l'action publique, pas seulement sur la sécurité d'ailleurs. Le sentiment de l'impuissance publique pèse en permanence sur les épaules d'un acteur du pouvoir politique. Les causes en sont multiples: la situation budgétaire calamiteuse, la prolifération des jurisprudences, constitutionnelles, européennes, qui limitent énormément le champ des décisions possibles, formant un étroit carcan, le climat de conservatisme et d'inertie générale. Un exemple sur lequel je reviens longuement dans le livre. Le président demandait avec insistance la nomination de 50 inspecteurs des services fiscaux, auprès des policiers dans les quartiers touchés par le trafic de stupéfiants afin de traquer les signes extérieurs de richesse. Il lui a fallu plus d'un an pour y parvenir et cette mesure s'est avérée décisive. Pour faire bouger la réalité, il faut une extraordinaire patience et détermination.
Les juridictions ont-elle une part de responsabilité dans cette situation? Laquelle?
Il me semble que nous vivons dans des sociétés où les contre-pouvoirs, en particulier celui des grandes juridictions, les cours suprêmes, l'emportent globalement sur le pouvoir politique. Il faut bien entendu des contreparties et des contrôles face au pouvoir politique mais lorsqu'un certain point d'équilibre est franchi, on tombe dans la paralysie et tous ceux qui ont expérimenté le coeur du volcan le savent. Il y a les choix politiques qui sont censurés par le conseil constitutionnel, comme la taxe carbone en 2010. On peut s'en réjouir au cas par cas sur certains dossiers, mais sur le long terme, c'est l'autonomie et la marge d'action du pouvoir politique qui ne cesse de se restreindre. En outre joue la force de l'autocensure car le travail de préparation de la décision politique consiste à anticiper en permanence sur la réaction des juridictions. Cela pose le problème dramatique de l'avenir de la démocratie, du pouvoir réel du Parlement élu au suffrage universel qui en est le coeur.
Regrettez-vous que Nicolas Sarkozy ait refusé de recourir au référendum pour surmonter ces blocages?
Ce n'est pas évident, car l'outil est très délicat à manier, avec des risques qu'il se retourne contre vous dans les périodes d'impopularité... Il ne peut pas être d'un usage quotidien en tout cas. Le pouvoir politique dispose d'outils pour faire avancer les décisions, le référendum, certes, mais aussi les ordonnances et la possibilité dans certaines circonstances, de modifier la Constitution pour surmonter les obstacles de la jurisprudence. In fine, c'est la volonté politique, qui doit l'emporter, celle des pouvoirs élus au suffrage universel. Sinon, je ne vois pas bien où nous allons...
A travers votre livre vous revenez également sur le discours de Grenoble qui vous avez été injustement attribué. Que s'est-il réellement passé? Avez-vous eu le sentiment de servir de bouc-émissaire dans cette affaire?
Non, le terme de bouc émissaire est bien excessif. Il y a eu ces dernières années en France des phénomènes de lynchage public de personnalités infiniment plus violents que ma propre mésaventure... Cependant, c'est vrai, j'ai été le témoin privilégié de la mesquinerie qui s'attache à la proximité du pouvoir. A la suite de ce discours ayant fait scandale, mon nom a été livré à la presse, par une personne de l'Elysée, et j'ai été désigné comme responsable de la polémique, alors que je n'y étais absolument pour rien en tout cas dans les aspects les plus explosifs du discours comme l'idée de «déchéance de nationalité» pour les meurtriers de policiers et de gendarmes. Mais le plus incroyable, c'est que 8 mois plus tard, l'entourage présidentiel m'a demandé de quitter l'Elysée au prétexte que ma présence, emblématique, était devenue encombrante dans une optique de recentrage de l'image présidentielle... Pareille mésaventure, sans grande importance en soi, reflète un climat délétère dans les allées du pouvoir qui n'est pas propice au service de l'intérêt général. C'est pourquoi je l'ai narrée et regrette nullement de l'avoir vécue: ce qui ne tue pas rend plus fort.
Vous évoquez «un ouragan de néant déchaîné en vain». Au-delà de ce fameux discours, Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas eu trop tendance à alimenter inutilement les passions sur des sujets déjà sensibles?
Oui, c'est bien ce que j'ai ressenti, une énorme polémique qui a duré des mois et n'a débouché sur rien du tout puisque la mesure de déchéance de nationalité, de toute façon inutile, a été abandonnée... C'est l'évolution de la politique en général qui est en cause, bien au-delà du seul quinquennat de Nicolas Sarkozy. L'action sur le réel étant de plus en plus difficile et complexe, la vie politique bascule de plus en plus dans un monde virtuel fait de communication, de polémiques, d'apparitions médiatiques, d'annonces, de déclarations, de coups de menton, de petites phrases, d'images, de contradictions... Les Français ne sont pas dupes, ils se rendent compte de la supercherie et cela se traduit par des taux d'abstention massifs.
Votre livre est également un portrait en creux de l'ancien chef de l'Etat. Quels sont les aspects de sa personnalité qui vous ont le plus maqués? Avait-il selon-vous les qualités d'un homme d'Etat?
Je ne peux pas répondre à la dernière question, ayant été l'un de ses collaborateurs. Seul le recul historique permet de dire qui a montré les qualités d'un homme d'Etat. Je peux seulement témoigner, en toute sincérité, de sa passion pour le bien commun, de son envie presque obsessionnelle de faire avancer les choses et de servir les Français. Il est comme tout le monde avec des qualités et des défauts. Ceux qui l'ont fréquenté connaissent son charisme, ses qualités d'orateur, sa force d'entraînement et de conviction, son dynamisme, son extraordinaire envie d'agir et d'améliorer les choses, sa créativité, sa générosité et compassion face à la grande détresse. Ses mouvements d'humeurs sont fréquents, liés à l'agacement face aux retards et au temps perdu, mais en général sans méchanceté ni rancune.
Son retour vous apparait-il souhaitable pour la France?
Pardon, je vais répondre à côté de la plaque et vous décevoir... Je trouve que la vie politique française est beaucoup trop polarisée sur les personnes. Je trouve ridicule la course à la présidentielle 3 ans à l'avance! Cela fait partie d'un climat de manipulation générale. En tant que citoyen, je me refuse à toute logique de culte de la personnalité ou idolâtrie quelle qu'elle soit. Je suis convaincu que nul n'est indispensable. La sortie de crise dépend d'une prise de conscience générale des réformes nécessaires et de l'impulsion donnée par une avant garde. Quel visage humain doit prendre ce mouvement? je n'en sais rien! L'histoire passe, revient parfois en arrière, mais rarement. Je suis favorable à un renouvellement en profondeur du personnel politique, à l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants. Certes, avec la présidentialisation du régime, il faut bien que l'alternance passe par le choix d'un homme. Je ne me forgerai d'idée en 2017, que sur la base d'un programme et notamment de la volonté de réformer en profondeur les institutions politiques qui ne fonctionnent plus, ne permettent plus de gouverner, de choisir un destin commun. Dans l'hypothèse où les circonstances voudraient que Sarkozy soit de nouveau appelé à présider le pays, il me paraît évident qu'il devrait s'y prendre tout autrement, avec le recul qui sied à un chef de l'Etat, chargé de définir les grandes orientations en s'appuyant sur un Premier ministre à la tête du gouvernement du pays, responsable devant le Parlement, comme le veut la logique républicaine.
Le vrai clivage, la défense de la nation contre la promotion du multiculturalisme
La vérité est là, penaude: le Parti socialiste se montre incapable de gouverner. Sur aucun des défis qui assaillent la France - le totalitarisme islamique à ses portes, la fracture identitaire sur son sol, le désastre économique et social, etc. - la gauche bavarde et rêveuse n'a de réponses cohérentes. Elle hésite à désigner l'adversaire, à choisir son camp, à mesurer les réalités. À vouloir marier les contraires, le hollandisme s'avère un mirage.François Hollande, trempé-guené dimanche à l'île de Sein, mène l'État à son naufrage pour n'avoir jamais jugé utile de construire une doctrine. En se reposant initialement sur ses boucs émissaires (Nicolas Sarkozy, la finance, l'Allemagne, etc.), le chef de l'État a autorisé pour son camp de semblables désinvoltures, dont Arnaud Montebourg est l'aboutissement théâtral. Mais c'est le peuple, effaré par ces incompétences, qui trinque.
La comédie française jouée par cet ambitieux, déjà moqué chez Molière, ridiculise la nation aux yeux du monde. Les grasses impertinences que Montebourg a lâchées, dimanche à Frangy-en Bresse (Saône-et-Loire), ont suffi à déstabiliser l'ensemble du gouvernement.Manuel Valls a bien fait de se séparer, lundi, de ce fantasque ministre de l'Économie qui, dans un pays asphyxié par la dette (2 000 milliards d'euros), soutenait: «La réduction des déficits est une absurdité financière.» Mais ce fut une sottise de l'avoir mis là, sachant ses divergences sur la relance. Il est effarant de constater l'irresponsabilité qui accompagne bien des nominations délicates, décidées sur un coin de table. Avec la même légèreté,Benoît Hamon a choisi de quitter l'Éducation nationale à la veille de la rentrée des classes.
Faut-il leur rappeler cette banalité, à tous ces «claque-dents de tribunes et orateurs de carrefours» (Chateaubriand)? Oui, les temps sont tragiques. Ils n'autorisent pas l'égotisme, l'amateurisme, l'improvisation, la petitesse carriériste. L'épuration des chrétiens d'Orient, l'antisémitisme des cités, l'irrésistible envolée du chômage de masse - ces faits qui ont bousculé l'actualité estivale - obligent les politiques à quitter leurs chaussons et les idées clonées. L'impératif vaut d'abord pour les partis desséchés. Le PS ne produit plus une idée originale depuis des lustres. L'UMP ne vaut guère mieux ; il serait incapable de gouverner au débotté. Quand au FN, ses obsessions antilibérales et anti-atlantistes le rendent incongru en économie et en diplomatie, le choc des civilisations invitant à la solidarité avec le monde libre.
En tordant le bras aux doctrinaires, représentés par ces militants et députés abusés par le Hollande «ennemi de la finance», Valls a enterré le socialisme du XIXe siècle et a accéléré l'explosion du PS. De l'inopérante synthèse entre la carpe et le lapin subsistent la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l'Éducation et la confirmation de ChristianeTaubira à la Justice: deux idéologues n'ayant pas renoncé à dresser les jeunes esprits pour l'une, à relativiser les sanctions pour l'autre. Reste ce constat du tournant libéral que le premier ministre, acclamé mercredi au Medef, impose à son camp avec la nomination à l'Économie d'un ex-banquier de chez Rothschild, Emmanuel Macron. Son social-libéralisme est pareil au libéralisme social de l'UMP. Le virage à droite oblige l'opposition à en faire autant, si elle veut exister. Mais le glissement des plaques tectoniques, qui fissure les bâtisses, pourrait aller plus loin.
Le vrai clivage
En fait, l'épisode Montebourg confirme, à travers la crise des partis qu'il dévoile, la vacuité du clivage droite-gauche. En économie, le couple Valls-Macron pense peu ou prou comme Juppé-Bayrou, duo lui-même guère éloigné du libéralisme de Fillon ou de Sarkozy. Ce que le FN avait diagnostiqué comme «l'UMPS», moquant leurs fausses divergences, devient un fait. Cependant, quand Florian Philippot (FN) présente le nouveau ministre de l'Économie comme un «ultralibéral vorace et féroce», il se rapproche des socialistes momifiés, des mélenchonistes lyriques et de l'ultragauche pavlovienne. Pour leur part, les souverainistes de tous poils parlent d'une même voix lorsqu'ils fustigent le libre marché ou louent le «patriotisme économique». À ceci près que ce dernier credo est également repris parMacron et par les libéraux sensibles au «made in France». Bref, ce méli-mélo appelle à une refondation de la politique.
Faute d'homme providentiel, l'Union nationale est dans l'air du temps. Cette formule, qui associerait les expertises sur quelques points précis, aurait l'avantage théorique d'additionner des compétences et des solidarités, à un moment où la France est vulnérable. Valls n'a pas tort quand il remarque, mardi sur France 2, que «les étiquettes sont surannées» et souhaite que «les formations politiques se rassemblent». Beaucoup de responsables semblent sur la même longueur d'onde, dans un apparent exercice d'humilité que ne semble pas vouloir partager le FN, conforté par les sondages qui le portent. Sa posture présomptueuse arrange l'opposition, qui n'ose aborder le problème de son élargissement à droite. Pourtant, un vrai clivage existe, qui pourrait favoriser une telle Union dépassant également les autres partis: il oppose les défenseurs de l'unité nationale et ses piliers (laïcité, assimilation) aux promoteurs du multiculturalisme et de ses «accommodements», réclamés par l'islam politique. Pour ce dernier, la division est son allié.
Faire bloc contre le califat
Les politiques ne peuvent plus se tromper d'enjeux, ni encore moins d'adversaires. La barbarie sunnite galopante déployée par le califat dans le nord de l'Irak contre les chrétiens, les yazidis et les chiites (décapitations, crucifixions, viols, etc.) oblige à dépasser les indignations et à affronter cette guerre de religion et de civilisation qui menace l'Europe d'un «troisième totalitarisme» (Bruno Retailleau, sénateur de Vendée, de retour d'Erbil). Hier, à Paris, Hollande a appelé à une «large alliance» contre les djihadistes, en oubliant qu'il y a un an il proposait de bombarder le régime du syrien Bachar el-Assad, qui leur résistait pourtant.
L'Europe, les États-Unis, Israël, la Russie partagent le même ennemi, qui prétend parler au nom de l'islam. À ces pays de faire bloc et de bouleverser les rapprochements, y compris sans doute avec l'Iran chiite. Le Vatican, dérogeant à son habituelle prudence, exige lui-même des responsables religieux musulmans «une prise de position claire et courageuse». Reste aussi aux musulmans de France de se désolidariser, clairement, des premiers loups entrés dans Paris cet été. Pourquoi ceux qui manifestent pour les Palestiniens n'en feraient-ils pas autant pour les minorités d'Orient persécutées?
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