mardi 26 août 2014
Démission du gouvernement : la gauche est-elle en train de mourir ?
«Oui, la gauche peut mourir» avait lancé Manuel Valls le samedi 14 juin devant le conseil national du Parti Socialiste. Alors que le Premier ministre a présenté la démission de son gouvernement, Fabien Escalona se demande si ce scénario catastrophe n'est pas en train de se réaliser...
Après les violentes critiques de Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchonet celles des frondeurs, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ont ouvert un nouveau front de contestation à gauche, contraignant Manuel Valls à présenter la démission de son gouvernement. Est-on en train d'assister à l'implosion de la majorité qui avait porté François Hollande au pouvoir en 2012 et plus largement à l'implosion de la gauche?
Fabien ESCALONA: Je réserverais le terme «implosion» plutôt pour le jour éventuel où il n'aurait plus de majorité à l'Assemblée pour soutenir sa politique. Les frondeurs ont beau se battre sur des amendements, ils ne sont manifestement pas prêts à aller jusque-là. Leurs raisons sont tout à fait compréhensibles, mais c'est ce qui fait leur faiblesse devant un exécutif inflexible.
En revanche, il y a bien eu une rétractation de la majorité gouvernementale depuis le départ des ministres écologistes. Et cette majorité était déjà réduite par rapport aux soutiens dont a bénéficié le candidat Hollande, ou par rapport à la «gauche solidaire» queMartine Aubry avait tenté de faire vivre lorsqu'elle était à la tête du PS. Cette rétractation va peut-être se poursuivre avec le remaniement ministériel, suite à la contestation des choix économiques par des membres du gouvernement. Cette contestation portait atteinte à l'autorité de l'exécutif dans la mesure où elle était publicisée. En même temps, cela était dû au fait que le débat n'était pas vraiment organisé ou accepté en privé ni dans le parti lui-même, censé être un espace démocratique.
Comment expliquer cette rétractation et le climat de confusion qui règne à gauche?
Ces tensions dans la majorité et la grande confusion à gauche découlent du moment particulier de notre histoire politique que nous sommes en train de vivre. Le PS est au pouvoir dans le contexte d'une crise profonde, qui n'est pas juste une affaire de conjoncture, mais qui concerne toute une cohérence institutionnelle en train de se déliter dans l'UE et au-delà. A cette occasion, l'exécutif pousse particulièrement loin la reconversion néolibérale du projet socialiste, certes entamée il y a trente ans, mais de façon heurtée ou partielle et surtout dans des conditions plus favorables. Il s'agit d'une tentative violente de modifier le centre de gravité du parti, qui provoque inévitablement des réactions, y compris de députés classiquement sociaux-démocrates comme Pierre-Alain Muet.
Or, cela coïncide avec ce que les électoralistes appellent une «phase de réalignement». Ce genre de phase intervient lorsqu'un ordre électoral assez stable s'est brisé (ce fut le cas en 2007) et lorsqu'un nouvel ordre se cherche, chacun des acteurs du système partisan cherchant à sauver sa peau, au milieu d'évolutions brutales et incertaines. C'est pourquoi, au chaos idéologique, s'ajoute un chaos stratégique.
Durant la présidentielle, une note du think tank Terra Nova recommandait au PS de se tourner vers les jeunes, les diplômés, les femmes et les immigrés, plutôt que vers les classes populaires. François Hollande paie-t-il aujourd'hui cette stratégie?
François Hollande n'a pas défini sa campagne en fonction de ce rapport, et puis au fond nous n'en sommes même plus là. Il est vrai que les pertes électorales en milieux populaires ont été massives depuis son élection. Mais ce qu'il paie, c'est tout simplement (si l'on peut dire…) l'absence de résultats socio-économiques et le jugement négatif des Français sur sa capacité à gouverner et à donner du sens à son action. Hollande paie, en particulier, le fait que deux années au pouvoir ont suffi à démobiliser une large part de son électorat. Songez qu'en 2012, il recueillait les suffrages de 22,3% des inscrits sur les listes électorales, contre 5,7% pour les listes PS aux européennes de 2014: c'est une division par 4! Il faut chercher du côté du NPA pour trouver vraiment pire.
Au-delà des querelles de personnes et des difficultés actuelles de François Hollande, la gauche semble souffrir d'un problème idéologique beaucoup plus profond. Face aux nouveaux défis de la mondialisation, elle semble avoir totalement échoué à établir une doctrine commune. Qu'est-ce qu'être de gauche aujourd'hui? Les «sociaux libéraux», majoritaires au gouvernement ont-ils encore quelque chose en commun avec l'aile gauche du PS et la gauche dite radicale?
Ce qu'on appelle par commodité «la mondialisation» concentre toute une série de phénomènes, qui heurtent en effet un certain cadre (national, productiviste…) auquel une grande partie de la gauche contemporaine a été acculturée (mais la droite aussi!). A partir de là, définir la «nouvelle» façon d' «être de gauche» dépend beaucoup de la façon dont vous définissez cette dernière. Il est sans doute vain de décréter ce qui serait son essence immuable, mais certains ont cherché à identifier des invariants. Ils opposent d'un côté la droite avec son attachement à l'ordre, à la hiérarchie et à l'autorité ; et de l'autre la gauche, avec l'égalité comme «étoile polaire», la «rectification» de l'ordre existant comme tâche permanente, et l'autonomie ou l'autogouvernement comme principe politique.
En ce sens, la gauche serait ce mouvement de revendication démocratique qui vient toujours contester l'ordre établi, y compris d'anciennes gauches, au nom des promesses d'émancipation de la modernité. Je crois qu'il y a un fort attachement culturel à cette définition de la part de l'aile gauche du PS et de la gauche radicale (la façon dont ils l'incarnent étant une autre question). Or, la ligne de ceux que vous appelez les sociaux-libéraux, et dont beaucoup relèvent en fait de ce que j'appelle le «social-conservatisme», heurte de plein fouet ce fonds culturel commun. Manuel Valls, en particulier, est convaincu que la «mondialisation» exige de redéfinir le contenu de la gauche ainsi que son périmètre d'alliances.
Les différents mouvements de contestation qui naissent pourraient-il en revanche se rassembler? Quels sont les points communs et les différences entre Arnaud Montebourg, Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon?
A côté du «choc culturel» que constituent les deux premières années du quinquennat Hollande pour toute une partie de la gauche, les logiques institutionnelles et partisanes continuent d'exister et brouillent considérablement les choses. Les frondeurs sont terrorisés à l'idée de provoquer une crise de régime (quitte à ce qu'elle advienne sans eux), Montebourg avait jusqu'à présent choisi de rester dans un gouvernement dont il réprouvait les choix budgétaires, Duflot a choisi d'en partir en partie pour cette raison, mais se considère toujours dans la majorité, au contraire de Mélenchon qui se vit dans l'opposition! Cela traduit aussi des divergences idéologiques. Montebourg a largement épousé un paradigme productiviste rejeté par les deux autres, tandis que seule une minorité d'EE-LV est prête à considérer comme le PG que l'écologie politique est nécessairement un anticapitalisme.
La grande alliance «rouge-verte» voulue par Jean-Luc Mélenchon vous paraît-elle crédible?
Pour les raisons que je viens d'indiquer, elle n'est pour l'instant guère probable à l'échelle nationale. Mais de la part de Jean-Luc Mélenchon, cela répond à une double logique, au-delà du fait de sortir de son tête-à-tête avec le PC. Premièrement, il a bien compris que c'est autour d'une telle synthèse que peut continuer de se développer une gauche radicale européenne différente de la famille communiste effondrée. Deuxièmement, il a aussi pris conscience que les assises sociologiques traditionnelles de la gauche de classe ne permettront jamais de contester l'hégémonie du PS. Le PG est très intéressé par des mouvements novateurs comme Podemos en Espagne, et affirme désormais clairement que c'est «le peuple» et non pas «la gauche» qui sera craint par les puissants. Ce nouveau cap stratégique est risqué, mais a-t-il vraiment le choix?
Une recomposition politique qui irait même jusqu'à la droite antilibérale est-elle imaginable en cas de fortes turbulences sociale et politiques?
Non, à part des trajectoires d'éléments marginaux, j'ai du mal à l'imaginer. Sur le plan stratégique, ça ne serait pas viable: les valeurs, les enjeux jugés importants, les comportements de vote diffèrent largement entre les électorats concernés. Sur le plan idéologique, ce n'est pas convaincant non plus. La résistance à l'UE «telle qu'elle est», par exemple, ne fait pas une matrice commune, comme le montrent les modes d'opposition radicalement distincts et même antagonistes du FN et du Front de gauche.
lundi 25 août 2014
Rentrée de tous les dangers : François Hollande doit-il craindre l'explosion sociale et politique ?
Chômage, baisse du pouvoir d'achat, plans sociaux, gel des salaires de la fonction publique... Pour Eric Verhaeghe, tous les éléments sont réunis pour une rentrée explosive.
Comme avant chaque rentrée depuis plusieurs années (le phénomène a commencé sousNicolas Sarkozy, et s'amplifie constamment depuis), les couloirs des palais républicains retentissent des mêmes murmures: y aura-t-il une explosion sociale ou politique dans les semaines à venir? On ne dit probablement pas assez aux Français que cette grande peur du pouvoir face à un tsunami spontané qui submergerait les institutions guide une partie essentielle des politiques publiques: le pouvoir, coupé de la réalité, a peur des réactions populaires et, pour cette raison, renonce trop souvent à changer ce qui doit l'être, par crainte des mobilisations qu'une réforme trop ambitieuse peut nourrir.
Probablement plus que les autres années, 2014 s'inscrit dans la tradition maintenant bien ancrée de cette grande peur institutionnelle: et si les Français exprimaient leur ras-le-bol en donnant, comme ils l'ont fait à plusieurs reprises par le passé, un grand coup de pied dans la fourmilière du régime? Les scénarios par lesquels ces coups de pied-là arrivent sont bien connus. Un peu de tension sourde dans la société, quelques débrayages en guise de premières secousses, puis un blocage des universités qui s'étend plus ou moins rapidement à l'ensemble de la société, comme ce fut le cas en 1968.
De façon assez curieuse, alors que le moindre risque naturel est aujourd'hui documenté et détaillé, les risques sociaux sont mal connus et assez peu étudiés sous l'angle de la prévision. Le gouvernement ne dispose d'aucun indicateur «sismique» qui lui permette d'anticiper efficacement les convulsions sociales, et en dehors des notes rendues par les anciens renseignements généraux dont plus personne ne connaît le nouvel acronyme, il est incapable d'ausculter l'état d'esprit qui domine dans le pays réel.
Cette lacune est regrettable, car il est vrai que plusieurs indices concordent pour étayer la représentation d'une France au bord de l'explosion collective.
Les deux éléments les plus génériques sont bien connus. Premièrement, la France s'enfonce dans une stagnation économique qui érode le pouvoir d'achat, produit du chômage et, pire, une angoisse du chômage totalement castratrice pour la prospérité collective: qui oserait emprunter sur vingt ans pour s'acheter une maison aujourd'hui, quand les entreprises licencient à tour de bras? Deuxièmement, l'amateurisme ridicule avec lequelFrançois Hollande (très mal conseillé par les économistes arrogants et incompétents qui entouraient Moscovici) a certifié lors de plusieurs interventions publiques que la reprise était en cours constitue un important facteur de perturbation. François Hollande et son équipe sont manifestement dépassés par la situation, et peu de Français peuvent accorder, dans une période aussi difficile, du crédit à un président qui s'est, sans que personne ne l'y pousse, paré d'un costume beaucoup trop petit pour la pièce qu'il était supposé jouer.
Au-delà de ces évidences, le pays réel émet d'autres signaux qui ont de quoi inquiéter. En particulier, la vigueur dont le mouvement des intermittents du spectacle fait encore preuve prouve que la conflictualité sociale est, en France, à fleur de peau. Il nous manque ici un suivi exhaustif des grèves et autres débrayages dans le pays pour mesurer l'état réel de cette conflictualité. Sur ce point, il faut se garder d'une vision à l'emporte-pièce, car le nombre global de jours de grève reste très bas, alors que les plans sociaux sont légions, et que les indemnités de licenciement sont globalement en baisse par rapport à ce qu'elles pouvaient être il y a trente ans. Néanmoins, on peut dater de l'automne 2013 l'émergence d'une conflictualité durable, d'une intensité faible sans doute malgré quelques pics comme le mouvement des bonnets rouges ou les grèves à la SNCF, mais qui paraît s'être installée dans le paysage. Ce facteur nouveau est à ranger au compte des signaux faibles qui justifient une crainte particulière pour la rentrée.
Dans cet écosystème social difficile à cerner de façon monolithique, il faut probablement pointer des signaux encore plus faibles émis dans les rangs des services publics. Le gouvernement s'est en effet résolu à diminuer les dépenses des administrations, mais il n'a, pour le faire, aucune stratégie d'ensemble. En particulier, la direction générale de la fonction publique s'est définitivement perdue dans une vacuité hallucinante que l'abandon de la RGPP, pourtant critiquable en son temps, souligne de façon cruelle. La majorité avait beaucoup dénoncé les logiques comptables en vigueur sous Nicolas Sarkozy, mais elle en donne à son tour un exemple encore plus caricatural.
Ce point-là doit être suivi de près. Les salaires sont officiellement gelés depuis plusieurs années dans le service public, ce qui correspond au degré zéro de la gestion des ressources humaines. Ce gel est le prix à payer pour un maintien du nombre global d'emplois choisi par la majorité au pouvoir. Il est porteur de risques: les fonctionnaires ne progressent plus, et les moyens dont ils disposent pour remplir leur mission sont en constante diminution. Quelle entité productive peut ne pas exploser lorsque, à volume de travail constant, il n'existe aucune stratégie de réorganisation, aucune perspective d'évolution, et que les moyens diminuent jour après jour ?
Ce sont les armées qui sont les principales victimes de cette politique sans imagination, et, par nature, les armées obéissent sans état d'âme (moyennant quoi le gouvernement râpe petit à petit les attributs de notre puissance par peur de réformer le pays sans qu'un véritable contre-pouvoir ne s'oppose à ce suicide discret). Mais d'autres corps ne sont pas épargnés par ce mouvement. Des rumeurs parcourent les universités sur l'hostilité des enseignants aux réformes techniques opérées par leur ministre (en l'espèce des regroupements mal expliqués d'universités). Certains évoquent l'idée que ces enseignants pourraient stimuler un mouvement étudiant pour parvenir à leurs fins.
Tout cela n'est évidemment que conjecture. Mais le gouvernement se trouve incontestablement dans une impasse: la baisse du rendement de l'impôt l'oblige à trouver 10 milliards supplémentaires sur le budget 2014, ce qui est colossal dans une période de quasi-récession. Tôt ou tard, François Hollande devra faire son voyage à Canossa et lister clairement les interventions de l'Etat auquel il renonce. Jusqu'ici, il a cherché à amuser la galerie en assurant que la santé serait gratuite pour tous, que les retraites seraient préservées, que la pénibilité serait prise en compte, que l'Etat ne supprimerait pas d'emplois, qu'on recruterait plus d'enseignants, et que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tout ce temps passé à bercer (maladroitement) les Français d'illusions est un temps qu'il payera cher, car le grand mouvement de girouette que les agences de notation vont le contraindre à réaliser sera d'autant plus difficile à gérer.
Et le risque d'explosion est bien dans cette déception finale à laquelle il prépare ses électeurs.
L'Inflexible
L'Inflexible
A chaque rentrée, son Hollande. Cette année, le voici, selon quelques thuriféraires (il en reste), inflexible. Pas question de changer de politique. On allait voir ce qu’on allait voir : le qualificatif lui irait comme un gant, d’autant qu’il rappelle le nom des sous-marins nucléaires tels « le Redoutable » ou « l’Indomptable ». Cela en serait fini de ces pseudos analyses selon lesquelles notre chef serait mou, flou, hésitant, soucieux de ne peiner personne et de contenter chacun. Inflexible il était, inflexible il serait, rien ne le ferait dévier de son chemin. D’ailleurs, il donnera lui-même une preuve de cette détermination sans faille. Il tint à préciser à quelques journalistes qu’il n’était « ni maniaque, ni obstiné ». Ouf, on était rassuré, tout était en ordre.
Décès de Philippine de Rothschild, « grande dame » des vins de Bordeaux
Propriétaire avec ses enfants de trois grands crus classés à Pauillac dont le prestigieux Château Mouton Rothschild, la baronne est décédée vendredi soir à l’âge de 80 ans.
Philippine de Rothschild, figure emblématique des vins de Bordeaux, propriétaire avec ses enfants de trois grands crus classés à Pauillac dont le prestigieux Château Mouton Rothschild, est décédée vendredi soir à l’âge de 80 ans, a annoncé le château samedi.
La baronne de Rothschild était présidente du Conseil de surveillance et actionnaire majoritaire de la Société familiale Baron Philippe de Rothschild, qui produit et commercialise notamment Mouton Cadet, une des références mondiales du Bordelais.
Elle était, avec ses trois enfants, également propriétaire du Château d’Armailhac et de Château Clerc Milon.
Dans un communiqué samedi, la société familiale, confirmant une information initiale du site LePoint.fr, a annoncé que Philippine de Rothschild était décédée à Paris le 22 août des suites d’une grave opération.
Après une carrière de comédienne, de théâtre surtout, dans les années 50 à 80 sous le nom de scène de Philippine Pascal à la Comédie-Française puis aux côtés de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, Philippine de Rothschild avait abandonné les planches et pris au domaine la succession de son père, le baron Philippe de Rotschild à la mort de celui-ci en 1988.
A la tête de la société, la baronne de Rothschild avait contribué a moderniser l’outil et innover en matière commerciale et d’implantation, notamment en créant un second vin, et développant des vins à travers des partenariats en Californie (Opus One) ou au Chili (Almaviva), rappelle sa biographie sur le site de Mouton Rothschild. Elle représentait souvent ses vins en personne à travers le monde.
Elle était aussi, depuis les années 1980, responsable du choix des artistes désignés pour illustrer les étiquettes de château Mouton Rothschild, dans la lignée d’une tradition artistique remontant à 1945 (au fil des ans, Braque, Dali, Picasso, Chagall, Bacon ou Koos entre autres), et alimentant une exposition itinérante « Mouton Rothschild: l’art et l’étiquette ».
« C’était une grande dame du vin, remarquable par son énergie, sa volonté, son charisme », a réagi pour l’AFP Olivier Bernard, président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, qui a notamment souligné « l’implication personnelle » de la baronne de Rothschild dans la gestion de ses vins, à l’heure d’assumer la succession « pas facile » de son père.
« Elle représentait ses vins »
« Elle avait un côté humain qui marquait beaucoup, une éducation, des valeurs. Elle représentait ses vins en personne; cela ne fait aucun doute: elle était +La Femme de Mouton Rothschild+ », a-t-il ajouté.
Plusieurs sources au sein de la profession ont salué samedi le surcroît de rayonnement que Philippine de Rothschild, de par son activité et sa personnalité, avait fait rejaillir sur les vins de Bordeaux, et l’appellation pauillac en particulier.
Fille unique, Philippine de Rothschild avait perdu sa mère, Elisabeth Pelletier de Chambure, déportée au camp de Ravensbrück et décédée en 1945. Son père avait rejoint le général de Gaulle en Angleterre. Elle avait épousé le comédien Jacques Sereys, dont elle a eu deux enfants, puis l’universitaire et écrivain Jean-Pierre de Beaumarchais, dont elle a eu un enfant. Philippine de Rothschild était officier de la Légion d’honneur et officier des Arts et des Lettres.
« Mort de Philippine de Rothschild. Grande tristesse. J’aimais cette femme à l’énergie admirable », a écrit le maire de Bordeaux et ancien Premier ministre Alain Juppé, dans un tweet publié en début d’après-midi.
Dans un communiqué, Alain Juppé a rendu hommage à une « grande femme (...) qui a beaucoup oeuvré pour le rayonnement culturel de notre pays ». Il salue notamment son « action remarquable dans le développement de la filière du vin de Bordeaux et son soutien [au] projet de Cité des Civilisations du vin », un grand complexe de 14.000 m2 consacré à la culture du vin, qui doit voir le jour à Bordeaux en 2016.
Le bateau ivre
Le bateau ivre
« Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots » écrivait Arthur Rimbaud. L’image du bateau ivre s’impose en cette rentrée où l’on voit la politique du gouvernement vilipendée sur la place publique par certains de ses principaux ministres. La houle est forte, certes, et les vents contraires. Mais on croyait que le capitaine François Hollande avait fixé le cap, dans sa grande interview auMonde la semaine dernière. Quelques jours ont suffi pour comprendre que la barre n’était pas tenue.
Les frondeurs du PS, loin de revenir dans le sillage de l’Elysée et de Matignon, ont reçu ce week-end des renforts de poids venus des rangs mêmes du gouvernement. Après Arnaud Montebourg, c’est Benoît Hamon qui a réclamé un changement de cap économique, à gauche toute.
Les règles de la Ve République qui posent le président de la République en arbitre du jeu politique et le Premier ministre en chef de la majorité imposent au couple exécutif de réagir, faute de quoi la paralysie le guetterait. « Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique qui est conduite » proclamait lui-même François Hollande en avril 2013. Le chef de l’Etat est, aujourd’hui comme alors, confronté à la contradiction fondamentale de son quinquennat : comment mener une politique de réformes avec une majorité qui n’en veut pas ?
Parce qu’il a cru pouvoir concilier les contraires, qu’il s’est bercé d’illusions sur la profondeur de la crise et qu’il n’a pas voulu jouer cartes sur table, le président de la République est confronté aujourd’hui à un problème autrement plus sérieux : celui de restaurer sa crédibilité et son autorité, en France comme auprès de nos partenaires européens. Faute de quoi l’esquif gouvernemental continuera à être ballotté par les flots, jusqu’à s’écraser sur les récifs.
dimanche 24 août 2014
Sylvain Tesson
Sylvain Tesson
Cependant, l’hiver dernier, au coin du feu, perché dans un minuscule chalet au milieu des sapins et des pentes enneigées, je suis tombé sur un délicieux petit ouvrage: "Dans les forêts de Sibérie", de Sylvain Tesson (Gallimard). Il raconte l’histoire authentique d’un jeune quadragénaire, aux prises avec la nature sauvage et la solitude, avec simplicité, humour, gentillesse et talent véritable. Le bon livre n’est rien d’autre que celui qu’on a plaisir à lire, et celui-ci, comme l’ensemble de son œuvre découverte ensuite, m’a procuré un moment de profond bonheur. J’apprends ce matin que Sylvain Tesson a eu un grave accident, victime d’un traumatisme crânien et plongé dans le coma. Tout en le remerciant pour le plaisir que donnent ses livres, nous ne pouvons que lui souhaiter de tout cœur de s’en sortir…
3 raisons qui expliquent la croissance nulle
La panne de croissance annoncée par l’INSEE pour le deuxième trimestre était parfaitement prévisible.
La croissance nulle annoncée par l’INSEE ne devrait surprendre personne. Les gouvernements successifs ont tous apporté leur contribution pour freiner les moteurs de croissance. Hollande ne sera ni le premier, ni le dernier, on peut tout au plus l’accuser d’avoir accéléré le rythme du combat contre la machine économique.
Le problème dans cette affaire, c’est que c’était parfaitement prévisible. Reconnaissons-le : qui, parmi nous, a été surpris par l’annonce de la croissance nulle au second trimestre ? Pas grand-monde à vrai dire. Ce qui est marquant, c’est que les causes de cette croissance nulle ne sont rien d’autre que le résultat des grandes réformes tant réclamées par la gauche. En voici quelques-unes.
1. Hollande a voulu combattre la finance, la finance est partie
Le pêché originel de ce quinquennat aura certainement été la hausse brutale de l’imposition du capital. Le gouvernement français a envoyé un signal massif au monde des affaires : « Pas de ça chez nous ! » Message reçu, les investissements sont allés voir ailleurs et Hollande est obligé d’aller pleurer dans les jupes de Super Medef pour avoir son million d’emplois.
Pas d’investissements, pas de croissance durable. C’est aussi simple que cela. Mais comment le financer ? Les marges sont au plus bas, les banques ne veulent accorder des crédits qu’aux entreprises qui n’en ont pas besoin et le capital s’est tari.
Oui, le gouvernement a mis en place des aménagements pour ne pas trop pénaliser l’investissement productif. Sauf qu’en économie, tout est question de psychologie, et les investisseurs n’ont vu qu’une chose : un président socialiste gesticuler contre le capitalisme, annoncer une taxe confiscatoire mais avec la promesse de ne pas taper trop fort. On n’attire pas les investisseurs avec du vinaigre.
Ensuite, les mêmes viendront pleurnicher parce que l’économie française se smicardise. Mais ce que les socialistes oublient, c’est que non seulement l’investissement crée des emplois, mais ce sont des emplois à forte valeur ajoutée. Si le gouvernement voulait créer une nation d’intérimaires précaires, il ne pouvait pas mieux s’y prendre.
2. Les nouveaux entrants sont barricadés hors du marché du travail
Il ne faudrait pas que les immigrés volent les emplois des bons travailleurs français, n’est-ce pas ? Bien qu’aucun politique de gauche ne s’exprimera jamais en ces termes, il garde au fond de lui-même cette vieille idée que l’emploi est un gâteau qui se partage et que les jeunes et les immigrés ne pourront s’insérer dans le marché du travail qu’en mettant quelqu’un d’autre au chômage.
N’attendez pas de Hollande une quelconque réforme du marché du travail pour faire baisser le chômage des immigrés et des jeunes. Ce devait être une chance pour notre économie, mais au lieu de soutenir l’activité et de financer nos retraites, les jeunes et les immigrés sont devenus malgré eux un fardeau supplémentaire pour la collectivité.
Tout le monde est perdant dans cette affaire, à commencer par les premiers concernés eux-mêmes. Mais les réformes qu’il faudrait mettre en œuvre pour débloquer la situation signeraient l’arrêt de mort politique pour Hollande : baisser le SMIC, déréglementer bon nombre de professions… Il n’y a – juste – pas de solution miracle pour contenter tout le monde.
3. Réduire le déficit public est récessif (mais il faut le faire)
François Hollande aurait pu avoir une approche radicalement différente à son arrivée : il aurait pu faire le constat de l’état catastrophique dans lequel Nicolas Sarkozy a laissé le pays et annoncer des réformes difficiles mais nécessaires pour rebâtir une croissance durable. Au lieu de ça, il a prétendu pouvoir réduire les déficits tout en annonçant une croissance qui apparaitrait magiquement de l’extérieur, sauf que cela ne s’est pas produit.
Réduire le déficit est récessif à court terme, c’est un fait. Mais le déficit n’est pas un modèle de croissance, contrairement à ce que les néo-keynésiens comme Paul Krugman voudraient nous faire croire. Il peut être utile de faire du déficit pour soutenir temporairement l’activité, mais nous l’avons déjà fait : la dette publique est passée de 64% à 97% du PIB entre 2007 et aujourd’hui. Nous avons eu notre relance keynésienne. Nous avons soutenu la consommation, et de façon massive. Mais au lieu d’utiliser ce déficit pour accompagner des réformes de fond de notre économie, Sarkozy comme Hollande se sont contentés d’acheter la paix sociale jusqu’à l’élection suivante.
Scrupules et crevardise
J’ai des scrupules, ce qui prouve que je ne suis pas un sociopathe. Il m’arrive quand même d’être un crevard pas bien fier…
Une demi-heure après, Dieu dans sa grande sagesse me soumit à une épreuve qui m’aurait permis de m’en sortir la tête haute. En achetant mes cigarettes, plutôt que de me rendre 0,20€, la vendeuse étourdie me rendit 5,20€, en me gratifiant en sus d’un « au revoir et bonne journée monsieur ». Le chevalier blanc étant absent, le petit escroc minable persista et je me réjouis de l’aubaine consistant à gratter 5€ ! Et j’eus même la réflexion consistant à me dire que décidément c’était une bonne journée puisqu’en une heure, je m’étais fait 12,40€ de gratte sur mes achats ! Je hâtai même le pas afin que si d’aventure la caissière prenne conscience de son erreur, elle ne puisse sortir du tabac afin de me héler et de me faire rembourser le trop-perçu.
On peut facilement confondre les scrupules habitant une âme pieuse et l’anxiété banale ressentie par bon nombre de personnes. Ainsi, tandis que j’allais dans une jardinerie à la recherche d’une piémontoire, voici ce qui m’est arrivé.
À la recherche d’un piémontoir
Avant tout cher lecteur, il faut vous préciser ce qu’est un piémontoir. C’est comme une pioche sauf que le bout pointu est en forme de hache pour trancher les racines. On l’appelle aussi pioche-hache mais c’est nettement plus savant de lui donner son vrai nom de piémontoir. Disons que cela vous classe tout de suite dans la catégorie de ceux qui s’y connaissent et non parmi les jardiniers amateurs.
Dans cette jardinerie très connue, si vous demandez une pioche-hache, on vous regardera à peine en vous désignant des outils médiocres à manche de bois. Tandis que si vous exigez un piémontoir, le vendeur devenu servile à souhait vous montrera l’outil de chez Leborgne à manche de résine destiné aux professionnels.
Sauf que vendredi, ils n’avaient pas de piémontoirs ni même de pioches basiques. En revanche, ils disposaient d’un stock de sept pelles à neige, l’outil toujours demandé fin juillet à Paris. Fort marri, je me suis donc baladé dans le rayon des plantes vivaces pour voir s’il leur restait des hostas vu que j’adore les hostas même si mon épouse me dit qu’elle aimerait voir un peu de couleur dans le jardin. Car même si les cultivateurs d’hostas se comptent par milliers, avec des tailles, des feuilles et des couleurs différents, on reste tout de même dans les tons de vert et blanc.
Dédaignant les plantes aguicheuses aux couleurs chatoyantes, je me dirigeais tout de même vers un plateau où je distinguais encore quelques hostas invendues. C’est ainsi que je chargeais mon joli petit charriot de variétés diverses et variées. Toutes valaient 7,5€ sauf un pot de plus grande contenance étiqueté à 14,90€.
Mais arrivé au moment de payer, l’hôtesse de caisse, sans doute une jeune étudiante prise pour le mois de juillet, scanna le pot que je posai sur le tapis roulant, se contentant de me demander combien j’en avais en tout. Et c’est fort benoitement et totalement pénétré du péché que j’allais commettre que je lui répondis que j’en avais six. Elle me compta donc six hostas à 7,50€ sans faire attention, qu’un des pots valait presque le double. Je fis ainsi l’économie substantielle de 7,40€ !
Mais la joie d’avoir pu ainsi tromper le grand capital fut de courte durée et aussitôt remise en question par une vague de scrupules qui m’assaillit. J’avais surtout abusé de la naïveté d’une caissière inexpérimentée. Je me voulais malin et chanceux or je n’étais qu’un minable escroc à la petite semaine : honte à moi ! Et tout cela pour une hosta et une économie de 7,40€ ! J’étais doublement minable.
Je sortis donc de la jardinerie en comparant ce que j’imaginais de moi et la réalité. Tandis que je me serais bien vu tout en haut des stades moraux de Kohlberg, voici que j’en étais réduit à jouer les petits escrocs minables. Et si la culpabilité m’assaillait là sur le parking, ce n’était pas le fait d’avoir la sensation d’avoir failli à la morale mais plutôt le fait d’avoir à écorner la belle image de moi-même. Le chevalier blanc devenait un crevard ; viendrait sans doute un jour où j’en serais réduit à changer les étiquettes avant de passer en caisse.
En achetant des cigarettes…
Et pourtant, dans les deux cas, croyez-moi, j’ai eu des scrupules à agir de la sorte, sachant bien que j’étais face à un dilemme moral consistant à choisir entre la morale transcendante, l’impératif kantien et mon intérêt propre. Le Larousse explique d’ailleurs que le scrupule est une inquiétude excessive de la conscience inspirée par un sens aigu de la perfection chrétienne. C’est une incertitude d’exigence au regard de la conduite à avoir.
Le scrupule ne se manifeste que face au silence de Dieu. Si j’éprouve du scrupule à faire ce que j’ai fait, c’est que je suis face à un choix et que je suis seul. Que, quelle que soit la voie que je choisisse, je suis seul. Je peux dans les deux cas renoncer au gain et privilégier le bien commun ou en revanche, comme je l’ai fait, me taire et privilégier mon intérêt. C’est mon libre arbitre qui se manifeste pour savoir si je suis un homme de bien ou un crevard. Ceci étant dit, si je choisis la voie du crevard, ma conscience me le rappelle.
Le scrupule ne peut s’éveiller en moi sans une profonde conscience spirituelle. Le scrupule, même si comme dans mon cas il n’empêche rien, est finalement l’exigence ultime : les tourments d’une âme saisie par quelque chose de plus grand qu’elle.
Le scrupule résiste aussi plus ou moins bien en fonction des situations sociales. Car il est évident que face à un quidam, j’aurais été honnête, n’hésitant pas à lui dire qu’il se trompait. En revanche, mes scrupules se sont émoussés dans les deux situations. Dans la première parce que cette jardinerie appartient à un grand groupe et qu’il n’y a pas de mal à escroquer un grand groupe. Dans le second cas, parce que les cigarettes sont un produit taxé à 80% et qu’il n’y a pas de mal à tenter d’échapper à ce vol manifeste. Sauf que dans les deux cas, je n’avais ni un actionnaire du groupe ni un agent de l’État mais deux simples salariés distraits. Bref, pour faire coïncider mon intérêt personnel et mon sens moral, il fallait que je distorde la réalité et je le sais.
Encore loin de Mesrine et Fourniret…
Jacques Mesrine était capricorne comme moi mais cela ne suffit pas. N’est pas Mesrine qui veut. Saisi d’effroyables tourments pour 12,40€, ce n’est pas demain la veille que je me mettrai aux braquages. Quoique, si j’étais sûr de ne pas me faire prendre ? Et si je donne dix pour cent de mes gains à une œuvre caritative ? En tant que catholique j’ai des exigences morales de protestant. Je voudrais vivre en France comme un Suédois. Et pourtant aux États-Unis, même si j’apprécie le civisme des habitants, au bout d’une dizaine de jours, je me mets moi aussi à traverser hors des clous ou quand le feu est vert pour les voitures.
Font chier ces scrupules ! En fait, j’aime juste l’idée de pouvoir me dire que je suis différent des autres. Que je peux vivre dans un pays comme la France en étant plus moral sans besoin du carcan social pour marcher droit.
Je ne suis pas tellement différent des autres. Bon j’ai des scrupules, c’est la preuve que je ne suis pas un sociopathe. Tout n’est pas perdu. Mais sur le coup, je suis tout de même un crevard ! Pas suffisamment bon pour être un saint, et pas suffisamment pourri pour faire de la politique, c’est mon drame.
Enfin, l’essence de tout cela, c’est que quelles que soient vos actions, si vous avez des scrupules, tout n’est pas perdu. Vous n’en êtes pas encore à suivre la voie d’unFourniret !
« Aussi est-il nécessaire au Prince qui veut se conserver qu’il apprenne à pouvoir n’être pas bon,
et d’en user ou n’user pas selon la nécessité ». — Machiavel, Le prince
et d’en user ou n’user pas selon la nécessité ». — Machiavel, Le prince
Les bonnes solutions des socialistes
Politiquement, les vacances sont finies. Le premier conseil des ministres de la rentrée vient d’avoir lieu, et l’exécutif s’agite à nouveau pour tenter de présenter comme autre façade une fébrilité peu rassurante aux médias qui tentent d’y comprendre quelque chose dans la direction prise par le chef de l’État. Pour lui, c’est pourtant évident : c’est la crise, certes, mais de courageuses interventions sont en cours.
Bien évidemment, on est immédiatement frappé par la précision quasi-chirurgicale de ces réformes, leur ampleur qui, à n’en pas douter, pourra toucher un grand nombre de personnes, et leur profondeur qui va, à l’évidence, donner un coup de fouet magistral à toute l’économie française qui en avait bien besoin. En outre, l’avalanche de détails fournis par le chef de l’État et le calendrier précis qu’il fournit permettent immédiatement de se faire une image claire de ce qui va se passer, comment, quand, et d’anticiper les grands effets positifs de ces réformes hardies.
Autrement dit et comme d’habitude, on continue à nager dans une purée épaisse.
Le saupoudrage mal boutiqué de la PPE sera donc sur-bricolé avec celui du RSA activité, l’ensemble aboutissant à un nouvel ensemble gazier à tubulures chromées que Bercy (l’intendance) organisera pour que la production de prouts fiscaux continue sans interruption. On comprend aussi que ces petits bidules ne modifieront pas les grandes tendances du pays, même pas à la marge : l’argent distribué change un peu de forme, et c’est tout ; il est donc toujours prélevé, ce qui veut dire que ceux qui étaient ponctionnés pour abonder le RSA et la PPE continueront donc à l’être. Pour eux, que ce soit pour le RSA-truc, la PPE-machin ou le nouveau bidule hollandiste, le changement sera diaphane.
Histoire d’accentuer l’ampleur de toutes ces réformes, Hollande en a profité pour demander à son premier ministre de présenter (vite, vite) un plan de relance, pour le logement. Relance, parce que c’est un mot à la mode au moins depuis 2008, et qu’elle a montré toute son efficacité à l’époque pour redresser les comptes de la France et montrera, on en est certain, une même réussite dans les prochains mois. Et pour le logement, parce que les dernières lois votées ont largement débroussaillé le terrain. À la dynamite. Ajoutons l’interventionnisme traditionnel pour « inciter davantage » les établissements financiers à prêter aux PME, qui promet là encore de donner des résultats époustouflants, et on comprend que le proche avenir sera manifestement truffé de ces bonnes idées, pas déjà tentées, pas déjà avortées et dont les résultats ne sont pas déjà connus. La reprise est au bout, c’est évident.
Au milieu, l’envie affichée d’en découdre avec les professions règlementées et la législation du travail dominical laisse extrêmement perplexe. Certes, il faudra, un jour, en passer par là et on se doit d’applaudir l’idée générale de remettre en question des monopoles maintenant devenus largement caducs. Mais Montebourg, désigné pour se cogner le travail entre deux frétillances médiatiques, est-il vraiment le ministre adapté ? En outre, le précédent des artisans-taxis et des hôteliers montre à quel point le gouvernement, pleutre, pourrait bien faire marche arrière plus vite même qu’il n’a tenté quelque chose.
Et, là encore, on peine à voir comment ces déverrouillages monopolistiques permettront de redresser rapidement la situation économique en France.
La réalité, c’est qu’il va falloir des mesures autrement plus graves, autrement plus couillues et autrement mieux préparées pour espérer déclencher autre chose qu’un mouvement d’épaules de la part des observateurs attentifs de l’économie française. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à juger la situation très préoccupante, et il est probable qu’ils n’accorderont guère d’importance aux propositions hollandistes, tant elles trimballent leur habituel parfum de naphtaline et affichent une taille microscopique.
Et quand on voit les autres solutions balancées sur la table, discrètement, par les habituels bricoleurs de l’improbable comme Jacques Attali, on ne peut que s’inquiéter.
Ce dernier propose (de façon assez détendue du portefeuille d’autant qu’il est, après tout, dans le fameux 1%) une solide augmentation de TVA. Apparemment, il aime tendrement réduire le pouvoir d’achat et le train de vie des Français et préfère très clairement cette solution à celle, diamétralement opposée, qui consisterait à diminuer celui de l’État, auquel on sent fort attaché le philosophe/ écrivain/ économiste/ chef d’orchestre/ destroutoureur d’intemporel officiel de la République.
Et histoire de bien destroutourer, il propose une augmentation de trois points de la TVA. Pour lui, c’est évident : comme nous sommes en déflation, les prix n’augmentent pas et c’est donc « le moment absolument formidable et unique pour augmenter la TVA ». Et même avec trois points de plus, comme il y a une concurrence féroce entre les producteurs, les prix n’augmenteront pas. Garanti sur facture, en quelque sorte.
Peut-être. Mais dans ce cas, cela veut dire que les marges des entreprises se rétréciront encore. Cela veut dire que les salaires n’augmenteront pas. Et cela veut aussi dire que, les individus étant toujours obligés de se nourrir et de se loger, cela se traduira mécaniquement par une baisse de pouvoir d’achat, dans le meilleur des cas. Dans le pire, les marges des entreprises se transformant en pertes, le chômage augmentera.
Pour rappel, il a déjà été montré à de nombreuses reprises qu’une austérité qui se traduit par une augmentation des taxes et des impôts n’aboutit jamais à faire repartir la croissance. La seule austérité qui fonctionne est celle, bien plus douloureuse, qui consiste à diminuer le poids de l’État et des dépenses publiques.
Or, pendant que Hollande bricole des annonces de réformes et des réformes d’annonces, la dette, elle, continue de grimper et dépasse de façon officielle les 2000 milliards d’euros. Le déficit se porte toujours aussi bien et explosera largement les 4% de PIB planifiés, pourtant déjà trop gros. La réforme de l’État n’a toujours pas eu lieu. Les dépenses publiques grossissent toujours. Et puisque l’idée d’augmenter la TVA semble à ce point géniale, simple et presque indolore à mettre en place, elle sera rapidement dans les tuyaux.
Ce pays est foutu.
Heureusement, des brouettées de socialisme vont nous sortir de l’ornière !
Magie de l’économie de marché ou simples effets logiques des interconnexions toujours plus fortes entre différents domaines économiques ? Conséquence d’une déflation larvée ou d’une production de plus grandes quantités ? Tensions internationales et interventionnisme d’État mal calibré ? Difficile de doser chaque élément, mais le résultat est là : le marché travaille bien pour les consommateurs français de fruits et de légumes puisqu’en définitive, leur prix diminue.
Le constat est sans appel. Avec les bonnes récoltes de juin et juillet, et le nécessaire ajustement offre/demande, le prix des fruits a baissé de 12% et les légumes de 3% par rapport à l’année dernière. En outre, les maraîchers constatent aussi que le pouvoir d’achat des Français impose de revoir leurs tarifs à la baisse. S’y ajoute la conjoncture internationale : les tensions avec l’Ukraine ont entraîné l’arrêt des importations de fruits et légumes en Russie. Mécaniquement, ce qui partait là-bas se retrouve sur les étals français. Le prix diminue donc pour les Français.
Autre effet de bord, toujours aussi savoureux : les sanctions contre la Russie se retournant contre ceux qui les ont prises, il va falloir panser les plaies ce qui se traduit, là encore de façon assez prévisible, par des demandes d’aides d’urgence de la part des producteurs. Demandes qui sont évidemment suivies, puisque l’Europe a finalementdébloqué un fonds de 125 millions d’euros pour voler au secours des pêches et des nectarines. Difficile, au passage, de ne de pas imaginer que la crise ukrainienne, fort commode, n’est pas seule totalement responsable des demandes véhémentes d’aides et qu’une petite compensation pour la baisse des prix sera la bienvenue pour améliorer la marge des producteurs.
Décidément, l’économie mondialisée est sans pitié pour les étatistes. D’un côté, le marché semble s’adapter naturellement en alignant les prix des produits au pouvoir d’achat des consommateurs. De l’autre, les structures étatiques interviennent lourdement, ce qui déclenche une série d’effets indésirables qui entraîneront la ponction du contribuable, et le renchérissement des prix des produits pour le consommateur. Le consommateur-contribuable sera donc doublement à l’amende pour avoir choisi des politiques collectivistes. À chaque fois que l’État se mêle d’intervenir sur le marché, ce dernier s’adapte et se rebiffe, entraînant méthodiquement des effets de bord imprévus pour les politiciens qui, par démagogie, ignorance ou un mélange des deux, ont pris les décisions délétères.
Et ce qui est vrai à l’échelle européenne l’est aussi partout ailleurs, comme l’illustre le cas maintenant dramatique du Venezuela. Pendant que le consommateur européen bénéficie de tarifs plus bas pour des quantités de fruits et de légumes plus grandes, le consommateur vénézuélien, lui, expérimente de première main les affres du socialisme et de la planification collectiviste avancée. Les lendemains qui chantent ont laissé place aux surlendemains à gueule de bois et aux frigos vides.
J’avais déjà évoqué la disparition progressive de petites commodités sanitaires (comme le papier toilette) dans ce pays qui dispose pourtant d’une manne pétrolière gigantesque. Au passage et par comparaison, afin d’éviter toute remarque sur le mode « trop de ressources naturelles peuvent nuire », un autre pays richement doté au plan pétrolier, la Norvège, a récemment annoncé l’accroissement de son fonds de pension (déjà le plus gros du monde) de plusieurs dizaines de milliards d’euros, grâce aux gains engrangés.
Mais voilà : la Norvège n’est pas chaviste pour un rond de chapeau, et la gestion du pays, « en bon père de famille », qui respecte la propriété privée et les règles du marché libre, permet de mettre ses habitants confortablement à l’abri. Pendant ce temps, le Venezuela s’entête sur la voie collectiviste et, comme Hollande qui « conserve le cap », Maduro conserve obstinément la direction catastrophique imposée par le révolutionnaire bolivarien avant sa mort.
Le bilan est désastreux : les hôpitaux manquent de matériel et de médicaments, les pénuries, un peu partout, se multiplient au point que les étals se vident, des déodorants aux cercueils en passant par les bouchons de bouteille en plastique ou la farine. Un produit de première nécessité sur quatre est introuvable, dans un contexte de crise économique inquiétante, avec une inflation annuelle de 60%, pas du tout prévisible une fois que le contrôle des changes et des capitaux furent mis en place.
La consternation du lecteur français (habitué à son confort intellectuel moelleux en cuir pleine peau) est à son comble lorsqu’on se rend compte, comme le titre l’AFP elle-même, que le patinage autistique vénézuélien est avant tout dû aux entreprises publiques. Méchant, méchant capitalisme privé ! Eh oui, comme par hasard, les multiples expropriations et les nationalisations à tire-larigot ont amplifié le phénomène de crise, la corruption et la démotivation générale des administrations, au lieu d’améliorer la situation pour les plus pauvres, comme l’indiquaient pourtant les gentils petits dépliants fournis pendant les campagnes électorales…
On croirait vivre ici les meilleurs passages du communisme appliqué en Union Soviétique ou à Cuba. Mais cette fois-ci, difficile d’utiliser l’excuse d’un méchant embargo, ou d’un complot de la CIA. Tout comme l’Argentine qui, ayant choisi la voie rose du socialisme, continue de s’enfoncer dans une crise de plus en plus carabinée (sa monnaie s’est complètement effondrée), le peuple vénézuélien fut totalement libre de choisir l’autoroute de la servitude, fichage des populations y compris, et s’y déplace maintenant à vive allure, en direction de ce qui ressemble à un goulag moderne. La France, pas si loin derrière, vitres ouvertes et musique à fond, pédale certes plus calmement (sur la voie de gauche) mais n’a toujours pas pris la sortie et finira inévitablement par passer par les mêmes aires dévastées que le Venezuela aura visitées avant.
Il faut se rendre à l’évidence : tant au Venezuela qu’en Argentine, l’expérience socialiste est encore (ENCORE) un échec.
Je l’ai déjà dit dans un précédent billet, mais je pense indispensable de le redire ici : chaque gouvernement qui se fait libéral dans sa gestion, utilise la subsidiarité et limite son interventionnisme, obtient de façon systématique des effets bénéfiques documentés. Inversement, chaque gouvernement qui s’obstine dans des politiques de relance, de dépense, d’absence de contrôle budgétaire, qui assoit sa légitimité démocratique sur la distribution de prébendes et d’avantages sociaux et qui intervient sur tous les marchés finit systématiquement par conduire le pays à sa ruine. Et le plus beau c’est que si une goutte de libéralisme ne suffit parfois pas à améliorer la situation d’un pays dramatiquement englué dans le collectivisme, une pincée de socialisme l’empire toujours.
Alors quand ce sont des brouettées, comme actuellement en France, on peut s’attendre au pire.
HOMMAGE PERSONNEL
Je voudrais par ce post rendre hommage à un ami, disparu d'une crise cardiaque dans ses 57 ans, en Normandie, alors qu'il élaguait ses arbres abattus d'un grand coup de vent récent.
Toute ma sympathie va à sa famille et à sa chienne Arthémis.
Merci Daniel pour ton humour cassant et dévastateur.
G.
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