TOUT EST DIT

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samedi 2 novembre 2013

Reculades à près de 2 milliards d’euros : mais où le gouvernement va-t-il être tenté d’aller chercher l’argent du manque à gagner fiscal ?


Au sortir d'une séquence de rétropédalage intensif, le gouvernement Hollande a assuré qu'il avait su "écouter" la plainte des Français face à la pression fiscale. Le manque à gagner pour Bercy laisse cependant imaginer que François Hollande et Pierre Moscovici vont revenir à la charge sous peu.

- En choisissant de reculer sur l'écotaxe et la taxation des petits épargnants, le gouvernement se retrouve au pied du mur alors que Bruxelles et le FMI préconisent des économies budgétaires pour la zone euro. A combien le manque à gagner de ces "reculades" s'élève-t-il concrètement ?

Gérard Thoris : L’idée que l’on puisse connaître a priori le rendement d’un nouvel impôt est tout simplement une illusion comptable. Dès que vous taxez un bien ou un service, les agents économiques s’ajustent. Puisque, dans le projet actuel, les autoroutes à péage ne sont pas soumises à l’écotaxe, il est évident que les transporteurs routiers vont s’ajuster à cette nouvelle tarification au coût du kilomètre. Les Bretons constatent en passant comme il est regrettable d’avoir obtenu, en d’autres temps, la gratuité de leurs routes à deux fois deux voies ! Mais ce n’est pas tout : si le surcoût de l’écotaxe (1,15 Mds €) est répercuté sur leur consommateur, son budget comportera moins de biens. Les entreprises évincées du panier de consommation feront moins de profits et paieront moins d’impôts ; elles pourraient bien devoir licencier du personnel… qui paiera moins d’impôt. Bref, avant de dire que l’écotaxe peut rapporter 1,15 Mds d’euros, il vaut mieux savoir qui est censé la payer, quels postes budgétaires vont être impactés par cette taxe et comment les agents économiques vont réagir à cette augmentation des prélèvements.
Il en est de même pour les PEA-PEL (200 Mns €), mais l’effet est beaucoup moins sensible à court terme puisque les intérêts de ces plans n’étaient pas destinés à une consommation immédiate. Mais l’effet de richesse des ménages aurait diminué du fait du prélèvement fiscal, leur capacité à acquérir un bien immobilier aurait supposé d’épargner davantage. De ce fait, les recettes de TVA auraient pu diminuer. Évidemment, personne ne peut modéliser ces comportements dans la situation conjoncturelle et structurelle de la France.
Reste que ces recettes partiellement virtuelles avaient été budgétées. Cependant, il ne s’agit que de l’écume de la vague. Le budget 2014 est fondé sur une croissance de 1% en volume. Une fois de plus, malgré l’aval surprenant du FMI, c’est bien davantage que le consensus des économistes : 0,6 % pour Natixis ou 0,8 % pour la banque BNP Paribas. Or, un dixième de croissance en moins représente un milliard de recettes fiscales perdues.
Philippe Crevel : De cafouillages en reculades fiscales, la facture s'alourdit pour l’État et les régimes sociaux. Aux 1,15 milliards d'euros de l'écotaxe, il faudra ajouter les pénalités à payer à l'entreprise en charge du prélèvement de cet impôts. La facture pourrait être de 130 millions d'euros par an.
En ce qui concerne la suppression partielle de la mesure concernant l'épargne, le coût est de 200 millions d'euros. Sur ce sujet, la question est plutôt de comprendre le mode d'évaluation de la recette, qui demeure très flou.
Avant ces deux affaires médiatiques, d'autres reculs avaient été conduits par le gouvernement. Certains secteurs d'activité ont obtenu de passer au taux de TVA réduit de 5 % pour échapper au relèvement du taux intermédiaire de 7 à 10 %. Ont ainsi bénéficié de cette diminution :  le logement social, les travaux de rénovation des HLM, mais également le cinéma. A la clef, quelques centaines de millions d'euros en moins pour l’État. Il y a aussi l'abandon de la taxe sur l'excédent brut d'exploitation, mais qui a été compensé par l'augmentation du taux de l'impôt sur les sociétés.

Christian Eckert, rapporteur PS du budget à l'Assemblée nationale, a assuré que tout éventuel manque à gagner serait compensé par des "économies" sur les dépenses gouvernementales. Quand bien même le gouvernement déciderait de faire suivre cette déclaration d'effets, quelles sont les pistes qui pourraient s'offrir à lui ?

Gérard Thoris : La technique suivie par la plupart des gouvernements en matière de diminution des dépenses publiques consiste généralement à supprimer des dépenses là où c’est le moins visible, ou le moins sensible. Cela peut être une diminution de l’indexation des prestations, une réorganisation des heures de service des fonctionnaires, etc. Cette technique a ses limites, même s’il et bien difficile de savoir où elles sont. En d’autres termes, il est vraisemblable que les efforts de diminution des dépenses devront prendre une forme plus générale. A regarder autour de nous, ce peut être une remise en cause des primes des fonctionnaires, une augmentation des droits d’inscription à l’université, une révision des conditions d’octroi des allocations de chômage. On le voit, ces pistes n’ont pas été préparées et, dans le contexte actuel, elles seraient dangereuses à mettre en place.
On sait par ailleurs que c’est dans le budget de la protection sociale et des collectivités territoriales que les hypothèses de maîtrise des dépenses ont été les plus ambitieuses. Il faudrait déjà s’assurer que ces objectifs soient atteints, ce qui a rarement été le cas dans le passé, avant de proposer de les resserrer encore.
Philippe Crevel : Depuis le début de la discussion budgétaire, que ce soit pour l’État ou la Sécurité sociale, le Gouvernement met en avant d'éventuelles économies que nous ne voyons pas venir. Au mieux, il y a une moindre augmentation de la progression, et encore, il faudra vérifier. De ce fait, la compensation par réduction des dépenses risque d'être une illusion. Certains évoquent une réduction des dépenses d'investissement dans le domaine ferroviaire or, en la matière, les marges de manœuvre sont faibles, surtout après l'accident de train sur la ligne Paris-Limoges du 12 juillet dernier. Il est fort probable que le gouvernement use et abuse des augmentations de taxes de toutes natures. Le recours aux recettes de poche est d'un grand classique durant la discussion budgétaire. Il suffit de relever de quelques centimes les taxes sur les alcools, les boissons énergisantes, ou le tabac. 

En parallèle, M. Moscovici a annoncé une future réforme de l'assurance-vie pour compenser la reculade sur l'épargne. Au-delà de cette mesure, quels impôts Bercy risque t-il de privilégier pour engranger de nouvelles recettes ?

Gérard Thoris : En termes de fiscalité, le gouvernement a renoncé à une augmentation substantielle des impôts à grand rendement (TVA, CSG) en lui préférant la multiplication des ponctions locales ou catégorielles. Il imaginait sans doute que cela lui ferait faire l’économie d’une discussion publique, protégée par l’argument magique de la justice sociale. On sait que cela n’a pas fonctionné. Tout le monde est désormais vent debout contre toute modification marginale du système socio-fiscal. Le plus probable est la paralysie de l’action publique. Il faut donc se préparer à l’annonce d’une modification des objectifs de réduction du déficit budgétaire.
Philippe Crevel : Les épargnants risquent de rester dans l’œil du cyclone. Le gouvernement semble vouloir faire main basse sur les fruits du patrimoine des Français. C'est assez cohérent avec les écrits de Thomas Piketty, économiste qui a sorti un essai sur le capital au 21ème siècle. Pour le moment, la réforme de l'assurance-vie n'est pas connue dans ses détails. Elle risque de s'accompagner d'augmentations. Il a été évoqué de diminuer l'abattement des droits de succession de 152 000 à 100 000 euros et de relever le taux de prélèvement libératoire de 7,5 à 10 %. L'abattement de 4 600 euros dont bénéficie l'assuré au moment du rachat est également dans le collimateur.  

Face au dilemme qui se pose pour le gouvernement (réduction du déficit contre endiguement de la pression fiscale) quelle serait selon vous la marche à suivre ?

Gérard Thoris : Les démocraties ont été fondées sur le principe du contrôle des dépenses du souverain. Il est bien clair que le gouvernement n’avait pas une idée convenable de la situation économique de la France. Il est tout aussi clair qu’il a, en matière fiscale, privilégié le vieux programme Changer l’impôt pour changer la France qui date des années 1980. Ce faisant, il a épuisé la confiance de l’ensemble des contribuables et se trouve paralysé.
Un programme de simplification des règles fiscales ne peut être mené par un gouvernement qui a tellement travaillé à les compliquer. Mais il serait de toute façon difficile à engager dans une période où les revenus des entreprises comme des ménages sont tellement contraints. De plus, son effet sur la croissance serait certainement sensible avec un décalage important. Pourtant, la mise en cale sèche de notre système socio-fiscal est la condition nécessaire du retour de la confiance dans le système démocratique. C’est donc une condition nécessaire du retour de la croissance.
Philippe Crevel : Avec des prélèvements obligatoires qui atteignent 46 % du PIB, avec une instabilité effrénée de la fiscalité, les Français ne sont pas loin de l'overdose fiscale. Il y a saturation de la fiscalité de subordination, la fiscalité adoptée pour changer les comportements : pas fumer, pas boire, pas polluer, pas rouler en voiture... Il faut sortir de la logique de la fiscalité-sanction qui crée des rancœurs. Il faut accepter l'idée que la fiscalité sert à financer les États et non à orienter le comportement des contribuables. Il faut plus de neutralité et moins de pointillisme  fiscal. Supprimer les niches, c'est très bien à condition que l'effort soit général et réel. D'exonérations et dérogations, le système fiscal français est mité. L'instauration de nouveaux impôts ou le relèvement de ceux qui existent génèrent de plus en plus de révolte, conduisant le Gouvernement à créer de nouvelles dérogations. Revenir aux principes de base, une assiette large, des taux faibles... il n'y a pas mieux, avec évidemment en parallèle la réalisation d'économies. Mais sur ce dernier point, les 12 travaux d'Hercule relèventde la plaisanterie.

Les femmes regardent les seins autant que les hommes

Les femmes s'attardent tout autant que les hommes sur la poitrine de leurs interlocutrices, mais pas pour les mêmes raisons, révèle une étude américaine.
«Regardez-moi dans les yeux J'ai dit les yeux.» La réplique mythique, popularisée par une publicité de soutien-gorge, en dit long sur le ressenti de nombreuses femmes d'être ramenées à un objet dans le regard de leurs interlocuteurs. Mais il semblerait que les hommes ne soient pas les seuls à blâmer pour cela, selon une étude américaine parue cette semaine dans la revue Sex Roles.
Les auteurs, Sarah Gervais et Michael Dodd, de l'université Nebrask
a-Lincoln, sont des spécialistes de la théorie de l'objectivation, qui étudie de quelle façon le regard porté sur les parties sexuelles du corps de la femme (poitrine, hanches) agit sur leur santé mentale. Les recherches de ce courant tendent à montrer que l'objectivation des femmes peut générer chez elles de l'anxiété, baisser leurs performances intellectuelles et les pousser à s'autocensurer.
Gervais et Dodd ont voulu vérifier un a priori largement répandu, à savoir que ce regard insistant était davantage le fait des hommes et qu'il était d'autant plus appuyé que la silhouette de la personne observée répondait aux canons actuels de beauté (forte poitrine, taille fine).
Ils ont pour cela demandé à 65 étudiants en licence de psychologie sur leur campus (29 filles, 36 garçons) de noter les photos d'une dizaine de femmes. Celles-ci avaient été parfois retouchées à l'aide d'un logiciel informatique pour accentuer leurs attributs (poitrine amplifiée, taille affinée) ou pour les atténuer (taille épaissie, poitrine réduite). Les étudiants étaient équipés d'une technologie de suivi du mouvement des yeux (eye-tracking, en anglais).
Résultat: les femmes s'attardent autant que les hommes sur la poitrine et la taille des femmes. Mais, contrairement aux hommes, elles le feraient «plutôt pour se comparer à leurs semblables», analyse Sarah Gervais. Les silhouettes «très (...) Lire la suite sur Figaro.fr

M. Hollande et la gauche foutraque

M. Hollande et la gauche foutraque


Le pouvoir, c'est exactement le contraire de la vie telle que la définissait si joliment Jean Giono, notre panthéiste national : "C'est de l'eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez"(1). Tous ceux qui connaissent la vie savent qu'elle échappe très souvent à ceux qui ont peur de la perdre.
L'erreur de François Hollande est de rarement serrer les poings. Le président confond le pouvoir et la vie : c'est sa tragédie. Quand il hésite ou fait des pas de deux, on ne sait jamais bien si c'est du calcul, de la gentillesse, de la faiblesse ou de la procrastination. Au point que beaucoup de Français ont aujourd'hui le sentiment que la maison n'est plus tenue.
Que n'a-t-il fait carrière en Europe du Nord ! En Suède ou en Norvège, M. Hollande serait sans doute à l'unisson du peuple : comme l'Allemagne du dernier après-guerre, ce sont des pays qui s'accommodent du pouvoir pourvu qu'il soit modeste. Ils n'aiment pas les poses ni les éclats de voix ni les effets de manches, alors que nous autres Français sommes un peuple monarchiste et guillotineur, bonapartiste et éruptif, voire émeutier. Sans oublier un faible pour la gloriole ou la fanfaronnerie, qui ne sont certes pas le fort du président. Chez nous, Mme Merkel n'aurait pu connaître de tels triomphes.
Avec son jugement de Salomon dans l'affaire Leonarda, M. Hollande a donné une image caricaturale de lui-même. L'obsédé de la synthèse. Le petit mitron de la carpe et du lapin. Le pâtre des moutons, des loups, des coqs et des renards. L'homme qui veut être le point centripète d'une gauche soumise à des forces de plus en plus centrifuges, entre les Bisounours à la Duflot ou Taubira et les réalistes façon Valls ou Moscovici. On dirait un curé bénisseur qui chercherait à concilier les catholiques et les huguenots à feu et à sang, en pleine guerre de religion.
Pour lui pourrir son quinquennat, Mme Aubry avait laissé en héritage à François Hollande une majorité avec un gros ver dedans, celui de la gauche foutraque. L'ancienne première secrétaire donna ainsi des brouettes de circonscriptions aux petites frappes de l'écologie politicienne. Sans parler des nombreux agités du bocal du PS, comiques troupiers du socialisme, qui ne font plus rire personne, pâles copies de Jean-Luc Mélenchon, dont ils n'ont ni la verve ni le talent. Autant de bombes à retardement. Elles peuvent exploser à tout moment. Faites les comptes : sans eux, le gouvernement n'a plus de majorité à l'Assemblée nationale. C'est pour ne pas se les braquer que le président semble si souvent changer de pied.
Avec tant de gigotements à donner le tournis et une impopularité qui se creuse au point qu'elle devrait vite l'amener, au train où vont les choses, de l'autre côté de la terre, M. Hollande peut-il reprendre la main ? Il est une vieille règle qui stipule que c'est quand les politiciens sont morts qu'ils finissent par renaître, surtout quand on les a enterrés. Si on regarde les perspectives économiques, on a peine à croire qu'elle puisse s'appliquer au président.
Les courbes de nos finances ont des airs de spirales infernales : l'an prochain, les dépenses publiques vont ainsi progresser de 20 milliards d'euros en valeur absolue, alors que les prélèvements obligatoires augmenteront de 25 milliards. Comment l'économie pourra-t-elle repartir dans ces conditions ? Même si l'Etat prétend se soumettre à une petite diète, la réalité des chiffres est accablante.
Le choc fiscal a provoqué tous les effets prévus, dont le moindre n'est pas une baisse de régime et d'énergie chez la plupart des entrepreneurs. A court terme, c'était peut-être moins dangereux pour le pouvoir que de baisser les dépenses publiques, dont la hausse vertigineuse, causée par l'avidité compulsive d'un Etat jamais repu, fait dérailler notre économie. A moyen terme, sur le plan économique, c'était le contraire de ce qu'il fallait faire.
Il n'y a que les prétendus économistes atterrants et archéomarxistes du PS qui croient qu'en matière fiscale 1 + 1 = 2. Il faudrait leur apprendre aussi l'humain : comme le dit la célèbre maxime, encore vérifiée à cette occasion, trop d'impôt tue l'impôt. Parce qu'il démoralise et démobilise, générant donc moins de richesses. L'économie n'est pas seulement une question d'arithmétique. Pour preuve, après ce choc, nos recettes fiscales supplémentaires ne seront que de 15 milliards, à peine la moitié de ce qui était annoncé.
Si le pays continue à dégringoler la pente sur laquelle il glisse depuis 1981, il ne restera plus qu'une solution à M. Hollande : dissoudre l'Assemblée nationale. Le scénario : la gauche perdrait les élections législatives qui suivraient, laissant le pouvoir à une droite divisée et pas encore reconstruite, ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle candidature en 2017 du président sortant, lequel se présenterait alors comme le meilleur rempart contre le FN.
M.Hollande peut même être condamné au scénario de la dissolution. Cette année, on peut encore penser, même si ce n'est pas tout à fait sûr, que sa gauche foutraque votera le budget. Mais l'année prochaine ?
1. Cf. "Hortense ou l'eau vive"

Les pays où il fait bon s'expatrier


Avec un salaire net moyen supérieur à 53.800 euros par an, l'Asie reste la destination la plus attractive pour les expatriés d'un point de vue économique, selon la dernière étude HSBC. Plébiscitée pour sa qualité de vie, l'Europe est boudée en raison de la pression fiscale.

Non, il n'y a pas que les étudiants qui s'expatrient. D'après le sixième baromètre Expat Explorer réalisé par HSBC, la majorité de ceux qui partent travailler à l'étranger ont entre 35 et 45 ans, vivent en couple et cherchent à concilier de meilleures opportunités professionnelles avec une bonne qualité de vie.
Étonnamment, les mieux lotis sont ceux qui habitent dans les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et d'autres pays émergents comme le Vietnam, l'Indonésie,  la Turquie et le Mexique. Ces pays attirent de plus en plus de jeunes talents prêts à faire leurs armes à l'étranger. Parmi les profils les plus convoités : les pros des télécoms et des nouvelles technologies en particulier au Mexique, mais aussi les experts de la banque et de la finance.
Il faut dire que ces pays offrent de gros salaires (parfois plus de 200.000 euros par an), et un faible niveau de vie, ce qui permet aux expatriés de vivre comme de nababs et d'économiser pour préparer leur retour. L'Asie est d'ailleurs le meilleur continent pour doper sa fiche de paie tout en conservant une bonne qualité de vie. D'après HSBC, le salaire moyen des expatriés en Asie s'élève ainsi à 74.000 dollars par an contre 64.000 dollars en moyenne.
Selon les 7.000 expatriés sondés par HSBC dans 100 pays différents, l'endroit où il fait bon s'expatrier est... la Thaïlande, tant en termes d'intégration, de vie sociale, que de commodités sur place. A l'opposé, ceux qui s'envolent pour le Moyen-Orient restent peu longtemps sur place. L'éducation des enfants y est notamment très coûteuse. C'est pourquoi beaucoup d'étrangers installés sur place reviennent au bercail ou s'envolent pour un autre pays.
La France n'a pas la cote auprès des jeunes expatriés
De son côté, l'Europe a moins la cote auprès des expatriés. La France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Irlande sont boudés, principalement à cause de la pression fiscale et du coût élevé des transports. "L'Allemagne reste le meilleur endroit pour partir en famille et élever ses enfants", commente Dean BlackBurn, directeur de HSBC Expat.
La France, elle, ne figure qu'au 21ème rang des pays les plus agréables à vivre et en 33ème position pour son attractivité économique. Les étrangers qui s'installent dans l'Hexagone gagnent en effet moins de 60.000 dollars par an en moyenne. Mais les facilités d'intégration, notre qualité de vie et notre bon système éducatif (classé 2ème juste derrière celui de Singapour et de l'Allemagne) fait la différence.
Dernier enseignement de cette étude : l'Australie a toujours autant la cote au 5ème rang mondial des pays où il fait bon vivre. "A tel point que ceux qui s'y installent refusent de repartir", commente HSBC. Ceux qui s'envolent pour le pays des kangourous ont en 35-54 ans et débarquent essentiellement du... Royaume-Uni.
Les 20 pays les plus attractifs pour les expatriés sur le plan économique
1. Suisse
2. Chine
3. Qatar
4. Thaïlande
5. Iles Caïman
6. Indonésie
7. Allemagne
8. Oman
9. Singapour
10. Turquie
11. Bahreïn
12. Inde
13. Taïwan
14. Malaisie
15. Arabie Saoudite
16. Emirats Arabes Unis
17. Australie
18. Canada
19. Hong-Kong
20. Russie
Les 20 pays où les expatriés vivent le mieux

1. Thaïlande
2. Bahreïn
3. Chine
4. Iles Caïman
5. Australie
6. Signapour
7. Inde
8.Taïwan
9. Espagne
10. Brésil
11. Allemagne
12. Russie
13. Suisse
14. Afrique du Sud
15. Argentine
16. Canada
17. Mexique
18. Nouvelle Zélande
19. Belgique
20.Malaisie

Pour consulter l'intégralité du classement : HSBC Expat Explorer

Maastricht, 20 ans après : quel bilan pour le traité qui a créé l’euro ?


Le traité de Maastricht instaurant l'Union monétaire fête ses vingt ans ce vendredi alors que l'Europe traverse une crise sans précédent. Une crise qui nous fait parfois oublier certains bénéfices de la monnaie unique.

- Le traité de Maastricht instaurant l'Union monétaire fête ses vingt ans ce vendredi. La monnaie unique devait renforcer L'Union européenne et générer croissance et emplois. 20 ans après, la majorité des pays de la zone euro sont empêtrés dans la crise des dettes souveraines, la croissance est en berne, le chômage a explosé et la confiance dans la monnaie unique est entamée. Nous avons aujourd'hui davantage tendance à voir les désavantages de l'Union monétaire que ses bénéfices. Quels sont-ils ? Que nous ont-ils épargné ?

François Lafond :  Il est vrai que la situation économique de la zone euro ne permet pas de se réjouir actuellement et alimente une partie du scepticisme ambiant. Mais les principaux responsables de cette situation économique ne sont pas les institutions européennes, qu'il s'agisse de la Commission ou du Parlement européen. Ni même la mise en place d'une monnaie unique, l'euro. L'Union monétaire n'a pas été construite telle qu'elle aurait dû l'être. Tous ses architectes vous le diront. Il a manqué dès le départ une meilleure coordination budgétaire, une plus grande harmonisation fiscale, une intégration bancaire, etc. Et puis la crise des dettes souveraines, comme son nom l'indique, est directement issue de l'incapacité des États membres, la France en tête, de ne pas avoir de budget de la nation déséquilibré depuis plus de trente ans. En déficit permanent, les dettes nationales se sont accumulées. Et la crise financière a obligé les États à injecter de l'argent pour sauver les banques qui avaient oublié leur métier de base. L'euro a cependant empêché les États de l'Union monétaire de dévaluer leur propre monnaie à la moindre difficulté, impliquant de se réformer. Ce qu'ils ont fait, ou pas.     
Traitre traité ?
Jacques Sapir : Si nous étions allemands, nous pourrions dire qu’il y a des avantages à l’Union économique et monétaire (UEM), soit la zone euro. L’Allemagne a outrageusement profité de ce mécanisme. Mais il a ruiné des pays comme l’Espagne, la Grèce, l’Italie, le Portugal et la France. Le bilan, même pour la Belgique, est très négatif. On a prétendu que l’UEM allait engendrer, par sa seule existence, de 1% à 1,5% de croissance supplémentaire. C’est tout le contraire auquel nous avons assisté. L’euro a été le début d’un effacement économique de l’Europe, à l’exception de l’Allemagne. L’euro impose aux pays qui y participent des contraintes insupportables du fait de la présence de l’Allemagne dans le mécanisme.
Nicolas Goetzmann : Je crois qu’il est inutile de parler des avantages dans cette période. Ils sont indéfendables. Les points que vous soulevez sont si lourds qu’il y aurait une forme d’indécence à crier les bienfaits du traité de Maastricht. Ce qui est en fait désolant car le projet européen pourrait être une réussite si l’on voulait bien se pencher sur les erreurs commises plutôt qu’en refusant de les regarder en face.
La politique monétaire européenne est d’une absurdité totale, à laquelle seule l’Europe est encore capable de croire. Je parle ici de la stabilité des prix comme méthode de gestion de la politique monétaire. Cette méthode a été abandonnée à peu près partout car elle a été dévastatrice au cœur de la crise. C’est une méthode inadaptée dès lors que l’économie se rapproche de la déflation. Le malheur est que ce que nous avons vécu en 2009 est en train de se reproduire aujourd’hui. Eurostat publiait hier les données de l’inflation pour le mois de septembre 2013 : 0.7%, ce qui traduit un effondrement économique en Europe.
Nous pourrons reparler des avantages de Maastricht une fois que cette question sera réglée. Car si cela n’est pas fait, Maastricht ne sera plus.
Gérard Bossuat :
Il est toujours étonnant de lire que l’UE serait responsable de la crise de l’euro, celle des dettes souveraines et du chômage en Europe. Le 1er janvier 1999, l’euro devient la monnaie officielle de onze pays membres de l’UE. La zone euro et l’UE ont été capables de résister aux tourmentes monétaires qui ont assailli le marché américain et les économies grecque, chypriote, italienne, irlandaise et espagnole. Comment savoir ce qui se serait passé sans la zone euro ? Des dévaluations compétitives auraient été décidées rouvrant la guerre des monnaies. Qui peut être sûr que le système monétaire européen aurait survécu ? La zone euro couvre les déficits des pays membres dans leurs échanges extérieurs, comme dans le cas de la France ; la fin de l’euro provoquerait le retour des menaces sur les monnaies des pays en déficit extérieur.
L’adhésion à la monnaie unique, l’euro, était subordonnée au respect d’un pacte de stabilité (pas plus de 3 % de déficit public par rapport au PNB) qui n’a pas été respecté par l’Allemagne et la France dès 2004. Une autre faiblesse apparut rapidement : l’absence de coordination des politiques économiques au sein de l’euro-zone, alors que la gestion monétaire était centralisée. Il n’y a donc pas de convergence économique capable de mobiliser les économies des pays membres, même si un président de l’Eurogroupe a été nommé en 2004, la coopération volontaire s’avérant insuffisante. Il n’y a pas de politique de change capable de peser sur les marchés monétaires, cette compétence étant assurée par les États au Conseil économique et financier où ils ne sont pas d’accord pour baisser la valeur de la monnaie et favoriser les exportations. L’euro est une devise forte qui a bien résisté aux crises financières des années 2008-2011. L’euro appelle à l’austérité puisqu’il a été institué pour empêcher toute dérive inflationniste en Europe.
Le traité de Maastricht est encore aujourd’hui conspué par les eurosceptiques de tous bords à l’égard d’une organisation monétaire européenne qui n’a point failli. Mais l’euro-zone manque de cohérence interne en raison de l’absence d’un « gouvernement économique » qui dirait ce que doit être la valeur de la monnaie européenne et la mettrait au service d’une grande politique de changement de paradigme économique, de lutte contre la crise et de développement humain.
Le traité de Maastricht ne se limite pas à l’Union économique et monétaire. Il augmente les pouvoirs de co-décision législative du Parlement européen et prévoit l’investiture de la Commssion par lui, il institue une politique étrangère et de sécurité commune de l’Union (PESC), il organise la coopération des Etats membres dans les domaines de la justice et des affaires intérieures.

Ce que l'on reproche aujourd'hui au traité de Maastricht est-il réellement lié à l'esprit du traité, ou plutôt aux décisions politiques qui ont été prises par la suite ?

François Lafond : Les reproches aujourd'hui ne sont guère constructifs. Le cadre du Traité de Maastricht, et en particulier les critères qui en étaient les piliers, pouvait apparaître inopportun. Comme déjà évoquée, la construction de l'Union économique et monétaire a été parcellaire et d'autres transferts de souveraineté auraient dû être envisagés ; de la même façon, par la suite, l'Allemagne et la France ont été les premiers à s'en affranchir, donnant un très mauvais signal aux autres membres de l'Union. Un cadre initial insuffisant et des pratiques nationales déviantes ont en partie miné l'Union.
Jacques Sapir : C’est bien l’esprit du traité qui est en cause, et non simplement ses conditions d’application. Même si l’on avait mieux appliqué le traité, si on avait progressé vers l’Europe sociale et l’Europe fiscale aussi vite que l’on a avancé vers l’Union économique et monétaire, les différences de compétitivité se seraient manifestées en raisons des différences de structure des pays concernés. L’Euro impose une monnaie unique à des pays dont les économies sont structurellement différentes, et c’est là la cause de tout le mal.
Nicolas Goetzmann : Le Traité de Maastricht a gravé dans le marbre une doctrine économique qui consiste à installer la stabilité des prix comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique. Alors que nous n’avions que 10 ans de recul sur cette doctrine. La construction européenne reposait sur cette certitude que cette méthode apporterait bonheur, joie, emploi, protection sociale à tous les européens.
L’échec est flagrant mais personne ne remet en cause ce principe de base.
Cette « méthode » a été confirmée à plusieurs reprises mais c’est bien le traité lui-même qui est à l’origine du vice Européen.
L’Europe reste un beau projet qui est aujourd’hui remis en cause par l’incapacité de ses dirigeants d’accepter leurs erreurs. Plutôt mourir que de se déjuger. La situation est insoutenable.
Gérard Bossuat : Le traité est né dans un contexte particulier. Le projet d’Union politique européenne renvoyait à l’impuissance de la politique étrangère de la France et des autres Européens au Liban, au Moyen-Orient, au Nicaragua. « Nous sommes entre deux empires qui nous prennent pour des colonies », expliquait Mitterrand, d’après Jacques Attali, « Que faire pour y résister, sinon l’Europe ? » Le « grand marché intérieur » prévu pour 1993 exigeait la stabilité des parités monétaires entre les Etats membres. La dislocation du camp communiste exigeait d’avoir une politique étrangère commune, ou du moins une intense coopération entre les pays membres. L’absence de l’Union dans la solution des guerres dans l’ex-Yougoslavie a provoqué une intervention de l’OTAN et des Russes ce qui a limité la crédibilité politique des Etats européens et de l’Union. Il fallait aussi régler la question de la réunification allemande, inquiétante pour beaucoup, dont la France. La communauté européenne devait disposer de nouveaux moyens pour affronter les secousses internationales aussi graves. Ce furent l’UEM et la PESC. Le traité de Maastricht n’a certainement pas été assez précis concernant  la gouvernance de la zone euro. 

Le traité de Maastricht a instauré une Union monétaire sans pour autant imposer aux États une convergence économique, fiscale et budgétaire. Ce choix était-il cohérent ? S'agissait-il d'un péché originel qui a conditionné la crise actuelle ?

Nicolas Goetzmann : Le traité de Maastricht a instauré l’union monétaire en pensant au prochain coup. La dissociation entre budgétaire et monétaire est absurde, et  il est évident que les « pères fondateurs » prévoyaient l’union budgétaire. Mais ils ont été pris de cours, la crise est arrivée avant que cette union ne voit réellement le jour et cela a mis en avant l’absurdité de la position de départ.  
Milton Friedman annonçait à ce propos que la zone euro ne survivrait pas à sa première récession.
Mais encore une fois, je veux vraiment souligner le fait que cette union est possible et a la capacité d’être réellement performante. Le point essentiel est de convaincre les autres membres de la nécessité absolue de réformer la BCE et de lui adjoindre un objectif de plein emploi.
Sur cette base, beaucoup de réformes pourraient être menées. Cela rendrait une part de souveraineté aux États qui auraient la possibilité d’agir effectivement sur la vie de la population. Pour le moment c’est l’austérité et rien d’autre. Et L’austérité n’est pas un projet.
Jacques Sapir : Il est clair que ce choix était incohérent. Cette incohérence aurait dû conduire à rejeter le traité, et l’on sait qu’il s’en est fallu d’un cheveu pour que ce soit le cas en France. Les contempteurs de Maastricht, de J-P Chevènement à P. Seguin ont eu entièrement raison sur ce point. Cette incohérence est bien à l’origine de la crise actuelle, et des crises futures de l’Union européenne. Car il faut craindre que l’euro ne dévore de l’intérieur l’Union européenne d’ici peu.

Récemment Marine Le Pen a comparé l'Europe à l'Union soviétique. Si l'Union européenne a créé plus de richesses que l'URSS, n'a-t-elle pas cependant péché par excès de technocratie ? A-t-on oublié de penser l'"identité européenne" ?

François Lafond : Madame Le Pen estime aussi qu'il faut sortir de l'Euro, donc appauvrir les Français, puisque notre dette libellée en euros deviendrait du jour au lendemain plus lourde à rembourser. Madame Le Pen peut continuer à comparer l'Union européenne et l'Union soviétique, témoignant ainsi son ignorance de l'une comme de l'autre. Jouer avec des comparaisons simplistes, faire peur aux citoyens alors qu'en même temps l'Europe a été le symbole de la liberté pour les dix derniers pays qui nous ont rejoints, qu'ils ont réussi à se développer économiquement, grâce à nos aides financières, aidant en cela également nos entreprises à leur vendre du made in France. La technocratie européenne ? Parce que notre régime fiscal en France est compréhensible ? Arrêtons de dire n'importe quoi. Que des abus aient pu être commis à Bruxelles, certainement. Que des acronymes soient inutilement utilisés, systématiquement, comme l'a très bien expliqué le premier ministre italien Enrico Letta à la conférence Europa qu'EuropaNova a organisée le week end dernier, et qu'il faille les réduire au maximum, bien entendu. Mais de grâce, arrêtons ce genre de comparaison stérile et électoraliste.
Jacques Sapir : La comparaison est juste si l’on regarde les montagnes de réglementations tatillonnes qu’a produit l’Union européenne et son incapacité à s’attaquer aux véritables problèmes de la sauvegarde des industries européennes. L’UE est libérale dans son essence, on le voit par exemple dans les réglementations sur la « dissociation » entre l’opérateur des infrastructures et le producteur de services, principe qui a conduit partout où il a été appliqué à des catastrophes sans nom, et ce libéralisme dogmatique produit les mêmes effets que le dogmatisme étatiste de l’URSS.
Nicolas Goetzmann : Ce sont les circonstances qui ont guidé cette situation. Quelle peut être l’identité d’un peuple européen qui une fois uni se retrouve dans la plus grande crise depuis les années 30 ? L’unité européenne est désormais perçue comme une promesse de chômage et de déclassement.
La politique-fiction serait d’imaginer ce que pourrait devenir une telle union si le taux de chômage était proche d’une situation de plein emploi. Une identité européenne, bien qu’improbable en soi, pourrait au moins ressembler à un partage d’intérêts communs.Mais même cela est inexistant aujourd’hui.
Quant à Marine Le Pen, elle surfe sur les erreurs européennes, et les vagues sont bonnes. Mais son discours de renoncement face à l’Europe empêche toute possibilité d’améliorer les choses. Avec elle, c’est tout ou rien, alors que nous avons les moyens d’améliorer profondément la situation.
Il faut cependant admettre que l’absolutisme des dirigeants européens, incapables de se réformer et d’apprendre de leurs erreurs, permet à Marine Le Pen de progresser. Le « Oui » absolu contre le « Non » définitif : il n’y a aucune pondération, aucune mesure des deux côtés du spectre.
Gérard Bossuat : Comment construire l’unité si les citoyens européens ne partagent pas une identité commune ? Le problème est de se demander quelle pourraient être les valeurs à partager, l’histoire commune à réviser pour nos enfants, le destin à vivre ensemble ? Une partie de la réponse se trouve dans les préambules et développement des traités de Rome, de l’Acte unique, du traité de Maastricht, du traité de Nice, du traité de Lisbonne. Une autre partie de la réponse se trouve dans la construction volontaire de références communes, européennes, par chacun des citoyens de l’Union, fondées sur la liberté, l’égalité hommes-femmes et la solidarité européenne. Une autre encore dépend des leaders d’opinion. Sont-ils capables de parler européen et d’abandonner leurs préoccupations nationales ? C’est rarement le cas en France du moins
Comment oser comparer l’UE à l’Union soviétique ? Chacun se rend compte de la vacuité de cette affirmation destinée à occulter l’efficacité de l’Union en termes d’organisation de la paix entre les Européens, de stabilisation monétaire et financière, de régulation régionale et sociale). Si les moyens utilisés sont discutables (austérité, euro fort, concurrence, affaiblissement de la protection sociale, méthode managériale de gouvernance) , ils relèvent de choix politiques et théoriques assumés par les gouvernements en conseil européen. Ils ne sont pas secrétés par une structure technocratique insaisissable. L’Union n’est pas un ensemble totalitaire ; elle est une structure nouvelle en invention permanente d’action.

Le professeur de Harvard Dani Rodrik, dans son essai The Globalization Paradox, explique que l’Europe se trouve dans un dilemme insoluble, incapable qu'elle est de conjuguer ses trois aspirations les plus fortes : union monétaire, souveraineté nationale et démocratie. Si on fait le choix de conserver une monnaie unique, le choix du fédéralisme paraît inévitable pour que l’Europe reste démocratique. Peut-on vraiment imposer ce choix à la faveur d'une crise et sans consultation populaire ? Est-il possible au contraire de revenir en arrière ?

François Lafond : Il est vrai que nous sommes aujourd'hui devant un certain nombre de choix importants à faire. Guillaume Klossa et un petit groupe d'expert et d'anciens sherpas européens sont en voie de finaliser un document, "A new Pact for Europe", qui recense des scénarios alternatifs prévisibles quant au futur de l'Union européenne. Du délitement de l'Union européenne tel que souhaité par les indépendantistes britanniques, les populistes tchèques ou le Front National français notamment, au grand saut fédéral, parfaitement inatteignable. Et entre ces choix, des possibilités pour améliorer durablement l'Union européenne, qui reste notre meilleure assurance vie pour nos enfants. Des mutualisations de souveraineté dans les domaines budgétaires, économiques et fiscaux seront nécessaires, mais en parallèle avec une réorganisation des processus décisionnels, et un renforcement du rôle du Parlement européen et des parlements nationaux notamment. La campagne des élections européennes doit aussi être un moment pour en débattre dans chaque pays.   
Jacques Sapir : Dani Rodrik a parfaitement identifié la contradiction centrale de l’Union européenne. Il n’est pas le seul d’ailleurs. L’euro a été fortement critiqué par de nombreux prix Nobel d’économie, comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman. Le problème fondamental est que l’on a refusé de donner aux peuples d’Europe, qui s’expriment à travers les États souverains dont ils se sont historiquement dotés, voix au chapitre. Le fédéralisme européen est un rêve, en raison des contraintes qui pèseraient sur l’Allemagne. Réaliser l’Europe fédérale, c’est imposer un prélèvement annuel de 10% sur le PIB allemand pour compenser les dégâts provoqués par l’Union monétaire. On voit bien que c’est impossible. Il est donc impératif de faire machine arrière, et cela peut être fait très rapidement. Qu’un pays comme la France ou l’Italie annonce son intention de se retirer de la zone euro et celle-ci se dissoudra immédiatement.
Nicolas Goetzmann : L’Europe est un processus d’intégration, et n’est pas à un stade définitif, c’est-à-dire qu’il ne peut rester en l’état, une telle structure ne peut rester figée.  A un terme lointain, ce sera une forme de fédéralisme ou rien. Et je crois que personne n’est dupe de cette situation. Devant un tel programme, les europhiles feraient bien de se poser la question de ce qui ne marche pas avant de se retrouver dans l’incapacité de sauver ce qui reste à sauver. Les europhobes n’ont qu’à attendre, car dans la configuration actuelle, toute reprise durable est hautement improbable, si ce n’est structurellement impossible.
La consultation populaire me paraît essentielle et pas seulement par le biais d’une élection présidentielle qui viendrait valider une position ou une autre. Cela nécessite un référendum. Ce qui serait une forme de suicide aujourd’hui.
Gérard Bossuat : L’Union européenne ne se réduit pas à la monnaie unique. Ses citoyens espèrent que la monnaie servira un projet de développement neuf capable de réduire le chômage et de servir un nouveau modèle de société de liberté et de solidarité, respectueux de l’environnement. Si des institutions fédérales étaient envisagées réellement, il faudrait un débat public  intereuropéen et un vote sur un nouveau traité. Personne ne peut envisager d’imposer un tel choix, sans consultation populaire. Là encore la peur d’une prétendue technocratie toute puissante égare les esprits.
Je ne sais pas si la souveraineté nationale est exclusive dans l’esprit des citoyens européens et singulièrement français. Ils ont jadis voté pour des partages européens de souveraineté dans les domaines économiques et les ont refusés dans le domaine de la défense en 1954 et politiques en 2005 en rejetant le projet de constitution européenne. Mitterrand a dit « La France est notre patrie et l’Europe notre avenir » ; la formule avait été reprise par Kohl. Peut-être est-il temps de dire que « la France est notre patrie et l’Europe notre présent ».

Si on fait le choix du grand saut fédéral, quelles sont les réformes structurelles à engager pour aller au bout de la logique du traité de Maastricht : homogénéisation de la zone euro et convergence des politiques sociales et économiques ? Le rôle de la BCE doit-il être repensé ?

François Lafond : Le grand saut fédéral ne se fera pas, parce que les conditions politiques ne le permettent pas, et parce qu'il n'est pas sûr que cela soit souhaité en terme d'efficacité. Qu'une plus grande intégration économique se poursuive avec la mise en place de l'Union bancaire, par exemple, cela est vital ; que des convergences économiques se renforcent, avec éventuellement la mise en place de ressources propres, d'un budget communautaire dépassant ce 1% symbolique et ridicule (on pense aux 20% du budget fédéral américain), bien entendu. Quant à la BCE, c'est effectivement une excellente question. Je n'ai pas d'avis tranché entre l'insertion dans son statut, donc dans les traités, d'une obligation en termes de croissance comme la FED aux Etats-Unis, mais l'Allemagne s'y refuse pour ne pas politiser son rôle ; ou laisser les compétences de la BCE comme elles sont, qu'elle ne s'occupe que du taux d'inflation quitte à la rendre insensible aux autres dimensions et parfaitement indemne aux pressions politiques ? Reste que c'est son Président, Mario Draghi, qui a sauvé l'euro en juillet 2012, avec une seule petite phrase capable de calmer les marchés internationaux et de rétablir la confiance. Son statut n'est par conséquent pas forcément le principal problème....
Jacques Sapir : Aucune réforme n’est possible dans l’état ou se trouve tant la zone Euro que l’UE. Il faut s’en rendre compte et admettre la réalité. Le fédéralisme est un rêve qui s’est transformé en cauchemar. Il est impératif qu’un gouvernement, et pourquoi pas le notre, ait le courage de mettre fin à cette « expérience » qui détruit les État et les peuples.
Nicolas Goetzmann :Tout d’abord la BCE, évidemment oui. Il faut faire du plein emploi un objectif monétaire. Ensuite, il me semble bien plus opportun de réformer les institutions avant d’aller plus loin dans le fédéralisme. Les membres de la Commission et le président du Conseil doivent être des élus et non des technocrates. Catherine Ashton, Herman Van Rompuy, Olli Rehn... autant de personnalités ne disposant pas de légitimité directe tout en ayant l’essentiel du pouvoir à l’échelon européen. Cette Europe des technocrates n’est pas une solution, elle agit comme un repoussoir auprès des peuples.
Deux réformes sont indispensables avant d’aller plus loin dans l’intégration : un virage de la croissance avec la BCE, et un virage vers la légitimité, notamment de la commission. Cela me paraît être une base saine pour pouvoir avancer.
Dans la perspective des élections européennes, et étant donné les différentes configurations en Europe, il va falloir se préparer à la montée en puissance des partis antieuropéens au Parlement. Herman Van Rompuy n’avait pas aimé la remarque de Nigel Farage (Ukip) qui lui reprochait d’avoir le charisme d’une serpillère. Il va devoir s’habituer à ce type de déclaration avec les nouveaux arrivants qui s’annoncent.
Gérard Bossuat : Le grand saut fédéral est sans doute un rêve d’ultra. La référence au traité de Maastricht n’est pas tout l’avenir de l’Union. L’Union européenne a besoin d’un centre efficace et démocratiquement contrôlé, respectueux de la subsidiarité dans certains secteurs. Les secteurs qui pourraient bénéficier d’institutions fédérales sont celui de la monnaie et de la politique économique, celui de la fiscalité, du commerce extérieur, du droit du travail. Une structure fédérale supposerait qu’en dernier lieu un ministre fédéral prenne une décision s’appliquant à tous les Etats membres ; on voit mal ce système s’appliquer à l’éducation, aux politiques sociales, à la défense ou à la culture. La solution est dans les coopérations renforcées qui librement associent les pays qui veulent s’y engager pour faire des politiques particulières.

vendredi 1 novembre 2013

1:12 : « De quel droit se mêle-t-on des salaires du privé ? »


1:12, Europe, banques suisses, démocratie, Olivier Delamarche, responsable gérance et stratégie chez Platinium Gestion et star économique du net incontestée pour ses interventions sur BFMTV, répond sans fard aux interrogations des Observateurs. Un constat rare, précieux, mais surtout direct. Interview fleuve.

Impitoyable avec la Suisse ou le Luxembourg, la France tolère sans broncher la domiciliation de ses entreprises en Irlande, à des taux bien inférieurs à ceux qu'elle reproche à la Suisse.
Il n'y a que l'Europe, l'Europe non anglo-saxonne, qui ferme ses paradis fiscaux, "c'est fascinant", commente Olivier Delamarche, "on est dans la bêtise la plus abjecte."
Florilège:
"Il n'y a que vous qui êtes en démocratie encore dans le monde.
L'Europe, c'est la négation des peuples.
- Ils ne sont jamais à cours d'imagination quand il s'agit de vous piquer de l'argent.
- Les pays européens, les Etats-Unis, le Japon sont des pays ruinés. Ils ont un endettement qui est, de toute façon, inremboursable.
- Ils vont aller taper dans l'épargne, ils vont aller taper sur les comptes, à la chypriote.
- L'Etat va aller chercher l'argent partout où il y en a, jusqu'au truc suprême qui est le chypriotage des comptes.
- On est dans une panade qu'on n'a jamais connue, avec un endettement qu'on n'a jamais connue.
On joue à faire les démocrates, ce n'est qu'un jeu, ce n'est qu'un leurre.
- On n'est pas en démocratie, ça c'est clair, et depuis longtemps. Je ne vois pas très bien ce qui, tout d'un coup, les motiverait à en installer une. Surtout qu'ils savent qu'à la première question qu'ils poseraient, ils seraient virer.
- N'imaginez pas que ça puisse se régler de façon indolore.
- Il faut arrêter de penser qu'on puisse faire les cons ad vitam aeternam sans jamais payer les conséquences.
- Je suis très étonné de la facilité avec laquelle la Suisse a l'air d'obéir à toutes les injonctions de tout le monde, je trouve cela curieux.
- End of the game."

Le courage et la vérité…

Le courage et la vérité…


Mensonge et lâcheté, un pouvoir professionnel que l’on consomme et qui se consume de plus en plus rapidement, est-ce vraiment cela la Démocratie ?

Barbara le chantait « ça ne prévient pas quand ça arrive, ça vient de loin, ça s’est promené de rive en rive, la gueule en coin ». Mais, le mal de vivre prend aujourd’hui un tour plus collectif et politique, c’est celui de notre démocratie, promenée de la rive droite à la rive gauche, entre mensonge et lâcheté, reniement et reculade, et qui mine maintenant notre pays. Qu’est-ce que le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, dès lors que ses élus le bernent en permanence, qu’il le sait et s’en accommode en sachant qu’une manifestation violente fera tomber le voile de sa légitimité et dispersera son autorité ?
Lorsqu’on entend Fabius nier toute rançon versée par l’Etat pour libérer les otages d’Arlit, on voit en filigrane l’image de Cahuzac niant, en bloc et en détail, l’existence de son compte suisse. On se dit qu’il s’agit, comme le dévoile Le Monde de fonds secrets, qui par définition, ne doivent pas être révélés au public, de ces fonds qui ont servi à certaines campagnes, par exemple. On remarque le regard de Fabius qui se détourne et son art de ne pas répondre à la question : puisque les quatre otages libérés sont liés à des entreprises contrairement au cinquième qui est toujours détenu, ne s’agit-il pas de fonds « privés » ? Ce serait tellement plus habile, même si de telles sociétés ne sont pas si privées qu’on le dit. N’y a-t-il pas eu des compensations politiques ou judiciaires ? Le bonheur des ex-otages et de leurs familles a vite laissé la place dans les médias au soupçon sur les conditions de la libération, et aux inquiétudes sur les conséquences du versement d’une rançon. Renaud Girard, grand reporter au Figaro, citait récemment un de ses confrères australien lui disant :  «  vous avez un bandeau sur le front où est écrit « 5 Millions $ », moi, je ne vaux rien. » L’autre solution, ce sont les deux jeunes Français de Linselles tués lors de l’intervention militaire française, entre Niger et Mali, ou encore l’agent de la DGSE abattu par ses ravisseurs en Somalie. Alors, on se fait une raison : on se dit que notre gouvernement fait bien  de ne pas être courageux avec la vie des autres et on comprend qu’il nous mente.
Le problème, c’est qu’on s’habitue. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. L’anaphore célèbre de Hollande ou l’éloquence du menton de Chirac cachaient l’une et l’autre derrière le ton péremptoire une mollesse et une pusillanimité étonnantes chez qui aspire au pouvoir. En fait elles sont les « qualités » de celui qui a su naviguer entre les courants et pratiquer les compromis comme les compromissions au sein du milieu politique. Les électeurs savent parfaitement qu’un programme est une figure de style. Ils ne demandent pas aux élus de le respecter, mais d’être ou, au moins, de paraître efficaces. Sur le marché politique, on sait que la publicité est mensongère, mais on demande quand même au produit de répondre au besoin ressenti. Peu importe ce que disent les politiciens, il faut que le chômage recule vraiment, que la sécurité soit mieux assurée et qu’on ne tombe pas sur des Roms à chaque carrefour.  Si, en revanche, le pouvoir touche un point sensible, alors l’épreuve de force peut commencer. On devine que les élus mentent et ne sont pas courageux. Chirac a été paralysé par la mort de Malik Oussékine en Décembre 1986. Il aura agi pendant  8 mois sur une bien longue carrière. Sarkozy craignait les manifestations de rue comme la peste et prenait soin de les éviter en amont. Certes, les manifestations bien propres contre le mariage unisexe n’ont pas fait céder un gouvernement récent et soudé idéologiquement contre des « bourges cathos et réacs ». En revanche, la colère bretonne n’a rien de philosophique et elle est violente. Le gouvernement, affaibli par le temps et divisé recule tandis que l’opposition ment effrontément : le spectacle est complet.
Mensonge et lâcheté, un pouvoir professionnel que l’on consomme et qui se consume de plus en plus rapidement, est-ce vraiment cela la Démocratie ?