mercredi 26 octobre 2011
Minc s’exprime sur le sommet européen
Alain Minc, économiste proche de Nicolas Sarkozy, a affirmé mardi que la solution à la crise de la dette dans la zone euro avait "90% de chances" d'être apportée mercredi, au sommet européen à Bruxelles, mardi, lors de l'émission "Preuves par 3" une émission diffusée sur Public Sénat.
"La réponse qui va être apportée" mercredi, lors du sommet européen, car, à 90% de chances, elle sera apportée, est une réponse qui sera raisonnable et qui, si les marchés ne font pas preuve d'un excès de folie, est plus que suffisante", a-t-il assuré.
"Quel était le problème? Il fallait faire voter le fonds de stabilité. Nonobstant ce qui a été dit sur la lenteur de l'Europe, le fonds a été décidé le 21 juillet, il a été voté par le dernier des 17 pays le 13 octobre", a-t-il fait valoir.
Aussi, selon lui, "quand M. (Timothy) Geithner, secrétaire d'Etat au Trésor américain (...) a osé critiquer notre processus, on a envie de lui dire que +c'est la paille et la poutre+ par rapport au désordre washingtonien". "Cette crise, une fois de plus, va nous faire faire un pas en avant très considérable dans la construction européenne", a-t-il affirmé.
L'économiste a également expliqué qu'il n'y avait "pas de crise de l'euro (...) Je ne sais pas ce qu'est la crise d'une monnaie surévaluée! Non seulement l'euro, au moment où il est censé disparaître, est en train de se renforcer mais en plus, il est en terme économique surévalué depuis très longtemps par rapport au dollar de 20 à 25%", a-t-il fait remarquer.
Selon lui, "il y a crise de la dette d'un certain nombre de pays, c'est-à-dire (que) les taux d'intérêt sur la dette de ces pays montent et ces taux d'intérêt atteignent des niveaux qui mettraient en cause les équilibres économiques des dits pays".
Un deuxième sommet, crucial, sur la crise de la dette, après celui de dimanche, doit se tenir mercredi soir à Bruxelles. Les dirigeants de la zone euro, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en tête, espèrent mettre sur la table des solutions susceptibles de mettre un terme à cette crise, provoquée par les déficits abyssaux des pays de la zone.
La nouvelle séquence bruxelloise est d'autant plus attendue que c'est l'avenir de la zone euro qui est en train de se jouer, de l'avis des responsables et experts européens. Jeudi soir, le chef de l'Etat doit intervenir sur France 2 et TF1 sur ce dossier.
L'Europe en morceaux
La réforme de la gouvernance de la zone euro induit désormais la mise en place de plusieurs stades d'intégration européenne avec, au centre, les pays à triple A de la zone euro. Une évolution que contestent les autres pays, à commencer par le Royaume-Uni.
Deux sommets pour une Europe ? Ce mercredi soir, les vingt-sept membres de l'Union européenne se réuniront pour trouver la « solution durable » à la crise budgétaire... avant que dix pays ne quittent la salle pour laisser les dix-sept membres de la zone euro plancher à leur tour. La scène pourrait sembler cocasse si elle n'était pas l'allégorie d'une Europe que la crise de la dette soumet à des forces centrifuges massives. Les dix pays de l'UE non membres de la zone euro ne veulent plus jouer les spectateurs de sommets censés sauver le processus d'intégration économique.
Il est vrai que toucher à l'organisation de la zone euro, c'est toucher à celle de l'ensemble de l'Union. Car, comme le précise le traité de Maastricht, l'euro est la monnaie de l'union européenne et tout membre de l'UE a vocation à rejoindre à plus ou moins long terme l'union économique et monétaire. Du coup, le projet de réforme de la gouvernance de la zone euro, qui sera présenté ce mercredi par Herman Van Rompuy, ne concerne pas que les Dix-Sept. Si le traité de Lisbonne doit être modifié, ce seront bien les vingt-sept membres de l'UE qui devront approuver le nouveau texte. Si le président du Conseil européen propose une plus étroite surveillance des budgets nationaux, la création de nouvelles instances, comme le secrétaire permanent à la zone euro ou encore le renforcement des pouvoirs de la Commission, sans parler, peut-être, de l'abandon de la règle de l'unanimité dans certains cas, l'Europe à plusieurs vitesses risque de devenir une réalité.
Le ticket d'entrée dans l'euro sera en effet plus élevé. Il risque, du coup, d'éloigner la perspective d'une adhésion pour des pays considérés comme peu vertueux comme la Hongrie, la Lettonie ou la Roumanie. Et pour ceux qui choisissent de rester en dehors de cette évolution plus « fédérale » de la zone euro, comme l'ont fait le Danemark, le Royaume-Uni ou la Suède, le risque de marginalisation va augmenter. La crise de la dette a en effet convaincu le « coeur » de la zone euro, France et Allemagne comprises, qu'il fallait avancer vers une intégration plus forte dans le domaine économique et financier.
Donner des gages
Du coup, la position des Britanniques ou des Suédois voulant ménager les avantages de l'adhésion, tout en conservant son indépendance économique, est difficilement tenable, à moins d'accepter de se voir reléguer dans un cercle extérieur de l'Europe. Le même dilemme se pose pour des pays comme la Pologne et la République tchèque, pays à forte croissance encore en dehors de l'UEM, où l'opinion publique regarde désormais, crise grecque oblige, la monnaie unique avec scepticisme. Quant à l'appartenance actuelle à la zone euro, elle est loin d'être une garantie d'appartenir à un seul et même cercle. Pour ceux qui n'entrent pas dans le schéma de vertu qui sera esquissé ce mercredi, la potion risque d'être rude à avaler. Et pas seulement sur le plan économique et social.
La souveraineté de la Grèce est, on le sait, dans la balance depuis longtemps. Et Silvio Berlusconi, sermonné ce dimanche par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et prié de réformer rapidement son régime des retraites, a sans doute eu un avant-goût de la rudesse du gourdin qui frappera les mauvais élèves de l'UEM. On comprend alors mieux le soudain ralliement de Nicolas Sarkozy aux propositions allemandes sur la réforme du Fonds de stabilité, le FESF. Pour conserver sa place dans un « premier cercle » européen dominé par une Allemagne qui pousse à la réforme des traités européens, la France doit désormais donner des gages. Mais pour rester dans ce cercle, Paris devra surtout conserver son triple A en prenant, comme l'a annoncé François Fillon, les mesures d'ajustement budgétaire qu'impose le ralentissement de la croissance.
La réplique cinglante de Fillon aux attaques de Dati
Violemment attaqué par la maire du VIIe arrondissement, qui brigue la même circonscription que lui aux législatives 2012 à Paris, le premier ministre dénonce la «petite politique», les «mesquineries et les provocations»

Plus tôt dans la journée, ce mardi, plusieurs responsables de la majorité s'en étaient déjà pris à Rachida Dati, l'accusant de mettre en péril l'unité du parti présidentiel. «Mme Dati a un mandat de maire, elle est député européen. Ce sont deux responsabilités importantes, il faut qu'elle les assume plutôt que de marquer des buts contre son camp», a ainsi commenté Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée. Valérie Pécresse s'est quant à elle élevée contre les «propos irrespectueux» tenus par Rachida Dati. «Aujourd'hui, nous avons besoin d'unité. On l'a encore vu il y a quelques semaines au moment des élections sénatoriales que nous avons perdues à une poignée de sièges et à cause d'un certain nombre de divisions», a assuré la porte-parole du gouvernement, qui estime que la venue de François Fillon à Paris est une «chance» pour la capitale et la région Ile-de-France.
Un avis partagé par un certain nombre de députés de la majorité, qui se sont exprimés ce mardi dans les couloirs de l'Assemblée.
Pour abriter le conflit qui oppose les deux prétendants à la députation dans la seconde circonscription de la capitale (Ve, VIe et VIIe arrondissements), Jean-François Copé a lancé lundi une mission de médiation. «Mon rôle n'est pas de commencer par sanctionner mais de mettre un casque bleu pour mettre autour de la table les gens qui appartiennent à la même famille politique», a expliqué mardi matin le patron de l'UMP sur France 2, assurant que la majorité «a besoin de tout le monde».
Reste à savoir si cette tentative de conciliation portera ses fruits. Selon plusieurs sources à l'UMP,Rachida Dati pourrait finalement abandonner la deuxième circonscription pour briguer la 12e, qui recouvre le nord du XVe arrondissement et le sud du VIIe. Un territoire déjà occupée par le député UMP Philippe Goujon, président de la fédération UMP de Paris et soutien indéfectible de François Fillon, qui dément une information «diffusée en boucle par Rachida Dati». «La politique ce n'est pas un jeu de bonneteau, cela fait 30 ans que je me bats pour les habitants du XVe» a ajouté Philippe Goujon qui s'est dit prêt à prendre Rachida Dati comme suppléante. La maire du VIIe arrondissement appréciera.
mardi 25 octobre 2011
Pour toucher François Fillon, Rachida Dati vise une de ses collaboratrices
Rachida Dati envoie ses missiles par salves. Dimanche 23 octobre, à "Radio France Politique", l'ancienne garde des sceaux a lancé plusieurs accusations contre le premier ministre. Outre le recrutement, par le ministère des finances, de Dominique Tiberi, fils de Jean Tiberi, député sortant de la deuxième circonscription de Paris, la maire du 5e a également reproché à François Fillon d'avoir fait recruter par Matignon, une collaboratrice "chargée de suivre les affaires parisiennes pour son implantation à Paris".
Anne Faguer, est en effet entrée dans l'équipe de Pierre Molager, chef adjoint de cabinet du premier ministre le 16 octobre. La jeune femme est conseillère "aux affaires réservées" indique Matignon. "Elle s'occupe de répondre aux courriers des Français qui s'adressent au premier ministre et gère les affaires sarthoises de François Fillon, qui est toujours élu de ce département", précise-t-on.
Que cela soit la Sarthe ou Paris, la nouvelle conseillère a l'expérience des deux territoires. En effet, la jeune femme de 26 ans s'est approchée de l'UMP Paris lors de la campagne municipale de 2008. Militante dans l'équipe conduite par Pierre Lellouche, député de Paris et secrétaire d'Etat au commerce extérieur, elle a été recommandée à Jean-François Lamour alors qu'il prenait la présidence du groupe UMP au conseil de Paris. Pendant trois années, elle a été en charge de la communication et déjà, des "affaires réservées" du député de Paris. Anne Faguer a par ailleurs commencé sa carrière professionnelle en 2007 par un stage de six mois au cabinet du président de la communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe qui était déjà, François Fillon.L'attaque de Rachida Dati, contre une collaboratrice "non-stratégique" du premier ministre, "illustre la faiblesse de ses moyens contre le premier ministre" commente une élue parisienne. Depuis la sortie de l'ancienne ministre, François Fillon a pour sa part déclaré, mardi 25 octobre, devant les députés UMP vouloir "ignorer les mesquineries et les provocations".
Zone euro : l'UE demande la contribution d'autres pays
Pour la première fois depuis le déclenchement de la crise des dettes souveraines en Grèce, novembre 2009, l'Union européenne va s'adresser directement à d'autres États et à leurs fonds souverains. Norges Bank Investment Management (NBIM), qui gère le fonds norvégien (397,5 milliards d'euros), s'est d'ores et déjà porté candidat, selon l'agence Reuters.
Techniquement complexe et politiquement peu glorieux dans la mesure où les membres de la zone euro s'en remettent à l'épargne étrangère à défaut d'être solidaires entre eux, le projet esquissé ce week-end à Bruxelles permettrait de constituer un véritable pare-feu. La force de frappe «serait à la hauteur de l'Espagne et de l'Italie», estime Gilles Moec, économiste de la Deutsche Bank à Londres.
Le dispositif envisagé consistera à la fois à démultiplier les capacités du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et à mobiliser les capitaux des pays financièrement excédentaires. Au premier chef, la Chine et des pays émergents, mais aussi des économies avancées, comme la Norvège et le Japon. Ces derniers apporteront leurs contributions dans des trusts, administrés principalement par le FMI, lequel ne mettra pas lui-même au pot, nous précise-t-on.
Le FESF fort de ses 440 milliards d'euros, qui lui ont été confiés par les pays de la zone euro - l'enveloppe restera inchangée -, ne se contentera plus d'apporter sa garantie à l'émission de titres, comme il l'a déjà fait pour l'Irlande et le Portugal. Il jouera également le rôle de «rehausseur de crédit», selon un modèle utilisé aux États-Unis, pour le meilleur et pour le pire, en faveur des collectivités locales et des crédits immobiliers. Ce mode d'intervention reviendra à assurer un certain pourcentage des pertes possibles pour les souscripteurs de titres souverains. Un nouveau rôle pour le FESF: «Il était censé garantir des prêts, il garantirait ex post des pertes», explique Bruno Cavalier, économiste d'Oddo Securities.
Montage à plusieurs niveaux
Klaus Regling, le directeur du FESF, a été chargé d'établir un montage à plusieurs niveaux de façon à créer un effet de levier maximal. Selon la recette des holdings en cascade dans les groupes privés.
À un premier niveau seront constitués des fonds spéciaux alimentés en partie par le FESF, qui apporterait sa garantie, et par d'autres États. À un second niveau, on trouvera un fonds spécial purement européen impliquant des capitaux privés, toujours avec la garantie du FESF. Un troisième canal est envisagé, selon le même principe, mais cette fois les capitaux seront apportés par des États non européens, dans un «trust» administré par le FMI - ce que d'autres appellent un «véhicule spécial d'investissement». Notons que le FMI a une expérience de ce dispositif, à travers le Poverty Reduction and Growth Trust, qui a collecté 13 milliards de dollars en faveur des pays les plus pauvres.
Personne ne semble pour le moment en mesure de déterminer l'enveloppe exacte des financements qui pourraient être offerts. Sachant qu'il lui reste 250 milliards d'euros de capitaux disponibles, selon un diplomate, le FESF serait susceptible de mobiliser au moins cinq fois cette somme, sur la base d'un taux d'assurance de 20%. De nombreux points techniques restent à régler. En particulier l'implication d'un tel système sur les dettes des pays garants, dont la France et son «triple A».
De la crise de l’euro à celle de l’Europe politique
Une même crise, mais des mots différents pour la qualifier. En France, on parle sauvetage de la Grèce, recapitalisation des banques, création d'un fonds européen pour voler au secours des Etats en faillite. En Allemagne, les responsables politiques en sont à l'étape suivante, et tentent de tirer les conséquences politiques de cette crise, la plus grave qu'ait jamais connue l'Union européenne.
Ils ont de nouveau le mot "fédéralisme" à la bouche, la ministre de la santé de la chancelière allemande Angela Merkel, Ursula von der Leyen, allant jusqu'à employer le mot "Etats-Unis d'Europe", prononcé par Winston Churchill, à Zurich, en 1946.Toute la construction européenne depuis 1945 est en jeu. Le sujet est politique. Nicolas Sarkozy s'inquiète de la faible conscience qu'en ont ses concitoyens. "Notre destin se joue dans les dix jours", a-t-il lancé, le 18 octobre, à l'Elysée, parlant de guerre et de paix, comme jadis le chancelier Helmut Kohl (1982-1998). "Ceux qui détruiront l'euro prendront la responsabilité de la résurgence de conflits sur notre continent", a-t-il averti.
"GAGNER DU TEMPS"
Les plus fédéralistes, à l'instar du social-libéral Jean-Pierre Jouyet, retrouvent espoir. "C'est la grande ironie de l'Histoire : ce sont les marchés financiers qui vont imposer l'Europe politique", assure l'ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes. L'intégration européenne a toujours progressé de crise en crise. Elle serait de retour après le coup d'arrêt donné par le non des Français au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.
Au contraire, l'eurosceptique UMP Jacques Myard prédit la fin de l'euro, mal conçu. "La maladie du XXe siècle fut de vouloir construire des systèmes dans lesquels on veut faire rentrer la réalité: cela ne marchera pas. Les dirigeants européens ne font que gagner du temps", accuse le député des Yvelines. La monnaie unique devait faire converger les économies européennes. Affranchies de la contrainte des marchés, qui provoquaient la dévaluation des pays mal gérés, les économies les plus faibles ont perdu de leur compétitivité par rapport à l'Allemagne, se croyant protégées par l'euro, avant que les marchés ne leur fassent payer l'addition.
Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le socialiste Pascal Lamy, résume l'enjeu. "La réalité se rappelle à ceux qui voulaient faire l'euro sans l'union politique. Aujourd'hui, c'est un pas en avant ou trois pas en arrière : si on fait sauter l'union monétaire, on fera ensuite sauter le marché intérieur puis l'union douanière. On se retrouvera chacun chez soi, dans un monde encore plus globalisé."
Le Vieux Continent est sous la menace d'un détricotage d'une Europe fondée sur l'économie, depuis la mise en commun du charbon et de l'acier en 1951, le Marché commun, créé avec le traité de Rome de 1958 et achevé par l'Acte unique de 1986, le tout couronné par l'euro lancé à Maastricht en 1991.
INTÉRÊT VITAL
Le pire n'est pas à exclure. L'étude des années 1930 montre que les dirigeants ne purent empêcher des événements qu'ils virent parfois se profiler. En 2008, l'administration de George Bush n'avait plus le pouvoir politique d'empêcher la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers qu'elle savait destructrice.
Il ne suffit pas de se savoir au bord du gouffre pour ne pas y sombrer. "Je suis vraiment inquiet", met en garde un haut négociateur français. A la veille du sommet de Bruxelles, il craint une attaque des marchés contre l'Italie, si la réponse des Européens est jugée insuffisante: "L'enjeu est de savoir si les marchés jugent que la faillite de la Grèce est un cas unique ou s'ils considèrent que les peuples auront à l'avenir pour option de ne pas payer leurs dettes."
Pourtant, Paris et Berlin ont un intérêt vital à sauver l'euro. La France a le plus à perdre : depuis soixante ans, elle cherche à faire de l'Europe le levier d'Archimède de son influence et se retrouverait incapable de choisir entre une Europe latine exclue de l'euro et l'Allemagne, son premier partenaire, qui lui sert depuis un demi-siècle de modèle de vertu.
L'Allemagne, elle aussi, a son destin lié à la monnaie unique. Certes, il lui est souvent reproché de vouloir être au choix une petite Chine ou une grande Suisse. Un pays industriel ultra-compétitif, intégré dans la mondialisation, qui n'aurait pas plus besoin de l'Europe que n'en avait la City de Londres sous Gordon Brown. Ou une île au cœur de l'Europe, heureuse de sa richesse et de sa quiétude, soucieuse de ne pas s'impliquer dans les affaires d'autrui.
SAUT FÉDÉRAL ET VIRAGE ÉCONOMIQUE
Tout cela est faux. L'Allemagne réalise la majorité de ses excédents commerciaux avec l'Europe et a intérêt au bien-être de ses voisins, dont l'hostilité lui serait très vite néfaste. C'est une des raisons qui avait conduit Helmut Kohl à renoncer au deutschemark après la chute du mur de Berlin en 1989.
Ainsi fut lancé l'euro à Maastricht. "François Mitterrand avait imposé l'euro à Helmut Kohl, mais l'Allemagne avait imposé ses conditions. Depuis, Nicolas Sarkozy a imposé des réunions des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro dont Angela Merkel ne voulait pas, mais les Allemands veulent imposer leur ligne économique ", résume l'ex-secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand, Hubert Védrine (1991-1995).
Vingt ans après, les deux pays doivent chacun briser leur tabou : les Allemands, qui se jugent trahis par les tricheries comptables des Grecs, doivent accepter ce que les Français appellent gouvernement économique, assorti d'aides financières aux plus faibles et d'une vraie gestion commune des finances publiques ; les Français sont invités à faire à la fois le virage économique de 1983, lorsque François Mitterrand fit le pari de la rigueur et de l'ancrage en Europe deux ans après les désillusions de mai 1981, et le saut fédéral qu'ils ont toujours refusé.
Explication : l'Allemagne réunifiée avait accepté l'euro à condition que la stabilité de la monnaie, qui a fait le miracle économique de l'après-guerre, soit confiée à une banque centrale indépendante. La phobie de l'inflation ne s'explique pas que par la ruine due à l'hyperinflation de 1923, dans la foulée de l'occupation de la Ruhr par l'armée française et des réparations de guerre imposées par Paris. Les Allemands ont été ruinés à deux autres reprises, par l'inflation cachée de la dictature nazie et par la faillite de la RDA.
"TALON D'ACHILLE"
Seconde exigence: marqués par l'éthique protestante, les Allemands voulaient que chacun gère son budget en bon père de famille, et la monnaie serait préservée. "Les Allemands avaient l'illusion qu'on pourrait vivre sur le modèle de l'étalon or et de l'équilibre budgétaire absolu comme c'était le cas jusqu'en 1914", analyse un proche de Nicolas Sarkozy.
Tout a changé avec la Grèce. Angela Merkel a découvert qu'un petit pays, tel un talon d'Achille, pouvait faire sombrer l'Europe entière. La chancelière est prête à prendre ses responsabilités. Ce n'est pas "l'Allemagne paiera" de Georges Clemenceau lors du traité de Versailles en 1919 : elle a déjà payé en étant la première contributrice du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais elle va exiger en contrepartie un droit de regard sur les fonds et la gestion budgétaire des autres pays européens. "Le fédéralisme, cela veut dire de l'argent et des contraintes", résume Jean-Louis Bourlanges, président de la fondation du Centre. Les Français sont-ils prêts à l'accepter? Rien n'est moins sûr.
Depuis le lancement de l'euro, la France a toujours renâclé à équilibrer ses finances. Lionel Jospin ne voulait pas casser la croissance. Jacques Chirac fit voler en éclats le pacte de stabilité. A peine élu, M. Sarkozy fila au conseil des ministres des finances européens pour expliquer qu'il ne tiendrait pas les engagements de la France.
Sans cesse, la France reste marquée par l'école keynésienne, soucieuse de piloter la croissance. Un conflit lourd se dessine entre les tenants latins d'un recours magique à l'inflation pour laminer les dettes européennes, et les partisans germaniques de l'austérité, afin de restaurer une compétitivité perdue dans la mondialisation, au risque de sombrer dans la déflation.
TUTELLE DES MARCHÉS
Deuxièmement, les Français se sont toujours crus fédéralistes… à condition d'être certains que leur point de vue s'impose. Ils n'ont jamais fait le choix de l'Europe politique. Sous Pierre Mendès France, les députés ont rejeté, en 1954, la Communauté européenne de défense (CED), ouvrant la voie au réarmement de l'Allemagne via la création de l'Alliance atlantique. Rien n'a changé depuis: l'expédition franco-britannique en Libye a révélé l'absence de défense européenne, qui prive l'Union de toute diplomatie sérieuse.
Après Maastricht, le premier ministre Edouard Balladur (1993-1995) a refusé l'idée d'un "noyau dur" en Europe, formé autour de l'Allemagne, la France et le Benelux, et proposé par deux hommes de confiance d'Helmut Kohl, les députés Karl Lamers et Wolfgang Schäuble. Enfin, les Français ont rejeté en mai 2005 la Constitution européenne.
La révolution induite par le sauvetage de la Grèce remet l'Europe politique à l'ordre du jour. Sous des abords très techniques, les peuples européens n'auront plus le loisir de choisir réellement leur budget, enjeu essentiel des campagnes électorales et prérogative fondamentale des Parlements.
La France, qui n'échappera pas à un tour de vis budgétaire, connaît une campagne présidentielle sous la tutelle des marchés, qui surveillent sa notation financière, et l'œil des Européens. "On va retrouver les débats engagés depuis Maastricht", prédit l'essayiste Alain Minc, qui s'empresse d'ajouter: "Mais, cette fois-ci, on va le gagner." Rien n'est moins sûr. Un responsable du Quai d'Orsay estime que le refus des transferts de souveraineté, acté par le référendum de 2005, persiste.
Or, le fonctionnement actuel souffre de légitimité démocratique. Les décisions sont prises à l'unanimité des dirigeants de la zone euro et ratifiées par les Parlements nationaux. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe exige désormais une consultation du Bundestag, qui donnera son aval à Mme Merkel avant le sommet de mercredi. M.Minc fait mine de ne pas s'en inquiéter. "Dieu merci, les Allemands ont un système démocratique qui ne tient pas trop compte de l'opinion publique." En réalité, le système de décision européen octroie un pouvoir jugé exorbitant à une minorité: le Parlement slovaque a failli faire capoter tout le plan de sauvetage grec tandis que les Irlandais, sauvés par leurs partenaires, continuent d'avoir un taux d'impôt sur les sociétés jugé déloyal.
CONTRAINTES BUDGÉTAIRES
La parade consisterait à décider non plus à l'unanimité mais à la majorité. En contrepartie, il faudrait l'aval d'une instance européenne démocratique, pour l'instant introuvable. La Commission s'est tellement appauvrie qu'elle ne peut pas prétendre incarner l'intérêt européen. Les peuples ne reconnaissent pas la légitimité du Parlement européen. Le recours à la Cour de justice européenne, pour valider les budgets nationaux, est jugé impraticable.
Hubert Védrine croit déceler une "tentation post-démocratique". L'idée de soumettre les décisions à un mini-Parlement de la zone euro est envisagée. A court terme, Paris estime qu'il vaut mieux "ruser" en prenant les décisions dans des sommets de la zone euro. Et au lieu de nommer un gendarme européen, l'Elysée suggère d'intégrer dans chaque Constitution nationale des contraintes budgétaires strictes.
A supposer que le cas de la Grèce, mise sous tutelle, reste une exception, les Européens ont deux modèles. Un exemple à ne pas suivre, celui du président du conseil italien Silvio Berlusconi, qui ne passe pas des paroles aux actes, même après s'être fait convoquer par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Face à lui, le premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, fait figure de pénitent modèle. Il devance l'appel en s'infligeant cure d'austérité et contrainte constitutionnelle. Et accepte de perdre le pouvoir.
Ennahda, un parti soupçonné de tenir un double discours
Le probable vainqueur des élections tunisiennes de dimanche, le parti islamiste Ennahda (en français, «la renaissance») refuse d'être considéré comme un parti religieux.
Depuis la fuite de Ben Ali le 14 janvier dernier, Ennahda a retrouvé le droit d'exister en Tunisie. Longtemps interdit, il apparaît aujourd'hui comme la principale force politique d'un pays en reconstruction.
• Origines. Ennahda trouve ses origines au début des années 1970. Il est le fruit de la rencontre de Rached Ghannouchi, admirateur de Nasser converti aux thèses controversées des Frères Musulmans depuis son séjour en Egypte, Abdelfattah Mourou, juriste, et Hmida Enneifer, lui aussi proche des Frères Musulmans. Ensemble, ils fondent le Mouvement de la Tendance Islamique (MTI) qui prendra le nom d'Ennahda en 1989.
• Son interdiction Le président Ben Ali prend peur face à la force du mouvement lors des élections législatives de 1989. Ennahda obtient officiellement 14% des voix. Certains annoncent des résultats frôlant les 30%. Sous le prétexte de lutter contre l'extrémisme religieux, Ben Ali fait alors interdire le parti et engage une répression qui jettera des milliers de militants et dirigeants en prison. Rached Ghannouchi quitte la Tunisie et rejoint Londres en 1991, où il obtiendra l'asile politique. En 1992, il est condamné à la prison à vie au pays. Les pays occidentaux, dont la France, laisseront faire, érigeant Ben Ali en rempart contre l'islamisme. Ennahda est légalisé en mars 2011 après la Révolution de jasmin et le retour de Ghannouchi en Tunisie le 30 janvier, quelques jours seulement après le départ de Ben Ali.
• Son programme Issu du travail de 182 experts, universitaires ou hommes d'affaires, le programme en 365 points d'Ennahda se veut un projet de société «pour la renaissance de la Tunisie». Le parti cherche à rassurer et se veut le garant des libertés, du système républicain, de l'économie de marché et de la séparation des pouvoirs. D'un point de vue purement politique, Ennahda se dit favorable à la constitution d'un régime parlementaire doté d'une Assemblée unique chargée d'élire le président de la République, responsable devant elle.
• La religion et la place des femmes Ennahda se défend d'être un parti religieux. Son modèle politique est l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie. L'idéal de société qu'il préconise est un Etat basé sur un Islam adapté à la vie moderne. Ennahda se refuse en outre à imposer la charia, la loi coranique qui régit la vie de certains Etats musulmans. Le parti veut également assurer les droits des minorités religieuses. Il affirme enfin vouloir défendre le statut de la femme tunisienne, généralement considéré comme le plus avancé du monde arabe. Mais Ennahda est accusé par ses détracteurs de tenir un double discours, démocratique en façade et intégriste en son sein.
• Un financement remis en question Si aucun chiffre officiel n'est communiqué quant au nombre d'adhérents que compte le parti, sa propension à quadriller le territoire est une preuve de sa force. Ennahda a mené une campagne de grande envergure. Distribution massive de tracts, réunions publiques très suivies : le parti a été plus présent que ses adversaires aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger, en France notamment. Mais pour assurer une telle présence, un parti a besoin de fonds. Hamadi Ghebali, un cadre du mouvement, assure qu'Ennahda bénéficie de dons «de quelque 100.000 adhérents». Ses adversaires parlent de financements en provenance du Qatar mais n'ont jamais été en mesure d'apporter des preuves concrètes.
"Guignols", le coup de vieux
Putain, vingt-trois ans ! Arrivés à l’antenne (sous le titre "Les Arènes de l’info") le 29 août 1988, quatre mois après la réélection de François Mitterrand, "Les Guignols" s’apprêtent à couvrir leur quatrième campagne présidentielle. Ceux qui accéderont au droit de vote en 2012 sont nés après que la parodie de journal télévisé animée par "PPD" a reçu ses deux premiers 7 d’or.Autant dire que l’affaire est techniquement rodée. De la réunion matinale des auteurs jusqu’au direct du soir, le rituel n’a pas varié. Habilleuses, costumières et accessoiristes s’affairent dans le bâtiment qui est réservé aux "Guignols", à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où s’entassent quelque 350 marionnettes. En fin d’après-midi, marionnettistes et imitateurs enchaînent les répétitions à quelques centaines de mètres de là, au Studio104 de la Plaine Saint-Denis, sous la baguette d’Yves Le Rolland, producteur et grand ordonnateur de l’émission depuis 1995. Au rayon imitateurs, si Nicolas Canteloup (désormais sur TF1 à 20h35) a été discrètement remplacé depuis la rentrée, Yves Lecoq reste fidèle au poste – essentiel, puisqu’il assure en moyenne près de 70% des voix – qu’il occupe depuis l’origine. Bref, tout le monde est là. Y compris les téléspectateurs, que "Les Guignols" ont retrouvés en nombre (plus de 2 millions en moyenne, selon Canal+) depuis que leur diffusion a été avancée à 19h50, face à la pub qui précède la grand-messe des (vrais) JT.
Les explications avancées sont multiples. Primo, le trio d’auteurs de "l’âge d’or" du début des années 1990 (Bruno Gaccio, Benoît Delépine et Jean-François Halin) est a posteriori jugé "brillantissime". "Des orfèvres", estime Julien Hervé. Secundo, le contexte – médiatique et politique – est radicalement différent. Quand l’offre de programmes s’est multipliée, l’esprit "Guignols" – l’art de la dérision et de l’autodérision emblématique de la chaîne cryptée – s’est largement diffusé hors des frontières de Canal+. "Les Guignols ont ouvert une brèche. Tout le monde s’y est engouffré", souligne Lionel Dutemple. "On évite de regarder ou d’écouter les autres. Sinon ça pourrit la tête", ajoute Julien Hervé. "Il est plus difficile d’exister aujourd’hui alors que tout s’est 'guignolisé'", note un de leurs prédécesseurs, Alexandre Charlot.
Jean-Baptiste de Montvalon
La Grèce peut-elle s'inspirer de l'Argentine?
La situation sociale de la Grèce est moins critique : son PIB par habitant est deux fois plus élevé que celui de l'Argentine en 2001.A l'époque, presque la moitié de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté.
La seconde différence est institutionnelle : l'Argentine était un pays isolé quand la Grèce appartient à un ensemble politique économique extrêmement puissant qui peut l'aider... s'il le souhaite. Jusqu'ici, il me semble que la voie choisie par l'UE n'a pas été la bonne. Il faut agir et vite.
En déclarant par exemple un défaut sur sa dette, comme l'Argentine?A ce stade, une large restructuration de la dette grecque est en tout cas nécessaire. C'est d'ailleurs plus simple qu'en Argentine. Dans notre cas, il y avait plus de 500.000 personnes ou investisseurs qui détenaient des bons du pays, huit monnaies et huit systèmes légaux différents. Dans le cas de la Grèce, la dette est concentrée dans les banques, principalement en euros.
La Grèce doit-elle aussi poursuivre ses efforts d'ajustement?Non, il faut surtout mettre un terme aux programmes proposé par la Troïka et le FMI. Comme en Argentine en 2001, on suggère actuellement à la Grèce de nouveaux prêts d'urgence, en échange de nouveaux sacrifices, des réductions de salaires, etc.Mais quand le chômage augmente, quand l'économie se contracte, il n'y a plus de recettes fiscales. Le problème de la dette ne fait donc que s'accroître. Ce sont ces politiques de rigueur qui ont conduit à l'explosion de 2001. Les programmes qui ne comprennent pas de plan de relance ne servent que les banquiers et certains pouvoirs économiques.
Comment avez-vous opéré cette relance ?Il n'y a pas de relance véritable sans consommation. Il faut soutenir l'emploi, le pouvoir d'achat et augmenter les investissements. En 2002, une des premières choses que nous avons faites a été de redonner à la population ce qu'on lui avait enlevé.
Mas l'Argentine avait un autre atout pour repartir : le "boom" du prix des matières premières qu'elle exporte...Quand j'ai pris mes fonctions en 2002, le cours du soja était à 220 dollars la tonne. Quand j'ai quitté mon poste fin 2005, il n'avait presque pas bougé. C'est à partir de 2007 - donc bien après la relance de l'Argentine - qu'il a commencé à augmenter, jusqu'à frôler les 600 dollars. Aujourd'hui, l'Argentine a plus d'atouts que la Grèce, mais ce n'était pas le cas au moment où il fallait sortir de la crise.
L'Argentine a aussi rebondi grâce à la dévaluation et la fin de la convertibilité peso-dollar. Une sortie de l'euro est-elle imaginable pour la Grèce? Cela ne me semble pas une bonne idée. La force de l'Union européenne devrait permettre d'éviter cette solution. Mais si la politique proposée à la Grèce ne change pas, la crise pourrait pousser le pays à une telle extrémité. Avec un risque de contagion invraisemblable. Hier on parlait de l'Italie ou de l'Espagne, aujourd'hui on parle de la France. Tout cela est le résultat de deux ans de chocs permanents pour le pays. Il faut aujourd'hui du courage politique pour changer de voie.
La presse se fait l'écho des tensions entre dirigeants après le sommet de Bruxelles
Au lendemain du sommet de Bruxelles sur la crise de l'euro, la presse européenne s'accorde à dire que si les priorités font consensus – restructuration de la dette grecque, recapitalisation des banques et déploiement du Fonds européen de stabilité financière –, peu de solutions concrètes ont émergé. "Chacun a été clair sur ce qu'il fallait faire pour le sort de l'Europe. Mais pourtant le succès semble incertain", rappelle Der Spiegel.
De Berlin à Londres, les quotidiens nationaux constatent l'absence de solutions pérennes et attendent de voir le second sommet programmé, mercredi 26 octobre. Peu étonnant, constate Die Zeit, car "la crise est tellement complexe", de l'aveu même des dirigeants européens."SHUT UP"
En Angleterre, c'est le "shut up" qu'a laissé échapper Nicolas Sarkozy à l'adresse de David Cameron qui a retenu l'attention. "You have lost a good opportunity to shut up" ("Vous avez perdu une bonne occasion de vous taire"), a rétorqué le président français face aux critiques anglaises. Mais si tous les journaux britanniques relaient l'anecdote, c'est pour mieux souligner le rôle joué par David Cameron pendant ce sommet.
Le premier ministre britannique a pris la tête de la fronde des pays membres de l'Union européenne mais pas de la zone euro, en obtenant un sommet à 27 mercredi – et non pas à 17 comme initialement prévu. "Le Royaume-Uni craint qu'une nouvelle régulation financière entre membres de la zone euro nuise à la City, centre de la finance globale", s'alarme The Telegraph.
Pourtant, David Cameron joue une partie complexe, rappelle The Guardian. Lundi, au lendemain du sommet, les députés britanniques réfléchissent à un éventuel référendum sur l'Union européenne. "Une mauvaise question au mauvais moment", indique le ministre des affaires étrangères, William Hague, repris sur tous les sites.
ARROGANTS COMME ZIDANE
En Italie, aussi, on regrette l'attitude de Nicolas Sarkozy et ses "sourires ironiques" au cours d'une conférence de presse commune avec Angela Merkel . "Sarkozy comme Zidane", titre Il Giornale. "Quand ils sont en difficulté, les Français deviennent arrogants", juge l'éditorialiste. Avant d'avancer son explication : les Français sont jaloux d'avoir perdu la présidence de la Banque centrale européenne au bénéfice de l'Italie.
Mais en Italie comme au Royaume-Uni, les préoccupations nationales prennent le dessus. Les quotidiens italiens se concentrent sur les conséquences du sommet, synonyme pour le gouvernement italien d'une réforme des retraites qui doit être étudiée lors d'une réunion exceptionnelle du conseil des ministres, lundi à 18 heures. Une mesure qui suscite déjà une levée de bouclier de la part des anciens alliés de la Ligue du Nord et des partis d'oppositions, comme le souligne Le Corriere della Serra.
Quand ce n'est pas Nicolas Sarkozy, seul, qui irrite, c'est son association avec Angela Merkel. "Merkozy", tel qu'on les surnomme dans les travées des institutions européennes. "On se souviendra des amabilités qu'ils se sont échangées", tance un économiste italien dans une tribune publiée par la Repubblica, mais ils n'ont eu aucune réponse à apporter, continue-t-il. Même sentiment du côté de la BBC, où l'on s'interroge sur la subite crainte que suscite l'Italie. Pourtant, "l'Italie est aussi endettée que la France ou le Canada", explique la chaîne anglaise, savants calculs à l'appui.
DES DIRIGEANTS PAS À LA HAUTEUR
En Espagne aussi, on regrette l'attitude d'Angela Merkel, qui a demandé des efforts supplémentaires à Madrid. Alors que, rappelle El Pais, l'Espagne n'est plus à la pointe de la crise et ne craint plus la contagion. Même Nicolas Sarlozy l'a dit, insiste le quotidien.
Une contagion que redoutent de plus en plus les pays membres de l'UE qui ne font pas partie de la zone euro. Pologne, Suède et Royaume-Uni ont fait part de leur inquiétude au cours du sommet, car l'Union européenne n'est pas l'union monétaire, insiste El Pais. "Le mécontentement ne fait qu'augmenter parmi les pays non membres de la zone euro", analyse le quotidien espagnol. Assiste-t-on à la naissance d'une Union européenne "à deux vitesses, où la zone euro prédomine et où les autres Etats ne peuvent que suivre le mouvement" ?
Le sommet européen de dimanche aura donc soulevé plus de problèmes qu'il n'en aura résolu. Pour le Wall Street Journal, les dirigeants européens n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu. Pourtant, écrit-il, "les décisions qui vont être prises dans les prochaines semaines détermineront le destin de l'Europe pour des générations".















