TOUT EST DIT

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vendredi 6 janvier 2012

« Sarko ou le complexe de Zorro » : Allègre juge son livre « équilibré »

Claude Allègre, l’ancien ministre de l’éducation de Lionel Jospin, publiera le 19 janvier chez Plon un ouvrage d’entretiens avec le journaliste Dominique de Montvalon intitulé Sarko ou le complexe de Zorro, avec en couverture un dessin de Plantu. "Ce n’est pas un livre de Sarkolâtrie, mais c’est un livre où je lui rends justice sur ce qu’il a fait de positif. Je ne parle pas sans cesse du Fouquet’s ou du Paloma", explique au Monde Claude Allègre, qui juge avoir a fait un livre "équilibré".

Il reconnaît rencontrer régulièrement Nicolas Sarkozy, avec lequel il a des relations "confiantes" et "amicales", "malgré le tour de con qu’il m’a fait". Le chef de l'Etat, après avoir proposé deux fois à M. Allègre d’être ministre – se voyant opposer un refus –, l’a proposé une troisième fois. Claude Allègre a finalement accepté, mais M. Sarkozy s’est ravisé dans la foulée des élections européennes de 2009, qui avaient vu une bon score des écologistes. C’est fini. "Je suis un homme libre qui ne vise rien. Je n’ambitionne rien du tout. Je n’occuperai plus de poste ministériel", assure M. Allègre, qui invoque son âge.

Sarkozy "n'a pas le sens d'une équipe"

L'ancien ministre de l'éducation salue la décision de Nicolas Sarkozy d’avoir limité à deux le mandat du président de la République, d’avoir nommé le socialiste Didier Migaud à la Cour des comptes et "de s’être bougé les fesses pendant la crise". En revanche, il critique la réforme des universités, juge que le Grenelle de l’environnement, "ce n’est rien du tout" et n’est pas en ligne avec la politique d’éducation, sujet qu’il affirme ne jamais avoir abordé avec le chef de l'Etat. "Je n’ai jamais été pour que les proviseurs recrutent leurs professeurs. Je suis un Républicain strict".

Claude Allègre estime que Nicolas Sarkozy n’a pas "le sens d’une équipe". Il se dit partisan d’un gouvernement d’union nationale avec plus de techniciens et moins de politiques, comme en 1958. Mais il refuse, pour l’instant, de désigner son président : celui qui dit s’être abstenu au second tour de la présidentielle de 2007 refuse de dire pour qui il votera en 2012.

Il précise toutefois que dans certaines propositions qu’il fait, il se situe à droite du PS. "Je dis du bien de Jean-Luc Mélenchon et de Montebourg", déclare M. Allègre, ajoutant : "Si Hollande est là où il est, c’est parce que je l’ai fait entrer dans l’équipe Jospin."

samedi 10 décembre 2011

Crise de la zone euro : et si le pire était passé ?

Le pire est passé. Cet avis sur la crise de l'euro peut paraître téméraire, tant les Européens sont allés de déconvenue en déconvenue, depuis le début de la crise grecque à l'automne 2009. Pourtant, depuis dix jours, l'atmosphère a changé.

L'apogée de la crise fut atteint début novembre lorsque le premier ministre grec Georges Papandréou a proposé un référendum sur le plan de renflouement de son pays. Et le énième sommet de sauvetage de la monnaie unique, qui s'est achevé vendredi 9 décembre à Bruxelles, pourrait être le bon. En dépit des agences de notation qui menacent d'opérer des dégradations en cascade de toute la zone euro.
"BONNES FÊTES DE NOËL"
Vendredi, en tout cas, les dirigeants européens retrouvaient un brin de sérénité tandis que les marchés financiers se redressaient. "Nous nous sommes souhaité de bonnes fêtes de Noël", a expliqué Angela Merkel, espérant ne pas avoir à convoquer de réunion d'urgence avant la fin de l'année. "La percée a été réussie", a affirmé la chancelière allemande, assurant que "nous regagnons de la crédibilité pas à pas".
Côté français, même le secrétaire général de l'Elysée Xavier Musca, pessimiste invétéré depuis le mois de juillet, avait perdu sa tête des mauvais jours. Les Français estiment qu'ils ne pouvaient pas mieux faire avec les cartes en jeu.
Dès jeudi, à la réunion du Parti populaire européen à Marseille, l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet nous gratifiait d'un sourire. Un sourire en "off", bien sûr, mais qui voulait tout dire : M. Sarkozy et Mme Merkel ont enfin renversé l'accord perdant-perdant scellé au sommet de Deauville un an plus tôt.
L'Allemagne avait alors exigé de faire participer les banquiers privés au sauvetage de la Grèce, créant une incertitude majeure sur l'engagement des peuples européens à rembourser leurs dettes, tandis que la France avait évité des sanctions automatiques pour les pays qui ne respecteraient pas l'orthodoxie budgétaire.
"Ce fut la plus grande erreur de cette crise", commente un dirigeant bruxellois. Aujourd'hui, Paris et Berlin ont décidé de durcir les règles budgétaires européennes et jurent que jamais plus un Etat européen ne fera faillite. Ce revirement est au coeur de l'accord franco-allemand confirmé vendredi par les Européens.
Mario Draghi, nouveau président de la BCE, a qualifié les décisions prises de "résultat très bon pour la zone euro". "C'est la paix des braves et la fin des controverses institutionnelles", estime un proche de M. Sarkozy, qui ajoute : "Nous avons achevé une renégociation à chaud du traité de Maastricht", négocié il y a vingt ans jour pour jour, le 9 décembre 1991.
LES GOUVERNEMENTS VEULENT SAUVER L'EURO
Il a fallu que l'euro soit au bord du gouffre pour que les Européens corrigent ses trois vices de construction de Maastricht.
Le premier, c'est la dérogation britannique, qui permettait à Londres de ne pas adopter l'euro mais de continuer à freiner l'intégration de la zone. Vendredi, les Européens ont bouté les Anglais hors d'Europe. A la surprise générale, le premier ministre britannique David Cameron a été lâché par les pays de l'élargissement, à commencer par la Pologne.
Le signal politique est majeur : les gouvernements veulent sauver l'euro, y adhérer, et ont décidé d'aller de l'avant. Sans attendre Londres, qui exigeait plus de libéralisme financier pour la City. Et sans réformer les traités européens, pour éviter toute obstruction britannique.
Second vice de Maastricht, l'absence de gouvernement économique. Naguère, l'Allemagne s'y opposait, voulant gérer seule son avantage compétitif. Elle a compris le risque qu'elle encourait en partageant sa monnaie avec des économies en perdition. La rigueur a commencé à être mise en oeuvre avec les plans italien, espagnol, voire français.
Les sanctions prévues par le pacte de stabilité, même quasi automatiques, ne seront peut-être pas opérantes, mais les Européens sont censés discuter en amont de leur politique économique pour éviter bulles immobilières et pertes de compétitivité qui firent le lit des économies méditerranéennes.
LES EUROPÉENS SAVENT OÙ ILS HABITENT
Troisième vice, l'absence de mécanisme de sauvetage, promise aux Allemands mais sur laquelle il a bien fallu revenir. Pour l'instant, la BCE joue les pompiers, alors que la récession menace. Outre la baisse des taux, M. Draghi a fait un pas décisif, jeudi, en annonçant un financement illimité sur trois ans des banques au taux réduit de 1 %.
Fortes d'une ressource bon marché, les banques devraient être incitées à financer les entreprises et acheter cet hiver les emprunts émis notamment par l'Italie et la France. Certes, M. Draghi a déçu en n'achetant pas directement la dette émise par les Etats et les entreprises, comme le fait la Fed, la réserve fédérale américaine.
"La mutation de la BCE n'est pas achevée", explique un négociateur français, qui espère que la banque agira si les circonstances l'exigent. Il existe un autre problème : le fonds de sauvetage européen, dont la gestion a été confiée à la BCE, n'est pas opérationnel et sa force de frappe reste trop faible.
L'Europe est donc encore très vulnérable et les soubresauts sont jugés inéluctables. Mais après des mois de débats, les Européens savent désormais à peu près où ils habitent. Une condition indispensable pour rassurer les investisseurs, soucieux de savoir, eux, où ils mettent les pieds.

mardi 25 octobre 2011

De la crise de l’euro à celle de l’Europe politique

Une même crise, mais des mots différents pour la qualifier. En France, on parle sauvetage de la Grèce, recapitalisation des banques, création d'un fonds européen pour voler au secours des Etats en faillite. En Allemagne, les responsables politiques en sont à l'étape suivante, et tentent de tirer les conséquences politiques de cette crise, la plus grave qu'ait jamais connue l'Union européenne.

Ils ont de nouveau le mot "fédéralisme" à la bouche, la ministre de la santé de la chancelière allemande Angela Merkel, Ursula von der Leyen, allant jusqu'à employer le mot "Etats-Unis d'Europe", prononcé par Winston Churchill, à Zurich, en 1946.
Étonnante différence d'approche, à la veille du conseil européen qui doit décider, mercredi 26 octobre, du sauvetage de l'euro. Les Français restent sur le terrain de jeu fixé par les marchés financiers, tandis que les Allemands, à la tête de la première puissance économique du continent, définissent le débat en termes politiques, dans le cadre d'une démocratie parlementaire mature.
Toute la construction européenne depuis 1945 est en jeu. Le sujet est politique. Nicolas Sarkozy s'inquiète de la faible conscience qu'en ont ses concitoyens. "Notre destin se joue dans les dix jours", a-t-il lancé, le 18 octobre, à l'Elysée, parlant de guerre et de paix, comme jadis le chancelier Helmut Kohl (1982-1998). "Ceux qui détruiront l'euro prendront la responsabilité de la résurgence de conflits sur notre continent", a-t-il averti.
"GAGNER DU TEMPS"
Les plus fédéralistes, à l'instar du social-libéral Jean-Pierre Jouyet, retrouvent espoir. "C'est la grande ironie de l'Histoire : ce sont les marchés financiers qui vont imposer l'Europe politique", assure l'ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes. L'intégration européenne a toujours progressé de crise en crise. Elle serait de retour après le coup d'arrêt donné par le non des Français au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.
Au contraire, l'eurosceptique UMP Jacques Myard prédit la fin de l'euro, mal conçu. "La maladie du XXe siècle fut de vouloir construire des systèmes dans lesquels on veut faire rentrer la réalité: cela ne marchera pas. Les dirigeants européens ne font que gagner du temps", accuse le député des Yvelines. La monnaie unique devait faire converger les économies européennes. Affranchies de la contrainte des marchés, qui provoquaient la dévaluation des pays mal gérés, les économies les plus faibles ont perdu de leur compétitivité par rapport à l'Allemagne, se croyant protégées par l'euro, avant que les marchés ne leur fassent payer l'addition.
Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le socialiste Pascal Lamy, résume l'enjeu. "La réalité se rappelle à ceux qui voulaient faire l'euro sans l'union politique. Aujourd'hui, c'est un pas en avant ou trois pas en arrière : si on fait sauter l'union monétaire, on fera ensuite sauter le marché intérieur puis l'union douanière. On se retrouvera chacun chez soi, dans un monde encore plus globalisé."
Le Vieux Continent est sous la menace d'un détricotage d'une Europe fondée sur l'économie, depuis la mise en commun du charbon et de l'acier en 1951, le Marché commun, créé avec le traité de Rome de 1958 et achevé par l'Acte unique de 1986, le tout couronné par l'euro lancé à Maastricht en 1991.
INTÉRÊT VITAL
Le pire n'est pas à exclure. L'étude des années 1930 montre que les dirigeants ne purent empêcher des événements qu'ils virent parfois se profiler. En 2008, l'administration de George Bush n'avait plus le pouvoir politique d'empêcher la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers qu'elle savait destructrice.
Il ne suffit pas de se savoir au bord du gouffre pour ne pas y sombrer. "Je suis vraiment inquiet", met en garde un haut négociateur français. A la veille du sommet de Bruxelles, il craint une attaque des marchés contre l'Italie, si la réponse des Européens est jugée insuffisante: "L'enjeu est de savoir si les marchés jugent que la faillite de la Grèce est un cas unique ou s'ils considèrent que les peuples auront à l'avenir pour option de ne pas payer leurs dettes."
Pourtant, Paris et Berlin ont un intérêt vital à sauver l'euro. La France a le plus à perdre : depuis soixante ans, elle cherche à faire de l'Europe le levier d'Archimède de son influence et se retrouverait incapable de choisir entre une Europe latine exclue de l'euro et l'Allemagne, son premier partenaire, qui lui sert depuis un demi-siècle de modèle de vertu.
L'Allemagne, elle aussi, a son destin lié à la monnaie unique. Certes, il lui est souvent reproché de vouloir être au choix une petite Chine ou une grande Suisse. Un pays industriel ultra-compétitif, intégré dans la mondialisation, qui n'aurait pas plus besoin de l'Europe que n'en avait la City de Londres sous Gordon Brown. Ou une île au cœur de l'Europe, heureuse de sa richesse et de sa quiétude, soucieuse de ne pas s'impliquer dans les affaires d'autrui.
SAUT FÉDÉRAL ET VIRAGE ÉCONOMIQUE
Tout cela est faux. L'Allemagne réalise la majorité de ses excédents commerciaux avec l'Europe et a intérêt au bien-être de ses voisins, dont l'hostilité lui serait très vite néfaste. C'est une des raisons qui avait conduit Helmut Kohl à renoncer au deutschemark après la chute du mur de Berlin en 1989.
Ainsi fut lancé l'euro à Maastricht. "François Mitterrand avait imposé l'euro à Helmut Kohl, mais l'Allemagne avait imposé ses conditions. Depuis, Nicolas Sarkozy a imposé des réunions des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro dont Angela Merkel ne voulait pas, mais les Allemands veulent imposer leur ligne économique ", résume l'ex-secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand, Hubert Védrine (1991-1995).
Vingt ans après, les deux pays doivent chacun briser leur tabou : les Allemands, qui se jugent trahis par les tricheries comptables des Grecs, doivent accepter ce que les Français appellent gouvernement économique, assorti d'aides financières aux plus faibles et d'une vraie gestion commune des finances publiques ; les Français sont invités à faire à la fois le virage économique de 1983, lorsque François Mitterrand fit le pari de la rigueur et de l'ancrage en Europe deux ans après les désillusions de mai 1981, et le saut fédéral qu'ils ont toujours refusé.
Explication : l'Allemagne réunifiée avait accepté l'euro à condition que la stabilité de la monnaie, qui a fait le miracle économique de l'après-guerre, soit confiée à une banque centrale indépendante. La phobie de l'inflation ne s'explique pas que par la ruine due à l'hyperinflation de 1923, dans la foulée de l'occupation de la Ruhr par l'armée française et des réparations de guerre imposées par Paris. Les Allemands ont été ruinés à deux autres reprises, par l'inflation cachée de la dictature nazie et par la faillite de la RDA.
"TALON D'ACHILLE"
Seconde exigence: marqués par l'éthique protestante, les Allemands voulaient que chacun gère son budget en bon père de famille, et la monnaie serait préservée. "Les Allemands avaient l'illusion qu'on pourrait vivre sur le modèle de l'étalon or et de l'équilibre budgétaire absolu comme c'était le cas jusqu'en 1914", analyse un proche de Nicolas Sarkozy.
Tout a changé avec la Grèce. Angela Merkel a découvert qu'un petit pays, tel un talon d'Achille, pouvait faire sombrer l'Europe entière. La chancelière est prête à prendre ses responsabilités. Ce n'est pas "l'Allemagne paiera" de Georges Clemenceau lors du traité de Versailles en 1919 : elle a déjà payé en étant la première contributrice du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais elle va exiger en contrepartie un droit de regard sur les fonds et la gestion budgétaire des autres pays européens. "Le fédéralisme, cela veut dire de l'argent et des contraintes", résume Jean-Louis Bourlanges, président de la fondation du Centre. Les Français sont-ils prêts à l'accepter? Rien n'est moins sûr.
Depuis le lancement de l'euro, la France a toujours renâclé à équilibrer ses finances. Lionel Jospin ne voulait pas casser la croissance. Jacques Chirac fit voler en éclats le pacte de stabilité. A peine élu, M. Sarkozy fila au conseil des ministres des finances européens pour expliquer qu'il ne tiendrait pas les engagements de la France.
Sans cesse, la France reste marquée par l'école keynésienne, soucieuse de piloter la croissance. Un conflit lourd se dessine entre les tenants latins d'un recours magique à l'inflation pour laminer les dettes européennes, et les partisans germaniques de l'austérité, afin de restaurer une compétitivité perdue dans la mondialisation, au risque de sombrer dans la déflation.
TUTELLE DES MARCHÉS
Deuxièmement, les Français se sont toujours crus fédéralistes… à condition d'être certains que leur point de vue s'impose. Ils n'ont jamais fait le choix de l'Europe politique. Sous Pierre Mendès France, les députés ont rejeté, en 1954, la Communauté européenne de défense (CED), ouvrant la voie au réarmement de l'Allemagne via la création de l'Alliance atlantique. Rien n'a changé depuis: l'expédition franco-britannique en Libye a révélé l'absence de défense européenne, qui prive l'Union de toute diplomatie sérieuse.
Après Maastricht, le premier ministre Edouard Balladur (1993-1995) a refusé l'idée d'un "noyau dur" en Europe, formé autour de l'Allemagne, la France et le Benelux, et proposé par deux hommes de confiance d'Helmut Kohl, les députés Karl Lamers et Wolfgang Schäuble. Enfin, les Français ont rejeté en mai 2005 la Constitution européenne.
La révolution induite par le sauvetage de la Grèce remet l'Europe politique à l'ordre du jour. Sous des abords très techniques, les peuples européens n'auront plus le loisir de choisir réellement leur budget, enjeu essentiel des campagnes électorales et prérogative fondamentale des Parlements.
La France, qui n'échappera pas à un tour de vis budgétaire, connaît une campagne présidentielle sous la tutelle des marchés, qui surveillent sa notation financière, et l'œil des Européens. "On va retrouver les débats engagés depuis Maastricht", prédit l'essayiste Alain Minc, qui s'empresse d'ajouter: "Mais, cette fois-ci, on va le gagner." Rien n'est moins sûr. Un responsable du Quai d'Orsay estime que le refus des transferts de souveraineté, acté par le référendum de 2005, persiste.
Or, le fonctionnement actuel souffre de légitimité démocratique. Les décisions sont prises à l'unanimité des dirigeants de la zone euro et ratifiées par les Parlements nationaux. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe exige désormais une consultation du Bundestag, qui donnera son aval à Mme Merkel avant le sommet de mercredi. M.Minc fait mine de ne pas s'en inquiéter. "Dieu merci, les Allemands ont un système démocratique qui ne tient pas trop compte de l'opinion publique." En réalité, le système de décision européen octroie un pouvoir jugé exorbitant à une minorité: le Parlement slovaque a failli faire capoter tout le plan de sauvetage grec tandis que les Irlandais, sauvés par leurs partenaires, continuent d'avoir un taux d'impôt sur les sociétés jugé déloyal.
CONTRAINTES BUDGÉTAIRES
La parade consisterait à décider non plus à l'unanimité mais à la majorité. En contrepartie, il faudrait l'aval d'une instance européenne démocratique, pour l'instant introuvable. La Commission s'est tellement appauvrie qu'elle ne peut pas prétendre incarner l'intérêt européen. Les peuples ne reconnaissent pas la légitimité du Parlement européen. Le recours à la Cour de justice européenne, pour valider les budgets nationaux, est jugé impraticable.
Hubert Védrine croit déceler une "tentation post-démocratique". L'idée de soumettre les décisions à un mini-Parlement de la zone euro est envisagée. A court terme, Paris estime qu'il vaut mieux "ruser" en prenant les décisions dans des sommets de la zone euro. Et au lieu de nommer un gendarme européen, l'Elysée suggère d'intégrer dans chaque Constitution nationale des contraintes budgétaires strictes.
A supposer que le cas de la Grèce, mise sous tutelle, reste une exception, les Européens ont deux modèles. Un exemple à ne pas suivre, celui du président du conseil italien Silvio Berlusconi, qui ne passe pas des paroles aux actes, même après s'être fait convoquer par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Face à lui, le premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, fait figure de pénitent modèle. Il devance l'appel en s'infligeant cure d'austérité et contrainte constitutionnelle. Et accepte de perdre le pouvoir.