TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

lundi 27 décembre 2010

Je l’aime comme ma bagnole

L’Europe n’inspire pas vraiment les artistes. L’écrivain allemand Thomas Brussig, lui, la voit plutôt comme une voiture. Objet fétiche pour certains, elle a tout de même le mérite de nous emmener où nous voulons. 

Quand un dramaturge rencontre un homme politique, celui-ci finit inévitablement par faire une remarque sur les pièces qu'il faudrait écrire sur le temps présent."J’aimerais qu’on en écrive une sur la crise financière", dirait-il en ce moment. Il y a quelques années, l'un d'entre eux m’a dit qu’il aimerait voir une pièce sur l’intégration européenne. Puis il me fit un sourire radieux comme s’il venait de trouver l’idée qui allait faire exploser les recettes à travers l’Europe.
Il va de soi que je n’ai pas écrit une telle pièce. Ne serait-ce que parce que je n'en sais pas plus sur l’intégration européenne qu’un homme politique sur l’art dramatique. Du reste, il n’existe pas de pièce sur le sujet, du moins pas de pièce remarquable. Ce qui en soi n’est pas étonnant puisque l’art se frotte toujours au réel, et là où tout va plutôt bien, l’art n’y est guère à sa place (de ce point de vue, demander une pièce sur la crise financière est parfaitement légitime).
L’intégration européenne a permis de grandes réalisations: les superlatifs des orateurs du dimanche sont justifiés. De nos jours, il n’y a plus de conflit entre les nations et un conflit armé paraît inimaginable. Finis les blocs, les camps adverses, la division européenne. Même les contrôles aux frontières ont été supprimés par endroits — ce qui semblait utopique il y a encore quelques décennies.
L'Europe dispose également d'une monnaie commune qui, même si certains pays devaient l’abandonner, rayonnera toujours suffisamment pour en inciter d'autres à l’introduire chez eux. Les diplômes universitaires sont en passe d’être reconnus dans l’ensemble des pays européens, le marché du travail s’ouvre, chaque Européen peut ainsi tenter sa chance n’importe où en Europe. Et comme les conflits entre les nations ont disparu, on pourrait aussi remplacer les armées nationales par une armée européenne. Les ministres de la Défense au chômage pourraient, par exemple, devenir directeur de théâtre, si ça leur chante.
Et pourtant. Pour moi, tout n’est pas rose en Europe. C’est dans la seconde moitié des années 80 que j’ai entendu pour la première fois l’expression "la maison Europe", prononcée par Mikhaïl Gorbatchev. Le dirigeant russe a sacrifié l’empire soviétique à cette idée. Il a permis aux pays du bloc de l’Est de sortir de la domination soviétique et approuvé la réunification allemande ainsi que l’élargissement de l’OTAN vers les pays de l’Est. L’empire soviétique s’est effondré et trois de ses anciennes républiques ont pu rejoindre l’Union européenne.
Mais on a claqué la porte au nez à tous les autres pays de l’ex-URSS. L’Ukraine en a fait la douloureuse expérience. La "révolution orange" a débarrassé le pays de son régime autoritaire. Les révolutionnaires ukrainiens étaient animés par les idéaux européens, portés par la perspective européenne. Lutter pacifiquement pour la démocratie, pour plus de liberté et plus de droits – qu’est-ce donc sinon qu'être européen ? Mais l’Ukraine n'a pas été admise comme membre de l’Union européenne. J’ai vécu cette humiliation comme si j’étais Ukrainien moi-même.
On se plaît à dire que l’Europe est "une affaire de cœur". Pour les révolutionnaires oranges ou même pour Mikhaïl Gorbatchev, ce fut certainement une affaire de cœur — et pourtant ils ont échoué à rejoindre l’Europe institutionnelle. De leur côté, les Danois, les Irlandais et tous ceux qui ont dit  "NON !" à la constitution européenne ont été obligés de rester dans l’Union, à grand renfort de référendums jusqu’au résultat désiré.
Alors l’Europe comme "une affaire de cœur", j'ai du mal à prendre l'idée au sérieux. Il s’agirait plutôt d’une construction bureaucratique, utile somme toute dans la vie quotidienne. Pensez seulement aux avantages que procure le statut de "consommateur européen".
L’identité européenne se heurte avant tout à la barrière de la langue. Tout le monde sait que communiquer dans sa langue maternelle crée des conditions tout à fait différentes. Malheureusement, dans un avenir prévisible, une majorité d’Européens ne communiquera toujours pas dans une langue maternelle commune. Tout homme politique européen s’exprimant dans sa langue maternelle ne sera compris que par une tout petite minorité de citoyens européens.
Mais comme la langue, l’art de la rhétorique est ce qu’il y a de plus frappant chez un politique, les hommes politiques européens resteront toujours plus ou moins étrangers aux citoyens d’Europe. Bruxelles sera toujours une sorte une sorte de vaisseau spatial sans visage et sans voix. Il n’y a pas de solution à cela.
Il y a des gens qui aiment leur voiture. Pour d’autres, c'est  "juste un objet utilitaire". Il en va de même pour l’Europe: affaire de cœur ou pas, elle roule. C’est déjà ça.

Patrick Sébastien : "On vit dans une dictature masquée"

Le présentateur ne mâche pas ses mots lorsqu'il parle politique

L’animateur flingue à tout va. À 57 ans, Patrick Sébastien ne s’interdit plus rien. Révolté notamment par les hommes politiques actuels, le producteur du Plus grand cabaret
du monde revendique sa liberté de parole. Assis devant son bureau parisien, fumant clope sur clope, l’auteur du Petit bonhomme en mousse ne manie pas la langue de bois. Ça fait du bien.

- Vous dénoncez fréquemment la politique-spectacle actuelle. Mais n’en avez-vous pas été à l’origine avec "Carnaval" dans les années 80 en invitant de nombreuses personnalités ?
Patrick Sébastien :
"Je le regrette bien… Mais c’était du spectacle avant tout, une émission déjantée. J’étais le premier à humaniser les politiques. Aujourd’hui, ils viennent faire de la politique dans les divertissements. C’est ridicule et affligeant.

- Entre le milieu populaire et la politique, l’écart s’est-il creusé ?
P.S. :
C’est un précipice ! Dans les journaux télévisés, on ouvre sur Ségolène Royal qui se présente aux primaires alors qu’il y a des sujets graves ! Ça me fait gerber. Tout a commencé avec Sarko qui est d’une exemplarité abominable. Sans lui cracher dessus, ce n’est pas ce qui pouvait nous arriver de pire, mais on n’a pas été capable de trouver mieux. On ne dit pas "casse-toi pov' con" même si on le pense.

- On vous sent révolté…

P.S. : Je suis fâché avec tous ceux qui ont le pouvoir. Pourtant, j’existe quand même. Je ne ferai jamais partie des soumis, quel que soit le pouvoir. Dans le service public,
beaucoup de gens ont du boulot car ils sont copains avec le Président. Il ne faut pas se leurrer.

- Michel Drucker et Laurent Ruquier refusent d’inviter Marine Le Pen. Vous, dans votre cabaret, seriez-vous prêt à le faire ?

P.S. : Pourquoi pas ! Mais je n’invite pas de politiques dans mon émission. Si je le faisais, je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas venir. On est en démocratie et tout le monde a sa place. Je suis humaniste, donc je n’exclus personne. Mais il y a des mecs à droite, au gouvernement même, bien plus dangereux que Marine Le Pen.

- Marine Le Pen n’est-elle pas, comme l’affirment certains hommes politiques, plus dangereuse que son père ?
P.S. : Vous n’êtes absolument pas conscient de la manipulation à laquelle vous participez et qui est très bien organisée. Le calcul politique en ce moment, c’est de faire monter Marine Le Pen dans les sondages. L’adversaire qui l’affrontera au 2e tour en 2012 aura gagné ! Pour la droite, c’est un but évident.

- C’est un peu gros…
P.S. : Mais ils ont tellement la main mise sur les médias, qu’on en est à ce point-là ! Dans les journaux, on reparle des méchantes banlieues, des criminels. Les thèmes
d’insécurité sont de retour. Ce n’est pas innocent.

- Vous ne maniez pas la langue de bois…

P.S. : Je ne suis pas exemplaire, mais j’ai la chance d’avoir une tribune pour m’exprimer. Ne pas le faire, c’est de la non-assistance à personne en danger. Un artiste se doit de donner son avis. Il est le porte-voix d’une catégorie de gens. Avant, beaucoup d’artistes se mouillaient, comme Montand, Signoret ou Balavoine. Aujourd’hui, ce n’est pas Dany Boon ou Anne Roumanoff qui vont le faire… Les Lalanne, Lavilliers ou Cali, on les a laissés dans un coin parce qu’ils l’ont ramené.

- Pourquoi cette nouvelle génération d’artistes a-t-elle changé selon vous ?

P.S. : Sous Mitterrand – et je n’avais pas voté pour lui -, on avait une vraie liberté de parole. À l’époque, je pouvais dire ce que je voulais, sauf, et c’est normal, si je troublais l’ordre public. Aujourd’hui, ma cassette est visionnée avant la diffusion et le diffuseur coupe tout ce qui dérange.

- Pourtant vous continuez…
P.S. : (Il souffle) On ne peut rien faire. Et je ne vais plus continuer longtemps. On vit dans une dictature masquée. Il n’y a pas encore les soldats en arme qui vont t’arrêter
chez toi, mais on a un pied dedans.

- On dit que vous êtes, avec Laurent Ruquier, sur une liste noire de Nicolas Sarkozy…

P.S. : Je ne pense pas. Il a autre chose à foutre. Mais que l’on impose des gens sur des chaînes, sur le service public, il n’y a aucun doute. Avec moi, l’Élysée est embêtée
car je fais de l’audience.

- Pourtant votre contrat à France Télévisions va malgré tout être reconduit…
P.S. : Apparemment ! On devrait signer pour deux nouvelles saisons mais on a cherché à m’imposer des clauses d’audience impossibles (24 et 22% de part de marché). J’ai finalement réussi à les baisser, mais je suis condamné à réussir.

- Politiquement, qu’est-ce qui vous révolte chez Nicolas Sarkozy ?

P.S. : Obama, sa 1ere réforme, c’est celle de la sécu. Sarkozy, lui, c’est la suppression de la pub à la télé ! Il n’y a pas quelque chose de plus urgent ? Et cette autorisation des jeux en ligne ? C’est un cadeau à dix patrons ! En plus, on autorise la publicité alors que comme la drogue et le tabac, c’est une addiction. C’est l’illustration du
système Sarkozy. J’espère que des mômes de 25 ans déboulonneront dans 15 ans avec de nouvelles valeurs. S’ils descendent dans la rue, sans être violent, qu’est-ce que je serais content ! C’est leur avenir qui se joue."

PERSONNELLEMENT, JE NE L'AIME PAS; MAIS SES PROPOS ONT UN SENS. 

Tumeur


Laurent Gbagbo, qui s’accroche au pouvoir en Côte d’Ivoire malgré une nette défaite électorale – il a recueilli moins de 46 % des voix face à Alassane Ouattara – est de plus en plus isolé. Face à la pression internationale qui lui demande de quitter le pouvoir, l’intéressé dénonce un « complot du bloc occidental dirigé par la France », prêtant à Paris une influence perdue depuis belle lurette. On voit mal Nicolas Sarkozy dicter sa loi à Barack Obama ou à Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’Onu. Or, tous ont condamné l’inversion, par la Cour constitutionnelle ivoirienne dévouée à Gbagbo, des résultats proclamés par la commission électorale indépendante. Et que dire des désaveux qui émanent du Groupe des Sages de l’Union africaine et de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ? Difficile, ici, de parler de « complot occidental » : sur le continent noir, seul l’Angola s’est ouvertement rangé du côté du mauvais perdant.


Gbagbo fait assiéger son rival dans un hôtel d’Abidjan défendu par l’Onu, mais c’est lui, en réalité, qui est encerclé.


Toute la difficulté consiste à le déloger sans faire exploser le baril de poudre sur lequel il campe. L’option militaire serait un saut dans l’inconnu. La Cédéao peut-elle se lancer dans une guerre inter-africaine, comme elle parle de le faire ? Sans l’intervention de l’armée française, le conflit pourrait durer des années, et les représailles sur les nombreux immigrés burkinabés, béninois ou guinéens seraient terribles. Même les sanctions votées par l’Union européenne sont difficiles à mettre en place, car Gbagbo a des otages, avec les 14 000 ressortissants français qui travaillent en Côte d’Ivoire. Après avoir bloqué son avion personnel à Bâle-Mulhouse, le gouvernement français s’est bien gardé, hier, de parler de sanction. Il affirme avoir agi à la demande d’Alassane Ouattara, le président ivoirien « légitime » : le bras de fer reste diplomatique.


Pour combien de temps ? Maître de la partie riche de la Côte d’Ivoire, avec les plantations de cacao dont son pays est le premier producteur mondial, Gbagbo peut tenir des mois, voire des années. C’est une tumeur sur la terre africaine, qui n’en manque pas. L’Europe a eu la sienne, dans les Balkans, il n’y a pas si longtemps. La tumeur s’appelait Milosevic, et il avait fallu l’intervention de l’Otan pour en venir à bout.

Faut-il supprimer l’ISF ?

Alors qu’on pensait la question à jamais enterrée, voilà qu’elle revient sur le tapis. L’impôt sur la fortune est-il oui ou non une bonne affaire pour la France ? Bilan chiffré.

Chapeau au majordome qui a enregistré en douce les conversations de Liliane Bettencourt ! Non seulement il a déstabilisé le gouvernement et mis le bazar dans notre appareil judiciaire, mais il va peut-être avoir la peau de l’une des vaches les plus sacrées de notre système fiscal : l’impôt sur la fortune.
Sans lui, en effet, l’affaire Bettencourt n’aurait pas éclaté, les Français n’auraient jamais appris que la milliardaire avait reçu 30 millions d’euros de remboursement au titre du bouclier fiscal, leur rejet de ce dispositif n’en aurait pas été décuplé, 120 députés n’auraient pas osé proposer de le supprimer en même temps que l’impôt sur la fortune. Et Nicolas Sarkozy, rompant avec toute prudence, ne leur aurait pas fait cette stupéfiante réponse : «Et après tout pourquoi pas ! Parlons-en.»
A peine tiré du dossier des retraites, voilà donc notre président avec une nouvelle bombe atomique sur les bras. Car l’ISF n’est pas un prélèvement comme les autres. Symbole de la capacité de l’Etat à «faire payer les riches» et, donc, de la justice sociale tout entière, il est l’unique impôt auquel les Français tiennent. Jacques Chirac, qui a perdu la présidentielle de 1988 pour avoir voulu le supprimer, est payé pour le savoir… Depuis cet échec, les anti-ISF rongent leur frein en ressassant leurs arguments.
«Cette taxe absurde a poussé au-delà de nos frontières des dizaines de milliers d’entrepreneurs, s’étrangle l’économiste Christian Saint-Etienne. Elle nuit à la croissance et détruit des emplois.» «Ce n’est pas parce que trois de leurs copains ont pris un jour l’Eurostar que la France va s’écrouler !», réplique son collègue de gauche Thomas Piketty, en rappelant que, selon une récente étude du Credit suisse, la France est le pays d’Europe qui compte le plus de millionnaires. «C’est bien la preuve qu’il n’y a pas d’hémorragie !» Qui croire ?
Pour tenter de le savoir, nous avons – sans a priori – plongé la tête dans les dossiers, examiné les chiffres, mené l’enquête auprès des exilés. Et nous avons très vite découvert qu’il n’existait pratiquement aucune donnée sérieuse sur la question. Impossible de dénicher un rapport officiel chiffrant l’ampleur des départs de contribuables liés à l’ISF, ni la perte de recettes que cet exode entraîne. Rien non plus à propos de ses conséquences économiques et sur la création d’emplois.
«Nous n’avons aucune information là-dessus», nous a confirmé la direction des finances publiques. Ahurissant ! Le ministre du Budget lui-même y perd son latin. «En ce qui concerne les exilés fiscaux, nous devons faire preuve de prudence, car nous ne disposons pas d’éléments pertinents et rationnels», a-t-il avoué il y a quelques semaines devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Nous allons donc devoir nous débrouiller avec les rares chiffres rendus publics et les évaluations éparses des économistes qui planchent sur le sujet.

Première question : combien au juste de compatriotes aux poches pleines sont partis à l’étranger depuis 1982 pour échapper à l’ISF ? Et quelle épaisseur de liasses ont-ils enfourné dans les coffres de leur Mercedes avant de lever le camp ? Eric Pichet, professeur d’économie à l’ESC Bordeaux, évalue leur nombre à 40 000, dont 22 000 installés en Suisse. Avec eux, un patrimoine de 200 milliards d’euros aurait, selon lui, quitté le pays depuis 1988. Sa source ? «Des banquiers genevois.» On a connu plus fiable… De son côté, Christian Saint-Etienne estime que plus de 300 milliards d’euros se seraient évaporés entre 1997 et 2009. «J’ai croisé les données de huit grands cabinets fiscalistes», explique-t-il. Pas très convaincant non plus…
D’autant que les quelques données parcellaires publiées par Bercy sont loin de confirmer ses dires. Selon le ministère, 370 Français redevables de l’ISF sont partis en moyenne chaque année entre 1997 et 2003, 600 entre 2004 et 2005, et 800 entre 2006 et 2008. Soit, au total, 6 200 départs pendant la période.
Si l’on prolonge la courbe, on peut donc hasarder qu’environ 11 000 contribuables ont quitté le pays depuis 1982, quatre fois moins que les estimations d’Eric Pichet. Et, si l’on compte ceux qui sont revenus au bercail, le chiffre tombe même à 7 300. La «base taxable» moyenne de ces lâcheurs pouvant être estimée à 4 millions d’euros, toujours en fonction des données de Bercy, le patrimoine échappé ne serait donc pas de 300 milliards d’euros, mais seulement de 30. A première vue, du moins.
Car les chiffres officiels sous-estiment largement le phénomène. D’abord parce que, lorsqu’ils quittent le territoire, beaucoup de patrons propriétaires de PME ne sont pas assujettis à l’ISF – en sorte que, bien qu’ils soient souvent très riches, Bercy ne les comptabilise pas dans ses listes d’exilés fortunés. Tant qu’ils gèrent eux-mêmes leur affaire, leurs parts de capital sont en effet considérées comme des biens professionnels et, à ce titre, exonérées de l’impôt. Beaucoup préfèrent donc attendre d’avoir passé la frontière pour revendre leurs actions, à l’abri du fisc français.
Le montant des capitaux délocalisés affiché par Bercy est aussi très minimisé par son propre mode de calcul. Il est en effet évalué à partir des seuls biens taxables à l’ISF. Or ceux-ci n’incluent pas les actifs professionnels, ni les œuvres d’art. Au total, ce ne sont donc pas 30 milliards, mais plutôt 60 milliards d’euros qui pourraient avoir déserté le pays depuis 1982.
Deuxième interrogation : combien l’impôt sur la fortune rapporte-t-il réellement au Trésor public ? Là encore, il faut progresser à petits pas. En 2009, il a fait entrer 3,5 milliards d’euros dans les caisses. Mais, si l’on défalque les restitutions versées au titre du bouclier fiscal (650 millions d’euros) et les frais de gestion de l’ISF (70 millions d’euros), son véritable produit ne dépasse pas 2,78 milliards d’euros par an.
Cela représente à peine 0,85% des recettes fiscales, 47 fois moins que la TVA… Mais il faut encore soustraire de cette maigre recette le manque à gagner potentiel sur les autres prélèvements. Car les millionnaires exilés ne paient évidemment plus l’impôt sur le revenu, ni les taxes sur l’essence, ni l’impôt sur les sociétés… D’après Christian Saint-Etienne, le total de ces recettes perdues s’élèverait chaque année à 10 milliards d’eu¬ros ! Plus raisonnable, Eric Pichet se limite pour sa part à 7 milliards.
Pour obtenir ce chiffre, il a appliqué aux capitaux qui ont fui le territoire (200 milliards selon lui) le ratio, à peu près constant, entre les recettes fiscales perçues par l’Etat et le patrimoine des ménages. Si l’on fait jouer sa formule sur seulement 60 milliards d’euros de patrimoine – notre estimation à partir des sources de Bercy – elle aboutit à un manque à gagner de 2 milliards d’euros. Qu’en conclure ? Que l’ISF ne rapporte en fait pratiquement rien à l’Etat. Et qu’il se pourrait même qu’il lui coûte.
Ce n’est pas là le plus grave. Selon ses détracteurs, le principal défaut de notre ISF – si l’on excepte la Suisse et la Norvège, la France est le dernier pays d’Europe à en posséder un – est de pénaliser l’économie et l’emploi. «Il pousse au départ nos meilleurs entrepreneurs !», s’offusque Arnaud Vaissié, pré­sident de la chambre de commerce française outre-Manche. Christian Saint-Etienne considère ainsi que 20 000 patrons ont quitté le territoire entre 1997 et 2009, et que 500 000 emplois auraient pu être créés s’ils étaient restés en France. La fondation Ifrap, un think tank très libéral, avance, elle, une estimation de 100 000 postes perdus par an. Mais, du propre aveu de sa directrice, Agnès Verdier-Molinié, il s’agit d’un calcul à la louche.
Quelques exemples emblématiques suffisent en tout cas à cerner le problème. En 1998, Denis Payre, fondateur de Business Object, a pris le train avec ses millions en direction de Bruxelles. Même s’il est revenu au bercail depuis, il y a fondé une nouvelle société, Kiala, qui emploie toujours une quarantaine de collaborateurs sur place. Autre star de la nouvelle économie partie offrir des jobs à nos voisins : Pierre-François Grimaldi. Devenu multimil¬lionnaire en revendant iBazar à eBay en 2001, il a monté en Belgique Foto.com, un des leaders européens du développement photo sur Internet, qui compte près de 200 salariés.
Pour sa part, Lotfi Belhassine, l’ex-P DG d’Air Liberté, a quitté la France en 1997 pour donner naissance à LibertyTV, une chaîne belge axée sur le tourisme, assortie d’une agence de voyages. Elle fait travailler une centaine d’employés. C’est autant de perdu pour nous.
  Non seulement l’ISF incite les entrepreneurs à partir, mais il décourage ceux restés en France de développer leur affaire. Un tiers de nos patrons revendraient en effet leur société dès qu’elle atteint une valeur de 15 millions d’euros, juste avant le seuil d’imposition maximal. Il faut dire qu’à ce niveau de patrimoine, le taux appliqué (1,8% au-delà de 16,79 millions) devient vraiment dissuasif. Avec une inflation de 2% par an, il faut faire fructifier son capital de près de 4% pour ne pas le voir s’éroder. On comprend que certains soient effrayés.
Autre travers : l’ISF impose aux propriétaires de PME de rester dirigeants pour pouvoir bénéficier de l’exonération des biens professionnels. «Du coup, soit les fondateurs ne passent ¬jamais la main, soit ils occupent des postes fantômes», regrette le fiscaliste Jean-Philippe Delsol.
La loi Dutreil, votée en 2003, est, certes, censée contrer cet effet pervers : plusieurs actionnaires peuvent s’engager communément à conserver leurs titres pendant quatre ans et bénéficier d’une exonération d’ISF de 75%, même s’ils ne sont pas dirigeants. Mais, pour cela, l’ensemble de leurs parts doit représenter au moins 20% du capital de l’entreprise (si elle est cotée). Résultat : «Ils ne veulent plus faire entrer de nouveaux investisseurs, car toute augmentation de capital risquerait de les faire passer sous le seuil fatidique», souligne l’Ifrap.
L’impôt sur la fortune semble donc bien être une mauvaise affaire pour notre pays. Même à gauche, certains en conviennent. «Oui, c’est un impôt idiot», ose le maire PS d’Evry, Manuel Valls. Alors que faire, sachant que les caisses de l’Etat sont vides ? A l’évidence, aucune réforme de fond ne sera menée en 2011, à un an de la présidentielle. Le gouvernement s’orienterait plutôt vers la suppression de la première tranche d’imposition : seuls seraient taxés à l’avenir les patrimoines supérieurs à 1,2 million d’euros (contre 790 000 euros aujourd’hui).

Cette mesure exonérerait 300 000 ménages sur les 562 000 assujettis et ne coûterait que 300 millions d’euros à l’Etat. Les paysans de l’île de Ré, aux revenus modestes, mais dont les maisons ont vu leur valeur tripler ces dix dernières années, n’auraient plus à le payer. Problème : cela ne réglerait en rien la question de l’exil fiscal.
Une partie de l’UMP tente donc de faire passer auprès de l’Elysée l’idée d’une suppression conjointe du bouclier fiscal et de l’ISF, compensée par la création d’une tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. Avec un taux de 50% au-delà de 83 000 euros de salaire annuel, cette disposition rapporterait 2 milliards, selon une étude du sénateur Philippe Marini. Mais elle n’enthousiasme guère Nicolas Sarkozy…
A gauche, l’idée ne séduit pas grand-monde non plus, si l’on excepte Manuel Valls. «Un rentier est déjà beaucoup moins taxé qu’un cadre supérieur, pourquoi aggraver les choses ?», râle le député PS Pierre-Alain Muet, qui suggère plutôt de s’inspirer de l’exemple néerlandais. Les ingénieux Bataves ont, certes, aboli leur impôt sur la fortune en 2001. Mais ils l’ont remplacé par une taxe de 30% sur le rendement théorique que leur patrimoine est censé rapporter (4%). Ce qui, en somme, revient à imposer le capital à 1,2%. Supprimer l’ISF sans supprimer l’ISF, il suffisait d’y penser !
Stéphane Loignon
Ce que l’ISF nous rapporte
2,8 milliards d’euros net de recettes fiscales
Soit 3,5 milliards d’euros de recettes d’ISF, moins 70 millions d’euros de frais de gestion et 650 millions d’euros au titre du bouclier fiscal
Ce que l’ISF nous coûte
Estimation basse (1) :
2 milliards d’euros de recettes perdues pour les autres impôts
60 milliards d’euros de capitaux français partis à l’étranger
(1) Estimations Capital à partir
des données de Bercy.
Estimation haute (2) :
10 milliards d’euros de recettes perdues pour les autres impôts
300 milliards d’euros de capitaux français partis à l’étranger
0,2% de croissance en moins par an
500 000 emplois en moins
(2) Source : Christian Saint-Etienne, économiste.

La riposte des proches de DSK à l'UMP : "Même pas peur !"

Christian Jacob a accusé Dominique Strauss-Kahn d'avoir "peur" de se présenter à l'élection présidentielle. Le député UMP s'est attiré les foudres du socialiste Jean-Christophe Cambadélis, un proche de DSK, qui a estimé que c'était la droite qui craignait les socialistes pour 2012. 
 Courte trêve de Noël chez les politiques. Après le match de samedi à l'UMP entre Chantal Jouanno et Rachida Dati à propos de l'élection municipale de 2014 à Paris, c'est un proche du patron de l'UMP, Jean-François Copé, qui s'en est pris avec virulence à Dominique Strauss-Kahn dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012. Pour Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, "Dominique Strauss-Kahn est en vraie difficulté". Le patron du FMI "est en train de se révéler comme quelqu'un qui n'arrive pas à choisir. Pour être candidat à l'élection présidentielle, il faut le vouloir. On a le sentiment qu'il est incapable d'assumer. Il a peur ! On découvre un DSK craintif, incapable de trancher. On aurait grand tort de sous-estimer Ségolène Royal et Martine Aubry. Dans le trio, le faible, c'est Strauss-Kahn !", assène le député de Seine-et-Marne.
La riposte n'a pas tardé. Sur son site internet, le député socialiste de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, un proche du directeur général du FMI, estime qu'avec ces petites phrases Christian Jacob "démontre que l'UMP craint DSK en général et la gauche en particulier". "Jacob est tellement transparent qu'on en redemande. Comme Rantanplan (NDLR : le chien limité de Lucky Luke), il indique la bêtise !", souligne ce membre de la direction du PS.
Les derniers sondages publiés avant la pause des fêtes de fin d'année continuaient d'indiquer la nette domination de Dominique Strauss-Kahn à gauche et dans les hypothèses de duels de second tour contre Nicolas Sarkozy. DSK et Nicolas Sarkozy sont d'ailleurs actuellement tous deux en villégiature à Marrakech. Mais aucune rencontre officielle n'est prévue entre le président français, qui va diriger le G8 et le G20 en 2011, et son possible adversaire de 2012. 
Dominique Strauss-Kahn, contraint par le calendrier du FMI, devrait dire avant l'été prochain s'il est candidat aux primaires socialistes de désignation du candidat de 2012. La compétition entre les présidentiables PS est prévue à l'automne 2011, moment où Nicolas Sarkozy devrait faire savoir s'il est candidat à un second mandat.
D'ores et déjà, plusieurs socialistes ont déclaré leur candidature aux primaires. Ségolène Royal, l'ex-candidate de 2007, est déjà partie en campagne, en multipliant les visites "de terrain" et les interventions médiatiques. Arnaud Montebourg et Manuel Valls se sont eux aussi lancés. L'ancien patron du PS, François Hollande, pourrait entrer en lice en mars, avant ou après les cantonales. Et Martine Aubry, qui est décidée à ne pas laisser le champ libre aux ténors du parti, intensifie elle aussi sa présence sur le terrain et dans les médias. La première secrétaire est liée par le "pacte" conclu avec Dominique Strauss-Kahn, accord en vertu duquel un seul des deux se présenterait aux primaires, mais elle pourrait décider elle aussi de jouer sa chance.
Une réunion du bureau national du PS est prévue le 11 janvier pour arrêter le dispositif final de désignation du candidat de 2012. Et au printemps, le PS présentera son projet électoral.

Liberté religieuse

Aujourd'hui, dans le monde, de nombreux massacres sont commis pour des motifs religieux. C'est ainsi que, le 29 mai, au Pakistan, plus de cent musulmans Amhadi ont été massacrés au prétexte qu'ils n'étaient pas de « bons musulmans » ! En octobre, les talibans assassinaient une grande personnalité de l'Islam : Mohammad Farooq Khan était reconnu par tous comme un homme de dialogue.

Cet automne, pour la première fois, un tribunal pakistanais s'est appuyé sur la loi anti-blasphème pour condamner à mort une catholique, Asia Bibi. Vraisemblablement victime d'une cabale populaire et des superstitions locales, cette femme de 40 ans, mère de deux enfants, attend au fond d'une prison. Il ne lui reste plus que l'espoir d'une grâce présidentielle.

En Irak, cet automne, lors des fêtes de la Toussaint, quarante-quatre personnes ont été assassinées dans la cathédrale de Bagdad. Peu avant Noël, en Inde, les chrétiens de l'État d'Orissa, menacés par des extrémistes hindouistes, demandaient aux autorités de les protéger. Pendant les fêtes de Noël, la violence s'est déchaînée contre les chrétiens : au Pakistan comme au Nigéria, des dizaines de personnes ont été tuées à cause de leur foi.

Il est inquiétant de constater que la haine religieuse monte dans le monde. En Orient, en Afrique, en Asie... Elle gagne même des pays jusqu'alors épargnés et touche différentes religions. Si les chrétiens sont la cible d'odieux attentats, en particulier lors des fêtes religieuses, les musulmans sont, eux aussi, victimes de cette intolérance.

Un rempart contre la haine

De nombreux attentats sont revendiqués par des mouvements brandissant une conception totalitaire de l'Islam. Leur rêve d'imposer à tous une seule foi et une loi unique est critiqué par les musulmans eux-mêmes.

Mais ces mouvements manipulent l'inculture, les superstitions et la misère des foules. Ils attisent la haine religieuse en s'appuyant, par exemple, sur les lois anti-blasphème. Les autorités politiques qui les promulguent portent une lourde responsabilité.

Ces tristes événements montrent à quel point il serait irresponsable de laisser libre cours à l'intolérance religieuse. Elle est le tremplin des fanatismes qui ont en commun la volonté d'asservir l'homme. Il serait dangereux de se taire par lâcheté et de faciliter la tâche de ceux qui revendiquent aujourd'hui la « pureté religieuse » comme d'autres revendiquaient, hier, la « pureté de la race ».

Alors, quand Benoît XVI demande la protection des chrétiens dans certains pays et le respect général de la liberté religieuse, c'est d'une grave et urgente actualité. Dans son message de Noël, le pape a parlé en tant que chef d'État du Vatican. Notamment, lorsqu'il a appelé « les responsables des nations à une solidarité active » envers les chrétiens persécutés d'Irak et d'Orient... Et lorsqu'il a invité « les responsables politiques et religieux à s'engager pour le plein respect de la liberté religieuse ».

Il est urgent de se mobiliser contre la haine religieuse. Les Nations unies comme l'Union européenne ont un rôle à jouer pour arrêter le tsunami de l'intolérance. Elles doivent avoir le courage de promouvoir le respect de la liberté de conscience et de la liberté religieuse, et celui de dénoncer vigoureusement les lois anti-blasphème. Comme le rappelait l'archevêque d'Alger, Mgr Ghaleb Bader, la nuit de Noël, « la religion, le rapport de l'homme à Dieu, ne peut jamais justifier (...) un acte de violence ».

Page blanche, points rouges

C’est devenu très rare. L’agenda politique pour cette semaine qui s’ouvre est blanc comme neige. Pas l’ombre d’une polémique à l’horizon. Pas même un soupçon de débat qui ferait une petite tache de couleur sur les étendues immaculées des campagnes du Grand est. Même les tribulations dans les transports s’achèvent sur une petite musique plutôt positive. Les Français qui ont subi leurs conséquences ont fait montre, dans l’ensemble, d’une bonne humeur fataliste qui dément la réputation de notre inclination nationale à la râlerie. De son côté, le gouvernement a géré l’épisode avec dignité et modestie, comme il le fallait, mettant l’accent sur l’essentiel, cette exigence d’informer qui n’est rien d’autre que le respect élémentaire de la dignité des voyageurs. C’est bien sur ce critère d’appréciation qu’il appartient désormais aux pouvoirs publics de renégocier les agréments des compagnies aériennes dans les aéroports français et de dresser le bilan de la réactivité de nos propres régies nationales, régionales, départementales et locales - ferroviaires, routières ou administratives - face aux intempéries. En n’oubliant pas, bien entendu, les efforts déployés par des centaines d’agents pour œuvrer à ce « retour à la normale » qui nous apparaît comme un dû.

Une certaine légèreté parvient finalement à s’installer dans le calendrier entre le 25 décembre et le 1 er janvier. Son intitulé sucré est, en lui-même, révélateur d’un luxe que seuls les pays riches peuvent s’offrir : échapper au tumulte de l’actualité dans l’atmosphère ouatée d’un entre-deux institutionnel. « La trêve des confiseurs » est un petit miracle sémantique qui conserve le pouvoir de mettre en sommeil les passions et les appétits : la faim de 2012 et la soif des rêves de présidentielle sont provisoirement apaisées et étanchés par les libations des fêtes, et les congés des prétendants sous le soleil de Marrakech.

Ce temps suspendu n’est pas assez surnaturel, hélas, pour arrêter les assauts souvent invisibles de la misère, ni pour évaporer les sentiments de relégation. L’insouciance momentanée ne franchit pas le seuil de la pauvreté et les sans-abri savent bien qu’elle ne résiste pas aux températures négatives. Pour les plus démunis, les angoisses, les solitudes et les souffrances ne connaissent pas de pause.

Des bons sentiments ? Une exigence de conscience surtout. Notre relative quiétude hexagonale ne saurait pas, non plus, faire abstraction des flaques de sang du Pakistan, où les attentats lourds de menace jettent un voile d’avertissement écarlate sur l’avenir immédiat de cette région stratégique pour l’équilibre du monde. Elle ne peut effacer l’attente interminable des otages d’Afghanistan et du Mali. Autant de points rouges et douloureux sur le 52 e et dernier volet de 2010.

Les mauvais comptes du bonus écologique


L’automobiliste est blanchi sous le harnais. À chaque fois qu’il met le contact, il réveille à la fois les chevaux-vapeur et la vache-à-lait des finances publiques.
L’inoubliable Paul Ramadier avait ouvert la voie dans les années 50 avec sa fameuse vignette. Taxe provisoire destinée à venir en aide aux personnes âgées, l’increvable vignette resta fringante jusque dans les années 2000. Sans que les anciens n’en voient jamais la couleur.
Avec le Grenelle de l’Environnement, changement de logique pensait-on. Pour une fois, l’Etat et l’automobiliste jouaient gagnant-gagnant. En ouvrant en grand la chasse au CO2, Jean-Louis Borloo comptait faire coup double : “rouler propre” et relancer la filière auto. Craché juré, la prime à la casse, le bonus écologique et son pendant le malus allaient faire de l’automobiliste un parangon de vertus. Au diable le gaz carbonique, vive le pot d’échappement vert.
Mais à peine Borloo a-t-il tourné les talons que l’Etat fait ses comptes. Le bonus a coûté 500 millions en 2010. Halte au feu s’époumonent les grands argentiers du gouvernement. Du coup, le bonus écolo a du plomb dans l’aile. Dès janvier, les voitures éligibles au bonus se feront plus rares. 55 % des ventes ont profité du dispositif cette année estiment les spécialistes. L’an prochain, ce sera tout juste 6 % calculent-ils... Dans l’affaire, les constructeurs font grise mine. Et l’automobiliste a le sentiment d’être une nouvelle fois taxé. Question d’habitude...

L'acteur Bernard-Pierre Donnadieu est décédé

La mâchoire carrée, la silhouette bourrue de cet ancien élève de Robert Hossein lui avaient valu d'incarner souvent les rôles de criminels, de subversifs.
Après des apparitions chez des réalisateurs renommés (Claude Lelouch, Roman Polanski, Jean-Jacques Annaud...), Bernard-Pierre Donnadieu accède à la consécration avec "Le Professionnel" de Georges Lautner (1981), où il campe l'inspecteur Farges face à Jean-Paul Belmondo. Un an plus tard, il incarne le "vrai" Martin Guerre aux côtés de Gérard Depardieu dans "Le retour de Martin Guerre" de Daniel Vigne.
En 1984, sa composition d'un criminel dangereux dans "Rue Barbare" de Gilles Béhat lui vaut une nomination comme meilleur acteur dans un second rôle au César. Quatre ans plus tard, il devient un terrifiant psychopathe dans "L'homme qui voulait savoir" (George Sluizer, 1988) pour lequel il remporte le prix d'interprétation aux festivals de Madrid et d'Oporto. On se souvient aussi de lui dans "la Passion Béatrice" (1987) de Bertrand Tavernier.
Par la suite, Bernard-Pierre Donnadieu poursuit principalement sa carrière au théâtre et à la télévision, souvent sous la direction d'Yves Boisset, pour lequel il interprètera notamment Roger Salengro dans "Roger Salengro, exécution d'un ministre" (2009).
Au cinéma, sa dernière apparition remonte à 2008 dans "Faubourg 36" de Christophe Barratier.

Le message du chômage

Inutile de chercher une quelconque lueur dans le sombre tableau de l'évolution du chômage en novembre dressé le soir de Noël : il n'en comporte aucune. Dans la catégorie des demandeurs d'emploi sans aucun travail - 2,69 millions d'inscrits à Pôle emploi, les seuls que l'on puisse sans malhonnêteté qualifier de chômeurs -, tous les publics sont frappés par la recrudescence du mal social. Hommes de moins de 25 ans, femmes de plus de 50 ans, chômeurs de fraîche date ou de longue durée, personne n'est épargné. Les faits observables, mesurables, manquent pour expliquer que, par un parfait mouvement de balancier, le terrain gagné en octobre ait été perdu en novembre. Sans doute, l'extinction progressive des conventions de reclassement qui se sont multipliées au plus fort de la crise prend-elle part au phénomène, mais pas dans une telle ampleur. Nostalgique des grands plans d'embauche dans le secteur public, le Parti socialiste voit, lui, dans ce rebond du chômage en novembre la sanction d'une absence de politique de l'emploi. Pourtant, même si c'est à un rythme moindre qu'en début d'année, même si cela demeure dépendant des allégements de charges, l'économie s'est remise à créer des postes, plus vite et plus fort qu'on ne l'avait cru. Curieusement, un élément propre à la conjoncture de l'automne n'est pas évoqué : un contexte social déprimant, avec ses arrêts de travail et ses blocages répétés contre la réforme des retraites. Comment penser que, après avoir fait chuter la production de l'industrie en octobre, ces mouvements sociaux n'aient pas affecté le moral des chefs d'entreprise et leur comportement d'embauche ? Fort heureusement, un mois ne fait pas une tendance. Or celle-ci demeure meilleure dans cette deuxième moitié de l'année qu'elle ne le fut dans la première. Et, quoi qu'il arrive en décembre, elle restera bien meilleure en 2010 qu'en 2009. L'accident ne change pas le cours d'une histoire du chômage dont le passé récent enseigne, à la fois, qu'il a moins subi en France que dans la moyenne de la zone euro l'impact de la crise financière, et, aussi, que le rétablissement sera lent, fragile et chaotique. Ces soubresauts d'une courbe qui peine à se stabiliser changent-ils en revanche la perspective d'avenir, qui décrit volontiers le retour à 9 % de chômage d'ici à la fin 2011 ? A tout le moins, ils renforcent, à défaut de politique monétaire européenne aussi agressive contre le chômage que l'est celle de la Réserve fédérale américaine, l'exigence de politiques économiques européennes convergentes à maintenir aussi serré que possible l'étau sur le pouvoir d'achat. Un arbitrage entre salaires et emploi aussi douloureux qu'il sera nécessaire en 2011 afin d'éviter que l'Europe ne devienne le réservoir à chômeurs de l'Amérique.

La présidentielle, l'envie et le besoin


La nouvelle année apportera forcément des réponses à quelques questions brûlantes. On verra ainsi comment la croissance, le déficit ou l'emploi se positionneront sur l'échelle des chiffres ; comment l'euro se sortira de la seringue ; comment la Chine gérera son inflation ou les Etats-Unis remédieront à leur croissance traînante… Mais tout cela paraît secondaire à beaucoup, au regard de cette interrogation essentielle : DSK sera-t-il finalement candidat à l'élection présidentielle ?


Certains « strauss-khanologues » avancent quelques indices. Il en aurait effectivement « envie », mais, en bon responsable, il y mettrait trois conditions : que le PS adopte un programme social-démocrate ; que l'union de la gauche et des verts soit réalisée ; que la crise mondiale, au moment de son choix décisif, ne lui interdise de quitter son poste sous peine de paraître déserter. Tout cela est parfaitement raisonnable, mais inquiétant pour ses partisans. Reste justement l'« envie », qui surmonte la raison et force parfois la victoire. Il leur reste à souhaiter qu'il en soit saisi, au point de se lancer même sans la certitude d'être élu.


C'est cette envie, au sens le plus fort, qui distingue déjà les autres candidats. Martine Aubry, par exemple, ne donne pas l'impression d'en être habitée (elle dit rêver du ministère de la Culture). Du côté verts, Nicolas Hulot se tâte, ce qui n'est pas bon signe. Les autres socialistes candidats aux primaires sont plus allants, mais avec des chances limitées. Et il y a toujours Ségolène Royal, dont l'envie est toujours telle qu'elle a toute la force d'un besoin. Le besoin, voilà le vrai critère. Parmi tous les autres, ils ne sont que deux à l'éprouver aussi fort : Bayrou et Mélenchon, parce qu'ils partagent avec elle le besoin vital d'exister, dont la candidature est le principal moyen. Restera la question de fond : de qui et de quoi les Français ont-ils le plus besoin ?

Mikhaïl Khodorkovski


L'ex-oligarque qui s'apprête à entendre le verdict de son second procès connaît sans doute le dicton russe selon lequel « Ce n'est pas la loi qu'il faut craindre, mais le juge ». Depuis sa condamnation en 2005 à huit ans de prison pour « vol par escroquerie à grande échelle », l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos croupit dans le pénitencier sibérien de Krasnokamensk, à plus de 6.500 km de Moscou. Le parquet a requis quatorze années de détention supplémentaires, pour le détournement supposé de 218 millions de tonnes de pétrole, contre celui qui fut un temps l'homme le plus riche de Russie et la seizième fortune mondiale. La chute de ce Moscovite de religion juive, ingénieur chimiste comme ses deux parents, a été aussi spectaculaire que son ascension. L'ex-militant des Jeunesses communistes a commencé de s'enrichir en commerçant avec l'Occident durant la Perestroïka, avant de passer à la vitesse supérieure en fondant la banque Menatep. Si le soutien de Boris Eltsine lui a permis de mettre sans véritable concurrence la main sur Ioukos lors de sa privatisation, l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir a marqué le début de ses ennuis, d'autant que le nouveau maître du Kremlin a peu apprécié son soutien financier à plusieurs partis d'opposition. Dans sa disgrâce, le magnat déchu a toutefois reçu le soutien du Conseil de l'Europe et de personnalités comme Elie Wiesel et Mario Vargas Llosa. Le compositeur estonien Arvo Pärt lui a même dédié une symphonie, en se souvenant sans doute qu'il est aussi l'auteur de la musique du film « Raison d'Etat »

dimanche 26 décembre 2010

Comment vieillir avec grâce

L’Europe est à un carrefour, mais elle va trouver un moyen de partager avec le reste du monde son séduisant modèle politique, social et économique. 
 L’Europe est en crise, mais heureusement, ça ne sent pas la poudre comme il y a soixante ans. Le projet européen est robuste, une robustesse qui s’est développée au fil d’années de construction méticuleuse, il sait apaiser les tensions et les sensibilités qu’elles dissimulent. Nous n’en sommes pas moins à un instant critique, non parce que l’économie est en difficulté, mais parce que le fait d’être ensemble a perdu de son charme. Cela reste certes la solution la plus rationnelle, mais l’étincelle de la passion a vécu. Le problème est à la fois psychologique et réel. Psychologique, parce que l’Europe connaît un déclin relatif, et que sa politique est orientée vers la gestion du déclin afin d’en atténuer le choc. Nous sommes en mode défensif.
En général, on recommande deux choses à un mortel en proie aux affres de la crise de l’âge moyen : il faut soit trouver de meilleures façons de répondre au stress, renoncer à l’alcool, se mettre au yoga ; ou alors, il faut reconnaître que l’on n'est plus tout jeune, y voir une chance de faire le point et peut-être de changer de vie, s’intéresser à d’autres choses, voyager, retourner à l’école, s’essayer à un nouveau sport. Regarder grandir ses enfants et ses petits-enfants.
Jusqu’à maintenant, l’Europe s’en est abstenue, préférant se soumettre constamment à des thérapies de rajeunissement tout en continuant à jouer les jeunes premières. C’est cette logique qui a sous-tendu le traité de Lisbonne et l’agenda sur le réchauffement climatique. Et une fois que l’Union aura repensé son système de gouvernance macro-économique en faveur d’une plus grande harmonisation fiscale, elle devra relever des défis structurels comme l’évolution démographique du continent.
Il n’est jamais néfaste de faire de l’exercice, mais l’Europe dont je rêve est en phase avec elle-même. Ne nous faisons pas d’illusions. A moins de désastres majeurs, l’Europe va devoir faire de la place à la table pour la Chine, l’Inde et d’autres puissances émergeantes. Sa part de la population mondiale aura chuté de 25 % en 1900 à 5 % en 2050, selon les projections, et elle ne pourra tout simplement plus exercer la même influence.
Nous aurions aussi intérêt à comprendre que nous avons énormément à apprendre du monde extérieur. Il existe en Europe un vigoureux consensus quant au fait que la croissance ne peut découler que de l’innovation et de l’esprit d’entreprise. Pour ce qui est d’améliorer nos infrastructures “de croissance”, surtout les universités, et de progresser dans la commercialisation de la connaissance, des pays comme Singapour, l’Australie ou les Etats-Unis auraient bien des leçons à nous donner.
Cela ne veut pas dire que nous devrions rester assis sans rien faire pendant que d’autres bondissent sous les feux de la rampe. Nous ferions mieux de nous préparer à une longue marche au cours de laquelle la force et l’endurance de notre modèle politique, économique et social joueront un rôle de premier plan là où d’autres, ayant présumé de leurs forces, mordront la poussière. L’Europe s’est dotée de certains des meilleurs modèles de gouvernance en ce qui concerne la politique sociale et de la santé : ce seront là des atouts quand d’autres puissances commenceront à devoir répondre aux exigences croissantes de leurs peuples et de leurs électorats, mais aussi à l’évolution des tendances démographiques.
L’Europe devrait revenir aux fondamentaux, et se développer à partir de ce qui se trouve au cœur de son concept. Sur le plan intérieur, cela revient avant tout à exploiter le marché unique jusqu’à la corde. Avec le recul, il s’agit clairement de l’un des grands succès européens. Quoi qu’il en soit, le nombre d’obstacles et de barrières qui se dressent sur sa route et l’empêchent d’atteindre son altitude de croisière est choquant. Plus de la moitié des entrepreneurs européens signalent qu’ils peinent à vendre leurs produits à d’autres Etats-membres, pour ne rien dire des services et des flux de capitaux. Il est temps de riposter.
Il est par ailleurs essentiel que nous restions fidèles à nos valeurs et que nous œuvrions à améliorer les systèmes politiques européens. En période de crise, la démocratie est généralement la dernière chose dont se soucient les gens. Pourtant, il y a fort à faire pour moderniser le domaine de la responsabilité publique en Europe. Parmi les nombreuses façons qu’a l’Union d’exercer son influence, le fait d’être un modèle de gouvernance séduisant est l'une des plus durables et des plus efficaces. C’est une idée que nous devrions défendre avec énergie.
Enfin, revenir aux fondamentaux, c’est d’abord reporter notre attention sur nos voisins et les candidats à l’intégration. Les formidables progrès accomplis par des pays comme la Turquie représentent pour l’Union une occasion de consolider son emprise sur son voisin. L’intégration dans l’UE reste toujours très en vogue à Ankara, bien que d’autres projets aient clairement le vent en poupe. L’UE ne va pas tarder à être à court de nouveaux chapitres à ouvrir dans les pourparlers sur l’intégration de la puissance musulmane. L’heure de vérité approche, et nous avons tout à perdre si nous passons à côté.
Il n’y a rien de mal à vivre dans un monde toujours plus divers. Ayant longtemps résidé à Londres, j’ai souvent repensé à cette phrase de Dean Acheson, qui disait qu’avec la perte de son empire, la Grande-Bretagne n’avait plus de rôle à jouer. Cette notion, dont les échos sont encore perceptibles en Grande-Bretagne, pourrait aujourd’hui valoir pour l’Europe. Et tout comme le Royaume-Uni s’en tire plutôt bien sans son empire, l’Europe aussi pourra se débrouiller une fois dépouillée de ses idées grandioses.

Côte d'Ivoire: Ouattara appelle à la grève

La coalition de partis politiques soutenant Alassane Ouattara a appelé à "cesser les activités" en Côte d'Ivoire à compter de demain "jusqu'au départ du pouvoir de Laurent Gbagbo", dans un communiqué. La direction du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) demande aux Ivoiriens "ainsi qu'à tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire (...) de cesser toutes leurs activités à compter du lundi 27 décembre 2010 jusqu’au départ du pouvoir de Laurent Gbagbo".

Cette demande fait suite à "un appel à la désobéissance" lancé par Guillaume Soro, Premier ministre de M. Ouattara, "face à (la) tentative de confiscation du pouvoir par Laurent Gbagbo", souligne le communiqué, signé par l'un des principaux dirigeants du RHDP, Alphonse Djédjé Mady. L'appel de Soro, lancé le 21 décembre, n'avait pas été suivi d'effet à Abidjan, capitale économique du pays.

En revanche, le transport de vivres et marchandises par voies routière et ferroviaire entre Bouaké (centre) - fief de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) - et Abidjan, est interrompu depuis le 23 décembre, en réaction à l'appel à la désobéissance de Soro qui est également chef des FN. Ouattara a été reconnu vainqueur de la présidentielle du 28 novembre par la quasi-totalité de la communauté internationale, mais sa victoire a été contestée par le président sortant Laurent Gbagbo qui s'est maintenu au pouvoir après avoir été déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel ivoirien.

Laurent Gbagbo : «Il y a un complot contre moi»

Le président ivoirien sortant rejette les menaces d'intervention militaire brandies par ses voisins. 
La menace d'une intervention militaire en Côte d'Ivoire se précise. Vendredi, à l'issue d'un sommet exceptionnel de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), les présidents de la région ont à nouveau enjoint Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. La Cédéao s'est dite prête à utiliser la «force légitime» et a évoqué des poursuites internationales contre les responsables des violences à Abidjan. Une mission diplomatique est attendue mardi dans la capitale économique ivoirienne, composée des présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien, pour tenter de convaincre le président sortant de quitter le pouvoir.
La Cédéao a menacé d'utiliser la force si vous ne renonciez pas au pouvoir. Prenez-vous cette annonce au sérieux ?
Laurent GBAGBO. - Toutes les menaces doivent êtres prises au sérieux. Mais, en Afrique, ce serait bien la première fois que des pays africains seraient prêts à aller en guerre contre un autre pays parce qu'une élection s'est mal passée ! Regardez un peu la carte de l'Afrique, regardez où ça se passe plus ou moins bien, ou plus ou moins mal, et regardez là où il n'y a pas d'élection du tout. Si on devait aller en guerre dans tous ces cas-là, je crois que l'Afrique serait perpétuellement en guerre. Donc je prends au sérieux les menaces mais je reste tranquille. J'attends de voir.
Vous ne croyez donc pas à la possibilité d'une intervention militaire ?
Les gens peuvent déraper. Mais ils ont aussi décidé de m'envoyer une délégation. On aurait dû commencer par là. On aurait économisé beaucoup de malentendus. Il faut venir voir ce qui se passe en Côte d'Ivoire. Quand on a vu, alors on prend une décision. Ici, nous avons des lois, nous avons une Constitution, des règles. C'est ça qui fait une élection, comme dans tous les pays modernes. Et selon cette Constitution, c'est moi qui suis élu président de la République de Côte d'Ivoire. C'est tout, et c'est simple.
Est-ce pour vous la condition préalable à une solution pacifique ?
Je ne pose jamais de préalable à une discussion. Il faut aller au fond des choses. Moi je constate que les règles en vigueur dans ce pays, qui n'ont jamais été discutées par qui que ce soit, font que je suis président de la République. Je mettrai ça sur la table. Avant, personne ne se plaignait du Conseil constitutionnel.
Outre la Cédéao, l'organe financier régional, l'Umoa, a décidé de transférer une partie des pouvoirs à Alassane Ouattara…
C'est gênant, mais il y a toujours une solution. Dans ce domaine qui est très délicat, il faut mieux ne pas parler. Mais ce n'est pas la Banque centrale africaine qui paye les salaires des fonctionnaires. C'est l'argent de la Côte d'Ivoire. La décision de l'Umao n'a aucun sens.
Vous mettez aussi en cause l'objectivité de l'ONU, dont vous demandez le départ. Comment comptez-vous forcer l'Onuci à partir ?
Je l'ai dit. J'ai demandé ce départ par voie diplomatique et nous l'obtiendrons par voie diplomatique. On va discuter. Ce n'est pas par la guerre que l'on va obtenir cela. Ici, l'ONU et son chef se sont montrés partisans. Or l'ONU devait être une force impartiale. Ces forces sont maintenant partisanes, on se demande ce qu'elles font là.
Vous vous sentez victime d'un complot ?
Avant qu'on aille aux élections, j'avais demandé que l'accord de Ouagadougou soit appliqué. Si j'ai fait ma part, je demande que les autres fassent leur part en désarmant. Cela n'a pas été fait. Puis tout le monde s'entête pour que l'on vote quand même. Là, on peut parler du début du complot. On me dit : le désarmement, ce n'est pas très grave et moi-même je n'avais pas de raison de douter des rebelles avec lesquels je gérai la sortie de crise et qui se comportaient de façon loyale. Je ne pensais pas qu'ils utiliseraient les armes pour pervertir les élections à venir. Ensuite les institutions sont en place. Elles proclament le résultat et là tout le monde dit que c'est Alassane Ouattara qui est reconnu…
Qui sont les acteurs de ce complot ?
C'est surtout l'ambassadeur de France et l'ambassadeur des États-Unis. (…). Ils sont allés chercher Youssouf Bakayako, le président de la Commission électorale indépendante, pour le conduire à l'hôtel du Golf qui est le quartier général de mon adversaire. Là-bas, alors qu'il se trouve hors délais et tout seul, ce qui est grave, on apprend qu'il a dit à une télévision que mon adversaire est élu. Pendant ce temps-là, le Conseil constitutionnel travaille et dit que Laurent Gbagbo est élu. À partir de là, Français et Américains disent que c'est Alassane Ouattara. C'est tout ça que l'on appelle un complot.
C'est le discours que vous tiendrez mardi à la délégation de chefs d'État envoyée en Côte d'Ivoire par la Cédéao ?
Ce sont les faits ! Et je dirai les faits en toutes circonstances ! Je ne cherche pas à convaincre. Je leur dis de vérifier la matérialité des faits. Quand les gens se détachent des faits, c'est qu'ils ne veulent pas la vérité. Je ne comprends pas pourquoi ils cherchent à créer un conflit, (…) pourquoi ils poussent à un affrontement interne.
Le porte-parole du gouvernement évoque un risque de guerre civile si la Cédéao intervient, un risque pour les communautés étrangères, africaines et européennes, vivant en Côte d'Ivoire…
S'il y a un désordre intérieur, une guerre civile, il y aura des risques, car nous n'allons pas laisser piétiner notre droit, notre Constitution, ça il faut que cela sorte de la tête des gens. Nous n'avons pas peur. C'est nous qui sommes agressés. C'est nous qui avons le droit pour nous. Jusqu'où ceux qui nous agressent sont-ils prêts à aller ? Quand j'ai été attaqué en 2002, nous n'avons vu ni la France, ni les États-Unis, ni la Cédéao prendre la moindre sanction. Les agresseurs de l'époque étaient connus. Tout le monde était sourd et muet, comme les singes de la parabole. Ce qui se passe aujourd'hui est la continuation de l'agression de 2002. Aujourd'hui ils retrouvent tous la parole et ils disent «haro sur Gbagbo». Mais Gbagbo, il a le droit avec lui !
L'ONU parle tout de même de 173 morts dans des affrontements, de cas d'enlèvements, d'exécutions extrajudicaires…
En 2000, quand j'ai pris le pouvoir, les mêmes gens avaient sorti des histoires de charnier à Yopougon, des assassinats. On avait demandé à l'ONU de faire une enquête. Il y avait eu un rapport. Le fond du débat aujourd'hui, c'est : qui est élu ? Et comme on ne veut pas de ce débat, on glisse vers les entraves aux droits de l'homme, les assassinats. Il faut constater la similitude entre 2000 et 2010. Je vais demander au ministre de la Justice d'ordonner des enquêtes. On n'a pas peur de ce débat.
La CPI pourrait-elle se joindre à cette enquête ?
Lors des discussions de paix de Marcoussis en janvier 2003, un chef d'État voisin, qui vient d'être réélu à 80 %, avait déjà dit que je devais être livré à la CPI. C'était succulent venant de lui. Peut-être aurais-je dû me faire élire à 80 %, j'aurais été moins suspect. Aujourd'hui, en 2010, c'est le même scénario. Je ne suis pas surpris. Il y a un complot qui vise à installer Ouattara au pouvoir.
Des pays africains aussi, comme le Nigeria, demandent votre départ…
Je ne veux pas parler de cela. Dans les réunions des pays africains, les représentants des pays occidentaux sont plus nombreux dans les couloirs que les Africains. Les pressions sont énormes. On n'en peut plus. Et quand on subit ce que je subis, on se dit que Mugabe (toujours président du Zimbabwe, malgré sa défaite aux élections, NDLR) n'avait pas totalement tort.

Economie, crise, reprise... re-crise ?

Après la récession de 2009, la France a connu en 2010 une reprise économique bienvenue mais insuffisante pour faire baisser fortement le chômage et la crise des dettes publiques dans la zone euro a accru la pression en faveur de l'assainissement de ses finances.

Tout en participant au sauvetage de la Grèce puis de l'Irlande, les autorités françaises ont ainsi dû s'employer à rassurer les investisseurs sur leur détermination à réduire les déficits et leur capacité à conserver à la France sa note "triple A", désormais considérée comme un trésor national.

Sur le seul front de la croissance, 2010 restera comme une année de (relativement) bonnes surprises: alors que le gouvernement n'espérait il y a un an qu'une reprise très molle, avec une hausse du PIB limitée à 0,75%, il a pu revoir ses ambitions à la hausse au fil des mois.

La prévision officielle a été portée à 1,4% en janvier, "au moins 1,5%" en septembre et 1,6% quelques semaines plus tard. Il y a quelques jours, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, évoquait "un gros 1,6%". Une remontée graduelle qui illustre la méthode adoptée cette année par Bercy: fixer des objectifs prudents... pour mieux les dépasser.

Cette tâche risque d'être plus ardue en 2011, la conjoncture ayant déjà contraint l'exécutif à revoir ses ambitions à la baisse. Le budget de la France pour 2011 est bâti sur l'hypothèse d'une croissance de 2,0%, contre 2,5% espéré début 2010. La plupart des économistes n'attendent au mieux que 1,6%.

La reprise de 2010 n'aura pas suffi, loin de là, à effacer les pertes des deux années précédentes. Ainsi, la production industrielle en France se situe encore 10% en dessous de son niveau d'avant la crise.

Les dépenses de relance auront pourtant été conséquentes: plus de 38 milliards d'euros au total depuis 2008, dépensés pour soutenir le crédit, renflouer les trésoreries d'entreprises, ou doper les ventes de voitures à travers la prime à la casse.

"RILANCE"

Ce dispositif aura permis aux constructeurs automobiles d'enregistrer au moins 600.000 ventes supplémentaires cette année, un chiffre comparable à celui de 2009, pour un coût d'environ un milliard d'euros à la charge de l'Etat.

Symbole du soutien public à la reprise, la prime à la casse ne survivra pas au réveillon du Nouvel An. Et si Christine Lagarde a pu oser en juillet le néologisme de "rilance", mélange inédit de rigueur et de relance, pour caractériser la politique économique française, la relance a bel et bien vécu.

Reste la rigueur.

La réduction des déficits publics restera un enjeu clé en 2011, sans doute davantage encore qu'en 2010.

En faisant chuter les recettes fiscales et en obligeant l'Etat à dépenser pour soutenir l'économie, la crise se soldera cette année par un déficit public record à environ 7,7% du produit intérieur brut, dont l'essentiel correspond à un trou de 150 milliards d'euros pour le seul budget de l'Etat.

Le gouvernement entend amorcer l'an prochain un mouvement de baisse durable du déficit pour atteindre 6,0% fin 2011, 4,6% fin 2012, 3,0% fin 2013 et 2,0% fin 2014.

Au menu amer de 2011, le budget prévoit de conjuguer maîtrise stricte des dépenses, réduction des effectifs de la fonction publique et coup de rabot sur les niches fiscales, en attendant une remise à plat de la fiscalité du patrimoine au printemps.

Mais pas de mesures douloureuses comme par exemple la hausse de la TVA qui attend les Grecs, les Britanniques et les Portugais, souligne le ministre du Budget, François Baroin, qui ne manque pas une occasion de fustiger la "dépendance à la dépense" de certains services de l'Etat.

Un chiffre illustre l'urgence du dossier: au premier semestre, la dette publique française s'est alourdie de 102,5 milliards d'euros, soit l'équivalent de six mois de smic... par seconde !

"DIGÉRER LA CRISE"

L'envolée des dettes publiques constitue désormais le principal sujet de préoccupation des marchés financiers, qui cherchent à identifier les prochaines éventuelles victimes de la crise de la dette.

Après les plans d'aide à la Grèce en mai et à l'Irlande en décembre, le Portugal et l'Espagne sont jugés menacés. Et la France, malgré son statut de pivot de la zone euro, ne paraît plus totalement à l'abri.

Ces turbulences et ces écarts auront fait une victime collatérale: l'euro, qui a perdu plus de 17% de sa valeur entre le 1er janvier et le 7 juin, tombant de 1,43 à 1,19 dollar, et qui, après un répit estival, a subi de nouvelles turbulences à l'automne.

"2011 ne sera pas une année facile", a prédit le Premier ministre, François Fillon, devant les préfets le 13 décembre.

Durant cette année pré-électorale, l'Elysée et le gouvernement devraient axer leur politique économique sur deux thèmes: la présidence française du G20, occasion en or d'afficher le volontarisme de Nicolas Sarkozy en matière de réforme du système monétaire international, et la lutte contre le chômage, avec la priorité donnée à l'apprentissage et à l'alternance pour aider les jeunes et les 340.000 contrats aidés qui ciblent les chômeurs de longue durée.

Car sur le front de l'emploi, 2010 n'aura rien réglé. Monté à 10% fin 2009, le taux de chômage en France (Dom compris) n'a reflué qu'à 9,7% et plus de quatre millions de personnes restent inscrites à Pôle Emploi.

"Le tissu économique français est en train de digérer les conséquences de la crise économique et la digestion n'est pas terminée", résume Karine Berger, chef économiste du groupe d'assurance crédit Euler Hermes. "C'est en 2011 qu'on aura vraiment une reprise. Ou pas."

L'honneur des musulmans

Viennent de se produire deux événements apparemment mineurs mais en réalité considérables et que nous n'avons pas d'autre choix que d'essayer de penser ensemble.
Le premier fut le fait de Marine Le Pen dont j'annonçais, depuis quelques semaines, qu'elle était plus redoutable encore que son père : je ne croyais pas si bien dire, comme vient de le prouver sa sortie sur les musulmans dont les prières, dans les lieux publics, seraient assimilables à une " Occupation ".
Le second fut ces Assises internationales sur l'islamisation de l'Europe organisées, quelques jours plus tard, à Paris, par le groupuscule néonazi qui s'était rendu célèbre, le 14 juillet 2002, en tentant d'assassiner Jacques Chirac et qui s'est allié, pour l'occasion, à un quarteron d'anciens trotskistes rassemblés sous la bannière du site Internet Riposte laïque.
Il faut le dire et le redire : présenter comme une " riposte laïque " la stigmatisation de l'islam comme tel est une ânerie doublée d'une insulte à un idéal de laïcité qui a toujours signifié, à la fois, la séparation du théologique et du politique et le droit égal, alors, une fois la séparation opérée, de pratiquer décemment leur culte pour toutes les religions.
Il faut le dire et le redire : présenter comme un "arc républicain", ou comme une alliance entre "républicains des deux rives", ce nouveau rapprochement rouge-brun qui voit les crânes rasés du Bloc identitaire fricoter, sur le dos des musulmans de France, avec tel ancien lambertiste, Pierre Cassen, est un crachat au visage d'une République qui, à Monte Cassino, puis dans les combats pour la libération de Marseille, puis dans la poche de Colmar, en Alsace, face à la division Das Reich, n'a pas eu de plus vaillants défenseurs que les pères et grands-pères de ces hommes et femmes que l'on voudrait, aujourd'hui, clouer au pilori.
Et contre, enfin, l'amalgame qui fait de 5 millions de citoyens des occupants en puissance, contre l'acte de violence symbolique inouïe qui fait d'une spiritualité la figure même du pire, c'est-à-dire du nazisme, il est urgent que des voix s'élèvent pour rappeler : primo, que l'immense majorité de ces musulmans sont des Français qui n'ont plus avec l'islam qu'une relation d'appartenance culturelle vague ou familiale ; mais, secundo, que, quand bien même cela ne serait pas, quand bien même ils seraient tous de pieux observants, attachés à leurs rites et aux mosquées où ceux-ci se pratiquent, il faut être un sombre crétin pour ignorer que cette pratique a, comme les autres, sa dignité - on peut être juif, chrétien, voltairien, athée, on peut n'avoir, avec le Coran, aucune affinité particulière, et être pourtant sensible à la grandeur, la douceur et l'honneur de l'islam quand il a ses sources, aussi, chez Averroès, Al-Kindi, Al-Farabi, Al-Ghazzali ou dans " Les clés du mystère " de Fakhr ad-Din ar-Razi.
Mais l'essentiel n'est pas encore là.
Car qu'il y ait, aujourd'hui, au sein de l'islam, une bataille politique entre cet héritage de douceur et celui qui nourrit les prêcheurs de djihad, qu'il y ait une guerre sans merci entre, d'un côté, les partisans de l'aggiornamento d'une foi qui, comme les autres monothéismes avant elle, se déciderait à se mettre à l'heure du respect des droits du sujet et, de l'autre, les artisans de ce que je suis, sauf erreur, le premier à avoir appelé fascislamisme, que les premiers soient souvent trop timides ou, tout simplement, trop peu nombreux et que ce soient les seconds, je veux dire les fanatiques, qui tiennent, presque partout, le haut du pavé, c'est l'évidence.
Mais confondre ceci et cela, faire comme s'il n'y avait pas de différence entre les tenants des Lumières et ceux de l'obscurantisme, renvoyer dos à dos les héritiers de Massoud et les disciples de Ben Laden, les Marocains qui encouragent leurs femmes à aller visage découvert et les Somaliens qui les enferment dans des cages de tissu, faire comme si l'imam de Drancy lisait le même Coran que celui des forcenés qui le harcèlent et le contraignent à vivre sous haute protection ou comme si les musulmans européens de Bosnie appartenaient au même bloc (identitaire ?) que les tenants saoudiens (ou iraniens) de la croisade contre les valeurs émancipatrices dont l'Europe est, à leurs yeux, le nom, bref, ne pas faire la différence, au sein même de l'espace civilisationnel musulman, entre les assassins et ceux qui leur résistent, est d'une imbécillité stratégique rare - et ne peut que démoraliser les résistants et encourager les enragés.
Il est vrai que nos pyromanes ont l'habitude : Jean-Marie Le Pen ne fut-il pas, naguère, parmi les plus ardents partisans de la dictature baassiste de Saddam Hussein ? et quand, en Algérie, les islamistes des GIA éventraient les femmes enceintes dont les tenues leur paraissaient exagérément occidentales et découpaient ensuite leurs foetus en rondelles, ne prenait-il pas clairement parti pour " la djellaba nationale " contre " le jean cosmopolite " ?
Mais encore faut-il que les choses soient dites et que l'on sache clairement, dans cette bataille qui s'annonce, qui est qui et qui fait quoi : parce qu'ils mélangent ce qu'il faudrait séparer, parce qu'ils nient les contradictions qu'il faudrait accentuer et aider à résoudre, parce qu'ils offensent ceux qui, victimes de première ligne des fous de Dieu, devraient être nos alliés, les braillards du Front national oeuvrent, non à l'affaiblissement, mais au triomphe du fascisme à visage islamiste.
ERRATUM :Une erreur s'est glissée dans ce bloc-notes. Lorsque j'évoque les protagonistes du nouvel axe entre Riposte laïque et Bloc identitaire c'est de Pierre Cassen qu'il s'agit et non de Bernard Cassen. Cet erratum sera publié dans le prochain numéro du Point. Et la phrase a été, ici, d'ores et déjà corrigée. BHL

CÔTE D'IVOIRE - Gbagbo met en garde contre une intervention extérieure

Menacé d'une intervention armée de la Cedeao, le président sortant ivoirien dénonce un complot "dirigé par la France".
Menacé d'un recours à la force par l'Afrique de l'Ouest, le gouvernement de Laurent Gbagbo a dénoncé, samedi, un complot "inacceptable" du "bloc occidental dirigé par la France" et mis en garde contre un risque de guerre civile en Côte d'Ivoire où vivent des millions d'immigrés.
La crise dans ce pays, née de la présidentielle du 28 novembre a connu un tournant depuis que la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a menacé, vendredi, en sommet à Abuja (Nigeria), d'user de la "force légitime" si Gbagbo ne cédait pas le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale, ONU en tête. Une mission de la Cedeao, composée des présidents béninois Boni Yayi, cap-verdien Pedro Pires et sierra-léonais Ernest Koroma, est attendue mardi à Abidjan. C'est la première fois que Laurent Gbagbo, qui a ignoré jusque-là ultimatum et sanctions, est directement sous la menace d'une opération militaire.
"Inacceptable", a tonné le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, fustigeant "un complot du bloc occidental dirigé par la France". Assurant ne pas croire "du tout" à une opération militaire, Ahoua Don Mello a évoqué un risque de "guerre civile" si ce projet était mis à exécution.
Menace de "guerre civile"
"Tous les pays (d'Afrique de l'Ouest) ont des ressortissants en Côte d'Ivoire, ils savent que s'ils attaquent la Côte d'Ivoire de l'extérieur, ça va se transformer en guerre civile à l'intérieur", a-t-il insisté. "Est-ce que le Burkina Faso est prêt à accepter trois millions de Burkinabè de retour" de Côte d'Ivoire dans leur pays d'origine, a-t-il interrogé, prédisant que les pays de la Cedeao "ne s'attaqueront pas eux-mêmes". "Le peuple de Côte d'Ivoire va se mobiliser" face aux pressions qui "excitent son patriotisme", a-t-il encore juré. L'un des avocats les plus enflammés de Gbagbo, Charles Blé Goudé, chef des "Jeunes patriotes", a mobilisé ces derniers jours ses partisans à Abidjan en vue du "combat" pour la "souveraineté" ivoirienne. Il prévoit une grande manifestation mercredi dans la capitale économique.
En plus d'un recours à la force, l'organisation régionale a également menacé de poursuites internationales les responsables des récentes violences, qui ont fait 173 morts selon l'ONU entre le 16 et le 21 décembre.
14.000 Ivoiriens déjà en fuite
Le ministre de l'Intérieur de Gbagbo, Émile Guiriéoulou, a démenti samedi ce chiffre. "Le bilan, nous l'avons donné, il est connu. Il n'est pas bon d'exagérer des choses parce qu'on cherche un but politique à atteindre", a-t-il dit. Le 20 décembre, il avait indiqué que 25 personnes avaient été tuées, dont 14 au sein des forces de l'ordre.
Environ 14.000 Ivoiriens ont déjà fui vers le Liberia voisin en près d'un mois pour échapper aux violences et certains ont été empêchés par des éléments des Forces nouvelles (ex-rébellion alliée à Ouattara) de traverser la frontière, ont indiqué samedi les Nations unies.
Le pape Benoît XVI a appelé samedi, dans son message traditionnel de Noël, à "une paix durable" en Côte d'Ivoire, où la fête avait un goût amer. Le pays avait pourtant espéré, à la faveur de la présidentielle, clore une décennie de crises précisément ouverte le jour de Noël 1999, avec le premier coup d'État de l'histoire du pays.
Outtara toujours coincé dans un hôtel
Coincé dans un hôtel de luxe d'Abidjan soumis à un blocus des forces fidèles à Gbagbo, Ouattara était sorti, vendredi, d'un silence de plusieurs semaines pour appeler solennellement les militaires favorables à Laurent Gbagbo à lui obéir et à protéger la population contre les "atrocités" commises notamment par "des mercenaires et des miliciens étrangers".
Si l'armée lui fait toujours défaut, Ouattara a marqué un point jeudi quand l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) a décidé de lui accorder le contrôle des comptes ivoiriens à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Le gouvernement Gbagbo a rejeté une décision "illégale" qui pourrait s'avérer lourde de conséquences pour lui, même si les salaires des fonctionnaires de décembre ont commencé à être payés cette semaine.

Pour Christian Jacob, « Strauss-Kahn a peur d'y aller »

« Dominique Strauss-Kahn est en vraie difficulté. Il est en train de se révéler comme quelqu'un qui n'arrive pas à choisir. Pour être candidat à la présidentielle, il faut le vouloir. On a le sentiment qu'il est incapable d'assumer. Il a peur ! », estime Christian Jacob.
 Dans une interview à découvrir dimanche dans les éditions du Parisien – Aujourd'hui en France, le président du groupe UMP à l’Assemblée Christian Jacob, qui vient de succéder à Jean-François Copé, s'en prend sèchement à Dominique Strauss-Kahn, possible candidat du PS à la présidentielle de 2012 : «Il est en train de se révéler comme quelqu'un qui n'arrive pas à choisir.
Pour être candidat à la présidentielle, il faut le vouloir. On a le sentiment qu'il est incapable d'assumer. Il a peur ! On découvre un DSK craintif, incapable de trancher. On aurait grand tort de sous-estimer et . Dans le trio, le faible, c'est Strauss-Kahn !» Interrogé sur son camp et sur une éventuelle candidature de Jean-Louis Borloo, Christian Jacob affirme : « Jean-Louis est mon ami, mais une candidature n'est pas une bonne idée. Je ne crois pas au coup de billard à trois bandes qui consiste à lancer plusieurs candidats au premier tour pour faire l'union au second. C'est un calcul hasardeux. »
L'ancien ministre de réaffirme enfin sa fidélité à Jean-François Copé : «Ma priorité, comme pour Copé, c'est la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Ensuite, pour 2017, vous connaissez mon choix, je m'engagerai pour Copé», explique-t-il.

Ces nouvelles droites...

Fatalité historique ? Les misères de la crise peuvent-elles ressusciter les ravages politiques nés de la crise des années 30 ? Le soupçon rôde avec ce regain de populisme et l'épanouissement, un peu partout, de droites nationalistes volontiers xénophobes. En vérité, le monde a beaucoup changé, et l'Histoire ne se répète pas. Mais parfois elle bégaie. Des virus inquiètent. Il faut les suivre à la trace. Non pour broyer du noir. Mais pour éviter de mauvais réveils.

" Tout va très bien, madame la marquise... " Ce tube des années 30 moquait l'optimisme des caciques devant la montée des périls. Contre l'optimisme officiel, le populisme d'aujourd'hui s'engouffre dans la fracture béante qui sépare le peuple de la classe politique (1). Son simplisme militant envahit trois chantiers de la vie publique où tout, à l'évidence, " ne va pas bien " : l'euro, l'insécurité et l'immigration.

Bouc émissaire de la misère publique, l'euro est devenu, pour les nouvelles droites, et contre toute réalité, l'agent docile de la crise. Celle-ci n'a pas détruit dans le monde le capitalisme, mais elle a amoché le peu qui reste, en France, de la respectabilité de l'argent. Les banques sont d'abord accusées d'avoir conduit le système au bord du gouffre. Puis d'avoir ruiné les Etats, sommés de les sauver.

En réalité, toutes les banques n'ont pas cédé à l'enchaînement de crédits virtuels et toxiques. Et les banques ont déjà remboursé à l'Etat leurs emprunts, ce qu'ignore l'homme de la rue. Les réformes pour freiner la dérive spéculative sont tout autant incomprises. D'autant que la finance ne donne pas le sentiment d'avoir guéri tous ses vices. Demeure, devant les yeux écarquillés des pauvres, le spectacle de pactoles financiers dominant de très haut la rigueur imposée au peuple. Que cette rigueur découle surtout, chez nous, de trois décennies de libéralités d'Etat nourries par l'emprunt, c'est encore une réalité ignorée.

Le désarroi s'est trouvé son bouc émissaire. Ce sera l'euro et l'Europe, l'un et l'autre protecteurs et prospecteurs d'un avenir pacifique. Autant dire qu'il reste du pain sur la planche pour nos grands partis s'ils veulent affronter ce mauvais procès. Ils doivent clarifier leur politique et, comme on dit, l'" expliquer aux nuls ". Ils doivent tenir, sur l'Europe, le cap que le couple franco-allemand maintient vaille que vaille. Faute de quoi le Front national et l'extrême gauche plaideront pour le protectionnisme national des années 30. Et pour la mort de l'Europe. Un désastre !

L'insécurité qui touche les faibles plus que les forts répand partout le sentiment d'une décomposition civique. Dans une société où le frein moral se relâche, où le chômage déverse ses poisons, où les zones dites, par litote, " sensibles " entretiennent non seulement l'irrespect de la loi mais chez leurs " sauvageons " l'envie de la défier, policiers et gendarmes ne sont pas à la fête. Ils affrontent, parfois dans des conditions périlleuses, une délinquance multiforme. Beaucoup se sentent découragés par les juges et, disent-ils, leur " culture de l'excuse ".

Pourtant, les juges appliquent, le plus souvent de leur mieux, un code conçu pour un Etat républicain vertueux. Mais les lenteurs de l'institution, des procédures défaillantes, des libérations malheureuses de récidivistes dangereux ont altéré, ici ou là, leur crédit. Il faut coûte que coûte défendre la Justice. Mais elle se défendrait mieux elle-même sans la tonalité idéologue de certains de ses syndicalistes.

L'immigration, enfin, devient dans toute l'Europe l'arène des droites radicalisées. Elles progressent partout, jusque dans les démocraties nordiques, jusqu'aux Pays-Bas ou en Suisse, patries de la tolérance. Ces droites populistes et xénophobes s'écartent de l'ancien nationalisme réactionnaire pour faire de la résistance à l'islamisme, voire à l'islam, leur point de ralliement. Leur doctrine, c'est le refus de l'immigration extraeuropéenne et du multiculturalisme.

Pour nos pouvoirs, l'affaire de l'immigration, ce sera la croix et la bannière ! Contre les séductions populaires d'une résistance, disons plus " ethnoculturelle " que raciste, les droites de gouvernement doivent défendre l'identité évolutive d'une nation ouverte à ceux qui en acceptent les lois et les moeurs. Elles doivent accepter l'islam sans l'islamisation. Pas facile ! Que nos pouvoirs cèdent au multiculturalisme, que notre vigilance laïque se relâche, que le communautarisme s'étale, sans frein, chez les apprentis sorciers de la bien-pensance, alors Marine Le Pen ramassera la mise.

De la mystérieuse " identité nationale " l'impossible débat fut enterré. Mais elle fouaille encore bien des reins et des coeurs.

1. Voir Brice Teinturier, " L'opinion française au crible : une défiance accentuée ",Revue civique, juillet 2010.