mardi 21 décembre 2010
Doit-on en finir avec les 35 heures ?
Dans un entretien à « La Croix », le ministre du travail Xavier Bertrand oppose une fin de non-recevoir à ceux qui, comme Jean-François Copé, prônent une abrogation des 35 heures
Alors que le ministre du travail, Xavier Bertrand, assure qu’il n’y a pas lieu de revenir sur ce sujet – plusieurs dispositions ayant été prises pour amoindrir la portée de cette réforme – il vient de confier « une mission de réflexion » sur cette question aux deux principaux animateurs des réformateurs, le courant le plus libéral de l’UMP : Hervé Novelli (député et secrétaire général adjoint de l’UMP) et Gérard Longuet (président du groupe UMP au Sénat).
Cette initiative n’a rien d’un hasard. La première raison est d’ordre conjoncturel : comme chaque année à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances, la droite accuse la gauche d’avoir durablement plombé les finances publiques avec la réduction du temps de travail.
La seconde est d’ordre structurel : une partie de la droite n’a jamais digéré les 35 heures et est bien décidée à poursuivre sa guérilla jusqu’à la neutralisation financière de la réduction du temps de travail ou son abolition, soit par un retour aux 39 heures hebdomadaires, soit par une suppression de la durée légale de travail qui serait fixée par voie conventionnelle.
Imposer ce débat avant l’élection présidentielle, comme il l’avait fait pour la burqa, permet à Jean-François Copé de se poser en champion de la droite de conviction et de viser directement celle qui avait porté cette réforme, Martine Aubry, première secrétaire du PS.
Quels sont les salariés concernés par les 35 heures ?
En revanche, les salariés, cadres ou non, qui sont en « forfait jours » ne sont pas concernés par les 35 heures. Pas plus que les cadres dirigeants ou les VRP, non tenus à des horaires précis.
Enfin, dans quelques secteurs (employés de maison, gardiennage, commerces de détail alimentaire, transport routier de marchandises), où certaines heures sont supposées creuses, un système d’heures d’équivalence permet de faire travailler plus sans majoration salariale.
Par ailleurs, la durée légale ne se confond pas avec la durée effective du travail. D’abord, selon la Dares (1), dans les entreprises employant 10 personnes ou plus, 16,1% des salariés travaillent à temps partiel. À l’inverse, certains salariés font des heures supplémentaires.
Au total, pour un temps complet, la durée moyenne est de 36,1 heures, un chiffre stable depuis deux ans. 3,8% des salariés à temps complet travaillent entre 32 et 35 heures, 80,1% entre 35 et 36 heures, 8% entre 36 et 39 heures, et 8,1% 39 heures ou plus. C’est dans les secteurs de l’hébergement-restauration, de la construction et des « transports et entreposage » qu’on fait le plus d’heures supplémentaires.
Que reste-t-il des lois Aubry ?
Ainsi, le contingent d’heures supplémentaires maximal par salarié a été relevé d’abord de 130 jours à 220 jours, sans provoquer d’engouement. Depuis 2008, l’employeur est même autorisé à négocier son propre contingent avec les syndicats. Surtout, en 2007, les heures supplémentaires ont été exonérées de charges pour les entreprises et d’impôt pour les salariés contribuables, de façon à en encourager l’usage.
Après avoir grimpé en flèche, le nombre d’heures supplémentaires a fortement régressé pendant la crise. Selon le dernier bilan officiel, chaque salarié à temps complet en aurait fait en moyenne 10,2 au deuxième trimestre 2010.
Enfin, le recours aux forfaits jours, qui permet de contourner le décompte en heures de travail, d’abord autorisé uniquement pour les cadres, a été progressivement étendu à d’autres catégories de salariés. Aujourd’hui, 9,6% des salariés sont décomptés en forfait jours.
Les 35 heures pèsent-elles toujours sur les finances publiques ?
En 2008, le Conseil d’analyse économique (2) a cependant évalué que, sur un total de 21,5 milliards d’euros en 2007, « environ 9 milliards d’euros correspondent aux allègements généraux sur les bas salaires antérieurs à la RTT » (43%) tandis que « le reste, soit environ 12 milliards d’euros, correspond à l’accroissement des allègements liés à la mise en œuvre de la RTT et la convergence vers le haut des smic et des garanties mensuelles de rémunération qui s’en est suivie » (57%).
On peut considérer que ces 12 milliards d’euros environ correspondent toujours au coût actuel des 35 heures.
Les 35 heures ont-elles réduit la compétitivité des entreprises ?
Éric Heyer, économiste à l’OFCE, souligne les moyens par lesquels celles-ci ont maintenu leurs coûts : « le gel des salaires pendant dix-huit mois », « des gains de productivité via d’importantes réorganisations et l’annualisation du temps de travail qui a permis d’enlever un grand nombre d’heures supplémentaires », sans oublier « les aides de l’État », qui représentent aujourd’hui un peu plus de 21 milliards d’euros d’allègements de cotisations sociales patronales.
« On ne peut pas dire qu’il y ait eu une perte de compétitivité », conclut-il, précisant que le constat vaut surtout « dans le privé ». Car dans le secteur public, à l’image des hôpitaux, la mise en place des lois Aubry a été un « grand fiasco », faute de préparation.
« Il est très difficile d’établir le lien entre la mise en place des 35 heures et une chute de la compétitivité des entreprises françaises », estime Denis Ferrand, directeur de l’institut COE Rexecode. Favorable à une politique de l’offre, il juge que « les 35 heures ont conduit à une désorganisation du système productif ».
Éric Heyer précise que les lois Aubry n’ont pas eu les mêmes effets selon la taille des sociétés. « Globalement, les grandes entreprises industrielles et à bas salaire y ont gagné, ce qui n’est pas le cas des plus petites, dans le tertiaire, où les salaires étaient un peu plus élevés. »
Peut-on supprimer les 35 heures ?
Pour autant, la fin des 35 heures ne semble pas pour demain, car « beaucoup de chefs d’entreprise ne le veulent pas ». Favorable à la réintroduction de « souplesse, dans les entreprises où il existe un bon dialogue social », Denis Ferrand souligne que « certaines peuvent fonctionner aux 32 heures, quand d’autres ont besoin de 40 heures ». Et il note que « la majoration sur les heures supplémentaires a paradoxalement sacralisé les 35 heures comme référentiel ».
Pour Éric Heyer, la fin des 35 heures pourrait être mise en place, mais elle ne correspond pas à une réelle volonté politique, même de la part des détracteurs des lois Aubry : « L’idée de la majorité présidentielle est d’augmenter la durée de travail. Pour y parvenir, soit vous augmentez la durée légale, soit vous incitez aux heures supplémentaires. Le gouvernement a choisi la seconde option. »
(1) Dares : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (ministère du travail).
(2) Les Allègements de cotisations sociales patronales sur les bas salaires en France de 1993 à 2007, de Jean Boissinot, Julien Deroyon, Benoît Heitz et Véronique Rémy.
lundi 20 décembre 2010
L’Europe peut encore faire rêver
Mes récentes visites à Bruxelles me l’ont confirmé : à l’heure actuelle, le projet européen ressemble plus à un programme d'emplois publics destiné aux classes moyennes du continent qu'à une idée porteuse d'espoir, propre à mobiliser les meilleures énergies de la région.
Des valeurs et des exemples supérieurs à n'importe quelle autre région
L'incapacité de l'UE à résoudre la crise économique n'est qu'un symptôme d'un problème de leadership plus profond. Pourquoi l'Europe a-t-elle été frappée plus durement et plus longtemps que les autres par la crise mondiale ? La crise de l'Irlande est venue encore aggraver le pessimisme. Gideon Rachman, par exemple, écrit dans le Financial Times : “Vu la situation actuelle, je suis prêt à parier que la monnaie commune va disparaître et que le bourreau de l'euro sera l'Allemagne”. Il estime en effet que les crises financières successives vont venir à bout de la patience des Allemands, qui vont finir par penser qu'ils ont payé le prix fort, tandis que les autres pays n'ont pas été à la hauteur des circonstances. Résultat, “l'Allemagne sera libérée de son obligation historique de construire l'Europe”.Naturellement, l'effondrement du système monétaire européen porterait un coup très dur, peut-être insurmontable, au projet d’Europe unie. Ce serait mauvais pour l'Europe, c’est évident. Ce qui l’est moins, c'est que l’absence d’une Europe influente et intégrée serait une grande perte pour le reste du monde. L'Europe transmet au reste du monde des valeurs et des exemples supérieurs à ceux qui viennent de n'importe quelle autre région.
PC chinois, Russie de Poutine ou Europe ?
Le déclin économique et politique de l'Europe affaiblit ces influences positives. Son refus de la guerre, enseignement des deux terribles conflits du XXe siècle, lui vaut le mépris de ceux qui confondent pacifisme et faiblesse. Mais un monde où une puissance évite la guerre au risque de se tromper vaut mieux qu'un monde où les pays forts déclenchent des “guerres préventives”, sans se soucier de savoir s’ils se trompent. Si le gouvernement de votre pays commence à violer les droits, à torturer, à faire disparaître des opposants et à emprisonner des journalistes, qui préférez-vous qui ait le dernier mot au sein de la communauté internationale ? Le Parti communiste chinois ? La Russie de Poutine ? Ou l'Europe ?Tandis qu'aux Etats-Unis ont tolère la plus injuste redistribution des richesses jamais vue depuis un siècle, et à l'heure où la Russie et la Chine fêtent les nouveaux riches qui accumulent des fortunes inimaginables, l'Europe continue à être allergique aux inégalités. Que préférez-vous ? Un monde où 1 % de la population accapare 95 % des richesses, et où une masse pauvre et exclue se dispute le 5 % restants ? Ou bien un monde dominé par une vaste classe moyenne, croissante et politiquement puissante ?
L'expérience la plus ambitieuse jamais tentée par l'humanité
L'Europe représente ce deuxième scénario. Nous savons que le modèle social européen est le meilleur du monde, et nous savons aussi que dans de nombreux pays il n'est pas viable. Mais un modèle où des millions de gens sont privés de soins de santé ou deviennent des laissés-pour-compte lorsqu’ils perdent leur emploi ou prennent leur retraite, n'est pas non plus viable ni digne d'être imité. L'aide européenne au développement est généralement inefficace. Mais personne n'est plus généreux que les Européens envers les plus démunis.Du fait de la mondialisation, un nombre grandissant de problèmes exigent des réponses coordonnées entre plusieurs pays. L'expérience européenne de gouvernement collectif est la plus ambitieuse jamais tentée par l'humanité. Son échec conduirait de nombreux pays à renoncer à ce projet et à ne plus rien tenter de semblable pendant longtemps. Or nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de perdre un tel temps. Je ne sais pas si le projet d'intégration de l'Europe surmontera les immenses obstacles auxquels il est confronté. En revanche, je sais que s’il échoue, ce sera un échec pour le monde entier.
Laissons tomber Loukachenko, pas son peuple
Le résultat du vote de dimanche (79,67 % des voix en faveur du président sortant) est remis en cause à Minsk, des sources proches de l’opposition estimant que les chiffres de Loukachenko seraient en réalité inférieurs de moitié à ceux rapportés par les sondages de sortie des urnes orchestrés par les autorités.
Quelle devrait alors être notre réaction face aux résultats officiels ? Devrions-nous réimposer des sanctions au régime biélorusse, de nouveau interdire à ses représentants de se rendre à l’Ouest, priver Loukachenko des pentes alpines et de raouts avec Berlusconi ? Il est plus facile de dire quelle devrait être notre réaction face aux brutalités dont Vladimir Nekaïev, le candidat de l’opposition, a été victime : des critiques et une indignation sans faille.
L'Occident ne voit rien de mal à négocier avec d'autres démocraties suspectes
Nous devrions cependant nous abstenir de toute décision prise sous le coup de l’émotion. Je ne suggère pas que nous devrions faire comme s’il ne s’était rien passé. Il s’est passé bien des choses, et nous devrions le clamer haut et fort. Il faut exiger des explications quant au décompte des voix et aux agressions policières contre les chefs de l’opposition.Cela dit, l'Occident ne doit pas hésiter entre les sanctions et les promesses. Il ne doit pas, tel jour, brandir le bâton contre le régime pour lui proposer une carotte dès le lendemain. Ceux qui lui ont proposé une botte de carottes avant les élections s'attendaient-il vraiment à ce qu'il respecte les règles du jeu démocratique ? S'attendaient-ils par exemple à ce que la mentalité des fonctionnaires des bureaux de vote change du jour au lendemain ?
La Biélorussie n'est pas le seul pays à l'est de l'UE où les élections soient pour le moins douteuses. Or l'Occident ne voit rien de mal à négocier avec les autres leaders régionaux et à faire des affaires avec eux. Il y a un certain pays à l'est de l'UE qui s'appelle la Russie, où la police s'en prend à une vieille dame de 82 ans, sans que cela entraîne la moindre détérioration des relations avec l'Occident.
M. Loukachenko a de nombreux péchés sur la conscience et un jour son propre peuple l'obligera sans doute à rendre des comptes. Mais sous son règne, la Biélorussie a renforcé sa souveraineté. Elle n'est pas un partenaire facile et ce n'est pas près de changer.
L'Ouest devrait réfléchir sérieusement à l'éventualité de rompre ses liens avec Loukachenko, à condition bien sûr de ne pas tourner le dos aux Biélorusses. La Biélorussie n'est pas encore irrévocablement perdue pour l'Occident.
Vu de Moscou
Merci à l'Europe et la Russie
Côte d'Ivoire : l'isolement de Laurent Gbagbo s'accroît
Au lendemain des accusations d'exactions «massives» portées par l'ONU contre son camp, le président sortant s'est vu imposer des sanctions par l'Union européenne. Le Conseil de sécurité de l'Onu doit étudier ce lundi la prolongation de sa mission en Côte d'Ivoire.
Dimanche, Navi Pillay avait affirmé dans un communiqué écrit depuis Genève que les violences contre des partisans du rival de Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, avaient fait «ces trois derniers jours plus de 50 morts». Elle avait aussi dénoncé des «violations massives des droits de l'Homme», évoquant en particulier des enlèvements commis de nuit par des «individus armés non identifiés en tenue militaire», accompagnés par des soldats des FDS et des miliciens fidèles à Laurent Gbagbo.
Lundi, le chef de l'Onuci, l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire, a surenchéri en dénonçant l'accroissement des «actes hostiles» commis depuis le 15 décembre «par le camp du président Gbagbo à l'endroit de la communauté internationale, y compris le corps diplomatique». Il a affirmé que depuis samedi, le camp Gbagbo avait «commencé à envoyer des jeunes gens armés aux domiciles des personnels des Nations unies pour demander la date de leur départ ou pour y effectuer des fouilles sous prétexte de chercher des armes». «Ces visites ont surtout lieu la nuit», a-t-il précisé.
Gbagbo et ses proches interdits de voyager
Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir ce lundi pour étudier la prolongation de sa mission en Côte d'Ivoire au-delà du 31 décembre. A Laurent Gbagbo qui a exigé le départ «immédiat» des Casques bleus, Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, a opposé une fin de non-recevoir et mis en garde le président sortant des «conséquences» que pourraient avoir des attaques contre l'Onuci.En tout état de cause, lundi matin, un photographe de l'AFP a vu trois personnes venir se faire soigne au siège de l'Onuci. Ces dernièrers ont affirmé avoir été blessés pendant la nuit dans des quartiers d'Abidjan.
Résultat des courses, l'Union européenne est passé aux sanctions lundi. A l'issue d'une réunion d'experts, Bruxelles a interdit à Laurent Gbagbo et à 18 de ses proches, dont son épouse, de voyager sur son territoire. Cette décision doit être confirmée par écrit d'ici mercredi par les Etats membres de l'UE pour pouvoir entrer en vigueur.
Par la voix du président Nicolas Sarkozy, la France, ancienne puissance coloniale en Côte d'Ivoire, avait pourtant lancé vendredi un ultimatum à Gbagbo, l'enjoignant à quitter le pouvoir d'ici dimanche soir sous peine d'être frappé par de telles sanctions. Pour le chef d'Etat français, «ce qui se passe en Côte d'Ivoire est parfaitement inadmissible».
Neige et froid continuent de perturber le nord de l'Europe
Neige et froid ont encore provoqué lundi des perturbations dans le nord de l'Europe, avec des passagers bloqués dans les aéroports, des centaines de kilomètres de bouchons sur les routes et des écoles fermées.
En France, la neige a surtout touché le nord du pays et l'Ile-de-France, où près d'un tiers des vols ont été annulés
Un millier de vols ont été annulés dans les principaux aéroports d'Allemagne, à Francfort, Munich et Berlin. De nombreux autres ont été retardés en raison d'une couche de 40 cm de neige qui a recouvert tout le pays. Un demi-millier de passagers ont ainsi dû passer la nuit sur des lits de camp à Francfort.
En raison de la neige qui s'accumule depuis deux semaines en Allemagne, les compagnies aériennes ont invité leurs clients à prendre le train mais la Deutsche Bahn, dont les trains sont déjà bondés en cette période de départs en vacances, a appelé les Allemands à rester chez eux.
Cette situation fait perdre leur patience aux Allemands, habitués à la ponctualité de leurs transports mais contraints d'attendre des heures dans des gares gelées ou dans des terminaux d'aéroports surpeuplés.
Les services météorologiques annoncent en outre de nouvelles chutes de neige.
LUGES EN RUPTURE DE STOCKS
"Les trains sont systématiquement en retard désormais", se lamente Lothar Ast, un Allemand de 57 ans qui grelotte dans une gare de Berlin. "Ils sont tellement bondés qu'on ne peut pas monter dedans et il faut attendre le suivant."
Dorothea Fürst, employée dans un commerce, renchérit: "Les trains n'arrivent jamais à l'heure. Le retard sera-t-il d'un quart d'heure, d'une demi-heure ? Tout le monde se le demande."
Un employé des chemins de fer a été tué à Berlin en se faisant renverser par un train alors qu'il tentait d'enlever la glace sur un aiguillage.
Ceux qui se frottent les mains sont les vendeurs de luges, en rupture de stocks en Allemagne. "Toute cette neige, ce n'est amusant que si on est un enfant", remarque Katja-Julia Fischer, avocate de 42 ans. "Ça me tape sur les nerfs."
Fait rare, la Rhénanie du Nord-Westphalie, Land le plus peuplé d'Allemagne, a interdit la circulation des poids lourds sur ses autoroutes afin de faciliter le trafic des voitures.
La Belgique a fait de même sur ses principaux axes routiers après un pic de 600 km de bouchons lundi matin, en pleine heure de pointe, en Wallonie.
Aux Pays-Bas, les autorités ont limité la vitesse à 50 km/h sur plusieurs portions d'autoroute en raison des accidents provoqués par le verglas.
LES MAGASINS FONT GRISE MINE
Au Royaume-Uni, British Airways a annoncé que les conditions climatiques continuaient de perturber fortement ses activités. Elle a prévenu les voyageurs qu'ils devaient s'attendre à de nouveaux retards et annulations de vols en raison des nouvelles chutes de neige annoncées.
Une seule des deux pistes était ouverte lundi à l'aéroport de Londres-Heathrow, paralysé par la neige durant le week-end.
"Il y a des risques de nouvelles chutes de neige sur le sud de la Grande-Bretagne dans la soirée et durant toute la journée de demain", a dit Steve Willington, responsables des services météorologiques britanniques.
Le trafic Eurostar entre Paris, Londres et Bruxelles a été perturbé en raison des limitations de vitesse et la société ne vend plus de billets jusqu'au 24 décembre inclus.
En Pologne, six personnes sont mortes de froid dimanche soir, portant à 114 morts le bilan de la brutale baisse des températures au cours du mois écoulé.
Neige et froid pèsent aussi sur l'activité des magasins à l'approche de Noël.
John Lewis, la principale chaîne de supermarchés en Grande-Bretagne, a fait état d'une chute de ses ventes de plus de 10% samedi, pourtant le dernier avant Noël. En France, Auchan avait dû fermer huit de ses hypermarchés au début du mois en raison des précédentes chutes de neige.
Les ventes de Noël sur internet semblent en revanche profiter de la vague de froid, malgré les risques que font peser les intempéries sur les délais de livraison.
Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser
ENTRETIEN AVEC JACQUELINE DE ROMILLY EN 2004.
Et puis, j'estime qu'au cours de ma vie j'ai beaucoup plus rencontré Périclès et Eschyle que mes contemporains. Ils peuplent ma vie, de mon réveil jusqu'à mon coucher. J'aime les contacts humains, ceux que procurent l'enseignement ou l'Académie française, mais je ne suis jamais aussi heureuse que lorsqu'on me lit une page de grec.
Jacqueline de Romilly, de la Grèce antique à la femme moderne
En 1988, elle était devenue la deuxième femme élue à l’Académie française, après Marguerite Yourcenar. Elle était aussi l’une des rares femmes Grand-Croix de la Légion d’honneur.
L’académicienne s’est éteinte samedi à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Son éditeur et ami Bernard de Fallois a précisé que « depuis longtemps, elle était très malade, mais pour tous ses amis, c’est quand même un très grand choc ».
« C’est une perte pour notre pays, a réagi sur France Info Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française. C’est une femme qui a porté toute sa vie la langue et la culture grecques, parce qu’elle considérait […] que c’était une éducation […] à la compréhension de la liberté de l’individu, de l’attachement à la démocratie. »
Membre correspondant étranger de l’Académie d’Athènes, elle avait obtenu la nationalité grecque en 1995 et avait été nommée ambassadrice de l’hellénisme en 2000. À Athènes, le ministère grec de la Culture a d’ailleurs parlé de « deuil de la Grèce », évoquant « une alliée rare […] et combative » du pays.
Le président Nicolas Sarkozy a salué sa mémoire, jugeant qu’avec elle, s’éteint « une grande humaniste dont la parole nous manquera ».
« Jacqueline de Romilly a contribué autant à l’édification intellectuelle des jeunes générations, à l’instruction du grand public par ses nombreux ouvrages, qu’à la libération de la femme par l’exemple qu’elle a donné de sa propre élévation », souligne l’Élysée dans un communiqué.
Le Premier ministre François Fillon a salué « une grande dame des lettres et de la culture ».
Avec Jacqueline de Romilly « disparaît l’un des très grands esprits de notre temps, a estimé le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Sa science du passé en faisait une femme éminemment actuelle ».
Elle « n’a eu de cesse tout au long de sa vie de révéler à nos contemporains l’infinie richesse des humanités », a relevé le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel. « Son héritage, nous devons le servir », a affirmé Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche.
« Une autorité naturelle » Martine Aubry, première secrétaire du Parti Socialiste, a salué « la mémoire de la femme élève de la rue d’Ulm dans les années 1930, où les femmes y étaient rares… Jacqueline de Romilly restera pour beaucoup de femmes un symbole ».
Pour le président du MoDem, François Bayrou, agrégé de lettres classiques, elle « était un phare, à la fois par l’immense culture, la volonté de se battre sans cesse pour défendre les bases de cette culture à laquelle elle croyait […], et aussi une infatigable volonté d’être présente par l’écriture ».
« Elle désarmait par son espèce d’autorité naturelle. Elle avait ce mélange de simplicité, de sérieux et de gaîté des grands professeurs », a confié Bernard de Fallois.
Il ne faut pas désespérer des autocrates. Certes, Laurent Gbagbo, président sortant, mais pas sorti, de la Côte d’Ivoire, ne donne pas l’exemple d’une grande attention aux messages convergents — partez ! — que lui adressent les Nations unies, le Fonds monétaire international, les États-Unis, les 27 pays de l’Union européenne et — plus proches encore — les dirigeants de l’Union africaine.
Mais un autre abonné aux réélections contestables semble recouvrer le sens de l’ouïe : c’est Alexandre Loukachenko, le président du Belarus — ou de Biélorussie, selon la traduction française héritée du XX e siècle. Le maître de Minsk n’est pas devenu réceptif aux critiques au point de renoncer à prolonger son bail, fondé sur une tradition de plébiscites, en 1994, 2001, 2006 (alors 83 % des voix) et 2010 autour de 72 % des suffrages, hier, d’après les premiers sondages à la sortie des urnes). Au passage, la seule arythmie des dates de ces votes montre combien M. Loukachenko dispose à sa guise du calendrier électoral.
Mais cette année, il a donné quelques signes d’évolutions possibles. Des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’OSCE, ont pu lire dans la presse des tribunes libres de candidats d’opposition, ou voir à la télévision leurs interventions non censurées. Ces concessions restent étroitement contingentées, trop, sans aucun doute, pour l’opposition, qui a crié hier sa colère. Le régime n’apprécie toujours pas qu’elle défile dans la rue, et ne lui a accordé que… 0,25 % des places de scrutateurs dans les commissions électorales !
Il reste du chemin à parcourir pour rompre avec les mœurs soviétiques, dont M. Loukachenko perpétue jusqu’au décorum. Les petits allégements observés montrent néanmoins que le bouillant dirigeant n’est plus sourd, quand l’UE lie la coopération avec cette ex-république de l’URSS à des progrès de gouvernance. Une récente mission germano-polonaise a évoqué une aide de trois milliards d’euros pour financer des réformes. Alors que stagne l’union « confédérale » avec la Russie, initiée par un traité en 1997, le pouvoir à Minsk pourrait être sensible à la petite musique de l’Europe. Avec quel dosage de sincérité ou d’opportunisme, voilà l’inconnue.
Une insupportable impuissance
Laurent Gbagbo ira donc jusqu’au bout. Le voilà prêt à braver le monde entier pour conserver le pouvoir coûte que coûte. Pour une raison simple: il n’a jamais imaginé devoir quitter son fauteuil présidentiel. S’il n’avait consenti à l’organisation d’élections, maintes fois repoussées, c’est parce qu’il était persuadé qu’il ne pouvait les perdre. Nombre de «sorciers blancs», ces conseils venus d’Europe, et même, pour certains, du PS français ne lui avaient-ils pas garanti un résultat favorable?
La défaite fut une surprise totale. Une incongruité qu’il ne pouvait accepter. C’est sans aucun complexe, avec un incroyable culot, qu’il l’a recyclée en victoire. Il n’a même pas pris la peine de truquer le scrutin ni de bourrer les urnes. Il a simplement inversé le score... avant d’endosser immédiatement les habits et les attributs du vainqueur.
En d’autres temps, cette audace désinvolte, aux apparences institutionnelles grotesques, aurait pu suffire. Cette fois - et ce fut une lueur pour l’idée même du respect de la démocratie - la plupart des diplomaties ont résisté au coup de force d’un personnage bien encombrant dont elles voudraient bien se débarrasser effectivement. Elles s’aperçoivent aujourd’hui des limites des pressions de l’introuvable «communauté internationale» sur un chef d’Etat bénéficiant du soutien de son armée et qui va utiliser l’arme du nationalisme sans aucun d’état d’âme.
En reconnaissant sans ambiguïté la victoire d’Allassane Ouattara et en intimant - au soir d’un conseil européen - à Gbagbo de laisser sa place, Nicolas Sarkozy a pris ses responsabilités, pourtant: il a pesé de tout son poids dans la balance. En vain. Un échec qui met en évidence la profondeur du divorce entre Paris et le régime ivoirien, depuis le coup de sang de Jacques Chirac. Il est bien loin le temps où le vieux sage Houphouët-Boigny gouvernait en prise directe avec l’Elysée...
On peine aujourd’hui à croire ce qui se passe sous nos yeux en 2010: Gbagbo préfère mettre son pays à feu et à sang, livrer la France à la vindicte de ses milices, défier le secrétaire général des Nations unies et partir en guerre contre les 10 000 hommes de l’ONU plutôt que de plier! Dans ce qui fut un des pays les plus prometteurs du continent africain, ce bras d’honneur tragique donne froidement le feu vert à une nouvelle guerre civile, aux exécutions sommaires, à l’arbitraire... Une descente aux enfers qui semblait avoir été stoppée. L’Histoire fait marche arrière et montre, si elle le devait encore, qu’elle n’a pas de sens.
Jacqueline de Romilly, l'amour de la liberté
C'était une grande dame au franc-parler, libre et forte, humble et joyeuse, à l'humour débordant, à l'énergie indomptable, au courage bouleversant. Jacqueline de Romilly vient de nous quitter dans sa quatre-vingt-dix-huitième année. Avec elle, la démocratie humaniste perd sa plus ardente pédagogue ; les lettres classiques, leur plus grande avocate.
Femme de lettres, helléniste de renom, membre de l'Académie française, elle mit ses talents au service de l'humanisme et, à travers lui, de la civilisation européenne : « La Grèce ancienne n'est pas, pour nous, un modèle à retrouver ; ce qu'elle nous apporte est le principe premier, l'idéal à atteindre - en somme, l'élan qui peut aujourd'hui encore nous aider et nous unir », écrivait-elle dans l'un de ses derniers ouvrages (1).
Pour cela, il est nécessaire d'avoir une vive conscience des défis de notre époque. Surtout lorsque l'on songe aux orages du XXe siècle et à l'éclipse de la civilisation européenne sous le nazisme. Face à cela, l'Europe devait se reconstruire pour la paix en s'inspirant des valeurs et de l'idéal de la démocratie athénienne.
Les travaux de Jacqueline de Romilly ont permis de découvrir comment les Athéniens ont inventé la démocratie ainsi que la manière dont ils s'efforçaient d'en combattre les dérives : la démagogie, l'inculture, le soupçon, l'oubli du bien commun... La formation des citoyens et de la jeunesse à l'art de vivre en démocratie est donc primordiale. En cela, les Grecs anciens sont des maîtres inégalés.
L'humanisme, une conquête
Grâce à elle, nous avons redécouvert les grands textes grecs, redevenus accessibles à tous. Mais, dans le même temps, l'enseignement du grec ancien disparaissait de plus en plus des écoles ! Les jeunes générations sont donc, aujourd'hui, de plus en plus coupées des racines de la culture européenne.
C'est regrettable à l'âge où se forge le jugement. C'est en contradiction avec les besoins de notre époque. En particulier avec la nécessité de comprendre le sens des règles communes indispensables en démocratie pour vivre ensemble dans le respect mutuel.
C'est aussi d'une grande inconscience. L'humanisme et la liberté ne sont-ils pas une conquête de chaque génération ? Par quoi seront donc remplacées ces digues, si patiemment construites au long des siècles, pour lutter contre l'inculture, la violence et la barbarie ? Chaque génération ne doit-elle pas avoir l'humilité d'apprendre des générations précédentes pour redécouvrir les fondements de la démocratie ?
Jacqueline de Romilly était l'amie de la jeunesse, l'amie des humbles. Elle évita l'expulsion d'une jeune fille tchétchène et de sa famille. Lorsque des incendies ravagèrent la Grèce, elle lança une vaste souscription, « Un arbre pour la Grèce », afin de tisser des liens d'amitié entre les citoyens européens.
Jacqueline de Romilly était une amie d'Ouest-France et de ses lecteurs. Elle nous fit l'honneur de parrainer, avec l'association L'élan citoyen, les « appels à témoignages » de jeunes personnes racontant un beau geste de la vie quotidienne. Et, pendant une année elle collabora à dimanche ouest-france, faisant découvrir, semaine après semaine, les trésors des textes antiques.
Une grande voix s'est éteinte. Nous lui disons merci et lui rendons un dernier hommage.
Elle était la Grèce éternelle
L'académicienne, Jacqueline de Romilly, grande helléniste, est morte samedi à 97 ans. La passion des grands textes anciens et l’amour de la transmission ont habité toute son existence.
"La passion, pardi!": c’était celle de la Grèce ancienne, de la recherche, de l’enseignement et d’un historien du Ve siècle avant notre ère qu’elle admirait plus que tout: Thucydide, l’auteur de La Guerre du Péloponnèse. Elle en fit de 1953 à 1972 une traduction, restée de référence. Elle aimait sa sobriété, sa densité, son exactitude impassible, "cette espèce d’actualité perpétuelle et toujours renouvelée". Relatant l’affrontement d’Athènes et de Sparte, Thucydide donnait, selon elle, le plus bel exemple d’une démarche intellectuelle, littéraire et politique, où s’exprimait la quintessence du miracle athénien. Lorsqu’elle obtint, en 1973, une chaire au Collège de France – elle avait 60 ans – Jacqueline de Romilly ne manqua pas de lui rendre hommage choisissant comme intitulé: "La Grèce et la formation de la pensée morale et politique".
Première femme lauréate au Concours général, première femme professeur au Collège de France, première femme membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1975), deuxième femme élue à l’Académie française après Marguerite Yourcenar (1988), Jacqueline de Romilly a collectionné les réussites, tout en s’affirmant comme la meilleure représentante de l’hellénisme classique, respectée par ses adversaires novateurs, fussent-ils les plus critiques, notamment Jean-Pierre Vernant, avec qui, sur le tard, elle se réconcilia. Ils avaient en commun, au-delà de démarches intellectuelles opposées, leur amour du grec et la volonté de défendre l’enseignement des langues anciennes (L’Enseignement en détresse, 1983, Ecrits sur l’enseignement, 1991 ; Lettres aux parents sur les choix scolaires, 1994, etc.).
Un goût parfois féroce pour la polémique
Cette défense passionnée n’était pas celle des vieux ronchons. "Les grands textes grecs, confiait Jacqueline de Romilly, nous placent à la source de notre culture. En les lisant, on voit se former la pensée rationnelle, la raison et plus encore la réflexion, la finesse critique, l’art de penser la pensée elle-même. On voit naître la lumière et l’universel." Pour elle, la culture classique était une école de liberté: par les Anciens, rappelait-elle à temps et à contretemps, on apprend à s’exprimer, à manier les outils intellectuels, à maîtriser la confusion, à vaincre l’obscurité. Si ses succès universitaires et savants furent précoces et sa carrière brillante, Jacqueline de Romilly resta longtemps peu connue du grand public. Jusqu’à son élection à l’Académie, en effet, l’essentiel de son oeuvre se destinait aux chercheurs et aux érudits. Traduire Thucydide, comme elle le fit près de vingt ans, c’était se plonger au coeur de l’histoire et de la pensée grecque.Une fois la traduction achevée, la route s’ouvrait pour la deuxième partie de son oeuvre, essentiellement vouée à la vulgarisation. En faisant aimer et connaître la civilisation grecque, Jacqueline de Romilly se battait pour la civilisation tout court. De La Grèce antique à la découverte de la liberté (1989) jusqu’à La Grandeur de l’homme au siècle de Périclès, paru en juin dernier aux éditions de Fallois, l’académicienne n’a cessé d’oeuvrer en pédagogue.
Son humour, sa fraîcheur, son goût parfois féroce de la polémique lui permirent de rencontrer le public en un temps où Bernard Pivot (Apostrophes) et Jacques Chancel (Radioscopies) connaissaient leurs grandes heures. Au-delà de la savante, on découvrit une amoureuse de la lumière, de la poésie et du grand air. Sur les chemins de Sainte-Victoire (1987) en est le plus beau témoignage.
Célèbre, ne boudant pas les médias, Jacqueline de Romilly n’en restait pas moins pudique. Née en 1913, elle grandit dans l’ombre de la Grande Guerre (son père Maxime David, professeur de philosophie, est mort pour la France). Elle sera, dès 1940, suspendue de ses enseignements à cause de ses origines juives. Divorcée de Michel Worms de Romilly en 1973 après trente-trois ans de mariage, elle ne confiera rien de ses interrogations ou de ses réflexions. "Patience, mon coeur", aimait-elle répéter à la manière des Grecs. Elle se gardera tout autant de mettre sur la place publique ses réflexions sur le judaïsme et le catholicisme vers lequel des années de méditation la conduisirent.
A une journaliste du Point, Jacqueline de Romilly confia en 1977: "La vieillesse est un terrible combat que l’on est sûr de perdre et que l’on s’obstine à mener […]. On peut avoir acquis des qualités de sagesse, de hauteur de vue, de courage moral, de stoïcisme (il faut bien se consoler avec des aspects positifs), mais on perd la vue, l’ouïe, la marche. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Je reconnais cependant que j’ai toujours gardé mon humour et la capacité de rire des situations cocasses." C’est, pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages, ce Sourire innombrable qu’elle vient de retrouver.



















