TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 30 novembre 2010

Les banques paieront… un peu

En plus du plan de sauvetage de l’Irlande, les dirigeants de la zone euro ont décidé de mettre le secteur privé à contribution pour aider les Etats qui en auraient besoin à partir de 2013. Un pas dans la bonne direction, estime la presse, mais la crise n’est pas terminée. 

La course folle entre les dirigeants de la zone euro et les marchés a marqué une nouvelle étape clé", constate La Tribune. Le 28 novembre, "les ministres des Finances des Vingt-Sept ont d’abord finalisé le plan de sauvetage de 85 milliards d’euros pour l’Irlande", explique le quotidien français. "Surtout, Paris et Berlin se sont mis d’accord pour pérenniser au-delà de 2013 la ligne de défense mise en place pour sortir la zone euro de la crise systémique à laquelle conduit l’explosion des dettes publiques. Riches de l’expérience grecque, les dirigeants ont compris qu’il leur fallait afficher au plus vite leur unité."
Ce Mécanisme de stabilité européen prévoit une participation des créanciers privés aux éventuels futurs plans d’aides à des pays en difficulté. Mais "contrairement à ce que souhaitait au départ l’Allemagne, cette participation du secteur privé se fera ‘ au cas par cas’, précise La Tribune, uniquement en cas d’insolvabilité et non pas en cas de simples problèmes de liquidité des Etats. Concrètement, des clauses d’action collective seront incluses dans les nouvelles émissions de dettes après la mi-2013, qui permettront d’aboutir à des restructurations négociées avec les créanciers privés".
"L’Allemagne a eu raison de défendre un mécanisme pour permettre aux pays de se mettre en cessation de paiement s’ils ne peuvent pas rembourser leurs dettes.  Les clauses d’action collectives pourraient être une manière d’y arriver", se félicite le Financial Times. Comme le remarque le quotidien de la City, "certains pays font déjà face à des coût d’emprunt astronomiques. Et il est clair que l’on ne peut pas revenir aux conditions d’avant la crise, quand tout pouvait être emprunter au taux allemand ou à des taux proches. Ce modèle bancal est aujourd’hui cassé. Les idées de Berlin ne sont peut-être pas la destination finale, mais au moins elles montrent la bonne direction."

Rien de plus qu'une aide d'urgence

Le cousin allemand du FT semble plus circonspect. "Le résultat semble positif – et apte à calmer les marchés", écrit le Financial Times Deutschland. Les gouvernements partagent la responsabilité d'une situation où le temps presse. Cela vaut avant tout pour le style politique d'Angela Merkel qui consiste à avancer des exigences énergiques comme la responsabilité des créanciers. Il se peut qu'en faisant cela, elle ait davantage pensé à l'impression qu'elle laisserait chez ses électeurs allemands et moins à celle donnée aux marchés mondiaux. Mais rester silencieux pendant des semaines et laisser fuiter seulement quelques détails sans les commenter, cela est une invitation aux spéculateurs.

"A partir de maintenant, les pays moins solvables auront des difficultés pour se financer, parce que les investisseurs préféreront acheter la dette des Etats économiquement plus forts, s’inquiète El Mundo. Avec l’épée de Damoclès du sauvetage au-dessus de sa tête, l’Espagne est l’un des pays que fuiront les investisseurs." En revanche, souligne le quotidien,  "le nouveau système peut avoir l’avantage d’obliger le gouvernement à être beaucoup plus exigeant dans le contrôle du déficit, et donc dans l’émission de la dette."
En attendant, comme le remarque la Süddeutsche Zeitung, les 85 milliards mis sur la table par l’UE et le FMI "ne sont rien de plus qu'un aide d’urgence. Pour véritablement stopper la crise de la dette, les ministres des Finances doivent prier les créanciers de passer à la caisse. Et cela tout de suite."

Choisir le Web que nous voulons : l'exploration ou la prison

Pourquoi le Web, pourtant si vaste, nous semble-t-il si facilement traversable à bord de nos navigateurs ? Est-ce grâce au seul mérite des "moteurs" de recherche ? Non. Si le Web nous est rendu appropriable, si le sentiment d'être "perdu dans l'hyperespace" s'efface souvent au profit d'une découverte hasardeuse, heureuse (sérendipité) et rassurante, c'est pour une raison simple. C'est parce que le Web est un graphe à invariance d'échelle, c'est-à-dire avec de la redondance, ni vraiment aléatoire ni vraiment hiérarchique et dont l'immensité n'oblitère pas la possibilité offerte à chacun d'entre nous d'en mesurer le diamètre ; mieux, de faire l'expérience de cette mesure, de faire le tour du Web.

Le diamètre du Web, c'est la plus longue distance entre deux liens hypertextes. En 1999, Laszlo Barabasi l'a mesuré : il était de 19 liens.

D'où ce sentiment de proximité, de confort de navigation, de communauté, de "village global" devant ce qui devrait pourtant nous apparaître comme une immensité par définition non-traversable puisque impossible à cartographier parce qu'en perpétuel mouvement. D'autant que le Web est de nature fractale : plus on s'en approche pour le mesurer, et plus ses dimensions augmentent (donc sa naviguabilité, sa possible exploration). D'autre part, la probabilité pour un utilisateur d'atteindre une information entre le point de départ et le 19e lien demeure quasi-nulle à cause du nombre de liens possible à chaque itération.

Et puis sont apparus des graphes dans le graphe qui ont, avec notre participation active et enthousiaste, sensiblement changé la nature du Web. Ils ont pour nom Flickr, YouTube, LiveJournal (plate-forme de blogs), Facebook et tant d'autres. Des études montrent que leur diamètre est déjà sensiblement plus faible que celui du Web : Flickr : 5,67, YouTube : 5,10, LiveJournal : 5,88.

L'enjeu pour ces sites est d'abaisser significativement leur propre diamètre ainsi que celui du Web en général jusqu'au moment ou faire un tour sur nous-même équivaudra à faire le tour du monde, à force d'être en permanence à proximité de tous les autres.

Leur projet "politique" est de bâtir des environnements en apparence semblables à des graphes invariants d'échelle mais dont la dimension, c'est-à-dire le spectre de ce qui est observable et/ou naviguable se réduit au fur et à mesure ou l'observateur se rapproche. Soit une forme paradoxale de panoptique et l'antithèse exacte d'un Web fractal.

Facebook, YouTube et tant d'autres sont, chacun à leur manière des projets de nature carcérale, c'est-à-dire qui valorisent et exploitent la complétude de l'entre-soi. Un projet de nature idéologique pour Facebook (faire en sorte que nous soyons tous "amis"), de nature culturelle pour YouTube (faire en sorte que nous aimions tous les mêmes vidéos "rigolotes"). Tous ont en commun de tendre vers l'abolition du fractal, c'est-à-dire d'une certaine forme d'inépuisable, de diversité.

Plus que le Web lui-même, plus que l'infrastructure qui le porte, c'est une certaine idée du Web comme ressource qui est en danger. Danger d'une concentration, d'une contraction des liens qui le structurent et le forment ; danger d'une surexploitation de cette ressource naturelle (le Web) d'un écosystème informationnel (Internet) qui pourrait conduire à son épuisement, à son tarissement au seul profit d'immenses et finalement pauvrement réticulés supermarchés relationnels dont Facebook ou YouTube sont aujourd'hui les emblèmes par l'homogénéité des ressources qu'ils proposent, et les parcours extrêmement balisés et pré-déterminés qu'ils propagent et auto-alimentent.

INTÉRÊTS MARCHANDS

Attention danger. En-deçà d'un certain diamètre, au-dedans de certains sites, ce sur quoi nous passons chaque jour l'essentiel de nos navigations n'a pas davantage à voir avec le Web des origines que le couteau de cuisine n'a à voir avec l'écriture. L'approche fermée, propriétaire, compartimentée, concurrentielle, épuisable de l'économie du lien hypertexte ne peut mener qu'à des systèmes de nature concentrationnaire. Des systèmes de l'enfermement consenti, en parfaite contradiction avec la vision des pères fondateurs du Web pour qui le parcours, le "chemin" importe au moins autant que le lien.

Choisir : le lien ou le chemin (de ronde). Lorsque l'on télécharge ses données personnelles sur Facebook, on ne récupère qu'une longue liste d'amis et de "statuts" publiés sur notre mur. La totalité des liens qui dessinent mon "vrai" profil social, mon véritable cheminement, ceux-là restent la propriété – et à la discrétion – du seul Facebook. Dans l'usage quotidien de Facebook, de YouTube et de tant d'autres, nous n'effectuons aucun autre cheminement que celui qui place nos pas dans ceux qui sont déjà les plus visibles ou prévisibles. Ce chemin-là, tant il est en permanence scruté et surveillé par d'autres "au-dessus" de moi, ressemble davantage à une promenade carcérale qu'à une navigation affranchie.

A ce Web carcéral fait écho le discours politique d'une criminalisation des pratiques, alibi commode pour porter atteinte à la neutralité du Net au seul profit d'intérêts marchands et sans égards pour ce qui fut un jour une terra incognita pleine de promesses. Qui l'est encore aujourd'hui. Mais pour combien de temps ?

 Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l'information, Université de Nantes, IUT de La Roche sur Yon

Le commentaire politique de Christophe Barbier


WikiLeaks : décoder la Corée du Nord à l'aune de la transition dynastique

Comment soulever le voile ? Percer l'épais mystère qui entoure Pyongyang à l'heure d'un délicat processus de succession à sa tête ? Les diplomates américains consultent beaucoup pour tenter de décrypter les évolutions du régime de la Corée du Nord, dynastie stalino-nationaliste dont les foucades nucléaires inquiètent l'ensemble de l'Extrême-Orient, et au-delà. Les avis des Sud-Coréens, des Chinois et des Russes sont particulièrement sollicités. La plupart des analyses rassemblées par les Américains convergent : le durcissement du comportement extérieur de Pyongyang (tirs de missile et essai nucléaire du printemps 2009, torpillage en mars 2010 de la corvette sud-coréenne Cheonan imputé à la Corée du Nord par une commission d'enquête internationale) est directement lié aux aléas de la transition dynastique en cours au sommet du régime.

Ce processus de succession, précipité par l'accident cérébral dont le "grand dirigeant" Kim Jong-il a été la victime l'été 2008, domine de manière écrasante l'agenda nord-coréen. En avril 2009, l'ambassade américaine de Moscou reçoit un diplomate russe travaillant sur le dossier nord-coréen. L'intransigeance de Pyongyang sur la question nucléaire et son agressivité à l'égard du Sud, analyse ce dernier, visent "à masquer une lutte interne pour la succession" selon un document obtenu par WikiLeaks et révélé par Le Monde. A la même époque, l'ambassade américaine de Séoul débat du même sujet avec un officier supérieur sud-coréen dont la mission est de décoder les arcanes de Pyongyang.
La conversation porte sur la mise en scène de diverses initiatives de la hiérarchie militaire par la propagande du régime. Les généraux du Nord, analyse le Sud-Coréen, sont conviés à s'afficher pour envoyer un "message d'ordre" au pays à l'heure où des manifestations de mécontentement ont été signalées. "Pour damer toute dissidence interne, il faut créer de la tension extérieure", affirme l'officier sud-coréen. Faut-il prendre au sérieux ces rumeurs de malaise intérieur ? Le même interlocuteur sud-coréen se fait l'écho d'une "insatisfaction au sein de certains groupes de l'élite, qui sont au courant des réformes économiques en Chine et au Vietnam et se demandent pourquoi la situation de la Corée du Nord, elle, se détériore".
UN SCÉNARIO POUR CONSACRER LES DÉBUTS DE L'HÉRITIER
En janvier 2010, un autre haut-responsable sud-coréen va même jusqu'à rapporter à la mission américaine de Séoul qu'"un nombre non spécifié d'officiels nord-coréens de rang élevé en poste à l'étranger ont récemment fait défection au profit de la Corée du Sud".

Au même moment, un civil chinois familier de la Corée du Nord rencontré par le consulat américain d'une ville de Chine se fait l'écho d'informations similaires. Il raconte que, suite à une défection, tous les étudiants et scientifiques nord-coréens séjournant en Chine ont été rappelés au pays, signe de la "paranoïa" de Kim Jong-il. Mais le durcissement externe ne viserait pas qu'à désamorcer les oppositions internes. Il constituerait aussi un préalable à une future discussion avec les Etats-Unis, dont Pyongyang escompte des "garanties de sécurité" vitales pour sa survie.
"Il faut d'abord faire monter la pression pour créer un besoin de dialogue", note l'officier sud-coréen rencontré par la mission américaine de Séoul en avril 2009. Les Chinois partagent cet avis. A Pékin, un officiel chinois explique aux diplomates américains en juin 2009 que Kim Jong-il a décidé de provoquer une "escalade de la tension avec les Etats-Unis" afin de permettre à son successeur présumé – son fils cadet Kim Jong-un [à l'époque non encore officiellement adoubé] – de "sauter dans le train pour soulager la pression".
UN "ÉTAT TAMPON" ENTRE LA CHINE ET LA CORÉE DU SUD
Bref, un scénario minutieusement réglé pour consacrer les débuts de l'héritier. Mais au-delà de ces manœuvres tactiques, quid de l'avenir du régime ? Le scénario le plus catastrophiste offert aux diplomates américains émane d'un vice-ministre sud-coréen. En février 2010 à Séoul, ce dernier confie à ses interlocuteurs : "La Corée du Nord s'est déjà effondrée économiquement. Elle s'effondrera politiquement deux ou trois ans après la mort de Kim Jong-il."
Seul soutien extérieur du régime, Pékin "ne pourra l'empêcher", souligne le même vice-ministre. Les Chinois font évidemment passer le message inverse. "Les experts américains ne devraient pas présumer que la Corée du Nord s'effondrera après la mort de Kim Jong-il" met en garde l'officiel chinois rencontré à Pékin en juin 2009.
Mais la position chinoise n'est pas aussi monolithique qu'elle en a l'air. Officiellement, l'orthodoxie de Pékin sur l'avenir de la péninsule coréenne est la défense du statu quo qui, à travers l'existence de la Corée du Nord, permet d'installer un "Etat tampon" entre la Chine et la Corée du Sud pro-américaine. Selon le vice-ministre sud-coréen rencontré par la mission américaine de Séoul en février 2010, certains officiels chinois sont toutefois plus ouverts – bien sûr en privé – sur une perspective finale de réunification. Ces responsables chinois, note-t-il, "sont prêts à admettre la nouvelle réalité que la Corée du Nord n'a plus qu'une valeur limitée d''Etat tampon' pour Pékin" et que les deux Etats devraient donc être "réunifiés" sous les couleurs du Sud.
La Chine s'y résoudrait, poursuit le vice-ministre sud-coréen citant ses sources chinoises, mais elle ne saurait accepter la présence de troupes américaines au nord de l'actuelle frontière. En outre, la nouvelle Corée réunifiée ne devra manifester en aucune manière d' "hostilité " à l'égard de la Chine. La révélation de cette école de pensée au sein de la diplomatie chinoise montre que Pékin dispose déjà d'un plan B au cas où son fidèle allié du Nord viendrait à disparaître.

Les aides de l'UE mal utilisées

Des milliards d'euros affectés par l'Union européenne pour le développement de zones économiquement sinistrées ne sont pas utilisés parce que les Etats membres ne fournissent pas les fonds requis, rapporte mardi le Financial Times.
L'Union européenne n'a dépensé que 10 % des 347 milliards d'euros alloués jusqu'en 2013 pour promouvoir le développement de régions pauvres, selon le quotidien, qui cite des documents officiels. L'enquête du journal critique également la bureaucratie et le manque de contrôle des fonds structurel et de cohésion, les deux outils financiers de la Commision européenne pour la gestion de ces fonds d'aide.
Les directives pour l'allocation des fonds avaient été définies en 2006, avait que la crise financière n'oblige les gouvernements à des restrictions budgétaires. Selon ces directives, l'UE ne peut débloquer ces aides que si les autorités nationales ou locales concernées contribuent de leur côté à hauteur de la moitié du financement des projets retenus.
COCA-COLA, IBM ET NOKIA SIEMENS BÉNÉFICIAIRES
Une étude interne de la Commision européenne le mois dernier, à laquelle le journal a eu accès, avait déjà soulevé le problème. Les fonds destinés à aider les petites et moyennes entreprises ont également été absorbés par des multinationales comme Coca-Cola, IBM et Nokia Siemens, bien que ces mesures ne soient pas illégales, souligne le FT.
Le commissaire aux affaires sociales européen, Laszlo Andor, a mis en garde contre une exploitation de ces chiffres : "Ce n'est pas une banque qui doit à tout moment donné produire un équilibre."

Evaluer la gouvernance des entreprises

Durant les années 90, les investisseurs pouvaient faire mieux que le marché en se basant sur les dispositifs protégeant les entreprises de prise de contrôle. Aujourd’hui, ils ont appris à évaluer ces dispositions, mais il est possible d’utiliser d’autres critères de gouvernance pour investir.
CAMBRIDGE – Les marchés savent-ils évaluer correctement la gouvernance des entreprises ? Dans le cadre d'une nouvelle étude empirique, Alma Cohen, Charles C.Y. Wang et moi avons montré comment les marchés ont appris à évaluer les dispositions destinées à éviter une prise de contrôle hostile. Ce savoir a des conséquences importantes pour les entreprises cotées en Bourse et leurs investisseurs.
En 2001, trois économistes financiers (Paul Gompers, Joy Ishii et Andrew Metrick) ont identifié une stratégie d'investissement basée sur des mesures de gouvernance qui auraient rapporté des bénéfices boursiers très élevés durant les années 1990. Elle comportait l'obligation de réunir une large majorité au sein du conseil d'administration pour certaines décisions, le renouvellement de ce conseil sur plusieurs années et des mesures anti-OPA qui isolent les gestionnaires de la discipline des marchés en ce qui concerne le contrôle des entreprises.
Le lien entre gouvernance et bénéfices a disparu
Durant les années 1990, avoir des actions d'entreprises qui peuvent prendre toutes leurs décisions (ou la plupart d'entre elles) à la majorité simple ou adopter des positions de vente de titres d'entreprises qui ne peuvent prendre certaines décisions qu'à une majorité importante aurait permis de faire mieux que le marché. Quand elles ont été rendues publiques, ces conclusions ont intrigué les entreprises, les investisseurs et les experts en gouvernance d'entreprise et ont suscité le développement de produits financiers basés sur la gouvernance d'entreprise.
Même si les dispositifs anti-OPA des entreprises limitent leurs résultats, les investisseurs risquent de ne pouvoir faire de bénéfices si les prix reflètent les effets de ces dispositions connues du public. Cohen, Wang et moi avons montré que le lien entre gouvernance et bénéfices qui existait dans les années 1990 a disparu par la suite et n'a pas réapparu. Après avoir mieux fait que le marché durant les années 1990, les entreprises qui  ont eu une stratégie basée sur la gouvernance se sont retrouvées par la suite au même niveau que le marché.
Comment comprendre le lien entre gouvernance et bénéfices durant les années 1990 et sa rupture ultérieure ? Nous avons trouvé que cette évolution est due au fait que les marchés ont appris au cours du temps à évaluer la différence de bénéfices attendus entre les firmes qui ont une bonne gouvernance et les autres, en terme de niveau de protection contre une prise de contrôle hostile.
Les marchés ont appris à identifier les firmes bénéficiant d'une bonne gouvernance
En liaison avec cet apprentissage, au début des années 2000, les médias, les investisseurs institutionnels et les chercheurs ont soudain porté beaucoup plus d'attention à la gouvernance d'entreprise - une attention qui se maintient depuis. Ainsi le nombre d'articles qui évoquent des questions de gouvernance dans les journaux américains a triplé entre 2000 et 2002. Et le nombre de résolutions en rapport avec la gouvernance soumis à un vote par les investisseurs institutionnels a plus que doublé (beaucoup de ces résolutions portaient sur des dispositifs anti-OPA). Le nombre de ces articles et de ces résolutions reste élevé depuis cette époque.
L'intérêt accru porté à la gouvernance paraît avoir affecté les prix sur les marchés. Nous avons ainsi découvert qu'en 2001 les marchés avaient appris à identifier les firmes bénéficiant d'une bonne gouvernance en terme de prévision de rentabilité.
Nous avons cherché à mesurer la surprise des marchés à l'annonce des bénéfices des entreprises (en observant l'évolution du prix de leurs actions au moment de ces annonces) et celle des analystes boursiers (à partir de la différence entre bénéfices annoncés et prévisions). Nous avons découvert que durant la période 1990-2000, mais pas après, les annonces de bénéfices des firmes ayant une bonne gouvernance surprenaient plus fréquemment les marchés et les analystes que celles des firmes ayant une mauvaise gouvernance.
Soulignons que si après 2000 les dispositifs anti-OPA n'ont plus permis de faire mieux que les marchés, ils ont conservé toute leur importance pour évaluer une entreprise. Durant les années 2000, les firmes dont la réglementation prévoit que nombre de décisions doivent être prises à une très large majorité ont eu une capitalisation boursière inférieure aux autres (relativement à leur valeur comptable). Il est devenu impossible de tirer partie de la rentabilité d'une entreprise en utilisant le niveau de majorité nécessaire à son conseil pour prendre certaines décisions. Cela tient à la prise en compte de ce facteur par les marchés.
Dans l'ensemble, nos conclusions sont en faveur de l'idée que si les marchés ne sont peut être pas capable sur le champ d’évaluer correctement de nouvelles dispositions ou de nouvelles pratiques de gouvernance, ils sont capables d'apprendre à le faire - même s'il y faut parfois un temps considérable.
Les gestionnaires et les investisseurs devraient prendre en considération le savoir acquis des marchés et l'augmentation potentielle de la capitalisation boursière qui pourraient résulter de la suppression des dispositifs anti-OPA par les entreprises. Beaucoup d'entre elles les ont supprimés récemment en revenant sur le renouvellement échelonné des mandats des administrateurs et sur l'exigence d'une large majorité pour autoriser une fusion. Baisser le niveau de cette majorité permet encore aux actionnaires de réaliser de substantiels bénéfices.
Par ailleurs, si les marchés savent maintenant évaluer les dispositifs anti-OPA hostile, nos conclusions montrent que pour l'instant ils n'évaluent sans doute pas les autres caractéristiques de la gouvernance d'entreprise dont l'émergence est plus récente. L'introduction de nouvelles mesures de gouvernance et leur intégration dans l'évaluation d'une entreprise est un processus lent.
Les investisseurs ne peuvent peut-être plus réaliser des bénéfices en basant leurs décisions sur les dispositifs anti-OPA habituels. Néanmoins nos conclusions n'excluent pas qu'une stratégie d'investissement basée sur d'autres caractéristiques de la gouvernance d'entreprise soit efficace. Aussi les gestionnaires ne devraient-ils pas se désintéresser de réformes de gouvernance potentiellement utiles, même si elles ne soulèvent pas encore l'intérêt des investisseurs et si les marchés ne les évaluent pas encore.
Les investisseurs finissent par apprendre. Ils sanctionnent ou récompensent alors de manière appropriée les entreprises en fonction de leurs choix de gouvernance.

Egypte : les Frères musulmans annoncent leur lourde défaite aux législatives

Les résultats du premier tour des élections législatives égyptiennes n'avaient pas encore été publiés, lundi 29 novembre, que l'issue du scrutin qui s'est tenu dimanche dans un climat de fraude et de violence ne faisait guère de doute : les Frères musulmans se voyaient pratiquement éliminés du Parlement égyptien.


La confrérie, théoriquement interdite par le pouvoir mais tolérée dans les faits, détenait jusqu'à présent un cinquième des sièges dans l'ancienne chambre basse du Parlement et, sous l'étiquette "indépendants", constituait la première force d'opposition au gouvernement du président Hosni Moubarak, avec quatre-vingt-huit élus. Si les résultats officiels du premier tour du scrutin ne sont pas attendus avant mardi, Saad al-Katatni, chef de file des élus islamistes de l'assemblée sortante, a indiqué lundi qu'aucun des cent trente candidats présentés par les Frères musulmans n'avait décroché l'un des cinq cent huit sièges de député en jeu à l'issue du premier tour. Et seule une poignée d'entre eux pourra briguer les suffrages des électeurs lors du second tour prévu le 5 décembre.
"Il y a eu des trucages et nous avons déposé un recours contre les procédures de vote", a indiqué M. Katatni, qui n'a pas conservé son siège de député à Minah, au sud du Caire, un mandat qu'il avait remporté en 2005 avec trente cinq mille voix, contre douze mille pour son principal rival.
"UN GOÛT DE SANG, UNE ODEUR DE POUDRE"
La presse et des observateurs indépendants ont en effet rendu compte de très nombreux cas de fraude et de violences lors du premier tour. Le quotidien indépendant Chourouq citait par exemple le témoignage d'un juge de la région de Guizeh, près du Caire, affirmant avoir vu des officiers de police bourrer des urnes. Selon les sources, deux à quatre égyptiens auraient trouvé la mort dans des affrontements entre militants ou provoqués par des hommes de main recrutés par des candidats, une pratique fréquente en Egypte.
"Ces élections ont un goût de sang et une odeur de poudre. Les citoyens ont été sacrifiés pour que le PND [le Parti national démocratique d'Hosni Moubarak] reste au pouvoir", a affirmé la Coalition indépendante pour l'observation des élections. Cette fédération d'observateurs non gouvernementaux égyptiens a diffusé un dossier décrivant en détail quatre-vingt-trois cas d'irrégularités ou de violences, dans treize des trente gouvernorats d'Egypte. Le PND est mis en cause dans un grand nombre de cas, mais des candidats indépendants ou d'autres partis sont aussi cités. "L'exclusion répétée de représentants de l'opposition et d'observateurs des bureaux de vote, de même que les informations faisant état de violence et de fraude, suggèrent que les citoyens n'ont pas pu prendre part à des élections libres", écrit de son côté un responsable de Human Right Watch, Joe Stork, dans un communiqué.
Le ministre de l'information, Anas al-Feki, s'est en revanche félicité dans un communiqué du "haut degré de transparence" du scrutin. Il a assuré que les incidents, "limités", n'avaient "pas affecté la conduite générale et l'intégrité de l'élection".
Des analystes avaient prédit que le pouvoir ferait tout pour marginaliser les islamistes sur la scène politique avant l'élection présidentielle de 2011 à propos de laquelle le chef de l'Etat, âgé de 82 ans et de santé fragile, reste muet. "C'est un niveau de fraude entièrement différent, indiquait ainsi Chadi Hamid, du Brookings Doha Center. "Cela laisse penser que le régime s'inquiète de la transition qui arrive et ne compte prendre aucun risque."


En Egypte, le poids des Frères musulmans reste une inconnue
  Le score que remportera la puissante institution des Frères musulmans aux élections législatives d'Egypte, dimanche 28 novembre, reste le principal point d'interrogation de ce scrutin en grande partie joué d'avance. Face à l'énorme machine électorale du Parti national démocratique (PND, au pouvoir), auquel tout le monde prédit une large victoire, la Confrérie islamique dispose d'un important réseau de mosquées, d'écoles, de crèches et de centre de soins médicaux – autant de secteurs où l'action de l'Etat est jugée insuffisante par de nombreux Egyptiens – et de la capacité avérée de mobiliser les foules.

Ces dernières années, les Frères musulmans ont également bénéficié du phénomène de réislamisation de la société égyptienne qui a accompagné l'appauvrissement d'une partie de la population et la grogne croissante envers un régime indéboulonnable depuis 30 ans.
TIMIDES OUVERTURES DÉMOCRATIQUES
Fort du soutien populaire, les Frères musulmans avaient opéré une percée remarquable lors du précédent scrutin de 2005, remportant 88 sièges (contre 11 en 2000), soit un cinquième du Parlement. Elus sous l'étiquette "indépendants" pour contourner l'interdiction officielle qui pèse sur ses membres, la Confrérie aurait sans doute pu faire mieux, si le scrutin n'avait pas été entaché d'irrégularités. Pour limiter ce succès qu'à l'évidence il n'avait pas anticipé, le régime avait réagi en barrant l'accès de nombreux bureaux de vote, dès le deuxième jour des élections qui se déroulaient, à l'époque, en quatre journées réparties sur un mois.
Depuis, le gouvernement a mené une campagne de harcèlement à l'encontre de la Confrérie, en multipliant les arrestations de ses membres. Plus de 5 000 d'entre eux ont été arrêtés en 2009. A la veille du scrutin de 2010, ils sont encore plus de 1 000 dans les prisons, dont plusieurs candidats. Plus pénalisant encore, le pouvoir a procédé au gel d'une partie non négligeable des avoirs financiers de la Confrérie.
CONFLITS INTERNES
Fin 2009, les Frères musulmans ont par ailleurs connu des dissensions internes, largement couvertes par les médias, suscitant de nombreux débat sur l'affaiblissement que ces disputes étalées au grand jour pourraient provoquer. Tandis que traditionnellement, seule la mort mettait un terme aux fonctions de guide suprême des Frères musulmans, le guide Mohammed Mahdi Akef avait alors déclaré qu'il ne poursuivrait pas son mandat. Son départ a été suivi de mises à l'écart de personnalités importantes au sein de la Confrérie.
"La bureaucratie minait nos affaires internes", explique au Monde Mohammed Habib, numéro deux de l'époque, aujourd'hui écarté. "En outre, l'interdiction que le régime fait peser sur les Frères a engendré des auto-restrictions, un repli sur soi de la Confrérie, une propension au secret et, finalement, une situation dans laquelle les décisions ne sont plus prises que par une minorité d'entre nous, aux dépends de notre tradition de consultation. Selon moi, la Confrérie a commencé à souffrir des mêmes maux que le régime égyptien : le manque de démocratie que, justement, nous combattons." M. Habib insiste cependant sur le fait qu'après son départ, la décision de participer aux élections législatives, alors qu'une partie de l'opposition égyptienne appelait au boycot, a été le résultat d'un important débat interne.
Porte-parole de la Confrérie, Essam El-Erian, interrogé par Le Monde juge, au final, "impossible de rééditer le score de 2005", notamment en raison de "l'atmosphère politique étouffante" et du "manque de transparence du scrutin" (la supervision des juges à été supprimée dans les bureaux de vote suite à un amendement constitutionnel de 2007).
REPRISE EN MAIN DE LA VIE POLITIQUE
D'autres Frères ont évoqué également l'absence de pressions étrangères sur le régime égyptien. En 2005, dans un changement de ton significatif à l'égard de son principal allié au Moyen-Orient, l'administration américaine de George Bush s'était dit en effet "préoccupée par l'avenir des réformes égyptiennes lorsque des militants pacifiques de la démocratie ne sont pas préservés de la violence." Dans un discours, prononcé à Charm al-Cheikh en juin 2005, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice avait même déclaré : "Pendant 60 ans, les Etats-Unis ont recherché la stabilité aux dépens de la démocratie au Proche-Orient, et nous n'avons accompli ni l'un ni l'autre."
Ce constat peu encourageant reste valable aujourd'hui. Les timides ouvertures démocratiques concédées à cette époque par le président Hosni Moubarak ont en outre cédé à une reprise en main très stricte de la vie politique en Egypte.
Selon les spécialistes, les Frères musulmans sont toujours aussi puissants en nombre de militants, voire davantage. Mais les conditions de vote, le contexte international et égyptien – notamment les inconnues et les inquiétudes entourant la succession du président Hosni Moubarak –, estiment-ils, ne leur permettront pas de conserver leur position de principale force d'opposition au sein du Parlement.
Cécile Hennion

L'hypermarché et l'équation du commerce moderne

C'est « la » question du moment pour les acteurs de la grande distribution (avec, il est vrai, celle du commerce électronique) : l'hypermarché classique, « à la française », inventé par Carrefour en 1963 à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans la banlieue parisienne, est-il un modèle d'avenir ? Le magasin de grande surface qui offre « tout sous le même toit » installé dans une zone périphérique et obéissant à l'adage « no parking, no business » de Bernardo Trujillo, le théoricien américain du commerce moderne, auprès duquel les pionniers français du secteur ont tout appris, correspond-il encore aux besoins du consommateur ? Ce dernier, écocitoyen soucieux de réduire son empreinte carbone, donc ses déplacements, toqué de produits de proximité et méfiant à l'égard des marques multinationales, s'étourdit moins dans la société de consommation, que symbolise l'hyper. La multiplication des foyers monoparentaux, par ailleurs, ne rend-elle pas désuet le traditionnel « plein » de courses mensuel ?

Les chiffres de la dernière enquête du cabinet Kantar sont éloquents : les enseignes emblématiques des grands hypermarchés, Carrefour, Géant Casino, Auchan, perdent des parts de marché ou stagnent. Et les données publiées par les deux premiers groupes, cotés, pointent une baisse de la fréquentation. Un comble alors que l'on pensait qu'en période de crise les acheteurs se rueraient dans les points de vente qui offrent traditionnellement les prix les plus bas (avec les « hard discounters », qui perdent eux aussi des parts de marché…) !

Pour inverser cette tendance, Lars Olofsson, directeur général de Carrefour, a lancé le nouveau concept Carrefour Planet. Le but : réenchanter l'hypermarché, faire qu'il redevienne un « destination store ». Les moyens : plus de services, l'abandon de certains rayons non alimentaires non concurrentiels, l'amélioration globale de l'« expérience client ». Vainqueur, avec Système U, du jeu récent de la concurrence, Leclerc, prétend à l'inverse que le format hyper n'est pas condamné et que tout cela n'est que la conséquence d'un mauvais positionnement prix. Pour Michel-Edouard Leclerc, c'est simple : son enseigne étant la moins chère, ses hypers se portent bien. Qui dit vrai ? Pour comprendre, il faut rappeler l'évolution du paysage. Les spécialistes, comme Leroy Merlin pour le bricolage ou Darty pour l'électrodomestique, se sont fortement développés. Certains ont même lancé des versions discount, comme Castorama avec Brico Dépôt, ou Boulanger avec Electro Dépôt. Sur toute une gamme de produits, l'hypermarché ne peut donc plus rivaliser que difficilement, tant en termes d'offre qu'en termes de prix avec les « category killers ». A l'exception de quelques produits à prix d'appel sacrifiés. « Longtemps, Carrefour perdait 100 euros sur la vente de chaque télévision grand écran », caricature un consultant. L'expansion du e-commerce a mis, par ailleurs, plus de 70.000 magasins virtuels à un clic de chaque consommateur internaute. Enfin, les groupes de distribution, à commencer par Carrefour, ont tous entrepris de rénover leurs réseaux de proximité. Plus modernes, plus compétitives aussi, en termes de prix, afin de survivre face aux « hard discounters », ces moyennes et petites surfaces ont créé une nouvelle concurrence pour les hypers. Pourquoi faire 10 kilomètres pour se rendre dans un hyper Carrefour, quand on a au pied de son immeuble un Carrefour Market qui propose pour l'essentiel les mêmes marques nationales et les mêmes marques de distributeur ?

Pour résoudre la nouvelle équation du commerce moderne, Auchan a choisi non pas la révision du concept, mais l'affirmation plus forte encore des standards du « tout sous le même toit ». A Vélizy, à l'ouest de Paris, le premier magasin de France - 300 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel -étale sans vergogne ses 200.000 références, juxtaposant les produits de luxe et de niche, jambon Bellota-Bellota et autres macarons faits maison, avec les palettes d'articles de première nécessité disposées dans ce qui constitue un véritable magasin de « hard discount » implanté au coeur de l'hypermarché. Chez Leclerc, les hypers sont plus petits en moyenne, car souvent implantés dans des zones semi-rurales. Mais les adhérents n'hésitent pas à surdimensionner leurs rayons non alimentaires, afin de fixer leur clientèle et d'éviter qu'ils n'effectuent quelques kilomètres pour se rendre chez le spécialiste de la grande ville voisine. Ils continuent donc d'offrir un large choix, tout en ayant la capacité, en tant qu'indépendants gérant leur affaire de façon patrimoniale, de sacrifier 2 points de marge à la guerre des prix.

Au final, quelle solution choisir pour sauver ses hypermarchés ? Les experts et consultants de tout poil ont fait tourner la machine à idées. Pour arriver à la conclusion que le consommateur veut tout : une offre large, du discount, du « hard discount », des services et du confort d'achat. Et toutes les enseignes ont cette ambition. Toutes savent, au surplus, que le prix demeure le principe a priori de la raison commerciale et qu'un magasin devra toujours s'adapter à sa zone de chalandise. En réalité, plus que la stratégie, c'est sa mise en oeuvre qui fera la différence. Chez Leclerc, l'indépendant gérera sa boutique au plus près. Chez Auchan, le directeur de magasin et les chefs de rayon conserveront une motivation et une réactivité proportionnelles à leur degré d'autonomie. Et chez Carrefour, tout ou presque sera centralisé au siège de Massy, le personnel administratif des hypers étant envoyé sur le front de vente. C'est la gestion des ressources humaines la plus efficace qui l'emportera. Le commerce est une affaire d'hommes autant que de concepts. Qui aurait dit que les grands magasins afficheraient aujourd'hui des progressions à deux chiffres, sinon leurs exploitants qui ont cru en leur avenir ?

Sauver les meubles de Cancún

Bonne nouvelle : on n'attend rien de la conférence sur le climat qui vient de s'ouvir à Cancún au Mexique. Au moins, les risques d'une déception sont réduits au maximum. Peut-être laissera-t-on alors les experts travailler dans leur coin sur des sujets moins exposés comme la déforestation ou l'aide au développement, et avancer plus sereinement vers des solutions acceptables par tous.

Voilà une bonne façon de temporiser, voire de faire mûrir les esprits avant le grand rendez-vous de Durban, en Afrique du Sud, fin 2011 où il faudra bien remettre sur le tapis les sujets qui fâchent. C'est-à-dire l'engagement à réduire les émissions de CO2.

Il n'est pas certain qu'à cette échéance, les esprits aient suffisamment mûri. Car les pays sont comme nous tous. Face au long terme, ils procrastinent. Quand on voit les difficultés des Européens à se mettre d'accord sur un sujet aussi urgent que le sauvetage de l'un des leurs, ou celles des vingt puissances mondiales à s'entendre autour d'une régulation minimale de la finance internationale, les atermoiements climatiques ne surprennent pas. Si la gouvernance mondiale peine à tracer le chemin des deux années à venir, comment pourraient-elle s'engager sur les cinquante prochaines ?

Le climat, c'est un peu comme les retraites. Le problème est connu depuis vingt ans, les remèdes aussi, mais la difficulté réside dans le passage à l'acte. Et plus la situation économique est mauvaise, plus le remède paraît douloureux. Résultat, ce sont les hypothèses les plus pessimistes en matière de réchauffement climatique qui deviennent les plus probables.

Faut-il baisser les bras pour autant ? En tout cas, il vaut mieux compter sur le poids des opinions. Si elles influencent moins les gouvernements, elles poussent les initiatives locales. Nombre de villes américaines ou européennes devancent les décisions nationales en matière de réduction des consommations de CO2 ou de protection des espaces. La mobilisation massive des habitants de Stuttgart contre le projet de gare géante qui menaçait leurs espaces verts montre leur pouvoir.

Comme en politique, le renouveau ne viendra pas de sommets internationaux de plus en plus sclérosés par les enjeux de pouvoir, mais de la base. Il faut en tout cas l'espérer, car le modèle des Nations unies, sur lequel sont bâties ces négociations, arrive manifestement en bout de course.

Des fuites pas très diplomatiques

Les réceptions chez l’ambassadeur ne se résument donc pas à des friandises sucrées. En diffusant 250 000 télégrammes confidentiels “volés” à la diplomatie américaine, le site WikiLeaks crée une zizanie cosmique. La presse italienne parle même “d’un nouveau 11-septembre”, les morts en moins. Enfin, pour l’instant…

L’affaire dévoile l’hypocrisie qui, derrière les courbettes, préside aux échanges internationaux. On connaît désormais l’estime réelle que porte Washington à ses partenaires et alliés. Vladimir Poutine se trouve ainsi dépeint en “mâle dominant“. Angela Merkel est une grande frileuse, privée d’imagination. Silvio Berlusconi trône en “fêtard irresponsable”. Et Nicolas Sarkozy ? “Susceptible, autoritaire…”

Désagréables pour leurs cibles, ces vacheries ne vont pas bouleverser le monde. D’autant que chacun peut facilement les renverser. Il suffit d’appliquer le vieux précepte de Guitry : “Si les gens qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage.”

Les blessures d’amour-propre passeront.

En revanche, d’autres révélations inquiètent. Telle la duplicité du roi d’Arabie Saoudite vis-à-vis des Perses. On apprend qu’il insiste, auprès des États-Unis, pour une attaque militaire de l’Iran.

Dans le Golfe, l’information risque de produire l’effet d’une bombe. Pourvu qu’elle ne soit pas nucléaire ! De son coup de pub, alors, WikiLeaks aura fait un désastre.

Faut-il craindre WikiLeaks ?

Une fois de plus WikiLeaks a frappé. À raison ou à tort ? Éléments de réponse.

Ce que le site révèle

Après des documents confidentiels sur la guerre en Irak ou sur l’Afghanistan, cette fois WikiLeaks met en ligne quelque 250 000 “câbles”. C’est-à-dire des notes confidentielles écrites par des diplomates américains. Destiné à être lu en interne, le contenu de ces notes varie évidemment des versions officielles affichées par Washington.

Peut-on se fier aux données ?

Les documents publiés, récupérés illégalement, sont vrais, il n’y a guère de doutes. Des journaux comme le New York Times ont d’ailleurs vérifié ce qui pouvait l’être. En revanche, si WikiLeaks met des milliers de documents à disposition, il choisit à qui “s’attaquer” (les USA) et publie une liste établie selon son bon vouloir. Son tri est ainsi sélectif. Daniel Korski, du Conseil européen des relations étrangères, estime aussi que le site confond fiabilité et transparence : “Or la transparence n’est qu’un élément de la fiabilité”, et “l’essence du travail diplomatique reste confidentiel”.

Des documents gênants pour la diplomatie

Le contenu des documents dévoilés révèle surtout l’opinion que les Américains ont de certains dirigeants. Et c’est bien ce qui embarrassait hier les diplomaties. Dire en “off” que Vladimir Poutine dirige dans l’ombre de Dmitri Medvedev la Russie est un avis largement répandu chez les politologues. Le voir écrit noir sur blanc est en revanche embarrassant pour Washington, à l’heure où les deux pays discutent du bouclier antimissile...

Dangereux ou salutaire ?

Pour Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques), “c’est embarrassant pour les USA” sans être “un revers diplomatique majeur”. Certaines révélations pourraient toutefois franchement tendre les relations internationales. Exemple : la détestation de monarques du Golfe à l’égard de l’Iran est exprimée crûment. “C’est toute la différence et cela peut avoir des conséquences au Moyen-Orient”, estime François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique.

Royal


Au soir de sa défaite devant Nicolas Sarkozy, il y a près de quatre ans, une Ségolène Royal tout sourire promettait « d’autres victoires » à ses partisans… Elle est aujourd’hui fidèle au rendez-vous – et le plus étonnant n’est pas qu’elle y soit, mais qu’ils aient été si nombreux à en douter. C’est qu’ils étaient encore dans la politique d’avant, avant l’avènement de la société du spectacle et de l’individu-roi, quand quelques initiés pouvaient décider entre eux des choix à laisser au bon peuple… En 2006 déjà, Ségolène Royal avait bousculé tout cela, tandis qu’un certain Nicolas Sarkozy faisait la même chose dans son camp, tous deux déclenchant la haine. Elle recommence, Ségolène, plus Royal que jamais. Tant pis pour François, Martine, Dominique et les autres, tant mieux pour le débat – et à la fin, que le meilleur gagne.

La dette et le choléra


Après la panade irlandaise viendront le Portugal et l'Espagne. Et l'on cite désormais l'Italie et la France comme victimes possibles des attaques financières. La dette contamine l'Europe comme le choléra ravage Haïti où, pour ne pas avoir mis en oeuvre un vrai plan sanitaire, on se retrouve dans des conditions d'hygiène déplorables qui favorisent la propagation. La spéculation est la peste économique de ce début de XXIe siècle et le mal ne sera pas éradiqué tant que l'on ne traitera pas lourdement les métastases malignes des mécanismes financiers. Il faudra un jour assumer la faillite et ne pas rembourser les pertes du Monopoly mondial. On détruira ainsi du crédit, donc du potentiel de spéculation. Alors l'économie pourra repartir sur des bases saines et l'appareil de production retrouver ses fonctions d'outil de la croissance, le seul remède possible à la crise.


Que l'on ne s'y trompe pas, une fois de plus, ce sont banques que l'on sauve ! Les Irlandaises, inconséquentes dans leurs engagements et les Anglaises aussi, qui leur ont beaucoup prêté. Déjà l'Europe et le FMI, par ce mécanisme faussement solidaire, étaient venus au secours des banques grecques en craignant une contagion aux banques allemandes.


Mais la monnaie européenne ne se sauvera pas en saignant à blanc l'Irlande pour lui faire payer ses dettes en lui consentant encore des crédits. Pire, c'est en déplaçant la charge de la dette et en faisant payer les pots cassés aux contribuables, comme l'on fait hier les ministres européens, que l'on menace l'euro. Non seulement l'Europe se contente de gagner du temps, mais elle transforme scandaleusement la dette des banquiers investisseurs en dette publique. Et rien ne nous dit que les milliards accordés, hier, à l'Irlande, ne vont pas très vite aller se placer sur des fonds spéculatifs et réattaquer, pour des profits rapides, le marché des produits de première nécessité ou de l'alimentaire.


Monétaire ou pas, le serpent se mord la queue sans jamais se demander comment il compensera les souffrances et les sacrifices qu'ils imposent aux plus fragiles. C'est un début d'explication au buzz de Cantona sur la toile et à sa méthode des comptes vidés pour faire écrouler le système pourri.

Un immense potin planétaire

Au premier abord, l'appât est alléchant. Soulever le voile aiguise toujours la curiosité. Savoir ce que les pays arabes pensent de l'Iran ou ce que les diplomates américains en poste à Paris, Moscou ou Rome écrivent de Sarkozy, Poutine ou Berlusconi, voilà une tentation irrésistible. Le monde entier, d'ailleurs, y a succombé, hier. Les « révélations » du site WikiLeaks, reprises par quelques grands quotidiens internationaux, ont fait le tour du village global en un instant. Comme un immense potin planétaire. Massif, soudain, incontrôlable.

De quoi s'agit-il ? De documents diplomatiques échangés entre Washington et ses ambassades. Des télégrammes produits par milliers chaque jour. Le site Internet WikiLeaks, auteur de la fuite, en a récolté plus de 250 000, l'essentiel sur la période récente, 2004-2010. La nature de ces écrits varie, alternant analyses politiques, comptes rendus d'entretiens ou portraits. Certains ne révèlent rien, d'autres nous apprennent beaucoup. Il y a, en fait, de tout au supermarché de la fuite.

D'ordinaire, les historiens doivent attendre trente ans, ou plus, pour aller, patiemment, éplucher des cartons entiers de télégrammes dans les couloirs sombres des archives. Hier, en un clic, tout ce temps a été aboli. Soulevant, au passage, mille interrogations sur les conséquences politiques et diplomatiques d'une telle entreprise de révélation. Soulevant aussi des questionnements éthiques sur le traitement journalistique d'un tel matériel dévoilé par une officine aussi obscure que les jeux troubles qu'elle prétend dénoncer.

Pour ceux qui doutaient encore de la puissance subversive d'Internet, les voilà servis. En ciblant l'appareil diplomatique des États-Unis dans son ensemble, WikiLeaks vient de pratiquer une cyber-attaque en règle. Une attaque asymétrique qui laisse pantois, puisque la première puissance militaire et technologique du globe n'est pas en mesure de préserver ses propres documents. Les autres non plus, sans doute.

Hier, les avis étaient partagés sur l'impact que ce gigantesque scoop aura sur le travail des diplomates. La confidentialité, gage de confiance, est une dimension consubstantielle de l'action diplomatique. La miner n'est pas sans risque pour la nature des relations entre États.

Si WikiLeaks n'avait révélé qu'un dossier, par exemple les consignes d'espionnage de Washington aux dépens des fonctionnaires des Nations unies, le scandale aurait été tout autre. L'indignation aussi, d'ailleurs. Lorsque le site du mystérieux Julian Assange a révélé des documents militaires américains sur l'Afghanistan, le registre de l'investigation pouvait encore être invoqué. Mais, en procédant de façon systémique, en visant un des rouages du fonctionnement de l'État américain, un saut qualitatif vient d'être franchi. Le scoop industriel, par ses dimensions, change la nature même du scoop.

La perplexité est d'autant plus grande que le fondateur de WikiLeaks se fait volontiers l'apôtre de la transparence. Depuis la nuit des temps, le politique, le diplomate et l'espion usent de toute la gamme qu'offre la communication politique, de la confidence au secret en passant par la manipulation. Avec le détonateur Internet, qui conjugue la dictature de l'instant médiatique et le leurre de la transparence, WikiLeaks vient de bousculer cette partition. Et de donner, sans doute, des idées aux partisans d'une plus grande régulation de la toile.

Le chantage à la guerre de la Corée du Nord


Depuis l’attaque de Pyongyang contre la Corée du Sud mardi dernier, la tension entre les deux pays est au plus haut. Séoul s’attend à de nouvelles « provocations » de la dictature nord-coréenne qui dénonce les manœuvres navales américaines et sud-coréennes.


L’attaque de l’artillerie nord-coréenne, qui a fait 4 morts parmi les Coréens du Sud (2 civils et 2 militaires), est l’un des plus graves incidents depuis l’armistice de 1953. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais été suivi d’un traité de paix, les frères ennemis coréens étant toujours techniquement en guerre. De chaque côté de la zone de séparation, les deux armées se font face. D’un côté, la Corée du Nord, communiste, l’une des pires dictatures de la planète, pro-chinoise ; de l’autre, la Corée du Sud, capitaliste, riche et pro-américaine. Hautement stratégique, la ligne de démarcation maritime entre les deux pays, riche en produits de la mer et traversée par les chalutiers coréens et chinois, est régulièrement le théâtre d’accrochages, comme celui de mars dernier, lorsque les Nord-Coréens firent couler une corvette sud-coréenne (bilan : 46 morts).


Aussi n’est-ce pas un hasard si l’attaque nord-coréenne a été lancée alors qu’était en marche vers la région le porte-avions américain à propulsion nucléaire George Washington. En effet, pour la Corée du Nord, qui craint une invasion, les manœuvres militaires américano-sud-coréennes sont une « nouvelle provocation militaire impardonnable ». Quant à la Chine, qui n’a jamais accepté la présence militaire américaine dans la région, elle promet de calmer le jeu tout en dénonçant la présence militaire américaine dans la région et les mouvements militaires à proximité de ses côtes. Washington a beau jurer qu’ils ne visent qu’à dissuader la Corée du Nord et qu’ils ne sont pas dirigés contre la Chine, Pékin n’en pense pas moins et ne lâchera donc jamais son protégé nord-coréen.


De plus, l’attaque est survenue à un autre moment crucial : Pyongyang a révélé ses progrès en matière d’enrichissement d’uranium après qu’un expert nucléaire américain, venu visiter les installations nucléaires d’enrichissement nord-coréennes, s’est déclaré « stupéfait » de leur caractère moderne. La Corée du Nord dispose désormais de deux filières nucléaires (retraitement du combustible irradié, qui lui a permis de procéder à deux essais nucléaires en 2006, et programme d’enrichissement de l’uranium), de 12 armes nucléaires et de missiles à longue portée qui accroissent sa capacité de nuisance et de dissuasion. En laissant planer la menace d’une guerre atomique, le régime cherche en fait à déclencher de nouvelles négociations avec les Occidentaux afin d’obtenir des « garanties de sécurité » à la veille de la passation des pouvoirs entre le dictateur nord-coréen et son fils. Cela en échange d’un éventuel accord de non-prolifération qui, comme d’habitude, ne sera pas respecté.


Cette stratégie du chantage est favorisée depuis des années par l’immobilisme des Etats-Unis, qui ont étrangement toujours été bien plus indulgents envers la Corée du Nord totalitaire qu’envers l’Irak ou l’ex-Yougoslavie, bombardées pour bien moins. Il est vrai que Pékin ne tolérerait pas une intervention contre Pyongyang. Cette impunité encourage d’ailleurs aussi l’Iran, grand allié de Pyongyang, qui a annoncé l’entrée en service de sa centrale nucléaire de Bouchehr. Se sentant également protégée par la Chine qui convoite ses hydrocarbures, Téhéran veut donc renouer le « dialogue » avec les six grands pays chargés du dossier nucléaire afin de gagner encore un peu de temps et de perfectionner son arsenal.

Tourments d'informateur...

Si seulement une carte de presse pouvait prémunir des tourments de l'information, alors tout serait décidément plus simple. Mais non, il n'en est rien. Un journaliste digne de ce nom ne peut qu'éprouver des sentiments ambivalents devant les révélations de WikiLeaks. D'un côté, la satisfaction de voir la vérité l'emporter sur l'occulte. Les faits sur la dissimulation. La lucidité des peuples sur l'obscurantisme confiscatoire des services secrets. De l'autre, la gêne de participer à un grand déballage dans lequel il n'est pas sûr, loin de là, que l'humanité trouve quoi que ce soit à y gagner.
La question que pose la publication des milliers de câbles diplomatiques américains, c'est celle de la transparence de l'histoire. Faut-il vraiment aller fouiller dans les arrière-cuisines des relations internationales pour exhumer leurs reliefs les moins ragoûtants ? Après tout, on sait bien que la vertu n'a jamais guidé le monde et que les sourires des sommets masquent nombre d'arrière-pensées nettement moins gracieuses. Voilà des siècles et des siècles que l'hypocrisie fait partie du jeu des puissants. Sans doute est-elle nécessaire, même, pour conjurer les inimitiés, voire les haines personnelles entre chefs d'État, ou les simples contradictions d'un présent compliqué. Avec un peu de cynisme on pourrait presque la considérer comme partie intégrante d'un système de civilisation. A quoi bon mettre en danger les équilibres fragiles entre les géants de notre petite planète pour éprouver le plaisir, somme toute modeste, d'avoir levé le voile sur des secrets qu'on aurait voulu nous cacher ?
Les fuites de WikiLeaks, pourtant, concourent aussi à la dignité de notre condition. Savoir ! Savoir ce qui nous menace. Savoir ce que les grands dirigeants redoutent sans oser partager leur inquiétude de peur d'y perdre un peu de leur superbe, ce n'est pas vain. C'est une dimension de l'affranchissement des hommes à l'égard des pouvoirs. Un élan irrépressible pour résister à l'aliénation des consciences. Une résistance aux multiples tentatives de manipulation par les gouvernants.
Les cinq grands journaux triés sur le volet qui ont décidé de publier la masse de documents confidentiels du secrétariat à la Défense et du secrétariat d'État américain veulent prendre leurs précautions pour ne pas vulnérabiliser le monde. C'est à leur honneur. Mais la relative facilité avec laquelle ils sont parvenus à se procurer secrets et confidences n'est pas rassurante. Leurs « exploits » pour récupérer ces données sur Internet dessinent aussi une menace grandissante pour les nations dépouillées de leur intimité minimale, et exposées à toutes les agressions.

Zone euro :
le dernier coup de poker


Un accord européen a été conclu dimanche, qui va accorder 85 milliards d’euros à l’Irlande, qui institue un mécanisme permanent de sauvetage après 2013, et décide que les créanciers privés pourront être mis à contribution... Avec l’objectif d’éviter que la contagion ne s’étende partout.


Ce matin, pour être honnête, on ne sait pas si la zone euro, qui marche depuis des semaines au bord du précipice, a fait un pas pour s’en éloigner ou va finir tomber au fond. Les raisons de pessimisme ne se sont pas envolées d’un coup !


Une formule du patron d’une grande institution internationale résume bien (« off ») les choses : « Quand l’euro a été créé, tout le monde pensait que la zone euro deviendrait une grande Allemagne. On découvre que c’est peut-être une grande Grèce ». C’est exagéré mais il est pathétique à voir que les pompiers sont obligés d’aller de pays en pays. 85 milliards pour l’Irlande, c’est presque autant pour la Grèce, pays trois fois plus gros. Il est tout aussi invraisemblable de voir que, sur les marchés, la Grèce est jugée plus risquée que la Jamaïque, l’Espagne que le Liban, la Belgique que le Panama ... Le plan d’urgence de dimanche est le fruit d’une grande peur et il faudra peut-être aider le Portugal pour protéger l’Espagne.


Y-a-t-il des points positifs dans tout cela ? Il y a un point clair : la volonté d’unité affichée après les cafouillages de ces dernières semaines – unité construite sur le tandem franco-allemand, avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à la manœuvre et José Manuel Barroso au milieu. La réalité est qu’en quelques mois, l’Europe a changé de nature, et un nombre important de tabous ont sauté.


Il faut se rappeler que l’idée d’aider un Etat en difficulté était interdite (le « no bail out »), elle ne l’est plus : c’est, premier tabou, la solidarité financière. Le deuxième tabou qui saute, c’est la création d’un mécanisme de sauvetage permanent et non plus temporaire. Le troisième tabou, c’est le fait que soit envisagée une restructuration des dettes, avec des créanciers privés qui ne seraient plus remboursés (ce que voulaient les Allemands) mais pas automatiquement, au cas par cas (ce que voulaient les Français). Cela veut dire au passage et implicitement qu’on se rend compte que les plans de rigueur ne marcheront peut-être pas mais aussi que l’Europe est prête à mettre en place un dispositif qui a des airs de famille avec le Club de Paris ...


Les dirigeants européens ont intégré le fait que le coût politique, économique, historique d’un échec serait tel qu’il n’est pas envisageable. DImanche, l’Europe a mis en place un mécanisme de résolution des crises comme, dans un règlement de copropriété, on prévoit des procédures pour résoudre les différents dans un immeuble. Evidemment, il aurait fallu y penser depuis dix ans quand sous les yeux de tous, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ont construit leur forte croissance en partie sur du sable, des illusions et des bulles – immobilière et bancaire.


Cette journée de lundi sera tendue sur les marchés financiers. Dans les jours qui viennent, un immense coup de poker va être joué. Mais, en fait, c’est bien cette question qui est posée à moyen terme : inventer un modèle européen de croissance. Sans cela, soyons directs : c’est le précipice assuré.

Le facteur FN

En politique, les ennemis sont parfois utiles. Ainsi, la perspective de l'élection, en janvier prochain, du nouveau président du Front national donne lieu à une empoignade entre le clan de Bruno Gollnisch et celui de Marine Le Pen : interviewée récemment sur France Inter, celle-ci évoquait les attaques haineuses dirigées contre elle et son entourage, dans quelques journaux d'extrême droite et sur Internet, par des partisans de son adversaire. Ceux-ci lui font, en l'occurrence, un beau cadeau : en lui permettant de rejeter sur eux - une faction qu'elle dit « extérieure au parti » -, la charge de racisme que le FN traîne dans ses bagages, ils l'aident dans son entreprise de « dédiabolisation ».

Ces jeux tactiques n'auraient qu'une importance anecdotique s'ils ne risquaient pas d'influer sur l'équilibre des forces lors des prochaines échéances électorales. Un FN à la façade plus ou moins ravalée, et dont la probable future dirigeante est créditée par les sondages de quelque 13 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, éveille dans la droite classique des tentations de rapprochement. Marine Le Pen affirme qu'elle refusera toute alliance. Refus symétrique à l'UMP : le député du Nord Christian Vanneste, qui s'était prononcé publiquement pour un accord avec le FN, a été désavoué. Les exégètes de la politique observent d'ailleurs que la moindre violation de la doctrine du « cordon sanitaire », énoncée naguère par Jacques Chirac, ferait perdre à Nicolas Sarkozy de précieuses voix au centre. Mais ils se demandent, si telle est la stratégie électorale de l'Elysée, pourquoi le récent remaniement a réservé si peu de place aux personnalités centristes. Une des explications est peut-être que l'essentiel, quand il ne reste que dix-huit mois pour agir, est d'avoir une équipe gouvernementale unie, sans dissensions internes ni « petites phrases », et que l'électeur, au-delà des préférences partisanes, jugera sur le bilan. Ce qui n'est pas, après tout, la pire façon de faire de la politique.

2012 sous l'oeil des marchés

l'encre du plan d'aide à l'Irlande était à peine sèche que la Commission de Bruxelles a émis hier, avec ce sens de l'à-propos qu'on lui connaît, des doutes sur la trajectoire de baisse des déficits publics de plusieurs Etats dont la France. Il n'en fallait pas plus pour que resurgisse le spectre d'une contagion à l'Hexagone de la crise de la dette souveraine. Si la théorie des dominos est agréable aux marchands de malheur, elle a aussi peu de chances de s'appliquer aux systèmes financiers de l'Europe de 2010 qu'aux régimes politiques du Vieux Continent des années 1950.

La France peut jouer à se faire peur, elle ne se situe pas, à présent, sur la ligne de course des dominos grec et irlandais, et, demain peut-être, portugais et espagnol. Ceux-ci ne tombent pas sous le seul poids de déficits publics ou d'endettements parfois de même ordre, parfois inférieurs aux nôtres. Ils plient avec l'effondrement de modèles de croissance bancals, appuyés ici sur une bulle immobilière, là sur une hypertrophie bancaire. Ils cèdent, victimes de compétitivités usées depuis trop longtemps.

Les ressorts de la croissance française ne sont peut-être pas aussi vaillants qu'on le souhaiterait, mais aucun n'a cassé, et ils restent plus nombreux, plus divers que chez la plupart des membres de la zone euro. C'est bien cette relative sécurité économique qui, au lieu de détourner les investisseurs internationaux du papier français, les en rend toujours aussi friands et à des conditions que seuls l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande ne nous envient pas. Aussi, loin de refroidir nos créanciers, les malheurs des Etats malades de la zone euro pourraient amplifier cette fuite vers la qualité. C'est, d'un strict point de vue français, la première vertu de cette crise irlandaise. Pour que cet avantage demeure, il faudra un suivi scrupuleux du sentier de réduction des déficits.

L'extension du domaine de la menace souveraine a, pour nous, une deuxième vertu : celle de rappeler à l'opinion publique que la rigueur française n'est pas un choix politique relatif mais bien une contrainte économique absolue. Que la réforme des retraites n'était pas un luxe, mais une nécessité. Exercée sur le Portugal et l'Espagne, après avoir soumis l'Irlande et la Grèce, la pression durable des marchés vient nous montrer combien, dans cette extrême tension, un faux pas, un seul, suffirait à faire d'une situation française un problème français. Voilà qui donne raison au chef de l'Etat d'avoir renoncé au rêve périlleux de « rigueur tranquille ». Voilà, déjà, prévenus les futurs candidats à la présidentielle de 2012 : leurs promesses seront placées sous l'oeil intransigeant de nos créanciers. La dette aliène la démocratie.

Willie Walsh


Le patron de British Airways, qui a su piloter un avion avant que de conduire une voiture, a gardé une longueur d'avance, puisque le mariage de sa compagnie avec Iberia fait de lui le directeur général du troisième transporteur aérien européen. Ce natif de Dublin est tombé dans la marmite par hasard, car c'est pour sécher les cours au lycée qu'il était allé passer les tests d'aptitude organisés par Aer Lingus. Le fils de vitrier a cependant tellement brillé qu'il a obtenu dès dix-sept ans le statut de pilote cadet au sein de la compagnie au trèfle. Reconnu comme un professionnel confirmé grâce aux heures de vol accumulées tout en poursuivant des études de management, il est devenu un teigneux interlocuteur de la direction au nom de l'association des pilotes irlandais. Une expérience qu'il a mise à profit en passant de l'autre côté de la table comme patron de la filiale charter espagnole Futura, avant d'être nommé directeur général du groupe. Si « Slasher » a redressé les comptes, c'est au prix de 2.000 suppressions de postes, qui lui ont valu de durs affrontements avec les syndicats. A la tête de British Airways depuis cinq ans, ce gros travailleur qui ne prend jamais de vacances a imposé ici aussi son style rugueux. S'il s'accroche souvent avec son concurrent Richard Branson, cet amateur de Guinness ne partage pas les goûts flamboyants du patron de Virgin. Il se passe de secrétaire et aime tester la classe économique quand il voyage sur sa compagnie. Et s'il habite Twickenham, c'est parce que la ville est située dans l'axe des pistes de l'aéroport d'Heathrow.

L'ARLESIENNE

Sans prendre part à la politique intérieure française, Dominique Strauss-Kahn ne cesse de grimper dans les sondages et est aujourd'hui le candidat socialiste préféré des Français à l'élection présidentielle de 2012
Le Parti socialiste français est en pleine confusion sur la question de la candidature à la présidentielle de 2012, alors que la position du patron du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn (AFP) , se renforce dans les sondages
Des chiffres éloquentsSelon un sondage Ifop, DSK est, de loin, le candidat socialiste préféré des Français pour la présidentielle de 2012. Le patron du FMI est en effet choisi par 32% des personnes interrogées, loin devant Martine Aubry (11%), Ségolène Royal (10%), François Hollande ( 3%), ou encore les députés Arnaud Montebourg et Manuel Valls et l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, tous à 1%.  Et depuis un an, la cote de Dominique Strauss-Kahn n'a de cesse de grimper, y compris au sein des sympathisants PS (ceux là même qui voteront lors des prochaines primaires du PS)  qui le plébiscitent à 41 % !
 
Pourquoi tant de succès
"Dominique Strauss-Kahn semble profiter du sentiment, dans les sondages, qu'il est le mieux placé à gauche pour battre Nicolas Sarkozy en 2012", analyse Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'Opinionway. Selon un sondage TNS Sofres publié par Le Nouvel Observateur, DSK sortirait en effet largement vainqueur d'un duel au second tour face au président sortant (62% contre 38%). Pour Bruno Jeanbart, cet "effet sondages" se rapproche d'ailleurs de ce qu'a connu Ségolène Royal en 2006, les sondages ayant alors "conforté" voire "amplifié" sa candidature.
Comme l'impose sa fonction de directeur du FMI, DSK se tient éloigné de la politique française. Et cela n'est pas semble t-il pas pour déplaire aux Français. "Jacques Delors à gauche avant 1995, ou Simone Veil à droite, ont par exemple déjà connu ce phénomène, qui veut que ne pas s'exprimer est plutôt un atout qu'un handicap", observe Bruno Jeanbart. "Cependant, s'il reste trop longtemps éloigné de la politique française, Strauss-Kahn pourrait connaître une nouvelle phase en 2011, dans laquelle les sondés commenceraient à se poser des questions sur sa volonté d'être président."

Et alors, ira ou ira pas ?
Tenu par son devoir de réserve, Strauss-Kahn ne s'est toujours pas prononcé sur une éventuelle candidature. Et pourtant, ce n'est pas faute d'entretenir la spéculation au travers de déclarations et de passages dans les médias français. En perspectives des primaires du parti socialistes, les annonces de pactes hypothétiques vont bon train. Y compris entre Martine Aubry, Ségolène Royal et… Dominique Strauss-Kahn ! Mais en dépit de tous ces scenarii, nul ne sait si ce dernier, directeur général du Fonds monétaire international jusqu'en 2012, sacrifiera ce poste pour se présenter à la présidentielle.

Et le PS dans tout ça ?
Il ne faudrait pas que l'incertitude au sujet de cette candidature dure trop longtemps. Car le PS semble aujourd'hui bien embarrassé par les primaires qui doivent se dérouler à l'automne 2011, et sa demi-douzaine de candidats déclarés ou potentiels. Deux ténors du parti ayant abandonné toute ambition présidentielle, rappellent les militants à la raison. "Nous ne pouvons pas gagner en 2012 si on se comporte mal en novembre 2010. Inspirer confiance, cela veut dire ne pas rester au niveau de son nombril", a déclaré Bertrand Delanoë, le maire de Paris. Tandis que Laurent Fabius, l'ancien Premier ministre, prône "l'unité, l'unité, l'unité. Je recommande à tous nos responsables de parler surtout des Français et aux Français".

Wikileaks : comment Washington voit la lutte contre le terrorisme en France

La guerre en Irak a provoqué un fort refroidissement des relations diplomatiques entre la France, qui y était opposée, et les Etats-Unis. Mais on sait moins que, pendant ce temps, la coopération policière et judicaire n'a fait que se renforcer. Une coopération "mature et étendue (…) largement hermétique aux bisbilles politiques et diplomatiques quotidiennes qui peuvent faire de la France un allié souvent difficile", souligne un télégramme envoyé de Paris le 7 avril 2005, obtenu par WikiLeaks et étudié par Le Monde.

Les Américains ont trouvé en France des experts très au fait de la menace originaire du Maghreb, disposant d'un vaste maillage policier sur le territoire et d'une législation particulière, qui offre aux magistrats spécialisés une latitude unique en Europe.
LES PARTICULARITÉS DU SYSTÈME FRANÇAIS
La France est louée pour sa sensibilité à la menace terroriste islamiste, qui a déjà endeuillé le pays en 1995. Avec un soupçon d'envie, l'ambassade à Paris note en décembre 2004 qu'il n'existe pas de réelle "supervision législative des agences de sécurité et de renseignement." Il a fallu attendre la fin 2007 pour que soit constituée une délégation parlementaire pour le contrôle des services.
Pour l'ambassade américaine (dans une note du 17 mars 2005), "la communauté antiterroriste du gouvernement français est hautement professionnelle, mais insulaire et centralisée à Paris." Quant aux magistrats spécialisés, ils "opèrent dans un autre monde que celui du reste de la justice."
Dans ce même télégramme, l'ambassade américaine rapporte un long entretien avec Jérôme Léonnet, conseiller police du ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin. Il évoque notamment la spécificité de la législation de la France en matière de terrorisme. Celle-ci ne demande que de simples soupçons, et non des preuves formelles, pour incriminer un individu. En France, "les critères de preuve pour conspiration terroriste sont bien plus faibles que ceux dans les autres affaires criminelles", résume la note.
Le 9 mai 2005, l'ambassade narre une rencontre avec le juge Jean-François Ricard. Celui-ci explique que les magistrats tel que lui, spécialisés dans l'antiterrorisme, bénéficient du "bénéfice du doute". Il prend comme exemple le dossier Djamel Beghal, arrêté en 2001 et soupçonné d'un projet d'attentat contre l'ambassade américaine à Paris. "Ricard dit que les preuves [contre lui et ses complices] ne seraient pas suffisantes normalement pour les condamner, mais il estime que ses services ont réussi grâce à leur réputation."

DES JUGES À L'AMBASSADE
Le 24 janvier 2005, Jean-Louis Bruguière déjeune à l'ambassade américaine. Le magistrat révèle que plusieurs suspects ont été arrêtés ce matin-là dans le cadre d'une enquête sur une filière d'envoi de candidats au djihad en Irak. M. Bruguière "a évoqué un certain nombre d'enquêtes en cours qu'il conduit", rapporte l'ambassade trois jours plus tard.
Ce genre de confidence, au mépris du secret de l'instruction, n'est pas rare. L'ancienne figure de proue de la galerie Saint-Eloi, où sont regroupés les juges antiterroristes au tribunal de grande instance de Paris, est à l'époque un visiteur régulier de l'ambassade, au même titre que son collègue Jean-François Ricard. Ce dernier s'y rend par exemple le 9 mai 2005 pour détailler un deuxième réseau d'acheminement de djihadistes vers l'Irak. C'est l'un des dossiers les plus suivis par les diplomates américains, avec celui des Français de Guantanamo.
Au moment de son départ au ministère de la défense, en mars 2006, le juge Ricard souligne l'importance de l'ancienneté dans l'antiterrorisme. Ce n'est qu'après cinq ans à la galerie Saint-Eloi "que les agences de renseignement [françaises] l'ont autorisé à voir l'éventail complet de leurs données brutes, rapporte l'ambassade le 30 mars. De tous les juges antiterroristes (…) seul lui et Bruguière ont cette possibilité, dit Ricard."
M. Ricard a confié à l'époque à ses interlocuteurs américains que son illustre collègue recherchait "un poste dans une future administration Sarkozy", comme ministre ou vice-ministre de l'intérieur. Pas du tout, dira lui-même le juge Bruguière en janvier 2007 : c'est le poste de ministre de la justice qui le tente alors. Sa cuisante défaite, six mois plus tard, aux élections législatives à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) portera un coup fatal à cette ambition politique.
Heureusement, les Américains ont exprimé leur reconnaissance : fin 2007, M. Bruguière a été désigné  "éminente personnalité européenne" par les Etats-Unis et l'Union européenne, chargée de vérifier l'utilisation du réseau de transfert interbancaire SWIFT dans le programme américain de traque du financement du terrorisme (TFTP). Le rapport de l'ancien juge a été positif.
CRITIQUES CONTRE LA FRANCE
Malgré la qualité des échanges opérationnels, les Américains n'ont pas perdu leur sens critique. Le 17 mars 2005, dans un long télégramme diplomatique, l'ambassade à Paris émet une réserve sur les positions françaises face à la menace terroriste. "La France semble souvent réagir différemment au terrorisme et à l'islam radical en fonction de la distance qui l'en sépare. Sur son territoire, le gouvernement français réagit pro-activement, avec vitesse et fermeté. Ailleurs dans le monde, c'est bien plus équivoque. Les considérations politiques et diplomatiques pèsent un poids considérable".
L'illustration en serait "l'intransigeance française dans l'UE sur le Hezbollah", Paris refusant de considérer le parti chiite libanais comme une organisation terroriste pour préserver la stabilité du Liban.
Deuxième réserve de taille, exprimée dans une note du 17 août 2005 : la question des minorités, un sujet très sensible aux Etats-Unis. La France "doit veiller à accorder une place aux musulmans dans l'identité française (qu'ils soient des immigrés de la première génération, leurs enfants de la seconde ou de la troisième génération, ou un nombre croissant de convertis)." Les diplomates soulignent à ce sujet deux préoccupations : le poids des convertis et la situation dans les prisons, haut lieu du prosélytisme radical. Selon une estimation avancée par les diplomates, 50% des détenus seraient musulmans.

Mario Monicelli, maître de la comédie italienne, est mort à 95 ans

Le réalisateur italien Mario Monicelli, 95 ans, s'est suicidé en se jetant par une fenêtre de l'hôpital San Giovanni de Rome, où il était soigné, a annoncé lundi soir l'agence italienne Ansa en citant des sources hospitalières.
Mario Monicelli était né le 15 mai 1915 à Viareggio, en Toscane, où il avait passé toute son enfance. Mes chers amis, où l'on découvrait l'acteur français Philippe Noiret en journaliste florentin partant faire les quatre cents coups avec ses copains quinquagénaires, dont Ugo Tognazzi, est resté un sommet de la comédie italienne et l'un de ses meilleurs films.
Le cinéaste avait fait tourner les plus grands : en 1958, il avait réuni Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale dans Le Pigeon. Avec La Grande Guerre (1959), toujours avec Gassman, sa réputation avait dépassé les frontières. Le film lui avait valu un Lion d'or à Venise et une nomination aux Oscars. Le cinéaste, qui avait aussi travaillé pour le théâtre et la télévision, avait tourné en tout soixante-cinq films.