TOUT EST DIT

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vendredi 23 décembre 2011

Bêtises, mensonges et solutions

1 "L'austérité va nous tuer"
La Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Irlande et maintenant la France. Le temps de la rigueur est arrivé. Le sommet européen des 8 et 9 décembre l'a même consacré. Plus question de s'éloigner des critères de Maastricht (pas plus de 3 % du PIB de déficit budgétaire et de 60 % du PIB de dette publique), règle d'or que l'on recommande d'in-scrire dans les Constitutions. Les récalcitrants seront sanctionnés.
Question : à trop serrer la vis, ne va-t-on pas plonger l'Europe en récession ? Ce qui n'arrangerait rien, bien au contraire. Le ralentissement de l'activité limite en effet les rentrées fiscales. Le projet de nouveau traité entre les vingt-six parle de sanctionner les récalcitrants.
Pour Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l'OFCE, la récession est inévitable. Il ajoute même qu'elle sera "implacable et durable" : le PIB de la zone euro, selon lui, devrait osciller entre + 1 et - 1 % durant dix ans. Quand on voit dans quel état se trouve la Grèce, condamnée à l'austérité après tout de même cinq années de récession, on se demande si l'Europe ne va pas au suicide.
"La priorité, aujourd'hui, ce n'est pas de relancer la croissance, mais de rétablir la confiance. Revenir aux équilibres, explique ce haut fonctionnaire international,est indispensable. Si l'on dévie de la trajectoire, la spéculation et les marchés seront impitoyables." Sans la confiance, explique notre interlocuteur, le désordre continuera de régner sur les marchés financiers. C'est tout le sens de l'avertissement récent de Standard - Poor's sur une grappe de pays et de banques de la zone euro.
Si les pays menacés ne prennent pas de mesures pour assainir leurs finances publiques, ils s'exposent à de sérieuses secousses. Mais une récession n'arrangera rien, et même l'Allemagne pourrait être touchée.
Croissance ou confiance ? Le dilemme, en plus d'être dangereux, semble indépassable. Il y aurait bien une solution. Les pays européens du noyau dur, c'est-à-dire ceux qui maîtrisent plutôt bien leurs finances publiques et possèdent un excédent extérieur, devraient prendre des mesures de relance. Sur le papier, c'est beau. Mais les pays dans ce cas (Pays-Bas, Autriche, Luxembourg...) sont peu nombreux et ne pèsent pas grand- chose s'ils ne sont pas rejoints par l'Allemagne (un quart du PIB de la zone euro). Or l'Allemagne n'entend pas prendre de risques. Si son déficit budgétaire se résorbe (1 % du PIB cette année), le niveau de sa dette (82 % du PIB) l'incite à la prudence.
Dans ces conditions, si la France était tentée de faire seule de la relance, elle le paierait très cher
2 "il faut nationaliser les banques"
Depuis le début de l'automne et les déclarations fracassantes de Christine Lagarde, directrice générale du FMI, l'idée progresse que les banques françaises sont fragilisées par leur stock élevé de dette souveraine et doivent être recapitalisées. Car, même si elles sont toutes bénéficiaires, elles doivent être consolidées. L'Autorité bancaire européenne a récemment estimé à 7,3 milliards d'euros leur besoin d'argent frais, sur les 114 milliards nécessaires pour l'ensemble des banques de la zone euro. Jusqu'ici, les intéressées ont assuré pouvoir s'en sortir sans avoir à tendre la sébile à l'Etat. Mais, au vu du massacre dont elles sont depuis victimes en Bourse - qui risque de décourager leurs actionnaires de remettre au pot -, la nationalisation pourrait être un recours possible."Le cours des banques étant actuellement très bas[20 euros seulement pour la Société générale, qui cotait le double début juillet) ],l'Etat pourrait faire une jolie plus-value s'il entrait aujourd'hui au capital des grands établissements tricolores pour en ressortir dans deux ans", admet un dirigeant de banque. A condition d'avoir les moyens d'intervenir... Or, même sous-évaluée, BNP Paribas vaut encore 40 milliards d'euros, ce qui signifie que presque 20 milliards seraient nécessaires pour en prendre le contrôle. L'Etat ne disposant d'aucune marge de manoeuvre budgétaire, il faudrait que le Trésor emprunte pour investir dans les banques, ce qui reviendrait à dégrader son fameux ratio dette/PIB, scruté au jour le jour par les agences de notation. Absurde, quand on sait que les banques françaises en elles-mêmes ne sont pas en mauvaise santé, mais que c'est la dette souveraine qu'elles détiennent dans leurs comptes qui inquiète les investisseurs...
"On est dans une crise de confiance qui, au départ, touche les Etats, non les banques. Si ceux-ci s'endettent pour voler au secours de leurs banques, comme ils l'ont fait en 2008, les marchés vont s'affoler encore un peu plus", poursuit ce spécialiste du secteur. Autre limite : si l'on regarde en arrière, les expériences de l'Etat banquier sont loin d'être convaincantes. On se souvient du Crédit lyonnais, banque publique dont la folie des grandeurs et les copinages en tout genre ont coûté cher au contribuable. Plus récemment, la nationalisation d'une Northern Rock au bord de l'implosion par le gouvernement britannique en 2008 s'est traduite, après sa revente au secteur privé, par une moins-value pour l'Etat de quelque 400 millions de livres. Une trajectoire funeste qui semble également menacer l'Etat actionnaire de Dexia et qui devrait donc inciter à la plus grande prudence !
3 "C'est la faute aux spéculateurs"
Ils avancent masqués, sautent d'un paradis fiscal à l'autre, dissimulent leurs positions hors des bilans... La finance de l'ombre, celle des spéculateurs, des hedge funds, des traders plus ou moins couverts par leur hiérarchie, est toujours en action, en dépit des grandes déclarations du G20. Sorte de voltigeurs, ils détectent les premiers les failles et les anomalies. Ils repèrent les poches de grisou comme les canaris dans les mines de charbon. Ainsi ont-ils spéculé sur le fait que les taux d'intérêt des obligations des pays de la périphérie de la zone euro (Grèce, Espagne, Portugal...) allaient augmenter, et ils ont eu raison. Mais, ensuite, les mouvements affectant les grosses masses de capitaux sont le fait des banques, des assurances et autres investisseurs de long terme qui gèrent l'épargne des entreprises et de tout un chacun. Ainsi, ce qui a provoqué la flambée des taux italiens cet été, davantage que la spéculation, c'est le fait que les banques de la péninsule ne voulaient plus prendre en pension des bons du Trésor italien. D'ailleurs, jusqu'ici, l'année 2011 n'a guère profité aux hedge funds et autres Goldman Sachs. Même le "grand" Henry Paulson, l'homme qui avait anticipé la crise des subprimes, est mal en point. Preuve que les spéculateurs ne gagnent pas toujours, ou du moins que tous ne gagnent pas en même temps. L'Europe peut d'ailleurs difficilement accuser les spéculateurs de ses tourments, car elle s'est mise toute seule dans un piège en laissant trop de zones grises dans son Union monétaire P. B.
4 "Débarrassons-nous des agences de notation"
Moody's, Fitch, Standard - Poor's. Les trois agences de notation ne font pas de cadeau : S - P n'a pas hésité à mettre "sous surveillance négative" l'ensemble de la zone euro, au risque d'aggraver la crise, le jour même où le couple franco-allemand dévoilait à Paris son projet commun de réforme des traités pour renforcer la discipline budgétaire ! Les agences se soucient exclusivement de donner une appréciation sur la capacité d'un Etat, d'une entreprise, d'une banque à rembourser ses emprunts. Un jugement critique et les taux d'intérêt ont toutes les chances d'augmenter.
L'attitude des agences n'est pas très bien comprise. Déjà, parce qu'elles ne portent pas toujours les mêmes appréciations. Ensuite, parce que leur avis n'est pas scientifique. Comme on l'a vu dans le cas de Berlusconi, les agences portent aussi des appréciations politiques, dont l'objectivité est par nature indémontrable."La notation est essentiellement fondée sur l'opinion des analystes et dépend donc du jugement d'hommes et de femmes", témoigne Norbert Gaillard, auteur sur le sujet d'un "Que sais-je ?". Historiquement, elles ont à leur actif d'épouvantables ratés. Rien vu sur Enron ou Tyco, rien vu non plus sur l'Argentine ou l'Islande. Rien vu, surtout, sur les subprimes.
Alors, pourquoi ne pas se débarrasser des agences ? C'est que le monde de la finance a horreur du vide. Si plus personne, même de manière imparfaite, ne note les crédits, ce sera la bouteille à l'encre, l'anarchie. La porte ouverte à toutes les escroqueries, rumeurs, magouilles. Les notes des agences, toujours approximatives et parfois erronées, constituent des repères indispensables. Tellement indispensables qu'elles déterminent la composition du portefeuille des fonds d'investissement, des assurances, mais aussi des banques. Ceux qui sont mécontents des "Big Three" ont tout loisir de s'appuyer sur Dagong, l'agence chinoise, qui, au passage, a depuis longtemps déjà dégradé la France. L'idée s'est fait jour de lancer des agences publiques. Pourquoi pas ? Mais leur jugement sur les dettes des collectivités publiques serait alors suspect. Reste une voie peu explorée. Soumettre les agences à des contrôles et ne pas hésiter à les sanctionner lourdement en cas de défaillances avérées. Bruxelles travaille sur le sujet mais semble bien hésitant Marc Vignaud
5 "mon argent n'est plus à l'abri"
Que se passerait-il si, par malheur, la zone euro venait à imploser ? Les autorités se veulent rassurantes. Elles font valoir, immanquablement, que l'Etat garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 euros par personne et par établissement. Petit conseil, donc : si vous avez davantage que cette somme dans une seule banque, mieux vaut mettre ses oeufs dans d'autres paniers. Le raisonnement a de quoi rassurer. Mais il fait abstraction d'une chose : la crise de l'euro met en évidence une crise des Etats, dont certains sont en faillite. Comment, donc, pourraient-ils alors se porter garants ? La fuite vers les placements or démontre bien que les particuliers ne sont plus tout à fait sereins. D'autant que, en même temps que les Etats, les banques de la zone euro, récemment dégradées en grappe, sont elles aussi suspectées. Si la crise est extrême, personne ne pourra plus rien garantir. Heureusement, on n'en est pas là, et le pire n'est pas toujours sûr. Mais quel Irlandais ou quel Islandais s'attendait que le ciel lui tombe sur la tête ?
Concernant l'assurance-vie, en cas de menace, l'autorité de tutelle peut actionner le fonds de garantie qui couvre les avoirs à hauteur de 70 000 euros par assuré et par compagnie, quel que soit le nombre de contrats souscrits.
Les contrats en euros posent un problème spécifique. A priori, ce sont les plus sûrs. Les assureurs garantissent en effet le capital investi. Problème : ces contrats regorgent d'obligations d'Etat qui, jusqu'à peu, étaient considérées comme des placements en béton. Mais maintenant ? Les assureurs auront-ils assez de surface pour faire face à une défaillance de pays comme l'Italie ou l'Espagne ? Tous se veulent apaisants, car, depuis le début de la crise, ils ont eu le temps de recomposer leur portefeuille."Espérons qu'ils disent vrai", confie un gestionnaire de fonds M. V.
6 "Il faut revenir au franc"
Demain, on ne rasera pas gratis. Faire croire que revenir au franc, c'est ouvrir les portes du paradis est illusoire. Certes, la France a toutes les peines du monde à tenir son rang dans l'euro à cause de son manque de compétitivité (déficit commercial prévu cette année : 75 milliards d'euros) et du mauvais état de ses finances publiques. Mais un passage au franc ne lui redonnerait pas instantanément la santé. L'opération ne s'apparente pas à une banale dévaluation. L'euro est une monnaie qui, quoique partagée, est étrangère à chacun de ses membres. La Banque de France, qui joue aujourd'hui le rôle de supplétif, devrait instantanément retrouver ses anciens attributs. Elle devrait en plus être en mesure de faire tourner ses rotatives pour imprimer des billets en francs. Hypothèse pas aussi incongrue que cela, car, selon le Wall Street Journal, la Banque d'Irlande serait en train de recenser les moyens dont elle pourrait disposer pour imprimer des livres...
Outre les difficultés pratiques, un passage au franc doit s'entourer du plus grand secret. Sauf à voir s'accélérer les fuites de capitaux, que l'on constate d'ailleurs aujourd'hui en Grèce. Le jour "J", tout doit être réglé comme du papier à musique. De manière préventive et transitoire, il serait avisé de rétablir un contrôle des changes. Même avec toutes les précautions, le franc nouveau serait dévalué (10 % ? 20 % ? 30 % ? plus ?). Sauf si, bousculé par la tourmente financière, l'euro lui-même avait décroché, ce qu'on ne peut exclure. Si ce n'est pas le cas, la dévaluation va mécaniquement gonfler la dette publique française, qui dépasserait 100 % du PIB, seuil à partir duquel on entre dans la zone infernale, celle dont on a du mal à sortir. Il y aurait bien un moyen de lever l'obstacle : prononcer un défaut. Sacré traumatisme, car la France n'a pas connu ça... depuis 1812. Et, donc, solution impraticable. Dans ce cas, le triple A de la France, déjà chancelant aujourd'hui, ne serait plus qu'un souvenir et les taux d'intérêt commenceraient à monter.
Pour conjurer ce risque, une seule solution : serrer les boulons. A court terme, en effet, la dévaluation renchérit mécaniquement les importations et ne dope les exportations que plus tard, ce qui, dans l'instant, accroît le déficit commercial. L'inflation risque aussi de se rallumer. Pour rétablir la situation, il faut freiner la dépense publique pour freiner la consommation. Ce qui promet une austérité plus sévère que celle à laquelle la France est condamnée aujourd'hui. Pas facile dans un pays qui compte déjà 9 % de chômeurs. En cas de retour au franc, tout se jouerait dans les premiers mois. Un retour à la normale prendrait du temps. Surtout si l'on travaille sur un scénario que les Roubini et autres Stiglitz n'excluent pas : une explosion de la zone euro. Alors, là, il faudra attacher les ceintures P. B.
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Patrick Bonazza, Mélanie Delattre, Marc Vignaud

114,7 milliards d'euros


C'est le montant des capitaux qu'une trentaine de banques européennes devront trouver d'ici au 30 juin 2012 pour consolider leurs bilans, selon l'Autorité bancaire européenne. Pays les plus concernés : Grèce (30 milliards), Espagne (26,2), Italie (15,4) et Allemagne (13,1).

L'ombre de Walter Eucken


" La protection de la monnaie constitue une condition primordiale pour le maintien de l'économie de marché et pour la liberté de la société et de l'Etat. " Angela Merkel, l'actuelle chancelière allemande, pourrait reprendre mot pour mot cette réflexion de son prestigieux prédécesseur, Konrad Adenauer. Réflexion qui s'inspire en droite ligne d'une école largement méconnue en France, apparue dans les années 50, sur les ruines de l'Allemagne nazie. L'ordolibéralisme, c'est le nom de ce courant de pensée, avait son grand maître, Walter Eucken (1891-1950), le fondateur de l'école de Fribourg, fils de Rudolph Eucken, Prix Nobel de littérature. Angela Merkel lui est restée fidèle. Dans un discours prononcé en février à Fribourg, justement, elle regrettait qu'" il n'y ait pas d'Eucken dans tous les pays ".
Au coeur de l'ordolibéralisme, qui donnera naissance à l'" économie sociale de marché " chère à Ludwig Erhard, il y a l'idée que l'Etat, associé aux partenaires sociaux, fait respecter sans faiblir un ensemble de règles économiques et sociales inspirées du libéralisme. Rien à voir avec le laisser-faire à la Frédéric Bastiat ou à la Adam Smith. Selon Walter Eucken, pour échapper à l'arbitraire public ou privé, l'économie doit être gouvernée par la loi. C'est cette loi qui, en interdisant toute interférence politique dans la gestion de la monnaie, a fait la réussite du Deustche Mark et le succès de la lutte contre l'inflation, ce mal absolu qui avait précipité l'Allemagne dans le chaos avant guerre. C'est la même loi qu'Angela Merkel essaie d'appliquer à l'Europe, comme si celle-ci était tout entière convertie à l'ordolibéralisme. D'où les malentendus. Ainsi, Merkel s'attache avec force à faire respecter les règles (comme l'indépendance de la BCE) ou à les renforcer (c'est le sens du nouveau traité et sa règle d'or). Et Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, est tout à fait dans la ligne quand il prétend que les eurobonds sont comme de l'" eau de mer incapable d'étancher la soif "

Les " nonistes " en politique


Marine Le Pen
Présidente du FN
" Le Royaume-Uni et l'ensemble des pays européens qui ont fait le choix de conserver leur monnaie nationale profitent aujourd'hui de ce choix judicieux, le choix de la raison. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Nicolas Dupont-Aignan
Président de Debout la République
" L'euro, c'est comme le Mediator.(...)Il était censé consacrer l'Union. La monnaie unique n'a fait qu'exacerber les différences, les nationalismes. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Jean-Pierre Chevènement
Président du Mouvement républicain et citoyen
" Le citoyen n'est pas forcément capable de mesurer l'erreur qui a été commise. Mais(...)il comprend que cette affaire(...)n'est pas très catholique. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Christine Boutin
Présidente du Parti chrétien-démocrate
" L'euro reste la monnaie forte pour les échanges internationaux et on crée (...) une monnaie nationale (...), l'eurofranc, [pour] (...) augmenter le pouvoir d'achat. "

Les " nonistes " chez les intellectuels


Jacques Sapir
Professeur à l'EHESS
" L'euro (...) est condamné. Les moyens évoqués pour stabiliser puis résorber les déséquilibres (...)sont aujourd'hui soit insuffisants, soit politiquement impossibles. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Emmanuel Todd
Démographe, historien
" Les classes dirigeantes européennes, complètement affolées, n'arrivent plus à gérer l'autodestruction de l'usine à gaz qu'elles ont construite et qu'elles appellent l'euro. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Jean-Jacques Rosa
Professeur à Sciences po
" Il y a une impossibilité de l'euro. On ne peut pas avoir la même monnaie (...) pour des économies qui évoluent de façon divergente et où les coûts ne sont pas semblables. "
Les " nonistes " en politique,Les " nonistes " chez les intellectuels
Alain Cotta
Professeur à HEC
" Cette monnaie est (...) condamnée (...).Pour la France, le bilan n'est pas mauvais, il est exécrable.(...)Nous allons vers des ajustements beaucoup plus impressionnants que ce à quoi on nous prépare. "

jeudi 28 juillet 2011

Trichet : "Jamais il n'a été question de faire sortir la Grèce de l'euro"

 Le patron de la Banque centrale européenne livre sa vérité au Point sur la tempête financière du siècle.

Le vendredi 22 juillet au matin, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, est là, dans son bureau du 35e étage qui domine Francfort. Un peu fatigué mais à pied d'oeuvre, déjà, après avoir parcouru en voiture dans la nuit les 400 kilomètres pour rentrer de Bruxelles, où s'est tenu la veille un sommet des chefs d'État décisif pour sauver la Grèce et empêcher la contagion aux autres pays de la zone euro. Jean-Claude Trichet, le moine-soldat de l'euro, livre ses confidences au Point après la réunion du 21 juillet.

Le Point : Après le sommet de Bruxelles, l'euro est donc sauvé ?
Jean-Claude Trichet : L'euro lui même, la monnaie, n'a jamais été menacé. La question posée était celle de la stabilité financière de la zone euro du fait des problèmes budgétaires de la Grèce, pas celle de la monnaie unique. L'euro n'est pas contesté, il est stable, crédible, solide. L'euro a conservé sa valeur depuis plus de douze ans. La Banque centrale européenne est une ancre de stabilité et de confiance, ce qui est très important, particulièrement dans une période agitée et difficile.
Oui mais les pays en difficulté de la zone ne menacent-ils pas la monnaie unique ?
La tension observée sur les risques souverains n'est pas seulement un problème européen, c'est un problème mondial. Les États-Unis, le Japon ont aussi des problèmes budgétaires majeurs, vous le savez bien. Le paradoxe, c'est que, prise globalement, la zone euro est dans une situation nettement meilleure, avec un déficit budgétaire consolidé de 4,5 % du PIB environ cette année, contre 10 % environ dans ces deux autres pays. En revanche, individuellement, en Europe, la Grèce en particulier connaît une situation beaucoup plus difficile. L'ensemble des décisions prises à Bruxelles par les chefs d'État et de gouvernement est important pour la stabilité financière de la zone.
Quelle part a pris la BCE dans ce qui a été décidé à Bruxelles le 21 juillet ?
Dans pareilles circonstances il faut bien voir le rôle de la Banque centrale. Notre responsabilité est de garantir à dix-sept pays et 331 millions de citoyens la solidité et la stabilité de leur monnaie, de leur épargne et de leur pouvoir d'achat. L'inflation, on le sait, frappe durement les plus démunis et les plus vulnérables d'entre nous. Cette responsabilité nous a été confiée par nos démocraties. Nous y faisons face, et dans les douze premières années de l'euro, nous avons obtenu une inflation annuelle moyenne de 1,97 %, en ligne avec notre définition de la stabilité des prix : mois de 2 %, proche de 2 %. Par ailleurs, émettre la monnaie unique pour dix-sept pays et 331 millions d'habitants nous donne aussi une vision de synthèse qui nous permet de transmettre des messages à ceux qui prennent les décisions gouvernementales, sachant, bien sûr, qu'ils restent maîtres de leurs choix.
Votre participation, le 20 juillet à Berlin, à la rencontre Sarkozy-Merkel était-elle prévue ?
J'ai reçu une invitation d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy à les rejoindre à Berlin, où ils étaient à la Chancellerie. Le Conseil des gouverneurs de la Banque m'a indiqué, en temps réel, qu'il était utile que j'accepte cette invitation pour transmettre l'analyse de la BCE.
109 milliards d'euros pour la Grèce après 110 l'an dernier. Croyez- vous que l'Europe va pouvoir mobiliser à volonté des sommes aussi importantes pour un seul pays ?
Ce qui compte avant tout, et c'est absolument fondamental, c'est que la Grèce reprenne le contrôle de ses grands équilibres, qu'elle fasse un effort sur elle-même pour mettre en oeuvre, le plus rapidement et le plus rigoureusement possible, le programme de remise en ordre de son budget, de ses comptes publics, de sa compétitivité. Ce qui compte, c'est qu'elle poursuive rigoureusement ses réformes structurelles, et qu'elle s'engage résolument dans son programme de privatisation.
La France a mobilisé 4 milliards d'euros l'an dernier et, après le sommet de Bruxelles, devra emprunter 15 milliards supplémentaires d'ici à 2014 au profit de la Grèce. Êtes-vous sûr que les Français, qui ont leurs propres problèmes, suivront indéfiniment ?
La Grèce s'engage à tout faire, et doit tout faire, avec cette stricte surveillance de l'Europe que nous avons toujours appelée de nos voeux, pour rétablir la confiance, retrouver la stabilité et rembourser les prêts de l'Europe. Les Européens ne subventionnent pas la Grèce à fonds perdus. Ils investissent dans son redressement. Naturellement, ils doivent surveiller de près leur investissement.
Les dix-sept ont donné du temps à la Grèce. Ça ne garantit pas que le pays acceptera l'austérité qu'on lui inflige.
On n'inflige pas "l'austérité" à la Grèce. La Grèce corrige elle-même de monumentales erreurs de gestion passées. Elle avait constamment dépensé beaucoup plus qu'elle ne gagnait, au cours de toutes les années précédant la crise. Une sage gestion est le seul moyen d'avoir à nouveau croissance et création d'emplois qui reposent sur une compétitivité retrouvée.
Considérez-vous que l'appartenance de la Grèce à la zone euro explique une partie de ces dérives ? La Grèce, malgré son inflation, a pu emprunter à des taux très bas grâce à la BCE. Une bulle de crédit s'est formée.
Non, je ne le crois pas. J'en veux pour preuve le fait que la zone euro n'existe que depuis un peu moins de 13 ans, et qu'auparavant, d'autres pays, partout dans le monde, avaient connu les difficultés que traverse aujourd'hui la Grèce. On constate d'ailleurs aujourd'hui que, malheureusement, les problèmes de mauvaise gestion budgétaire se posent surtout dans des pays avancés, alors qu'auparavant, c'étaient les pays en développement, en Asie, en Amérique latine ou au Proche-Orient, qui étaient concernés. La Grèce est l'illustration emblématique de ce renversement.
À quoi cela est-il dû ?
Ce qui reste vrai, c'est que la surveillance des politiques économiques et budgétaires au sein de la zone euro n'a pas été à la hauteur de ce qui était nécessaire. Pour ce qui est de l'Europe, la Banque centrale européenne et la Banque de France, Christian Noyer et moi-même, avons toujours dit que le Pacte de stabilité et de croissance n'était pas une création artificielle traduisant une vision ultra orthodoxe de l'économie venant d'outre-Rhin. C'était un cadre budgétaire absolument indispensable dans une zone à monnaie unique qui n'a pas de gouvernement fédéral ni de budget fédéral. Au nom du Conseil des gouverneurs, j'ai dénoncé publiquement les libertés que l'Allemagne, la France et les autres grands pays, en 2004-2005, ont voulu prendre et ont prises avec un Pacte de stabilité et de croissance qui avait été affaibli dans sa lettre et dans son esprit. Nous avons constamment demandé un renforcement de la surveillance non seulement des politiques budgétaires, mais aussi des indicateurs de compétitivité et des déséquilibres internes.
Aujourd'hui, avec la crise, chacun voit que nous avions alors raison.
Et que vous avez plus de chances d'être écouté...
Je l'espère sincèrement.
Vous avez lutté au cours des dernières semaines contre l'idée de demander pour la Grèce des sacrifices à la finance privée (banques, assurances, fonds...). Il semble que vous n'ayez pas été entendu par les chefs d'État ?
J'insiste sur le fait que nous avons toujours dit publiquement que ce n'était pas la Banque qui prenait les décisions, mais les gouvernements. Et à propos de la finance privée et de la Grèce, nous avons passé trois messages très clairs. Premièrement, nous avons dit que cette participation devait être volontaire. Sur ce point, nous avons été suivis. Nous avions ensuite dit qu'il ne fallait pas que l'on débouche sur ce que l'on appelle un "événement de crédit". De tout ce que je sais aujourd'hui, il me paraît que nous éviterons cette issue. Enfin, le troisième message était d'éviter un "défaut sélectif". Mais, dans le cas où il se produirait, les États devraient alors recapitaliser les banques et conforter les garanties prises par la Banque centrale pour ses opérations de refinancement. Nous avons obtenu cette garantie indispensable pour protéger l'intégrité de la Banque centrale européenne en cas de "défaut sélectif". L'intégrité de la Banque centrale européenne et de toutes les banques centrales de l'Eurosystème est fondamentale pour la stabilité et la confiance en Europe. Elle n'est pas négociable.
Après le sommet de Bruxelles, le Fonds européen de solidarité financière (FESF) prêtera à meilleur marché aux États sous tutelle et pourra aussi acheter des obligations et recapitaliser des banques en difficulté. Ne met-on pas le doigt dans un engrenage infernal et coûteux ?
Nous avons nous-mêmes conseillé aux gouvernements de donner plus de latitude, plus de flexibilité au FESF. Du moins tant que nous serons placés dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons depuis l'irruption de la crise la plus grave depuis la Deuxième Guerre mondiale. Un FESF plus souple et plus flexible sera un outil plus efficace pour contribuer à stabiliser les finances dans l'ensemble de la zone euro.
À propos des contributions de la finance privée, les chefs d'État ont affirmé que ces solutions ne vaudraient que pour la Grèce. Pourquoi ce traitement de faveur ?
La qualité de la signature d'un pays est absolument fondamentale. Que vous soyez un ménage, une entreprise ou un pays, vous obtenez des prêts dans de bonnes conditions si le prêteur a confiance, s'il pense qu'il sera remboursé. C'est pourquoi la confiance est si importante. Les chefs d'État et de gouvernement ont voulu lever toute ambiguïté. Je reprends leurs propres termes : "Tous les autres pays réaffirment solennellement leur détermination inflexible pour honorer complètement leur propre signature. Les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro soutiennent totalement cette détermination parce que la crédibilité de toutes leurs signatures souveraines est décisive pour assurer la stabilité financière de la zone euro tout entière." On ne peut pas dire mieux.
A-t-on étudié la possibilité que la Grèce sorte de l'euro ?
C'est une hypothèse que personne n'a envisagée un instant.
Mais que répondez-vous à ceux, nombreux, qui considèrent que la Grèce ne se sortira pas d'affaire si on ne réduit pas drastiquement sa dette ?
Le problème pour la Grèce est de retrouver le chemin de la bonne gestion le plus rapidement possible. Cela veut dire un budget sain, un programme de privatisations rigoureusement appliqué, les réformes structurelles indispensables. Les propositions du secteur privé et les décisions des gouvernements européens vont considérablement alléger le service de la dette en abaissant les taux d'intérêt et en allongeant la durée des prêts. En outre, l'encours de la dette diminuera avec les échanges d'obligations et les rachats de dette. Mais ce qui compte, c'est l'ajustement de la Grèce elle-même.
Après Bruxelles, les pays comme l'Espagne ou l'Italie éviteront-ils la contagion grecque ?
Tous les pays, sans exception, ont conscience de vivre une crise exceptionnelle. À titre d'exemple, le gouvernement italien vient de faire voter un programme budgétaire qui le conduit à un déficit inférieur à 3 % dès 2012. Combien de grands pays avancés, en dehors d'Europe, peuvent dire cela ? L'Espagne s'est engagée dans des réformes ambitieuses, comme cela a été noté lors de la réunion du 21 juillet dernier. À tous, la Banque centrale demande d'appliquer sans restriction la lettre et l'esprit du Pacte de stabilité et de croissance, de renforcer la compétitivité, et notamment de veiller sur les coûts de production, et d'engager les réformes structurelles nécessaires. C'est la voie de la croissance durable et de la création d'emplois.
La crise est un révélateur. À l'intérieur de la zone euro, les pays qui ont été très attentifs à leur budget et à leur compétitivité, comme l'Allemagne ou l'Autriche, ont eu création d'emplois et diminution du chômage, même dans la crise. Même chose en dehors de la zone euro, où la Suède a des résultats bien meilleurs que beaucoup d'autres.
À chaque crise, les bons esprits réclament de plus en plus de fédéralisme, pour éviter la prochaine. Aujourd'hui, ils veulent des euro-obligations, une mutualisation plus forte des dettes. Est-ce responsable et utile ? Et peut-on avancer vers le fédéralisme sans demander leur avis aux peuples ?
Le sommet de Bruxelles n'était évidemment pas convié pour procéder à des bouleversements institutionnels. Ceci dit, une réflexion des Européens sur leur vision à long terme de l'évolution des institutions européennes est à mon avis légitime. La construction de l'Europe a commencé vraiment il y a soixante ans. Il est clair qu'elle n'est pas achevée historiquement, et il est tout aussi clair que ce sont nos démocraties qui prendront les décisions, donc, en dernière analyse, nos peuples nous diront ce qu'ils veulent. Comme citoyen, et non comme président de la BCE, je pense que les Européens progresseront jusqu'à créer une confédération d'États souverains d'un type entièrement nouveau, qui ne serait pas une imitation des États-Unis d'Amérique.
On nous a vendu la zone euro comme une zone de prospérité et de stabilité, et au lieu de ça, on a l'austérité. Cherchez l'erreur ?
La zone euro a connu, depuis l'introduction de la monnaie unique, une croissance par tête comparable à celle des États-Unis, autour de 1 % par an, et elle a créé plus d'emplois : 14 millions, contre huit millions en Amérique du Nord. Ceci n'est pas suffisamment connu et souligné. En outre, non seulement il n'a jamais été dit que l'euro dispenserait de bien gérer ses finances publiques, mais nous avons dit explicitement le contraire ! La zone euro redresse ses finances publiques, comme les États-Unis et le Japon doivent le faire, comme le Royaume-Uni a commencé à le faire. Deux choses sont sûres. Premièrement, partout dans le monde, les budgets gérés attentivement, les coûts de production maîtrisés, la sagesse des partenaires sociaux sont récompensés par la croissance et par la création d'emplois, même après la pire crise depuis 1945. Deuxièmement, la zone euro dans son ensemble a moins de problèmes que les États-Unis ou le Japon, mais elle doit formidablement renforcer sa gouvernance.
La spéculation est-elle le grand méchant loup qui veut manger l'euro ?
L'euro, lui-même, est totalement hors de question. C'est une monnaie très crédible, qui a remarquablement assuré la stabilité des prix, et qui est émise dans une zone économique dont les résultats d'ensemble sont très solides, relativement aux autres. S'agissant des obligations publiques ou privées, nous sommes en présence de marchés financiers complexes, très sophistiqués. Une partie des investisseurs ont confiance, ou pas, et font, ou pas, des placements, et une autre peut acheter ou vendre à terme, et spéculer à la hausse ou à la baisse. Les participants du marché sont ainsi mus par un mélange de confiance et de crainte, et de cupidité. Quand des crises graves arrivent, comme celle que nous connaissons depuis 2007-2008, elles révèlent les faiblesses profondes, comme les rayons X révèlent le squelette du corps. Un bon moyen de ne pas donner prise à la spéculation consiste à prévenir et à corriger ses propres faiblesses. Dans les années qui ont précédé la crise, les États en particulier ont baigné dans une fausse tranquillité. Sentiment partagé malheureusement par certains Européens, mais aussi par l'ensemble de la communauté internationale, et même par beaucoup d'économistes. Une nouvelle fois, la leçon pour nous, Européens, est de renforcer la gouvernance et la surveillance des politiques économiques et budgétaires. Cela ne veut pas dire que les marchés financiers ne doivent pas être améliorés profondément dans leur fonctionnement. Et le maître mot pour l'ensemble des pays avancés en ce moment est le mot confiance.
Oui, mais on peut spéculer sur un défaut de la Grèce...
Ce serait le plus sûr moyen de perdre de l'argent après les décisions de jeudi dernier. Mais encore une fois, l'euro, en tant que monnaie, est solide, crédible, et n'est pas affecté par les tensions sur les risques souverains.
Les agences de notation font-elles le jeu de la spéculation ?
Je crois que nous avons là une question importante de stabilité financière au niveau mondial. Nous sommes en présence d'un très petit nombre d'institutions qui ont une énorme influence internationale. Ce fonctionnement, visiblement oligopolistique, n'est certainement pas optimal du point de vue de l'organisation des marchés. Cette structure est structurellement "pro cyclique", c'est-à-dire qu'elle joue un rôle d'amplificateur de "bulles" en période conjoncturelle haute, et d'amplification de la chute en période basse. Il faut corriger ces défauts. C'est facile à dire, plus difficile à faire...
Vous abandonnez vos fonctions en novembre prochain. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
J'ai eu une vie professionnelle qui a été marquée à la fois par la poursuite de stratégies de long terme, ou de très long terme, comme la construction européenne, et aussi par une succession de crises. J'ai commencé ma carrière de fonctionnaire en ayant à faire face au premier choc pétrolier, en 1973-1974, lequel a été un traumatisme énorme pour l'ensemble du monde avancé. Malheureusement, parce qu'on s'y est mal pris, particulièrement en Europe, ce choc a marqué le début du chômage de masse. J'ai connu aussi la crise des dettes souveraines en Amérique latine, en Afrique, la crise de l'Union soviétique, les crises du Mécanisme de change du Système monétaire européen en 1992 et 1993. Bien entendu aussi, la crise asiatique, l'explosion des dot.com, et la crise présente qui a commencé en 2007-2008. La vérité, c'est que j'ai toujours vécu avec les crises. J'en ai conclu que, dans un monde qui se transforme extrêmement rapidement sous l'impact de la science et de la technologie, de l'universalisation de l'économie de marché, des progrès fabuleux de la Chine et de l'Inde, il faut en permanence être sur ses gardes, être en état d'alerte. J'avais formalisé cette attitude dans un discours en 2005 à Jackson Hole, dans le Wyoming, où se réunissent tous les ans, dans un cadre informel, les banquiers centraux du monde entier. J'expliquais alors que pour renforcer la confiance à long terme, l'une des conditions était de rester visiblement, et de manière permanente, en état d'alerte. La crise la plus grave que nous connaissons depuis la Deuxième Guerre mondiale ne fait que renforcer cette conviction. Plus que jamais le service que rend la Banque centrale européenne aux Européens est d'être une ancre de stabilité et de confiance dans une période agitée et difficile.