Affichage des articles dont le libellé est Jean-Michel Bretonnier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Michel Bretonnier. Afficher tous les articles
dimanche 5 mai 2013
La valse des têtes de Turc
La valse des têtes de Turc
On se demandait si Nicolas Sarkozy était fou. On se demande si François Hollande est nul. La presse et l'opinion publique jouent avec les présidents de la République comme avec des idoles qu'on adore avant de les abattre. Elles font semblant de croire un temps en leur majesté et en leur toute puissance, pour aussitôt après les rouler dans l'opprobre.
Aucun mot n'est alors assez cruel, en une des magazines ou dans les conversations, pour exprimer une déception qui n'attend plus maintenant que quelques semaines avant de déferler. Le prochain président sera sans doute détesté à la seconde même où il sera élu. Nicolas Sarkozy n'était pas fou, seulement trop agité, et François Hollande n'est pas nul, seulement trop coincé.
Le premier n'a pas jugulé la crise. Le second n'en prend pas le chemin. On peut sans doute les critiquer. Mais pour le faire avec cohérence, encore faudrait-il savoir ce qu'on attend d'eux et ce qu'on peut faire pour les aider.
Or, on demande à nos élus de résoudre la quadrature du cercle : augmenter le pouvoir d'achat sans ruiner les entreprises, baisser les impôts sans ruiner l'État, refuser les licenciements sans promouvoir la mobilité, refuser la mondialisation sans disparaître économiquement, réformer sans efforts, changer sans changements, s'adapter sans bouger. Les Français veulent une rigueur sans douleurs, des économies sans renoncements ; plus de justice, mais sans perdre leurs avantages. Ils voudraient devenir allemands sans cesser d'être grecs. La contradiction mène tout droit à l'angoisse et les Français ouvrent alors leur pharmacie pour avaler des anxiolytiques.
Et ils se mettent à détester très fort leur président. Le rendre responsable de tous les maux, c'est la meilleure façon de faire diversion, de cacher qu'on ne sait pas ce qu'on veut et qu'on lui demande tout et son contraire.
Le drame est que nos élites politiques sont complices. Nicolas Sarkozy avait compté sur sa politique de rupture pour faire repartir la machine économique et revenir la croissance ; mais sans prévoir de sacrifices et en bannissant, comme tous les autres avant lui, le mot même de rigueur.
François Hollande consent à demander des efforts, mais seulement aux plus riches, en sachant bien qu'ils seront insuffisants. Il ne décrit pas le chemin difficile du retour à la croissance. Il ne veut pas davantage que son prédécesseur évoquer la rigueur.
Comme lui, il veut éviter l'impopularité dans l'espoir d'être réélu. Mais comment éviter l'impopularité quand les Français veulent à la fois le redressement économique et l'immobilisme ? L'un et l'autre étant incompatibles, les Français auront l'un ou l'autre. Ils seront donc déçus, et le président impopulaire.
Les Français veulent une rigueur sans douleurs, des économies sans renoncements.
Ils voudraient devenir allemands sans cesser d'être grecs.
Les origines du « printemps français »
Les origines du « printemps français »
Pour le peuple et contre l’opinion
Au bout d’un an, François Hollande est déjà à terre et quotidiennement piétiné. De même, on pratiquait sous le quinquennat précédent un anti-sarkozysme d’autant plus excitant qu’il était grégaire. Ce que ces aversions révèlent, c’est l’impatience inconséquente de l’opinion. On voudrait qu’une solution à tous nos maux fût trouvée, et vite. Ce dont témoigne la violence du rejet, c’est le désarroi de cette même opinion. Ceux à qui la violence de cette hostilité profite, c’est aux extrémistes et aux démagogues.
Ceux qui nous gouvernent ont une large part de responsabilité dans la chute de leur cote de popularité. Ils promettent tant pour se faire élire qu’ils ne peuvent que décevoir. Une fois parvenus au pouvoir, ils continuent de vouloir contenter l’humeur changeante de l’opinion. Plus ils parlent de cap à tenir et plus ils sinuent. Alors qu’ils sont si différents comme hommes et comme politiques, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont pratiqué tous les deux l’art du louvoiement.
Le premier avait été élu en promettant des réformes s’appuyant sur la responsabilité individuelle et l’esprit d’entreprise, sur un allégement du poids de l’État et de sa dette. En réalité, la dépense publique et l’endettement de l’État s’aggravèrent durant son quinquennat ; jamais il ne réussit à empêcher la perte de compétitivité de nos entreprises. Pour autant, des réformes courageuses et bénéfiques furent mises en oeuvre, comme celles sur les retraites ou le renforcement du rôle du parlement.
Le second avait promis de rompre avec le monde de la finance, de faire payer les riches pour réduire les déficits publics, de relancer la croissance par la demande, de baisser le chômage. Il commença bien par alourdir le poids de l’impôt (30 milliards en un an), mais avant d’imaginer un choc de compétitivité permettant aux entreprises de réduire leurs contributions de 20 milliards. La finance n’a pas été vraiment attaquée. Le nombre de chômeurs a augmenté de 900 par jour depuis son élection.
Le François Hollande dernière version a favorisé la signature par les partenaires sociaux d’un accord sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi ; il a fait adopter la plupart des mesures du plan Gallois ; il vient de saluer ces entrepreneurs « qui prennent des risques ».
Mais ce Hollande est-il le Hollande définitif, ou corrigera-t-il de nouveau le cap en prenant des décisions qui complairaient à l’aile gauche du Parti socialiste, et l’aideraient à rassembler son camp qui aujourd’hui le lâche ? Alors qu’il est bas dans l’opinion comme jamais un président ne le fut aussi vite.
Ou bien est-il trop impopulaire pour poursuivre dans la voie de réformes de structures qui sont rarement plébiscitées ? François Hollande prendra-t-il le risque de gouverner pour le peuple et contre l’opinion ?
Les origines du « printemps français »
Les origines du « printemps français »
La discussion sur le « mariage pour tous » a fait monter la pression dans un hémicycle devenu fou. Plus profondément, les manifestations contre le projet de loi instituant le mariage entre personnes du même sexe ont mobilisé au-delà des espérances de leurs initiateurs. Et l'on découvre des néo-manifestants s'époumonant et déclinant des slogans de 68. Le pavé est plus souvent battu par la gauche, mais il ne lui appartient pas. Une certaine droite sait descendre dans la rue quand elle pense que l'essentiel est en cause.
Ce qu'elle estime en danger, c'est sa conception de la famille et de la filiation. Même si des relents homophobes existent, ce n'est pas tant l'homosexualité qui est rejetée - en quarante ans, la société est passée de son refus à son acceptation. Ce qui est récusé, c'est le droit pour des parents de même sexe de créer une famille par l'adoption, la gestation pour autrui ou la procréation médicalement assistée.
L'UMP joue son rôle d'opposante, mais elle n'est pas l'âme de ce mouvement. Le coeur de cette vague est à droite, mais d'une droite qui n'est pas née de la dernière République, une droite qui s'inspire « d'un ordre naturel des choses », d'une vision de l'homme comme sujet de Dieu, d'une nation qui n'existe que souveraine et d'une société qui refuse le poids du marché et l'autonomie de l'individu.
Ce « printemps français » - comme il se nomme lui-même - ne rejouera pas le 6 février 1934, quand des ligues factieuses voulaient envahir l'Assemblée nationale ; mais c'est bien vers le Palais Bourbon que ses plus ardents militants souvent dirigent leurs pas. C'est là que le projet de loi est discuté et c'est une raison ; mais c'est aussi le symbole de cet ordre politique voulu par les hommes et qui a la prétention de se substituer à un ordre supérieur.
Les responsables de l'église sont inconfortablement assis entre deux chaises, l'une temporelle, l'autre spirituelle. Ils font face à une contradiction, qui oppose l'indiscutable légitimité politique d'une loi votée par la représentation nationale, et un canon religieux s'inscrivant dans une tradition qui se veut universelle, fondé sur une foi et une expérience qui se veulent d'une essence divine.
Si certains dirigeants de l'UMP, opposés au « mariage pour tous », se font plus discrets que d'autres, c'est qu'ils savent qu'on n'a pas avantage, en France, à réveiller ce vieil antagonisme.
L'intérêt de l'église catholique est de rappeler ses valeurs, pas de s'instituer en contre-pouvoir politique ou de s'installer comme une minorité en voie de marginalisation dans la société.
Elle doit suffisamment croire dans le modèle familial qu'elle défend pour considérer que, malgré « le mariage pour tous », il restera archi-dominant.
Les responsables de l'église sont inconfortablement assis entre deux chaises, l'une temporelle et l'autre spirituelle.
dimanche 7 octobre 2012
Le temps perdu se rattrape-t-il ?
Le temps perdu se rattrape-t-il ?
La FRANCE est une des premières puissances économiques mondiales.
On veut tous croire qu'une nation comme la nôtre, avec sa vieille
culture, ses nombreux savoir-faire, ses très grandes entreprises
inscrites au CAC 40, ses non moins grandes écoles, son excellent système
de santé, son haut niveau de prestations sociales, ses infrastructures
de qualité, la jeunesse de sa population, ne peut que garder son rang.
Mais la mondialisation de l'économie et la crise née en 2008
rebattent les cartes. Éric Le Boucher, dans Les Échos de cette semaine,
cite des études propres à remettre en cause nos belles convictions.
Elles montrent que les pays du sud, qu'on accuse souvent de laxisme,
avaient, avant l'euro, réduit leur déficit budgétaire mieux que les pays
du nord.
Leur malheur actuel vient d'un déséquilibre commercial qui
s'est creusé dans les premières années de la décennie 2000. Ils ne
produisaient et n'exportaient pas assez. Ils étaient donc condamnés à
réduire leurs dépenses, par manque de recettes. Depuis le début de la
crise, l'Espagne, l'Italie et le Portugal ont commencé de remonter la
pente. Ils ont abaissé leurs coûts de production et redressé leurs
exportations.
La France, elle, continue de creuser son déficit de la balance commerciale. Nous perdons régulièrement des parts de marché dans le commerce mondial. Pour compenser ce manque à gagner et pour éviter que les revenus ne baissent, les prestations sociales ont pris le relais. Elles ont augmenté, réduisant encore notre capacité de résistance à la concurrence.
Le candidat qui avait promis le changement a placé le président dans une situation très inconfortable. Il est contraint de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB pour éviter de devoir recourir à l'emprunt à des taux prohibitifs.
Ce président de gauche est condamné à tailler dans les dépenses publiques, à mécontenter les fonctionnaires, à se fâcher avec son camp. Il est amené à augmenter les impôts, en ciblant en priorité les plus riches, certes, mais sans pouvoir épargner totalement les classes moyennes.
Mais le pire est encore à venir. Ces efforts risquent d'être insuffisants. Le budget 2013 a été bâti sur une prévision de croissance de 0,8 % en 2013. Si elle est en deçà, a fortiori si la croissance se transforme en récession, les recettes fiscales seront insuffisantes, et les coupes dans le budget aussi.
Nous paierions ainsi le retard pris par notre pays depuis le début des années 2000 dans la bataille, vitale, de la compétitivité de notre économie. Seule, la qualité de notre production, notre capacité à vendre à l'étranger nous permettront de maintenir notre train de vie et de réduire ce scandale français d'un chômage haut, ancien et constant.
La France, elle, continue de creuser son déficit de la balance commerciale. Nous perdons régulièrement des parts de marché dans le commerce mondial. Pour compenser ce manque à gagner et pour éviter que les revenus ne baissent, les prestations sociales ont pris le relais. Elles ont augmenté, réduisant encore notre capacité de résistance à la concurrence.
Le candidat qui avait promis le changement a placé le président dans une situation très inconfortable. Il est contraint de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB pour éviter de devoir recourir à l'emprunt à des taux prohibitifs.
Ce président de gauche est condamné à tailler dans les dépenses publiques, à mécontenter les fonctionnaires, à se fâcher avec son camp. Il est amené à augmenter les impôts, en ciblant en priorité les plus riches, certes, mais sans pouvoir épargner totalement les classes moyennes.
Mais le pire est encore à venir. Ces efforts risquent d'être insuffisants. Le budget 2013 a été bâti sur une prévision de croissance de 0,8 % en 2013. Si elle est en deçà, a fortiori si la croissance se transforme en récession, les recettes fiscales seront insuffisantes, et les coupes dans le budget aussi.
Nous paierions ainsi le retard pris par notre pays depuis le début des années 2000 dans la bataille, vitale, de la compétitivité de notre économie. Seule, la qualité de notre production, notre capacité à vendre à l'étranger nous permettront de maintenir notre train de vie et de réduire ce scandale français d'un chômage haut, ancien et constant.
dimanche 2 septembre 2012
La croissance vaut bien une messe
François Hollande ira-t-il jusqu'à faire de la restauration des
marges des entreprises françaises une cause nationale ?
Le retour de la croissance vaut bien une messe libérale. Dix
ministres et le chef d'un gouvernement de gauche à l'université du
MEDEF, dans l'antre du capitalisme, serrant des mains de patrons,
souriant à des électeurs qui n'ont pas tous voté François Hollande.
C'était cette semaine.
La présence était massive et le symbole si fort que Jean-Luc
Mélenchon a dénoncé « les risettes » faites à Laurence Parisot, baptisée
« chef d'état-major de la réaction ». Le patron du Front de gauche
cherche à exister de nouveau en reprenant sa posture radicale, en guerre
contre les patrons, en rupture avec le capitalisme.
Le
gouvernement, lui, est confronté à la réalité. Il porte désormais la
responsabilité de la conduite des affaires du pays en période de crise.
Sans états d'âme, le nouveau pouvoir politique est allé chercher auprès
du pouvoir économique des raisons d'espérer dans le retour d'une
croissance dont il a tant besoin.
Quand il est impossible
d'augmenter la dépense publique pour faire repartir la machine
économique parce que la dette est trop lourde, quand il est suicidaire
de tailler brutalement dans ces dépenses et de renforcer la pression
fiscale, au risque de la récession, le chemin de crête ressemble à la
corde du funambule.
Il faut contenir les dépenses en supprimant
celles qui ne sont pas essentielles, il faut alourdir les impôts sans
tuer la consommation des ménages et l'investissement des entreprises, et
il faut surtout renouer avec la croissance. C'est elle qui permettra
l'augmentation des recettes fiscales de l'État et qui créera de
l'emploi.
Ces « risettes » au patronat sont, pour le président de
la République, une façon de reconnaître, sans le dire, l'importance
primordiale de la compétitivité de nos entreprises. Jusqu'où François
Hollande ira-t-il dans son credo entrepreneurial ?
On sait que la
bien meilleure santé économique de l'Allemagne tient à un positionnement
haut de gamme de ses produits, à une recherche et développement plus
efficace, et à un tissu de PME de plus grande taille.
On dit moins
que les entreprises allemandes voient leur profitabilité augmenter
depuis dix ans, quand celle des entreprises françaises baissait
fortement.
Or, ce sont ces profits qui permettent aux entreprises
allemandes d'investir dans leur appareil de production, dans
l'innovation et dans la formation des hommes.
François Hollande
ira-t-il jusqu'à faire de la restauration des marges des entreprises une
cause nationale ? Ce qu'il ne pouvait dire au peuple de gauche quand il
devait se faire élire, osera-t-il le dire au peuple français une fois
élu ?
La victoire en déchantant
Alors que la cote de confiance de François Hollande est passée
sous la barre des 50 %, le Parti socialiste se réunit à La Rochelle
sans pouvoir fêter une victoire qui est déjà une vieille affaire pour
les Français. Le désenchantement a vite repris ses droits dans une
époque où la crise ternit tout.
La gauche de gouvernement se retrouve comblée et inquiète à la fois.
Elle a aujourd'hui tous les pouvoirs, locaux et nationaux. Elle peut
décider et agir sans autre contre-pouvoir que celui de la rue. Les
administrations sont à son service. Les assemblées à sa main. Elle est
toute puissante, au moins dans le domaine institutionnel. Le Parti
socialiste était habitué au pouvoir local, pas au pouvoir national. À
l'échelon local, on gère, à l'échelon national, on critique. C'est la
pratique qui prévalait jusque-là. Aujourd'hui, il faut toujours gérer
les collectivités locales, et il faut en plus gouverner la France.
Les Français ont élu un président et une Assemblée nationale de
gauche. Ils regardent maintenant vers ce pouvoir dont ils attendent
tout parce qu'il maîtrise tout.
Ils n'espèrent pas de résultats
immédiats, parce qu'ils ont bien compris l'épaisseur de la crise. Mais
ils ont néanmoins besoin d'être rassurés. Et si l'on en juge par les
derniers sondages, ils ne le sont pas. François Hollande président
prolonge le François Hollande candidat. Pas de promesses inconsidérées,
pas de frénésie d'actions. Il était l'anti-Sarkozy, il le reste.
Son
prédécesseur faisait oublier son absence de cap par des sprints éperdus
qui focalisaient l'attention. À chaque événement répondait une
« séquence ». Rien n'était laissé sans écho, même si ce bruit ne
faisait pas une mélodie. Son successeur s'est engagé dans le registre de
la modestie, de la réflexion, du temps retrouvé. La posture plaisait
par contraste. Elle ne suffit plus.
Si François Hollande veut
retrouver la confiance de l'opinion sans renouer avec l'hyperprésidence,
il lui faut nécessairement indiquer un cap et annoncer les grandes
étapes du rétablissement. Les Français peuvent attendre, à condition
qu'on leur propose des échéances.
Le flou du candidat permettait
aux électeurs de projeter dans son discours toutes leurs attentes. Le
flou du président transforme toutes ces attentes en déceptions.
Comment
le président de la République compte-t-il redonner à la France le
dynamisme économique qu'elle n'a plus connu depuis plus de dix ans ? Par
quelles actions cette réhabilitation passe-t-elle et au prix de quels
efforts ? Comment compte-t-il faire baisser les dépenses publiques sans
plomber la croissance ? Comment espère-t-il augmenter les recettes
fiscales sans scléroser un peu plus le pays ? Comment faire accepter les
sacrifices indispensables à une sortie de crise ?
Ils n'espèrent pas de résultats immédiats parce qu'ils ont compris l'épaisseur de la crise.
Mais ils ont néanmoins besoin d'être rassurés.
dimanche 27 mai 2012
Et il faudrait qu'on ait le moral !
La raison fait ce qu'elle peut, mais on sait bien que
nous sommes gouvernés aussi par nos émotions. Les économistes
n'échappent pas à la règle. Dans la conjoncture très particulière qui
est la nôtre, on en trouve peu qui soient pleinement optimistes. On n'en
trouve même pas du tout.
Mais on perçoit néanmoins des nuances.
Les déclinistes - plutôt des libéraux - décrivent un monde où le pire est toujours à venir. Nos sociétés iraient à leur perte, notamment parce qu'elles refuseraient les difficiles et cruelles mesures que les déclinistes se tuent à leur conseiller depuis que le déclinisme existe.
Les keynésiens - plutôt de gauche - décrivent un monde qui pourrait aller mieux si les décideurs ne s'évertuaient à prendre les décisions contraires à celles qu'il faudrait prendre. Comme engager un pays dans l'austérité pour diminuer la dette, alors que cette rigueur tuerait la croissance, rendant impossible le retour à un équilibre des comptes.
Leurs positions s'appuient sur des doctrines également savantes, des modèles également mathématiques, des recherches également complexes. On ne sait pas si leurs partisans les ont choisies pour des raisons purement rationnelles, ou poussés par leur tempérament plus ou moins optimistes.
Ils partagent en revanche une conviction, c'est que la confiance est un élément clef dans l'évolution d'une économie.
On mesure d'ailleurs le moral des ménages et des patrons. On veut savoir si les premiers consommeront ou épargneront et si les seconds investiront ou thésauriseront. Selon les cas et le contexte, l'économie repart ou faiblit.
Pour sortir du marasme et pour éviter la catastrophe, il faudrait donc avoir le moral.
Sauf que tout donne le bourdon. La Grèce en perdition, incapable de rembourser sa dette, sa société prête à exploser. La jeunesse espagnole, une moitié au chômage et l'autre mal payée, qui émigre vers le Brésil ! On se demande si l'euro et l'Europe politique survivront à l'effondrement de ces deux économies.
Sur la colonne voisine, la liste des raisons d'espérer est moins longue, mais ses arguments plus profonds.
L'Europe est toujours la première puissance mondiale. Elle bénéficie de régimes démocratiques, d'institutions stables, de populations éduquées, d'infrastructures développées. Ses États disposent d'industries de pointe et complémentaires. Et par-dessus tout ça, une culture qui lui a permis de résister à bien des cataclysmes.
Si l'on veut surmonter ce nouvel accident du destin européen, il faudra donc avoir le moral. Ce sera le premier des travaux d'Hercule du nouveau président que de nous aider un peu dans cette voie. Nous en aurons besoin.
Les déclinistes - plutôt des libéraux - décrivent un monde où le pire est toujours à venir. Nos sociétés iraient à leur perte, notamment parce qu'elles refuseraient les difficiles et cruelles mesures que les déclinistes se tuent à leur conseiller depuis que le déclinisme existe.
Les keynésiens - plutôt de gauche - décrivent un monde qui pourrait aller mieux si les décideurs ne s'évertuaient à prendre les décisions contraires à celles qu'il faudrait prendre. Comme engager un pays dans l'austérité pour diminuer la dette, alors que cette rigueur tuerait la croissance, rendant impossible le retour à un équilibre des comptes.
Leurs positions s'appuient sur des doctrines également savantes, des modèles également mathématiques, des recherches également complexes. On ne sait pas si leurs partisans les ont choisies pour des raisons purement rationnelles, ou poussés par leur tempérament plus ou moins optimistes.
Ils partagent en revanche une conviction, c'est que la confiance est un élément clef dans l'évolution d'une économie.
On mesure d'ailleurs le moral des ménages et des patrons. On veut savoir si les premiers consommeront ou épargneront et si les seconds investiront ou thésauriseront. Selon les cas et le contexte, l'économie repart ou faiblit.
Pour sortir du marasme et pour éviter la catastrophe, il faudrait donc avoir le moral.
Sauf que tout donne le bourdon. La Grèce en perdition, incapable de rembourser sa dette, sa société prête à exploser. La jeunesse espagnole, une moitié au chômage et l'autre mal payée, qui émigre vers le Brésil ! On se demande si l'euro et l'Europe politique survivront à l'effondrement de ces deux économies.
Sur la colonne voisine, la liste des raisons d'espérer est moins longue, mais ses arguments plus profonds.
L'Europe est toujours la première puissance mondiale. Elle bénéficie de régimes démocratiques, d'institutions stables, de populations éduquées, d'infrastructures développées. Ses États disposent d'industries de pointe et complémentaires. Et par-dessus tout ça, une culture qui lui a permis de résister à bien des cataclysmes.
Si l'on veut surmonter ce nouvel accident du destin européen, il faudra donc avoir le moral. Ce sera le premier des travaux d'Hercule du nouveau président que de nous aider un peu dans cette voie. Nous en aurons besoin.
dimanche 6 mai 2012
Nos gouvernants tirés au sort ?
En attendant la démocratie parfaite qui n'adviendra
jamais, n'oublions pas de voter aujourd'hui, au risque de laisser les
autres choisir pour nous.
Les partisans de la clérocratie ne sont pas
nombreux, et le mot pas très connu. Il vient du grec et désigne le choix
par tirage au sort de ceux qui gouvernent la cité. On ne pariera pas
sur l'adoption prochaine et systématique du hasard en lieu et place de
l'élection, mais des gens sérieux accordent du crédit à ce mode de
désignation.
Il est même évoqué par Montesquieu dans L'Esprit des lois : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie. »
L'idée fait surgir quelques objections, auxquelles ses partisans ont, évidemment, des réponses. Ils ne proposent pas que le prochain président de la République soit tiré au sort parmi les Français. Ils estiment que l'exercice de la fonction suprême nécessite des compétences et des qualités particulières, suppose une personnalité sinon anormale au moins exceptionnelle.
Ainsi, l'heureux élu par le sort devra se faire les dents au niveau municipal. S'il est - ou si elle est - compétent, il ou elle pourra être appelé aux fonctions d'administration d'un échelon supérieur.
Comme dans toute doctrine, on trouve la forme radicale, censée remédier à tous les maux du monde, et des versions allégées, aux ambitions plus mesurées.
Certains, par exemple, se contentent d'imaginer une deuxième assemblée, à la place du Sénat, constituée de citoyens tirés au sort, qui équilibrerait les pouvoirs de la première et proposerait l'examen de questions provenant directement du peuple, sans intermédiaire ni filtre.
D'autres proposent que, pour délibérer sur des sujets techniques, des assemblées d'experts tirés au sort soient constituées, mais à partir d'un très large éventail pour éviter l'influence de lobbys.
D'autres encore souhaitent que, à côté d'élus proposés à l'élection par les partis politiques, siège dans toutes les instances collectives un certain pourcentage de citoyens choisis au hasard, qui ne seraient plus des représentants du peuple, mais le peuple lui-même.
Le regain d'intérêt, même relatif, pour une pratique aussi ancienne que déroutante, est une indication supplémentaire des questions que se pose la société sur la façon dont ses choix, ses aspirations, ses craintes, ses espoirs, sont pris en compte par ceux qui légifèrent et ceux qui gouvernent.
Qu'on parle « d'établissement », de « système », ou « d'oligarchie », le doute s'est installé quant à la représentativité d'un personnel politique, en général de qualité, mais qui se serait éloigné, en se professionnalisant, de ceux qui l'ont choisi.
En attendant la démocratie parfaite qui n'adviendra jamais, n'oublions pas de voter aujourd'hui au risque de laisser, non pas le hasard, mais les autres choisir pour nous.
Il est même évoqué par Montesquieu dans L'Esprit des lois : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie. »
L'idée fait surgir quelques objections, auxquelles ses partisans ont, évidemment, des réponses. Ils ne proposent pas que le prochain président de la République soit tiré au sort parmi les Français. Ils estiment que l'exercice de la fonction suprême nécessite des compétences et des qualités particulières, suppose une personnalité sinon anormale au moins exceptionnelle.
Ainsi, l'heureux élu par le sort devra se faire les dents au niveau municipal. S'il est - ou si elle est - compétent, il ou elle pourra être appelé aux fonctions d'administration d'un échelon supérieur.
Comme dans toute doctrine, on trouve la forme radicale, censée remédier à tous les maux du monde, et des versions allégées, aux ambitions plus mesurées.
Certains, par exemple, se contentent d'imaginer une deuxième assemblée, à la place du Sénat, constituée de citoyens tirés au sort, qui équilibrerait les pouvoirs de la première et proposerait l'examen de questions provenant directement du peuple, sans intermédiaire ni filtre.
D'autres proposent que, pour délibérer sur des sujets techniques, des assemblées d'experts tirés au sort soient constituées, mais à partir d'un très large éventail pour éviter l'influence de lobbys.
D'autres encore souhaitent que, à côté d'élus proposés à l'élection par les partis politiques, siège dans toutes les instances collectives un certain pourcentage de citoyens choisis au hasard, qui ne seraient plus des représentants du peuple, mais le peuple lui-même.
Le regain d'intérêt, même relatif, pour une pratique aussi ancienne que déroutante, est une indication supplémentaire des questions que se pose la société sur la façon dont ses choix, ses aspirations, ses craintes, ses espoirs, sont pris en compte par ceux qui légifèrent et ceux qui gouvernent.
Qu'on parle « d'établissement », de « système », ou « d'oligarchie », le doute s'est installé quant à la représentativité d'un personnel politique, en général de qualité, mais qui se serait éloigné, en se professionnalisant, de ceux qui l'ont choisi.
En attendant la démocratie parfaite qui n'adviendra jamais, n'oublions pas de voter aujourd'hui au risque de laisser, non pas le hasard, mais les autres choisir pour nous.
dimanche 29 avril 2012
Le trou noir de la campagne
Plutôt que d'évoquer les sujets qui font mal, on a
préféré, pour l'instant, celui qui fait peur : la présence persistante
du Front national.
Avant le premier tour, la planète tournait
autour de Jean-Luc Mélenchon avant le second, elle tourne autour de
Marine Le Pen, tandis que les enjeux politiques de cette élection
disparaissent dans un trou noir.
Passant de 5 à 15 % dans les sondages, l'ancien socialiste était
devenu le champion de la « vraie gauche », celui qui terrasserait
l'hydre lepéniste à deux têtes. On louait dans les salons et les bureaux
son talent d'orateur, sa vision politique. Il réconciliait les milieux
populaires avec la gauche. Il faisait revenir au bercail la classe
ouvrière, en rangs serrés derrière le drapeau rouge. La République
sociale retrouvait ses enfants.
On vit au soir du premier tour qu'il n'en était rien. Le candidat du Front de gauche faisait certes un beau score, revigorant l'électorat communiste, radicalisant une frange de l'électorat socialiste, mais aussi en siphonnant les voix des deux - faibles - candidats d'extrême gauche, et celle de la très décalée candidate écologiste. Le total des voix de la gauche de la gauche ne battait pas de record.
Il reste que Jean-Luc Mélenchon entretenait le buzz et la rumeur, à défaut de bruit et de fureur.
L'opinion, complice des médias et des autres candidats, préférait les accents nostalgiques du chantre d'une gauche radicale à l'examen, moins lyrique et plus ingrat, des enjeux du prochain quinquennat.
Le phénomène Mélenchon arrangeait un Nicolas Sarkozy comptant sur lui pour réduire le score de son adversaire principal au premier tour, mais aussi un François Hollande favori des sondages qui ne voulait surtout pas dissiper le charme, ni promettre plus qu'il n'en fallait.
On n'a donc pas parlé, ou du bout des lèvres, de la difficile équation que devra résoudre le futur président, à savoir réduire les dépenses publiques pour ne pas creuser la dette, mais sans faire sombrer le pays dans la récession ni des efforts à produire pour restaurer la compétitivité de nos entreprises sans laquelle la croissance ne reviendra pas.
On a refusé d'examiner par quelles idées neuves on pourrait réduire le chômage de masse et les inégalités entre générations. On a quasiment passé sous silence la situation, piteuse, de notre balance commerciale.
On n'a parlé de l'Europe que pour la caricaturer. On a évoqué la mondialisation, au pire comme le mal absolu de l'époque, au mieux comme un mal nécessaire.
On ne s'est pas posé la question du rôle de la France en Europe et de l'Europe dans le monde.
C'était avant le premier tour, et on a récidivé juste avant le second.
On vit au soir du premier tour qu'il n'en était rien. Le candidat du Front de gauche faisait certes un beau score, revigorant l'électorat communiste, radicalisant une frange de l'électorat socialiste, mais aussi en siphonnant les voix des deux - faibles - candidats d'extrême gauche, et celle de la très décalée candidate écologiste. Le total des voix de la gauche de la gauche ne battait pas de record.
Il reste que Jean-Luc Mélenchon entretenait le buzz et la rumeur, à défaut de bruit et de fureur.
L'opinion, complice des médias et des autres candidats, préférait les accents nostalgiques du chantre d'une gauche radicale à l'examen, moins lyrique et plus ingrat, des enjeux du prochain quinquennat.
Le phénomène Mélenchon arrangeait un Nicolas Sarkozy comptant sur lui pour réduire le score de son adversaire principal au premier tour, mais aussi un François Hollande favori des sondages qui ne voulait surtout pas dissiper le charme, ni promettre plus qu'il n'en fallait.
On n'a donc pas parlé, ou du bout des lèvres, de la difficile équation que devra résoudre le futur président, à savoir réduire les dépenses publiques pour ne pas creuser la dette, mais sans faire sombrer le pays dans la récession ni des efforts à produire pour restaurer la compétitivité de nos entreprises sans laquelle la croissance ne reviendra pas.
On a refusé d'examiner par quelles idées neuves on pourrait réduire le chômage de masse et les inégalités entre générations. On a quasiment passé sous silence la situation, piteuse, de notre balance commerciale.
On n'a parlé de l'Europe que pour la caricaturer. On a évoqué la mondialisation, au pire comme le mal absolu de l'époque, au mieux comme un mal nécessaire.
On ne s'est pas posé la question du rôle de la France en Europe et de l'Europe dans le monde.
C'était avant le premier tour, et on a récidivé juste avant le second.
Plutôt que d'évoquer les sujets qui font mal, on a préféré, pour
l'instant, celui qui fait peur : la présence persistante du Front
national dans le paysage politique français.
dimanche 1 avril 2012
Mélenchon ou le retour de flamme
Il porte un prénom de baby-boomeur. Il puise dans la
rhétorique des années soixante-dix, la décennie militante, celle de sa
jeunesse. Les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix l'auront vu
s'apaiser au creux de la République, au Sénat, et dans l'exercice d'un
pouvoir bien tempéré. La soixantaine venue, Jean-Luc Mélenchon con-naît
un retour de flamme, démon de midi de la politique.
Se reconnaissent en lui ceux de sa génération.
Ils sont cadres moyens, enseignants, fonctionnaires. Ils ont toujours
cru en l'État, en sa providentielle protection, en sa toute-puissance
législative et réglementaire, en son génie industriel. L'ont toujours
perçu comme l'arbitre suprême, le début et la fin de la politique. N'ont
d'autre religion que celle de l'État.
Se reconnaissent en lui des jeunes qui n'osaient même plus espérer.
Ils veulent retrouver dans ce tribun cravaté de rouge un peu de l'image
romantique du révolutionnaire. On leur répète qu'ils sont la génération
de la crise, qu'ils vivront moins bien que leurs parents. Ils ne savent
pas quand ils entreront dans le monde du travail, ni dans quel état ils
en sortiront. Ils ne veulent pas, en plus, être privés de rêve
politique.
Se reconnaissent en lui des ouvriers et des employés se percevant comme les damnés de la terre à l'heure de la mondialisation. Ces gens de gauche retrouvent avec lui des accents que le socialisme de gouvernement avait perdus à force de parler la langue du pouvoir. Ils n'ont rien de commun avec le populisme de Marine Le Pen et sa phobie des immigrés mais ils ont besoin d'un discours fort, même s'il doit être simplifié.
Jean-Luc Mélenchon, c'est le retour des seventies. Il en appelle à une insurrection civique qui fasse tomber les vieux murs et remeuble la maison. Les obstacles seront surmontés parce que rien ne résiste à la volonté du peuple souverain, ni la réalité économique, ni le monde tel qu'il est, ni la société telle qu'elle va. Ceux qui n'adhèrent pas à ce dessein collectif ne risqueront rien. Mais ils auront le droit de partir.
Le candidat du Front de gauche se situe quelque part entre Georges Marchais et Jean Jaurès. Enfant de la télé pétri d'histoire. Il a plus de culture que Marchais, mais moins que Jaurès moins de culot que Marchais mais plus que Jaurès il rêve mieux que Marchais, mais moins bien que Jaurès.
Quand il était à moins de 5 % dans les sondages et qu'il fallait tirer au canon pour se faire entendre, le leader du Front de gauche se déclarait le candidat du bruit et de la fureur. Ce « bruit et cette fureur » qu'on doit à Shakespeare : « La vie (...). C'est un récit plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte et qui n'a pas de sens. » Étonnante référence à l'absurde de la part d'un homme qui veut croire au sens de l'histoire.
Se reconnaissent en lui des ouvriers et des employés se percevant comme les damnés de la terre à l'heure de la mondialisation. Ces gens de gauche retrouvent avec lui des accents que le socialisme de gouvernement avait perdus à force de parler la langue du pouvoir. Ils n'ont rien de commun avec le populisme de Marine Le Pen et sa phobie des immigrés mais ils ont besoin d'un discours fort, même s'il doit être simplifié.
Jean-Luc Mélenchon, c'est le retour des seventies. Il en appelle à une insurrection civique qui fasse tomber les vieux murs et remeuble la maison. Les obstacles seront surmontés parce que rien ne résiste à la volonté du peuple souverain, ni la réalité économique, ni le monde tel qu'il est, ni la société telle qu'elle va. Ceux qui n'adhèrent pas à ce dessein collectif ne risqueront rien. Mais ils auront le droit de partir.
Le candidat du Front de gauche se situe quelque part entre Georges Marchais et Jean Jaurès. Enfant de la télé pétri d'histoire. Il a plus de culture que Marchais, mais moins que Jaurès moins de culot que Marchais mais plus que Jaurès il rêve mieux que Marchais, mais moins bien que Jaurès.
Quand il était à moins de 5 % dans les sondages et qu'il fallait tirer au canon pour se faire entendre, le leader du Front de gauche se déclarait le candidat du bruit et de la fureur. Ce « bruit et cette fureur » qu'on doit à Shakespeare : « La vie (...). C'est un récit plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte et qui n'a pas de sens. » Étonnante référence à l'absurde de la part d'un homme qui veut croire au sens de l'histoire.
lundi 3 janvier 2011
L'Europe au bord du précipice
On dit que l'Europe se nourrit de ses crises, qu'elle n'avance que par convulsions. C'est vrai depuis sa création.
La cause de cette construction erratique tenait à une tendance naturelle : de vieilles nations n'abandonnent pas sans déchirements une partie de leur souveraineté. Ces crispations provoquaient des crises, qui se soldaient par des négociations marathon, qui finissaient par déboucher sur un accord - plus ou moins bon - qui redonnait un peu de crédibilité à l'idée européenne et un peu d'élan aux Européens convaincus.
Mais cette façon d'avancer par saccades et par rapports de force finit à la longue par user les gouvernants et désespérer les observateurs. Surtout quand une crise économique plus forte survient et qu'elle révèle la faiblesse des fondations européennes. L'euro même, la grande oeuvre de cette Europe qui a tant de mal à se faire, est menacé.
On s'aperçoit un peu tard qu'une monnaie commune, dans un continent aux fortunes économiques très diverses, peut difficilement être partagée. Difficile de répondre avec le même outil aux exigences et contraintes d'une Allemagne riche de son exportation, d'une Grèce riche de sa dette publique et d'une Irlande riche de sa dette privée. On se rend compte, toujours un peu tard, qu'une monnaie commune sans politique commune, c'est un marteau sans manche.
Les Chinois et les Américains utilisent leur monnaie comme une arme. Les premiers pour doper leurs exportations, les seconds pour financer leurs dettes. Les Européens, moins endettés que les Américains et moins exportateurs que les Chinois, ne sont pas en mesure de jouer de leur monnaie pour mieux vendre ou pour se protéger des rigueurs du marché.
Ils sont dotés d'une monnaie commune qui réussit l'exploit d'être aussi embarrassante qu'indispensable. Indispensable, parce que le retour aux monnaies nationales serait une catastrophe : les dettes de certains pays exploseraient, les échanges entre États membres s'effondreraient. Embarrassante, tant qu'une volonté politique ne se dégage pas pour en faire un instrument au service du développement commun.
2011 sera une année décisive pour notre monnaie commune. Et cette année cruciale s'ouvre par la présidence, pour six mois, de la Hongrie. Or il se trouve que ce pays n'a pas adopté l'euro, et qu'il n'a aucune expérience européenne puisqu'il a rejoint l'UE en 2004 seulement. Et comme si ces handicaps ne suffisaient pas, ce pays est actuellement aux mains d'un pouvoir populiste et nationaliste, ets'il était candidat aujourd'hui à l'adhésion à l'Europe, il serait refusé pour ses pratiques institutionnelles aux marges de la démocratie.
Il est vraiment temps de doter l'Union européenne d'institutions qui lui permettent d'élaborer et de mettre en oeuvre une politique commune. Ou, à défaut, de rassembler quelques pays capables, au sein de l'Union, d'avancer plus vite et de tirer derrière eux des nations plus faibles ou moins volontaires. Parce qu'à force de frôler le précipice, l'Europe pourrait finir par y tomber.
On se rend compte, toujours un peu tard, qu'une monnaie commune sans politique commune, c'est un marteau sans manche.
Inscription à :
Articles (Atom)
















