TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Adrien de Tricornot. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Adrien de Tricornot. Afficher tous les articles

mardi 21 juin 2011

Crise grecque : l'Europe peut-elle encore éviter la contagion ?

Crise gouvernementale et sociale à Athènes, disputes au sein de la zone euro, notamment entre l'Allemagne et la Banque centrale européenne (BCE), exigence d'un plan de rigueur supplémentaire pour débloquer de nouvelles tranches de prêts européens et du Fonds monétaire international (FMI) alors que l'économie du pays est exsangue : les ingrédients de la crise grecque forment un cocktail explosif pour l'avenir de la zone euro.

La Grèce et sans doute aussi le Portugal n'ont probablement aucune chance de résoudre l'équation financière à laquelle on les soumet en échange de l'aide européenne.
Stabiliser la dette d'ici à 2015 et redresser la balance des paiements courants au prix d'une austérité draconienne supposerait, selon les calculs des économistes de Dexia AM, de subir une croissance légèrement négative jusqu'en 2015, et ensuite que les marchés financiers retrouvent confiance et se remettent à leur prêter à des taux abordables (pas plus de 5,5 % pour la Grèce).
SPIRALE DÉPRESSIVE
Ce scénario, hautement improbable, obligerait en outre ces pays à s'enferrer dans une spirale dépressive et déflationniste dangereuse, tuant les espoirs de sortie de crise.
Les bailleurs de fonds de la Grèce restent ainsi "prisonniers de la logique du donnant-donnant", regrette Anton Brender, directeur des études économiques de Dexia AM. "L'austérité est dangereuse car elle casse la croissance, et parce qu'elle pose un risque social extrêmement fort. Idéalement, il faudrait être capable d'aider les pays fragiles sans imposer de mesures d'austérité, et de prêter à des taux beaucoup plus faibles", plaide-t-il.
Sauf à changer de logique - monétiser la dette, financer un plan d'investissement européen -, la restructuration de la dette grecque s'imposera. Mais à quelle date ? Et à quel prix ?
Même le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, considéré comme l'un des plus coopératifs avec ses partenaires européens au sein de l'équipe gouvernementale à Berlin, veut que les créanciers privés soient mis à contribution pour toute nouvelle aide à la Grèce.
Mais la BCE est opposée à tout "événement de crédit", c'est-à-dire à toute modification des conditions de remboursement de la dette grecque qui serait considérée par les marchés financiers comme un défaut de paiement de facto.
Dans ce cas, elle refuserait de prendre en garantie les titres d'Etat grecs, asséchant les financements des banques grecques, ce qui précipiterait la sortie du pays de la zone euro. A travers le sauvetage de la Grèce - même s'il doit se faire en partie à fonds perdus - se joue ainsi l'avenir de la zone euro.
Le danger, en effet, est celui de la contagion d'un défaut de paiement grec. Selon les calculs de Dexia AM, les besoins de financements cumulés de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande atteignent 201 milliards d'euros pour les vingt-quatre prochains mois, d'ici à la mi-2013.
Cela représente une contribution des pays aidants, comme la France et l'Allemagne, de l'ordre de 2,5 points de produit intérieur brut (PIB).
"RISQUE SYSTÉMIQUE"
"Jouer aux allumettes est beaucoup plus dangereux si on est assis sur un baril de poudre. En cas de restructuration de la dette grecque, compte tenu des dynamiques à l'oeuvre sur les marchés, on est sûr de la contagion à l'Irlande et au Portugal", juge M. Brender.
L'attention se porterait alors sur les pays jugés par les marchés financiers comme à risque intermédiaire : l'Espagne, mais aussi l'Italie et la Belgique. En ajoutant l'Espagne, le montant passe à 523 milliards d'euros.
Les différents mécanismes de financements européens et du FMI - qui peuvent atteindre jusqu'à 750 milliards d'euros - permettraient encore d'y faire face, s'ils sont effectivement mis en place. Mais une contagion à l'Italie ferait plus que doubler le besoin de financement (1 123 milliards d'euros).
L'idée serait donc de gagner du temps. Mais elle n'a de sens que si l'on peut espérer, parallèlement, une reprise de l'économie mondiale, une baisse de l'euro ou encore la mise en place de financements publics - par exemple via la BCE - venant soutenir des investissements favorables à la croissance dans la zone euro, afin de contrebalancer les efforts de rigueur des comptes publics.
Cela est également logique si la solidarité européenne se renforce à terme, grâce, par exemple, à l'adoption d'un budget fédéral et des transferts fiscaux. "En gagnant du temps, on a une chance d'arriver à restructurer, à un moment où la vulnérabilité de l'Espagne aura disparu", estime M. Brender.
Si tel n'est pas le cas, en revanche, le danger persistera et le refus social ne fera que grandir dans les pays en crise. "Si la restructuration de la dette grecque avait été réalisée en octobre 2009, le risque systémique aurait sans doute été moins grand qu'aujourd'hui.
Et si on attend un an de plus, le risque sera encore plus grand", avertit l'économiste Antoine Brunet, président d'AB Marchés.
En dernier ressort, on peut alors imaginer que la BCE soit confrontée à un dilemme: laisser la zone euro exploser ou suivre l'exemple de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui, dans le cadre de ses opérations dites d'assouplissement quantitatif de la masse monétaire, a acheté, entre novembre 2010 et juin 2011, pour 600 milliards de dollars d'obligations du Trésor américain dès leur émission.
En deux ans et demi, elle a ainsi absorbé au total 2 000 milliards de dollars de titres privés et publics pour soutenir l'économie.
La "monétisation" directe de la dette est interdite par les traités européens, ce qui n'a pas empêché la BCE de procéder, face à la crise, d'abord à l'achat de 60 milliards d'euros d'obligations bancaires dites "sécurisées" sur le marché, puis, plus récemment, de 75 milliards d'euros de titres de dettes publiques grecque, portugaise et irlandaise.
Ces montants restent homéopathiques au regard du remède de cheval administré par la Fed, car la BCE ne veut prendre aucun risque inflationniste.
Mais une extension de la crise la mettrait au pied du mur. "Dans la crise de la zone euro, ça se jouera sur l'Espagne dans les prochains mois et les prochaines semaines ; ou ça passe ou ça casse", pronostiquait l'économiste Jacques Mistral, lors d'une table ronde à l'Institut français des relations internationales (IFRI), le 24 mai, sur l'avenir de l'euro.
"L'Espagne jouera le rôle de juge de paix pour dire ce que l'Europe veut ou ne veut pas, et ce qu'elle consent ou pas ", ajoutait Jérôme Cahuzac, président (PS) de la commission des finances de l'Assemblée nationale.
Il souscrit "personnellement" à l'idée que la BCE puisse monétiser directement la dette publique, comme la Fed - et non plus seulement en acheter des quantités limitées sur le marché secondaire -, y voyant "le meilleur moyen de casser les reins aux phénomènes spéculatifs" sur les titres d'Etat. "On peut regretter que l'Allemagne y soit très hostile", notait-il.
En cas de contagion de la crise grecque aux autres pays européens, la BCE aura, in fine, la réponse entre ses mains. Veiller à la stabilité des prix suppose aussi d'éviter le risque de déflation qui s'étendrait aux plus grands pays. Et c'est le rôle de la BCE d'assurer la stabilité financière de la zone euro.

mardi 25 janvier 2011

Vivement le retour de l'inflation... salariale !

Au secours, l'inflation revient ! En 2010, la hausse des prix en zone euro (+ 2,2 %) a dépassé le seuil (2 %) autorisé par la Banque centrale européenne (BCE). Mais cette progression ne traduit pas une flambée de la "bonne" inflation : celle des salaires, liée au plein-emploi et à une économie en surchauffe. Dans un tel cas, il faut bien refroidir la croissance par une remontée des taux d'intérêt pour éviter que la hausse des prix se nourrisse d'elle-même et dégénère en hyperinflation.

A contrario, la "bosse" actuelle d'inflation, terme employé par la BCE, reflète principalement la flambée du cours des matières premières, énergétiques et alimentaires, elle-même en grande partie nourrie par la spéculation et la demande des pays émergents.

Pour le reste, rien ou presque ne bouge : dans la zone euro, la hausse des prix dite "sous-jacente" - hors alimentation et énergie - fut en 2010 de 1,1 %, comme en 2009 Aux Etats-Unis, elle s'est limitée à 0,8 %, son plus faible niveau depuis la création de cette statistique (1958).

"MAUVAISE" OU "BONNE"

Cette "mauvaise inflation", celle des prix alimentaires et énergétiques, est durement subie par les plus pauvres, pour qui il s'agit de la part prépondérante de la consommation. Elle frappe particulièrement les pays importateurs de matières premières, comme en témoignent les révoltes sociales au Maghreb, même si la structure de l'économie y est aussi en cause.

La bonne inflation ne se décrète pas. Mais derrière le tohu-bohu fait aujourd'hui autour d'un éventuel "retour" de la cherté de la vie se cachent plusieurs questions.

La phobie de l'inflation ne risque-t-elle pas de conduire la BCE à tuer dans l'oeuf à la fois la croissance et la hausse des prix ? Ne serait-il pas sain d'accepter davantage cette dernière pour alléger le fardeau de la dette ? Enfin, un nouveau régime de croissance plus inflationniste, moyen de sortir de la crise, n'est-il pas en train de se dessiner ?

Dans les pays développés, lorsque l'inflation est limitée aux matières premières et à l'énergie, les banques centrales surveillent ses effets dits de "second tour" : comment elle est répercutée par les industriels ; comment elle agit sur les salaires.

Il s'agit de guetter l'arrivée de la "bonne" inflation, celle qu'il ne faut pas laisser s'emballer. Mais les salaires - à l'exception du salaire minimum - ne sont plus indexés sur la hausse des prix dans la quasi totalité des pays européens. Et l'Etat du marché du travail ne laisse pas présager une envolée des rémunérations.

La faiblesse de l'inflation sous-jacente valide le choix de la Réserve fédérale américaine (Fed) de maintenir une politique non conventionnelle de "monétisation" de la dette et de refinancement des banques à 0 %. Il s'agit d'éviter un scénario de déflation tel que l'a connu le Japon depuis l'éclatement de sa bulle boursière et immobilière dans les années 1990.

L'injection de liquidités dans le système financier comporte des inconvénients - elle gonfle les bulles spéculatives -, mais elle pare au risque de dépression, le plus grave pour l'économie américaine. "On dit traditionnellement (qu'elle) créée à terme de l'inflation. Cette analyse est insuffisante, voire simpliste. Même si les marchés semblent parier sur une "reflation", la hausse récente des taux d'intérêt à long terme n'est pas due seulement à des craintes inflationnistes. Elle trouve aussi sa source dans l'intégration d'un risque de crédit sur les grands débiteurs publics", c'est-à-dire les Etats très endettés, note Hubert de La Bruslerie, professeur à l'université Paris-Dauphine.

L'ERREUR DE JUILLET 2008

Lors de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE, le 13 janvier, ses gouverneurs ont laissé ses taux d'intérêt inchangés, le principal se situant à 1 %. Ils ont indiqué que la hausse des prix, liée aux matières premières, ne changeait pas leur évaluation de la situation, mais qu'ils restaient en alerte.

Lors de sa conférence de presse, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a aussi durci le ton, rappelant par trois fois que la banque centrale n'avait pas hésité à relever ses taux en juillet 2008. Cette décision controversée paraîtrait encore plus incongrue aujourd'hui, alors que la crise de la zone euro est loin d'être réglée.

"Seule une baisse de l'euro peut restaurer la croissance et provoquer un peu d'inflation. La BCE ne doit pas réitérer son erreur de juillet 2008, lorsqu'elle a propulsé l'euro à 1,60 dollar en augmentant ses taux. La hausse des prix est principalement due, aujourd'hui comme à l'époque, aux matières premières. Il serait sain que les entreprises puissent exporter davantage, mais aussi augmenter leurs marges, investir, embaucher, augmenter les salaires", analyse Marc Touati, directeur de la recherche de la compagnie financière Assya.

"Une inflation d'environ 3 % par an ne serait pas un drame. Au contraire, l'augmentation de la croissance du produit intérieur brut (PIB) en valeur - c'est-à-dire en volume augmenté des prix - permettrait de payer les intérêts de la dette publique et stopperait l'effet boule-de-neige de l'endettement. En zone euro, la charge des intérêts de la dette publique absorbe 3,2 % du PIB. Or, cela fait quatre ans de suite que la croissance reste, en valeur, inférieure à la charge des intérêts : même si l'on taxait à 100 % la richesse créée, il faudrait continuer à s'endetter pour payer les intérêts", ajoute M. Touati.

"L'inflation ne menace pas dans les pays du "Vieux Monde". C'est dommage car cela aurait pu faciliter l'apurement de la dette. L'excédent de liquidités va s'investir dans les pays émergents et ne vient pas alimenter une inflation potentielle dans les pays développés", confirme M. de La Bruslerie.

"Même dans les pays émergents, il faut éviter de plaquer mécaniquement l'idée d'une inflation en forte expansion. Si on accepte de regarder au-delà des biens alimentaires, celle-ci reste limitée en Chine (5,1 % en glissement annuel global, en novembre 2010). Le rythme de croissance de la masse monétaire M2 (liquidités plus épargne à terme) et de l'encours de crédits y reste maintenu en dessous de 20 % en glissement annuel, ce qui est raisonnable compte tenu de la croissance économique", ajoute M. de La Bruslerie.

Mais les analystes perçoivent les prémices d'un changement d'environnement : "La hausse du prix des matières premières est généralement considérée comme devant perdurer et ce phénomène, déjà très étendu, touche aussi les matières agricoles à usage industriel, comme la fibre de coton, qui n'avaient que modérément augmenté en 200 8", souligne Véronique Riches-Flores, responsable de la recherche thématique de Société générale CIB.

CHANGEMENT DE PERCEPTION

"Les nouvelles sur les revendications salariales des travailleurs chinois renforcent ce changement de perception sur l'inflation. Enfin, la reprise en zone euro est plus forte qu'attendu et pourrait commencer à avoir des effets sur la croissance des salaires en Allemagne", ajoute-t-elle. Mme Riches-Flores se montre aussi plus optimiste sur la reprise dans les pays développés, car la compétitivité de leurs exportations est renforcée par la revalorisation des devises asiatiques ou du Brésil, et par l'inflation plus forte dans ces pays émergents.

Les enquêtes des directeurs d'achat montrent un allongement considérable des délais de livraison de l'industrie manufacturière dans la zone euro, les pays scandinaves, la Pologne ou la République tchèque.

Ils augmentent aussi dans les régions industrielles américaines comme Philadelphie ou Chicago. "Ces tendances sont inattendues et contraires à ce que suggèrent les statistiques sur le degré d'utilisation des capacités de production, toujours très largement sous-utilisées. Cela indique, sans doute, qu'une partie des capacités de production est obsolète et va disparaître. Les pressions désinflationnistes liées à la sous-utilisation présumée des capacités ne sont donc probablement pas aussi importantes que ça. C'est une bonne nouvelle pour les investissements de capacité et surtout pour l'emploi à court terme", commente-t-elle. Une "bonne" inflation pourrait donc finir, un jour, par se profiler...