mardi 29 mai 2012
Ce que l'affaire Vatileaks nous apprend sur un retour possible des intégristes dans l'Eglise dans les prochaines semaines
Parmi les sujets qui nourrissent la
polémique récente sur les "Vatileaks", les négociations entre le pape et
les lefebvristes pour leur réintégration au sein de l'Eglise
catholique. Leurs chefs seraient en plein désaccord, risquant une
explosion de la fameuse Fraternité Saint-Pie X.
Gérard Leclerc :
Nous sommes dans l’attente d’une réponse de Rome. Le pape a fait savoir
qu’il désirait une discussion de fond sur la doctrine de la foi avec
les représentants de la fraternité Saint-Pie X afin d’aller au bout des
désaccords. Il s’agit de faire le point sur les points de
mésententes entre ces différentes visions. Au terme de ces discussions,
un document a été remis à la fraternité Saint-Pie X, spécifiant ce que
Rome exige pour un retour de ces derniers dans la pleine communion de
l’Eglise.
La fraternité Saint-Pie X, dans
un premier temps, a refusé de signer. Elle a réclamé des explications.
Aux dernières nouvelles, il semble malgré tout qu’il y ait eu un pas en
avant extrêmement important de franchit vers une solution. Ce serait un
progrès tout à fait décisif. Mais pour qu’il soit reconnu, il faut que
la Congrégation de la doctrine de la foi, à Rome, se soit réunie pour
valider un accord. Une décision qui se fait de plus en plus imminente.
Un autre problème se greffe là-dessus : les désaccords au sein de la fraternité elle-même. Monseigneur
Fellay est en désaccord avec les trois autres évêques qui la dirigent
et qui restent fermement opposés à cet accord, comme le révèlent des
lettres internes qui ont récemment fuité sur le site Riposte catholique. Ils craignent que cela implique en réalité un alignement total sur ce qu’ils appellent l’Eglise conciliaire.
On
peut s’interroger sur un éventuel ralliement de monseigneur Fellay à
Rome. Dans ce cas, ses troupes le suivraient-elles dans cette
direction ? Ce pourrait être une rupture au sein même de la fraternité.
Dans cette hypothèse, il est très difficile de dire dans quelle
proportion il parviendrait à mobiliser des personnes qui pourraient
écouter les autres évêques responsables, qui restent très influents. Les
propos tenus à ce sujet par plusieurs responsables français ont montré
qu’il y avait de fortes résistances dans les places fortes du
lefebvrisme.
Dans
l’immédiat, il semble que monseigneur Fellay est très déterminé à
signer un accord. J’ai le sentiment que même si les trois autres évêques
s’y opposent, cela ne l’arrêtera pas. Il est par contre possible, comme
je l’ai dit, que la fraternité éclate.
Le secret continue de régner sur
ce document, de part et d’autre. Il devrait tomber très bientôt. Il est
vraisemblable que monseigneur Fellay manifeste sa bonne volonté en
reconnaissant toute l’autorité du magistère, aussi bien dans son
expression conciliaire que dans son expression papale. C’est tout
l’enjeu du désaccord avec la fraternité qui continue de publier des
textes dans lesquels elle sous-entend que le magistère a été suspendu
depuis le Concile Vatican 2. Le Pape s’est pourtant exprimé depuis sur
des textes importants.
La première raison, c’est que pour un pape, il n’est pas possible d’admettre une telle division. Le
départ d’une partie, aussi restreinte soit-elle, de la communauté
catholique, est une forte perte. Le pape doit mettre toute ses forces
pour empêcher une scission définitive.
La
seconde raison, c’est que le pape considère que la discussion avec les
traditionalistes est un moyen pour l’Eglise de faire son miel.
C’est-à-dire que ces derniers posent de vraies questions, même s’ils n’y
apportent pas les bonnes réponses. Exemple : la liturgie. La réforme
liturgique telle qu’elle a été amorcée par Vatican II pose problème sur
un certain nombre de plans. Plusieurs personnes réclament d’ailleurs une
réforme de la réforme. Les résultats effectifs et concrets de cette
réforme ne sont pas aboutis. La discussion avec les traditionalistes
permet de revenir sur le fond sur de telles questions.
Je
présume que les efforts du pape envers les lefebvristes ne font pas
l’unanimité au sein de la Curie. Certains doivent considérer que l’on va
trop loin. D’autres, d’ailleurs, doivent estimer que cela ne va pas
assez vite. Il y a des dysfonctionnements au sein de l’administration du
Vatican. C’est ce qu’a révélé la levée des excommunications : le
responsable de la négociation à l’époque n’avait pas dit la vérité au
pape. Il avait caché le négationnisme de Williamson. C’était une
grave faute qui montre que certains cadres du Vatican n’assument pas
leurs fonctions et ne transmettent pas toute la vérité au pape. Cela a
de fait un effet négatif sur l’autorité du pape.
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