TOUT EST DIT

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lundi 24 février 2014

Pourquoi François Hollande choisit toujours de fausses solutions pour résoudre de vrais problèmes


François Hollande ne réussit pas parce qu'il choisit toujours des fausses solutions pour résoudre des vrais problèmes. Des étudiants en sciences politiques se sont récemment penchés sur la question permanente du Président français lors d’un atelier de travail.
Alors les explications sont multiples. On pense évidemment aux contraintes politiques mais le rôle d’un homme politique justement ce n’est pas de caresser son opinion dans le sens du poil, c’est de la convaincre qu'un autre chemin est possible. On pense aux structures syndicales qui sont habitées par cette culture du conflit et qui ne réussissent pas à accoucher d’un compromis, sans doute mais un certain nombre de conflits sociaux ont trouvé des solutions. Dès lors que l’Etat ne s’en mêlait pas (Renault par exemple). On pense enfin à la pression économique qui stérilise les initiatives, et fige les situations, mais la conjoncture est la même en Allemagne, et les allemands eux s’en sortent.
En France, on frise la caricature, depuis dix-huit mois, alors que les problèmes sont très clairement identifiés, connus, reconnus et partagés par tous les acteurs du monde de l’économie, des affaires, des syndicats et de la politique, on a un président qui réussit cet exploit de prendre ou de faire prendre systématiquement les fausses décisions. On connait le mal, on choisit le mauvais médicament. Et quand on ne choisit pas, on nous sort un bouc émissaire. Nous sommes les champions du monde du bouc émissaire. Ça n’est jamais de notre faute. Les problèmes économiques sont ultra simples. Face à la mutation mondiale, à la concurrence et au progrès technique, nous manquons de compétitivité. Nos entreprises sont trop peu nombreuses, pas assez dynamiques, avec des produits chers et pas forcément tous de bonne qualité. Cette situation-là est partagée par tout le monde y compris publiquement par le président de la République. Alors il y a encore des courants extrémistes qui ont des interprétations différentes, mais ridicules parce qu'incohérentes.
Ce déficit de compétitivité explique que nous n’ayons pas d’activité, pas d’emplois, pas assez de recettes sociales et fiscales, pas d’exportation. Comme on veut maintenir notre niveau de vie nous sommes obligés de nous endetter.L’équation n’est pas très compliquée. Et bien face à ce déficit de compétitivité, le bon sens sous indique qu’il faudrait en retrouver et pour en retrouver, il faut investir, innover, travailler dans des conditions qui soient plus compétitives. Donc, il faut baisser ce qu'on appelle les frais de structures et les frais généraux. A commencer par ceux, générés dans l’Etat.
Eh bien face à ce problème qui est au cœur de nos difficultés et qui n’est ni de droite, ni de gauche, on sort des solutions confuses et contradictoires.
- 1er exemple, on a commencé à relever les impôts pour essayer de réduire l’endettement sans s’apercevoir que les impôts anesthésiaient l’activité, ce qui a par conséquent creusé les déficits.
- 2ème exemple, on a essayé d’initier une politique d’offre et de compétitivité.Très bien, mais sur une trajectoire cohérente dessinées au départ par Louis Gallois, on a mis en place des conditions inapplicables, (il n’y aura pas de contreparties à la baisse des charges parce que ça n’est pas possible). Le résultat, c’est que la mise en place du pacte de responsabilité s’enlise dans des comités, et des commissions à Matignon au point où le premier ministre perd toute autorité.Or, un président sans directeur général qui ferait le boulot, est un dirigeant bien diminué.
- 3ème exemple, la politique du logement. Très simple à régler. Les prix sont trop élevés. Ils sont trop élevés parce qu'il n y a pas assez de logements. Il aurait donc fallu tout faire pour favoriser l’investissement logement, libérer du foncier par exemple. On a fait tout le contraire, Mme Duflot qui voulait s’occuper des mal-logés et de tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un loyer, a mis en place des régulations et des contrôles qui ont bloqué encore davantage le secteur. La loi a été vide de beaucoup de dispositions sous le poids des lobbies. Reste les dispositions qui vont faire fuir les investisseurs. Il y aura moins de logements et plus chers. 
- 4ème exemple, l’ouverture des magasins le dimanche. On a voulu faire plaisir à tout le monde, on a fâché tout le monde. Y compris le conseil d’Etat qui se retrouve accusé très souvent d’avoir mal interprété un décret. 
- 5ème exemple, les taxis. Cette histoire tourne à la farce et provoque la colère.Plutôt que de libéraliser le secteur en multipliant les autorisations et en faisant de fait baisser les prix des licences, on a multiplié les contraintes. Aux dernières nouvelles, le gouvernement n’a pas voulu prendre le risque d’appauvrir les chauffeurs qui avait payés leur plaque très chère. C'est gentil ! Mais il fallait en distribuer, gratuitement à tous ceux qui en avait déjà. Le chauffeur qui avait payé sa plaque 200 000 euros se retrouvait avec disons 4 plaques. Le prix tombait à 50 000 euros, mais comme il en avait quatre, son capital était protégé. Cette opération de libéralisation ne coûtait pas un sou à l’Etat. On a fait tout le contraire, on a renforcé les monopoles et les privilèges. 
- 6ème exemple, la question des inégalités offre un florilège de fausses solutions. S’il y a des pauvres et c’est vrai, mais c’est de la faute des riches. On va donc faire des riches un problème. Alors que c’est l’inverse. Le problème c’est la pauvreté. Pourquoi ? Comment ?  
- 7ème exemple, la question des baisses de dépenses publiques donne lieu à des débats invraisemblables de confusions et d’hypocrisie. Il n'y a que deux solutions pour réduire de façon significative les dépenses publiques et sociales. 
Ou bien, on réduit la rémunération des fonctionnaires (actifs et retraités). Ou bien, on réduit le périmètre de l’Etat et de ses administrations. Le reste, c’est du débat pour énarques inemployés. 

Les exemples sont donc innombrables. Les lois de finances sont pleines de contradictions, la chasse aux exilés fiscaux évite soigneusement le gros gibier, donc elle ne sert à rien. L’amélioration de l’attractivité du site France tel qu'on essaie de la vendre à nos amis étrangers ne servira à rien. La France n’attirera jamais d’usines ou d’ateliers. Mieux vaudrait renforcer la compétitivité pour aller monter des usines dans les pays émergents (C’est là-bas que sont les marchés) et attirer chez nous des laboratoires de recherche et des start’up à haute valeur ajoutée. On pourrait d’ailleurs commencer à attirer et à fidéliser les touristes qui commencent à regarder ailleurs. 

Quand face à des vrais problèmes, le gouvernement est à cours de solutions, y compris des fausses solutions, il nous offre la parade des bouc-émissaires. C’est la faute à l’euro trop fort (bien sûr), aux allemands, à la banque centrale européenne qui ne travaille pas comme la banque centrale américaine (c’est vrai elle ne peut pas faire des subprimes, elle !) aux importations pas assez chères, aux exportations, aux fonctionnaires trop payés, à Bruxelles et ses technocrates, etc. etc.
On  donc un talent très sophistiqué pour éviter la question de nos difficultés. François Hollande fera tout pour convaincre son électorat qu' il faut que chacun range sa chambre et fasse un effort de redressement. Du moins, c’est ce qu'on nous explique. Possible mais peu d’électeurs sont désormais prêt à la suivre.

Cure de désintoxication

Cure de désintoxication

Nous venons de vivre cinq belles journées sur les hauteurs alpines, par moins 5 à10 degrés, dans un hameau perdu, à 2000 mètres d’altitude, avec, faisant office de télévision, d’ordinateur et de radio, un simple poêle à bois. Grand ski dans la journée et le soir, bain de silence à l’exception du murmure des flocons de neige sur les vitres de notre fermette. Il faut se couper du monde de temps en temps, se ressourcer dans la solitude, s’enfuir de la chape de connerie qui submerge la France. J’ai remarqué que la lâcheté et la crétinerie ne s’élèvent que rarement au dessus de 1200 mètres environ et qu’au-delà d’une certaine hauteur, on est à peu près tranquille. Mon ami Henri Guaino a bien raison de dire qu’il ne reconnaît plus son pays. http://unionrepublicaine.fr/henri-guaino-je-ne-reconnais-plus-mon-pays-ma-france/ Le retour à la vie urbaine, hier soir, est brutal, d’une violence inouïe.  Le tribunal de la pensée unique a encore frappé, contre Ivan Rioufol, Elisabeth Levy et Eric Zemmour. http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/02/21/31003-20140221ARTFIG00276-ivan-rioufol-le-commissaire-joffrin-s-est-fait-une-specialite-de-denoncer-les-journalistes-deviants.php. Je trouve cette mode de l’intolérance, du lynchage hystérique envers toute forme de dissidence, voire même de nuance vis-à-vis de l’idéologie dominante, ce refus de l’échange et du débat d’idées, absolument ignobles. Si notre époque était moins cotonneuse, il ne fait aucun doute qu’ils ressortiraient les charrettes, les bourreaux et la guillotine. L’invective, la haine, la violence verbale, les amalgames stupides en guise de procès truqués et de petite Terreur, quand on est à court d’argument, incapable d’aligner deux mots intelligibles et que le sol se dérobe inéluctablement.  

samedi 22 février 2014

Désastre électoral en vue : François Hollande en plein sauve-qui-peut


Tous les gestes et actions du président de la République n’ont désormais qu’une seule ambition : la chasse aux voix, pour éviter la Bérézina qui menace le camp socialiste aux prochaines élections municipales.
un mois du premier tour des élections municipales, c’est la mobilisation générale à l’Elysée pour éviter un désastre dans les urnes pronostiqué par les sondages. François Hollande fait donner toute la machinerie politicienne rodée pendant des années au sein du Parti socialiste et qui lui a permis de se hisser au sommet de l’Etat. Tous ses gestes n’ont désormais qu’une seule ambition : la chasse aux voix, pour éviter la Bérézina qui menace. Ainsi envoie-t-il des signaux aux jeunes par les réseaux sociaux pour les inciter à ne pas rester à l’écart de la consultation de la fin mars. De même, il fait l’éloge de la communauté musulmane qui lui avait apporté ses suffrages en 2012 et risque de se détacher de lui en raison des prises de position sur la famille et l’éducation. Par ailleurs, le Premier ministre a pris l’engagement par écrit de ne pas toucher à la situation financière des fonctionnaires. On pourrait multiplier les exemples dans tous les domaines : refus de changer le statut des intermittents du spectacle, soutien en faveur des chauffeurs de taxis, etc.

Mais là où François Hollande déploie sa stratégie ambiguë avec le plus grand machiavélisme, c’est bien à propos du chantier du pacte de responsabilité et des réformes de structure. Officiellement, tout se met en place à grands renforts de création de comités Théodule. En pratique, tout ce qui concerne les mesures concrètes susceptibles de générer des économies et de froisser certaines catégories de contribuables est mis à l’arrêt pour être reporté au-delà des élections. En revanche, on met l’accent sur la nécessité de connaître au plus vite les contreparties sur lesquelles doit s’engager le patronat, afin de bien ancrer dans l’opinion l’idée que le gouvernement n’a pas l’intention de faire des cadeaux aux riches. Et comme le pouvoir sait que les municipales ne sont que le premier volet d’une chaine de consultations qui pourraient retarder encore un peu plus les réformes, il a pris discrètement langue avec Bruxelles dans l’espoir que l’Europe accorderait de nouveaux délais à notre pays pour se mettre en règle avec les engagements pris mais jamais respectés de réduire son endettement.
Il est vrai que l’on se montre discret en haut lieu sur les dernières statistiques qui montrent que l’écart se creuse entre la France et ses voisins. En février, l’activité du secteur privé a encore fléchi, revenant à son niveau le plus bas depuis neuf mois, alors qu’elle reprend partout ailleurs. L’an dernier, le nombre des faillites a connu un record depuis 2009. Les permis de construire déposés sont en retrait sensible sur 2013, alors que la construction de logements est en baisse régulière depuis deux ans. Par ailleurs, les impôts rentrent mal, alors que les dépenses publiques ne parviennent pas à se stabiliser. Conséquence : le déficit pourrait atteindre cette année 4,3% du produit intérieur brut, ce qui commence à alerter les bailleurs de fonds internationaux. Ainsi, les taux d’intérêt des emprunts à dix ans se redressent depuis quelques semaines. Pour l’instant, l’Elysée continue d’afficher sa doctrine de vivre dans l’instant comme si chaque journée passée était gagnée, alors qu’elle est au contraire un moment de plus perdu pour le redressement du pays, qui ne fera qu’alourdir la facture qui sera présentée un jour aux Français.

François Hollande, un imposteur ?


Dans L’imposteur (Balland), le journaliste Jaques Cotta entend faire le bilan, à mi-mandat, de la présidence de François Hollande en relayant les témoignages recueillis sur le terrain et auprès de nombreux parlementaires.
"Pourquoi la courbe du chômage continue-t-elle de monter alors que le Président annonçait dès les premiers jours de son élection en faire sa bataille N
°1 ? Qui décide véritablement des lois en France ? Les députés ? Le gouvernement ? L’Europe ?"Voici quelques unes des questions que se pose Jacques Cotta dans son dernier ouvrage L’imposteur (Balland).

Bilan de mi-mandat


A quelques semaines des élections municipales et européennes, le journaliste entend faire le bilan, à mi-mandat, de l’action de François Hollande à la tête de l’Etat. Pour étayer son propos, Jacques Cotta s’appuie notamment sur des témoignages recueillis auprès des Français ainsi que sur les révélations de parlementaires de la majorité expliquant les raisons de leur déception face à la politique du gouvernement.

Chômage, compétitivité des entreprises, éducation, décentralisation, souveraineté de la France… sont autant de sujets abordés par l’auteur qui entend partager ici les conclusions de son travail de terrain réalisé auprès des Français.

François Hollande, un président normal ?


A l’approche des échéances électorales, plusieurs ouvrages dressent un premier bilan de la présidence de François Hollande. Parmi les titres récents, on notera l’ouvrage de Cécile AmarJusqu’ici tout va mal (Grasset) dans lequel elle s’intéresse notamment à l’attachement que le chef de l’Etat a toujours exprimé vis-à-vis de sa liberté d’action.

L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident

L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident
Le 21 novembre dernier, des centaines de milliers d’Ukrainiens descendaient dans les rues de Kiev en agitant une forêt de drapeaux nationaux azur et or et autant de drapeaux européens aux mêmes couleurs pour réclamer pacifiquement la démission du président Viktor Yanoukovitch, qui venait subitement de refuser l’accord d’association passé entre son pays et l’Union européenne au terme de longues négociations. Les « pro-européens » souhaitaient qu’il fasse marche arrière et tienne enfin ses engagements internationaux.
Trois mois après, l’Ukraine connaît depuis mercredi un véritable bain de sang dont le bilan exact ne sera jamais rendu public, mais qui a déjà fait en quarante-huit heures plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés dans la seule ville de Kiev. Sur la place Maïdan, la célèbre place de l’indépendance occupée nuit et jour par des milliers d’opposants au régime, les redoutables « berkout », ces hommes de main du régime regroupés en une milice créée au lendemain de la « Révolution orange » et qui n’ont aucun état d’âme pour tirer sur le peuple, cherchent toujours à les déloger par la force. Et depuis mercredi, ils en ont officiellement reçu l’ordre.
Tout doit être réglé avant dimanche prochain 23 février, qui marquera cette année la fin des Jeux olympiques de Sotchi, mais fut célébré pendant des décennies comme la fête de l’Armée rouge.
Il aura ainsi fallu plus d’une trentaine de morts et plus de 300 blessés, bien souvent victimes de tirs à balle réelle des forces de l’ordre, pour la seule journée de mercredi pour que l’Europe – dont rêvaient naïvement des centaines de milliers d’Ukrainiens depuis trois mois – commence enfin à s’émouvoir et à se bouger.
Cette répression sanglante aux images insoutenables de braves gens tirés comme des lapins par des snipers embusqués restera assurément à tout jamais la honte indélébile d’une Union européenne.
A Kiev, ce sont de véritables scènes de guerre civile qui se déroulent au beau milieu de bâtiments en feu, conformément aux ordres de l’apparatchik Yanoukovitch qui – après avoir longtemps tergiversé et joué avec le feu – a décidé mardi dernier d’en finir avec les « terroristes » qui occupent le centre de la capitale ukrainienne, où ils ont érigé des barricades de fortune qu’ils défendent avec les moyens du bord, à coup de pavés ou de coktails Molotov artisanaux.
Mais tous les témoignages des secouristes et infirmiers qui se relaient pour soigner les blessés dans les hôtels environnants, transformés en hôpital de campagne, concordent pour affirmer que les tirs des policiers démontrent leur volonté de tuer.
Poussés à bout par un pouvoir qui n’a plus rien à perdre, les opposants et indignés se sont donc peu à peu radicalisés et transformés en révoltés ou même insurgés eux aussi, prêts à tout pour défendre leur peau, après avoir vu tomber à leurs pieds un frère ou un ami. Et c’est en chantant l’hymne national ukrainien que les insurgés enterrent ou évacuent chaque jour leurs nouvelles victimes tombées au champ d’honneur : plus de 39 morts pour la seule journée de jeudi.
« On peut renverser Yanoukovitch
comme Poutine et Staline en Russie »
C’est dans ce contexte insurrectionnel que Laurent Fabius et ses homologues allemand et polonais, Frank-Walter Steinmeïer et Radoslaw Sikorksi, ont débarqué jeudi à Kiev pour tenter bien tardivement une « médiation européenne » visant à relancer le dialogue entre le camarade Yanoukovitch et trois des leaders de l’opposition, eux aussi visiblement dépassés par les événements. « Nos partenaires européens ont suffisamment fait les médiateurs », lâchait pendant ce temps à Moscou le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, comme pour siffler la fin de la partie ?
A Bruxelles, les vingt-cinq autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis autour de Catherine Ashton, décidaient cependant de répliquer en annonçant une série de sanctions à l’encontre des responsables de cette répression inqualifiable qui seront identifiés. Des sanctions on ne peut plus classiques – et somme toute assez décalées par rapport à l’extrême gravité des événements – comme le gel des avoirs à l’étranger d’un certain nombre de dirigeants ukrainiens, la suppression de visas pour ces mêmes personnes dans l’ensemble de l’Union et le gel de toute livraison de matériel répressif ou de maintien de l’ordre à l’Ukraine.
Autant de sanctions qui ne risquent pas d’impressionner beaucoup Yanoukovitch, qui sait pouvoir compter sur l’appui indéfectible de Vladimir Poutine, son grand allié, dénonçant toujours et systématiquement « l’ingérence » de l’Union européenne dans la crise ukrainienne et une « tentative de coup d’Etat ». Comme si la Russie – elle – respectait la souveraineté de l’Ukraine à la tête de laquelle le Kremlin est plus déterminé que jamais à garder un « homme de paille » que leKGB local « tient par les couilles » pour des affaires de corruption inavouables.
Car la réalité politique ukrainienne est terriblement simple : une poignée d’oligarques et d’apparatchiks corrompus se serrent les coudes et s’accrochent jalousement au pouvoir autour de Yanoukovitch et de son « grand frère » russe auxquels ils doivent tout. Et eux ne lâcheront jamais, même si Yanoukovitch, qui ne cesse de louvoyer depuis trois mois, proposait une « trêve » à l’opposition et laissait à nouveau entendre, jeudi soir, qu’il pourrait finir par accepter des élections anticipées en guise de geste d’apaisement. Mais plus un seul Ukrainien n’y croit et il n’y a plus que les ministres européens des Affaires étrangères pour faire semblant de le croire sur parole et ne pas oser dénoncer cette nouvelle ruse qui ne trompe plus personne.
« C’est avec lui qu’il faut faire, quoiqu’on pense du personnage », avouait d’ailleurs jeudi soir sur France-Info Thierry Repentin, ministre délégué aux Affaires européennes, témoignant ainsi une nouvelle fois de l’extraordinaire impuissance de l’Europe à faire entendre raison à un dictateur que l’on a trop longtemps ménagé, pour ne pas froisser Moscou et Poutine.
Sur l’esplanade des Invalides, où se sont rassemblés jeudi soir plusieurs centaines d’Ukrainiens de France pour dénoncer le « bain de sang » qui se déroule dans leur pays, comme à la sortie de l’église Saint-Vladimir, la paroisse ukrainienne de Paris faisant l’angle de la rue des Saints-Pères et du boulevard Saint-Germain, on faisait moins de diplomatie après avoir longtemps prié avec ferveur et émotion pour les victimes innombrables et innocentes de Maïdan. « Chez nous, on peut résister et renverser Yanoukovitch. Comme Poutine et Staline en Russie », lance une jeune ukrainienne au bord des larmes sous les ovations d’une poignée de compatriotes. Et dans l’indifférence manifeste des Parisiens. Qu’elle est belle, « leur » Europe !

Ambulance diplomatique

Ambulance diplomatique


En Ukraine, aussi, la ligne rouge a été franchie. Le nombre des victimes de la sanglante répression n'a cessé d'augmenter. Plus de 100 morts lors d'affrontements hier matin place Maïdan. Devant ce bilan insupportable, l'Union européenne a dépêché sur place, toutes sirènes hurlantes, son « ambulance diplomatique ». À son bord, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais, chargés d'une difficile mission de médiation pendant qu'à Bruxelles, leurs collègues s'accordaient laborieusement sur la mise en 'uvre de sanctions contre ceux qui ont « du sang sur les mains ».
Mais il y avait dans tout cela une forme de grand écart diplomatique. Comment punir, au moins symboliquement, les responsables de violences sans braquer le président Ianoukovitch et s'interdire tout compromis ? Comment venir au secours des Ukrainiens sans indisposer Moscou et provoquer l'ire de Vladimir Poutine qui, en coulisse, tire les ficelles de la marionnette Ianoukovitch ? Bref, comment sortir du piège dans lequel l'UE s'est enfermée par manque d'anticipation ?
Là s'est située la faiblesse : face à la présidence « musclée » de Poutine, l'UE n'a que trop longtemps opposé une diplomatie anémiée. Impossible de nier le rôle prépondérant du président russe qui, là comme sur d'autres dossiers, impose sa stratégie du « niet » à ses interlocuteurs européens et américain. Et si, d'aventure, devait se dégager une « sortie de crise », il faudra bien en tirer les leçons pour que l'Europe se dote d'une diplomatie et d'une politique étrangère efficientes, agissant avant que ne surviennent les désastres.
La perspective, encore très incertaine, d'élections présidentielles et parlementaires dès 2014 en Ukraine, tiendrait d'ailleurs autant à l'isolement progressif de Ianoukovicth, « lâché » par les oligarques et des députés de sa majorité qu'au « forcing » de l'UE. À quoi il faudrait ajouter les contacts directs d'Angela Merkel et Barack Obama avec Vladimir Poutine, s'accordant pour une solution politique. Il est bien possible que le président russe soit plus réceptif à ces relations parallèles qu'aux sirènes de notre « ambulance diplomatique ».

CHAMP DE COMPLAINTES

CHAMP DE COMPLAINTES


Le Salon de l’agriculture, 51e du nom, ouvre ses portes ce matin. Avec son habituel concert de clichés (la première ferme de l’Hexagone, la campagne qui s’en vient à la ville…) et, à la manière du patinage artistique aux Jeux Olympiques, ses figures imposées. Première d’entre elles, le passage (risqué) ce matin de François Hollande… L’automne dernier, en Auvergne, lors du sommet de l’élevage, le chef de l’État avait été chahuté. Là, il a promis d’aller à l’essentiel… À peine sept heures. Beaucoup moins qu’en 2012 lorsqu’il était en campagne (douze heures) ou bien encore en 2013 pour son premier salon présidentiel (dix heures). Dans son sillon, plusieurs ministres et un troupeau de sujets qui fâchent. Car la manifestation ne se limite pas à l’exhortation de nos verts pâturages et des racines d’une France que l’on dit profonde. Elle pose sur la table des interrogations dont l’écho dépasse le poids réel du monde agricole (à peine 3,3 % de la population active). Un pré carré parcouru par un fort ras-le-bol. Trop de contraintes environnementales, des rapports tendus avec la grande distribution, des difficultés de plus en plus grandes à moderniser l’outil et à transmettre les exploitations… Et l’on en passe. Un vaste champ de complaintes.

Salon de l'agriculture. La 51e édition ouvre ses portes samedi


Au salon de l'agriculture cette année, l'élevage industriel, les OGM ou la traçabilité des produits seront plus que jamais au cœur des débats...

Les nouvelles technologies et l'agriculture urbaine sont les deux thèmes de ce 51e salon qui s'ouvre samedi, en présence de François Hollande. "On voulait sortir de l'image d'Épinal de l'agriculteur car ce n'est pas ça l'agriculture compétitive", martèle Jean-Luc Poulain, président de l'événement.
L'agriculture compétitive ce sont, selon lui, les drones dans les champs qui aident à la gestion des parcelles, des machines agricoles ultra-sophistiquée ou des robots pour nourrir ou traire les vaches. "Si on veut rester dans la cour des grands, il faut s'appuyer sur ces technologies",plaide Jean-Luc Poulain. 

La France recule au niveau mondial

Car si la France reste la première puissance agricole en Europe, elle ne cesse de reculer au niveau mondial, où elle est passée en quelques années du rang de 2e exportateur agroalimentaire au 5e.
Mais comment remonter la pente ? D'un côté, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, croit en l'"agroécologie", certain que respect de l'environnement n'est pas incompatible avec productivité et compétitivité. De l'autre, la puissante FNSEA, syndicat agricole majoritaire, demande du"réalisme". 

La FNSEA veut imposer ses sujets

Le syndicat tient d'ailleurs, ce vendredi, des états généraux pour demander entre autre au gouvernement un allégement des normes environnementales pesant sur les exploitations et une simplification administrative, espérant obtenir des réponses du président de la République dés l'inauguration samedi.
La FNSEA demande par exemple que la simplification des procédures pour la création ou l'extension des porcheries soit accordée à tous les élevages, explique Xavier Beulin, son président. 

Des "fermes-usines" ?

Depuis janvier, les éleveurs de porcs (jusqu'à 2 000 têtes) n'ont plus besoin pour ouvrir ou agrandir une porcherie d'une "autorisation", qui s'accompagnait d'une longue enquête administrative destinée à en mesurer l'impact environnemental. 
Une décision qui a offusqué les organisations environnementales, les rejets nitratés issus du lisier étant considérés comme une cause majeure de pollution des eaux et de prolifération des algues vertes sur le littoral. 
Mais pour les filières d'élevage, qui souffrent économiquement, de telles mesures s'imposent pour se relancer. 
Deux visions de l'agriculture s'opposent également sur le projet de la ferme des 1 000 vaches dans la Somme. Les "paysans" de la Confédération paysanne, les militants de protection de l'environnement et des animaux s'opposent vigoureusement à un projet d'élevage industriel qu'ils qualifient de "ferme-usine". 
Xavier Beulin lui, ne veut pas diaboliser ce type de projets et objecte "que dans une exploitation (plus) grande, on maîtrise mieux les pollutions diffuses". Et puis, affirme-t-il, "on est dans une Europe à 28 et chez nos voisins, il y en a des fermes de 1 000 à 2 000 vaches". 

Consommateurs déboussolés

Et c'est sans compter sur le débat sur les OGM, ravivé cette semaine alors que le gouvernement a bien du mal à trouver un biais juridique pour assurer leur interdiction sur le territoire. 
Au milieu de tout cela, reste le principal intéressé: le consommateur, qui a perdu ses repères face à des fraudes alimentaires de grande ampleur comme l'affaire des lasagnes au cheval l'hiver dernier. 
"Pour rassurer le consommateur et lui donner une visibilité", le logo +Viande de France+"vient d'être lancé et sera un des gros axes de communication au salon", répond Stéphane Le Foll. 

La question des OGM

Il demeure néanmoins que ce logo n'a aucune valeur contraignante et les industriels comme la grande distribution seront libres de l'utiliser ou pas. Car seule Bruxelles a le pouvoir de contraindre les pays européens à la transparence des étiquettes. Or la Commission ne semble pas prête à aller dans ce sens, arguant notamment qu'un étiquetage de l'origine des viandes sur les plats préparés coûterait trop cher.
Stéphane Le Foll, de plus en plus isolé à Bruxelles ne cache pas du coup un certain agacement, estimant qu'après l'autorisation des farines animales pour nourrir les poissons d'élevage, l'autorisation en cours du maïs OGM TC1507 de Pioneer-Dupont, "il faudrait écouter ce que souhaite l'opinion européenne de temps en temps".

La rage aux dents de L’Obs

L’éternel retour des heures les plus sombres


Hier, je lisais Le Nouvel Observateur chez le dentiste. Au milieu d’une pile de Closer, entre deux Automagazine et trois brochures détaillant pour les enfants en bas âge les étapes essentielles du brossage de dents, on trouve toujours un Nouvel Obs caché quelque part. Sa lecture a sans doute un effet immensément bénéfique sur les patients condamnés à patienter en attendant le diagnostic libérateur.
Cette semaine, Laurent Joffrin est épouvanté. Dans son édito que j’ai lu en cherchant à calmer ma rage de dents, il a l’épouvante historique, se référant à Léon Blum découvrant avec horreur en 1933 la tendance néo-socialisto-pré-fasciste incarnée par Adrien Marquet et Marcel Déat. Vous l’avez compris : Léon Blum aujourd’hui, c’est Laurent Joffrin et Marcel Déat, c’est Causeur. C’est bien normal. Laurent Joffrin a des épouvantes de Grande Tradition. Au Nouvel Obs, on pétoche Label rouge s’il-vous-plaît, on a toujours les foies dans le sens de l’histoire.
Le crime reproché à notre bande de flibustiers est d’avoir donné la parole à Dieudonné, en somme d’avoir accordé un entretien à Belzebuth. Personnellement, en lisant son interview, je me suis dit que l’aura du personnage eût été conséquemment diminuée si on l’avait fait parler plus tôt. Je veux dire par là : parler sérieusement, pas camouflé derrière le prétexte du rire et le bouclier du comique, en exposant clairement sa vision des choses, tout à fait édifiante. Cinq pages d’entretien suffisent à démontrer que ce type possède peut-être un certain génie comique mais qu’il ne comprend pas les termes qu’il emploie à longueur de temps, judaïsme, juif, sionisme, tout ceci surnageant dans une bouillie conceptuelle épaisse. On voit qu’il est urgent de lui faire lire les manuels d’histoire et de géographie qu’il confie avoir envie de déchirer car, visiblement, sa vision du monde et de l’histoire est aussi simpliste que lacunaire. À lire cet entretien, j’ai eu vraiment l’impression que Dieudonné était une affaire classée. Il n’est même pas utile de donner tort ou raison à son complotisme délirant, ce type démontre parfaitement bien lui-même qu’il est complètement à côté de la plaque.
Bon, je ne voudrais pas en conclure que Causeur a fait plus œuvre utile que mille éditoriaux de Laurent Joffrin pour rendre à Dieudonné sa vraie dimension. Si j’étais taquin, je dirais même plus que l’indignation de commande des Joffrin et consorts a fait davantage pour la sulfureuse notoriété de Dieudonné – en en faisant un martyr de la liberté d’expression – que mille dossiers de Causeur. Pour s’en rendre compte, il suffisait de le laisser parler. Voilà. C’est fait, passons à autre chose.
Ah, mais on me signale que Laurent Joffrin a toujours l’air épouvanté. Rendez-vous compte, de vils esprits ont pu reprocher à l’Obs d’avoir accolé sur sa couverture Eric Zemmour, Alain Soral et Dieudonné, comme si le journal était coutumier des rapprochements hasardeux… Allons donc. AuNouvel Obs, on adore les listes, c’est comme ça. À défaut de réflexion, on se contente des associations et autres procès d’intention, ça occupe et ça vous meuble un édito aussi sûrement qu’un bon plombage vous renfloue une molaire défaillante. Alors, hop, c’est reparti, Joffrin l’épouvanté refait rapidement le coup du bottin de la fachosphère : Elisabeth Lévy (l’Annie Cordy de la réaction…), Ivan Rioufol (le Carlos du conservatisme ?), Renaud Camus (le Claude François de la xénophobie), Eric Zemmour (le Plastic Bertrand de l’islamophobie), etc. Tout ça pour aboutir aux heures les plus sombres…
Cette manie des associations me rappelle étrangement une nouvelle de Stephen King dont le titre ne me revient pas (si cela dit quelque chose à quelqu’un) mais dont je me rappelle l’histoire : un couple traverse en voiture l’ex-Yougoslavie. Les deux visiteurs échouent dans un village, perdu dans la campagne où ils vont être associés à une étrange coutume locale, vestige du titisme : en grimpant tous les uns sur les autres, les habitants du village et leurs prisonniers (le couple de touristes) forment un être géant, une sorte de version cauchemardesque de l’homme nouveau titiste, formé d’un assemblage de corps humains, qui va affronter le bonhomme géant du village voisin. Je suggérerai bien à Laurent Joffrin d’organiser le même rituel. On pourrait demander à tous les affreux réacs de s’agglomérer pour former une version grandeur nature et suffisamment terrifiante de la bête immonde tandis que la courageuse équipe du Nouvel Obs s’agglomérerait à son tour pour aller combattre le monstre. Imaginez ! Ça aurait de la gueule : le bonhomme Causeur et le bonhomme Observateur en train de se coller des tartines en plein Paris, sur la place de la Concorde, histoire d’en rajouter une louche dans le symbolique ! Ça ferait certainement un carton et ça permettrait de relégitimer de manière spectaculaire « l’humanisme républicain délégitimé » – dixit Joffrin. Evidemment, à la fin les fachos seraient écrasés et le bonhomme Observateur ferait triomphalement le tour de la France pour aller à la rencontre du bon peuple, un peu comme Axel Kahn. Je ne sais si Laurent Joffrin serait moins épouvanté par cette suggestion, en tout cas moi j’ai moins mal aux dents.

vendredi 21 février 2014

AH QU’ELLES SONT JOLIES…

AH QU’ELLES SONT JOLIES…


On ne dira jamais assez les vertus de l’alternance. Car qui d’autre qu’un président socialiste pourrait, à la manière de François Hollande, mener une telle offensive de charme en direction de chefs d’entreprise si souvent vilipendés ? Quasiment une réhabilitation. Après le hug californien (l’accolade au leader des « pigeons »), c’était « petits fours et photo officielle » hier à l’Élysée pour une trentaine d’investisseurs internationaux. Avec, en musique de fond, une ritournelle hésitant entre un slogan de l’Internationale (« Patrons du monde, unissez-vous ») et un tube d’Enrico Macias (« Ah qu’elles sont jolies les entreprises de mon pays »). Étonnant quand on se souvient qu’il y a moins de deux ans, le même homme, alors en campagne, grimpait sur la camionnette des syndicalistes de Florange et déclarait la guerre à la finance mondiale : « Mon véritable adversaire ». Mais bon, l’emphase électorale, ce moment où la politique rêve de sentir le souffle de l’Histoire passer sur elle, résiste mal à l’épreuve du pouvoir. Dans une France en perte d’attractivité mais qui ne peut être coupée du monde, près d’un emploi sur sept dépend de capitaux étrangers. Le salut économique ne connaît donc pas de frontières.

Nuit blanche à l'Elysée


Ils sont deux, six, puis quatre, ou trois, autour du président. Des hommes, uniquement. Une drôle de réunion de travail, foutraque et improvisée, où des ombres passent et repassent, où les portes s'ouvrent et se ferment, comme dans un décor d'opérette. La nuit est tombée depuis longtemps sur le palais de l'Elysée. Au premier étage du « château », ce jeudi 9 janvier, les lumières restent allumées. Et tous affichent des mines fermées, de ces masques qu'on revêt dans les cérémonies funèbres ou lors des catastrophes nationales. Comme si ce soir, au-delà de la « crise » qui les réunit, les conseillers du chef de l'Etat avaient compris que le principal problème de François Hollande, c'était François Hollande lui-même. Et d'une certaine manière, eux aussi.

« L'amour secret du président », dira quelques heures plus tard la « une » de Closer en présentant Julie Gayet à la France entière. Le lendemain, dans les kiosques, des clichés ridiculiseront un chef de l'Etat coiffé d'un casque intégral censé déjouer la vigilance des paparazzis. Même si la rumeur de la publication des photos volées était déjà arrivée à leurs oreilles la semaine précédente, les conseillers du président n'ont pas pu anticiper l'affaire. Le magazine du groupe italien Mondadori avait préparé, pour détourner l'attention, une fausse couverture sur Vanessa Paradis. Aucun des communicants ne doute de la liaison avec l'actrice. Mais, à force d'entendre crier au loup, leur attention s'est un peu relâchée. Le leurre a fonctionné. Il est 21 heures, et personne, à l'Elysée, parmi cet aréopage d'énarques cravatés et de conseillers appliqués, n'a encore été capable de récupérer le numéro funeste. Derrière le bureau du chef de l'Etat trône encore, sur la cheminée, la photo de la victoire à Tulle, le 6 mai 2012, « François et Valérie » chantant main dans la main La Vie en rose. Le secrétaire général de l'Elysée, Pierre-René Lemas, d'ordinaire si souriant, affiche ce soir une mine contrariée et surtout sidérée. Jamais cet ancien préfet de Corse, qui sur l'île avait essuyé des menaces du FLNC et vu sa préfecture mitraillée, n'aurait imaginé que le scoop d'un journal qu'il n'a jamais feuilleté, même chez le coiffeur, le retienne toute une nuit rue du Faubourg- Saint-Honoré.
PEU AVANT MINUIT, L'EXEMPLAIRE DE CLOSER EST LIVRÉ
Près de lui, Aquilino Morelle, qui se flatte de tutoyer le président et fait mine de ne jamais lire les mauvais « papiers », bien qu'il supervise la « com », s'agite pour trouver le magazine. Comme Christian Gravel, l'ancien homme de confiance de Manuel Valls, chargé lui aussi des relations avec les journalistes. Claude Sérillon, autre « expert » chargé de l'image du président (auquel on a toutefois interdit de s'exprimerdepuis son arrivée, un an plus tôt, à l'Elysée, au prétexte que le légendaire et brillant communicant de François Mitterrand, Jacques Pilhan, « ne parlait jamais »), se tient debout, en retrait. Stéphane Ruet est aussi de la partie. Le photographe a signé avec Valérie Trierweiler l'album photo amoureux de la campagne de 2012 – le cliché qui leur fait face sur la cheminée, c'est le sien.
Même lui, l'ancien chasseur d'images de Sygma recruté par la présidence, l'ex-baroudeur qui « planquait » autrefois au pied du fort de Brégançon pour surprendre Jacques Chirac au réveil et connaît les manières de ses anciens confrères, a été rassuré par les SMS de la directrice de Closer, Laurence Pieau. Alors que l'hebdomadaire est déjà sous enveloppe dans les centres postaux partout en France, que des rédactions et des élus savent ce que les paparazzis ont réussi àsaisir, que, dans l'après-midi, le président s'est fait raconter par quelques députés amis les grandes lignes – les grandes images, plutôt – du scoop sacrilège, l'Elysée attend. Ce n'est qu'un peu avant minuit qu'un motard déboule dans la cour de l'Elysée. Il porte à Aquilino Morelle, qui s'impatiente sur le gravier, le numéro blasphématoire. Le conseiller s'est résolu à appeler son ami Manuel Valls, qui a lui-même téléphoné au préfet de police de Paris. Le président obligé de quémander le magazine people qui l'humilie auprès de ce ministre de l'intérieur plus populaire que lui !
AUCUN REPROCHE AU PRÉSIDENT
Vingt fois, depuis un an et demi, son cercle de communicants est venu lui faire part de la « rumeur ». François Hollande a souri et changé de sujet devant les uns, nié devant d'autres. Le président, apparemment, veut croire que l'époque où François Mitterrand pouvait garder secrète pendant vingt ans l'existence d'un enfant n'est pas tout à fait terminée. Pas davantage cette nuit qu'auparavant, ses conseillers n'oseraientfaire reproche de son imprudence au chef de l'Etat. Y songent-ils seulement ?
Depuis dix-huit mois, de toute façon, chaque fois qu'un cafouillage, qu'une polémique inutile, qu'un revirement politique vient écorner un peu plus la popularité du pouvoir socialiste, la petite cour des communicants pointe le doigt vers Matignon en levant les yeux au ciel. C'est là, disent-ils, qu'est le désordre, l'absence de sens politique, la faute. Jean-Marc Ayrault n'ignore pas que le travail interministériel est décousu, que les cabinets de ses ministres sont parfois bien novices.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il a commandé en septembre à Alain Christnacht, un conseiller d'Etat passé par le cabinet de Lionel Jospin, un rapport qui recense tous les dysfonctionnements du gouvernement. Le document confidentiel a été transmis « pour information » à Sylvie Hubac, la directrice de cabinet du chef de l'Etat. « Un brûlot contre Matignon ! », ont aussitôt assuré aux journalistes les communicants de l'Elysée, après en avoir parcouru une copie. Dedans, pourtant, les critiques ne sont pas neuves : trop de ministres, trop de réunions interministérielles, des cabinets trop peuplés.
« COMPORTEMENT EXEMPLAIRE »
voici les 6 conseillers qui ont entouré le président lors de la nuit qui a précédé la parution du scoop de Closer. De gauche à droite, Christian Gravel, chargé des relations presse; Claude Sérillon, expert de l'image du président; Aquilino Morelle qui supervise la communication; Pierre-René Lemas, secrétaire général de l'Elysée; l'avocat du président Jean-Pierre Mignard qui est aussi le parrain de ses enfants, et enfin Stéphane Ruet, auteur du cliché du couple présidentiel dansant sur «La vie en rose» le soir de la victoire à Thulle.
Ce jeudi soir, c'est pourtant bien à l'Elysée même que ça « dysfonctionne ». Et que François Hollande improvise cette étonnante réunion de crise nocturne dans son bureau. Tout ce qui arrive contrevient à la ligne que le candidat socialiste s'était fixée durant la campagne. Comment faire, quand il n'a jamais cessé, ces cinq dernières années, de reprocher à son adversaire, Nicolas Sarkozy« cette confusion du privé et du public que les Français ne supportent plus » ? Dans sa célèbre anaphore, le 2 mai 2012, n'avait-il pas promis pour lui-même : « Moi, président, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire » ? Il se voulait l'exact opposé de son prédécesseur, « ce président “m'as-tu vu” » qui transformait, cinglait-il, les Français en « voyeurs ».
Ils y pensent tous, évidemment. Mais tout haut, on ne s'indigne que contre Closer. Comment cette patronne people ose-t-elle ? On invoque toujours un improbable complot dans les situations trop gênantes. Rien de tout cela, pestent-ils, ne serait arrivé sous Nicolas Sarkozy. Ce soir, la petite cour réunie autour de François Hollande fait aussi semblant de croire qu'il s'agit d'une « affaire privée qui se règle en privé », comme le dira plus tard le président. C'est pourtant tout l'Elysée qui veille, à minuit passé, pour gérer le « cas Valérie ». Le seul homme venu de l'extérieur rejoindre l'équipe est un ami de la famille, Jean-Pierre Mignard, le parrain des enfants Hollande. L'avocat du président explique qu'il n'est pas question de porter plainte contre le magazine : si quelqu'un doit le faire, c'est Julie Gayet.
Pour le reste, Me Mignard se contente d'observer, à la dérobée, ces hommes empressés censés conseiller son ami chef de l'Etat. « Il ne faut pas qu'ils m'enferment », a souvent glissé le président à ses amis en évoquant ses collaborateurs. Moyennant quoi, il les consulte sans toujours les suivre, les contourne sans jamais les renvoyer, les déplace dans un organigramme dont les micromouvements restent indéchiffrables, même parmi ceux qui, à l'extérieur, parlent le plus couramment le « hollandais ». N'empêche : ils restent son meilleur public. Et c'est de ça qu'il a besoin ce soir.
DEPUIS L'ÉTÉ, « VALÉRIE » NE TIENT PLUS TOUT
Il y a toujours des moments délicats dans la vie d'une cour, ces instants fugitifs où le pouvoir vacille et où il faut choisir le bon camp. Si l'air est lourd, cette nuit, c'est que, à quelques pas du bureau où se prépare un communiqué pour l'AFP, dans l'aile dite « de Madame », se trouve Valérie Trierweiler. Ils la connaissent bien. Certains, comme Stéphane Ruet, lui doivent même leur promotion. Ils l'ont accompagnée de leurs prévenances durant toute la campagne présidentielle. Et Dieu sait les efforts qu'ils ont faits pour lui plaire ! Ils craignent ses colères. A leurs postes d'observation, ils ont noté les premiers, avec cette fois un sens aigu de l'anticipation, les prémices de la disgrâce.
Depuis l'été, « Valérie » ne tient plus tout. Aquilino Morelle a croisé, un soir, bien tard, dans un couloir, l'ami de trente ans du président, Julien Dray : tiens, tiens, malgré les oukases de la journaliste, voilà cet ostracisé qui revient discuter avec François Hollande en passant par la grille du Coq de l'Elysée. Tant mieux, se sont-ils dit, il déteste Jean-Marc Ayrault… Le président a aussi convoqué par la grande porte l'ancien journaliste Claude Sérillon. Celui-là même qui recommandait dans une note que « Valérie » ne possède pas de bureau à l'Elysée. Avec un brin de perversité, François Hollande l'avait montrée à sa compagne outrée. Ils ont surtout noté, depuis septembre, cette manière que leur patron a de retirer sa main lorsqu'elle cherche à la saisir en public. Et quand elle a choisi de convier Ségolène Royal à la projection privée du film Yves Saint Laurent, en décembre, ils ont compris qu'elle cherchait à renouer avec la présidente de la région Poitou-Charentes, comme si elle avait enfin compris que sa jalousie était sans objet.
BEAUCOUP CONNAISSENT JULIE GAYET
Parmi les socialistes, beaucoup connaissent Julie Gayet. Le vice-président chargé de la culture à la région Ile-de-France, Julien Dray, a partagé plusieurs Festivals de Cannes avec elle : l'actrice lui a même assuré qu'elle avait milité aux Jeunesses communistes révolutionnaires et porté la petite main jaune de SOS-Racisme, l'association qu'il a fondée. Le maire de Dijon, François Rebsamen, a dîné en sa compagnie lors des Rencontres cinématographiques de la cité bourguignonne. La comédienne a même accepté de tournergracieusement pour Touria Benzari, une des collaboratrices dijonnaises de l'édile, dans un court-métrage, Rock'n Bled, suite d'un premier film nommé… Mariage blues.
Julie Gayet est aussi la fille de celui qu'au PS on appelle « Brice ». Depuis des années, les socialistes consultent ce professeur de chirurgie digestive pour leurs proches. Brice Gayet a d'ailleurs connu Aquilino Morelle au cabinet de Bernard Kouchner, et Jérôme Cahuzacest un ami de jeunesse : il a suivi ses études de médecine avec lui.
En attendant de savoir avec certitude où le vent tournera, le petit groupe des conseillers est parti dîner au restaurant. François Hollande, lui, cherche comment éviter le scandale qui couve. Il sait que l'humiliation planétaire qu'il inflige à sa compagne va lui valoir le pire. Il craint les éclats publics alors même qu'il a programmé, cinq jours plus tard, la conférence de presse qui doit lui permettre de reprendre la main. « Valérie » vient de faire un malaise. A 2 heures du matin, il appelle à la rescousse de vieux amis discrets.
Le premier coup de fil est pour Brigitte Taittinger, la directrice de la stratégie et du développement de Sciences Po et l'épouse de son ami Jean-Pierre Jouyet. Le couple présidentiel a partagé avec eux la soirée de Noël. L'ancienne présidente des parfums Annick Goutal est une femme, elle saura parler à « Valérie ». Puis, il téléphone à sonconseiller santé, le professeur de neurologie Olivier Lyon-Caen. Lui aussi était au petit réveillon du 24 décembre organisé quinze jours plus tôt chez les Jouyet. Ancien conseiller de Lionel Jospin, le médecin est à la fois un politique et un tenant scrupuleux du secret médical.
À 5 HEURES : HOSPITALISATION DE VALÉRIE TRIERWEILER
Ce sont eux qui vont se rendre à l'Elysée, où le président poursuit sa nuit blanche, pour organiser, à 5 heures du matin, l'hospitalisation de Valérie Trierweiler à la Pitié-Salpêtrière. La compagne, défaite, doitquitter le Palais, comme une discrète exfiltration qui ne dirait pas son nom. Seuls le directeur de l'hôpital, Serge Morel, le chef du service de psychiatrie, le professeur Roland Jouvent, et deux infirmières ont été mis dans la confidence. Le directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, est tenu à l'écart. Paris dort encore lorsque Brigitte Taittinger conduit la compagne du président à l'hôpital, dans sa voiture. Valérie Trierweiler qui, dans le désordre du départ, avait oublié son sac et ses téléphones, a insisté pour qu'on remonte les luichercher.
Dans cette nuit qui s'étire, les conseillers repassent dans leur tête ces photos du président, « shooté » à l'arrière d'un scooter en compagnie de ces deux gardes du corps qu'ils ont vus tant de fois au PS et dans le sillage du candidat. Ils savent confusément combien ces clichés lui ressemblent. Depuis toujours, François a aimé se faufiler entre lesvoitures, insaisissable. Premier secrétaire, c'est ainsi qu'il venait à Matignon rencontrer Lionel Jospin, en 1997. Cet homme qui cloisonne a gardé la conviction qu'au fond, avec un deux-roues, un portable et deux hommes de sécurité, il pouvait régler seul l'essentiel. En 2012, c'est sur un scooter qu'il dirigeait sa campagne, bien loin de la Rue de Solférino, où il ne passait jamais, mais aussi de son QG.
ON NE SAIT JAMAIS VRAIMENT QUI COMPTE POUR HOLLANDE
Depuis qu'il est élu, le président continue à mener presque tout en direct et seul. « Je préfère le faire que le faire faire », dit-il souvent. Il garde pour lui le secret de nombreux rendez-vous. Malgré les promesses de ne pas se mêler de la vie de son parti, il a rencontré des candidats aux municipales et aux européennes. Seul Pierre-René Lemas sait qui il reçoit dans son bureau, au grand dam du reste des conseillers. Un ancien de la promotion Voltaire, Jean-Marc Janaillac, a montré au président la lettre d'un collaborateur assurant que le chef de l'Etat ne pourrait pas lui remettre en personne sa Légion d'honneur. « Appelle-moi directement, plutôt que de passer par eux », a glissé François Hollande avant de charger son secrétariat d'organiser la cérémonie pour son ancien condisciple.
On ne sait jamais vraiment qui compte pour Hollande, qui sont ses amis ou pas. Ce soir, au restaurant, une vague inquiétude les étreint de l'avoir vu si neutre, auscultant les aspects techniques du scandale comme s'il s'agissait d'un dossier. « J'ai les nerfs tout à fait froids », avait lâché le chef de l'Etat à la télévision, il y a un peu moins d'un an. Aucun n'a oublié comment, après la victoire, il a abandonné le précieux François Rebsamen et presque oublié Stéphane Le Foll, l'homme qui l'avait accompagné durant sa traversée du désert. « C'est ta différence avec Mitterrand », lui avait lâché Rebsamen après avoir constaté qu'il n'était pas du gouvernement. Que veut dire « fidèle », « ami », « proche » pour le président ?
Quatre jours plus tard, le 14 janvier, a été programmée la conférence de presse de rentrée si attendue où François Hollande doit annoncerson vaste plan d'aide aux entreprises. Ce doit être le début de son opération reconquête. Sur le fond, le plan a été bouclé sur les chapeaux de roue, dans un mélange de détermination générale et d'improvisation sur les détails, notamment sur les fameuses contreparties qui devront accompagner les cadeaux aux entreprises et dont personne, ni à l'Elysée ni à Bercy, n'est encore capable de dire ce qu'elles pourraient recouvrir. Sur la forme – mais qui s'en aperçoit ? –, le décor est brinquebalant. Le président s'agacera plus tard d'avoir dû «tenir pendant deux heures » la paroi gauche de son écritoire, arrangée à la hâte par une équipe de communicants amateurs. Sur le pupitre figure l'adresse @elysee-fr, qui renvoie en fait à un compte parodique de l'Elysée sur Twitter.