dimanche 1 juillet 2012
Les premiers bugs du quinquennat d'Hollande
Le géant américain de la vente en ligne a choisi la Saône-et-Loire pour installer son troisième centre de distribution sur le territoire, annonçant ainsi la création de plusieurs centaines d'emplois dans cette région sinistrée. Mais à quel prix ? Entre autres, celui de consolider un peu plus ce prédateur qui déstabilise l'industrie du livre en France.
Hausse du Smic de 2% : le prix de la mondialisation, par Laurent Pinsolle - Blogueur associé
Michel Sapin, ministre du Travail, a annoncé, le 26 juin, une hausse du Smic de 2%. Le «coup de pouce» promis par François Hollande prendra effet dès le 1er juillet. Déception pour les syndicats, qui espéraient une revalorisation plus élevée, et pour Laurent Pinsolle, notre blogueur associé, qui déplore les ravages de la mondialisation.
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| Foutriquet 1er faisant le clown à l'Elysées |
Manifeste pour une vraie hausse du Smic, par Gérard Filoche
De même que la CGT et FO, Gérard Filoche considère que la hausse du Smic de 2% est insuffisante. Il explique pourquoi il est urgent d'augmenter les salaires pour permettre la relance.
Comment la gauche troque le social contre le néolibéralisme, par Laurent Pinsolle - Blogueur associé
La gauche n'est plus ce qu'elle était. C'est le constat fait par Laurent Pinsolle, notre blogueur associé, qui s'appuie sur des articles du Monde pour dénoncer les vices, selon lui, de «cette gauche avocate du néolibéralisme».
Exclusif : pourquoi Nicole Bricq a été mutée, par Hervé Nathan
Le changement de ministère de l'ex-sénatrice socialiste a été expliqué en catimini, par une histoire d'irrespect à l'égard du Premier ministre. En fait, l’ex-ministre de l’écologie a rendu service à Arnaud Montebourg en engageant un bras de fer avec la compagnie Shell dont le véritable enjeu est l’avenir de la raffinerie Petroplus en Normandie.
Il est où le changement ? Par SuperNo - Blogueur associé
Smic, finance, croissance, Europe... Pour notre blogueur associé SuperNo, la «gauche» au pouvoir ne changera... rien. Une seule issue pour éviter l'élection d'un Fillon ou d'un Copé en 2017, l'insurrection populaire.
Le monde irénique de Christiane Taubira, par Philippe Bilger - Blogueur associé
Le garde des Sceaux serait-elle trop prudente ? Après avoir lu l'interview de Christiane Taubira paru dans le Parisien vendredi, Philippe Bilger, notre blogueur associé, s'inquiète du sort qui sera réservé au monde judiciaire.
Ailleurs sur le Web
L'augmentation de 2% décidée par le gouvernement suscite la déception de Force Ouvrière, de la CGT, du Front de gauche et des représentants des petites entreprises.
Amazon : entre l’emploi et le fisc, Montebourg a choisi, par Rue89
Le ministre du Redressement productif salue l’installation d’Amazon en Bourgogne... même si le groupe échappe en grande partie à l’impôt en France.
Hausse du Smic : les salariés mitigés, les patrons horrifiés, par le Nouvel observateur
L'impact réel de l'augmentation du salaire minimum reste encore difficile à mesurer. Mais il ne fait pas l'unanimité dans le monde du travail.
Stéphane, Valérie et François, par le Monde
Ce devait être «simplement» le livre d'un photojournaliste qui a suivi l'ascension de François Hollande. Mais rien n'est simple avec Stéphane Ruet, et surtout pas la promotion de son livre François Hollande président.
Les Européens malades de la crise
L'Europe, en crise, souffre physiquement et psychiquement. En
Grèce, un employé de banque d'une quarantaine d'années s'est tué, jeudi
28 juin, en se jetant du haut de l'Acropole. Un acte qui rappelle celui
d'un septuagénaire, qui s'était tiré une balle dans la tête, en
avril, sur la place Syntagma, également à Athènes. Son suicide devant le
Parlement avait suscité l'émoi des Grecs
confrontés à une crise sans précédent. Mais ces passages à l'acte
dépassent le seul territoire hellène. La déprime des Européens se
généralise. FTVi dresse un état des lieux.
• Une tendance à la hausse
Peu
d'études prouvent une corrélation entre dépression économique et crise
psychologique des populations. Mais certains chiffres mettent en
évidence une relation entre ces deux données. Dans une enquête publiée
en juillet 2011 (synthèse en anglais), la revue scientifique et médicale britannique The Lancet s'est ainsi intéressée à l'évolution du taux de suicide dans dix pays de l'Union européenne, sur la période 2000-2009.
Le
résultat montre une hausse de 7% des suicides en 2008 pour six des plus
plus anciens membres de l'UE (Autriche, Finlande, Grèce, Irlande,
Pays-Bas et Royaume-Uni). Il révèle aussi que le taux de suicide est
plus haut dans des pays concernés par des problèmes économiques accrus.
Ainsi, la Grèce et l'Irlande pâtissent des chiffres les plus élevés :
17% et 13% respectivement. Sur cette infographie, on note que les taux
de suicide et de chômage augmentent de façon parallèle.
• La détresse grecque
Dans le quartier de Perama, à quelques kilomètres d'Athènes, les médecins voient défiler les patients déprimés. "Beaucoup nous confient vouloir se suicider", explique le docteur Aspasia Michalakis, qui s'efforce de les aider et d'activer les réseaux amicaux ou familiaux. Cette détresse est une réalité : les suicides augmentent en Grèce, comme le révèle ce reportage de France 2. Chez les hommes, le taux a ainsi bondi de 24% entre 2007 et 2009, selon les statistiques officielles.
• L'Italie déprime aussi
La Grèce n'est pas seule dans la tourmente. L'Italie connaît elle aussi une importante vague de suicides dus à la crise économique. Depuis le 1er janvier 2012, leur nombre s'élève à 23, selon le syndicat d'artisans et de petits entrepreneurs (CGIA). Depuis le début de la crise, ils auraient augmenté de moitié, assure le New York Times. Le quotidien cite 187 cas en 2010, contre 123 en 2005.
Les difficultés économiques frappent de plein fouet les petits entrepreneurs, les artisans ou les chômeurs (362 d'entre eux se sont suicidés en 2010). Ces derniers mois, de nombreux décès ont choqué la population. Pour enrayer la crise, psychologique cette fois, le gouvernement a donc mis en place, début juin, un réseau d'aide dans le pays.
• La santé, première victime de l'austérité
L'austérité a un prix : celui de la santé, dont le secteur subit d'importantes coupes budgétaires dans les pays de la zone euro. Le gouvernement espagnol prévoit ainsi d'économiser 7 milliards d'euros en faisant payer les médicaments aux retraités. Ils ne payaient rien jusque-là, rappelle L'Expansion, qui insiste sur le mécontentement provoqué par cette mesure.
Mais en Grèce, la situation économique de la population provoque un cercle vicieux dommageable aux pharmacies, aux hôpitaux et, en bout de chaîne, aux patients. Les officines attendent en effet que l'Etat leur remboursent plusieurs millions d'euros. Résultat : elles se voient dans l'incapacité de régler leurs fournisseurs. Les pharmaciens refusent donc désormais d'avancer les médicaments aux patients couverts et à ceux qui doivent les payer eux-mêmes. Le problème inquiète, et pour cause : "Certains [patients] ont été obligés d'interrompre leur chimio", affirme George Samati, vice-président de l'Association des Malades atteints du Cancer, au Nouvel Obs.com. De quoi dégrader un peu plus le bien-être des habitants.
"RTL Opinion" - Nicolas Beytout : l'Europe l'a... par rtl-fr
La redevance pourrait être étendue aux écrans d'ordinateurs
Aurélie Filippetti a annoncé samedi 30 juin que le gouvernement
examinerait en 2013 une possible extension de la redevance audiovisuelle
aux écrans d'ordinateur afin de sécuriser les moyens alloués à
l'audiovisuel public. Cette taxe ne s'appliquerait qu'aux foyers n'ayant
pas de télévision et ne viendrait pas s'ajouter à la redevance déjà
existante, a précisé sur RTL la nouvelle ministre de la Culture.
"Est-ce
qu'il faut étendre la redevance à des écrans (d'ordinateur) quand on
n'a pas de télévision ? C'est une question qui se pose, mais ça serait
une redevance évidemment par habitation, on ne paiera pas une redevance
(en plus) si on a un ordinateur et une télé", a-t-elle ajouté.
Une telle disposition avait déjà été votée par le Parlement en 2009,
avant d'être finalement rejetée avec l'adoption finale. L'auteur de
l'amendement, l'ancien député Jean Dionis du Séjour, avait évalué à 50
millions d'euros les rentrées fiscales supplémentaires que pouvait
engendrer l'adoption de son texte.
"Faut-il étendre la redevance aux écrans quand... par rtl-fr
Grâce à eux, les astéroïdes ne nous tomberont pas sur la Terre
Les astéroïdes, des débris laissés par la formation du système solaire il y a 4,5 milliards d'années, représentent un potentiel scientifique et économique car ils contiennent les matériaux originaux du système solaire et pourrait aussi être riches en matières premières. La Nasa prévoit d'envoyer des astronautes sur un astéroïde au cours de la prochaine décennie. Il faudra environ cinq ans pour achever la construction et les tests de Sentinel pour qu'il soit prêt à être lancé en 2017 ou 2018. La lanceur de choix est le Falcon 9 de SpaceX qui a lancé avec succès le mois dernier la capsule Dragon vers l'ISS qui a été le premier vaisseau privé à s'amarrer l'avant-poste orbital avant d'effectuer un retour réussi sur Terre.
Un plan de lutte contre les délocalisations
Bercy veut renforcer la fiscalité sur les filiales étrangères de
sociétés françaises. Peu importe de perdre de gros contribuables,
l’essentiel est de punir.
C’était une promesse du candidat Hollande. C’était même la promesse
de tous les candidats : lutter contre les délocalisations. Il y a à cela
deux méthodes : l’une consiste à libérer les entreprises françaises de
leurs chaînes fiscales, sociales, réglementaires, c’est celle que
personne n’envisage sérieusement ; l’autre est de traquer et de punir.
L’avantage pour les Français est de bénéficier des conditions sociales (salaire et droit du travail) et fiscales moins rigoureuses que celles qu’elles subissent en France. Pour la fiscalité, le gouvernement va mettre un terme à ces montages. Désormais les profits, dividendes et transactions réalisés à l’étranger seront soumis à la loi fiscale française. Voilà qui remet sérieusement en cause la stratégie des groupes français consistant à expatrier une bonne partie de leur production en Chine, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Inde, etc.
Quelle sera la réaction des entreprises françaises ? On dit le groupe PSA particulièrement concerné par la question ; de quelle défense dispose-t-il ? Ce qui est à craindre c’est l’effondrement de ces sociétés, alors que les Allemands, Japonais, Chinois et autres ne se privent pas de jouer sur le « dumping fiscal ».
La classe politique ne comprend pas que pour sauver quelques milliers d’emplois en France il faut accepter de créer quelques emplois à l’étranger. Un travailleur roumain chez Dacia ne prend pas la place d’un travailleur français chez Renault, il garantit la survie de Renault en France.
Mais à Bercy comme à Matignon, peu importe de perdre de gros contribuables, l’essentiel est de punir.
Merkel : défaite, ou victoire tactique ?
Ça ne va pas prendre longtemps avant que les marchés ne se
rendent compte qu'il ne va pas y avoir de versements sérieux d'argent
aux banques espagnoles avant l'année prochaine, et encore, sous les
conditions les plus strictes.
Il n'y a pas 24 heures que j'ai écrit ma première réponse
au Conseil Européen, pour me retrouver immédiatement fermement
contredit par le torrent des médias. Mais maintenant, nous avons un
commentateur dans le Spiegel qui revient sur ses réflexions.
Il s'agit de Christian Rickens, chef du département économie au
Spiegel Online, qui a passé en revue les idées reçues, et décidé que la
"défaite" de Merkel n'en est pas du tout une. C'est bien, décide-t-il,
une "victoire tactique".
Permettre les prêts directement aux banques Espagnoles, affirme-t-il,
est une concession raisonnable, puisque ça n'a vraiment aucun sens de
prêter de l'argent bon marché à l'Espagne pour sauver ses banques, alors
que ça ne ferait qu'augmenter la dette souveraine du pays, et ferait
monter les taux d'intérêts que devrait payer Madrid pour émettre de la
nouvelle dette.
Mais il relève également ce qui n'était évident que pour ceux qui
avaient réellement lu la déclaration, "que l'aide commencera seulement à
couler en direction des banques quand un mécanisme de supervision
bancaire européen effectif, sous les auspices de la BCE, aura été mis en
place". Et, écrit Rickens, "ça va prendre du temps".
Avec une évidente compréhension de la politique, Rickens observe
ensuite que Monti et Rajoy sont les alliés de Merkel pour sécuriser les
réformes, à tel point qu'ils font face à une forte résistance à la
maison. En Italie, cependant, les élections sont prévues pour le
printemps prochain. De ce fait, il était vital que Merkel laisse Monti
porter un coup ou deux.
De ce fait, la "victoire" de Monti était du théâtre pour les masses,
et comme les sots ignorants et crédules qu'ils sont, les journaleux sont
tombés dans le panneau, ayant avalé l’hameçon, la ligne et le bouchon. Le parallèle avec le football était l’appât, et ils ont mordu sans que le moindre neurone ne s'allume en eux.
Graduellement, certains commentateurs commencent à réaliser
qu'ils se sont fait avoir. Ça ne va pas prendre longtemps avant que les
marchés ne se rendent compte qu'il ne va pas y avoir de versements
sérieux d'argent aux banques espagnoles avant l'année prochaine, et
encore, sous les conditions les plus strictes.
D'autres vont alors réaliser, comme c'est déjà le cas de certains,
que les fondamentaux n'ont pas le moins du monde changé, et que les
"collègues" ont vendu le passe-partout, en esquivant le fait de pousser
des mesures qui auraient exigé un changement des traités.
Ensuite, les marchés vont se réveiller, et nous serons de retour dans
la spirale de la mort dont Herman Van Rompuy dit essayer de sortir,
sans rien faire de réel pour améliorer la situation.
Au moins, cependant, Merkel peut dormir heureuse sur ses deux oreilles. Elle a son pacte fiscal ratifié
au Bundestag, et son MES, par une majorité massive. Sur 604 votants,
493 ont voté pour le MES, 106 contre, et 5 se sont abstenus. À peu
d'exceptions près, les partis de sa coalition, CDU/CSU - FDP, et
l'opposition SPD - Verts, ont tous voté pour le pacte. Die Linke
(équivalent, et inspiration, du FdG en France, NdT) a voté contre.
Avec malice, certains dans l'opposition avaient, plus tôt, appelé à un délai supplémentaire, et les chiffes molles de médias avaient gobé leur propre propagande et cru que Merkel avait vraiment des problèmes.
Avec des Unes comme celle-ci,
cependant, les leçons qui nous parviennent avec une clarté absolue,
sont que les seuls gens à qui nous avons à faire encore moins confiance
qu'aux politiciens sont les journalistes, qui nous relatent leurs faits
et gestes. Cette semaine, il ont coulé encore plus bas.
Doudou vaudou : ce téléphone portable qui enflamme les incivilités
La RATP a lancé une campagne contre les incivilités dans le métro. Un sondage recensant les réponses de près de 4 000 franciliens indique qu’une utilisation abusive du téléphone portable (musique trop forte, conversations à un niveau d’écoute trop haut) arrive en tête de celles-ci. Alors que c’est probablement l’objet le plus démocratisé, le téléphone portable répond-t-il a des codes spécifiques en public ?
Pourquoi l’autre vit aussi mal cette exposition à l’intimité de son voisin, surtout à notre époque on l’on s’entend pour dire que la vie privée n’existe plus ?
Comment expliquer que le téléphone portable se soit imposé aussi vite comme un accessoire indispensable ?
Quelles conséquences cette présence du portable ont-elles sur le lien social ? Le détériorent-elles comme on a souvent tendance à le penser ?
samedi 30 juin 2012
L'Espagne et l'Italie doivent modérer leur enthousiasme alors que Paris a le succès modeste et que les concessions limitées d'Angela Merkel lui causeront plus de soucis en Allemagne que parmi les Vingt-sept. La première économie européenne dont les performances à l'exportation sont enviées est aussi le premier contributeur aux mécanismes de solidarité. On comprend qu'elle stimule ceux qui n'ont pas entamé les réformes structurelles indispensables à leur rétablissement dans la zone euro. Il est très facile de montrer Berlin du doigt, d'identifier la paille dans l'œil de notre partenaire en oubliant la poutre qui nous aveugle. Il faut cesser d'ausculter sans cesse le couple franco-allemand et de lui prendre la tension pour mieux identifier les temps de crispation. Ils font partie du scénario de la négociation même s'ils exaltent les europhobes et les euro-attentistes. En redisant qu'avec le président de la République, les choses se passent normalement, la chancelière n'idéalise pas la relation actuelle en raison d'appréciations et d'analyses différentes sur la manière de s'extraire du marasme mais, elle atteste que le tandem est bien sur ses roues et que l'un des équipiers ne pédale pas contre l'autre.
Les Etats-Unis d'Europe sont-ils vraiment notre avenir ?
Pour assurer l’irréversibilité de la monnaie européenne, il va bien falloir en passer par une mise en commun des décisions budgétaires des États membres de la zone euro, par une solidarité financière de fait entre États de cette dernière, et sans doute à terme par une pratique réellement fédérale de la part de la Banque centrale européenne.
Le sommet européen de jeudi et vendredi est-il selon vous un succès ou un demi échec ?
On peut se sentir, ou non, attaché à l’Union européenne ; on peut vouloir conserver l’euro comme monnaie - ce qui semble bien être le cas de la majorité des Européens concernés -, mais peut-on se sentir attaché à une Fédération de l’euro, dont les contours ne possèdent aucune justification du point de vue symbolique, historique, moral. En pratique, une Fédération de l’euro voudrait dire que les Français ou les Allemands seraient plus prêts à partager des éléments essentiels de leur souveraineté nationale avec les Slovaques et les Estoniens qu’avec les Tchèques et les Lettons.
Je défie pourtant quiconque de trouver une raison censée à une telle priorité accordée aux uns sur les autres. Si la zone euro gardait son périmètre actuel, la Fédération de la zone euro aurait donc une ampleur géographique sans aucune symbolique possible, sans aucun précédent historique, surtout sans autre projet commun que le sauve-qui-peut face à la crise des dettes publiques. Saurait-on mieux dire alors que l’euro resterait définitivement un projet économique, dépolitisé, technocratique ? Certes, on peut imaginer que, conformément aux traités européens déjà signés, tous les États membres de l’Union européenne qui s’y sont engagés rejoignent à terme la zone euro. Or, vu la faible justification économique que la plupart des économistes lui accordent désormais, on peut sérieusement douter que d’autres gouvernements soient tentés de la rejoindre. Si, en plus, la zone Euro se met à souffrir d’une « décennie perdue » à la japonaise, alors que les autres États européens en viennent eux à sortir réellement de la présente crise économique, la Fédération de l’euro n’aura guère de pouvoir d’attraction sur les autres États membres.
Que pensez-vous de l'amorce d'une fédéralisation en Europe, qui pourrait mettre de côté tout ou partie des attentes des populations ?
Christophe Bouillaud : Tous les grands partis politiques au niveau européen (chrétiens-démocrates et conservateurs, libéraux, socialistes, écologistes) se déclarent au fil de cette crise en faveur d’une telle évolution fédérale, en particulier par la voix de leurs leaders au sein du Parlement européen. Les partis nationaux rattachés à ces grandes fédérations transeuropéennes peuvent certes être plus ambigus en pratique, surtout lorsqu’ils sont aux affaires de leurs pays respectifs, mais il n’aura cependant échappé à personne que les gouvernants, issus de ces mêmes partis dominants la scène européenne, semblent craindre comme la peste de prendre des décisions qui les contraindraient à consulter par référendum leurs électeurs sur les évolutions à venir de l’Union européenne.
Les référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas restent dans toutes les mémoires : malgré un fort consensus partisan en faveur de la Constitution européenne, des acteurs minoritaires ont réussi à rassembler des majorités d’électeurs pour refuser les évolutions jugées néfastes qu’elle incarnait à tort ou à raison. En effet, avec le référendum, la masse silencieuse des électeurs qui n’approuve pas nécessairement la perte de souveraineté nationale de leur État au profit de l’Union européenne, qui ne trouve en temps ordinaire que des partis extrémistes pour exprimer son désarroi face à l’évolution de l’Union européenne, peut trouver l’occasion de se compter, de se découvrir plus nombreuse qu’elle ne croyait l’être, de bloquer même un temps les processus considérés comme nécessaires par les gouvernants.
Mais où est aujourd'hui la fraternité d’armes qui justifie l’acte de se fédérer ?
Christophe Bouillaud : On compare souvent la situation actuelle à celle des États-Unis au début de leur existence, quand les 13 États acceptèrent de mettre en commun leurs finances pour rembourser les dettes contractées, chacun de leur côté, pour financer la guerre d’Indépendance.
La comparaison peut aussi rappeler que, justement, quand les États fédérés acceptent cette perte de souveraineté financière, ils le font dans un contexte où l’existence d’un ennemi est claire. De même, quand les États yougoslave et tchécoslovaque se formèrent au sortir de la Première Guerre mondiale, est-il nécessaire de souligner qu’ils n’étaient pas sans ennemis ?
Si l’on remonte plus avant dans l’Histoire, force est de constater que, lorsque des entités territoriales souveraines s’allient dans une ligue, une fédération, une alliance durable, c’est presque toujours contre la menace d’une autre entité souveraine. Pour l’instant, l’Union européenne n’a pas d’ennemis, elle n’a très officiellement dans le monde que des partenaires. Vu l’état gazeux de la politique étrangère commune, on ne voit pas bien ce qui pourrait faire sortir l’Union de son indétermination en la matière. De fait, contrairement à l’époque de la Guerre Froide, les menaces d’aujourd’hui restent abstraites et diffuses - la mondialisation, la finance, le déclin relatif face aux pays émergents -, mais ne justifient guère un pacte fédératif contre un ennemi, au sens ordinaire du terme.
Idée reçue : le libéralisme, un "laissez-faire" immoral ?
Je vous propose de découvrir sur plusieurs jours l'introduction au Dictionnaire du libéralisme sorti
récemment. Conçue comme une réponse aux lieux communs sur le
libéralisme, elle vous permettra d'avoir l'ensemble des arguments sur
ces préjugés si courants !
Raymond Aron avait distingué en 1969 la liberté libérale de la liberté libertaire, prônée par la « nouvelle gauche » dans le contexte de l’après mai 1968. Ce n’est pas parce que les libéraux ont attaché leur nom à la liberté de l’individu qu’ils acceptent un quelconque relativisme moral. Ils refusent simplement toute morale qui serait imposée par une autorité, fût-elle démocratiquement élue. Aron exprimait parfaitement cette idée lorsqu’il écrivait que l’ordre libéral laissait à chacun « la charge de trouver, dans la liberté, le sens de sa vie ». L’individu est apte à se forger le destin qu’il s’est choisi et à rechercher son bonheur, ainsi que le proclamaient les révolutionnaires américains de 1776. Il faut, remarque Hayek en 1960, un certain degré d’humilité pour laisser les autres effectuer cette recherche à leur guise. Le libéralisme attache son nom à la tolérance et il ne saurait empêcher que certains soient relativistes. Il sépare soigneusement la sphère du Droit de celle de la morale, limitée aux seules consciences individuelles, afin d’éviter tout contrôle social sur l’individu et tout moralisme, afin de décharger l’individu du poids des autorités morales, politiques et religieuses. Les valeurs qui fondent une « société » proviennent du libre choix des individus, lesquels ne sont pas autorisés à faire n’importe quoi puisque les droits qui leur sont irrévocablement attachés sont aussi les droits d’autrui qu’ils se doivent de respecter. En effet, l’individu ne détient pas une volonté illimitée et la liberté ne se définit pas comme celle de tout faire. Mais la liberté n’est pas celle de faire simplement ce que les lois permettent, ainsi que le pensait Montesquieu. La liberté, écrit Constant, c’est ce que l’individu a le droit de faire et ce que la société n’a pas le droit d’empêcher.
Au surplus, les libéraux défendent le caractère profondément moral du capitalisme. Par la liberté qu’elle suppose, la propriété, par définition privée, implique la responsabilité parce que les coûts des actions et des absences d’action pèsent sur des personnes bien déterminées. Aussi seule la reconnaissance précise des droits de propriété permet-elle d’attribuer à chacun la responsabilité de ses oeuvres, tandis qu’en présence d’une propriété dite publique, les coûts sont collectifs mais les gains privés. Fondé sur le respect des contrats, de l’échange et des droits de propriété, le capitalisme reconnaît l’appropriation du profit par ceux qui l’ont créé et en ce sens il se conçoit comme le seul système qui ait un fondement moral. Ainsi que l’écrit Hayek en 1961, la liberté est la matrice d’où procèdent les valeurs morales : c’est seulement là où l’individu a le choix qu’il a l’occasion d’affirmer des valeurs existantes, de contribuer à leur croissance et de s’adjuger du mérite.
Enfin, les adversaires du libéralisme ne se lassent pas d’insister sur son matérialisme, puisque chaque individu est préoccupé par ses petits intérêts égoïstes au détriment de tous les autres, de l’intérêt général et de l’altruisme. Pour usuelle qu’elle soit, cette critique est doublement reprochable. En premier lieu, le libéralisme ne refuse par la fraternité et l’altruisme. Il n’accepte pas la fraternité légale, celle qui est imposée par l’Etat-providence, d’une part parce qu’elle détruit la liberté en transformant les individus en assistés par le « doux despotisme » de l’« Etat-nounou », d’autre part parce qu’elle supprime la seule véritable fraternité qu’est la fraternité spontanée. En second lieu, le libéralisme ne magnifie par l’argent en tant que tel. Il constate simplement que la monnaie a été un magnifique moyen pour l’homme de survivre, progressivement de se civiliser, enfin de prospérer et qu’elle l’a autorisé à remplir des fins qui, pour la plupart, n’étaient justement pas économiques. Mises écrit en 1927 que ce n’est pas par mépris pour les biens spirituels que le libéralisme ne s’occupe que du bien-être matériel de l’homme, mais parce qu’il ne cherche pas à créer autre chose que les conditions extérieures nécessaires au développement de la vie intérieure propre à chaque individu.
Les détracteurs du libéralisme n’ont pas manqué de fustiger l’individualisme, couramment qualifié de forcené. Les libéraux, eux, ont pu diverger sur le point de savoir si leur doctrine se définissait avant tout comme celle de l’individu ou celle de la liberté - le libéralisme étant alors l’ordre qui laisse la plus large part possible à la liberté dans tous les domaines de la vie de l’homme -. Maints penseurs libéraux préfèrent concevoir le libéralisme comme un individualisme au motif que l’individu est logiquement premier. Philosophiquement, l’individualisme se définit comme le respect absolu de l’individu dont il fait la valeur suprême. En effet – les libéraux rejoignent ici l’interprétation commune de Kant -, l’homme ne saurait être un moyen : c’est une fin en soi. Toutefois, la diatribe de Tocqueville contre l’« individualisme » dans son second volume de De la démocratie en Amérique, paru en 1840, a été mal comprise. Il visait en réalité l’égoïsme du citoyen. A l’image de Constant, il rappelle certes que la liberté des Modernes consiste dans la jouissance de sa sphère privée, mais pour autant que l’individu ne doit pas s’y replier en oubliant la sphère publique. En effet, la liberté politique reste essentielle en ce sens qu’elle vient garantir la sphère privée.
La prévention des mariages forcés, garantie de la liberté du mariage
Sans qu'il soit possible de les répertorier avec précision,
on sait les mariages forcés fort nombreux. Des jeunes filles, souvent
mineures et souvent d'origine musulmane, sont mariées contre leur gré
par la seule décision de leur famille. Bien entendu, elles peuvent
demander au juge la nullité du mariage, a posteriori, dès lors que le consentement libre et éclairé de l'un des époux n'existe pas.
Dans sa décision rendue sur QPC du 12 juin 2012, le
Conseil constitutionnel valide le dispositif français de lutte contre
les mariages forcés. Sans qu'il soit possible de les répertorier avec
précision, on sait qu'ils sont fort nombreux. Des jeunes filles, souvent
mineures et souvent d'origine musulmane, sont mariées contre leur gré
par la seule décision de leur famille. Bien entendu, elles peuvent
demander au juge la nullité du mariage, a posteriori, dès lors
que le consentement libre et éclairé de l'un des époux n'existe pas. Le
droit positif s'oriente cependant, de plus en plus, vers une action de
prévention dans ce domaine.
L'âge du mariage, âge de la majorité
Le Conseil récuse cette interprétation. La liberté du mariage s'exerce, comme beaucoup d'autres libertés, dans le cadre des lois qui la réglementent. Le législateur peut donc librement établir un contrôle a priori, permettant d'apprécier l'effectivité du consentement des époux.
Un contrôle a priori
Depuis la loi Maîtrise de l'immigration du 13 août 1993, le parquet peut former opposition au mariage dans tous les cas d'éventuelle nullité. Ce principe était déjà acquis dans le cas des mariages blancs, dans lesquels les époux poursuivent un but étranger à l'union matrimoniale, puisqu'il s'agit généralement d'acquérir un titre de séjour, voire la nationalité française. Dans sa décision rendue sur QPC le 30 mars 2012, le Conseil admet la conformité à la Constitution de cette intervention du procureur de la république, faisant du détournement de finalité un vice du consentement.
La décision du 12 juin 2012 reprend exactement ce raisonnement. Le Conseil constitutionnel considère que l'intervention du Procureur pour empêcher un mariage forcé se justifie par la non conformité de ce type d'union à l'ordre public français.
Cette jurisprudence est très proche de celle de la Cour européenne des droits de l'homme. Dans un arrêt du 18 décembre 1987, F. c. Suisse, celle-ci précise que la loi peut restreindre le droit au mariage, à la condition toutefois qu'il ne soit pas atteint dans sa substance même. Plus tard, une décision de la Commission européenne des droits de l'homme du 16 octobre 1996 Dagan et Sonia Sanders c. France considère comme licite une ingérence du législateur dans la liberté du mariage, dès lors que les règles édictées ont pour objet de lutter contre les mariages blancs.
Le terme d'ingérence, issu de la Convention européenne, est particulièrement bien choisi dans ce cas. Les dispositions qui autorisent le procureur de la république à contrôler la réalité du consentement, et donc à empêcher un mariage forcé, constituent certes une ingérence, mais certainement pas une restriction à la liberté du mariage. C'est au contraire la condition de son libre exercice.
Les Français rêvent de vacances en France, familiales et conviviales, selon une étude. Des vacances détendues, mariant les plaisirs de la gastronomie et de la découverte... Tous ces désirs peuvent être satisfaits en une seule formule: les pliants déployés autour d’une table bien garnie, le rosé au frais et le bob sur la tête, à l’horizon les verts reliefs du Jura, et là, juste devant soi, la procession des coureurs du Tour de France qui transpirent leurs souffrances multicolores. Le plus beau spectacle du monde, qui a plus d’un siècle et n’a pas pris une ride. Il a pris d’autres choses, le Tour, des dopants en cachets, poudres et piqûres. Il a failli en mourir, mais on a oublié. Car on se fiche, au fond, de qui gagne et comment, de l’absence de Schleck ou la présence de Wiggins: le seul héros du spectacle, c’est le Tour lui-même - et nous, sur un pliant, le rosé au frais et la France pour paysage.
Bayrou et le suicide du centre
Au même moment, les sondages donnaient Bayrou gagnant au second tour contre tout adversaire, y compris Hollande. Une conclusion s’imposait: Bayrou ne devait pas faire campagne «à mi-chemin de la droite et de la gauche» -un lieu géométrique pour le moins difficile à situer pour les électeurs qui dénonçaient la ressemblance des programmes UMP et PS et qui auraient dû être sa cible principale!
Bayrou devait faire campagne au centre droit et même à droite. C’est d’ailleurs là que le parti communiste, mais aussi une partie de l’électorat a toujours situé le soi-disant centre. Souvenons-nous du duel Pompidou-Poher vu par Jacques Duclos: «blanc bonnet et bonnet blanc»! C’est aussi comme cela qu’on le voit dans les campagnes béarnaises où les centristes sont du côté du curé, donc de droite.
L’affaiblissement extrême du candidat de l’UMP, dans une partie du spectre politique proche du sien où les électorats sont relativement fongibles, lui offrait un trou d’air, une chance exceptionnelle qu’il n’a pas saisie. Il a cru au contraire que son potentiel électoral était à gauche. Grave erreur! Il se fondait sur l’expérience de 2007. Une expérience très singulière et qui avait peu de chances de se répéter: le machisme du PS et la personnalité bien injustement contestée de Ségolène Royal, conjugués à un effet de mode «bobo», avaient porté une partie des électeurs naturels du PS à se rallier à lui (c’est essentiellement ceux-là qu’il a perdus, descendant de 18,5 à 9,3%). Mais dès lors que François Hollande avait une pleine légitimité à gauche, François Bayrou n’avait en 2012 aucun espace de ce côté.
Au souvenir de l’élection précédente s’ajoutait le vieux complexe des centristes vis-à-vis de la gauche. Non reçus à gauche, autrefois à cause de la religion, aujourd’hui, de la pesanteur sociologique et du sectarisme, ils sont d’autant plus fascinés par elle et passent leur temps à lui faire des clins d’œil, des avances, jamais payés de retour. Ceux de Bayrou aux rocardiens au cours de la dernière campagne sentaient tant leurs années soixante-dix!
C’est le même complexe qui avait amené le président du MoDem à se rallier, il y a déjà quelques années, au mariage (mais non à l’adoption) pour les homosexuels. Il n’en tira pas une voix à gauche, tandis qu’il se coupait de sa base catholique –la vraie, pas l’équipe de Télérama!
Bloqué à gauche, Bayrou avait encore, pour percer, la solution d’aller droit au peuple sur de sujets qui n’étaient encore investis par aucun des extrêmes. Il l’a tenté une fois, mollement, en promouvant le made in France. Ce fut à peu près tout. Hélas pour lui, il n’eut pas l’occasion, comme en 2007 d’administrer une claque à un jeune effronté ce qui n’avait pas peu contribué, on s’en souvient, à sa percée populaire.
Le reste de ses propositions n’avait pas de quoi emballer l’électeur: retour à la proportionnelle, non-cumul des mandats, prise en compte du vote blanc, équilibre budgétaire au prix d’un alourdissement des impôts, des propos raisonnables sur l’éducation nationale mais qui ne pouvaient susciter l’enthousiasme. Même sans empiéter sur les plates-bandes du Front national, les sujets pourtant ne manquaient pour aller au devant du sentiment populaire, notamment les mille et une réformes qui désespèrent les Français: démantèlement des services publics, abandon de la politique d’aménagement du territoire, désordre des politiques sociales, pénurie de logement, intercommunalité désordonnée, escalade normative etc.
François Bayrou est resté prisonnier de ce qui caractérise désormais, plus que tout, le centre: non plus l’idéologie démocrate-chrétienne, à bout de souffle, mais la proximité avec la technocratie. Camdessus, Peyrelevade, une partie des «Gracques» trouvent Bayrou très bien: c’est déjà mauvais signe. Car c’est de ces ceux-là que viennent, sur fond d’européisme intégriste, à peu près toutes ces réformes que nous venons d’évoquer et qui sont si mal reçues des Français, y compris celles que l’on a imputé à tort à Nicolas Sarkozy comme l’introduction des méthodes managériales dans le secteur public et la mesure généralisée de la performance qui va avec.
L'attentat de Montauban
Mais c’est bien mal connaître la psychologie de ces gens-là (fort peu nombreux au demeurant) que d’imaginer qu’ils pourraient tirer sur un soldat français, quelle que soit la couleur de sa peau. Gageons que dans leur piaule trône un képi blanc! Le racisme français s’est toujours arrêté aux portes des casernes de la Légion!
Mais Bayrou commettait aussi une erreur politique: même si la droite n’est pas l’extrême droite, une partie ressent mal, qu’on le veuille ou non, les attaques véhémentes dont celle-ci fait l’objet, comme beaucoup d’électeurs de la gauche modérée ressentaient mal autrefois ce que Georges Marchais appelait l’«anticommunisme primaire». En faisant du Front national (et indirectement de Sarkozy) sa cible privilégiée, Bayrou avait, certes, la satisfaction de jouer au progressiste mais il se coupait de l’électorat qui seul pouvait lui permettre d’accéder au second tour: on ne convainc pas les gens de droite, même modérés, avec des arguments de gauche!
L’idée, propagée par les médias, qu’à côté de la «droite glauque», existerait une «droite républicaine» partageant avec la gauche l’horreur du FN est largement illusoire. Il y a certes des politiciens de la droite classique qui prennent cette posture, à la fois parce que Le Pen chasse sur leurs terres (si mal gardées!) et qu’ils veulent continuer d’être invités par les médias. Mais la grande majorité de l’électorat modéré, sans vouloir nécessairement que Marine Le Pen vienne au pouvoir, ne sympathise pas du tout, au contraire, avec les campagnes supposées antiracistes menées contre elle. Le durcissement des attaques contre le FN en fin de campagne a sans doute contribué à la remontée de Sarkozy! On pourrait même aller plus loin: combien de retraités de l‘EDF ou de La Poste, qui votent socialiste par habitude, s’inquiètent en privé davantage de l’immigration ou de l’insécurité que de leurs avantages acquis?
La droitisation de l’opinion (qui rend d’autant plus paradoxal un basculement à gauche du gouvernement!), le passage au parti socialiste de ce qui reste de la démocratie chrétienne (l’Ouest, incarné par le nouveau premier ministre, formé au MRJC comme les Pyrénées atlantiques, est en passe de devenir un fief socialiste): tout cela laisse peu de place au centre tel qu’on l’avait connu autrefois. Quant à la vingtaine de centristes qui demeurent au sein de l’UMP autour de Borloo, il est vraisemblable que, plus que jamais, ils ne seront que des figurants.
Il est significatif que, dans le naufrage du MoDem, les seuls survivants soient les deux représentants de ce qu’on pourrait appeler, sans que cela ait pour nous rien de péjoratif, le populisme du centre; Philipe Folliot et Jean Lassalle, le premier ancien du RPF de Pasqua, le second défenseur intraitable de son terroir pyrénéen, crypto-souverainistes l’un et l’autre (ce qui est tout de même un comble pour les deux rescapés du courant démocrate-chrétien!). Ils furent tenus aux marges de la campagne de Bayrou, plus inspirée par les inspecteurs des finances des Gracques et conduite par l’entourage parisien de Marielle de Sarnez; on les assimilait sans doute à ces groupes folkloriques, à ces «bandas», chargés de donner de la couleur et de chauffer la salle dans les meetings. Bref, on ne les prenait pas au sérieux. A tort. Bayrou n’en serait pas où il en est s’il avait un peu plus écouté Lassalle et un peu moins Peyrelevade.
Un bond en avant
Union bancaire, relance de l’investissement,
approfondissement de l’union politique et économique… Le sommet des 28
et 29 juin devrait redonner du souffle à l’Europe, estime le chroniqueur
Bernard Guetta. Dommage que ses acteurs ressemblent davantage à des
comptables gérant l’urgence qu’à des visionnaires.
L’Union n’a pas de dirigeants politiques, elle a des commissaires aux comptes mais bon… C’est ainsi, c’est l’époque et puisqu’il faut traduire toute décision européenne en une langue intelligible, traduisons ce Conseil en français pour dire que le bilan d’étape est finalement bon, voire très bon.
Un vrai transfert de souveraineté
Là où il n’y avait que rigueur et réduction des dépenses, il y aura bel et bien relance par l’investissement commun puisque les 27 ont entériné un “pacte de croissance” qui mobilisera 120 milliards d’euros pour remettre de l’huile dans une machine économique à bout de souffle. Les termes du débat politique ont changé dans l’Union et, même si cela ne produira pas de miracle immédiat, on aurait tort de sous-estimer ce tournant et ce n’est pas tout, et loin de là.Ce Conseil a également ouvert la voie à une union bancaire dont l’Union se dotera pour pouvoir réguler ses banques, organiser leur surveillance, garantir leurs dépôts et mettre ainsi toute la force européenne derrières les banques nationales afin qu’un Etat ne soit plus seul à affronter leurs difficultés et à s’endetter pour les soutenir. Il s’agit là d’un vrai transfert de souveraineté qui vient, à la fois, donner à l’Union les attributs d’un Etat et renforcer chacun de ses Etats-membres dans cette tempête financière. En langue européenne, cela n’a l’air de rien. En français, c’est beaucoup mais ce n’est encore pas tout.
Une avancée capitale
Plus important encore, les 27 ont également approuvé le rapport sur l’approfondissement de l’intégration économique et politique qu’ils avaient demandé aux présidents du Conseil, de la Commission, de l’eurogroupe et de la Banque centrale et les ont chargés de formuler des propositions d’étapes sous six mois. En français, cela veut dire que l’Union va maintenant s’engager sur la route d’une politique économique commune, d’un Trésor commun et d’une mutualisation de ses emprunts qui, ajoutés à sa monnaie unique, la feront encore plus ressembler à une véritable puissance publique, à un Etat fédéral en devenir.Là, quelque chose de vraiment capital est en train de prendre forme, d’autant plus capital que l’Espagne et l’Italie, soutenues par la France, ont obtenu cette nuit que le fonds européen de solidarité financière, le Mécanisme de stabilité, puisse secourir directement des banques nationales et surtout souscrire des emprunts de pays, comme elles, vertueux mais en difficultés. Elles ont dû, pour cela, menacer de claquer la porte. L’affrontement a été rude mais la solidarité financière et la mutualisation des emprunts se sont, de fait, imposées à l’Union alors que ses traités la proscrivent et que l’Allemagne n’en voulait à aucun prix. Victor Hugo manque à l’appel mais l’Europe se remuscle.




















