TOUT EST DIT

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vendredi 18 février 2011

Rachida Dati : "attention à ne pas stigmatiser l'islam"

La députée européenne UMP Rachida Dati a mis en garde vendredi contre une "stigmatisation" de l'islam et des musulmans avec le débat lancé par son parti, à la demande de Nicolas Sarkozy, sur la place des religions en France.

"Le débat sur l'islam, moi ça ne me pose aucun problème, ce débat est pertinent. Mais il faut faire attention, et c'est important de le dire, de ne pas stigmatiser l'islam en tant que religion et de ne pas stigmatiser les musulmans, qui sont d'abord Français, en tant que pratiquants", a déclaré l'ancienne garde des Sceaux.


A la demande de Nicolas Sarkozy, l'UMP veut lancer un débat, avec une convention le 5 avril, sur l'exercice des cultes religieux, "singulièrement le culte musulman", a expliqué le patron du parti majoritaire, Jean-François Copé.

"Le débat, je suis d'accord, mais attention de ne pas stigmatiser, attention de ne pas caricaturer une partie de nos compatriotes pour susciter de la peur chez les autres", a insisté la députée européenne et conseillère politique de l'UMP.

Selon Rachida Dati, "en fait ce n'est pas l'islam qui pose un problème".

"Le problème aujourd'hui, c'est de combattre ceux qui dévoient l'islam, qui l'utilisent pour défier les valeurs de la République, le sujet il est là", a ajouté Mme Dati, mais "il faut aussi que les musulmans, comme pour toutes les autres religions, aient des lieux de culte et de prière décents".

Qualifiant les prières dans les rues d'"inacceptables", elle a ajouté: "nous avons aujourd'hui les moyens juridiques de pouvoir empêcher cela. Les musulmans ne demandent pas de prier dans les rues".

"Les prières dans les rues on a laissé faire", a-t-elle déplorée, en regrettant "la manque de courage des politiques". "Ca a été le problème de l'immigration et de la sécurité pendant des années", a-t-elle dit.

Interrogée sur un sondage Ifop diffusé vendredi dans France Soir et créditant Marine Le Pen de 19 à 20% d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle, Rachida Dati a tempéré ces chiffres, en faisant valoir que "nous sommes loin de l'échéance présidentielle".

Les petits cailloux de Strauss-Kahn

Trois ans et demi après avoir contribué à l'éloigner, Nicolas Sarkozy reçoit Dominique Strauss-Kahn, ce week-end, comme un boomerang politique. Alors que le président de la République et du G20 se débat, avec une énergie peu productive, dans ses problèmes diplomatiques et domestiques, le directeur du FMI atterrit à Paris, tel un messie auréolé de sondages, du reste trop beaux pour durer.

Tout ce que la France compte d'exégètes va consacrer trois jours à guetter le mot, le signe, qui pourrait peut-être signifier qu'il aurait décidé. Abrégeons le supplice : contraint au silence, DSK ne dira rien de définitif avant le sommet du G8, à Deauville, fin mai.

En attendant, au-delà de la fausse confidence de son épouse Anne Sinclair, tout conforte l'hypothèse qu'il se prépare, quitte à rester libre de renoncer au dernier moment. Participer, dimanche, au journal de 20 h de la première chaîne publique, et répondre aux lecteurs du Parisien, c'est forcément une manière de semer des petits cailloux. « Je m'éloigne juste un peu, le temps de me faire désirer », disait-il déjà devant ses électeurs, le 8 octobre 2007.

La droite n'a d'ailleurs pas attendu pour en faire son adversaire. Elle tente de déclasser l'ancien maire de Sarcelles en le dépeignant comme un bobo étranger à la France des terroirs. Comme si les Hauts-de-Seine de Nicolas Sarkozy étaient davantage une cour de ferme que le Val-d'Oise de DSK. Terrain glissant.

Il ne serait pas aisé, pour Nicolas Sarkozy, de combattre celui dont il a vanté les qualités pour appuyer sa nomination à Washington. Et dont les dirigeants du monde reconnaissent qu'il a changé l'esprit du FMI. Son immense carnet d'adresses, sa tranquille persévérance et sa force de conviction ont impressionné. Notamment en France, où l'opinion préférera un Président à la fois compétent et rassurant.

Mais les enquêtes d'opinion ne sont qu'un instantané qui embellit les profils lointains et les propos flous. D'ici à 2012, Dominique Strauss-Kahn devrait affronter trois handicaps.

Les sondages : partant de haut, il ne peut, aurait dit monsieur de La Palice, que descendre. Une chute dans l'opinion n'est pas le moment idéal pour enclencher une dynamique rassembleuse.

L'envie : à gauche, François Hollande, Ségolène Royal veulent en découdre. L'écart entre l'hédonisme politique de DSK et la violence d'une double campagne ¯ la primaire et les deux tours de la présidentielle ¯ laisse plus d'un observateur perplexe.

La gauche extrême : en siphonnant l'électorat de Besancenot et du PC, Jean-Luc Mélenchon peut compliquer un rassemblement à gauche. Bernard Accoyer, le président (UMP) de l'Assemblée, un brin caricatural, enfonce un coin quand il souligne que Strauss-Kahn dit le contraire du PS. Ou Pierre Lellouche quand il estime qu'il ferait un bon candidat de la droite.

Mais il aurait deux gros atouts : son réformisme raisonnable aimanterait les voix centristes et repousserait Nicolas Sarkozy vers Marine Le Pen comme principale réserve du second tour. Et surtout, l'envie de gagner de la gauche, au-delà des désaccords, n'a jamais été aussi forte. Voilà pourquoi ce week-end de G20 à Paris est une excellente occasion de marquer son territoire, fût-ce de manière subliminale.

G20 : le marathon commence

C'est une anecdote inédite qui en dit long. Il y a quelques mois, trois grands banquiers européens discutent en aparté à New York avec Lloyd Blankfein. « La régulation financière du Dodd-Frank Act va changer les comportements. Franchement, c'est plutôt un bien », plaide ardemment l'un d'entre eux. Sourire du patron de Goldman Sachs. « Vous croyez ? Cette loi est aussi épaisse que la Bible. Dans un cas comme dans l'autre, tout est question d'interprétation. » Avant d'ajouter, pince-sans-rire : « Ce sera plus compliqué, c'est vrai, avec la loi dont vous parlez puisque ses auteurs sont encore vivants. »

De toute évidence, l'opinion aura du mal à être convaincue que le ballet des limousines qui, ce soir et demain, sillonneront Paris à l'occasion de la réunion des ministres des Finances du G20 sera d'une quelconque utilité face à ce cynisme assumé d'un des acteurs financiers les plus puissants de la planète. Elle le sera encore moins quand elle constatera à la fin du week-end que ces grands argentiers ont consacré une partie de leur temps à élaborer une liste d'indicateurs reflétant les déséquilibres économiques.

S'arrêter à ce seul décalque de deux images est tentant. Mais c'est aussi tomber dans le piège d'un autre cynisme, celui des échecs toujours annoncés, des verres éternellement vides ou du « résultat spectaculaire sinon rien ». Car ces quelques heures de réunion ont leur utilité et il est bien trop tôt pour dire comment se terminera cette année de G20 français. C'est seulement au sommet des chefs d'Etat à Cannes, en novembre, que les comptes définitifs seront faits. Tout juste peut-on dire que la tâche de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde s'annonce compliquée. Les déséquilibres sont toujours aussi importants et chaque pays a sa ligne rouge. Les Allemands tiennent à leurs excédents commerciaux, les Américains à leur autonomie réglementaire, les Brésiliens à leur liberté sur les prix agricoles et les Chinois à celle de déterminer le niveau de leur monnaie.... Lequel reconnaîtra que le bénéfice de tous et l'intérêt général imposent parfois des concessions réciproques ? C'est la principale recommandation du document publié récemment par une vingtaine d'anciens ministres des Finances et très hauts fonctionnaires internationaux de tous les continents (1). Elle est toute simple, sans doute trop !

En attendant, ici, chacun l'a compris, une autre image éclipsera les travaux ardus de ce G20 : celle d'un patron du FMI qui n'est d'ordinaire dans ce genre de cénacle qu'un très haut fonctionnaire mais vers qui tous les regards français vont converger.

(1) « Initiative du Palais-Royal »

Du bon usage des bons profits

Une fois n'est pas coutume, la Bourse de Paris fait la fête en ce début d'année. Elle ne célèbre pas son mariage forcé avec son homologue allemande, mais les superbes résultats de ses figures de proue. Les valeureux du CAC 40 affichent une santé de fer. Tant sur le plan de la croissance que des bénéfices. Ceux de Capgemini ont bondi de plus de 50 %, ceux de Schneider de 100 % et ceux d'ArcelorMittal ont été multipliés par 18 !

On savait les géants français suffisamment voyageurs pour avoir su prendre à temps la vague émergente. Ce qui est plus étonnant, s'agissant de nos grands industriels, c'est que cette croissance exotique, située dans des pays à revenus souvent modestes était aussi source de grands profits. Les résultats de ces jours derniers confirment en effet l'amélioration spectaculaire des marges des entreprises.

Schneider, par exemple, qui réalise près de 40 % de ses ventes dans les pays émergents, Chine en tête, a aussi vu sa marge opérationnelle passer de 13 % en 2009 à plus de 15 % en 2010. La plupart sont dans cette configuration. La crise a accéléré le basculement vers ces nouveaux eldorados.

On doit évidemment se réjouir du dynamisme des champions français, qui accumulent les succès internationaux et dont au moins la moitié sont sur le podium mondial de leur spécialité. Une exception en Europe. Ils sont les porte-avions de l'économie française. Ils devraient l'être en tout cas. Le sont-ils ? Leur réussite est-elle aussi celle de la France, en termes de richesses, d'emplois ou même de bien-être ? C'est moins sûr. Capgemini a augmenté l'an dernier ses effectifs de 18.000 personnes dans le monde, dont 10.000 en Asie et... 245 en France.

Que fait une entreprise de ses bénéfices ? Elle les investit, dans son outil ou en acquisitions, elle les distribue à ses salariés ou les rend aux actionnaires, sous forme de dividende ou de rachat d'actions. Arbitrage délicat dont s'est même un jour ému notre président de la République.

Emettons un souhait : que cet argent, gagné à l'étranger et peu imposé, profite aussi aux salariés, aux clients et aux fournisseurs français. Faute de quoi, le fossé qui se creuse aujourd'hui entre les entreprises et les citoyens, entre les grands groupes et les PME et entre les salariés et leurs dirigeants deviendra infranchissable et fera passer les entreprises apatrides directement du printemps des émergents à l'hiver de la concurrence mondialisée.

Dominique Strauss-Kahn

La présence du directeur général du FMI à la réunion parisienne du G20 suffit à donner à celle-ci un air de « G1 » aux yeux des Français. Depuis des mois, l'ex-ministre de l'Economie de Lionel Jospin joue les divas absentes en entretenant sur sa participation aux primaires socialistes pour 2012 un suspense digne de la série télévisée « A la Maison-Blanche », dont il a été un assidu. Souffler le chaud et le froid quant à son destin élyséen doit lui rappeler ses jeunes années à Agadir et à Monaco, lorsqu'il jouait avec ses parents au Pilpoul, un jeu prisé de la communauté juive consistant à soutenir successivement deux raisonnements contraires sur un même sujet. Il est vrai que manier les concepts est un plaisir cher à celui qui a aligné dans la foulée HEC, Sciences po et l'agrégation d'économie, avant d'entamer une carrière d'universitaire. Fidèle adhérent du PS depuis trente-cinq ans, « Cul de plomb », comme le surnommaient ses proches en raison de sa mauvaise grâce à se lever à la fin du repas pour desservir la table, a longtemps pâti d'une tendance au dilettantisme, qui l'a condamné à une cuisante défaite face à Ségolène Royal aux primaires de 2006. Une fois apaisés les remous soulevés par son goût soi-disant immodéré pour la gente féminine, il s'est en revanche forgé à Washington une image flatteuse pour sa gestion de la crise. Quant à ceux qui l'accusent d'être coupé de la France profonde, le natif de Neuilly n'a pour les démentir meilleurs arguments que ses prénoms au parfum de terroir, Gaston et André .

Le triangle infernal de la succession Trichet

L'horloge tourne. Dans deux cent cinquante-cinq jours, Jean-Claude Trichet doit quitter son bureau de président de la Banque centrale européenne, au trente-cinquième étage de l'Eurotower de Francfort. Son successeur le plus crédible, l'Allemand Axel Weber, s'est retiré de la course la semaine dernière, avec l'élégance d'un gamin vexé d'avoir cassé son jouet. Le président de la Bundesbank, la banque centrale allemande, avait gâché ses chances par son intransigeance les mois précédents, critiquant notamment en public l'action de Trichet (certains emploient une expression beaucoup moins polie où il est question de bottes). Qui alors ? L'incertitude est hélas fréquente pour les postes essentiels de l'Union européenne. Mais là, il y a le feu au lac. Un gigantesque incendie a dévasté la finance mondiale en 2008, des retours de flammes brutaux ont frappé l'Europe l'an dernier et des flammèches s'envolent encore. Ce n'est pas le moment de laisser la caserne de pompiers sans capitaine.
Le problème, c'est que le poste est très difficile à pourvoir. La petite annonce rédigée par les économistes de la banque Barclays ressemble à un vrai casse-tête. L'impétrant devra savoir «  forger un consensus en dirigeant le conseil des gouverneurs (et, en son sein, le directoire de la BCE). Il devra être capable de représenter l'Eurosystème à haut niveau à des réunions de banquiers centraux, aux réunions de l'Eurogroupe, devant le Parlement européen et dans maintes autres manifestations internationales et européennes. Le président devra donc être capable d'aller dans le détail et d'avoir une expertise technique, tout en exerçant une réelle autorité ».
Commençons par les compétences. Compétences managériales et politiques qui ont manifestement manqué à Weber, mais aussi et surtout compétences techniques. Autrefois, le patron de banque centrale n'était pas tant recruté pour ses connaissances économiques que pour ses accointances politiques. Alan Greenspan, le « maestro » de la Réserve fédérale des Etats-Unis jusqu'en 2006, était un simple conjoncturiste qui avait conseillé les présidents Ford et Nixon. Ernst Welteke, le prédécesseur de Weber, était un politicien du SPD, ancien ministre des Finances du Land de Hesse. Ce temps-là est révolu.
En une décennie, le pilotage de la politique monétaire est devenu une activité très pointue, qui s'appuie sur des modèles sophistiqués. Le banquier central doit en comprendre les rouages. L'universitaire de Princeton Ben Bernanke a donc remplacé Greenspan, et Herr Professor Doktor Axel Weber a succédé à Welteke. Un Trichet en plus jeune ne passerait sans doute plus la barre. Place aux économistes ! Lors de l'université d'été des banquiers centraux qui s'est tenue en août dernier à Jackson Hole, aux Etats-Unis, un ancien de la Fed, Eric Leeper, a fait une intervention très remarquée où il proclamait haut et fort la nouvelle ambition des grands argentiers : «  Les décisions de politique monétaire tendent à être fondées sur une analyse systématique des choix alternatifs et de leurs impacts macroéconomiques associés : ceci est de la science. » Une science qu'il oppose à ce qu'il nomme «  l'alchimie » budgétaire, sous l'emprise de vulgaires considérations politiques.
Continuons avec la notoriété. Car un banquier central, pour se faire accepter, doit déjà être connu des milieux financiers internationaux. Cette exigence-là n'est pas nouvelle. Il y a vingt ans, un Européen, découvrant le nouveau gouverneur de la Banque du Japon, s'était étonné : «  Je ne le connais pas, comment est-ce possible ? » Le petit milieu des banquiers centraux constitue « une vraie franc-maçonnerie », selon le mot du Belge Alexandre Lamfalussy, qui dirigea l'Institut monétaire européen préfigurant la BCE. Un Jean-Claude Trichet en avait passé les rites initiatiques : président du club de Paris chargé de restructurer la dette des Etats en 1985, directeur du Trésor en 1987, gouverneur de la Banque de France en 1993. Il y a d'autres portes d'entrée, comme le poste de sherpa chargé de préparer les sommets internationaux, ou la direction d'une institution financière internationale. Dans ce cercle restreint, on apprend à se faire confiance au fil des ans. Une confiance indispensable quand il faut décider ensemble en quelques minutes d'inonder les marchés de dizaines de milliards d'euros.
Terminons avec une autre exigence, encore plus compliquée : la mécanique européenne. Les nominations dans les institutions communautaires fonctionnent selon une logique subtile d'équilibres multiples et de règles non écrites. Le directoire de la BCE, composé de six personnes dont le président, en constitue un bel exemple. Il doit y avoir au moins une femme, jamais deux représentants d'un même pays, pas plus de deux membres de « petit pays », au moins un représentant « pas du Sud » parmi les deux postes clefs... Le vice-président étant le Portugais Vitor Constâncio, ce dernier critère pourrait en principe éliminer le candidat actuellement le plus en vue, Mario Draghi, alors que c'est un économiste réputé, gouverneur de la Banque d'Italie et président du Conseil de stabilité financière.
Compétences, notoriété et règles européennes : aujourd'hui, personne ne satisfait ces trois exigences. Il faudra donc relâcher l'une des contraintes. A moins de... trouver un nouveau Français. Mais dans notre pays, les économistes de haut vol ont du mal à pénétrer la stratosphère du pouvoir politico-financier, bourrée d'énarques. Le seul qui y est parvenu, le brillant Benoît Coeuré, directeur adjoint du Trésor, est trop jeune pour la présidence de la BCE (il a quarante et un ans). La solution pourrait être de rapatrier un Français d'Amérique, comme Olivier Blanchard, l'économiste en chef du FMI, ou son patron, Dominique Strauss-Kahn. Il paraît que sa femme veut rentrer. Mais elle a peut-être autre chose en tête.

Juppé : «Soyons optimistes pour 2012»

Le ministre de la Défense estime que le paysage de la prochaine présidentielle «n'est pas encore campé».
- Vous êtes revenu au gouvernement il y a trois mois. Vous qui avez été premier ministre, diriez-vous que le fonctionnement du couple exécutif a changé ?
Alain JUPPÉ. - Je ne ressens pas de bouleversement institutionnel. Le président et le premier ministre ont trouvé un régime de croisière. Nicolas Sarkozy est un président très actif. François Fillon a son espace et il joue son rôle vis-à-vis du Parlement. C'est entre l'exécutif et le législatif que les équilibres ont été bouleversés avec la révision constitutionnelle de 2008, qui constitue une vraie révolution. Organiser le débat parlementaire autour d'un texte amendé en commission est un véritable changement. J'en suis un peu surpris moi qui ai la culture du parlementarisme rationalisé.
Que pensez-vous du style de la présidence Sarkozy ?
Chacun a son style, avec ses forces et ses faiblesses. On m'a suffisamment dit que je devais changer. Au sujet de Nicolas Sarkozy, il y a peut-être eu des erreurs. Mais tout cela est derrière nous.
Un ministre avait dit à Jean-François Copé : «Si tu revenais au gouvernement,tu ne reconnaîtrais pas le job.» La fonction a-t-elle évolué ?
Là encore, il n'y a pas de changement fondamental. Je suis très libre de mes mouvements. Je dirige le ministère de la Défense en transparence avec l'Élysée. Si les ministres étaient tellement frustrés de la façon dont ils travaillent, ils auraient une solution très simple : sortir du gouvernement. Or, aucun d'eux ne l'a fait spontanément.
Partagez-vous l'inquiétude de la majorité pour 2012 ?
Ce n'est pas gagné. Il faut remonter la pente. Nous y parviendrons. Ne cédons pas à un pessimisme prématuré et excessif. Au contraire, soyons optimistes pour 2012. Début 1995, on me répétait encore que Jacques Chirac allait perdre. Le paysage électoral n'est pas encore campé. Qui va sortir des primaires socialistes ? Quel sera le projet des socialistes ? Nicolas Sarkozy, lui, a choisi d'être très présent sur le terrain et de donner, en même temps, une perspective de moyen et long terme aux Français.
Les polémiques sur les vacances des ministres font pourtant passer les messages du président au second plan.
On est parti vers une exigence de transparence absolue. Très bien. Mais est-ce à la hauteur des problèmes qui se posent à la France ? En ce qui me concerne, je suis un homme libre. Je continuerai à prendre mes vacances où j'ai envie de les prendre et à mes frais.
Quel serait, pour vous, le candidat PS le plus coriace pour Nicolas Sarkozy ?
Dominique Strauss-Kahn a beaucoup d'adversaires dans la gauche dure et un coefficient de sympathie assez contrasté au sein du PS. Martine Aubry serait peut-être une candidate plus coriace.
Faut-il une candidature centriste pour permettre à Nicolas Sarkozy d'avoir des réserves de voix au second tour ?
Je crois plus aux vertus du rassemblement qu'à celles du ratissage. Si nous avons une extrême droite forte, et trois ou quatre candidats centristes, cela risque de compliquer le premier tour.
Pensez-vous que Dominique de Villepin sera candidat ?
Je n'ai pas eu de réponse lorsque je lui ai posé la question. Les tentatives de réconciliation avec Nicolas Sarkozy ont échoué. On a raté le coche. Peut-être que le coche n'est pas définitivement passé.
Et François Bayrou ?
Il ne faut pas désespérer non plus. J'ai des affinités intellectuelles et personnelles avec lui, même si je ne partage pas sa sarkophobie.
Jugez-vous Marine Le Pen plus « présentable » que son père ?
C'est ce que l'on dit. Ce n'est pas mon opinion personnelle. Le corps de doctrine du Front national n'a pas changé et la fragilité de Marine Le Pen dans le domaine économique est égale à celle de son père.
Pensez-vous, comme Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron, que le multiculturalisme est un échec ?
Nous avons une capacité d'oubli extraordinaire. Il y a quelques années, la mode était d'aller vers le multiculturalisme et de souligner l'échec du modèle républicain d'intégration. Or, le multiculturalisme est étranger à notre culture républicaine. La République, ce sont des citoyens porteurs de droits et de devoirs en tant que personnes, avant d'être membres d'une communauté. La loi républicaine doit s'appliquer dans des conditions d'égalité pour tous. Bien sûr, la diversité existe. Mais le principe républicain, dont je ne veux pas dévier, est que la loi ne peut accepter des différenciations fondées sur des critères religieux ou ethniques. Nicolas Sarkozy souhaite réfléchir à la laïcité. C'est nécessaire. N'éludons pas la question de l'islam. Mais il faut piloter et maîtriser ce débat parce qu'il peut déraper. L'islam est la deuxième religion de France et il n'est pas imaginable de la stigmatiser.
Comment maîtriser ce débat ?
En rappelant des choses simples. La laïcité doit s'imposer à tous. Aucune religion ne peut prendre le pas sur la sphère publique et les valeurs de la République. Le débat doit donc déboucher sur un code des droits et des devoirs du citoyen. Concernant les droits, il est impératif de réaffirmer que les musulmans, comme les catholiques, les juifs, les protestants et les autres, ont le droit de pratiquer leur culte. Concernant les devoirs, c'est le respect des valeurs républicaines et notamment de l'égalité homme-femme.
Les révolutions tunisienne et égyptienne pourraient-elles faire boule de neige dans le monde arabe ?
Des manifestations populaires se produisent dans plusieurs pays mais chaque situation est différente. Ce qui s'est passé en Tunisie et en Égypte ne peut être transposé partout. C'est pourquoi la France a raison de réagir avec sang-froid, en rappelant son attachement à la démocratie et aux droits de l'homme, sans pour autant s'ingérer dans le choix des peuples. Nous devons faire le pari de la modernisation du monde arabe. Bien sûr, ce pari est risqué parce qu'il n'y a pas par définition, sous les régimes autoritaires, d'opposition démocratique constituée. Et parce que ceux qui gagnent le pouvoir, au cours de transitions démocratiques précipitées, confisquent parfois la démocratie.
Quel message la France doit-elle adresser aux Algériens et aux Français d'origine algérienne ?
Nous avons une histoire, un présent et un avenir communs avec le peuple algérien. Nous sommes très attentifs à ce qui se passe en Algérie parce que nos destins sont liés. Mais, nous ne prendrons pas position dans le débat politique interne.
Quelles sont vos priorités à la Défense ?
Ma première priorité, c'est de réussir la réforme des armées. Entre 2009 et 2010, 50.000 personnels de la défense ont bougé d'une unité à une autre, d'une région à une autre. C'est un bouleversement immense. En 2015, 54.000 postes auront été supprimés. L'objectif est de mieux équiper nos forces grâce aux économies ainsi réalisées, afin qu'elles soient encore plus efficaces dans les opérations dans lesquelles la France est engagée. Durant cette réforme, j'apporterai la plus grande attention à la condition du personnel du ministère de la Défense. Ma deuxième priorité est de renforcer notre industrie de défense. La France a de très belles entreprises : Safran, EADS, Dassault, DCNS, Thales, etc. Mais cette industrie est trop fragmentée et certaines de ces entreprises manquent d'implantations à l'international. Nous réfléchissons à la façon de les restructurer. Ma troisième priorité est redonner de l'élan à la politique de sécurité et de défense européenne commune comme nous nous y sommes engagés lorsque la France a réintégré le commandement de l'Otan.
Trouvez-vous les Européens volontaristes dans ce domaine ?
Nous sommes dans un monde imprévisible et il serait irresponsable que l'Union européenne ne mutualise pas ses forces. Il faut accompagner, pousser ce mouvement qui ne se fait pas spontanément, entraîner la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Pologne. Des progrès sont en cours, comme le traité franco-britannique ou l'initiative franco-germano-polonaise en faveur d'une relance de l'Europe de la défense. J'essaie de travailler à un Conseil européen sur la défense. Ce n'est pas encore tout à fait acquis. Il faut le nourrir avec des propositions concrètes.
Comment la situation en Afghanistan peut-elle évoluer ?
Je suis préoccupé. La stratégie définie à Lisbonne est cohérente. Sa mise en œuvre sur le terrain est difficile. Dans le courant de l'année, nous pensons pouvoir passer le témoin à l'armée afghane dans la région de Surobi. Mais il y a encore des secteurs où les affrontements avec les insurgés sont sévères. Par ailleurs, la gouvernance afghane est perfectible, tout comme le dialogue avec le Pakistan. Malgré toutes ces difficultés, il faut persévérer. Je l'ai dit au secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, que j'ai rencontré la semaine dernière.
Vous aviez critiqué le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan. Avez-vous changé d'avis ?
À l'époque, on avait simplifié mes propos. J'avais dit que l'intégration ne me choquait pas. Nous l'avions d'ailleurs engagée avec Jacques Chirac en 1995. Mais j'avais aussi ajouté qu'il fallait s'assurer des contreparties en termes de prise de responsabilité au sein de l'Alliance elle-même et du côté de la politique de sécurité et de défense européenne. Nous avons obtenu à Lisbonne une réforme profonde de l'Alliance. Elle est engagée. Au final, les avantages l'emportent sur les inconvénients.

Le retour médiatique attendu de Dominique Strauss-Kahn

Présent à l'occasion de la réunion du G20 qui se déroule aujourd'hui et demain à Paris, le directeur général du FMI, dont les socialistes regrettaient le silence la semaine dernière encore, sera très présent dans les médias jusqu'à la fin du week-end.
 Les militants, les sympathisants, et le « peuple de gauche » voulaient - disent ses proches -des signaux positifs de Dominique Strauss-Kahn. Ce week-end, il s'apprête à les multiplier. A sa manière. Le patron du FMI, qui sera la grande vedette de la réunion des ministres des Finances du G20 qui s'ouvre aujourd'hui à Paris, répondra aux questions de France 2 dimanche soir. Et accordera un long entretien au « Parisien » et à ses lecteurs, publié lundi au plus tard. Une formule qui permet au candidat de plus en plus probable aux primaires socialistes de s'adresser à un électorat populaire et de réaliser un exercice proche de celui de Nicolas Sarkozy, il y a une semaine, sur le plateau de TF1. «  Il va camper au fusain quelques traits : patience, pondération, écoute, assure un strauss-kahnien.  Une contre-image de Nicolas Sarkozy en quelque sorte. »
Affaibli par les affaires à répétition qui ont marqué ces derniers jours les numéros un et trois de son gouvernement, l'actuel locataire de l'Elysée va en tout cas devoir lutter pour que le « retour » momentané de Dominique Strauss-Kahn n'éclipse pas totalement la réunion du G20. Surtout que l'ancien ministre des Finances est redevenue, dans le dernier sondage Ifop, la personnalité préférée des Français devant Nicolas Hulot . C'est aussi cette semaine qu'est sorti en librairie un livre très laudateur sur son action à la tête du Fonds monétaire international (1).

Confortable « entre-deux »

Son plan de communication est un modèle du genre. Tout a commencé la semaine dernière par une petite phrase d'Anne Sinclair. Son mari étant tenu par son poste au devoir de réserve, l'ancienne journaliste avait rompu le silence en indiquant dans l'hebdomadaire « Le Point » qu'elle ne souhaitait pas qu'il fasse un second mandat à la tête du FMI. C'est la seconde fois que les communicants qui entourent Dominique Strauss-Kahn lui suggèrent de procéder ainsi. Mi-novembre, Anne Sinclair avait également déminé le terrain avant que son mari ne s'exprime. Cette fois, c'était sur le plateau de Canal+. 
Un adversaire politique l'a peut-être aussi involontairement aidé :  Christian Jacob, qui a fait dimanche dernier, des déclarations assez peu amènes sur DSK. Malgré lui, le chef de file des députés UMP a créé une vaste polémique qui, plutôt que de déstabiliser le patron du FMI, a contribué à l'ancrer dans le paysage national. Alors même que son talon d'Achille est, au contraire, d'être loin des Français.
Même s'il s'exprime essentiellement sur l'économie mondiale lors de ses deux sorties médiatiques, Dominique Strauss-Kahn aura du mal à esquiver les questions de politique intérieure. «  On sait deux choses : premièrement, il ne va pas annoncer sa candidature et, deuxièmement, il ne va pas obtempérer à Christine Lagarde qui souhaiterait qu'il reste à Washington, s'amuse un membre de son équipe.  Il restera entre les deux. » Reste à savoir combien de temps il pourra rester dans cet « entre-deux » confortable.

(1) « DSK au FMI, enquête sur une renaissance », de Stéphanie Antoine, éditions du Seuil.

Le mauvais état de la France


Une croissance de 1,5 % seulement, contre 1,7 % pour la moyenne en zone euro. Un déficit extérieur qui replonge à 51,4 milliards d'euros. Un chômage en hausse de 80.000 (+ 3 %) qui touche au total 2,7 millions de personnes. Un déficit budgétaire de près de 150 milliards d'euros, 7,7 % du PIB. Le bilan 2010 de l'économie française est mauvais et franchement inquiétant. « La France a bien passé la crise », s'était vanté Nicolas Sarkozy l'an passé. C'était vrai. Les gigantesques dépenses sociales ont amorti le choc. Mais elle repart mal. Langueur, manque de compétitivité, impuissance à créer des emplois et comptes publics au bord du gouffre : voilà la triste réalité du pays. A seize mois de l'élection présidentielle, il serait temps que les Français et leur classe politique en prennent conscience et que le débat public sorte des faux sujets (les faits divers et les conflits depersonnes) et porte sur le ressaisissement.


La France n'est pas la Grèce et c'est bien dommage. Car un électrochoc serait salutaire aux hommes et femmes politiques pour comprendre que notre pays conserve beaucoup d'atouts de travail et de capital, mais qu'il subit une érosion longue de ses « fondamentaux ». Cette érosion ne cesse de s'accélérer et les réformes engagées depuis 2007, aussi nécessaires qu'elles soient, ne sont pas à la hauteur pour en inverser le cours, loin de là.


L'examen des moteurs de la croissance est révélateur. La France, petite Amérique à cet égard, a profité cette dernière décennie d'une bonne consommation, elle-même appuyée sur des évolutions positives des salaires, en gros de + 3 % l'an avec inflation réduite. Mais c'est fini. D'abord parce que les salaires réels vont être rognés par le coût des matières premières qui flambent et par les impôts inévitables (la seule question encore ouverte porte sur la modalité : directs ou indirects). Ensuite parce qu'il faudrait, en bonne politique, tenter maintenant de limiter les hausses sur moyenne période pour regagner en compétitivité et pas seulement face à l'Allemagne : nos coûts salariaux et plus encore les charges salariales pénalisent lourdement l'emploi. Mais dilemme : le risque macroéconomique est d'en faire trop et d'étouffer complètement la consommation, donc la croissance.


D'autant que l'autre composante de la demande, l'Etat, les collectivités et les organismes sociaux sont clairement à l'heure de l'austérité. Sous le regard suspicieux des marchés financiers, la France va devoir cesser de plaisanter avec son déficit dès l'an prochain, et ce sera dur sur une longue période.


Le principal des maux français est l'autre moteur de la croissance : l'investissement. Ici c'est un drame qui se joue autour du partage d'un faux diagnostic. Avec les énormes résultats du CAC 40 sous les yeux, les hommes politiques et l'opinion pensent que les entreprises gagnent trop d'argent en France et que tel est le problème. La vérité est exactement l'inverse. Les marges des entreprises n'ont cessé de reculer, de 9 % du PIB il y a dix ans à 6 % aujourd'hui, alors qu'elles ont fait le chemin inverse en Allemagne. Les quelque 85 milliards de profits du CAC 40 (+ 40 %) faussent toutes les statistiques nationales. En outre, et ce n'est pas anecdotique, les groupes du CAC 40 font en vérité leur profit hors de France ! Patrick Artus de Natixis, qui souligne cette faiblesse dramatique de nos PME « cachée sous des chiffres globaux trompeurs », en ajoute une seconde : les conditions d'accès au capital très difficiles. Pour investir, elles sont obligées d'avoir recours au crédit, ce qui est décourageant. Conclusion : les PME ont « une croissance faible de leurs chiffres d'affaires, de leur profitabilité, de leurs investissements et des emplois créés ». Voilà pourquoi votre fille est muette.


Le déficit du commerce extérieur vient confirmer ce sombre tableau : la France souffre d'un positionnement « moyenne gamme » qui la rend fragile (notamment à la valeur de l'euro). Mais elle souffre surtout de voir baisser le nombre d'entreprises qui tentent d'aller vendre à l'étranger. La raison en est la même : les PME en ont de moins en moins les moyens financiers.


La politique économique française est entrée dans une contradiction : il faudrait procéder à un gigantesque changement de rive du courant de la croissance : de la consommation vers l'investissement. Pour les dépenses privées comme d'ailleurs pour les dépenses publiques. Mais les conditions ne sont pas réunies et la France est en passe de se noyer au milieu du fleuve. Très pessimiste, Patrick Artus pense que la croissance 2011 ne dépassera pas 1,2 % quand le gouvernement espère 2 %. Peut-être sera-ce l'électrochoc nécessaire ?

En quête d'unité, le centre peine à se faire entendre

Alors que le débat agite la majorité, François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ne parviennent pas à s'imposer. Le centre-droit se cherche une identité.


On ne les voit plus. On ne les entend plus. Depuis plusieurs semaines, Jean-Louis Borloo, Hervé Morin et même François Bayrou se distinguent par une grande discrétion, accrue par le duel supposé à venir entre Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss Kahn. « Nous avons pris le parti de travailler sur le terrain avant de faire un numéro de claquettes dans les médias », justifie le vice-président du Nouveau Centre Jean-Marie Cavada. En plein feuilleton « MAM », François Bayrou a, certes, réitéré mercredi sur France 2 « l'urgence » de rétablir en France « une vie politique saine » et raillé, une fois de plus, Nicolas Sarkozy qui, selon lui, « sacrifie au rite de la mise en valeur de l'argent ».


Sûr d'une future et unique candidature au centre -la sienne -, le leader du Modem prend même le temps d'une semaine de déplacement en Inde aux côtés de Marielle de Sarnez et de la sénatrice Jacqueline Gourault. Au Nouveau Centre, Hervé Morin, à la peine depuis son départ du gouvernement, s'envole ce soir pour cinq jours en Israël et dans les Territoires palestiniens. S'il rencontrera le président Simon Peres, cherchant ainsi à consolider une stature de présidentiable, l'ancien ministre a du mal, « même au sein du parti, à faire le poids », grince-t-on en interne. Parviendra-t-il à émerger au sein de la Confédération des centres (Alliance centriste, Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne) qui se met en place depuis mardi ? Des réunions bimensuelles doivent permettre de finaliser, jusqu'au printemps, sa charte de valeurs et le projet présidentiel. « Ils parlent de leur confédération, mais ils restent chacun dans leur coin. On ne les entend pas, ils sont absents du débat public et sont absorbés par leurs problèmes internes », attaque Yann Wehrling, porte-parole du Modem.
Scepticisme et dissensions


Le Parti radical, toujours adossé à l'UMP, communique peu, en effet, laissant même en jachère son site Internet. « Jean-Louis Borloo ne manifeste pas une volonté effrénée d'y aller, commente-on chez les proches de François Bayrou. Et Hervé Morin n'a pas l'envergure que pourrait avoir Borloo. » Jean-Marie Bockel, le président de Gauche moderne, pourrait devenir « le gauchiste de la bande », s'amuse un proche. Un « gauchiste » en panne de visibilité depuis son départ de la Chancellerie. « Il faut oser nous différencier, ne pas avoir peur d'agacer ni de fâcher, confie Jean-Marie Bockel. C'est à nous de ne pas être velléitaires »... et divisés, si l'on en juge par le scepticisme affiché par le chef de file de l'Alliance centriste, Jean Arthuis, peu enclin à intégrer la Gauche moderne dans une structure ancrée à droite. Pas sûr, au vu des dissensions, que la petite musique centriste donne le « la » du débat à venir.

Le capital, la montagne et les souris

Selon sa méthode coutumière, Nicolas Sarkozy a lancé un sujet à la fois explosif et complexe, la remise à plat de la fiscalité sur le patrimoine. La mésaventure du bouclier fiscal a trahi la contradiction entre la contrainte extérieure (éviter la fuite des fortunes) et les aspirations intérieures (faire payer les riches). Il est donc acquis qu'il sera supprimé pour apaiser l'intérieur ; sans doute avec partie ou totalité de l'ISF (pour tenter de sauver l'extérieur). Tout cela sous l'égide d'une grande comparaison franco-allemande, pour prouver qu'on ne peut ignorer ce que font les autres.

Mais les marges de manoeuvre sont très étroites. Globalement, le prélèvement fiscal actuel sur le capital n'est pas scandaleusement bas en comparaison de nos voisins. En chiffres grossièrement arrondis (pour la clarté), la soixantaine de milliards prélevés sur le patrimoine provient à 30 % de sa détention, pour ainsi dire inerte, et à 70 % de ses diverses formes d'activation. La détention est frappée aux quatre cinquièmes par les taxes foncières et pour le reste par l'ISF : à peine 9 % du total, petite cause pour grands effets polémiques. Et quand il est activé, le capital produit pour moitié une fiscalité de revenus et pour l'autre une fiscalité de transactions (mutations, plus-values, successions). Si l'on y ajoute la directive présidentielle de non-augmentation de la pression fiscale globale, on voit combien il sera difficile à cette montagne technique d'accoucher d'autre chose que d'une souris.

A cet égard, le débat aura au moins une vertu pédagogique. Il peut en avoir une autre, purement politicienne. Face à la complexité du sujet et à l'étroitesse des marges, il fournira à Mélenchon et à Le Pen le boulevard du simplisme et de la dénonciation des « profiteurs », autre souris. Il rangera du coup le candidat socialiste (présumé responsable) du côté de l'establishment. Ce qui ferait au total plusieurs souris pour une telle montagne.

Déchéance de nationalité: Les parlementaires en désaccord

Alors que les sénateurs avaient rejeté début février l'extension de la déchéance de nationalité, souhaitée par le gouvernement, la Commission des Lois de l'Assemblée nationale l'a réintégré mercredi dans le projet de loi sur l'immigration. Contacté par leJDD.fr, le député UMP Claude Goasguen, également rapporteur du texte, assure qu'elle sera votée le 8 mars prochain en séance et rappelle que le palais Bourbon aura "le dernier mot". 

Mesure phare du projet de loi sur l'immigration, l'extension de la déchéance de la nationalité divise les parlementaires. Alors que le Sénat avait rejeté la disposition début février, par 182 voix contre 156, la Commission des Lois de l'Assemblée nationale a réaffirmé mercredi sa volonté de mettre en oeuvre l'une des principales mesures du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy. Ainsi - alors que les députés avaient déjà voté en sa faveur en en première lecture en octobre - la Commission a rétabli l'extension de la déchéance de nationalité, dont le vote en séance publique aura lieu le 8 mars prochain.
"Nous avons repris le texte voté en Commission des Lois du Sénat, qui n'est pas le même que celui pour lequel nous avions voté en première lecture", explique au JDD.fr le rapporteur du texte, le député UMP de Paris Claude Goasguen, qui refuse de voir dans ces divergences une lutte entre les deux chambres du Parlement. Selon lui, cette mesure "limite à des cas bien précis" la déchéance, qui serait alors effective pour une "attaque contre un individu qui porte les insignes de l'ordre". Quant à savoir si la Commission des Lois a répondu à une attente du gouvernement, l'élu l'assure: il avait de toute façon "l'intention de l'intégrer au rapport", assurant que ce texte, qu'il juge "convenable", est également "plus réservé" que celui initialement souhaité par l'exécutif.

L'Assemblée aura le dernier mot

Même, alors que des voix s'élèvent pour dénoncer ce rétablissement, Claude Goasguen est serein et assure que "le texte sera voté". " Ça passera", affirme-t-il confiant, puisque l'UMP possède la majorité au palais Bourbon - contrairement au Sénat - et que très peu de députés de la majorité se sont prononcés contre cette extension de la nationalité. Un amendement sera toutefois déposé par le député du Nouveau centre François Sauvadet, qui essaiera ainsi de faire évoluer le débat. "En réintroduisant cette disposition, le gouvernement ignore le vote du Sénat, qui l'avait largement rejeté", s'insurge l'élu de Côte d'Or, dans un communiqué. Et d'ajouter: "Ce qui me choque, c'est cette inégalité de fait (...) entre les fils naturels et les enfants adoptifs de la République. Au nom de quoi est-il moins grave d'attenter à la vie d'un représentant de l'Etat lorsqu'on est né Français?"
Votée à l'Assemblée, l'extension de la déchéance de nationalité devrait connaître plus de difficultés en deuxième lecture au Sénat. Le nouveau président des centristes, François Zocchetto, l'a d'ores et déjà annoncé: son groupe votera à nouveau contre cette disposition, empêchant ainsi à l'UMP - qui n'a pas la majorité - de faire adopter cette mesure. Ce ne sera toutefois pas un débat sans fin, assure Claude Goasguen. "S'il n'y a pas d'accord en CMP [Commission mixte paritaire, Ndlr], l'Assemblée fera jouer son droit souverain et votera le texte en troisième lecture", explique-t-il, ajoutant que la chambre basse "a le dernier mot" selon l'article 45 (*) de la Constitution de la Ve République.
Reste ensuite à savoir quelle sera la position du Conseil constitutionnel, s'il venait à être saisi suite au vote du projet de loi sur l'Immigration. "Le vrai problème est de faire rentrer le texte dans les nuances acceptées par le Conseil constitutionnel", juge le député UMP et rapporteur du texte à l'Assemblée nationale, qui considère que la disposition votée par la Commission est "solide". Mais "il y a toujours un doute", reconnaît Claude Goasguen.
(*) Cet article décrit la procédure de la "navette législative" que doit suivre un texte législatif en vue de son adoption par le Parlement. Il indique que "si la commission mixte ne parvient pas à l'adoption d'un texte commun ou si ce texte n'est pas adopté dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, le gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l'Assemblée Nationale et par le Sénat, demander à l'Assemblée Nationale de statuer définitivement".

Place Tahrir, le lieu vide du pouvoir


Comme en Tunisie, la révolte cairote et égyptienne a été double : elle a puisé d’une part dans la dignité la plus humaine et universelle, dans la volonté de mettre un terme à l’insupportable (la corruption du pouvoir mais aussi la pauvreté, la faim, l’absence d’emploi), et d’autre part elle a été dynamisée par les Facebookiens, ces jeunes qui - issus pour une d’un quartier chic comme Zamalek où se trouvent les écoles d’art ou de commerce - connaissent tous les secrets du virtuel et ont activé les réseaux sociaux (twitter, faceboook…). Puis il y a eu le long épisode de la Place Tahrir (« libération » en arabe) : tout le monde, internautes ou jeunes démunis, chômeurs et universitaires, s’est retrouvé Place Tahrir devenu l’« espace public » de rassemblement, l’agora concrète et visible, une réponse politique « provisoire » et « incertaine ». C’est la leçon paradoxale de l’Egypte comme de la Tunisie : qu’on le veuille ou non, le monde est globalisé sur le double plan économique et technologique. Une leçon paradoxale car « le droit à la connectivité », une exigence américaine qui vise la Chine et les bloqueurs de réseau, est libérateur alors que l’ouverture économique, illustrée par Gamal, le fils affairiste de Moubarak auquel était abusivement promis la présidence, est vécue négativement et fait ressentir l’indécence des inégalités quotidiennes. La place Tahrir a donc été durant plusieurs semaines la réponse heureuse et physique à un mouvement éclaté qui lui ressemble.


En effet, devenue pendant plusieurs semaines l’espace où se sont retrouvés les futurs « révolutionnaires du 28 janvier » la Place Tahrir n’est pas un place comme les autres. Ce n’est pas une place de la ville historique, ce n’est pas non plus la place Talaat El Harb qui, située à quelques encablures de Tahrir, semble d’une autre époque. Flanquée sur la rive droite du Nil, le fleuve mythique qui porte ce Pays/Etat (la politique d’irrigation est à l’origine d’un Etat bureaucratique comme Jacques Berque l’a souligné), la Place Tahrir est un assemblage hétéroclite quasi surréaliste où l’on risque d’ailleurs à tout moment de se faire écraser. C’est le pays en miniature : s’y trouvent le Musée égyptien, le siège du parti de Moubarak (PND), le ministère de l’intérieur où tout le monde a un papier à faire tamponner ou une taxe à payer, des grands hôtels (le célèbre Shepheard et le Hilton bâti à l’emplacement des anciennes casernes britanniques), l’ambassade américaine située au sud-est, mais aussi d’invraisemblables connexions routières, des passerelles biscornues et rocambolesques, une gigantesque gare de bus, l’ouverture du métro « le plus propre du monde »… Cette place chaotique, toujours au bord de la ruine, fatiguée par les flots de cars de touristes et de voitures suivies de leur brume de pollution, foulée par les va nu pieds de partout, a donc été le débouché des diverses revendications démocratiques. Cette Place qui n’en est pas une a symbolisé concrètement « la place vide du pouvoir » propre à la démocratie : oubliant le chaos quotidien, elle a pris la forme d’un « cercle de tentes », d’une oasis urbaine à l’image du pays, d’un lieu où se retrouvaient des populations bigarrées. Sur la place Tahrir, l’Egypte s’est « mise entre parenthèses » : l’honneur d’un Peuple s’y est fait entendre, celui de l’Egypte des Pharaons et du Nil, celui d’Oum Khalsoum et du Caire de Naguib Mafhouz, celui dont on a expulsé les habitants, autant de personnages de l’écrivain, du centre historique désormais réservé aux touristes vers des villes satellites où dominent l’illégal et l’informel. Voilà ce qu’a incarné la place Tahrir : un espace démocratique destiné à faire le vide des pouvoirs religieux et politique. On n’y a pas entendu, tous les observateurs l’ont martelé, de slogans antisémites, antiaméricains ou islamistes.


Reste qu’à la différence de la Tunisie où l’armée avait perdu son pouvoir au profit des services de sécurité et de la police, l’armée égyptienne veillait. Elle veillait sur le cercle des tentes pour la protéger des violences perpétrées par les délinquants, séides et forces de sécurité envoyés par Moubarak, elle veillait à ne pas céder trop vite aux exigences américaines, elle veillait à ne pas salir son honneur en démissionnant trop vite le militaire Moubarak, le héros d’hier, bref elle veillait sur tout le monde. Et le peuple égyptien lui-même distinguait les corrompus et l’armée considérée comme la gardienne de l’Etat. Dans ce contexte le vice- président Souleiman, le symbole de la lutte contre l’islamisme radical, et le chef des armées ont pour tâche de favoriser une révision de la Constitution et d’organiser dans les six mois des élections démocratiques. Vont-ils se raidir à l’algérienne ou à la syrienne ? Vont-ils surtout protéger leurs intérêts, eux qui profitent de l’obole confortable (1,3 milliards de dollars) versée par les Etats-Unis chaque année pour qu’ils n’entrent pas en guerre contre Israël comme en 1973 ? Vont-ils se contenter de protéger leurs intérêts, eux qui profitent de la libéralisation économique au point de pouvoir vendre les arpents d’un désert quasi infini ? Ce serait une erreur, la place Tahrir devenue un symbole que les familles cairotes, celles que l’on voit au zoo - cet espace public de fortune - le vendredi, viennent photographier et « balayer » les gravats et détritus accumulés durant ces journées de liesse et d’inquiétude révolutionnaire. Comme s’il fallait au nom de la « propreté » en appeler à la poursuite de la non-violence (Israël doit l’entendre dans ses négociations avec les militaires égyptiens) et à l’exigence de justice sociale alors que les grèves et revendications salariales se multiplient à la mi-février dans des usines de filature ou dans des banques appartenant à l’Etat.


En Egypte, un pays peu comparable à la Tunisie sur le plan démographique et économique, le pouvoir militaire va-t-il s’algérianiser, se durcir ou prendre ses responsabilités sociales, économiques et internationales ? Va-t-il favoriser la démocratie ou défendre ses privilèges « à l’algérienne » en prétextant du chaos et d’un retour possible des islamistes ? Au-delà de l’Egypte, le printemps arabe initié en grande partie par les réseaux sociaux liés à Internet nous a une fois encore introduits dans un monde globalisé auquel les seules réponses nationalistes ne suffisent plus. Les militaires égyptiens doivent s’en convaincre alors même qu’en Tunisie plus de 5000 jeunes, dont des diplômés sans travail, fuient par mer vers l’île de Lampedusa dans le sud de l’Italie ?


« L’événement », un événement a eu lieu Place Tahrir, la constitution d’un espace politique doit achever l’espace public créé provisoirement Place Tahrir. Si la Révolution n’est pas qu’un événement, elle doit conduire, en évitant toutes les formes de terreur, à une constitution et à une représentation démocratique du peuple. Le message est entendu : manifestations matées en Lybie, en Algérie, en Iran interdites en Syrie, plus ou moins tolérées au Yemen, en Jordanie et à Bahrein, inquiétudes en Irak et dans les pays du Golfe. L’histoire globalisée n’est pas qu’une affaire économique, les affairistes mondialisés et arrogants à la Gamal Moubarak sont devenus les déclencheurs d’un regain démocratique pour l’instant sous haut contrôle militaire en Egypte.


S’il ne faut pas abuser de la comparaison avec 1989, avec la sortie du communisme, le conseiller Brezinski qui connaît la musique évoque trois scénarios : l’Irak (l’ordre démocratique imposé par la force, l’illusion américaine), l’Iran (le radicalisme religieux qui s’impose aussi au Pakistan) et le scénario polonais. Mais la Pologne, comme la Tunisie aujourd’hui et dans tout autre contexte, s’appuyait sur un syndicat qui avait une histoire et une tradition de lutte (Solidarnosc et UGTT en Tunisie). Reste que 1989 est une fausse bonne comparaison puisque le délitement de l’Etat communiste a débouché sur un Tout/Marché dont l’Europe ne s’est pas encore remise. Face au marché globalisé, la rue arabe rappelle que le combat pour la démocratie garde tout son sens puisque le marché n’est pas un accoucheur automatique de démocratie. En cela, le 2011arabe répond à la crise économique de 2008 : le politique est là et toujours là, en tout cas sous la forme de pouvoirs qui, militaires ou non, sont chargés d’assurer une transition. Mais laquelle ?

Vivre ensemble


Il y eut les débats – nombreux – sur la laïcité puis sur l’identité nationale. Voici venu le temps du multiculturalisme et de son « échec », diagnostiqué par le président de la République lors de sa dernière prestation télévisée. Au point que l’UMP se propose, en avril, d’organiser la réflexion sur ce thème. Le « multiculturalisme », qui pourrait être entendu comme un mélange harmonieux et fécond, un métissage des cultures, s’apparente plutôt, tel qu’il est dénoncé, au « communautarisme », au repli sur des identités particulières, au refus de se plier aux lois communes.
Des nations européennes de traditions diverses – du modèle intégrateur de la République française au modèle pluriculturel assumé par la Grande-Bretagne – semblent aboutir au même constat : il devient complexe, dans des pays accueillant des migrants venus des quatre coins du monde, de proposer aux citoyens une identité rassembleuse, des valeurs communes. Est-ce d’avoir négligé les racines de l’Europe – d’où l’insistance sur son ancrage judéo- chrétien ? Est-ce de s’être noyé dans une mondialisation qui abolit les frontières et déstabilise les plus fragiles, tentés de se replier sur leur environnement le plus proche ? Est-ce la présence durable de l’islam, perçu (vision entretenue par les violences du terrorisme islamiste) comme refusant l’Occident et ses modes de vie ? Tout cela à la fois, sans doute. Le paradoxe est que, dans les faits (hormis certains quartiers ghettos, cumulant les difficultés sociales, qui enferment leurs habitants dans leur communauté d’origine), les échanges et les brassages n’ont jamais été aussi nombreux. Et, si l’on en croit les événements récents, beaucoup, ailleurs, aspirent à vivre dans une démocratie laïque… à l’occidentale.
Si l’on doit vraiement aborder cette réflexion sur le multiculturalisme dans une société laïque, qu’elle ne se limite pas à la seule question des cultes et ne cible pas une seule communauté, en s’engouffrant derrière le Front national. Qu’elle soit menée, donc, non pas en posture de défense, mais positivement : pour élaborer de meilleures conditions du vivre-ensemble, sans reniement de ce que chacun est profondément, dans le respect de la dignité des personnes, de la liberté – y compris la liberté de vivre sa foi –, de l’égalité. Et, rêvons, de la fraternité.

Pernod Ricard optimiste pour sa rentabilité

Les résultats du premier semestre de l'exercice décalé du champion français des spiritueux sont supérieurs aux attentes. Du coup, il revoit à la hausse certains objectifs.
Pernod Ricard a revu à la hausse son objectif de croissance de son résultat opérationnel courant 2010-2011 après la publication jeudi d'un premier semestre meilleur qu'attendu marqué par une poursuite de son désendettement.
Au cours du semestre clos à fin décembre 2010, le numéro 2 mondial des vins et spiritueux, derrière le britannique Diageo, a enregistré un résultat opérationnel courant (ROC) de 1.210 millions d'euros (+14%) au regard du consensus de 1.182 millions d'euros établi par la rédaction de Reuters.
Son bénéfice net courant part du groupe a cru de 12% à 726 millions (722 millions escomptés par les analystes). Le bénéfice net part du groupe s'inscrit à 666 millions (+10%).
Le chiffre d'affaires a totalisé 4.282 millions d'euros (4.181 millions d'euros prévus par les analystes) soit une augmentation de 13%. La croissance interne a été de 7%.
Dans ce contexte, le groupe a révisé à la hausse l'objectif de croissance interne de son résultat opérationnel courant qu'il estime "à un niveau proche de +7% pour l'ensemble de l'exercice 2010/2011" alors qu'il tablait jusqu'à présent sur une hausse de près de 6%.
La dette nette au 31 décembre 2010 ressort à 9.720 millions d'euros. Sur le semestre elle a baissé de 864 millions d'euros.

jeudi 17 février 2011

Les cinq propositions du Medef pour aider les PME à embaucher

Selon la "patronne des patrons", Laurence Parisot, c'est dans les TPE et PME que se trouve le plus gros réservoir d'emplois. Le Medef invite donc le gouvernement à les soutenir dans leur politique d'embauche. Et elle fait 5 propositions en ce sens.

C'est en citant le président de la République lors de sa dernière intervention sur TF1 que Laurence Parisot, présidente du Medef, a ouvert la conférence mensuelle du syndicat patronal. «Nicolas Sarkozy l'a dit, l'emploi doit être la priorité des priorités. Il l'est aussi pour le Medef», a-t-elle assuré, tout en insistant : "Ce n'est pas du politiquement correct de dire que nous sommes d'accord pour faire baisser le chômage. C'est une orientation qui doit véritablement guider notre économie". Car il ne s'agit seulement de réduire les chiffres du chômage, mais surtout, de promouvoir la création d'emplois. Et celle-ci passe par les TPE et les PME. Cela se traduit concrètement par cinq propositions, énoncées par Laurence Parisot.

1 - Tout d'abord, en opposition à la politique mise en place par le gouvernement, elle demande la reconduite du "zéro charge" pour les TPE pour chaque emploi créé. Cette mesure a en effet permis la création de 110 000 emplois en 2010 : sur ce total, deux tiers ont permis l'embauche des jeunes. En outre, une création sur deux s'est faite en CDI.

2 - Ensuite, la formation des conseillers du Pôle emploi aux besoins spécifiques des TPE. Car "plus nous nous concentrons sur les TPE, plus nous pouvons créer d'emplois durables", a souligné la présidente du Medef. Il faut donc donner les moyens aux TPE et PME de prendre le risque d'embaucher. C'est pourquoi le Medef soutient le "super projet" des assises de la simplification de la réglementation" proposées par Frédéric Lefèbvre, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.

3 - Troisièmement, laisser la liberté aux chefs d'entreprises de gérer leurs entreprises. Laurence Parisot explique en effet ses inquiétudes de voir "l'Etat se transformer en super DRH". Il a par exemple récemment renforcé les dispositifs contraignants sur l'apprentissage, en imposant des quotas aux entreprises.

4 - Dans un quatrième point, la présidente du Medef a prôné le rapprochement du monde de l'entreprise et de celui de l'éducation, afin de valoriser l'alternance, comme au Danemark ou aux Pays-Bas, où un étudiant sur deux travaille en même temps que ses études et où le chômage des jeunes est plus faible qu'en Allemagne.

5 - Enfin, concernant la négociation des questions sur l'emploi des jeunes et l'assurance chômage, le Medef préconise la mise en place d'un observatoire d'évaluation de l'évolution des offres d'emplois, afin de mieux travailler sur l'orientation des jeunes. Se pose en outre la question de l'adaptation de l'assurance chômage aux nouvelles donnes économiques et démographiques, notamment en raison de l'allongement de la durée du travail pour toucher une retraite pleine.

C'est en accrochant le pin's "Annecy 2018" que Laurence Parisot a terminé son compte-rendu, insistant sur l'importance de soutenir la candidature du chef lieu de Haute-Savoie aux Jeux Olympiques d'hiver : si Annecy gagne, la France gagne 35 000 emplois.

Bâle III pourrait fausser la concurrence des grosses banques selon Michel Pébereau

Le président de BNP Paribas Michel Pébereau juge qu'il est inefficace de cibler trop sévèrement les gros établissements bancaires au prétexte qu'ils présentent un risque systémique plus élevé car de telles mesures fausseraient la concurrence.

Le président de BNP Paribas Michel Pébereau estime inefficace de cibler les grosses banques via les mesures préconisées par Bâle III. S'exprimant à l'ouverture d'une conférence consacrée à la réponse du secteur privé aux questions soulevées par le G20, il a souligné qu'à son avis, les banques de moindre importance étaient elles aussi susceptibles de provoquer une crise, citant l'exemple de la britannique Northern Rock.
Cet établissement n'aurait pas, selon lui, été présenté à l'époque comme un établissement présentant un risque systémique. Il a ajouté qu'elle aurait échappé aux mesures les plus strictes si elles avaient alors existé.
Les pays membres du G20 ont approuvé de nouvelles normes prudentielles connues sous le nom de Bâle III qui exigent des ratios de fonds propres plus exigeants qu'auparavant.
Le Conseil de la stabilité des banques étudie désormais l'hypothèse d'imposer des règles plus exigeantes à l'égard des banques présentant un risque systémique (SIFI). "Limiter la définition des SIFI à une poignée d'établissements d'importance systémique ne permettra certainement pas d'englober les cas les plus susceptibles de remettre en question la stabilité financière dans un avenir proche", a-t-il dit.
"La seule chose qui se produira avec certitude, c'est la destruction des conditions de concurrence équitable, en contradiction complète avec les objectifs du G20 et la création de nouvelles situations d'arbitrage réglementaire, certaines entités étant moins régulées que d'autres tout en exerçant la même sorte d'activités."
Selon Michel Pébereau, une régulation excessive aurait un impact sur la croissance des pays développés qui cherchent actuellement à reprendre de l'allant.
Plutôt que de se focaliser l'idée d'imposer des ratios de fonds propres plus élevés, les régulateurs devraient selon lui améliorer la surveillance de toutes les banques quelle que soit leur taille et concevoir des mécanismes de résolution des problèmes affectant les établissements en faillites en s'inspirant notamment du système des dépôts garantis.
Il a en outre plaidé en faveur d'une révision des règles sur les provisions de liquidités fixées par Bâle III, expliquant qu'elles se traduiraient par 1.700 dollars de pertes pour le secteur si elles restaient en l'état.
 

TF1 a doublé son résultat net en 2010

Grâce à la publicité, TF1 a doublé son bénéfice net l'an dernier. Du coup, le groupe a confirmé ses objectifs de rentabilité et de coûts.
TF1 a annoncé jeudi un résultat net multiplié par deux en 2010 à 229 millions d'euros à la faveur de la reprise des investissements publicitaires.

Le groupe de télévision a fait état d'un chiffre d'affaires consolidé en hausse de 11% à 2,6 milliards d'euros, en ligne avec les attentes du marché. En effet, les analystes interrogés par l'agence Reuters tablaient sur un résultat net de 2,591 milliards d'euros.
La filiale de Bouygues avait relevé en novembre sa prévision de croissance à 8,0%, contre 7,0% auparavant.
Les recettes publicitaires de la chaîne ont progressé de 8% l'an passé, précise le groupe dans un communiqué. La hausse a été de 4% sur le seul quatrième trimestre.
La chaîne M6 a également profité de la reprise du marché publicitaire, enregistrant sur l'ensemble de l'exercice une progression de 10,7% de ses recettes publicitaires.
Concernant les perspectives pour l'année en cours, TF1 a confirmé son objectif d'amélioration de la rentabilité et de stabilisation du coût de grille de la chaîne amirale du groupe.
Ce coût devrait être de l'ordre de 950 millions d'euros en moyenne sur 2011 et 2012.
"Le groupe a retenu pour 2011 une hypothèse de stabilité de son chiffre d'affaires consolidé", précise encore TF1.
L'action a clôturé mercredi en repli de 0,17% à 14,39 euros dans une capitalisation boursière d'environ trois milliards d'euros. Depuis le début de l'année, elle affiche une hausse de 10,7% alors que l'indice paneuropéen des médias a gagné dans le même temps un peu plus de 6%.

La Libye se prépare à sa "journée de la colère"

Sur le modèle tunisien et égyptien, la rue libyenne doit connaître une importante journée de mobilisation ce jeudi pour demander la chute du régime. Quatre personnes ont été déjà été tuées par les forces de l'ordre.

Le scénario va-t-il se répéter ? C'est en tout cas ce qu'espère la rue libyenne. De nombreux appels ont été lancés sur Facebook ainsi que Twitter pour faire de ce jeudi la « journée de la colère » contre Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis bientôt 42 ans.
Plusieurs manifestations sont prévues dans différentes villes du pays. Mercredi à Al-Baïda dans l'est, des heurts entre forces de l'ordre et manifestants anti-régime ont déjà fait quatre morts selon des ONG sur place.
« Les forces de la Sécurité intérieure et des milices des comités révolutionnaires ont dispersé, en usant des balles réelles, une manifestation pacifique de jeunes de la ville d'Al-Baïda », faisant « au moins quatre morts et plusieurs blessés », a indiqué dans un communiqué Libya Watch, une organisation de défense des droits de l'Homme basée à Londres. Des sites d'opposition font état de la même chose.

Des manifestations pro-Khadafi

Des vidéos circulant sur internet, montraient des dizaines de jeunes Libyens rassemblés la nuit dernière dans la ville d'Al-Baïda et scandant : « le peuple veut faire tomber le régime », tandis qu'un bâtiment prenait feu, en l'absence des forces de sécurité.
A l'inverse de la Tunisie et de l'Egypte, Khadafi dispose encore de nombreux soutiens. Des manifestants pro-régime ont mis en garde ceux qui oseraient « toucher aux quatre lignes rouges », à savoir : Mouammar Kadhafi, l'intégrité territoriale, l'islam et la sécurité du pays. Les comités révolutionnaires, épine dorsale du régime, ont prévenu de leur côté qu'ils ne permettraient pas « de piller les acquis du peuple et de menacer la sécurité du citoyen et la stabilité du pays ».

The Voice of Egypt's Muslim Brotherhood

He is a hypermarket of dogma, dispensing advice on subjects ranging from mother's milk to suicide bombing. But few have as much influence on Sunni Muslims as the Muslim televangelist Youssef al-Qaradawi. He says what the Muslim Brotherhood in Egpyt thinks -- and he provides clues to how they might act.
This man is a word machine, a one-man talk show that leaves no subject unexamined. Youssef al-Qaradawi has to talk: about former Egyptian President Hosni Mubarak, about mothers' milk banks, and about the right of Palestinian women to blow themselves up.

He is a driven man. There are so many decisions to be made in this godforsaken modern age, and yet there is only one mufti, only one Islamic scholar like Qaradawi, who knew the Koran by heart by the time he was 10, only one man who can help the faithful understand the world. Qaradawi is the father figure of Egypt's Muslim Brotherhood, the country's best-organized opposition group. The Brotherhood is sure to play a part in deciding what path Egypt will now take.
The Islamist group asked Qaradawi to be their leader in 2002, but he turned them down. Such a position would have been too limiting. He has a different mission. He feels compelled to talk.
The Al-Jazeera television network has been broadcasting Qaradawi's program "Shariah and Life" every Sunday for the past 15 years. Some 60 million Muslims watch him as he talks imploringly about the genocide in Gaza or the unique dangers of female masturbation ("the hymen is very sensitive and could tear").
'Every Last One of Them'
Qaradawi advocates establishing a "United Muslim Nations" as a contemporary form of the caliphate and the only alternative to the hegemony of the West. He hates Israel and would love to take up arms himself. In one of his sermons, he asked God "to kill the Jewish Zionists, every last one of them."
In January 2009, he said: "Throughout history, Allah has imposed upon the [Jews] people who would punish them for their corruption. The last punishment was carried out by [Adolf] Hitler."
Will this man encourage his brothers in Cairo to uphold the peace treaty with Israel, should the Muslim Brotherhood become part of a government now that Mubarak has resigned?
The 84-year-old is the president of the International Association of Muslim Scholars and the European Council for Fatwa and Research. He has written more than 120 books and penned countless doctrines, which he distributes internationally via his website IslamOnline.net.
He is a blend of pope and service hotline, a spiritual "Dear Abby" for all instances of doubt in Muslim life.
Should a mothers' milk bank be established? Especially since the Koran forbids marriage between two people who were nursed by the same woman? "Yes," says Qaradawi, pointing out that the Koran's prohibition of incest applies only to the mother's breast, not its contents.
Hypermarket of Dogmas
He talks about everything, which makes him exhibit A for anyone seeking to demonize Islam. A justification for every stupidity can be found in Qaradawi's words, as long as one searches long enough. On the other hand, Muslims refer to the search for the appropriate dogma as "fatwa shopping." To them, Qaradawi is a hypermarket of dogmas.
During a visit to London, then Mayor Ken Livingstone asked the sheikh how he felt about the rights of homosexuals. "He told me that he was against attacks on homosexuals," Livingstone recalls. But the mufti isn't opposed to 100 lashes for gays and lesbians if that is the punishment imposed by a Sharia judge, at least according to statements he has made on his program.
It is the responsibility of any scholar to lead the faithful, and only the scholar can interpret the scriptures correctly. This is Qaradawi's mission.
He attended Al-Azhar University in Cairo, where he met Hassan al-Banna, the founder of the Muslim Brotherhood. Banna offered an Islamic alternative to the alleged ills of modern life: corruption and gambling, insolent women and provocative writings, alcohol and the neglect of the poorest members of society. In a word: godlessness.
Former Egyptian President Gamal Abdel Nasser imprisoned the sheikh three times because of his Islamist activities. In 1961, Qaradawi went into exile in Qatar, where he still lives today. With the protection of the Emir of Qatar, Qaradawi was able to build his fatwa empire, a realm of schools and various forms of media. "We too are modern," he said in a SPIEGEL interview, "and we too benefit from the great inventions of the West, from the revolution of the information age."
Equal Rights
The title of a study recently published about Qaradawi in Denmark refers to him as the first "global mufti." Qaradawi specialist Jakob Skovgaard-Petersen believes that the TV imam was behind the protests following the publication of cartoons of the Prophet Muhammad in a Danish newspaper -- unrest which led to the Danish embassy in Beirut being set on fire. The sheikh has been barred from entering the United States since 1999.
The imam has also developed a reputation for himself as a moderate. Many see him as a symbol of an enlightened Islam. When speaking to the Western media, in particular, Qaradawi likes to point to Muslims' tolerance of non-Muslims and condemns the attacks of al-Qaida.
He also speaks out against the systematic castigation of wives. He calls the practice unwise, saying: "Blows are not effective with every woman, but they are helpful with some." In other cases, the sheikh insists on equal rights. For example, he says, a woman does not have to ask her husband's permission to blow herself up in an Israeli café.
Compared with this guardian of the faith, Pope Benedict XVI is positively enlightened.
Otherwise, however, the two elderly men have a few things in common. Qaradawi and the pope were born within the same six months from each other, both in rural areas, one in Lower Egypt and the other in Upper Bavaria. Both feel that the Western world is godforsaken. Both have written enough to fill an entire theological library. And both are determined not to be what they are perceived to be: stern teachers. Qaradawi says that he merely wants to offer "alleviation" in a world of confusion. Benedict XVI says more or less the same thing.
Both Devout and Modern
But many feel that the TV imam is more dangerous than those like the Taliban who teach the Koran to the letter. Qaradawi does not demand anything impossible from his contemporaries. Instead, he stresses that his followers can be devout and modern at the same time.
Critics see Qaradawi's caution as nothing but a ruse. In the German blog "Die Achse des Guten" ("The Axis of Good"), Christoph Spielberger writes about the "Islamic principle of Taqiyya, or misrepresentation to achieve a higher goal." According to Islamic tradition, concealing one's faith is permissible, but only in the face of a massive threat.
The TV imam's followers in Egypt's Muslim Brotherhood share his intangibility. For some, they are the dyed-in-the-wool Islamists, while others see them as champions of democracy on the Nile.
"There is no question that true democracy must gain the upper hand," Mohammed Mursi, a Muslim Brotherhood spokesman, wrote recently. "The Brotherhood adheres to its roots in Islamic thought. It refuses to accept any attempt to impose any ideological line on the Egyptian people."
This sounds good. But as an underground organization, the Muslim Brothers had no opportunity to try out their religious principles on everyday political life, and on tolerance and the balance of interests. They experienced the meaning of human rights firsthand during the years of repression. It changed them.

"Caution is the watchword," writes Islamic scholar Tariq Ramadan, referring to the tactics of the Muslim Brotherhood. According to Ramadan, its leaders know that "now is not the time to expose itself." Now everyone wants to know who the Muslim Brothers really are. The question is as pointless as asking whether Yusuf al-Qaradawi is moderate or not. He is both himself and the opposite of himself, depending on one's perspective -- and the circumstances.
But what is acceptable in quantum physics can be extremely dangerous in the business of politics.

Des Chinois auraient piraté les ordinateurs du gouvernement canadien

Le gouvernement du Canada a été victime en janvier d'une cyberattaque en provenance d'ordinateurs installés en Chine, a rapporté mercredi la radiotélévision canadienne (CBC). De son côté, Pékin a démenti.

Après les multinationales pétrolières espionnées c'est au tour du gouvernement canadien d'être victime d'une cyberattaque venant de la Chine. Selon la radiotélévision canadienne (CBC) des pirates situés en Chine sont parvenus à entrer dans le système informatique du ministère des Finances et du Conseil du Trésor.
Lorsque l'attaque a été découverte, l'accès à Internet a été coupé dans ces deux ministères. Un porte-parole du ministre Stockwell Day, président du Conseil du Trésor, a déclaré que les autorités canadiennes avaient détecté une tentative illégale d'intrusion dans le système informatique de ce ministère.
Il n'a pas précisé si ces attaques provenaient de Chine, comme l'a affirmé la CBC. "Rien n'indique que la moindre information relative à un citoyen canadien ait été compromise", a écrit ce porte-parole dans un courriel.
Les services secrets canadiens se plaignent régulièrement de ce qu'ils qualifient d'espionnage industriel de la part de la Chine et d'autres pays.
Pékin a pour sa part démenti toute implication dans cette cyberattaque ce jeudi selon l'agence Agence France presse. Un porte parole du gouvernement a déclaré  "Les allégations selon lesquelles le gouvernement chinois soutient le piratage informatique sont infondées". Il a ajouté "la Chine est aussi une victime du piratage".

Valka-Valga, la vie à deux visages

Lorsque l'on traverse la frontière entre Valka la Lettone et Valga l'Estonienne, on ne change pas seulement de pays mais aussi un peu d'époque. Récit d'une querelle entre Anciens et Modernes tout au bout de l'Europe. 

"Tout est toujours mieux en Estonie", lance la rédactrice en chef du journal de Valka, Ingūna Johansone lorsque ses invités arrivent. Dans son petit sourire au coin des lèvres, on sent bien l’ironie : "C’est ce que disent habituellement les Lettons, mais moi je pense qu’il n’y a pas une grande différence." A la rédaction de Ziemeļlatvija, lorsqu'on commence à parler de Valga et de Valka, il y a toujours quelqu’un pour se souvenir qu’un ex-collègue est parti travailler en Estonie. "Et mon fils travaille en Estonie", ajoute un autre. "Un ami y cherche du travail... Un parent y travaille déjà…".
Personne ne peut dire exactement combien de Lettons travaillent à Valga. Ils seraient environ 200, ce qui n'est tout de même pas rien pour une petite ville. Les Lettons ont également découvert les magasins estoniens. Et même s'ils pensent que les prix ont augmenté en Estonie depuis l’introduction de l'euro [le 1er janvier], ils continuent de s'y rendre par centaines tous les week-end pour faire leurs achats. "A Valga, un appartement sur cinq est acheté par un Letton," dit l’agent immobilier, Hans Heinjärv. "Mais je ne connais pas d’Estonien ayant acheté un appartement". Enfin, les Lettons ont aussi commencé à aller à l’hôpital de Valga. L'année dernière, 300 d'entre eux se sont fait soigner à Valga et 82 y sont nés (l’année précédente, ils étaient respectivement 50 et 17). 

Une Valga florissante et une Valka qui stagne

Jusqu’à présent, ce phénomène était comme une infiltration silencieuse non organisée. Mais en novembre dernier, le jeune maire de Valga, Ivar Unt, est passé à l'attaque. Il a lancé une campagne invitant les Lettons à s’enregistrer auprès de l'administration comme habitants de Valga. Un chèque cadeau équivalent de 319 euros  a été offert à l’un des participants à cette campagne tiré au sort. "C’est scandaleux !" a rétorqué le maire de Valka, Kārlis Albergs. Les journalistes lettons ont eux aussi jeté de l’huile sur le feu. Télévision, radio et journaux sont arrivés de Riga et ont montré des images d'une Valga florissante et d'une Valka qui stagne. En réalité, Valga n’est pas un coin riche de l’Estonie. Selon la caisse d'assurance chômage, seul Ida-Virumaa [région russophone au Nord-Est de l’Estonie] compte plus de chômeurs. Et les statistiques montrent que les salaires y sont les plus bas du pays. 
Certes, Valga n’est pas non plus un ghetto avec des clochards à tout coin de rue. La pauvreté est très relative. C'est-à-dire qu’il y a un peu plus de maisons en ruine et l'aspect général de la ville est plus fatigué que dans d’autres villes d'Estonie. L'empreinte la plus pesante sur Valga est celle laissée par l'Union soviétique, lorsque l'on a construit dans cette ville frontalière et ferroviaire beaucoup d'industries dont plus personne n'en a besoin aujourd'hui. Malgré tout cela, Valga se trouve dans une meilleure situation que Valka, la lettone. Tout d’abord, Valga est plus grande et plus riche que Valka : les salaires y sont plus élevés, les aides sociales plus importantes. De plus, la ville s’est  un peu plus développée grâce à ses nouveaux bâtiments, ses centres commerciaux, quelques petites entreprises, une belle école et un grand hôpital.

"A Valga, on peut encore trouver du travail"

Sous la neige, la différence entre les deux villes n’est pas très visible. En été, les gens disent que passer de la partie estonienne à la partie lettone de la ville est comme entrer dans une autre époque. Or, ce qui fait réellement la différence pour les gens, c'est qu'"à Valga, on peut encore trouver du travail", dit Marite Runka, une lettonne qui travaille dans une usine de textile. Anu Eesmaa, le chef de la production de l’usine qui appartient à des Finlandais, dit en rigolant que Marite Runka est le chef de la "ligne lettone", car elle dirige une équipe composée de plusieurs Lettons. Ils sont vingt à travailler dans cette usine. Personne ne les fait venir. Ils viennent tous seuls. Un connaissance aurait conseillé, un ami aurait invité…Les entrepreneurs estoniens assurent qu’ils ne cherchent pas spécialement à embaucher les Lettons. Ca se fait comme ça, c'est un hasard. 
Le jeune maire de Valga, Ivar Unt, s'assoit dans son petit bureau devant la photo officielle du président estonien, Toomas Hendrik Ilves. Il  offre aux invités du thé et des biscuits et parle d'une même ville qui se trouve dans deux Etats différents. Les Lettons aiment bien le maire de la ville estonienne, qu'ils trouvent innovant, courageux et entrepreneurial. Le maire de Valka, Kārlis Albergs, un homme de la “vieille école” à l'âge de la retraite, est son opposé. La campagne pour inciter les Lettons à s'enregistrer n'avait pas finalement eu de réel impact: seul dix personnes ont répondu à l'appel. Il était assez difficile de trouver un endroit pour s'enregistrer. Mais lorsque que l'information commencera à bien circuler et que l'enregistrement sera mieux organisé, le nombre d'arrivés à Valga pourrait exploser. Ivar Unt assure que ce n'est qu'un début. De quoi inquiéter les hommes politiques lettons.