TOUT EST DIT

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lundi 21 juin 2010

La facture du Net

Qui doit payer pour l'Internet du futur ? A l'heure où l'explosion du volume de données échangées sur le réseau menace de faire imploser le Net, la nécessité d'investir massivement dans de nouvelles infrastructures ne fait plus guère de doute. Si l'on veut éviter les bouchons, il va falloir rajouter des routes et des bretelles d'accès sur l'autoroute de l'information du XXI e siècle. Est-ce aux opérateurs de télécommunications, au client final ou aux services comme Google et YouTube, portés par l'essor du Web, de régler la note ?

Ce débat qui aurait dû n'être que technique et financier est devenu quasi idéologique. Défendant la « neutralité du Net » comme on s'opposerait à une dictature, les pionniers du «.com » tentent de nous faire croire que les géants des télécoms sont de nouveaux tortionnaires cherchant à étouffer la liberté. En voulant faire payer ceux qui vivent du Web, ils brideraient l'innovation.

La critique est facile mais manque de fond. Conçu au départ comme un réseau des réseaux, le Net est basé sur le principe de l'échange, du troc de données. Ce système pouvait fonctionner tant que les échanges étaient symétriques. Ils ne le sont plus. Certains émettent de plus en plus sans assumer le coût économique de cette diffusion de masse. Il semble normal, moral même, que ceux qui utilisent le plus ces routes numériques en assument au moins partiellement les conséquences financières. Il ne s'agit pas d'instituer un quelconque « racket », mais plutôt une sorte de droit de passage raisonnable. Sur autoroute, les poids lourds et les motos ne payent pas le même prix et les tarifs peuvent varier aux heures de pointe. Dans le monde « digital », les start-up qui ouvrent leur porte-monnaie pour leur électricité ou leurs bureaux peuvent bien payer pour le Net. Et les géants riches à milliards ne peuvent-ils contribuer un peu plus à la facture ?

Mais s'il est légitime que les opérateurs différencient entre les « gros » et les « petits », il convient évidemment d'éviter qu'ils sombrent dans la discrimination pure et simple. Pas question, en clair, qu'ils fassent payer un YouTube, par exemple, mais pas un service de diffusion vidéo dont ils seraient propriétaires. Il faut également qu'ils restent soumis au jeu de la concurrence afin qu'ils ne cèdent pas à la tentation de faire payer peu au départ mais à terme beaucoup aux acteurs du Net.

Le consommateur ne doit en tous les cas pas être le seul à assumer la modernisation du Net. On lui propose déjà de passer de la classe « éco » à la classe « affaires » en passant de l'ADSL à la fibre. On peut difficilement lui en demander plus.




DAVID BARROUX

Le coup de rabot se précise

Les contours du Budget 2011 de l’Etat se précisent sur un point : la baisse du nombre de fonctionnaires. Alors qu’on parle beaucoup des retraites, François Fillon et le gouvernement avancent aussi sur la préparation de la loi de finances pour 2011. Le Premier ministre a déjà annoncé une baisse de 10% des dépenses de fonctionnement – les frais généraux : les voitures et les taille-crayons (en gros) – et une autre baisse de 10% sur les interventions économiques et sociales, ce qui est encore vague. Sur les effectifs, le cadrage général se précise puisque François Baroin, le ministre du Budget, a terminé la semaine dernière ses tête-à-tête (qu’on imagine musclés) avec les autres ministres. Et le résultat est confirmé : ce sont environ 34.000 postes qui seront encore supprimés l’an prochain – et d’ailleurs aussi en 2012 et 2013. En clair, depuis 2007, 100.000 postes ont déjà disparu et 100.000 autres sont programmés.

Numériquement, c’est l’Education nationale qui fournira encore le plus gros effort en 2011, avec 16.000 suppressions de postes (elle en a déjà perdu 50.000 depuis 2006). Mais en proportion, c’est pour le ministère des Finances que la règle du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux est la plus ferme puisque ce un sur deux se rapproche d’un deux sur trois. La Défense, l’Agriculture et le Développement durable vont aussi faire des économies, ce qui ne sera le cas ni de la Justice (dont les moyens vont encore augmenter) ni de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – ils sont préservés. Le nombre de policiers baisera encore, comme celui des gendarmes.

Les économies de postes ne résultent pas toujours de grands changements de politique mais aussi de petits changements d’organisation. Par exemple, l’audition des détenus (en prison) par visioconférence a réduit les allers-retours au tribunal : 1.200 postes de policiers économisés. Les chèques envoyés au fisc ne sont plus traités à la main dans les 3.000 trésoreries mais par informatique à Rennes, Lille et Créteil. A l’Equipement, 3.500 ingénieurs routiers ont perdu leur raison d’être. Voilà des postes supprimés. Autre exemple, Bercy réfléchit à une réforme des amendes de stationnement : plus de policiers qui courent les rues avec un carnet à souches, mais des plaques minéralogiques flashées et des amendes envoyées par Internet.

Ces 34.000 suppressions de postes vont sans doute passer , puisque l’on constate que les services publics ne sont pas à feu et à sang. Bercy a perdu des postes et les impôts sont toujours prélevés ! Dans l’Education, on sait bien que la dégradation des conditions de travail des enseignants (réelle) n’est pas forcément d’abord liée aux moyens. Disons aussi qu’avancer avec un objectif chiffré prédéterminé est étrange – notamment dans l’Education où les justifications des économies ne sont clairement pas assez exposées. Mais ce qui est sûr, c’est que si le gouvernement veut réduire les déficits autant que prévu en 2011, il devra trouver bien d’autres économies qu’un coup de rabot sur les effectifs – si nécessaire que ce dernier soit.

DOMINIQUE SEUX

Suppressions de postes de fonctionnaires : ce qui attend les ministères en 2011

Le gouvernement est en train de finaliser les plafonds d'emplois prévus l'an prochain. L'Education nationale devrait perdre 16.000 postes. La Justice sera le seul ministère à voir ses effectifs augmenter. La stabilité reste de mise pour l'Enseignement supérieur et la Recherche. Bercy met en avant la réforme de l'Etat.
Déjà 100.000 suppressions de postes effectuées, 100.000 autres à venir entre 2011 et 2013 : l'application du principe de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite va devenir de plus en plus difficile sur le terrain. Il n'empêche : le gouvernement va confirmer cet objectif le 6 juillet, lors du débat d'orientation des finances publiques à l'Assemblée nationale. Et il entend démontrer que c'est possible grâce à la réforme de l'Etat, quelques jours avant, à l'occasion d'une nouvelle conférence des politiques publiques.

Les réunions bilatérales entre François Baroin, en charge du Budget, et les principaux ministres se sont achevées la semaine dernière. Et Matignon a quasiment finalisé les efforts à demander à chacun des ministères l'an prochain pour aboutir à 34.000 suppressions de postes (à quelques centaines près). A l'Education nationale, quelque 16.000 postes devraient être supprimés (lire ci-dessous). Mais, en proportion, c'est Bercy qui produira à nouveau le plus gros effort, à raison de 56 % à 57 % des effectifs non remplacés. La Défense figurera également parmi les plus gros contributeurs, comme prévu dans sa loi de programmation, ainsi que le Développement durable et l'Agriculture. Comme en 2010, la Justice (+ 200 postes) devrait être le seul ministère à voir ses effectifs croître, pour accompagner la construction des prisons (lire ci-dessous). Et, comme promis, les effectifs de l'Enseignement supérieur et de la recherche seront à nouveau préservés.
Gains de productivité

Mais, au-delà de 2011, le gouvernement doit maintenant boucler d'ici à quinze jours les exercices 2012 et 2013. Avec une question : ce rythme de 34.000 suppressions par an peut-il être maintenu sans dégrader le service public ? Accusé - notamment par la Cour des comptes -de privilégier une vision purement comptable, le ministère du Budget se défend en indiquant s'appuyer sur les gains de productivité de chaque administration. L'audition des détenus par visioconférence, par exemple, a permis de réduire la fréquence des allers-retours au tribunal : 1.200 postes de policiers deviennent ainsi inutiles. Le service des impôts s'est également modernisé. Les chèques de paiement, jadis gérés manuellement dans les 3.000 trésoreries, sont désormais lus dans trois centres high-tech, à Rennes, Lille et Créteil, chacun traitant 400.000 chèques par jour, sans intervention humaine. Des centaines d'emplois peuvent être ainsi gagnés. « Nous nous appuyons sur la réforme de l'Etat, il n'y a pas de norme appliquée à l'aveugle », insiste-t-on au ministère du Budget.
Des moteurs qui « s'essoufflent »

D'autres mesures en projet devraient permettre de maintenir le rythme, assure Bercy. Expérimentée dans quatre collectivités locales, la notification des amendes de stationnement par e-mail ou par courrier doit mener à la réduction du nombre de policiers assignés à cette tâche. Ceux-ci pourront « flasher » les plaques d'immatriculation sans avoir à remplir le traditionnel papillon placé sur le pare-brise. Autre piste de progrès : le paiement des impôts locaux de manière dématérialisée, à l'instar de ce qui se pratique déjà, pour trois foyers sur quatre, avec l'impôt sur le revenu.

Certains cadres de l'administration admettent néanmoins, officieusement, que les moteurs de productivité « s'essoufflent ». « Quand les administrations s'informatisent, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux se passe plutôt bien. Là où les gains de productivité sont moins évidents, cela grince beaucoup plus », souligne Luc Rouban, directeur au centre de recherche de Sciences po (Cevipof), qui observe une « nette » dégradation du climat social dans la police et l'Education nationale.


LUCIE ROBEQUAIN

AH CHERS CANADIENS ; QUE JE VOUS ENVIE DE NE POINT AVOIR LE FOOTBALL COMME SPORT NATIONAL !!

Le commentaire politique de Christophe Barbier du 21 juin


Triomphe planétaire

D'une certaine façon, la France a déjà réussi sa Coupe du monde 2010. Quand le temps aura passé, en effet, l'histoire ne retiendra de ce Mondial que deux équipes : celle du pays vainqueur et peut-être plus encore... la France. Incapables de s'imposer par la qualité de leur jeu, les Bleus se sont largement rattrapés depuis en montrant une maestria certaine dans le scandale planétaire qu'ils ont déclenché. Un triomphe ! Un-tri-omphe ! De l'inédit ! De l'inimaginable ! Du suspense ! Aucun scénariste sain d'esprit n'aurait eu l'idée d'écrire pareils rebondissements dans le feuilleton qui captive les Français depuis deux jours. Un genre nouveau qui hésite entre la série américaine (Dallas), le fantastique (La Quatrième Dimension), le psychodrame, le ridicule ou le loufoque. Et qui finit par tout mélanger... Comment oublier, après le bras d'honneur adressé à Rama Yade, la confession psychanalytique de Ribéry, hier midi dans Téléfoot, et la déclaration surréaliste d'un sélectionneur national pris en otage par ses joueurs pour lire un communiqué de rébellion contre la Fédération française de football ? Avec le mystère de ce car aux rideaux tirés et un Domenech hagard, dans un état second, comme sous influence, abdiquant le peu d'autorité qui lui restait, l'épisode a pris un tour humiliant pour tous ses acteurs. Ce dimanche de folie est sans doute l'une des conséquences directes du huis clos imposé par les dirigeants du foot français à son équipe. L'isolement a facilité le décrochage avec la réalité, encouragé les rumeurs comme les approximations, et nourrit la paranoïa grandissante d'un groupe déstabilisé par des prestations désastreuses. L'histoire du « traître » a révélé l'immaturité de ces hommes - surpris par les critiques, normales, qu'ils ont suscitées - devant l'inévitable pression médiatique à laquelle ils sont soumis. Un spectacle désastreux, aux confins du grotesque, qui ruine le crédit d'une grande nation de football aux yeux du monde, et indigne les Français : entre eux et le onze tricolore, le divorce est consommé. Cette crise n'est pas un accident. En s'aveuglant délibérément et en tolérant les provocations répétées de Domenech, les instances du football français ont tout misé sur une Coupe du monde qu'ils espéraient rédemptrice. C'est raté ! Cette fois, le château de cartes s'écroule. Il va falloir, maintenant, faire table rase. Un grand ménage s'impose dans un groupe qui mérite un carton rouge collectif, impardonnable pour l'exemple déplorable qu'il a donné. En attendant quelques expulsions qu'on ne regrettera pas, que les Bleus mouillent ce maillot pour dissoudre un peu de l'indignité qu'ils lui ont infligée.

Olivier Picard

La défaite et la fête

Tiens, si on fêtait un peu la musique ? N'oublions pas qu'après le prologue du week-end, le jour J, c'est ce lundi. Et ce sera bientôt tout ce qu'il nous restera d'une époque ancienne, certes pas toujours rose, mais si prompte à donner du tempo au tempo. Un souffle d'accordéon au coin d'une rue. Un groupe de rock sur une estrade. Une corde brisée au doigt d'un guitariste orphelin d'Aragon et de Ferrat... Il n'en faut pas plus pour que nous respirions. Et bon sang que l'on a besoin d'air par les temps détraqués qui courent sur les stades ou ailleurs ! Nous sommes nombreux à rêver d'échanger un seul solo de violoncelle contre le grand concert d'inconvenances et de stupidités qui "vuvuzelate" à nos oreilles. Osons le dire : la partition inédite jouée en Afrique du Sud par Anelka, Domenech, Evra et quelques autres piteux interprètes nous afflige. Non seulement "l'œuvre" en elle-même, mais le retentissement et l'enchaînement qui s'ensuivent. Face à la folle cascade de rebondissements consécutifs à la défaite de la France contre le Mexique, on atteint carrément la démesure. Injures, exclusion, grève de l'entraînement... On cherche en vain à remettre à sa juste place cet emboîtage de navrants épisodes tissés sur fond d'incompétences sportives et humaines, d'invectives médiatisées, de honteux business et peut-être avant tout d'art de prendre les gens pour des imbéciles. Car enfin quoi, il y a probablement plus important dans notre société, si inquiète de son avenir, que l'obscène représentation d'une équipe tricolore scandaleusement payée. Marre de la dysharmonie orchestrée. Marre des joueurs de pipeau et de piston érigés en démiurges. Allez, fêtons la musique, malgré l'été qui ne vient pas ! L'unique, la vraie, la pauvre. Celle qui, sans tribune et loin du cirque fou du foot, marque à chaque fois un but dans notre cœur.


Didier Pobel

Pire

Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite, nous démontrent les Bleus chaque jour. Ils auraient pu se contenter d'être mauvais sur le terrain et arrogants en dehors, comme ils le sont depuis déjà quelques années. Mais là, franchement, ils nous épatent ! Ils nous offrent un feu d'artifice de bêtise, de lâcheté et de vulgarité. Tous solidaires, pour une fois, dans la quête du pire : joueurs, entraîneur, dirigeants de la Fédération - ne manque plus que Rama Yade pour rabaisser encore un peu le niveau. Ceci dit, après avoir vu en une seule journée Ribéry pleurnicher sur Gourcuff, Domenech lire une déclaration de grève des joueurs, le capitaine se frictionner avec le préparateur physique, et un vice-président s'enfuir en courant, chacun se demande : mais que vont-ils encore pouvoir inventer ? Françaises, Français, faisons confiance à nos Bleus, ils peuvent faire encore pire.

Présidentielle : la balle au centre


Sauf si les sondages deviennent exécrables, Nicolas Sarkozy sera candidat à sa succession. Pour gagner, deux options divisent la majorité : la sienne ¯ construire une large union au premier tour pour créer une dynamique gagnante ¯ et celle de ses compétiteurs de droite et du centre, pour qui la diversité fait la force.

L'Élysée tire deux constats des élections régionales. D'une part, les centristes ont grappillé des voix et des sièges à leur allié UMP, sans lui en rapporter. D'autre part, les électeurs Front national déçus du sarkozysme ne se laisseront pas amadouer deux fois.

L'UMP doit donc trouver, au centre et au centre gauche, de quoi compenser l'électorat défaillant d'extrême droite, si elle veut échapper au sort de Lionel Jospin, en 2002. Cette grille de lecture, cette « cuisine électorale » diront ceux qui ont d'autres soucis, permet de décrypter les premières grandes manoeuvres.

Elle explique pourquoi Nicolas Sarkozy ne veut pas d'une candidature d'Hervé Morin, réélu président du Nouveau Centre, il y a une semaine. Elle éclaire la consolation empoisonnée offerte à Christine Boutin dont l'amertume reste vive, un an après son éviction du gouvernement. Elle justifie les pressions sur des députés pour saboter l'entreprise Villepin, très proche, sur le fond de celle de Bayrou. Elle éclaire l'entente affichée avec l'ambitieux patron des députés UMP, Jean-François Copé.

Premier objectif, donc, dissuader les initiatives qui peuvent faire perdre. Second objectif, contrôler les candidatures qui peuvent aider à gagner.

C'est ainsi qu'il faut comprendre les attentions diaboliques que Nicolas Sarkozy, qui sera demain dans sa circonscription, porte à François Bayrou. Cette fausse réhabilitation du président d'un MoDem en perdition lui fait espérer un minimum d'indulgence et un maximum de reports de voix. L'estime ostensible portée à Jean-Louis Borloo, dont la verte popularité peut élargir le socle majoritaire, ne s'explique pas autrement.

Cette grille de lecture permet aussi de décrypter des décisions de fond.

Pendant que Brice Hortefeux « soigne » l'extrême droite en multipliant les sorties sécuritaires, Nicolas Sarkozy tend des mains.

La réforme des retraites, gros affrontement à retentissement présidentiel, favorise plutôt les agriculteurs, préserve les retraités actuels, épargne les entreprises. La suppression du juge d'instruction ne verra pas le jour durant ce quinquennat. Les excès de la finance internationale, sources de tous nos maux, garantissent une présidence française du G20 aussi médiatique que fut celle de l'Union européenne. L'encadrement des déficits va passer par l'inscription, dans la Constitution, d'une règle d'or très chère aux centristes. On va veiller à éviter les signes ostentatoires de richesse de l'État. On va se montrer plus protecteur pour les classes moyennes, par exemple en réformant l'accession à la propriété...

Cela dit, il reste deux ans. On ne peut prévoir les soubresauts de la crise, ni le climat social autour des retraites. On ignore ce que sera l'autorité de Martine Aubry ou l'envie de Dominique Strauss-Kahn. Mais pour Nicolas Sarkozy, une chose est certaine : sa réélection dépend largement de la capacité des centristes et de Dominique de Villepin, à jouer les faiseurs de roi. La balle de la victoire de 2012 est au centre.

La défaite de 1940, un message pour aujourd'hui


Les émouvantes commémorations de Juin 1940 s'offrent à la méditation. Ces heures de ténèbres et de lumière contiennent des enseignements utiles pour éviter de commettre à nouveau les erreurs du passé.

La défaite de 1940 est un rendez-vous manqué avec l'Histoire à tous les étages de la société française : du haut commandement militaire jusqu'à l'humble vie quotidienne. Bercée par les heureuses conquêtes du Front Populaire, l'insouciance l'avait emporté sur toute autre considération. Un jour nouveau semblait se lever sans guerre, sans larmes.

On voulait en finir avec les sombres souvenirs de 1914. On voulait oublier le regard voilé de tristesse des mamans, les sanglots des fiancées au jour brisé, l'ombre des monuments aux morts sur leurs visages.

Dans ce climat, observant la montée du nazisme et le réarmement de l'Allemagne, certains alertaient l'opinion. Mais en vain ! Personne ne voulait les entendre à tel point qu'ils se heurtaient souvent au refus de publier leurs articles. La vie continuait son cours. Il ne fallait surtout pas troubler la douce illusion dans laquelle les peuples aiment à s'endormir.

La guerre, pourtant prévisible, fit l'effet d'un coup de tonnerre, prenant tout le monde au dépourvu, laissant place au défaitisme, à la panique, à l'impossibilité de combattre. Une majorité crut en la défaite, une minorité comprit que seule une bataille était perdue et qu'il fallait poursuivre le combat, suivant l'appel du Général de Gaulle.

Ces sombres événements démontrent que le grand nombre n'a pas toujours raison et que, suivre son sentiment quand il n'est pas éclairé, peut conduire aux pires catastrophes. Ce populisme est à l'opposé de la Démocratie. Celle-ci exige de chaque citoyen qu'il s'informe et s'instruise en recherchant l'intérêt général et non son intérêt particulier.

C'est ce que fit dans les années 30, une minorité de Français, s'instruisant sur le nazisme, observant les événements... Quand vint l'heure décisive, ces hommes et ces femmes étaient prêts : comprenant ce qui se passait, ils purent agir en conséquence. L'autre enseignement est que rien ne s'accomplit sans courage. En témoignent les héros de ces jours tragiques, le général de Gaulle et Winston Churchill. Ils dénoncèrent l'erreur, contestèrent le sentiment commun et ouvrirent des chemins nouveaux. Ils agirent ainsi parce qu'ils avaient une vision, parce qu'ils refusaient de laisser la démocratie céder à la force, parce qu'ils ne voulaient pas livrer l'homme aux démons totalitaires, dussent-ils le payer de leur vie !

Les défis du XXIe siècle ne manquent pas. Vigilance, lucidité et courage sont aussi nécessaires qu'hier. Il est utile de méditer l'exemple de ces hommes qui échappèrent à l'aveuglement général afin de se tenir prêts et de ne pas réitérer, sous d'autres formes, les erreurs du passé.

Jeanne Emmanuelle HUTIN

dimanche 20 juin 2010

La Chanson du Dimanche


Sarkozy loue la relation "sans nuage" entre Paris et Moscou

Nicolas Sarkozy était invité samedi 19 juin à Saint-Peterbourg où il a loué l'excellence des relations politiques et économiques entre la France et la Russie. Invité à clore la 14e édition du Forum économique international dans l'ex-capitale impériale russe, M. Sarkozy a concrétisé ces liens par une longue série d'accords gouvernementaux et commerciaux et réaffirmé que l'Europe et la Russie devaient "travailler ensemble", notamment sur la régulation financière et la réforme de la gouvernance mondiale.

"Rarement dans l'histoire, les relations entre la Russie et la France ont été à ce point ambitieuses, sans nuage et pleines de confiance réciproque", a-t-il résumé devant la presse à l'issue d'un entretien avec son hôte.

DES CONTRATS POUR LES ENTREPRISES FRANÇAISES

M. Sarkozy a amené avec lui une myriade de dirigeants de grandes entreprises françaises. Il s'est réjoui de "l'évolution spectaculaire des relations économiques" entre Paris et Moscou et de leur ouverture à des secteurs nouveaux, autres que l'énergie ou les matières premières.

Symbole de cette évolution choisi par le chef de l'Etat français, la signature samedi d'une lettre d'intention par le fonds russe Hermitage pour la construction de deux tours d'une hauteur de 320 mètres, dessinées par l'architecte britannique Norman Foster, dans le quartier d'affaires de la Défense, près de Paris.

Comme attendu, GDF-Suez a finalisé sa prise de participation dans le gazoduc North Stream, aux côtés du géant russe Gazprom, des entreprises allemandes EON et BASF et du néerlandais Gasunie.
Et EDF a confirmé sa prise de participation de 10 %, aux côtés de l'italien ENI et de Gazprom, dans la société South Stream AG pour participer au projet de construction de l'autre gazoduc destiné à approvisionner l'Europe, via la mer Noire.

Alstom a par ailleurs confirmé son alliance avec le constructeur russe de trains Transmachholding (TMH) pour fournir 200 locomotives aux chemins de fer kazakhs. Un accord pour la fourniture d'autant de motrices aux chemins de fer russes devrait être paraphé "d'ici quelques jours", selon l'Elysée.

"NOUS AVONS VOCATIONS À ÊTRE AMIS"

Sur le plan politique, Nicolas Sarkozy a profité de son séjour russe pour flatter Dmitri Medvedev et promouvoir la coopération russo-européenne. "La guerre froide, c'est fini. Le mur, c'est fini. La Russie est une grande puissance, nous sommes des voisins, nous avons vocation à être des amis, nous devons nous rapprocher", a-t-il lancé devant les participants au Forum économique international.

Soulignant sa "confiance dans la parole" du président russe, son homologue français a notamment salué sa décision de s'associer aux sanctions adoptées par le Conseil de sécurité de l'ONU au début du mois contre l'Iran, affirmant que "rien n'aurait été possible s'il n'avait fait et assumé ce choix". Et pour cause, la Russie et la Chine disposent d'un droit de véto au Conseil de sécurité qui avaient contraint l'Europe et les Etats-Unis à adoucir les sanctions pour rallier Pékin et Moscou.

Au cours de leur entretien, M. Sarkozy lui a également assuré que la France était prête à engager "sans délai" des négociations avec Téhéran sur son programme nucléaire à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne, "sur la base des efforts brésiliens et turcs", a fait savoir l'Elysée.

A quelques jours du G20 de Toronto, Nicolas Sarkozy s'est enfin réjoui de pouvoir compter sur le soutien de la Russie pour "faire bouger les choses", notamment sur la régulation de la finance internationale.


Ce n'est pas que du foot!

Tout avait commencé par des prostituées fournies sur un plateau à des joueurs gavés. Et cela finit par un sélectionneur traité de "sale fils de pute".

Cette Coupe du monde se termine – sauf miracle mardi soir – sur un fiasco complet: un jeu incompréhensible, un coach que l’on n’ose plus qualifier, des joueurs divisés mus par leurs seuls intérêts personnels, une fédération discréditée, sans compter une sous-ministre à la parole étourdie.Le rêve de 1998 est oublié dans une Afrique du Sud qui veut offrir au monde le spectacle d’un pays réconcilié. Peut-être saura-t-on un jour quel "traître" a rendu publics et peut-être amplifié les propos indéfendables de "Nico". Mais l’affaire Anelka ne suffit pas à masquer la crise générale du football français: "Cette équipe ne représente pas la France, avec ses clans, ses divisions ethniques, sa persécution du première de la classe. Elle la reflète et nous tend un miroir terrible, nous sommes obligés de nous reconnaître", nous dit Alain Finkielkraut. Ce n’est pas que du foot!

Il ne suffira pas de casser le miroir pour retrouver le rêve. Les divisions ont mis à mal la victoire black-blanc-beur de 1998. Il faudra un sérieux coup de balai dans les instances tricolores. Redéfinir un jeu, une technique, et surtout insuffler un état d’esprit nouveau dans lequel se reconnaisse la France. Avant tout, plus de décence. Bonne chance, Laurent Blanc!


Olivier Jay

La Russie s'attend à une restructuration de la dette de la Grèce (ministre)

Le ministre russe des Finances Alexeï Koudrine a déclaré samedi s'attendre à une restructuration de la dette grecque, quelques jours après la dégradation de la note de la Grèce par l'agence Moody's qui a provoqué la colère de Bruxelles. "Je suppose qu'il y aura une restructuration de la dette de la Grèce, ce qui ne sera pas agréable", a-t-il déclaré au Forum économique de Saint-Pétersbourg (nord-ouest). "Mais cela ne sera pas une restructuration importante, cela sera acceptable pour le marché. Si elle n'est pas importante, le marché l'accueillera normalement", a-t-il toutefois tempéré, ajoutant que cela était déjà anticipé par les investisseurs. "Vous pourriez appeler ça un mini-défaut, mais je ne dirais pas que c'est un défaut à proprement parler. Cela sera quelque chose de plus compliqué", a-t-il ajouté. Jeudi, des experts de la mission de l'Union européenne et du FMI ont jugé que le plan destiné à sortir la Grèce de sa crise financière était appliqué comme convenu. L'agence de notation Moody's a abaissé lundi la note de la Grèce de quatre crans, de "A3" à "Ba1", la reléguant dans la catégorie spéculative pour un risque de non-remboursement de sa dette publique, une décision jugée "sans fondement" par Athènes et durement critiquée par la Commission européenne. La ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, n'a pas partagé le même avis que M. Koudrine. "L'aide financière (de l'UE et du FMI de 110 milliards d'euros sur trois ans, ndlr) n'est pas dépendante d'une quelconque restructuration de la dette", a-t-elle déclaré. Le gouvernement grec "commence à réformer et à changer en profondeur l'économie" du pays, a-t-elle ajouté, "pour moi au moins, c'est ce qui compte". Les difficultés budgétaires de la Grèce ont provoqué une crise financière majeure en zone euro, faisant plonger la devise européenne et suscitant des inquiétudes sur l'avenir de cette monnaie.

Villepin "s'enferme" (Daubresse)

Marc-Philippe Daubresse, chef de file des centristes (ex-UDF) de l'UMP, a déclaré que Dominique de Villepin "s'enferme dans une posture totalement politicienne, mélange d'opportunisme et de démagogie à l'occasion du lancement de son parti" samedi.

Les Vingt-Sept lancent une "opération vérité" sur l'état des banques européennes

Pour sauver les Etats, vérifions la solidité des banques. Réunis à Bruxelles jeudi 17 juin, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne n'ont pas activé de plan de sauvetage en faveur de l'Espagne, et de ses banques en difficulté. En revanche, ils ont décidé, à la demande expresse de Madrid, d'organiser pour toutes les grandes enseignes européennes un test de résistance - "stress test" - et d'en publier les résultats avant la fin juillet. Histoire de prouver aux marchés qu'ils n'ont pas à douter de la solidité des banques, celles de la péninsule ibérique en particulier.
Cette opération doit aider les plus grandes banques espagnoles, qui vont beaucoup mieux que les caisses d'épargne ibériques, à retrouver la confiance des marchés pour se financer.

L'objectif est aussi d'éviter une contagion susceptible de plomber les banques européennes engagées en Espagne. "La transparence est essentielle si nous voulons gagner la confiance des investisseurs, des citoyens et des entreprises", a martelé José Luis Rodriguez Zapatero, le premier ministre espagnol.

Techniquement un "stress test" consiste à simuler la résistance d'une banque à un choc majeur - récession, défaillance d'un Etat, effondrement boursier, faillite de grosses entreprises. Une vingtaine d'établissements transfrontaliers seulement, comme BNP Paribas, la Société générale, la Deutsche Bank ou l'espagnole Santander, seront concernés par la publication. "Là où il y a de la transparence, où il n'y a pas de rumeurs, on peut mieux réagir", a assuré Angela Merkel, la chancelière allemande, en précisant que Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), avait soutenu l'initiative. "Si on a quelque chose à cacher, cela finit toujours par apparaître", a renchéri la chancelière.

L'Allemagne compte désormais jouer la carte de la transparence, alors que les banques germaniques, très fragilisées par la crise, y sont réticentes et évoquent des impossibilités législatives. Nicolas Sarkozy, le président français, a estimé que la transparence permettrait d'éviter d'avoir "des psychodrames les uns après les autres".

Il y a un an, les Européens s'étaient refusés, à la différence des Américains, à publier les résultats des "stress tests" réalisés dans chaque pays. Explication avancée : les Américains avaient retenu des hypothèses plus favorables pour tester leurs banques, et les Européens craignaient de plomber leur propre système bancaire avec des résultats moins favorables.

En un an, le rapport de forces s'est retourné : sous la pression du G7, les Etats européens sont aujourd'hui dans l'obligation de démontrer que leurs banques sont en bonne santé, et cherchent à gagner du temps afin d'éviter de voler au secours de l'Espagne.

Officiellement, a-t-on parlé des difficultés espagnoles ? "Nous considérons qu'il n'y a pas de problème", a indiqué M. Sarkozy. En réalité, M. Zapatero a présenté la vaste cure d'économies adoptée dans la douleur par son gouvernement. Celle-ci a été approuvée par ses homologues européens, en particulier les mesures de libéralisation du marché du travail, a précisé Mme Merkel. Pour le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ces mesures sont "courageuses" et "produiront leurs effets".

Les Européens ont par ailleurs proposé deux initiatives pour le sommet du G20, dans deux semaines à Toronto : la création d'un prélèvement sur les banques, qui pourrait, en dépit des réserves françaises et britanniques, alimenter un fonds destiné à les renflouer en cas de crise. Et la mise en place, moins consensuelle, d'une taxe sur les transactions financières dont la nature n'est pas définie. Les pays libéraux, comme le Royaume-Uni, soucieux de préserver l'activité de la City, y sont réticents, craignant de voir l'industrie de la finance se déplacer vers des régions du monde qui ne taxeraient pas les transactions.

Mme Merkel et M. Sarkozy envisagent de créer seuls cette taxe si nécessaire. "La France et l'Allemagne, nous sommes demandeurs et prêts à envisager sa mise en place même si tel ou tel grand acteur n'en voulait pas", a indiqué M. Sarkozy.
Arnaud Leparmentier et Philippe Ricard

Jean-Claude Trichet critique l'attitude des banques après la crise financière

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a condamné sévèrement l'attitude adoptée par les banques après la crise financière, dans un entretien au quotidien allemand Welt am Sonntag à paraître dimanche.
"Elles auraient toutes disparues si nous ne les avions pas sauvées. C'était clair pour nous", déclare M. Trichet. C'est l'une des raisons pour laquelle, il dit ne pas comprendre comment les banquiers ont cru pouvoir continuer à agir de la même façon qu'avant la faillite en 2008 de la banque américaine Lehman Brothers, qui avait précipité la crise financière mondiale. Selon lui, indemnités et bonus excessifs, comme les bénéfices déconnectés de l'économie réelle, sont "incompatibles avec nos valeurs fondamentales existantes".

Les Européens se sont mis d'accord jeudi sur une taxation des banques pour leur faire payer une partie de la facture de la crise et entendent promouvoir au prochain G20 des 26 et 27 juin à Toronto, un autre prélèvement, visant les transactions sur les marchés financiers.

samedi 19 juin 2010

Non !

Il n'est pas certain que Charles de Gaulle aurait savouré l'unanimisme qui le célèbre. Était-ce une ultime marque d'orgueil, ou l'arme du détachement ? Le testament du grand homme, écrit en 1954, montre à quel point il aspirait à une éternité dépouillée d'hommages bruyants. Redoutait-il par avance la confiscation de son héritage par ses propres soutiens ? Persuadé de l'unicité de sa propre destinée, il n'avait d'ailleurs jamais reconnu aucun gaullisme. Mais celui qui resta toute sa vie un général de brigade - avec seulement deux étoiles sur les épaulettes - aurait été ému de voir ses derniers compagnons vivants revenir à Londres pour commémorer le 18 juin. La simplicité avec laquelle ces hommes racontent leur décision de tout laisser derrière eux pour continuer le combat lui aurait plu. Comme tant de vrais héros, certains d'entre eux ont si peu le goût des honneurs qu'ils n'avaient jamais sollicité une décoration, avant que cet anniversaire très scénarisé ne les sorte de l'ombre. De quoi faire réfléchir au passage sur le sens d'une Légion d'honneur si galvaudée qu'elle en oublie certains grands Français... « L'appel » - les premiers appels, en fait - c'est le manifeste spontané de tout un personnage qui, plus tard, définira la vie comme « un combat, pour un homme comme pour une nation ». On ne saura jamais à quel point l'inspiration littéraire du rebelle solitaire contribua à la force de rassemblement qu'il sut patiemment faire triompher. Cette voix surgie de la nuit parvint à incarner « l'esprit de résistance », évoqué tout au long des cérémonies d'hier, qui ne saurait être prisonnier des années les plus noires du XXe siècle. Dire non ? Une capacité fondamentalement moderne pour refuser l'inacceptable. Une valeur pleine de panache quand elle refuse toute forme de compromis avec l'inacceptable. Une valeur en baisse, aussi - au-delà des mots allégoriques - dans une époque où tant de renoncements trouvent toujours de faciles justifications. Dans l'univers politique, comme dans le monde de l'entreprise, qui ose encore se dresser devant les diktats qui sont autant de défaites morales acceptées si souvent par lâcheté plus que par conviction ?

Olivier Picard

DU BON USAGE DE L'USTENSILE !


Et si on s'en "footait" ?

Une fois encore, la France misait beaucoup sur ses footballeurs. Il y a tant d'enjeux dans ce ballon rond et de millions à ramasser sous les pieds des joueurs. Qu'on en juge. Même les parlementaires ont dû se hâter pour peaufiner leur loi sur les paris en ligne. Elle devait impérativement être bouclée avant le Mondial. Ce qui fut fait et ne devrait pas décevoir les acteurs dotés de la précieuse licence... Dans peu de temps, il n'y aura plus personne pour parier un kopeck sur les Bleus ! L'entrée dans le stade de ces nouveaux managers est aussi ratée. Et que dire de TF1 qui a vendu jusqu'à plus de 300 000 euros le spot de trente secondes diffusé pendant les matchs ? Il ne reste plus qu'à en ramener le prix à l'aune de l'enthousiasme suscité par la suite des évènements ! Certes les vendeurs d'écrans plats ont déjà fait leur beurre mais on ne la refera pas aux téléspectateurs. C'est la dernière fois qu'ils s'équiperont avant une coupe du monde de foot... Ils attendront les soldes d'après défaite. Par-delà ces déconvenues bien matérielles, l'échec de notre équipe aura une toute autre incidence sur la France. C'est notre moral qui est en jeu. Notre Marseillaise blessée. Notre identité nationale à nouveau brouilléee. À l'inverse de l'euphorie collective déclenchée par le "trois-zéro" face au Brésil en 1998, l'ambiance est aujourd'hui déliquescente. Plus de slogan black-blanc-beur affiché sur tous les cœurs. Place à l'invective et aux rancœurs. On ne sait même plus qui a eu tort, de Rama Yade qui fustigeait les dépenses somptuaires de nos footballeurs ou de Roselyne Bachelot qui tentait un dernier cocorico. Une chose est sûre. Les Bleus font grise mine et nous donnent le bourdon. Comme Domenech. Qui semble n'avoir qu'une chose à dire : "Et si on s'en footait ?"


Hélène Pichilowski

Paris ville ouverte

Paris ville ouverte. Cette décision du gouvernement français portait, en elle, toutes celles qui suivirent et conduisirent à l'armistice du 22 juin 1940.

Même pour les enfants des écoles, cette déclaration signifia que la guerre était perdue puisque la capitale du pays était prise. Qu'est-ce, en effet, qu'un pays si sa capitale est aux mains de l'ennemi ? Un vaincu évidemment...

À l'heure où l'armistice était demandé en France, la Grande-Bretagne se barricadait pour faire face à une invasion probable. Le pays devint une fourmilière. Les barrages poussèrent comme des champignons sur toutes les routes côtières. Les hommes, même âgés, s'entraînaient à manier des armes. Des femmes réclamaient des grenades pour les jeter, depuis leurs fenêtres et leurs balcons, sur l'ennemi s'il passait par là. Les poteaux routiers indicateurs étaient détournés de leur sens pour désorienter l'envahisseur. Au lieu d'être une ville ouverte, Londres acceptait d'avance les destructions que ne manqueraient pas de lui infliger les combats. Et l'on sait ce que subit la capitale britannique dans les semaines qui suivirent. On peut donc se demander pourquoi les Anglais et les Français firent des choix aussi contradictoires.

En France même, ces derniers se divisèrent entre ceux qui voulaient continuer la lutte et ceux qui préféraient cesser le combat. Tous, sans doute, portaient un amour égal à leur pays. Qu'est-ce donc qui poussait les uns à la résistance et les autres à la soumission ?

Londres barricadée

Il fallait être fou ou visionnaire pour croire, en juin 1940, à une victoire possible sur l'Allemagne. Celle-ci avait vaincu sur tous les territoires d'opérations. Elle était alliée à l'URSS, à l'Italie. Elle était amie du Japon. Alors que, pendant ce temps-là, les États-Unis observaient tout cela sans s'engager.

Les Français, dans leur majorité, crurent que le prestigieux maréchal Pétain avait raison de tenter de sauver ce qui pouvait l'être et, dans ce but, de composer avec l'ennemi. Ils suivirent massivement le maréchal qui fut, du reste, acclamé dans ses déplacements en France et à Paris même, jusqu'au printemps 1944.

Sans doute, la farouche clairvoyance d'un Churchill, qui avait jaugé et jugé le nazisme, a-t-elle sauvé l'Europe et les démocraties d'une abominable domination que les Français découvrirent peu à peu par la suite. Le général de Gaulle était de la même trempe que l'indomptable Premier ministre, mais, d'abord, il fut seul. À Londres, Churchill lui dit en ces jours-là : « Puisque vous êtes seul, je vous reconnais tout seul. »

Paris ville ouverte signifiait que le gouvernement français voulait d'abord épargner la vie de ses citoyens. Londres barricadée signifiait que le gouvernement britannique choisissait d'abord de perdre des vies plutôt que l'indépendance.

Entre le sacrifice et la résignation, il avait fallu choisir.

vendredi 18 juin 2010

8e séance de hausse à Paris, le Cac 40 au seuil des 3.700 points

La Bourse de Paris a hésité tout au long de la journée avant de signer, sur le fil, une huitième séance de hausse d'affilée. En l'absence de statistique d'envergure et en raison de l'arrivée à échéance des contrats futures sur indices, la tendance est restée très volatile. Le Cac 40 termine à quelques encablures des 3.700 points, en progression de 0,11%. Les valeurs bancaires ont été entourées. Sanofi-Aventis a au contraire pesé.

Fin de semaine en roue libre sur les marchés européens, où la tendance a été hésitante tout au long de la journée. En l'absence de statistique économique d'envergure de part et d'autre de l'Atlantique et compte tenu de l'arrivée à échéance des contrats futures sur indices, les marchés ont repris leur souffle, tout en restant assez volatils. A Paris, on signe pour autant une huitième séance de hausse d'affilée, une première depuis la fin du mois de juillet 2009, où le Cac 40 avait aligné neuf clôtures de suite en territoire positif. L'indice phare de la place parisienne grappille 14 points, un écart de 42 points ayant été enregistré entre le plus haut et le plus bas du jour. Durant toute la séance, deux forces contraires se sont par ailleurs affrontées. Si le secteur bancaire a bénéficié de la décision européenne d'organiser des « stress tests », les analystes tablant généralement sur de bonnes nouvelles concernant la solidité des banques, le secteur pharmaceutique a été affecté par le repli de Sanofi-Aventis, à la suite de rumeurs évoquant des risques de cancer liés à son antidiabétique Lantus.

A la clôture, le Cac 40 termine au seuil des 3.700 points, grignotant 0,11% à 3.687,21 points, après avoir oscillé entre un plus haut de 3.704,59 (+0,58%) et un plus bas de 3.622,58 (-0,55%). Le volume d'affaires atteint 3,77 milliards d'euros sur les valeurs de l'indice. A Londres, le Footsie cède 0,06% à 5.250,84 points et, à Francfort, le Dax abandonne 0,11% à 6.216,68 points. A New York, la tendance est hésitante. Le Dow Jones prend 0,12% à 10.446,52 points, tandis que le Nasdaq Composite gagne 0,11% à 2.309,67 points.

Le baril de brut léger américain grappille 21 cents à 77 dollars, après avoir cédé du terrain une bonne partie de la journée. Sur le marché des changes, l'euro marque le pas à 1,2359 dollar, après être monté jusqu'à 1,2417 ce matin.

Du côté des valeurs, les banques ont ainsi été recherchées, soutenues notamment par l'espoir que la publication prévue des « stress tests » en Europe démontrera la solidité financière des grands établissements. Crédit Agricole progresse de 6,06% à 9,876 euros, Société Générale de 2,95% à 38,23 et BNP Paribas de 2,28% à 50,18 euros.

Danone est resté peu changé, à 43,995 euros (-0,23%). Le groupe a pourtant annoncé la signature d'un accord de fusion d'envergure de ses activités Produits Laitiers Frais dans les pays de la CEI avec celles du russe Unimilk. Ce rapprochement concerne la Russie, l'Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie. Il donnera naissance au leader du secteur dans la zone CEI et notamment en Russie où l'ensemble Danone-Unimilk, qui sera contrôlé à 57,5% par Danone, détiendra environ 21% du marché, précise le groupe français. Le directeur général d'Unimilk a annoncé que les deux groupes vont investir 500 millions d'euros dans leur coentreprise sur les cinq à sept prochaines années.

A l'inverse, Sanofi-Aventis a reculé de 3,01% à 49,57 euros. Une étude publiée dans le journal Diabetes Care évoque les effets potentiellement cancérigènes de l'antidiabétique Lantus du groupe, selon une note publiée par le broker londonien Hobart Capital Markets. Un porte-parole du groupe indique que « les données disponibles à ce sujet restent largement non concluantes ». Ces craintes relèguent au second plan le feu vert des autorités sanitaires américaines (FDA) à la commercialisation du Jevtana, chimiothérapie pour les cancers avancés de la prostate.

Dans le même secteur pharmaceutique, Ipsen chute de 15,27% à 27,08 euros après l'annonce de retards dans le développement de l'antidiabétique Tapsoglutide dus à des réactions d'hyper sensibilité de la part de patients lors de tests de Phase III. Un retard minimal de 12 à 18 mois est anticipé par le groupe. Oddo Securities et JP Morgan ont dégradé le titre de « achat » « accumuler » pour le premier et de « surpondérer » à « neutre » pour le second.

Vinci cède 0,57% à 38,505 euros. Le géant du BTP a pourtant remporté le contrat de la rénovation de la station de métro Victoria, à Londres. Le groupe français n'a pas dévoilé le montant de l'opération, mais Transport of London, qui a octroyé le contrat, évoque un montant total de 700 millions de livres (840 millions d'euros) pour l'ensemble des travaux.

Longtemps en tête du SRD, Saft s'est adjugé 3,77% au final, à 27,94 euros. La technologie de batteries lithium-ion du groupe a été sélectionnée par le fournisseur d'électricité de la ville de Sacramento, en Californie, dans le cadre d'un projet pilote de stockage d'énergie renouvelable.

De son côté, TF1 a limité son repli en fin de séance à 0,84% (12,325 euros) après avoir perdu plus de 2% durant la majeure partie de la séance. Le titre a été affecté par la défaite de l'équipe de France de football, dont la qualification pour le deuxième tour de la Coupe du monde est plus que compromise.

Denis Lantoine

Le symptôme « PKM »

Nul ne le contestera, Pierre Kosciusko-Morizet, l'une des icônes du nouvel entrepreneuriat français, n'a pas usurpé sa réputation. En vendant son groupe de vente en ligne PriceMinister au japonais Rakuten pour 200 millions d'euros, il réalise une formidable opération. Et chacun attend désormais ce que ce créateur d'affaires hors pair, nanti d'un tel pécule, va trouver pour rebondir. Mais au-delà de son sort personnel - il restera le patron de PriceMinister pendant cinq ans -, c'est une autre vision de l'entrepreneuriat que symbolise ce retrait capitalistique. Il est frappant de constater qu'avant « PKM », d'autres jeunes chefs d'entreprise français aussi respectés que lui ont accompli le même mouvement stratégique, celui de vendre leur société au moment où celle-ci avait atteint une première étape de maturité en termes de chiffre d'affaires et de valorisation. Il est tout aussi frappant de voir que, à aucun moment, ces jeunes patrons ne prennent le risque des étapes suivantes, dans le but ultime de faire de leur entreprise un groupe, si possible « mondialisable ».

Alors pourquoi ? On pourrait rapidement en déduire que cette nouvelle vague d'entrepreneurs n'est pas faite du même bois que ses glorieux aînés, ceux de l'âge classique des bâtisseurs qui a vu des Antoine Riboud, Francis Bouygues, Bernard Arnault ou François Pinault s'atteler à bâtir des empires en partant de modestes PME. On pourrait aussi considérer cet état de fait comme une métaphore de notre époque, celle de l'argent facile, vite gagné grâce à l'omniprésence des marchés, mais désormais rétive à toute action qui s'inscrit dans la durée.

Une autre lecture est de dire que derrière l'apparent phénomène générationnel se cache en réalité un changement radical de système que l'on pourrait résumer en une question : Pierre Kosciusko-Morizet pouvait-il faire autrement que vendre ? Quelle chance avait-il de faire grandir son entreprise alors qu'il est implanté sur un marché de 60 millions de consommateurs, autant dire rien à l'échelle planétaire ? Et quel outil, dans notre système financier actuel, lui aurait-il permis de trouver les moyens financiers de long terme l'autorisant à mener à bien une internationalisation ? Le grand changement est que seuls les entrepreneurs situés dans des bassins de consommation de grande amplitude, comme les Etats-Unis ou la Chine, ont aujourd'hui la chance d'atteindre rapidement la taille critique. C'est l'effet paradoxal de la mondialisation : celui d'enlever quasiment toute chance à l'entrepreneur d'un pays faiblement peuplé… de se mondialiser.