TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 16 avril 2013

Ministre par ministre, le patrimoine de ceux qui nous gouvernent

Opération transparence à Matignon suite à l'affaire Cahuzac. Le gouvernement vient de publier les déclarations de patrimoine de ses 38 ministres. Et ce, en dépit des réserves formulées par certains élus. Pour mieux apprécier leur richesse, Capital.fr a dressé l'inventaire détaillé de leurs biens et de leurs dettes. Tableaux comparatifs à l'appui.


Il y a ceux qui "roulent sur l'or" et... ceux qui vivent comme monsieur et madame Tout-le-Monde. A l'instar de Cécile Duflot, la ministre du Logement, qui possède modestement 191.176 euros. Huit de ses confrères, en revanche, sont millionnaires. Dans l'ordre : le Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius (6,04 millions d'euros nets), la ministre chargée des personnes âgées Michèle Delaunay (5,24 millions d'euros), le ministre du Travail Michel Sapin (2,15 millions d'euros), le Premier ministre Jean-Marc Ayrault (1,55 miilion d'euros), la ministre chargée de la réussite éducative George Pau-Langevin (1,2 million d'euros), le ministre des Outre-Mer Victorin Lurel (1,13 million d'euros), le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg (1,11 million d'euros), et la ministre de la Santé Marisol Touraine (1,12 million d'euros). En moyenne, nos ministres détiennent 902.411 euros déduction faite de leurs dettes.

En publiant l'état de leurs actifs, les ministres répondent ainsi à une demande de François Hollande qui en appelle à davantage de transparence de la vie politique. C'est en tout cas l'un des chevaux de bataille du prochain projet de loi de moralisation de la vie publique, qui doit être présenté le 24 avril en Conseil des ministres. Les parlementaires et les présidents de collectivités territoriales pourraient aussi être amenés à étaler publiquement leur richesse.

Encore faut-il bien comprendre ce qui se cache derrière ce déballage de chiffres. Pour mesurer ce que possèdent réellement nos ministres, Capital.fr a calculé dans le tableau ci-après leur patrimoine net, c'est-à-dire déduction faite de leurs dettes (emprunts). Résultat : c'est Laurent Fabius qui est le plus riche de nos ministres, avec 6,58 millions d'euros d'actifs, dont 3,89 millions rien que pour l'immobilier, auxquels il faut déduire 539.780 euros de dettes (emprunt pour financer sa dernière acquisition, une maison en Haute-Normandie). La moins fortunée est... une femme, et aussi la cadette de l'équipe Ayrault: Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement et ministre du Droit des femmes avec 106.740 euros.

En cliquant sur les flèches, il est possible de trier ces données par ordre alphabétique, du ministre le plus fortuné au moins aisé, du plus au moins endetté.

Chaque nom permet d'accéder à la fiche détaillée publiée par le gouvernement. Celle-ci récapitule, pour chacun et de façon détaillée, le nombre de logements possédés, le montant de son épargne, les sommes accumulées sur ses assurances vie ou encore la valeur de sa collection d'œuvres d'art. 

Le patrimoine des élus (en euros)
Nom du ministrePatrimoine brutDettesPatrimoine netRégime matrimonial
AYRAULT Jean-Marc
Premier ministre
1627396
80857
1546538
marié sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts
FABIUS Laurent
Ministre des Affaires étrangères
6582814
539780
6043034
divorcé
PEILLON Vincent
Ministre de l'Education nationale
855795
3954
851840
marié sous le régime de la communauté
TAUBIRA Christine
Garde des Sceaux, ministre de la Jutisce
432247
0
432247
divorcée
MOSCOVICI Pierre
Ministre de l'Economie et des Finances
268584
0
268584
célibataire
TOURAINE Marisol
Ministre des Affaires sociales et de la Santé
1507463
392128
1115335
marié sous le régime de la communauté de biens
DUFLOT Cécile
Ministre de l'Egalité des territoires et du Logement
265112
73936
191176
divorcée
VALLS Manuel
Ministre de l'Intérieur
369479
170926
198552
marié sous le régime de la séparation des biens
BRICQ Nicole
Ministre du Commerce extérieur
835289
12083
823206
divorcée
MONTEBOURG Arnaud
Ministre du Redressement productif
1208588
95456
1113132
marié sous le régime de la séparation des biens
BATHO Delphine
Ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie
110301
516
109785
célibataire
SAPIN Michel
Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social
2229269
78250
2151019
marié sous le régime de la séparation des biens
LE DRIAN Jean-Yves
Ministre de la Défense
853304
247883
605421
marié sous le régime de la communauté
FILIPPETTI Aurélie
Ministre de la Culture et de la Communication
730801
313790
417011
célibataire
FIORASO Geneviève
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
757478
183193
574285
divorcée
VALLAUD-BELKACEM Najat
Ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement
106740
0
106740
mariée sous le régime de la communauté réduite aux acquêts
LE FOLL Stéphane
Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt
481000
0
481000
marié sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts
LEBRANCHU Marylise
Ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisatiobn et de la Fonction publique
770253
28143
742110
mariée sous le régime de la communauté réduite aux acquêts
LUREL Victorin
Ministre des Outre-Mer
1422590
291261
1131329
marié sous le régime de la communauté de biens
PINEL Sylvia
Ministre de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme
297379
25893
271486
Célibataire
FOURNEYRON Valérie
Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Education populaire et de la Vie associative
1062600
255696
806903
mariée sous le régime de la communauté réduite aux acquêts
CAZENEUVE Bernard
Ministre chargé du budget
613496
418411
195084
NC
PAU-LANGEVIN George
Ministre chargée de la Réussite éducative
1195225
0
1195225
marié sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts
VIDALIES Alain
Ministre chargé des Relations avec le Parlement
826799
0
826799
marié sous le régime de la séparation des biens
LAMY François
Ministre chargé de la Ville
730694
129080
601614
marié sous le régime de la communauté de biens
REPENTIN Thierry
Ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes
866401
219031
647370
marié sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts
DELAUNAY Michèle
Ministre chargée des Personnes agées et de l'Autonomie
5243126
0
5243126
marié sous le régime de la communauté de bien réduite aux acquêts
HAMON Benoît
Ministre chargé de l'Economie sociale et solidaire et de la Consommation
230747
60843
169904
Pacsé
BERTINOTTI Dominique
Ministre chargée de la Famille
718014
0
718014
marié sous le régime de la séparation des biens
CARLOTTI Marie-Arlette
Ministre chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion
696485
70000
626485
mariée sous le régime de la communauté réduite aux acquêts
CANFIN Pascal
Ministre chargé du Développement
575180
31099
544080
Célibataire
BENGUIGUI Yamina
Ministre chargée de la Francophonie
283047
0
283047
mariée sous le régime de la séparation de biens
CUVILLIER Frédéric
Ministre chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche
970702
304976
665725
célibataire
PELLERIN Fleur
Ministre chargée des PME, de l'Innovation et de l'Economie numérique
525143
354923
170220
mariée sous le régime de la séparation de biens
ARIF Kader
Ministre chargé des Anciens Combattants
851460
217903
633557
marié sous le régime de la communauté
ESCOFFIER Anne-Marie
Ministre chargée de la Décentralisation
425204
2333
422870
mariée sous le régime de la communauté réduite aux acquêts
GAROT Guillaume
Ministre chargé de l'Agroalimentaire
676109
72523
603586
célibataire
CONWAY-MOURET Hélène
Ministre chargée des Français de l'étranger
764201
0
764201
divorcée


*Le patrimoine net correspond à l'ensemble des biens possédés, évalués au prix du marché, moins les dettes et autres engagements financiers. Il permet de apprécier la richesse d'un individu à sa juste valeur.

Marre de bosser ? 
Offrez-vous un Chinois


Avant d’être repéré par son patron, un génial ingénieur américain a fait faire pendant des années tout son boulot 
à un Pékinois, fort compétent du reste. En échange, il lui envoyait à peine 20% de son salaire. On s’y met tous ?
Les Chinois, les Chinois… A vous entendre grogner dans votre barbe du matin au soir, on a l’impression que c’est une invention du diable. Et vas-y qu’ils sont plus forts que nous, et vas-y qu’ils vont nous dévorer tout cru, et vas-y que même leurs voitures sont meilleures que les nôtres… Evidemment, si votre seule contribution à l’entente cordiale sino-hexagonale consiste à vous faire piquer votre boulot par un Cantonais et à jamais en retrouver parce que tout le secteur a déménagé là-bas, votre agacement peut se comprendre. Mais ce n’est pas une raison pour vous tromper de combat. Les Chinois, voyez-vous, c’est comme les robots de cuisine : le tout, c’est de savoir les utiliser.
A vrai dire, moi non plus je n’avais pas trop l’idée de comment m’y prendre avec ces gars-là. Je tâtonnais. Je tournais autour du pot de litchis. Et puis subitement, la semaine dernière, un dénommé Bob m’a ouvert les yeux. Ne me demandez pas en quoi consistait exactement le boulot de cet ingénieur américain, je n’en ai pas la moindre idée. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il ne le faisait pas : il le sous-traitait en douce à un Pékinois resté au pays, fort compétent d’ailleurs, et il lui refilait par mandat postal 20% de son salaire, c’est bien assez pour ces gens-là. Et voilà le non-travail !
Grâce à quoi, pendant que ses collègues marnaient dans les bureaux voisins, cet intelligent garçon passait ses journées à rien fiche, un peu comme les guichetiers de la RATP (reste assis, t’es payé) les jours où ils ne font pas grève. Hélas ! Lorsque son patron a découvert ce petit trafic transcontinental, il n’a pas été content du tout, et Bob a été flanqué à la porte sans ménagement ni indemnités. Encore une victime des Chinois…
Depuis, j’ai pris mes renseignements. J’ai découvert que plusieurs de nos grands patrons font exactement la même chose, et que ça leur permet d’aller jouer au golf en semaine. Le problème, il fallait s’y attendre, c’est que leurs coolies personnels prennent un malin plaisir à couler leurs boîtes, gniark gniark gniark… Vous comprenez, maintenant, pourquoi PSA va si mal ? Alors, faites comme vous voulez, mais moi, je vais sélectionner avec le plus grand soin mon factotum céleste. Manquerait plus qu’il dise du bien des Chinois dans cette page.
Philippe Eliakim
Note de la rédaction : il s'agit d'un "billet d'humour", classé pour cette raison dans la rubrique "Clin d'oeil". S'il prend comme point de départ des faits réels, tout n'est pas à prendre au premier degré...

La trahison

La trahison


C’est la « droite » sénatoriale qui, devant les Français et devant l’histoire, portera la responsabilité de la facile adoption, vendredi, de la loi Taubira ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Par le subterfuge honteux du vote à main levée, une cinquantaine de sénateurs, pas plus, à peu près également répartis entre « droite » et gauche (connaîtra-t-on jamais le décompte et l’identité des votants ?) ont fait basculer la France dans un régime de non-droit et d’idéologie triomphante.
Car lorsque la loi se mêle de nommer blanc ce qui est noir, d’imposer la fiction à la place de la réalité, ce n’est pas seulement une faute, c’est un nihilisme d’Etat. Et comme tout mensonge, il ne peut perdurer qu’en s’imposant par la violence. Ne nous y trompons pas : ce n’est pas seulement une affaire de papas et de mamans.
Et notons bien aussi qu’avec cette rapide adoption, assortie de quelques amendements imaginés pour encore mieux assurer les droits des couples homosexuels, le parcours législatif de la loi Taubira sera non seulement accéléré – l’Assemblée en discutera dès mercredi – mais facilité. Ce sera plié en quelques jours.
Cinquante sénateurs, pas plus, pour discuter de ce basculement vers le néant ? N’était-ce donc pas un sujet d’importance ? Où étaient les sénateurs qui ont laissé leur fauteuil vide ? Faut-il donc croire que, pour eux, c’était un non-sujet ? Faut-il admettre qu’en réalité, bon nombre des élus de l’UMP sont indifférents, voire favorables au projet du gouvernement ?
Après le vote à main levée, au moyen de ce que l’ancien sénateur UMP Bernard Seillier a appelé dans une tribune duFigaro une « surenchère dans la mystification », le président d’un groupe sénatorial a demandé que la liste des votants telle qu’elle aurait été s’ils avaient été là soit annexée au compte rendu. Bernard Seillier précise : « C’est une grande première historique dans toute la vie parlementaire : “le scrutin public virtuel” publié au Journal officiel ! C’est un sommet de la politique du mensonge, de la dissimulation et de l’hypocrisie. »

Ce scrutin virtuel donne 171 voix d’avance au projet, contre 165.
Tout était donc acquis d’avance. Les présidents de groupe ont signalé qui aurait voté quoi. On savait que 3 UMP allaient adhérer au projet, 4 s’abstenir. Chantal Jouanno a voté pour, un centriste s’est abstenu. Compte tenu de la défection de quelques socialistes et de l’abstention de quelques autres élus de la majorité, comme Chevènement, il faut dire clairement que la loi Taubira n’aurait pas été votée si l’opposition avait voté comme un seul homme. Le « non » l’aurait emporté d’une courte tête. Conformément à ce que les Français expriment dans la rue depuis des semaines. Conformément à son intérêt politique de l’UMP : vous imaginez, faire capoter la loi Taubira ? Hollande en eût été affaibli, claqué, anéanti.
Ils ne l’ont pas voulu. Ils ont – dans leur grande majorité – préféré rentrer chez eux. Ils n’ont pas accepté de prendre leurs responsabilités personnelles. Ils n’ont pas accompli leur devoir d’élu qui est, fondamentalement, de tout faire pour que le bien soit affirmé et la justice respectée. Ils n’ont pas pris le risque de mettre les socialistes en minorité en revenant massivement dans l’hémicycle. Il faut croire que même le coup du vote à main levée était concerté : personne, à « droite », n’a pris les moyens pour demander un scrutin nominal.
Et Seillier accuse : « Il est évident qu’une entente préalable entre toutes ces personnes était intervenue pour qu’il n’y ait pas de scrutin public susceptible de révéler le véritable vote de chacun et vraisemblablement l’absence de majorité pour adopter le texte. »
C’est une honte. Une écœurante dérobade. Quelle que soit la valeur individuelle de ceux qui ont bataillé contre le « mariage pour tous » et dont on peut supposer qu’ils ne sont pour rien dans cette mascarade hypocrite au Sénat, ce sont leurs partis en tant que tels qui doivent en assumer la culpabilité.
Les tractations ont occupé toute la journée du jeudi. On s’est engagé – mais qui, sous quelle pression, quelle menace, contre quelle promesse ? – à ne pas être là, à être bref, à ne rien dire, à laisser passer. L’adoption de la loi Taubira sera le fruit d’une machination qui n’a même pas pris la peine d’être subtile. Le peuple de France sait qu’elle ne pourra plus compter sur ses élus pour l’arrêter.
Et avec cette loi, viendra pleinement cet effet souligné par Christiane Taubira à l’issue du « vote » : « Nous consentons aux mœurs. »
Au Sénat, le genre est sorti du domaine de l’idéologie pour entrer dans les mœurs : tous des femmelettes !

Voyeurs et voyous

Voyeurs et voyous


C'est une « Journée du patrimoine » d'un nouveau genre à laquelle sont invités les Français aujourd'hui. Les voici en effet conviés à découvrir ce qui se cache derrière les façades de la respectabilité élective. Les voici sollicités pour démasquer les patrimoines cachés des élus républicains. Ici, on ne leur propose pas de découvrir de vieilles pierres, mais plutôt de déceler des cailloux (ou des pépites) dans les godasses de nos ministres. Combien seront-ils de « visiteurs », à partir de 17 heures sur « www.gouvernement.fr », à accéder aux formulaires renseignés par les membres du gouvernement ?
Il y aura, à n'en pas douter, un effet de curiosité. Évitons, cependant, de contribuer à une forme de traque hystérique et d'alimenter cette dérive populiste qui opposerait des citoyens-voyeurs à des politiciens-voyous. Un sondage publié, hier, par le JDD nous apprenait que 70 % des Français sont indifférents au fait que le patrimoine d'un ministre soit très élevé. Ce qui n'empêche pas 63 % d'entre eux d'être favorables à la déclaration de patrimoine des élus.
Autrement dit, dans leur grande sagesse, les citoyens savent pertinemment à quoi s'en tenir. Ils savent qu'un élu ne doit pas faire v'u de pauvreté mais… d'honnêteté. Puisqu'on parle de portefeuille ministériel, c'est la façon de le tenir plus que sa grosseur qui compte. Va donc pour cette mesure qui nous rapproche de la quasi-totalité des pays européens, sans nourrir pour autant la moindre illusion.
Le dispositif, cela a été dit, n'aurait pas empêché l'affaire Cahuzac. La détermination des patrimoines se prêtera à bien des échappatoires. Mais surtout, François Hollande ne doit rien attendre, sur le plan de sa popularité, de cette moralisation à marche forcée. Elle lui a été dictée par les événements plus qu'elle n'a résulté d'une démarche d'anticipation au vu du rapport Jospin. Cette « Journée du patrimoine » laisse la porte ouverte à tous les autres « vrais » problèmes.

lundi 15 avril 2013

Caroline Fourest dénonce un climat de "quasi-guerre civile"


"Je sais bien qu'à force d'enquêtes sur les réseaux intégristes et ultras-nationalistes, je ne suis pas leur journaliste préférée. J'en suis même flattée". La journaliste Caroline Fourest revient sur une journée agitée, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, dimanche 14 avril, intitulée "Les homophobes sont allés trop loin à Nantes".
La veille, Caroline Fourest a passé la journée à jouer au chat et à la souris avec des militants opposés au mariage pour tous, entre Paris et Nantes (Loire-Atlantique). La police a dû intervenir à plusieurs reprises pour la protéger, alors qu'elle était prise à partie par plusieurs centaines de manifestants.

Caroline Fourest dénonce un "climat de quasi-guerre civile"

Connue pour ses enquêtes sur les milieux nationalistes et intégristes, Caroline Fourest, suscite de profondes inimitiés. Elle dénonce toutefois un "excès", sur le Huffington Post, qui "dépasse de loin le cadre d'un acharnement personnel. Il est politique et révélateur d'un climat plus inquiétant, signant la dérive du champ idéologique vers l'extrême droite... la plus décomplexée." Un peu plus loin, la journaliste dénonce un climat délétère et radical. "En venir à harceler, huer, injurier et à se mettre dans de tels états parce que quelques couples vont pouvoir se marier et sécuriser juridiquement leurs enfants, ce n'est pas normal."
Elle s'interroge également sur "l'attitude de la droite républicaine, étrangement passive, voire complaisante" envers "les appels à la guerre civile venant d'une extrême droite qui rêve visiblement de rejouer le 6 février 1934, jour où les ligues fascistes ont tenté de renverser la République". Sur France Info, elle décrit cette stratégie de radicalisation, expliquant que les opposants au mariage pour tous "ont visiblement décidé de créer un climat de quasi-guerre civile parce qu'ils n'acceptent tout simplement pas que le projet pour le mariage pour tous soit voté par une majorité parlementaire élue".

Quelque 450 militants rassemblés en début d'après-midi

Pour comprendre ces déclarations, retour sur les événements de samedi. Caroline Fourest doit animer un débat sur l'islam à Nantes (Loire-Atlantique), dans le cadre des journées du Nouvel Observateur. Attendue par une centaine de manifestants, elle doit quitter la gare en courant, sous la protection d'un cordon policier.
Un peu plus tard, en début d'après-midi, environ 450 militants se rassemblent devant la Cité des Congrès, où ont lieu les journées. Quelque 70 personnes, âgés de 20 à 25 ans, tentent alors de forcer le barrage de CRS pour pénétrer dans le bâtiment. Après des jets de pierre, un tir de gaz lacrymogène et des jets de yaourt, une dizaine d'entre eux accèdent à la salle de conférence où la journaliste anime un débat. Ils y restent une dizaine de minutes, avant d'être évacués par le service de sécurité. 
Le TGV pour Paris retardé d'une quarantaine de minutes
Rebelote au retour, puisque 200 militants l'attendent à la gare de Nantes, selon la police. Des manifestants s'allongent alors sur le ballast. Le train à destination de Paris est retardé d'une quarantaine de minutes. "J'ai dû avancer jusqu'au train avec les policiers, en mode 'tortue' dans les couloirs, avec des manifestants qui allaient au contact",explique Caroline Fourest à France Info.
A son arrivée à Paris, la journaliste est de nouveau accueillie sous les huées par 200 manifestants. Elle quitte les lieux, encadrée par la police. "Ils arrivaient à pousser les CRS, malgré un déploiement policier important. Il y avait un curé en soutane qui brandissait un immense drapeau français", a raconté Caroline Fourest. Un témoin de la scène a posté un cliché, sur Twitter.




Si même la consommation s'effondre, que va-t-il rester à l'économie française ?

L’Insee a marqué les esprits en annonçant une baisse de la consommation des ménages de 0,2%. Cette baisse annonce sans doute une récession, et de nouvelles mesures d'économies dans la dépense publique.

"La consommation est le socle résistant de la demande", nous disent depuis des mois les experts officiels. Et si ce socle se dérobait sous nos pieds ? Avec quelles conséquences ? De fait, l’Insee a marqué les esprits en annonçant une baisse de la consommation des ménages : -0 ,2 %. Même si l’Institut juge, techniquement, que la consommation « recule légèrement », son annonce est très importante, et pour trois raisons.

La faiblesse de la consommation s’inscrit d’abord dans un mouvement plus profond : c’est la première raison pour s’inquiéter. Cette baisse de février (-0,2 %) suit en effet celle de janvier (-0,9 %), essentiellement liée à l’automobile, mais elle s’insère dans une tendance de plus d’une année. En février, l’Insee nous dit qu’il nous faut regarder du côté « des achats de textile-cuir ». Mais si on regarde sur plus longue période, la consommation en biens a décroché, en liaison avec un moral des ménages en berne, un revenu réel net qui baisse et un crédit à la consommation qui, lui aussi, se réduit.  Moral, revenu, impôts, crédit sont ici réunis, pour expliquer une inflexion majeure.

Cette faiblesse de la consommation annonce, sans doute aussi, une récession. La deuxième raison d’inquiétude devant ce chiffre de février est en effet que cette baisse de la consommation va peser sur le premier trimestre. Vraisemblablement, elle va le faire passer à -0,1 ou -0,2 %. Comme le quatrième trimestre 2012 s’est inscrit à -0,3 %, nous sommes en récession.

Cette consommation plus faible que prévu qui annonce un ralentissement plus fort qu’anticipé annonce à son tour de nouvelles mesures d’économies dans la dépense publique. Voici la troisième raison pour s’interroger. Personne n’est dupe en effet du calendrier des chiffres de prévision. La France a attendu le maximum pour annoncer ses problèmes de croissance, autrement dit le fait qu’elle ne pouvait tenir son engagement de réduction du déficit budgétaire pour 2013. Elle a ainsi obtenu un décalage d’un an de la Commission européenne pour se mettre en conformité avec ses engagements, avec l’idée que – cette fois – cette même Commission sera moins compréhensive. Elle voudra des réformes, elle demandera des réductions chiffrées dans la dépense publique. Il n’y a plus grand choix.

Au fond, cette baisse de la consommation marque la sensibilité très forte des Français à la fiscalité dans la conjoncture actuelle. Ce n’est pas une surprise, mais ce n’est pas ce qui était dans les chiffres de Bercy. Et ce n’est surtout pas pour cette raison qu’il faut revenir en arrière. Au contraire. Les économies doivent être poursuivies, la fiscalité stabilisée. Les Français fonctionnent aux anticipations : inquiets, ils consomment moins. Que va-t-il rester à l’économie française ? Une période de croissance faible sans doute, mais aussi une période de réformes intenses, pour alléger la barque de la dépense publique, si on veut éviter une crise plus forte. Jamais les taux longs n’ont été aussi bas (merci aux épargnants japonais), profitons-en pour changer vraiment.

Les vrais handicaps des seniors par rapport aux jeunes sur le marché du travail

Dans son livre, "The Leader’s Guide to Radical Management", le consultant en gestion Stephen Denning explique la préférence actuelle pour les jeunes sur le marché du travail, en soulignant que les managers du 20ème siècle ont été formés pour superviser des travailleurs, mais que les besoins ont changé. En effet, les employés étant de plus en plus qualifiés de nos jours, on a davantage besoin aujourd'hui de managers capables de les inspirer, les motiver, et de s'intéresser davantage au bien-être de leurs équipes. Du coup, les jeunes présentent des avantages objectifs pour les recruteurs:
- Parfaitement rodés aux nouveaux moyens de communication, ils sont plus susceptibles de trouver et d'utiliser les outils les plus adaptés pour gérer les flux énormes d'information auxquels nous avons tous à faire face de nos jours, et ils ne se plaignent jamais de surcharge.
- Habitués à taper des messages depuis leur plus tendre enfance, ils sont rompus aux techniques de communication, spécialement lorsqu'il s'agit de s'adresser à des groupes.
- Ils sont plus mobiles sur le plan sectoriel. Par contraste, les baby-boomers souvent issus de secteurs en perte de vitesse, comme la construction ou l'industrie manufacturière, ne sont généralement pas à l'aise avec les changements sectoriels. De plus, certains des nouveaux métiers sont totalement indifférents au niveau d'expérience, mais réclament davantage de connaissances récentes, ce que les jeunes sont plus susceptibles de détenir.
- La génération Y aurait davantage l'esprit de création d'entreprise, même dans des conditions spartiates. Les jeunes sont aussi moins regardants quant aux conditions d'embauche. Aux titres de fonction et aux salaires, ils préfèrent les expériences intéressantes et enrichissantes.
Dans le monde d'aujourd'hui, où la sécurité professionnelle n'est plus garantie, la discrimination professionnelle par l'âge est de plus en plus évidente. La clé ? Quelque soit votre âge, vous pouvez apprendre à communiquer et à collaborer, à la manière de la génération Y.

    Manifestations et non-violence

    Manifestations et non-violence


    « À la force nous ne voulons pas répondre par la force », a déclaré la porte-parole de la Manif pour tous, Frigide Barjot, au sujet du voteaccéléré du projet de loi pour lemariage et l'adoption homosexuels. Alors que le pouvoir politique est considérablement affaibli par les affaires, la précipitation qu'il manifeste pour faire passer ce projet de loi est inquiétante.

    Tout d'abord parce qu'il n'est pas une priorité au regard de la débâcle économique qui menace le pays. Pour éviter de se trouver demain dans une situation comparable à celle de l'Espagne ou de l'Italie, il est nécessaire de réduire les dépenses de l'État et donc de le réformer. Accélérer le travail des parlementaires en ce sens serait mille fois plus utile que de le faire sur des questions de société qui divisent inutilement.
    Par ailleurs, la décision d'avancer le vote d'un mois sur un sujet aussi sensible avive les tensions. En ce sens, elle ne contribue pas à lacohésion nationale prônée, ces joursderniers, par les chefs de l'État et du gouvernement. Respecter le calendrier initial aurait évité de brusquer une importante partie de la population sans pour autant désavouer la majorité. Ces contradictions risquent d'ajouter au discrédit économique et moral le discrédit politique des institutions garantes du lien avec le peuple.
    Le pouvoir politique a-t-il compris la nature de la contestation de ceux qui se sentent humiliés depuis des semaines et des mois faute d'avoir été entendus ? L'exaspération grandit. Taxés d'homophobes et deviolents à cause des actes inadmissibles de groupuscules, ils ne seretrouvent pas dans cette imagedivulguée par le pouvoir et par les médias. Le vote bloqué de certains partis, puis le vote à main levée du Sénat et l'accélération du calendrier jettent de l'huile sur le feu.
    Cette opposition spontanée, mouvante, rassemble des personnes de tous milieux et de toutes opinions. Ce sont des hommes et des femmes qui s'expriment en conscience, à l'image de ce lecteur : « Jamais, jamais je ne me suis senti autant méprisé dans mes convictions les plus profondes qui ne sont ni de droite ni de gauche, ni religieuses oulaïques, mais ancrées au plusprofond de moi tout simplement par bon sens. Ce bon sens inné qui me dit que nous sommes hommes et femmes et qu'il ne peut en être autrement dans la construction de tout enfant... Cela m'a paru surréaliste de devoir me lever deuxdimanches matins de bonne heure et d'aller manifester pour dire ça ! »
    Face aux provocations de toute sorte, il faut espérer que les opposants à ce projet sauront répondre par leur calme. Et qu'ils se souviendront de l'enseignement de Gandhi ou de la chute du mur de Berlin : seule la non-violence peut faire triompher les justes causes.

    Le doute et la défiance

    Le doute et la défiance


    La rupture est-elle consommée, en France, entre le peuple et les élites ? Assurément, ce n'est pas la publication du patrimoine des ministres, ce matin, qui va éteindre l'incendie allumé par l'affaire Cahuzac. Les Français savent parfaitement que la transparence n'est pas un gage de probité : elle favorise les plus habiles des menteurs et fait le miel des plus malins manipulateurs.
    Dans le meilleur des cas, l'opinion publique restera dubitative sur les intentions et la vérité de la démarche. Dans le pire, assez probable, cet étalage offrira matière à de nouveaux doutes, à des rumeurs, à des jalousies. La plus grande des fautes de l'ex-ministre du Budget, c'est d'avoir, par son mensonge, avalisé l'idéologie du soupçon généralisé, qui dévore comme un cancer le pays et ruine toutes les tentatives de redressement.
    Le soupçon n'est pas né avec l'affaire Cahuzac. Il vient de plus loin et déborde la sphère politique au sein de laquelle il frappe à droite et à gauche. Avec la crise dessubprimes qui a éclaté en 2007 aux États-Unis et a rapidement contaminé la planète, ce sont les élites économiques ¯ acteurs et analystes ¯ qui ont vu s'effondrer leur crédibilité. Les uns avaient pris des risques inconsidérés, fascinés par l'appât du gain, les autres n'avaient rien vu, rien compris.
    La crise bancaire européenne actuelle ne fait qu'aggraver les choses. Les affaires qui ont éclaté dans les industries agroalimentaires et pharmaceutiques s'ajoutent à des niveaux de rémunérations choquants de certains dirigeants ou hauts cadres d'entreprise pour faire tomber le discrédit sur le secteur privé alors que le chômage atteint des niveaux historiques !
    En 2005, l'échec du référendum français sur le Traité européen manifestait que l'Europe était entrée dans une crise de confiance majeure. Le plus grand projet mondial, à la fois politique, économique et culturel, de la seconde moitié du XXe siècle avait perdu sa force d'entraînement ! Le « non » traduisait un doute profond sur la qualité des élites européennes.
    Même les responsables spi-rituels n'y échappent pas. La confiance dans l'Église catholique a été profondément atteinte par les actes pédophiles commis par des prêtres et trop longtemps couverts par leur hiérarchie, jusqu'à ce que le pape Benoît XVI ne redresse la barre. Tout récemment, les raisons, certes moins graves, qui ont conduit à la mise en congé du grand rabbin de France, Gilles Bernheim, font planer un doute sur la sincérité de ceux qui sont en charge non pas des biens, mais des âmes, dont on attend plus encore qu'ils soient irréprochables...
    La méfiance qui s'étend rend plus difficile la lutte contre le chômage, car elle paralyse l'esprit d'entreprise, et privilégie la dénonciation d'éventuels coupables sur la recherche de solutions. Elle divise, là où il faudrait rassembler. Elle pousse à l'affrontement, là où il faudrait réunir les forces et les intelligences, pour coopérer. Son arithmétique irrationnelle est implacable : les doutes ne se retranchent pas les uns des autres, ils s'ajoutent, se renforcent et se multiplient.
    « Tous pourris » ? Certes non. Mais l'ombre du doute ne fait pas le tri des justes et des injustes. Elle moissonne sans discrimination. Dans le passé, de telles situations ont conduit à des déflagrations politiques et internationales majeures. Il faudra bien plus qu'une problématique transparence pour regagner la confiance. Au moins faudrait-il que les citoyens ordinaires aient le sentiment que les élites ne sont pas exemptes du sort commun. On en est loin.
    (*) Éditeur et écrivain.