La gauche reprend la politique de Sarkozy mais nous rejoue le grand air des valeurs
Hypocrite comme un journaliste. Ou comme un politologue. Ou comme un
élu. Il était assez amusant, le 18 juin, d’entendre les invités d’Yves
Calvi sur France 2 commenter le tweetgate avec des accents de vierges
éplorées. De Florian Philippot, lieutenant de Marine Le Pen, à Vanessa
Schneider, journaliste au Monde, en passant par Dominique
Reynié, politologue et débiteur d’affirmations qui ne mangent pas de
pain, ce fut un festival de mines outrées et de grands mots.
Comme chacun sait, et comme cela fut abondamment répété, ces histoires
d’alcôve n’intéressent pas nos concitoyens. Comme dirait Audrey Pulvar,
faudrait pas me prendre pour un jambon ! Ce serait donc par pur
masochisme que Le Monde a consacré trois pages à la tragédie politico-amoureuse du Président normal, et que tous les hebdos (à l’exception de Paris Match…)
ont changé leur « une » in extremis ? « Les Français, osa encore la
consœur, ne supportent pas ce mélange public privé. » Je ne sais pas
s’ils supportent, mais ils adorent.
Bien entendu, les estimables personnalités réunies sur le plateau se
sont, comme vous et moi et des millions de Français, passionnées pour le
duel de chipies qui a pimenté la bataille politique de La Rochelle.
Tout simplement parce que, depuis nos rois et reines jusqu’à Nicolas
Sarkozy, l’intrusion des passions dans la raison politique intrigue et
fascine. Sexe et pouvoir, c’est la grande affaire de l’humanité. Des
flots d’encre ayant coulé sous les ponts, on ne reviendra pas sur ce que
l’affaire nous a appris de la douceur féminine et de la personnalité de
la Première Girl Friend – qui, cherchant un nom pour sa non-fonction,
avait retenu, parmi toutes les propositions, « Atout Cœur » et «
Première Journaliste ». Et pourquoi pas Informator ? Cet édifiant
épisode jette en revanche un éclairage nouveau sur la normalité
présidentielle. Oui, François Hollande est normal, trop normal, comme
l’annonce notre « une », concoctée par François Miclo avec l’aimable
collaboration de Raymond Depardon.
Mais plus le Président répète, sur le mode de la dénégation, qu’il
n’est pas Nicolas Sarkozy, plus ce qu’il a en commun avec son
prédécesseur apparaît de façon éclatante : ces hommes radicalement
différents sont précisément des hommes normaux, peut-être même
ordinaires – si on veut être cruel comme Gérard Pussey, écrivain dont je
salue l’arrivée dans ce salon. Exceptionnellement doués sans doute,
courageux assurément, mais aussi lâches que n’importe lequel de leurs
congénères quand il s’agit d’affronter une larme, une bouderie ou une
colère de femme – et ne parlons pas de deux. Pour la résacralisation du
pouvoir, vous repasserez. Ou pas.
Si le Président est normal, le fond de l’air est désespérément banal.
On espérait une bataille d’idées entre la gauche Terra Nova,
multiculturelle et antifasciste, et la gauche républicaine attachée à la
nation. On dirait que, au moins dans les discours, la première a déjà
gagné et que nous sommes condamnés à revoir un film que nous connaissons
par cœur, sempiternelle variation sur un scénario éculé, Marine Le Pen
ayant simplement remplacé son père dans le rôle du Dr No. Pour le reste,
les mêmes injonctions moralisantes des valeureux résistants enfin
sortis de la clandestinité à laquelle la répression policière les avait
condamnés1,
les mêmes niaiseries sirupeuses, les mêmes listes d’idiots utiles et
d’alliés objectifs, les mêmes excommunications – et les mêmes médias,
qui trouveront dans ce vieux filon une précieuse opportunité de
reconversion de leur obsession sarkozyste – seront mobilisés en vue des
mêmes fins : renvoyer à la niche ces classes populaires qui résistent
avec entêtement aux joies de l’avenir radieux et sans frontières dans
lequel elles sont priées de disparaître.
Au PS comme à l’UMP on semble donc avoir fermé avec soulagement le livre du géographe Christophe Guilluy
sur les « fractures françaises », qui a fait office d’évangile pendant
ces quelques mois où personne n’avait de mots assez doux pour ces prolos
sans lesquels nul ne gagne une élection. Du reste, dans l’entretien
qu’il nous a accordé, Guilluy explique qu’après une présidentielle qui
avait mobilisé ces catégories, les législatives ont été une élection
sans le peuple. Retour à la normale : après avoir juré que cette fois on
les avait compris, on s’est empressé, une fois le dernier bureau de
vote fermé, de dénoncer leur esprit étroit, imperméable aux joies du
métissage.
Les commentateurs ont donc unanimement et bruyamment décrété que le
résultat des législatives confirmait l’échec de la « stratégie Buisson
». À les entendre, nous aurions subitement retrouvé nos « valeurs » que
ce salaud de Sarkozy avait cachées on ne sait où, sans doute dans le
même coffre que l’argent qu’il piquait aux pauvres pour le donner aux
riches. Maintenant qu’il a cessé de diviser les Français, nous pouvons à
nouveau nous aimer les uns les autres – il faudra le dire aux Parisiens
qui empruntent la ligne 1 aux heures de pointe, certains ne doivent pas
être au courant.
Les chers confrères vont un peu vite en besogne pour décréter que la «
droitisation ne paie pas » – sachant qu’ils qualifient de droitisation
toute tentative pour répondre aux angoisses exprimées par les classes
populaires sur l’immigration et la sécurité. Claude Guéant n’a pas été
défait par un tenant de la droite dite « humaniste » (l’humanisme en
question consistant paradoxalement à s’asseoir sur les attentes d’une
partie des citoyens), mais par un dissident mieux implanté que lui. Et
parmi les battus, figurent également François Goulard, Hervé de Charette
ou Laurent Hénart, qui ne sont pas, que l’on sache, des représentants
de la droite inhumaine et buissonnière.
En réalité, si on place à part l’ouest de la France, qui a peut-être
rejoint le camp de ceux qui imaginent pouvoir un jour faire partie des
gagnants de la mondialisation, on a plutôt l’impression que si la «
stratégie Buisson » a été sanctionnée, ce n’est pas à cause de Buisson,
mais parce qu’il était trop évident qu’il s’agissait d’une stratégie.
Convaincus que Nicolas Sarkozy, malgré ses discours musclés, ne ferait
pas mieux que François Hollande sur les terrains qui les préoccupent,
nombre d’électeurs se sont dit : « à tout prendre, autant avoir la
retraite à 60 ans. »
La gauche n’ayant aucun autre horizon à proposer que le
libre-échangisme et la réduction des déficits – c’est-à-dire la
politique menée par Sarkozy –, elle a tout intérêt à camper sur sa
supériorité morale. Aussi a-t-elle promptement commencé, notamment par
le truchement de Najet Vallaud-Belkacem, professionnelle du fronçage de
sourcil à visage humain, à déplorer la porosité, les passerelles, les
compromissions entre UMP et FN – l’inénarrable Olivier Ferrand de Terra
Nova ayant déjà dressé la liste des agents doubles, dans laquelle figure
évidemment votre servante, ainsi que les suspects habituels. À l’UMP,
certains, à commencer par Alain Juppé et François Fillon, ont compris
qu’ils tenaient là leur seule chance de faire passer une bataille de
chiffonniers pour un noble affrontement idéologique. Jambons, vous-mêmes
!
En vérité, on voit mal pourquoi il faudrait partager les valeurs du
Front national pour comprendre que son succès n’est pas dû à la
méchanceté ou au racisme des Français, mais au fait que beaucoup le
tiennent – à tort, à mon humble avis – pour le seul parti capable de
défendre avec fermeté ce qui leur importe : une justice qui condamne les
voyous, une immigration qui s’adapte à la tradition nationale, un
système social supporté par tous. Personne ne leur rendra confiance en
leur répétant qu’il faut aimer l’autre et que la différence est une
source de richesses. Dans ces conditions, comme le montre Daoud
Boughezala, il est absurde de poser en termes moraux et sentimentaux la
question d’une éventuelle et future alliance entre l’UMP et le FN.
Le jour où les électeurs frontistes auront la conviction que la
droite « classique » est capable d’entendre leurs inquiétudes et d’y
répondre, le Front national n’aura plus de raison d’exister (on l’a vu
en 2007). Et la gauche devra se trouver un nouvel épouvantail.
Malheureusement, il semble que ce ne soit pas pour demain. Bienvenue
dans le quinquennat anti-Le Pen.
Je rigole, mais fabriquer Marianne et Mediapart dans une cave, ce n’était pas marrant tous les jours. ↩
vendredi 29 juin 2012
Bienvenue en Normalie !
Vous connaissez la définition du football par l’avant-centre anglais Gary Lineker ? « Un jeu simple : 22 joueurs courent après un ballon et à la fin, les Allemands gagnent ». Ce n’est certes plus toujours vrai sur le gazon vert, mais ça le reste dans un sommet européen, qu’on pourrait ainsi définir : « Une négociation simple : 27 leaders courent après un accord et à la fin, Merkel gagne ». Notre Président, tout frais arrivé dans la haute compétition, espérait pourtant changer la règle. Bousculer la hiérarchie et tacler la Teutonne. Faire mieux, aussi, que nos footballeurs, fantômes errants de l’Euro. Notre Président aura au moins essayé, dans son style sans fioriture, sérieux et obstiné. Mais on ne défait pas une longue tradition en un seul match. Ce soir, n’en doutons pas, au coup de sifflet final du sommet, c’est la Mannschaft d’Angela qui chantera victoire – et fera des eurobonds de joie.
Mythes économiques : Tout investissement qui crée de l'emploi est bon pour l’économie
Mythe : Tout investissement qui crée des emplois est
forcément bon pour l’économie et la création de richesse. D’ailleurs, ce
sont les petites entreprises qui créent le plus d’emplois, il faut donc
que le gouvernement les privilégient.
out investissement qui crée des emplois est forcément bon pour
l’économie et la création de richesse. D’ailleurs, ce sont les petites
entreprises qui créent le plus d’emplois, il faut donc que le
gouvernement les privilégient.
Pour reprendre l’excellent exemple d’Igor Karbinovsky,
supposons que j’écris un article que personne ne veut lire, encore
moins me payer pour le lire. Puis, dans un nouveau programme de création
d’emploi, le gouvernement me paie pour cet article et tous ceux que
j’écrirai dans le futur. Bravo ! Un nouvel emploi a été créé !
Ainsi, les ressources et les actifs dévoués à la production de biens non-désirés par la société sont gaspillées et réduisent le niveau de vie de la société. Et le seul moyen de savoir si le capital est déployé de manière à bien servir la société, c’est en le soumettant au test du libre-marché, l’agrégation des préférences de la société. Le profit est l’indicateur démontrant si la production rencontre la satisfaction des consommateurs. Le plus vite les entrepreneurs réalisent que leur capital est mal investi et qu’ils gaspillent les ressources, le mieux le niveau de vie de la société s’en portera. Toute interférence dans le processus du marché viendra le troubler et nuire à la création de richesse.
Donc, créer des emplois ne veut pas dire qu’on l’on crée de la richesse. On pourrait créer des milliers d’emplois en rendant les pelles mécaniques illégales. Cependant, cela nous apauvrirait puisque nous devrions alors payer plus cher pour nos maisons, nos édifices, nos routes et toutes ces autres constructions, ce qui réduirait notre niveau de vie considérablement.
Dans un autre ordre d’idées, il semble que les petites entreprises bénéficient d’une sorte d’aura politique, étant considérées comme les plus créatrices d’emplois. Aux dernières élections fédérales, le programme du Parti Néo-Démocrate prévoyait des crédits d’impôts de $1 milliard visant à aider les PMEs, alors que le Parti Conservateur leur consentait $124 millions en crédits d’impôt à l’embauche. Les petites entreprises font aussi souvent partie des discours du Président Obama et sont particulièrement visées par ses politiques interventionnistes. Cela est attribuable au fait que les petites entreprises créent plus d’emplois que les grandes, et l’emploi est un enjeu électoral significatif.
Pourtant, les grandes entreprises ont généralement des employés beaucoup plus productifs que les petites, offrent des salaires supérieurs et paient plus d’impôts. Les pays dont les économies sont plus dominées par les petites entreprises sont moins dynamiques, croient moins vite que les autres (par exemple : la Grèce, l’Italie et le Portugal) et ont des niveaux de vie inférieurs.
Les grandes entreprises récoltent des économiques d’échelles qui sont repassées aux consommateurs sous la forme de prix plus attrayants. Ces économies d’échelles bénéficient donc à la population en augmentant son niveau de vie.
De plus, lorsque les données sont ajustées pour l’âge de l’entreprise, on constate que les petites ne créent pas plus d’emplois que les grandes.
La conclusion est que plutôt que de chercher à privilégier et subventionner les petites entreprises, les gouvernements devraient se concentrer à retirer les entraves au monde des affaires tout en réduisant les impôts, la bureaucratie et la paperasse. Par exemple, en Europe et ailleurs, lorsqu’une firme atteint une certaine taille, elle est sujette à plus de règlementations, ce qui lui donne un incitatif à rester petite. Il y a donc en France un nombre anormalement élevé d’entreprises de 49 employés, car l’ajout d’un cinquantième employé aurait des conséquences règlementaires et fiscales très négatives. En bref, des politiques de libéralisation économique (dérèglementation, privatisation, baisses d’impôts) pour toutes les entreprises serait plus souhaitables que des mesures interventionnistes favorisant les petites entreprises.
Pour en lire davantage:
« Avant, les familles apportaient de la nourriture aux détenus, ce qui est interdit mais toléré dans les faits. Maintenant, c’est le contraire ! Certains prisonniers ont écrit à leur directeur d’établissement pour que leur famille profite aussi de ces prix bas et ils se mettent à poster des colis. »
« Ce qui me fait peur, c'est que certains gamins grimpent sur le parapet. S'ils tombent, ça peut se terminer en drame »
Gangrène : les banques du monde entier sont contaminées par des dettes pourries
Les investisseurs remboursés par l'argent des nouveaux emprunts : nous avons là un schéma de Ponzi à l'état pur, mais aucun des Madoff à la tête de nos gouvernements n'ira pourrir en cellule, merci pour eux.
L'argent-dette mal utilisé ne peut être remboursé
La qualité d'une dette dépend de la faculté du débiteur à s'inscrire dans une chaîne de création de valeur suffisamment performante pour le rembourser. Si une entreprise investit sa créance dans des outils de production performants, dont les produits séduisent les consommateurs, aucun problème. Si cette chaîne de valeur permet aux salariés de voir leur rémunération augmenter, ceux-ci peuvent sans souci avoir recours au crédit.
Malgré les cris des adversaires d'une austérité encore timide, aucun État n'a effectué le tiers des efforts nécessaires à cette stabilisation. Et la croissance nécessaire à une telle performance sans effort budgétaire significatif est inenvisageable dans une zone Euro qui n'a guère brillé en ce domaine depuis l'adoption de la monnaie unique.
La dynamique actuelle des dettes publiques est insoutenable
D'autres solutions sont possibles...
Récemment, Michel Barnier, pour le compte de la Commission européenne, a présenté des propositions philosophiquement proches [iv]. Ces propositions ne sauraient résoudre tous les problèmes, elles n'empêcheront pas des ajustements douloureux des États-providence, qui devront de toute façon réduire considérablement leur empreinte économique, et leurs détails techniques posent encore quelques questions. Mais ces plans permettraient, si leurs promoteurs se révèlent capables de les mettre en œuvre, de s'assurer que de grosses faillites bancaires n'empêcheraient pas cette économie que l'on dit « réelle » de fonctionner tant bien que mal pendant que l'économie financière subirait une très grande purge de ses dettes toxiques.
Malheureusement, faute d'avoir envisagé de telles dispositions dès 2008, bien que quelques économistes de renom s'en soient dès lors faits les chantres, il est peu probable qu'un tel dispositif européen de gestion des grandes faillites bancaires voit le jour avant 2015.
Pourtant, il y a urgence à ce que les États cessent de faire semblant de croire qu'ils peuvent sortir de la crise en « bidouillant » des plans de sauvetage mobilisant des milliards qu'ils n'ont pas, et en creusant leur endettement sans retenue. Il est trop tard pour essayer de sortir de la crise en comptant uniquement sur un assainissement des comptes publics courants, quand bien même celui ci reste indispensable. Une gestion ordonnée de la faillite des États les moins solvables et des banques trop exposées à ces dettes toxiques est plus que jamais indispensable, quelle qu'en soient les difficultés politiques.
Pour bien comprendre, il faut remonter le temps: en 2009, le PS ratifie un texte dans lequel il promet de mettre fin au cumul des mandats. Il annonce une loi - s'il accède au pouvoir en 2012 - qui interdira à tous les élus de cumuler un mandat de parlementaire et un exécutif local (maire ou maire adjoint, président(e) ou vice-président(e) de conseil général ou de conseil régional).
Mais le PS va encore plus loin, il promet d'anticiper cette loi en montrant l'exemple "dès 2012". Le texte soumis et adopté par les militants socialistes est très précis: "Tout candidat à une élection parlementaire abandonnera ses mandats exécutifs locaux dans un délai maximum de trois mois après la tenue du scrutin." Conclusion, tous les députés socialistes élus depuis 17 juin vont devoir abandonner leurs fonctions exécutives locales.
Mais aujourd'hui, certains au PS semblent vouloir s'exonérer de cet engagement. Il faut dire que de nombreux élus (et pas seulement socialistes) ont pris goût au cumul des mandats. Du coup, Bruno Le Roux, le nouveau patron des députés PS, mais surtout Alain Vidalies, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, se sont montrés particulièrement ambigus sur le sujet, histoire de ne pas froisser les élus cumulards de sa majorité.
Dans un entretien au Figaro, le premier se contente de vouloir "anticiper le non-cumuls des mandats qui devra être adopté avant les élections locales de 2014". Le second, sur FranceTVInfo se montre encore plus flou: "Ce serait mieux qu'à l'intérieur du Parti socialiste, il y ait une anticipation...", répond-t-il laconiquement.
D'autant que le projet de loi sur le non-cumul n'est pas encore à l'ordre du jour. "On peut penser qu'il sera adopté avant les prochaines élections, d'ici à 2014", assure Alain Vidalies sans plus de précision. Pourtant là encore, le texte du PS était parfaitement clair: "le Parti socialiste inscrira dans le projet présidentiel le vote d'une loi dès l'été 2012 sur le non-cumul des mandats et le statut de l'élu".
Ce n'est pas la première fois que "les cumulards du PS" tentent de retarder l'échéance. Lors des sénatoriales de 2011, François Rebsamen et Gérard Collomb avait dealé avec Martine Aubry un report de la règle du non-cumul pour le 1er octobre 2012 grâce à l'appui de François Hollande désireux de ne pas heurter certains élus socialistes à l'approche de la campagne présidentielle.
jeudi 28 juin 2012
Robert Sabatier, auteur des Allumettes suédoises, est décédé
Doyen de l'Académie Goncourt, l'écrivain s'est imposé comme un grand de la littérature populaire avec Les allumettes suédoises, une saga autobiographique qui connut un énorme succès à la fin des années 1960, mais aussi comme un poète exigeant, auteur d'une monumentale Histoire de la poésie française. Cet enfant de Montmartre, qui peuplait ses livres de personnages truculents et fit revivre dans une vingtaine de romans le Paris gouailleur, insouciant, un peu anar, des années 1930. "J'écris par besoin, pour essayer de rejoindre quelque chose que j'ignore", disait-il, encore étonné par son parcours improbable dans la vie littéraire.
Né le 17 août 1923 à l'emplacement de ce qui fut le domicile de Verlaine, il passe son enfance sur les escaliers de la butte. Orphelin à 12 ans, il quitte pourtant Paris pour la Haute-Loire où il apprend le métier de typographe. En 1943, le jeune Sabatier prend le maquis, puis rentre à Paris au lendemain de la guerre pour vivre sa passion de la littérature. Son premier roman, Alain et le nègre (1953), est salué par la revue Les lettres françaises comme "le premier roman français antiraciste" et adapté par Julien Duvivier au cinéma.
La raison et la vertu
Dans le présent article, je vais m'appliquer à démontrer
pourquoi nous ne pouvons pleinement développer notre raison sans notre
vertu. Ce faisant, je montrerai également qu'il est une autre voie pour
arriver à la raison que la religion et je nommerai cet autre moyen d'y
accéder la voie laïque.
Notons aussi qu'il y a au moins trois sortes de rationalité qui couvrent tout le spectre de nos acceptions du mot de raison : la rationalité pratique, qui nous permet d'assouvir nos désirs, la rationalité scientifique, qui nous permet d'expliquer le monde, et la rationalité morale, qui nous permet de critiquer nos propres désirs pour leur substituer des buts moraux. On voit ainsi que, si la rationalité pratique est, pour parodier Hume, "la servante des passions", la rationalité morale, au contraire, est leur maîtresse en les soumettant à ses commandements. Mais l'on va comprendre ici que la rationalité morale a aussi besoin de nos passions, et plus particulièrement de la vertu, pour pouvoir se déployer. Car la vertu est bel et bien une passion en tant que "désir ardent de faire le bien".
Admettons que nous ne soyons pas du tout rationnels. Comment alors devenir moraux ? Il y faut la vertu et nous allons voir comment elle naît.
Les Grecs disaient que l'être humain idéal possédait au plus haut point la kalokagathía. Le mot est composé des adjectifs kalós kaì agathós qui signifient littéralement "bel et bon". Pour les Grecs, la bonté était inséparable de la beauté. La bonté morale était aussi une beauté morale. Nous retrouvons en français cette intuition quand nous disons de quelqu'un de bien qu'il est une "belle personne", qu'il a une "belle personnalité".
Il est donc inutile d'être rationnel pour aimer la bonté morale ; il suffit de l'admirer en y décelant la kalokagathía des Grecs. Et la vertu consiste précisément en ce désir ardent, né de l'admiration de la bonté morale, de l'imiter et de devenir bon soi-même.
La vertu est même, en dehors de la religion, le seul autre moyen de se "convertir" à la rationalité morale. C'est pourquoi je l'ai nommée voie laïque.
Nous pouvons en effet nous convertir à la bonté morale pour obéir à l'ordre que nous donne une divinité d'agir ainsi. C'est la voie religieuse. Cette dernière comporte cependant une contradiction ou, du moins, une tension internes. Comment en effet se convertir à la rationalité morale au nom de religions dont les dogmes, par ailleurs, sont une insulte à l'intelligence et à la raison ? Comment être raisonnablement bons en effet au nom d'une religion qui, par exemple, nous demande de déraisonnablement croire que son prophète est le fils de la divinité, qu'il est revenu à la vie trois jours après son exécution et qu'il est ensuite "monté au ciel", si tant est que cela veuille dire quelque chose, etc. ?
Inversement la raison toute seule et par elle-même ne peut nous amener à être rationnellement bons car elle se heurte rapidement aux limites que lui impose la faiblesse de la volonté. Par exemple, je peux être rationnel et savoir que la cigarette est mauvaise pour la santé, mais cette connaissance seule ne suffira pas à me faire arrêter de fumer, tous les fumeurs invétérés le savent bien.
La vertu est donc une passion irrationnelle, un amour irraisonné de la raison, qui nous poussera à écouter notre rationalité et à arrêter de fumer. De la même façon, je peux très bien savoir qu'il est mal, moralement inacceptable de faire ceci ou cela et, pourtant, ne pas pouvoir m'empêcher de le faire. Pour m'en empêcher, c'est-à-dire pour obéir aux recommandations de ma raison qui voudrait que je fisse le bien, il me faudra l'assistance d'une autre passion, plus puissante que celle qui me pousse à faire le mal tout en sachant que c'est mal, et cette autre puissante passion est la vertu.
Bien sûr, la vertu en elle-même est dangereuse si elle n'est pas tempérée par la raison. On l'a bien vu sous la Terreur où la vertu était constamment invoquée par Robespierre et Saint-Just pour justifier les actes les plus irrationnels.
Mais, inversement, la raison sans la vertu sera impuissante. Il se pourrait par exemple que j'adhérasse à la rationalité pratique mais que je ne voulusse pas passer ensuite au stade supérieur d'accomplissement de la raison, la rationalité morale. C'est par exemple le cas de ceux qui, à l'instar de la philosophe américaine Ayn Rand, affirment la pertinence de l'égoïsme rationnel. Or il n'est pas rationnel d'être égoïste, en quoi l'égoïsme rationnel est une contradiction dans les termes, puisqu'il n'est pas moralement rationnel de sacrifier les intérêts des autres, si besoin est, à ses propres intérêts, ce que l'égoïsme soi-disant rationnel de Rand nous recommande pourtant de faire.
Cependant, admettons que je vous démontre ainsi l'inanité de cet égoïsme pseudo-rationnel et que vous me répondiez "Oui, et alors ?". Vous pourrez très bien continuer à vous servir de votre rationalité pratique sans vous astreindre à la rationalité morale car, après tout, rien ne vous y oblige.
Je pense d'ailleurs que ce dernier cas est de même farine que celui de la faiblesse de volonté : dans les deux exemples, vous avez beau savoir que ce que vous faites est mal, rien n'y fait.
Pour vous convertir à la rationalité morale, il faut donc que vous succombiez à une passion plus forte que votre envie de fumer ou votre égoïsme et cette passion est la vertu.
Cela explique pourquoi des gens très intelligents peuvent être de parfaites crapules morales et, réciproquement, des gens peu instruits de vrais héros : les premiers sont dépourvus de ce que les seconds ont en abondance, la vertu.
On voit donc par là qu'il ne saurait y avoir d'accomplissement de la raison sans les passions : la raison est vaine sans la vertu. Mais, tout à l'inverse, la vertu est dangereuse sans la raison. Les passions ont tout autant besoin de la raison.
Si nous ne sommes pas encore rationnels, alors la vertu, avec la religion, est le moyen premier d'accéder à cette rationalité morale qui, en retour, guidera notre vertu. Or on peut être vertueux sans être religieux, sans croire le moins du monde en une divinité ; donc la vertu trace effectivement devant elle une voie laïque vers le bien.
Comment cultive-t-on la vertu ? Par l'exemple de sa propre conduite et par l'éducation que l'on donne à ses enfants.
Si je ne suis pas encore rationnel, notamment dans l'enfance, la vertu est en effet le seul moyen de justifier à mes yeux mon effort pour être moral. Car la vertu me représente le bien comme beauté morale, beauté que je perçois dans l'être moral et que je veux imiter par admiration pour lui.
Si je ne suis pas encore rationnel, je n'ai pas forcément raison d'être vertueux car quelque Ayn Rand particulièrement retorse pourrait me démontrer que le fait que nous trouvions tous unanimement belle la bonté morale ne prouve en rien que nous ayons raison de vouloir l'imiter. Il se pourrait en effet que nous eussions tous très mauvais goût de la trouver belle. Oui, mais comme je ne suis pas encore rationnel, nul argument rationnel ne pourra me convaincre ni d'être bon ni d'être plutôt égoïste. Seule la vertu le pourra et nous devrons nous en contenter.
Ce n'est que postérieurement et non antérieurement à notre conversion à la rationalité morale par le truchement de la vertu que nous comprendrons la justification rationnelle de la vertu.
Car même si la vertu n'est pas rationnelle, il est en effet nécessaire de recourir à cette déraison pour passer de la raison en puissance à la raison en acte. La vertu est l'amour passionnel et déraisonnable de la raison. Elle peut être vertu religieuse ou vertu laïque.
Dépense publique, austérité et croissance
Le débat doit être tranché : il faut choisir entre austérité et
croissance. Ce sera nécessairement soit l’un, soit l’autre, ces deux
notions s’excluant mutuellement. C’est en tout cas ce que les médias
ressassent à longueur de journée. Évidemment, poser la problématique
sous ces termes biaise le débat.
D’ailleurs, les médias ne cessent de le rappeler : l’austérité a déjà été testée et est responsable de la situation économique actuelle. Et qui plus est, elle vient d’être rejetée en bloc par les électeurs grecs et français. On aboutit ainsi à cette conclusion absurde que pour sortir de cette crise de la dette, il faut… plus de dettes !
Selon wiktionnaire, l’austérité est une « politique visant à réduire la dépense publique ». Regardons donc l’évolution des dépenses publiques sur les 5 dernières années connues :
On voit que la zone euro est loin d’avoir subi une cure d’austérité massive puisque l’on observe juste un léger reflux en 2010 et 2011, après une nette augmentation entre 2006 et 2009. On ne constate des baisses qu’en Espagne et surtout en Grèce. Sinon, les dépenses publiques restent à chaque fois au-dessus du niveau d’avant crise. La France a de son côté augmenté de manière ‘remarquablement’ régulière ses dépenses publiques. Celles-ci sont passées de 952,6 à 1 118,5 milliards d’euros entre 2006 et 2011, soit une progression de 165,9 milliards d’euros.
Pour compléter voici ci-dessous les évolutions non plus en euros courants mais en pourcentage du PIB
On le voit clairement, les dépenses publiques ont significativement augmenté jusqu’à 2009 avant de redescendre en 2010 et 2011, sans retrouver leurs niveaux de 2006. À noter que la décrue la plus faible entre 2009 et 2011 a eu lieu en France, là où précisément les dépenses publiques étaient pourtant les plus élevées.
Les Français ne sont toutefois pas aussi réticents à l’austérité que l’on veut bien le croire. En effet, un récent sondage montrait que pas moins de 60% d’entre eux plébiscite cette solution pour relancer la croissance. De nombreuses études (par exemple ici et là) ont d’ailleurs montré que pour ramener un budget à l’équilibre il convenait de privilégier les baisses de dépenses plutôt que les hausses d’impôts. Cette deuxième étude, menée par l’American Enterprise Institute, détermine même une configuration optimale : 85% de baisse des dépenses et 15% de hausse des impôts.
Mais l’austérité entraînerait-t-elle une baisse du niveau de vie ? Réduire les déficits affecte nécessairement le train de vie : on vit toujours mieux à crédit qu’à budget équilibré ! Mais chacun comprend que cela n’est pas un mode de vie soutenable (même pour un État), que la fuite en avant ne peut durer éternellement et que la réalité finit toujours par nous rattraper. Quant au niveau absolu des dépenses publiques, il est neutre pour le pouvoir d’achat global des citoyens d’un État. En effet, comme l’avait justement noté l’économiste français Frédéric Bastiat, « l'État ne peut rien donner aux citoyens qu'il n'ait commencé par le leur prendre ».
L’augmentation des dépenses publiques, qui a creusé les déficits, est défendue par la théorie keynésienne comme un remède censé pallier une baisse de l’activité économique. Pour analyser l’efficacité de cette relance keynésienne, on étudie donc la corrélation entre la croissance et l’évolution de la dépense publique :
Alors que l’on aurait pu s’attendre à court terme à une augmentation (certes payée à crédit) de l’activité économique plus importante dans les pays ayant procédé à une relance keynésienne, les résultats empiriques font au contraire apparaître une corrélation négative de -20% entre les deux variables. L’augmentation des dépenses publiques pour relancer la croissance n’est donc en général même pas efficace à court terme, elle est contre-productive.
Le destin de l'Europe est-il suspendu à l'état psychologique d'Angela Merkel ?
Le rapport pipeau du Conseil économique, social et environnemental sur la dette publique
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE), vaste organe de concertation lourdement subventionné, vient de publier un rapport intitulé : « La dette : un pont entre passé et avenir ».
Le rapport publié est loin d’apporter une analyse et des propositions
de qualité. Il s’agirait presque d’une gentille mascarade, censée
prouver que la dette n’est pas aussi capitale que ça, et que des
arrangements à la marge seraient possibles, quitte à créer un autre
modèle de société, dont rien ne sera dit…
La mesure phare du rapport semble être la préconisation de modifier le rôle des agences de notation, et de créer « un gendarme des agences de notation » qui seraient (avec une certaine légitimité, reconnaissons-le) « incapables d’anticiper les crises financières ».
On aurait à ce sujet une critique des administrations en tout genre des multiples instances publiques de contrôle qui ont également échoué dans cet exercice. Mais l’analyse de la responsabilité de l’État semblait ne pas faire partie des objectifs du rapport.
Plus grave que l’absence de propositions concrètes, ce rapport, regorge d’une jolie collection de perles et d’approximation idéologiquement grossières. Les pires sont celles imputant l’origine de l’endettement des États depuis les chocs pétroliers à la fin des politiques Keynésiennes au profit de « politiques plus libérales », du « dogme de l’économie néolibérale mondialisée », favorisant « une vision de plus en plus à court terme pour attirer des capitaux »… S’en suivent les litanies à l’encontre de la dégradation du partage de la valeur ajoutée travail / capital (qui n’a pas bougé en France)…
La dépense publique a pris 10 points depuis 1980
Et encore ! La malhonnêteté devient patente quand le texte laisse entendre que les baisses d’impôts opérées depuis 2000 sont responsables de la plus grosse partie de la dette (au moins 400 milliards), alors que le niveau de prélèvements obligatoires est resté à « un niveau remarquablement stable depuis plus de 15 ans » (Graphique 3 du rapport (page 12) à l’appui).
Le même graphique vient d’ailleurs contredire l’affirmation du rapport sur la tendance à la baisse des dépenses publiques (hors crise) alors qu’elles ont pris au moins 10 points depuis 1980 (par rapport au PIB) !
Enfin, pour couronner le tout, des sources largement orientées, aussi bien dans le choix des personnes auditées que dans les publications citées en références. Sur les 6 personnalités nommées, 4 sont ancrées résolument à gauche. Pour contrebalancer le parti pris idéologique, un seul parlementaire, Gilles Carrez, plutôt modéré (partisan de l’équilibre budgétaire) et un spécialiste de la finance (Dautresme) sont appelés à la rescousse.
Les références bibliographiques sont encore plus parlantes et placent clairement la barre à gauche : 27 publications, livres et articles cités, dont 10 pour la seule revue Alternatives Économiques, 5 ouvrages dans la mouvance des idées écologistes et d’Attac (par exemple : « Les dettes illégitimes, quand les banques font main basse sur la politique publique »). Les publications pouvant être classées dans le registre libéral ou financier sont au nombre de 5 seulement.
Vu le parti pris de l’étude, se cachant à peine de son idéologie, pas étonnant que l’ensemble des représentants des entreprises aient voté contre l’avis !
L’indigence du rapport et la faiblesse des propositions porteraient à sourire si le CESE n’était pas financé par le contribuable, pour la bagatelle de 40 millions € par an. Il conviendrait de mettre un terme à son existence une bonne fois pour toute, Attac et Alternatives économiques n’ont pas besoin d’un organe subventionné pour faire entendre leurs thèses




















