TOUT EST DIT

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mardi 2 août 2011

La Grece sauvée ? L’envers du décor

Rééchelonnement dans le temps la contrainte de liquidité, remise en cause les politiques monétaires favorisant l’aléa moral et achats sur le marché secondaire par le FESF, tels sont les temps forts d’un plan qui ne devrait pas affecter significativement les résultats nets comptables des banques mais plutôt se matérialiser par des pertes économiques étalées dans le temps.
 Comme nous l’écrivions dans notre papier sur l’auto-réalisation de la crise de la dette souveraine si l’on a affaire à une crise de solvabilité, alors qu’il y ait prophétie auto-réalisatrice ou pas, on ne peut rien prévenir puisque le problème est structurel. Il faut alors des solutions structurelles fortes et nous en avions listé quatre principalement

- politiques visant à améliorer la croissance potentielle et la compétitivité (solutions de très long terme qu’un sommet peut juste promouvoir)
- mise en place d’un véritable fédéralisme fiscal avec une mutualisation des dettes nationales et la mise en place de programmes d’émissions d’Eurobonds (politiquement difficile notamment pour l’Allemagne). Ce n’est pas cette voie qui a été choisie lors de la réunion de l’Eurogroupe
- restructurations de dettes ou défauts partiels (en essayant d’éviter les risques systémiques et en s’inspirant d’exemples réussis chez les émergents depuis 1998 : Russie, Argentine, Uruguay, Equateur). Il y a de cela –même si c’est très implicite et masqué dans certaines décisions du plan d’aide.
- sortie temporaire – avec le risque que ce temporaire s’éternise - de la zone Euro de certains pays : dévaluation de la nouvelle monnaie nationale et redénomination de la dette, taxe inflationniste pour réduire la dette (électoralement payant mais économiquement suicidaire à terme). Naturellement ce scénario s’éloigne puisque la Grèce peut continuer à honorer ses fins de mois jusqu’en 2014

LE PLAN D’AIDE

Trois temps forts dans ce nouveau plan d’aide
Premier temps fort
Le dispositif auquel nous sommes désormais habitués et qui consiste à repousser dans le temps la contrainte de liquidité et le mur de dettes. On se souvient des 110 Mds d’euros déjà pour la Grèce en mai 2010, des 85 Mds d’euros pour l ’Irlande en novembre 2010 et des 78 Mds d’euros pour le Portugal en mai 2011. Aujourd’hui il s’agit pour la Grèce d’octroyer 109 Mds d’euros selon la formule habituelle (2/3 Fonds Européen de stabilité financière et 1/3 FMI avec déblocages successifs) sauf que là on utilise l’artillerie très lourde en achetant massivement du temps : maturité minimale de 15 ans et maximale de 30 ans, taux réduit à 3.5% contre 4.2% actuellement en vigueur dans les prêts bilatéraux FMI. Ceci étant, acheter du temps n’est pas forcément mauvais en soi, tout dépend de ce que l’on fait de ce temps et alors là comme diraient les anglo-saxons « time will tell »
Second temps fort
Remettre en cause les politiques monétaires favorisant l’aléa moral et donc la déresponsabilisation des investisseurs. Il s’agirait donc d’en finir avec le financement sans discernement de la gabegie et de la mauvaise gestion. Il faudrait alors responsabiliser les investisseurs, tous les investisseurs au lieu de solliciter en permanence le contribuable ; ce qui signifie qu’il faut remettre en cause l’existence d’un prêteur en dernier ressort voire d’un acheteur en dernier ressort , histoire de faire comprendre à nombre d’investisseurs qu’il faut arrêter d’investir les yeux fermés parce-que les notations des supports sur lesquels on investit sont de l’investment grade prétendu de qualité ou parce-que les consensus de marché sont positifs.
Cependant, l’introduction d’une taxe bancaire pour aider la Grèce, un temps envisagée, notamment par la France, semble écartée. Lors de ce sommet de l’EuroGroupe du 21 juillet, la zone euro a donc voulu réduire le volume de la dette grecque (aujourd’hui 350 milliards d’euros) en impliquant les créanciers privés. Cette implication, on le verra, ne devrait pas affecter significativement les résultats nets comptables des banques mais plutôt se matérialiser par des pertes économiques étalées dans la durée et finalement devenir quasiment indolores pour les analystes et actionnaires. Au final, l’irresponsabilité des investisseurs n’est pas véritablement sanctionnée et le contribuable sera le vrai payeur en dernier ressort. Nous détaillerons ce point par la suite.
Troisième temps fort
Plus flou et non quantifiable, les achats sur le marché secondaire par le FESF. Cette alternative a peu de chances de succès pour deux raisons. Premièrement, Ies détenteurs de titres grecs qui ne sont pas en mark to market n’ont pas vraiment d’intérêt à externaliser des moins values et deuxièmement ceux qui sont en mark to market ont intérêt à attendre que les achats du FESF provoquent une hausse des prix de leurs obligations. Cela ressemble fort au serpent qui se mord la queue.

FOCUS SUR L’IMPLICATION DES CRÉANCIERS PRIVÉS

Ces contributions dites volontaires ont été estimées à près de 50 Mds € et s’ajoutent donc dans le cadre du plan d’aide aux 109 Mds € de prêts traditionnels de la troika UE-FESF-FMI. Nous pouvons classer toutes les options étudiées en deux grandes familles de techniques
- La première technique assimilable à une réduction de l’endettement grec à hauteur de 12.6 Mds € consiste en un rachat pur et simple de la dette grecque par les créanciers privés que sont les banques, assureurs et autres investisseurs institutionnels. Cette participation des investisseurs pourrait passer par l’achat de titres émis par le FESF. Avec par exemple un prix moyen actuel des titres grecs autour de 55%, cela permettrait à la Grèce de diminuer une partie de son stock de dette de 45%. Cette solution est assez sympathique pour les créanciers privés puisqu’elle a mécaniquement pour effet de provoquer un short squeeze et donc une appréciation des titres grecs en portefeuille d’un point de vue mark to market. Ceci étant, on peut se demander si l’on réussira à atteindre cet objectif ambitieux de 12.6 Mds €. Personnellement je n’y crois pas trop et je pense que les investisseurs se concentreront quasi-exclusivement sur la seconde technique
- La seconde technique consiste en un échange des titres grecs en circulation contre de nouveaux titres à très long terme pour un montant estimé de 37 Mds d’euros. Cette technique pourra prendre plusieurs formes : offre publique d’échange d’obligations avec décote et allongement de maturité ; swap ou offre publique d’échange sans décote mais avec allongement de maturité ; roll over volontaire ….De simples calculs actuariels permettent de tirer les enseignements suivants : en supposant une dette grecque arrivant contractuellement à maturité en 2019 et cotant entre 50% et 60% du pair sur le marché, un échange en un nouveau titre d’échéance 2026 (15 ans) équivaudrait à une perte économique réelle de 20% ; sur un échange en un titre d’échéance 2031 (20 ans) , cette perte ressortirait autour de 32% ; pour un échange en un titre d’échéance 2041 (30 ans) , la perte calculée ressort à 45 %
Ces solutions envisagées déboucheront sur un événement de crédit inédit dans l’histoire monétaire de la zone Euro et sans doute inédit par rapport à la réglementation des produits dérivés : la non obligation pour les vendeurs d’options sur défaut grec (nos fameux CDS ou credit default swaps) d’assumer leurs obligations d’assureur.
Il a donc finalement été décidé de manière forfaitaire que la perte actuarielle serait pour tout le monde et pour tous les titres grecs en portefeuille de 21% moyennant des hypothèses de taux d’actualisation et de rallongement de la maturité. La perte comptable subie par les créanciers privés a été calculée en retenant un taux d’actualisation de 9%. Pourquoi pas si l’on considère qu’il s’agit d’un niveau de taux correspondant fondamentalement à la situation de l’émetteur grec sur les marchés (sachant que les plans d’aide FMI-FESF-UE subventionnent les taux appliqués à la dette grecque autour de 3.5% et sachant également que les taux de marché sur le secondaire ressortent entre 15% et 20% sur la courbe des taux des emprunts d’état grecs) Alors 9% pour estimer des pertes actuarielles autour de 21% , pourquoi pas. Le choix du niveau de taux n’est pas neutre puisque la perte aurait été naturellement plus importante avec un taux plus élevé et inversement plus faible avec un taux plus faible (mais ce dernier choix n’aurait pas été sérieux et crédible).
En fait schématiquement cette perte de 21 % est basée sur les éléments suivants : rallongement de papiers grecs échéancés en 2019 valant autour de 50% sur le marché aujourd’hui en nouveaux papiers échéancés sur 15 ans en moyenne (2026) dont la valeur actuelle vaut 29 % en 2011 et donc 100 % si tout va bien en 2026 avec un taux d’actualisation de 9%. Au total, l ’implication du "privé" ne devrait pas affecter significativement les résultats nets comptables des banques mais plutôt se matérialiser par des pertes économiques étalées dans le temps

QUE FAIT ET QUE PENSE LA BCE ?

Au total, notre chère banque centrale européenne qui nous tient des discours musclés sur la rigueur et qui remonte ses taux pour réaffirmer sa crédibilité anti-inflationniste aura fait preuve d’un pragmatisme inhabituel dans cette affaire.
Deux membres de la BCE avaient pourtant été très dogmatiques quelques heures encore avant l’annonce du plan grec. Stark affirmait qu’un défaut sélectif serait problématique et Bini Smaghi qu’une restructuration serait dramatique. Or, on vient de le voir, on se dirige vers un défaut (et arrêtons de jouer avec les mots et la langue de bois en parlant de défaut temporaire, sélectif et technique). De même, on assiste à une restructuration savamment administrée et transformée en opération financière aussi complexe que possible pour masquer le défaut et l’activation des dérivés de crédit.
Pire , la BCE avait jusqu’ici menacé, en cas de défaut de paiement de la Grèce, de ne plus accepter les titres de la dette publique grecque comme garantie pour prêter de l’argent aux banques européennes, grecques en particulier. Ce qui aurait contraint les gouvernements à renflouer eux-mêmes le système bancaire en Grèce et ailleurs le cas échéant. Or il semble bien que la BCE ait significativement assoupli sa position moyennant une concession qui lui aura été accordée : que le FESF rachète de la dette grecque aujourd’hui peut-être d’autres périphériques demain sur le marché secondaire. La BCE a toujours adoré cette idée puisque cela lui assure de ne pas être obligé de le faire et donc de prendre des risques de monétisation de dette publique (contraire à sa « religion »)
Acheter du temps n’est pas forcément mauvais en soi, tout dépend de ce que l’on fait de ce temps et alors là comme diraient les anglo-saxons « time will tell »
Mory Doré
Puisque la banque centrale va donc arrêter de monétiser les dettes publiques, va contre vents et marrées vouloir continuer à remonter des taux directeurs (même si l’on doute qu’elle puisse continuer à le faire), va exiger des politiques budgétaires très restrictives et pas uniquement chez les PIIGS, il était indispensable qu’elle fasse des concessions et qu’elle écorne sa sacro-sainte crédibilité. Cela signifie qu’elle continuera à accepter en collatéral des dettes souveraines déclarées en défaut afin de ne pas perturber le refinancement de certaines banques fragiles de la zone lors des appels d’offres ordinaires et extraordinaires.
Lorsque les marchés auront pris un peu de recul par rapport à ces événements, ils finiront par sanctionner cette perte de crédibilité de la banque centrale européenne, ce qui devrait affaiblir sérieusement l’euro contre dollar. Car s’il est vrai que la situation budgétaire des Etats Unis est sans doute la pire qui puisse exister sur la planète, la grande crise des actifs libellés en dollar est repoussée dans le temps (nul ne sait quand, peut-être durant la seconde moitié de cette décennie) Le dollar va continuer, à tort ou à raison, de bénéficier de son statut de monnaie de réserve internationale car n’ayant pas de concurrent et substitut capable encore aujourd’hui d’absorber les montants colossaux de réserves de change investies en billet vert. Et surtout, malgré l’opposition viscérale de l’Allemagne, l’on est en train d’assister à la mutualisation de l’appauvrissement grec, irlandais et portugais à l’ensemble de la zone, ce qui conduira à un affaiblissement de la monnaie unique ; on doit donc anticiper une remontée généralisée des rendements longs y compris dans les pays jugés les plus vertueux de la zone puisque les non-résidents deviendront plus exigeants sur la rémunération de leurs investissements en titres d’Etat de la zone Euro pour cause d’ affaiblissement de l’euro.

QUE PENSER DE TOUT CELA ET QUI PAIE VRAIMENT ?

En tant que citoyen, je ne peux qu’être mécontent de ce plan d’aide compte tenu du déficit de démocratie et d’explication qui a entouré toutes ces réunions européennes. En tant que contribuable (et l’on verra pourquoi), je ne peux qu’être furieux de l’addition qui m’attend. En tant que banquier, je ne peux qu’être soulagé car je n’aurai pas à présenter l’impact dans mes comptes du défaut grec. Enfin en tant qu’investisseur, je bénéficie de l’aléa moral et je ne peux que me féliciter de la présence éternelle des acheteurs et prêteurs en dernier ressort (BCE, Etats , FMI , FESF….)
Expliquons-nous. La crise des dettes souveraines de la zone euro aura finalement montré que les pays en détresse sont aidés sur des durées très longues à des taux d’intérêt de plus en plus bonifiés par des fonds de secours et donc implicitement par les souverains européens les plus solides budgétairement. Par ailleurs on a vu que les créanciers privés avaient peu de chances de revendre leurs titres souverains même pourris avant le terme et, qu’à défaut ils les échangeraient contre de nouveaux titres souverains ou des titres du fonds européen. Cela signifie qu’il va arriver un jour ou toute la dette périphérique européenne sera détenue par les créanciers publics et parapublics (états, fonds européen, FMI, BCE) puisque la dette détenue par le privé va être gérée en extinction et aura de très fortes chances d’être remboursée grâce aux mécanismes de soutien et de mutualisation que nous connaissons depuis mai 2010.
On en arrive à la conclusion suivante édifiante (qui n’est pas présentée par les gouvernements et les journaux télévisés mais que certains observateurs se doivent de mettre en lumière dans une démocratie digne de ce nom) : on raconte fièrement que l’on implique le privé alors qu’on voit bien que c’est finalement le public qui va étaler dans le temps le coût des défauts et restructurations à venir (ne nous leurrons pas, le défaut grec – car il y a défaut – est malheureusement le début d’une série). John Maynard Keynes avait beau ironiser sur le fait qu’à long terme nous serons tous morts, cela ne dispense pas pour autant d’être inquiet. Sans démagogie aucune et tout en considérant encore que l’économie de marché est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, il n’est quand même pas admissible que l’on passe son temps à nationaliser les pertes et privatiser les profits

POINT SUR LA CAPACITE DE SECOURS

La dette émise par le FESF, à l’occasion de chaque plan de soutien à un membre de la zone euro impacte les finances publiques des Etats apportant leur garantie, au prorata de leur part en tant que garant. Aujourd’hui, le FESF dispose de promesses de garantie de 440 Mds € correspondant au capital versé par les états auprès de la BCE : 27.13% pour l’Allemagne, soit 119.4 Mds € et20.38% pour la France, soit 89.6 Mds € (cette somme est l’intégralité du surcroit de dette publique que la France aura accumulé si l’ensemble des garanties doit être activé- ce n’est pas improbable). La dette publique brute allemande augmenterait ainsi à hauteur de 27% des émissions réalisées par le FESF et celle de la France de 20.38%. Dans le cadre de ce plan de sauvetage grec, si l’on considère que le FESF prend en charge 2/3 de l’aide de 109 Mds €, cela représente 71 Mds € et donc l’impact sur la dette publique française est bien de 15 Mds € comme mentionné par François Fillon.

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que les 4 plans d’aide , 2 Grèce + 1 Irlande + 1 Portugal correspondent à des émissions existantes et à venir du FESF (2/3 des programmes en général) à hauteur de 254 Mds € sur un total de garanties adossées de 440 Mds € (en réalité, ce montant est plus faible puisque la part de garanties apportées par les états secourus n’a plus de valeur : 12.3 Mds € pour la Grèce, 11 Mds € pour le Portugal et 7 Mds € pour l’Irlande). La capacité de mobilisation du FESF appelé à exister jusqu’au 30/06/2013 est en réalité de 410 Mds €.
Le solde d’assistance disponible aujourd’hui se situe donc autour de 156 Mds €, ce qui avec la répartition 2/3 FESF – 1/3FMI limite le montant d’éventuels prochains plans d’aide à 236 Mds €. Pas de quoi être rassuré !!! Je ne serai pas surpris que l’on nous annonce un doublement voire un triplement de la capacité du FESF, sachant qu’il s’agit de sommes qu’il faudra aller chercher sur les marchés et qui seront garanties par les états de la zone …. De quoi commencer à rendre insoutenable l’endettement de certains pays jugés vertueux.
A la différence du FESF qui doit émettre sur les marchés, les aides du FMI sont assises sur les droits de tirage spéciaux du FMI et donc le FESF ne peut être l’antichambre d’un futur fonds monétaire européen (FME). Donc, Nicolas Sarkozy semble se tromper lorsqu’il affirme que la réunion du 21/07/2011 amorce la création d’un véritable "Fonds monétaire européen" puisque dans le même temps l’on annonce que le dispositif mis en place pour la Grèce ne sera pas reproduit pour d’autres pays. Si cela est vrai, il ne peut être question de parler de fonds monétaire européen (ou bien alors il s’agirait d’une espèce de fonds monétaire européen uniquement pour la Grèce, ce qui est ridicule) ; ou bien il va exister un jour un vrai fonds monétaire européen, auquel cas le dispositif envisagé pour la Grèce doit être généralisable
Et puis, comme on le disait, le FESF dispose de ressources émises et empruntées sur les marchés alors qu’un FME devrait pouvoir disposer de ressources monétaires. A l’instar du FMI. Comme nous le mentionnions dans certains articles récents (dont plans de sauvetage en zone Euro), il faut savoir que chaque pays dispose au FMI en fonction de son poids économique de ce que l’on appelle les droits de tirage spéciaux (DTS). Ces droits ont été crées en 1969 pour jouer un rôle de réserves de change additionnelles pour les états. Ainsi l’Allemagne dispose de 13 Mds de DTS, la France de 10.7 Mds et pour l’ensemble de la zone ce montant s’élève à 50.4 Mds de DTS (soit avec une parité aujourd’hui autour de 1.15 € pour 1 DTS, un total de 58 Mds €). Il existe une règle qui fixe à 10 fois les quotas la limite de financement, cela signifie que l’ensemble de la zone Euro a théoriquement la capacité de lever jusqu’à 580 Mds €. Pour les pays aidés de la zone Euro, on peut dire que cette règle a été largement utilisée.
Par exemple, le financement par le FMI de 30 milliards d’euros (dont 10 milliards dès 2010) pour le plan grec de mai 2010 sous la forme d’un accord de confirmation équivaut à 3200% de la quote-part de la Grèce dans le Fonds (32 fois au lieu de 10). Autant dire que le FMI finance la Grèce en utilisant les quote-parts d’autres pays de la zone. Situation similaire pour le Portugal puisque dans le cadre du plan de sauvetage de mai 2011, le Mécanisme Elargi de Crédit du Fonds représente 2300% (23 fois au lieu de 10) de la quote-part du pays dans le FMI

Une dégradation de la note américaine toucherait l'Europe, estime Jean-Claude Juncker

Une dégradation de la note souveraine des Etats-Unis aurait des répercussions sur le reste de la planète et sur l'Europe en particulier, estime le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, dans un entretien accordé au Figaro.

Alors que plusieurs agences de notation ont menacé d'abaisser la note de la dette du gouvernement américain, qui dispose aujourd'hui de la note la plus prestigieuse l'autorisant à emprunter aux taux les plus bas, M. Juncker affirme qu'"on n'a jamais vu un État de la taille et de la nature des États-Unis perdre la meilleure note. Il est évident qu'une telle décision des agences de notation viendrait ajouter la méfiance à une absence déjà perceptible de confiance", dit-il. "Et il serait surprenant que le reste de la planète, l'Europe en particulier, échappe aux répercussions."
"LE FONDEMENT DE LA CONFIANCE EST ÉBRANLÉ"
Elus républicains et démocrates américains sont parvenus in extremis dimanche à un compromis budgétaire évitant aux Etats-Unis un défaut de paiement. L'accord prévoit de réduire le déficit national d'au moins 2 400 milliards de dollars en dix ans. Les Bourses européennes ont cependant fini en forte baisse lundi, le bref soulagement ayant suivi l'accord faisant place au doute sur la capacité des Etats-Unis à réduire leur endettement abyssal.
Les pays européens, de leur côté, se sont mis d'accord le 21 juillet sur un nouveau plan européen d'aide à la Grèce de 160 milliards d'euros. "On ne peut plus parler de crises financières régionales, comme naguère. C'est le même phénomène qui frappe partout, au même moment. Le fondement de la confiance est ébranlé", admet le premier ministre luxembourgeois, qui se veut toutefois rassurant en estimant "qu'à terme, l'Europe se révélera avoir été un placement sûr".
"NI AUTOMATISME NI CHÈQUE EN BLANC"
Dix jours après le sommet de la zone euro, le président de l'Eurogroupe réaffirme que "tout sera fait pour garantir la stabilité de la zone". "Si des lacunes sont constatées, elles peuvent être réparées", précise-t-il. Mais il met en garde les gouvernements de la zone euro en soulignant qu'"il n'y aura ni automatisme ni chèque en blanc" après le plan de sauvetage de la Grèce. "Les gouvernements créanciers sont responsables devant leur Parlement. À la solidarité des créanciers répond la solidité des engagements des débiteurs. Cela veut dire des conditions clairement édictées, appliquées et vérifiées", explique-t-il.
S'agissant d'une éventuelle nouvelle gouvernance pour l'euro, que la France appelle de ses vœux, Jean-Claude Juncker se dit favorable à l'idée d'un Conseil de l'euro pour lequel, juge-t-il, Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, ferait "un candidat logique et naturel".
"Le Conseil de l'euro donnera les impulsions nécessaires au sommet", déclare-t-il. "Le sommet l'emportera toujours sur les enceintes ministérielles. Je n'en porte pas ombrage, je suis pleinement consulté. Mon travail est de faire en sorte que les décisions soient prêtes au moment voulu, laissant à d'autres le choix et les explications", ajoute le dirigeant de l'Eurogroupe.

lundi 1 août 2011

Calme à l’intérieur, tragique à l’extérieur

Il aura donc fallu attendre ce 1er août pour que l’agenda politique se vide enfin après une saison politique 2010-2011 qui n’a pas connu une seule semaine de répit. Le petit monde du pouvoir est sur les genoux au point que le dernier conseil des ministres avant la trêve estivale a été avancé sans état d’âme de deux jours et se déroulera exceptionnellement ce matin, un lundi, à l’hôtel de Marigny en face de l’Élysée, puisque «Le Château» est en travaux.

Avec la présentation du projet de loi sur le système du médicament, l’ordonnance établie par le docteur Bertrand ne sera d’ailleurs pas anodine. Prescrite aux parlementaires pour l’automne, son importance est aussi symbolique que technique : ne suggère-t-elle pas qu’il n’y aura aucun repos dans l’action gouvernementale jusqu’au printemps 2012 ? Le président de la République est en effet déterminé à faire du dernier cinquième de son mandat une année «utile». Travailler jusqu’au bout - c’est dans sa nature - sera aussi un excellent argument électoral pour un président sortant qui, cette fois, jouera sans doute plus sur l’image de son expérience présidentielle en pleine crise que sur des idées neuves.

Le principe d’un dévouement excluant la logique de vacances, c’est beau et ce devrait sans doute être ordinaire, mais les ministres ne joueront pas forcément les héros, pressés de souffler avant une échéance qui s’annonce épuisante. Prévoyants, bon nombre de députés et de sénateurs, eux, ont déjà décroché depuis le 14 juillet, annonçant sans trop de scrupules leur absence jusqu’à «fin août» soit cinq à six semaines loin de Paris. Rares sont les puristes qui regrettent de ne pas être convoqués cette semaine pour examiner la rectification budgétaire permettant de contribuer au plan grec que présentera aujourd’hui François Baroin. Le contrôle du parlement, pourtant réclamé, attendra.

A gauche aussi, ça commence à ronronner au soleil. Au moins jusqu’au 23 août, on va pouvoir oublier un peu DSK et reprendre des forces avant le grand rendez-vous des primaires. Il n’y a guère que la toujours pétaradante Ségolène Royal pour profiter de ce vide, bien décidée à occuper le terrain avec même une conférence de presse rue de Solférino. Foin des sondages, on ne se débarrassera pas si facilement de l’outsideuse ! Les Verts - on devrait dire les EELV ! - sont au vert, piqués tout de même par l’aiguillon Hulot qui regrette de s’être fait avoir comme un bleu et verse un peu d’acide, depuis Saint-Lunaire, dans le magazine Bretons. Quant à Marine Le Pen, elle se serait sans doute bien passée de la provocation paternelle, qui lui fait monter le rouge au front, juste avant le congé national.

Rien que des histoires intérieures bien dérisoires, ce luxe des démocraties apaisées, quand un monde, impuissant mais pas honteux, regarde à peine, en plein été, onze millions de Somaliens crever de faim.

La politique à son paroxysme

Comme on le sait, la dette américaine colossale  est plafonnée par une loi du Congrès, c'est-à-dire des deux Chambres législatives qui doivent s'accorder pour autoriser le Président à l'augmenter. Or l'économie américaine, tant publique que privée, est droguée à l'endettement depuis la Première Guerre mondiale. Les choses ont commencé à se gâter sérieusement lorsque l'idéologie républicaine de la présidence Bush a aggravé le problème : baisse des impôts, en particulier pour les plus riches, accompagnée d'une folle croissance des dépenses militaires. La crise financière et bancaire de 2008-2009 a encore accru la nécessité d'injecter massivement des capitaux pour sauver cequi pouvait l'être, au prix d'un endettement supplémentaire massif. Le plafond autorisé est atteint et il faut donc le relever. C'est là qu'interviennent quelques facteurs propres au fonctionnement de la démocratie américaine.

En premier lieu, la Constitution organise structurellement la faiblesse du pouvoir, par toute une série de limites qui témoignent de la suspicion constante des Américains son égard. Le Président n'est fort qu'en matière de politique étrangère ou dans le domaine de la défense. Mais pour le reste, il passe son temps à négocier et pas seulement avec les leaders des partis.

Car, et c'est là une autre caractéristique des USA, les partis n'existent pas en tant qu'organisations disciplinées et soumises à leur leader, même dans les situations graves. Chaque vote doit être négocié pied à pied. Rien de nouveau sous le soleil dans une tradition vieille de deux siècles. Mais un facteur aggravant est apparu, notamment après les mid-term élections de 2010 : l'émergence plus marquée du populisme ¯ ce phénomène est une autre constante américaine ¯ au sein de la droite qui s'est radicalisée sous l'effet de la crise et de l'influence croissante des très conservatrices églises évangéliques. Le parti républicain, profondément divisé entre son aile modérée (si l'on peut dire...) et ses challengers internes radicaux du Tea Party, a la plus grande difficulté à faire des compromis.

Un facteur supplémentaire de blocage est d'ordre conjoncturel : la campagne présidentielle va s'ouvrir à la fin de l'année. Les républicains veulent mettre Obama en difficulté en conditionnant leur acceptation d'un relèvement modeste  du plafond de la dette à son échelonnement en deux phases, l'une immédiate, l'autre au printemps prochain... en pleine campagne électorale. Obama serait alors grillé à petit feu. Cette solution est inacceptable pour Obama et aurait l'inconvénient de faire perdurer la nervosité des marchés

Cette situation de blocage, extrêmement périlleuse, non seulement pour les États-Unis mais pour la planète tout entière, illustre parfaitement l'observation d'un homme politique américain selon lequel « All politics is local » (la politique n'est que locale). Le monde entier est, aujourd'hui, suspendu aux décisions d'élus dont l'horizon politique et idéologique ne dépasse pas les bornes de leur circonscription. Ou pour reprendre le titre du film de Kubrick, c'est risquer d' aller dans le mur « Eyes wide shut », les yeux grand fermés...



(*) Président de la fondation Carlo Alberto, Turin.

dimanche 31 juillet 2011

La Grèce handicapée par une grève des taxis en pleine période touristique

Une grève des taxis contre la dérégulation du métier, qui entrera lundi dans sa troisième semaine, porte un coup à l'économie fragile de la Grèce et handicape le secteur névralgique du tourisme.
Aucun taxi jaune ne circule plus à Athènes ni dans aucune ville depuis mi-juillet. Les propriétaires de taxis ont multiplié les blocages dans les ports, aéroport, et sur les autoroutes, entravant la circulation et abandonnant sous un soleil de plomb des myriades de touristes chargés de valises au pied des bateaux ou des avions.


Dans un pays où le secteur du tourisme représente un cinquième du PIB et où les taxis assument un rôle de quasi service public, - entre l'aéroport d'Athènes et le port du Pirée d'où partent les ferries vers les îles, ainsi que dans les îles elle-mêmes peu desservies par les transports en commun - les professionnels du tourisme s'impatientent, et demandent une solution "immédiate".
Après l'intervention de la justice, les protestataires ont mis un bémol à leurs actions les plus impopulaires, en levant les péages sur les autoroutes ou en ouvrant les portes de l'Acropole pour laisser les touristes entrer gratuitement.
"Je ne peux pas contrôler ces gens", s'est indigné mercredi le président des taxis d'Athènes, Thymios Lybéropoulos sur la télévision Alter.
 

Il a souligné avoir "la chair de poule" quand il pense à ce que ses collègues menacent de faire pour résister à la réforme, dictée par les créanciers du pays, l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Comme celle des routiers l'an dernier, la dérégulation des taxis s'inscrit dans le cadre de mesures visant à ouvrir à la concurrence des métiers protégés en Grèce, avocats, pharmaciens ou ingénieurs, afin de relancer l'économie en récession depuis trois ans.
Dans le cas des taxis, le ministre des Transports estime que la réforme servira aussi à "lutter contre l'argent noir" dans un secteur où les licences sont achetées et vendues "d'une manière qui favorise l'évasion fiscale".
Renommés pour leur faible qualité de service, les taxis grecs ont longtemps résisté avant d'accepter de donner des reçus à leurs clients ou de ne pas fumer dans leur voiture.
Jeudi, certains ont tenté de bloquer des cars de touristes au Pirée, jetant de l'huile sur la chaussée pour empêcher la police de les disperser.
Le bras de fer avec le gouvernement a commencé début juillet, quand le nouveau ministre des transports a refusé d'appliquer un accord survenu avec son prédecesseur, avant le remaniement du 17 juin, qui prévoyait de lier "le nombre de taxis à la population de chaque ville".
Ce compromis aurait permis de limiter le nombre de voitures en circulation, ce que demandent les taxis qui estiment que la libéralisation va "créer un encombrement" de voitures, et "faire chuter la valeur" de leurs licences chèrement acquises.
Après avoir rencontré le ministre vendredi, ils ont maintenu leur mouvement. "Nous allons continuer à lutter jusqu'à ce que nos demandes soient satisfaites", a lancé M. Lyberopoulos.
Dans la semaine, le Premier ministre Georges Papandréou s'était déclaré à l'écoute, tout en restant ferme sur la nécessité de la réforme.
Selon les médias, la grève a causé 1,2 milliard de pertes au Pirée, certains bateaux de croisière renonçant à acoster et continuant plus loin en Méditerrannée pour débarquer leurs touristes.
"Alors que le nombre d'arrivées a augmenté de 10 à 15%, les revenus provenant de la consommation des touristes sur place ont chuté de 10%", relève le président de l'union de commerçants, Vassilis Krokkidis.
"Je viens de rentrer de Rhodes (île du Dodécanèse, sud) et tous les touristes étaient cloués à leurs hôtels", déplore-t-il.
D'autant plus que le secteur du tourisme est déjà touché cette année par la chute de 20% du tourisme intérieur, les Grecs partant moins en vacances à cause de la récession.

UNION POUR LE MAGHREB OU UNION POUR LA MÉDITERRANÉE : Le choix revient aux peuples maghrébins

«Il n'est point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va» (Sénèque)



Ce mois de juillet est l'occasion pour nous de revenir sur l'Arlésienne de Bizet constituée par l'Union pour la Méditerranée inaugurée avec faste il y a de cela trois ans. La configuration actuelle a remis aux calendes grecques cette utopie, notamment du fait des convulsions des pays arabes et du changement de stratégie qui donnerait à croire qu'au lieu de négogier avec les pays, dans la plus pure tradition de la diplomatie de la canonnière, on met en oeuvre une nouvelle invasion pour s'assurer l'énergie.


Où en est l'Europe?

Avec sa lucidité coutumière, Hubert Védrine nous donne sa vision de l'Europe. Pierre Haski rapporte ses propos. «L'occasion était donnée par un débat à l'Académie diplomatique internationale -dirigée par Jean-Claude Cousseran autour d'un recueil de textes d'Hubert Védrine entre 2003 et 2009, «Le Temps des chimères» (Fayard). Hubert Védrine parle de chimères. Les «chimères»? De belles idées véhiculées par l'Occident au temps de sa splendeur, comme son «assurance universaliste», le «monopole du leadership occidental», une «vision simpliste du prosélytisme démocratique», le «droit-de-l'hommisme» ou le «manichéisme». Sans oublier le «devoir d'ingérence» cher à Bernard Kouchner, qu'il rapproche du «logiciel caché profond» de l'Occident: «L'évangélisation». Autant de vaches sacrées occidentales que pourfend l'ancien chef de la diplomatie».(1) (2)

Plus grave encore, il y a une fracture entre les pays du Sud de l'Europe et ceux du Nord. Les premiers reprochant aux seconds de ne pas tenir compte de l'histoire de la civilisation méditerranéenne dans laquelle la Grèce et l'Italie ont eu un rôle majeur. Nous lisions: «Ignorée au début de la construction européenne, la Méditerranée a, depuis, fait l'objet de plusieurs tentatives d'intégration, toutes vouées à l'échec. La crise qui frappe actuellement la rive Sud montre qu'une nouvelle approche est nécessaire. La Méditerranée a vécu dans le passé de nombreuses périodes de guerre et de paix. (....) A son tour, l'histoire contemporaine a vécu une succession de fractures qui ont déclenché des tensions, voire de véritables guerres: dans le Maghreb, dans le Machrek, en Espagne, en Grèce, à Chypre, dans les Balkans, dans l'ex-Yougoslavie, en Palestine, et ainsi de suite. Au Nord comme au Sud, l'ensemble du Bassin méditerranéen se lie difficilement avec les régions continentales. » (2)

Même des reproches sont faits à la création de l’Union Européenne, dans le sens que les aspirations des pays du Sud de l’Europe n’ont pas été pris en compte ! L´Union européenne s'est créée sans prendre en considération les spécificités de la Méditerranée, telle une Europe séparée du «berceau de l'Europe». Comme si une personne privée de son enfance ou de son adolescence pouvait se développer normalement... Depuis un certain temps déjà, notre chère mer ressemble à une frontière maritime, s'étendant du Levant au Ponant et séparant l'Europe, d'un côté, de l'Afrique et de l'Asie mineure, de l'autre. A de nombreuses reprises, les décisions concernant le sort de la Méditerranée ont été prises hors de son territoire ou sans tenir compte de son opinion. (...) La tentative du président Nicolas Sarkozy de créer une nouvelle «Union pour la Méditerranée» a été accueillie avec mépris par l'Europe continentale (par l'Allemagne en particulier). Du reste, la proposition française a été hâtivement mise en oeuvre. La peur de l'immigration provenant de la côte méridionale ne suffit pas à elle seule à déterminer les grandes lignes d'une politique réfléchie. La côte méridionale reste sur ses réserves, gardant toujours en mémoire l'expérience du colonialisme. Aujourd'hui, il se passe peu ou prou la même chose, avec cette guerre qui vient d'éclater en Libye».(2)

Dans le même ordre, Richard Werly reproche aux grands pays de l'Europe de ne pas s'occuper assez des pays du sud de l'Europe. Justement, l'Europe actuelle paraît plus engluée que jamais dans ses crises à répétition. Tous les pays du sud de l'Europe sont, à des degrés divers, dans la tourmente financière. «Les pays du sud de l'Europe écrit-il, rencontrent d'immenses difficultés. Mais ce n'est pas une raison pour les négliger, ou les pousser vers la sortie: le sort de l'UE est lié à sa partie méridionale, rappelle un journaliste du Temps. Il y a les chiffres, et ils sont impitoyables. Ceux de la Grèce, avec sa dette d'environ 350 milliards d'euros équivalente à 160% de son Produit intérieur brut (PIB), servent désormais de slogan à tous ceux, Allemagne en tête, qui clouent au pilori la mauvaise gestion et les tricheries (avérées) passées d'Athènes. Le Portugal, avec une dette publique de 126 milliards, soit 88% du PIB, ou l'Italie avec une dette d'environ 1800 milliards d'euros, soit près de 120% de son PIB viennent tout de suite derrière. La dette publique espagnole, à 680 milliards d'euros, représente environ 64% du PIB du pays... contre 1650 milliards pour la France, soit 84% du PIB de l'Hexagone, que les agences de notation ont dans leur collimateur».

Continuant son plaidoyer, il met en exergue le rôle de charnière des pays du Sud qu'il oppose aux politiques des droites extrêmes «Une telle antienne, reprise à l'envi par des formations populistes de droite dure tel que le Parti de la Liberté néerlandais de Geert Wilders, nie pourtant une évidence: le sort de l'Europe-puissance, dans l'histoire, a toujours été lié à la Méditerranée, et amputer l'UE de sa frange méridionale serait un contresens politique tant les enjeux stratégiques et économiques qui se jouent sur ce flanc sud sont déterminants. Ne parlons pas ici de l'apport colossal de la Grèce à la pensée européenne, ou de la manière dont l'identité commerciale et capitaliste européenne s'est forgée en Méditerranée comme l'a démontré Fernand Braudel. Les Printemps arabes, pourraient être des sources de vitalité pour l'Europe. Parlons juste marchés, main-d'oeuvre et actualité: Qui peut contester que les «Printemps arabes» sont potentiellement source d'une incroyable vitalité pour le continent? Les relais passent par Athènes, Naples, Gibraltar, Barcelone ou Nicosie. Berlin, qui investit tant dans le projet solaire Desertec au sud de la Méditerranée, ne doit pas l'oublier. L'Union pour la Méditerranée, justifiée mais mal pensée par Nicolas Sarkozy, ne doit pas être naufragée».(3)

Beau plaidoyer! On peut y ajouter le dernier attentat du fondamentaliste norvégien et attribué en priorité à l'Islam, alors qu'une enquête d'Europol a montré que sur les 200 «attentats» seuls trois sont du fait de réseaux terroristes islamiques.


Que reste-t-il de l'Union pour la Méditerranée?

Curieusement, même dans la tourmente, les leaders européens - pris de court par les révoltes arabes se rattrapent sur Kadhafi en démolissant la Libye, le seul pays à ne pas vouloir de l'Union pour la Méditerranée.... Justement, à propos du bilan de l'UPM, Predrag Matvejeviæ est sceptique quant aux résultats: «Trois ans d'existence, et un bilan nul. Mais La Vanguardia veut croire qu'avec un nouveau secrétaire général, l'UPM peut encore oeuvrer utilement. Les grandes civilisations qui ont placé la Méditerranée au centre de la planète se nourrissaient de mythes et de légendes dans lesquels dieux et surhommes régnaient sur la nature et ses éléments, commandant aux mortels et s'immisçant dans leur destin. (...) Mais, dans nos civilisations actuelles, les réalités comptent davantage. L'une de ces réalités, c'est l'Union pour la Méditerranée. Les balbutiements de l'UPM sont loin d'être couronnés de succès. » (4)

Cette institution poursuit Predrag Matvejeviæ a été lancée il y a trois ans par Nicolas Sarkozy. Elle a d'abord été accueillie avec scepticisme aussi bien par les pays du Nord, qui redoutaient une division de l'Union européenne, que par les pays du Sud, dont la cohésion n'est pas la principale qualité. Les premiers pas de l'UPM ont été lents, tant dans l'approbation des statuts que dans la nomination des dirigeants et la distribution des responsabilités. Le conflit au Proche-Orient a eu tôt fait d'assombrir ses débuts, en mettant à bas la stratégie de gestion de l'eau et en faisant avorter les deux derniers sommets (...) (...)Ce projet a besoin d'une volonté politique affirmée et d'une dotation financière suffisante. Il est indispensable que nous, citoyens et entreprises de la Méditerranée, soyons convaincus de son importance. L'UPM ne peut pas laisser s'évaporer l'enthousiasme que suscite cette renaissance ni se satisfaire d'un même passé commun: elle doit oeuvrer à l'avenir commun de ses peuples et se lancer sans tarder dans des actions ambitieuses.(4)

Pour sa part, le député socialiste Arnaud Montebourg n'a pas été tendre avec la politique de la France et partant de l'UPM. Dans une conférence à l'Idri, il a qualifié le 27 avril à Alger, l'Union pour la Méditerranée (UPM) de «coquille vide». Pour lui «l'échec de l'UPM est dû également à l'accroissement du nombre de ses membres alors qu'au départ il ne concernait que les pays du pourtour méditerranéen».(5)


Qu'en est-il de la Turquie, chaînon majeur ?

Il est intéressant de noter que l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne connaît toujours, avec les gouvernements actuels (France Allemagne, Grèce...), un refus. Les architectes de l'UPM pensaient «régler le problème» en diluant les espérances de la Turquie dans la coquille vide de l'UPM. En fait, le problème est plus profond et au risque de nous répéter, le moteur du refus concerne la peur de l'Islam. Même les plus hautes autorités n'hésitent plus à pointer du doigt l'Islam. Le refus de la Turquie dans l'Europe tient de l'obstination irrationnelle. On connaît les positions de Giscard d'Estaing qui ramène l'adhésion de la Turquie à un problème ethnique et d'essence chrétienne. Cependant, un homme politique a toujours été constant dans ses positions: Michel Rocard n'est pas un inconnu. Pour lui, l'adhésion de la Turquie est un facteur contribuant à la «paix régionale». «Nous partageons avec la Turquie un héritage historique.» «La Turquie est aux frontières de l'Europe, mais elle lui est historiquement intégrée depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours.»(6)

A l'autre bout de l’énigme, pour ce qui est de la Croatie, la Moldavie, voire la Serbie, c'est l'Europe qui propose un traitement accéléré de leur intégration. C'est dire si d'un côté c'est le TGV, de l'autre l'escargot perclus de rhumatismes. Par ailleurs, l'Europe - sans publicité - a déclaré en décembre 2008, dans les faits, Israël 28e Etat de l'Europe avec tous les avantages du fait des relations upgrading. Curieusement, l'Europe et l'Occident commencent à «redécouvrir» les vertus de la Turquie vue de plus en plus comme un modérateur, notamment après les convulsions actuelles du Monde arabe. Passerelle entre l'Orient et l'Occident, la Turquie pourrait s'imposer dans les prochaines années comme un acteur géopolitique majeur. La Turquie aurait dû se méfier des promesses qui lui ont été faites -l'adhésion à l'Europe suivrait son cours...normal - lors de la mise en place du canular traquenard de l'Union pour la Méditerranée».

UP Méditerranée ou UP Maghreb? Quelle priorité?

Quelle est l'alternative pour les pays du Maghreb, maintenant que l'Union pour la Méditerranée est en panne, faute de combattants! On sait le forcing qui a amené à sa mise en place. Mettre autour de la même table Bachar el Assad et Israël, il faut le faire!. Que deviennent les acteurs du premier show? Exit Moubarak, Ben Ali. Kadhafi et El Assad luttent justement pour garder leur trône contre une coalition européenne. Il est pratiquement admis que l'UPM, dans sa configuration ancienne, a vécu. Les replâtrages, les calculs d'épicier quant à la distribution des sucettes (les postes: il n'est que de voir comment le secrétariat général a été confié à un Jordanien puis après sa «démission» à un Marocain), on constatera que l'Algérie avec sa politique de un pas en avant, deux pas en arrière, s'est faite marginaliser et elle est absente dans les rares projets toujours en projets.

Pour Georges Stanechy, un des fondements de la politique étrangère européenne et tout particulièrement française et espagnole, est d'empêcher à tout prix une «Union» du Maghreb. En fait, il convient de réactiver le formidable projet de l'UMA (Union du Maghreb arabe) qui réunissait Maroc-Algérie-Tunisie-Libye-Mauritanie. Soit un ensemble d'une centaine de millions de personnes, aux compétences de niveau international par la qualité de ses cadres multilingues, aux ressources complémentaires (mines- énergie-agriculture-industrie) et au potentiel de développement en termes de marchés (infrastructures et consommations) extraordinaire. Cet ensemble représenterait un poids dans les négociations internationales, face à l'Europe ou autres, autrement plus efficace que les différents accords bilatéraux qui ne sont qu'un habillage du: «Diviser pour régner». Dans le partage de la prospérité, la renaissance de ses traditions et de son patrimoine historique, trop longtemps arasés par un colonialisme et un néocolonialisme impitoyables.(8)

Imaginons que les dirigeants du Maghreb soient fascinés par l'avenir. Imaginons que nous ayons un Jean Monnet, un De Gaulle ou un Adenauer, le Maghreb que tout unit: l'histoire la culture et même un Islam tolérant non politique dans son essence, serait une véritable force avec une jeunesse exubérante, un immense territoire supérieur à celui de l'Europe, des ressources énergétiques, un savoir-faire et surtout une vision rationnelle de la réalité que nous avons appris, il faut bien le reconnaître, de la présence coloniale, nul doute que ce Maghreb qui aurait 125 millions d'habitants en 2030 serait un acteur important du Bassin méditerranéen. Les leaders naissent aussi d'un élan de la société. C'est là où l'encadrement, les leaders d'opinion, doivent se rassembler.... Sans cette volonté, l'attente du «miracle», de «l'homme providentiel», ne donnera rien. Combien y a-t-il de colloques organisés sur l'Union pour le Maghreb entre représentants non-gouvernementaux des différents pays concernés, sur des projets communs, par la «société civile», par le «pays profond», les universités, les centres de recherche, les organisations professionnelles, patronales, syndicales ou autres?...

Le Maghreb doit travailler, d'abord, en priorité, en urgence, sur ce qui «rassemble» et non pas sur ce qui «divise». L'avenir du Sahara est l'exemple même du problème qui trouvera sa solution, dans le cadre de l'Union pour le Maghreb, sous une forme à déterminer dans la solidarité face aux pressions et enjeux imposés par l'Occident. Rien n'interdit, d'ailleurs, d'y inclure l'Egypte. L'ensemble de plus de 6 millions de km2 et un marché de 200 millions d'âmes est une opportunité pour les peuples de la région. Nul doute que cet ensemble négociera en position de force avec l'Europe qui, on s'en doute, mettra tout son poids pour le faire échouer sauf si les peuples du Maghreb en décident autrement.

1.Pierre Haski: «Quelques burqas et la République serait en danger?» Rue89 26/04/2010

2.http://www.presseurop.eu/fr/content/article/564321-des-nuages-sombres-sur-mare-nostrum 22 03 2011

3.http://www.presseurop.eu/fr/content/article/799381-sans-le-sud-l-europe-perdrait-le-nord

4.http://www.courrierinternational.com/article/2011/07/26/l-union-pour-la-mediterranee-vous-vous-rappelez 26 07 2011

5.Chems Chitourhttp://www.legrandsoir. info/Declin-du-sens-Ou-va-la-vieille-Europe.html

6.Michel Rocard, Oui à la Turquie. Ed. Seuil 2008

7C.E. Chitour: Le niet de l'Europe à la Turquie: L'Expression mars 2009

8. Georges Stanechy - Commentaire article Chitour http://stanechy.overblog.com

samedi 30 juillet 2011

Nicolas Hulot envisagerait de quitter Europe Ecologie-Les Verts

Défait par Eva Joly lors de la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Nicolas Hulot pourrait quitter le parti écologiste avant la fin août, indique son conseiller Jean-Paul Besset. L'animateur de télévision avait auparavant exprimé sa déception dans le magazine Bretons, critiquant durement le rassemblement écologiste et certains de ses cadres, tout en se défendant de vouloir régler des comptes.

Dans le quotidien La Montagne paru samedi 30 juillet, Jean-Paul Besset laisse entendre que Nicolas Hulot pourrait quitter EELV avant les journées d'été du rassemblement écologique, du 18 au 20 août à Clermont-Ferrand. "Si vous voulez mon sentiment personnel, il ne viendra pas à Clermont", dit-il. Vendredi, sur France info, Nicolas Hulot avait lui-même assuré, face à "l'immense gâchis" de sa défaite à la primaire, "qu'il ne sert à rien d'insister".
Interrogé par Bretons, l'animateur estime que la primaire qui l'a opposé à l'ex-magistrate Eva Joly "aura donné un spectacle assez préjudiciable" de l'écologie. Selon lui, tout à été fait par les cadres du mouvement pour lui compliquer la tâche, du calendrier choisi au périmètre de vote. Il se demande aussi "quel diplôme de psychologie il faut avoir pour comprendre leur fonctionnement".
UN RAPPROCHEMENT AVEC BORLOO ?
"De Jean-Vincent Placé à Dany Cohn-Bendit, en passant par Cécile Duflot et Noël Mamère, ils n'ont eu de cesse de me demander de les rejoindre. Mamère m'a dit que j'étais le seul candidat possible. Et pourtant, il fut le premier à m'envoyer des banderilles quand je me suis présenté", déplore-t-il. Néanmoins, l'animateur assure n'avoir aucune rancœur envers Eva Joly, qui a obtenu une victoire très nette avec 58,16 % des voix.
L'annonce du probable départ de Nicolas Hulot d'EELV relance les spéculations sur un rapprochement avec Jean-Louis Borloo, le leader du Parti radical qui semble préparer sa candidature à la présidentielle de 2012. L'animateur avait semé le trouble lors du congrès des écologistes en confiant à des journalistes qu'il avait "pendant un court temps" envisagé un tandem avec Jean-Louis Borloo. Ce dernier avait aussitôt redit "son estime" pour l'écologiste, avec lequel il avait travaillé lors du Grenelle de l'environnement.

Les retraités allemands à Athènes pour former les Grecs

Pour rendre la Grèce plus compétitive, le commissaire européen à l'Énergie suggère que des professeurs d'écoles professionnelles et des artisans qualifés à la retraite soient envoyés à Athènes.

Comment faire pour que l'économie grecque devienne aussi compétitive que l'allemande ? Rien de plus simple. «J'imagine que des professeurs d'écoles professionnelles et des artisans qualifiés à la retraite seraient volontaires pour être envoyés (en Grèce) à durée déterminée», vient de suggérer le commissaire européen à l'Énergie, l'Allemand Günther Oettinger, dans un entretien au Hamburger Abendblatt. «Nous espérons que la culture économique allemande se laissera transférer à la Grèce», a déclaré simultanément le ministre de l'Économie, Philipp Rösler, par ailleurs vice-chancelier du gouvernement Merkel, en tant que patron du parti libéral.
Ce ministre d'à peine 38 ans, d'origine vietnamienne, incarne les vertus du métissage et il en est fier. Philipp Rösler considère qu'il n'y a aucune raison pour que les méthodes appliquées pour remettre à flot l'ex-RDA communiste ne marchent pas au profit de la Grèce. Ses propos, aux relents d'impérialisme culturel, paraîtront un brin naïfs. Mais ils reflètent manifestement une large partie de l'opinion publique outre-Rhin. Et après tout ne prête-t-on pas à Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'Europe, cette formule, «Si c'était à refaire, je commencerais par la culture» ? C'est le moment ou jamais d'essayer.
LES ALLEMANDS NE MANQUENT PAS D'AIR, QUELLE IMPUDENCE !
POUR QUI SE PRENNENT-ILS ?
JAMAIS JE NE ME SOUMETTRAI À CES NAZIS !!!

Les paroles de haine et les actes de mort

Une semaine après le drame, la Norvège enterre ses morts et poursuit une douloureuse introspection. Comment un pays aussi riche, tolérant et ouvert a-t-il pu nourrir un être tel qu'Anders Breivik en son sein ? Ce sera aux juges et aux psychiatres norvégiens de décider s'il est pénalement ou non responsable. Mais s'il est l'auteur d'un acte démentiel, il n'a rien du simple être psychiquement déséquilibré. Affichant ouvertement son islamophobie et son antimarxisme, revendiquant ses liens avec certaines franges de l'ultradroite, se voyant en héros et martyr de l'Occident - parfait reflet, sinistre ironie, des postulants aux attentats-suicide islamistes… - assumant de devenir « le plus gros monstre nazi depuis la Seconde Guerre mondiale », le tueur d'Utoya est l'expression extrême d'une idéologie dont on ne peut ignorer la persistance, voire la progression dans toute l'Europe.Le Parti du progrès norvégien, et moins encore le Front national français, ne peuvent être tenus pour responsables des attentats d'Oslo, pas plus que la franc- maçonnerie, la religion chrétienne ou le jeu vidéo en ligne World of Warcraft, dont le « croisé » paranoïaque d'Utoya était apparemment aussi l'adepte. En revanche, comme le constatait l'association antiraciste MRAP, dans un communiqué, s'il s'agit bien d'un acte purement individuel, « il s'est nourri idéologiquement d'un terreau alimenté par tous ceux qui, en Europe, stigmatisent les immigrés, les étrangers, les musulmans. » Une prise de conscience qui vaut aussi pour la France. Les paroles ne tuent pas. Mais elles peuvent servir à armer l'esprit dérangé de tueurs prêts à passer à l'acte.

Europe, où est ta beauté d’antan ?

Des ruines de l'après-guerre à la crise actuelle, notre continent vit-il la fin d'un cycle ? L'écrivain mexicain Carlos Fuentes, Européen de coeur depuis 60 ans, livre son inquiétude emplie de nostalgie. 

De solaires jeunes filles passent, blondes, court-vêtues mais élégantes. Les jeunes hommes aiguisent leurs armes de séduction. Les anciens affichent une élégance éternelle. Les bourgeois qui remplissent restaurants, bars et hôtels n’ont rien à leur envier. Les touristes courent et parcourent par milliers les hauts lieux d’une culture trois fois millénaire : du Vatican aux forums impériaux, du Panthéon à la place d'Espagne en passant par la place Navone, qui fut jadis le stade de Domitien.
Que cette Italie est loin de celle que j’ai découverte pour la première fois, en 1950. J’avais 22 ans, la Seconde Guerre mondiale avait pris fin à peine cinq ans plus tôt, et Benito Mussolini, dictateur et Duce, avait fini exécuté par des résistants et pendu la tête en bas sur la place Loreto de Milan aux côtés de sa maîtresse, Claretta Petacci, dont une pieuse femme avait attaché la jupe aux cuisses. Les enfants couraient pieds nus en demandant l’aumône. Les mendiants étaient stationnés à des endroits clés des villes, dans les gares ou aux sorties des restaurants. Les gens allaient au musée parce qu’il y avait le chauffage – pas dans les hôtels.
Personne ne prenait le train en première ou deuxième classe. En troisième en revanche s’entassaient des voyageurs qui attachaient leurs valises avec des cordes et étaient vêtus, non comme des ouvriers, mais comme ce qu’ils étaient au fond : les représentants d’une classe moyenne appauvrie. Les ouvriers, eux, allaient grossir les rangs du Parti communiste italien et chantaient "Celui qui ne travaille pas ne mangera pas. Vive le communisme et la liberté."

Maires communistes et entrepreneurs capitalistes

De son côté, la bourgeoisie libérale se plaçait sous la protection des Américains. Le pape Pie XII, Eugenio Pacelli, lavait les soupçons de collaboration avec les nazis qui pesaient sur lui à grands renforts d’anticommunisme et de gloria chantant l’"année du jubilé" (1950). Dans les villes italiennes se côtoyaient maires communistes et entrepreneurs capitalistes, ces derniers souvent de véritables stars du développement économique de l’époque.
Depuis lors, une bourgeoisie riche et puissante, une classe de travailleurs vieillie ou déplacée par de nouveaux métiers où les syndicats sont en perte de vitesse, une jeunesse inquiète et contestataire ont cohabité avec des gouvernements de centre gauche et de centre droit sans guère d’attachements idéologiques. A croire que la politique italienne n’est qu’un rite de passage vers la réalité économique profonde du pays.
En qui les Italiens se sont-ils reconnus ? Les meilleurs éléments de la gauche n’ont pas pu créer d’alliances politiques durables, pas même par la fondation et la refondation de ces dernières sous de multiples appellations. La droite s’est en revanche trouvé un personnage rustique, bouffon et calculateur, que les lois du pouvoir protègent contre les procès qui le rattraperont quand il le quittera, ce pouvoir, un jour. Ce jour-là est-il proche, le dernier de Silvio Berlusconi ? Le gouvernement italien grince en tout cas de l’intérieur, comme l’a montré le ministre de l’Economie Giulio Tremonti en l’absence de Berlusconi, disparu au beau milieu d’une crise que le président de la République, l'ancien communiste Giorgio Napolitano, a gérée précisément avec ce que Berlusconi n’a pas : le génie politique.

Une crise paneuropéenne

Le plus intéressant dans cette affaire est que Tremonti, le ministre de l’Economie, Draghi, le futur président de la Banque centrale européenne, Napolitano, le président de la République italienne et, tacitement, de larges franges de la gauche post-communiste et de la droite post-berlusconienne, ont tous parlé d’une même voix pour mettre en garde contre une crise nationale – crise dont Tremonti aussi bien que Draghi osent faire porter le chapeau à une crise européenne dont l’Italie serait, par définition, la victime et non la cause.
Mais non, mais non, la crise est d’ordre européen : c’est aussi l’argument central de l’ancien chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances) et ancien Premier ministre britannique Gordon Brown dans un article qui bénéficie d’un large écho international. "Pourquoi l’Europe s’est-elle endormie" ?, se demande et nous demande Gordon Brown.
Manque de capitaux, chômage, croissance en berne : tout annonçait une crise. Celle de l’Europe, et pas seulement celle de pays pris isolément, de l’Irlande, du Portugal, de la Grèce, voire de l’Italie et de l’Espagne. Une crise paneuropéenne : si l’on se refuse à le comprendre, les remèdes seront – sont – inefficaces.

Le monde actuel n'est plus eurocentrique

Le problème, insiste Brown, est européen et a plusieurs visages. Le secteur bancaire européen n’a pas pris conscience qu’il n’est pas seulement le secteur bancaire européen, encore moins un secteur bancaire national, mais qu’il fait partie d’un système mondial. Les problèmes ne se résoudront pas en débloquant des crédits, argumente le Britannique, car ce sont des problèmes de solvabilité et d’insolvabilité, et non de liquidités.
Ces problèmes-là ne se résoudront pas isolément. Brown prône une stratégie "paneuropéenne" qui, aux "réactions dans la panique", substitue une politique de reconstruction à long terme. Dans le cas contraire, l’Europe entrera dans une ère de mécontentement social, de phobie de l’immigrant et de "mouvements de sécession" politique. Et Gordon Brown de proposer que les problèmes communs soient abordés comme tels, non comme des problèmes "locaux" qui ne concerneraient pas le reste de l’Europe.
Je me rappelle l’Europe en ruines de 1950. La situation actuelle n’a aucune raison de sombrer à nouveau dans les drames de l’après-guerre. Il est certain en revanche que l’Europe devra s’adapter à un monde nouveau où se multiplient les économies émergentes, en Asie et en Amérique latine aujourd’hui, peut-être aussi en Afrique demain. Elle ne renouera pas avec la gloire d’antan, mais pas plus qu’avec la misère de jadis. L’Europe devra s’adapter à un monde pluriel, émergent et jamais plus eurocentrique.

Une vérité perdue dans les nuages

Nombre d’Alsaciens sont, hélas, bien placés pour comprendre la détresse des familles des victimes du Rio-Paris. La catastrophe aérienne du Mont-Saint-Odile et, dans une moindre mesure, celle d’Habsheim, leur ont infligé la douloureuse lenteur des enquêtes sur de telles affaires. Cette impression que, rapport après rapport, la vérité se dérobe, masquée par les nuages, mouvants, des investigations, évanescente comme le mystère, affreux, d’un avion qui s’écrase.

Pour faire le deuil d’un être cher, il faut pouvoir sonder le néant des conditions de sa disparition. L’acceptation passe par l’explication du drame et aussi par la détermination des responsabilités qui ont conduit à l’accident. Il ne s’agit pas d’un besoin de trouver coûte que coûte le ou les «coupables» sur lesquels faire porter la faute, mais de combler ce vide qui déshumanise l’absence. La visualisation du scénario apaise, comme si les victimes n’étaient tout à coup plus seules dans leur tragédie.

Si on en croit la conclusion du Bureau d’enquêtes et d’analyse, il faudra encore attendre de longs mois avant de pouvoir reconstituer définitivement les trois minutes trente finales du vol AF447. En affirmant que le BEA ne fait qu’«établir les faits», avant que la justice ne fasse ensuite son travail, Nathalie Kosciusko-Morizet ne pouvait pas dire autre chose. Mais c’est évidemment d’autant plus difficile à entendre que les éléments présentés n’établissent pas de hiérarchie claire entre les causes liées aux défaillances de l’avion et les éventuelles erreurs d’appréciation des pilotes.

Ce flou qui, à l’oreille, met tout sur le même plan, choque évidemment les personnels d’Air France, parce qu’il donne le sentiment de protéger les intérêts économiques, phénoménaux, du constructeur. Il n’y a alors qu’un souffle de doute jusqu’à la théorie du complot, qui a enveloppé toute la procédure de l’affaire du Mont-Saint-Odile. Mais il pourrait aussi porter l’injustice tant le BEA, composé d’experts, et pas tous Français, ni même tous Européens, fait prévaloir une analyse froide des circonstances du crash. Les recommandations de ces professionnels ne sont pas de simples suggestions et tentent, en priorité, de combler une zone d’inconnu dans la formation des pilotes au décrochage en haute altitude. La sécurité aérienne ne saurait s’en affranchir...

La raison invite à se résigner à ce diagnostic de prudence. Mais en se soumettant au temps, elle impose aux proches des 228 morts de l’Atlantique-sud une cruauté supplémentaire.

Hulot flingue Europe-Ecologie, mais le parti lui laisse la porte ouverte

Nicolas Hulot l'avait promis : "A l'instant où le candidat ou la candidate sera choisi, je serai dans le constructif et le positif" déclarait-il le 4 juillet au Monde.fr entre les deux tours de la primaire d'Europe Ecologie-Les Verts. Pourtant, quelques jours plus tard, alors que sa défaite face à Eva Joly se dessine précisément, l'initiateur du pacte écologique exprime son amertume vis-à-vis du parti, de ses principaux dirigeants et même des sympathisants dans un entretien au magazine Bretons.


L'entretien a paru vendredi 29 juillet, mais c'est le 10 juillet que Nicolas Hulot a reçu chez lui, à Saint Lunaire, la rédaction du magazine breton. Même si les résultats du second tour des primaires ne sont pas définitifs, il sait alors que les jeux sont faits : sa concurrente, Eva Joly, qui avait frôlé l'élection dès le premier tour, le distance trop largement pour qu'il puisse espérer revenir. A cet échec au terme d'une campagne éclair de trois mois, s'ajoute l'humiliation : la veille, le samedi 9 juillet , lors de la mobilisation contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, il a reçu sur la tête un plein seau d'épluchures. "Je me suis fait agresser par ce militant" et Eva Joly "n'a pas eu un mot. Si elle avait été malmenée de la sorte, je me serais insurgé dans la seconde. Tout ça n'est pas très noble. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que cela ne donne pas très envie d'y rester” déclare-t-il.
"PRONONCEZ CINQ FOIS LE MOT SARKOZY DANS UN DISCOURS..."
Au sein d'Europe Ecologie-Les Verts, si on reconnaît l'inélégance de l'aggression, on rappelle à la vedette du petit écran la réalité du terrain et de la vie politique :"Nous avons tous déjà été victimes de ce type d'agression" relativise François de Rugy, député écologiste présent sur les lieux. "Les auteurs ne sont pas des militants verts, ce sont des extrémistes qui profitent de ces manifestations pour faire ce genre de coups d'éclat. Eva Joly n'a pas condamné pour ne pas donner plus de relief et plus d'écho à ces actes" justifie-t-il.
Toutefois, la rancoeur du fondateur d'"Ushuaïa" ne frappe pas seulement Eva Joly, mais également de nombreux cadres de la galaxie écologiste : "De Jean-Vincent Placé à Dany Cohn-Bendit, en passant par Cécile Duflot et Noël Mamère, ils n'ont cessé de me demander de les rejoindre. Mamère m'a dit que j'étais le seul candidat possible" poursuit Nicolas Hulot qui, semble-t-il, pensait que la primaire ne serait qu'une formalité. Selon lui, les médias et les militants écologistes ne sont pas exempts de responsabilités dans sa défaite : “Les médias sont conditionnés par la façon traditionnelle de faire de la politique. Les électeurs aussi. Et plus que les électeurs, les militants. Ils aiment les formules, ils aiment les ennemis désignés. Prononcez cinq fois le mot Sarkozy dans un discours : vous provoquez des orgasmes...” ironise-t-il.
QUELLE PLACE POUR HULOT AU SEIN D'EELV ?
Au sein d'EELV, cette nouvelle sortie de Nicolas Hulot est percue comme une maladresse. "On pensait que son point fort c'était la communication, la maîtrise des médias. Cet entretien près de trois semaines après la primaire est la preuve qu'il s'agit finalement de son talon d'Achille", analyse François de Rugy, député écologiste. "Je pense qu'il est plus fragile qu'il n'y paraît. Il n'a pas été exposé au type d'attaques personnelles qui touchent les politiques. La politique est très rude" poursuit Dominique Voynet, sénatrice EELV et maire de Montreuil dans un entretien au JDD.
"Cet entretien a été réalisé trois semaines avant sa publication" indique pour sa part Denis Baupin, soutien de Nicolas Hulot pendant la primaire, laissant entendre que la défaite digérée , l'ancien candidat peut trouver une place au sein d'EELV. Une analyse partagée par Jean-Vincent Placé, membre du bureau de campagne d'Eva Joly, qui bien que directement cité par Nicolas Hulot, ne souhaite pas "polémiquer inutilement". Il déclare d'ailleurs que Nicolas Hulot a "sa place au sein d'EELV". Reste à savoir si Nicolas Hulot est prêt à ne pas être le numéro 1. Le 10 juillet, il pose franchement la question : “Est-ce que j'apporte quelque chose à Europe Écologie ? Si je ne leur apporte pas grand-chose, cela ne sert à rien d'insister. Il vaut mieux que je reprenne une autre forme d'engagement”, déclare-t-il à Bretons.
"ON NE BOUDE PAS EN CAS DE DÉFAITE"
"Une fois l'amertume passée, c'est à Nicolas Hulot de faire savoir ce qu'il veut faire. S' il a le désir et la volonté de poursuivre avec nous, très bien. Si ce n'est pas le cas, il est inutile de s'acharner" tranche François de Rugy, impatienté par les états d'âmes de l'ancien candidat. "En politique, on ne gagne pas chaque campagne, et on ne boude pas en cas de défaite."
Europe Ecologie-Les Verts tiendra, du 18 au 20 Août, ses journées d'été à Clermont-Ferrand. Selon plusieurs élus écologistes, l'occasion sera belle pour Nicolas Hulot de se décider après un long temps de réflexion. La vedette du petit écran est toujours considérée comme un atout au sein d'EELV. "Il faut trouver un mode d'intervention spécifique pour Nicolas dans cette campagne" estime Denis Baupin qui imagine un rôle lui permettant d'exprimer ses qualités sans l'enfermer dans un organigramme politique qu'il abhorre. Toujours selon l'adjoint au maire de Paris, entre l'animateur et les politiques d'EELV il faut jouer "la complémentarité des rôles" et préserver dans la campagne présidentielle "le lien si particulier qui fait de Nicolas Hulot l'écologiste le plus connu et le plus populaire."
MAIS, QU'EST-IL ALLÉ FAIRE DANS CE DRAKKAR ?

Zapatero annonce des élections législatives anticipées en Espagne

Madrid, correspondance - Après plusieurs semaines de rumeurs persistantes dans la presse, de pétitions insistantes de la part de l'opposition et de démentis réguliers du principal intéressé, le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a finalement cédé à la pression ambiante et annoncé,  vendredi 29 juillet à 13 heures, des élections anticipées le 20 novembre.

Selon le président socialiste, cette date a été choisie "pour deux raisons". D'une part, elle lui laisse le temps de boucler, "avant la dissolution des assemblées", certains dossiers en cours, et de voter de nouveaux décrets de réforme visant à accélérer la réduction du déficit public, lesquels seront dévoilés le 19 août lors du prochain conseil des ministres.
D'autre part, elle permettra au nouveau gouvernement "d'être en mesure de prendre toutes les décisions qui lui correspondent pour prendre les rênes du pays au 1er janvier". En clair, M. Zapatero s'évite ainsi le difficile exercice qu'aurait été le vote du budget pour l'année 2012. Difficile car le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) risquait de manquer de soutien au sein du parlement mais aussi car ce budget devra sans doute prévoir de nouvelles mesures d'austérité pour l'Espagne. Des mesures impopulaires qui auraient pu nuire au candidat socialiste.
Car derrière le choix d'avancer la date des élections, initialement prévues en mars 2012, se cachent également de savants calculs électoraux. Le PSOE a désigné au début du mois son candidat pour prendre la succession de M. Zapatero en la personne de l'ancien vice-président du gouvernement et ministre de l'intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba. Ce dernier a annoncé le 8 juillet sa démission pour se consacrer à une campagne difficile, si ce n'est impossible, l'écart entre les deux partis étant alors de 10 points selon plusieurs sondages.
"CONTEXTE COMPLIQUÉ"
Mais figure politique très appréciée et respectée en Espagne, M. Rubalcaba est parvenu à réduire l'écart de 3 points selon un sondage du Centre d'enquête sociologique (CIS) paru mercredi qui donnent les conservateurs vainqueurs avec 43% des voix. Surfant sur sa réputation de fin stratège et de travailleur infatigable, mais aussi sur le sursaut provoqué au sein des électeurs de gauche par l'écrasante victoire du parti populaire (PP, droite) lors des élections locale du 22 mai, l'ancien ministre de l'intérieur espère remonter les sondages et récupérer les 1,5 million d'électeurs perdus par le PSOE.
Dans cette course, le temps n'est pas forcément un allié, risquant d'éroder le phénomène de nouveauté que représente sa candidature.
Au contraire, M. Zapatero a annoncé les élections anticipées dans un moment clé. La veille, le ministère de l'économie avait annoncé une réduction de 19% du déficit budgétaire par rapport à l'an dernier, confirmant son objectif de réduire à 6% le déficit public à la fin de l'année, contre 9,2% en 2010. Et le matin même les chiffres du chômage offraient une légère trêve, à 20,8%, marquant une augmentation de l'emploi de 0,3%.
C'est ainsi dans un "contexte compliqué" mais après avoir posé "les bases de la récupération économique" que M. Zapatero a estimé que le temps était venu de fixer un calendrier pour les élections législatives.

La justice sous le feu des projecteurs

Affaire DSK, acte V. Après la sidération de l'agression sexuelle d'une femme de chambre noire par le directeur du FMI, après l'opprobre jeté sur un Dominique Strauss-Kahn présumé coupable, les menottes aux poignets devant les caméras, après les révélations ayant remis en cause l'innocence de la victime, après le déclenchement de « l'affaire bis » Tristane Banon, c'est l'heure de la contre-attaque de Nafissatou Diallo et de ses avocats. La discrète employée anonyme du Sofitel a désormais un visage et une voix, depuis son interview sur ABC et dans Newsweek lundi, puis sa première apparition publique devant la presse, hier. La carte de la médiatisation et de la « communautarisation » de l'affaire est jouée depuis le début par son avocat Kenneth Thompson. Après avoir eu pour but de faire exister la victime présumée face à l'une des personnes les plus puissantes de la planète, il s'agit désormais d'atténuer le discrédit jeté sur sa cliente, de faire pression sur le procureur afin qu'il n'abandonne pas les poursuites… voire sans doute de préparer le terrain pour un procès au civil, et sa perspective de forts dommages et intérêts. Le report de l'audience au 23 août laisse en tout cas présager d'autres interventions, d'un camp ou l'autre, dans une affaire qui relève désormais autant du show- business que de la procédure judiciaire. Cette lumière crue projetée sur cette histoire ne participe pas vraiment de la recherche de la vérité. Et la justice risque de finir par se brûler à s'exercer autant sous le feu des projecteurs.

Le rôle du Tea Party dans la crise de la dette américaine

"Aucun vote ce soir." L'annonce de l'un des membres de la direction républicaine de la Chambre des représentants aux Etats-Unis a pris par surprise le Congrès et la Maison Blanche, jeudi 28 juillet, tard dans la soirée. Après des heures de tractations, les républicains de la Chambre, où leur parti est majoritaire, ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur le plan sur la réduction des déficits et le relèvement du plafond de la dette publique proposé par leur chef de file, John Boehner. Un blocage qui, depuis le début des négociatoins houleuses entre l'exécutif et le Congrès, est en grande partie l'œuvre de la frange ultraconservatrice du Parti républicain, le Tea Party. Au point de menacer les Etats-Unis de défaut de paiement si aucun accord n'est trouvé d'ici la date butoir du 2 août.

 Lire notre éclairage Comprendre la crise de la dette américaine
Dans sa dernière version, le texte républicain prévoit une réduction des déficits de 915 milliards de dollars sur dix ans, en échange d'un relèvement du plafond de la dette en deux temps : 900 milliards de dollars d'ici au 2 août, avant un second relèvement, début 2012, en pleine période électorale. Le plan concurrent, des démocrates au Sénat, où ils sont majoritaires, prévoit un relèvement du plafond en un temps et économiserait 2 200 milliards de dollars sur dix ans, selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO), une agence indépendante. Depuis le début, le Sénat démocrate s'oppose au "plan Boehner", qui "n'est rien de plus qu'un gros baiser dégoulinant au Tea Party", selon l'expression de Harry Reid, chef de file démocrate au Sénat.
"LE TEA PARTY S'EST EMPARÉ DU PLAN BOEHNER"
"Si Boehner avait eu les mains libres, il y aurait eu un compromis il y a un bon moment", estime Graham K. Wilson, professeur de science politique à Boston University. Pour la première fois, le Tea Party, jeune mouvement politique qui a pris forme lors des élections de mi-mandat de 2010 dans l'aile droite du Parti républicain, s'impose dans les discussions et les négociations au Congrès.
L'échec du vote à la Chambre prouve d'abord la force numérique du mouvement, même s'il est difficile de déterminer exactement le nombre d'élus républicains qui se reconnaissent dans cette mouvance. Graham Wilson estime que ce chiffre tourne autour de vingt pour cent des élus. Quoi qu'il en soit, leur importance est suffisante pour avoir obligé John Boehner à solliciter les voix du Tea Party, indispensables à la validation de son plan, le poussant, de fil en aiguille, à radicaliser son discours.
"Le Tea Party s'est emparé du plan Boehner", résume George Shambaugh, professeur de science politique à Georgetown University. Résultat : "Il n'y a aucune mention d'une hausse d'impôts, aussi bien dans le plan du Sénat que dans celui de la chambre des représentants." Pour de nombreux experts, la victoire politique du Tea Party est d'avoir réussi à évacuer toute notion de relance économique et d'augmentation des impôts du plan, pour n'y laisser que la réduction des dépenses.
Une ligne résumée, jeudi soir, par Mike Pence, élu républicain de l'Indiana et membre du Tea Party, qui martelait : "Nos objectifs restent les mêmes. Produire une législation sans hausse d'impôts."
LA DETTE, AU CŒUR DE L'IDÉOLOGIE DU TEA PARTY
Au-delà de la lutte contre la mainmise de l'Etat et d'une opposition viscérale à toute hausse des dépenses publiques, l'aile droite du Parti républicain a surtout un cheval de bataille : la dette. Et c'est précisement dans cette bataille que le Tea Party a joué son va-tout : "Ils sont dans une stratégie de quitte ou double", note Charlotte Lepri, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). A tel point que certains, comme Michele Bachmann, élue du Minnesota et candidate déclarée à la primaire républicaine, affirment ne pas croire au risque d'un défaut de paiement si aucun compromis n'est trouvé d'ici au 2 août.
Au sein de la mouvance, tous ne s'opposent pas au plan de John Boehner. Mais les plus radicaux vont jusqu'à réclamer la tête du président de la Chambre. Les différends au sein même du Parti républicain ont été incarnés par John Boehner et Eric Cantor, numéro deux de la Chambre des représentants et proche du Tea Party. "John Boehner a quitté la table des négociations à cause de cette rivalité, il a fait le calcul de durcir sa position", note George Shambaugh.

Des membres du Tea Party manifestent contre le relèvement du plafond de la dette, à Washington le 27 juillet.
Des membres du Tea Party manifestent contre le relèvement du plafond de la dette, à Washington le 27 juillet. REUTERS/JONATHAN ERNST
Lorsque les Républicains se réuniront de nouveau pour tenter de trouver un terrain d'entente, vendredi, beaucoup auront en tête une autre échéance que celle du 2 août : l'élection présidentielle de 2012. "Les républicains craignent d'être mis à mal [par le Tea Party] pendant les primaires du parti", souligne Graham Wilson, qui estime que c'est pour cette raison qu'ils ne répugnent pas à charmer ces ultraconservateurs.
2012 est également dans l'esprit du Tea Party, dont "les membres sont principalement venus au pouvoir avec l'idée d'évincer Barack Obama", rappelle George Shambaugh. En blocant les négociations sur le plafond de la dette, ils ont réussi à faire vaciller le président, estime M. Wilson. En n'hésitant pas à brandir un éventuel défaut de paiement, ils hypothèquent également "le grand sujet" sur lequel Barack Obama veut bâtir sa campagne de réélection : la baisse du chômage.