TOUT EST DIT

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mercredi 29 décembre 2010

Internet, plus-values, emploi à domicile : une kyrielle de hausses d'impôt entre en vigueur

Réparties à quasi-égalité entre ménages et entreprises, 11 milliards d'euros de taxes supplémentaires entrent en vigueur pour la plupart le 1 er janvier. Le gouvernement se défend de procéder à des hausses générales d'impôt. Cela conduit à la multiplication de mesures ciblées.
 D'Internet à la garde d'enfant, de l'épargne salariale aux revenus boursiers, les Français seront nombreux à voir leurs impôts augmenter à compter du 1er janvier, le Conseil constitutionnel devant validé mardi 28 décembre pour l'essentiel le budget 2011 de l'Etat, après avoir approuvé celui de la Sécurité sociale. Certes, il ne s'agit pas de hausses générales d'impôt, comme le martèle le gouvernement. Mais pas moins de 11 milliards d'euros supplémentaires vont être prélevés, à quasi-égalité entre ménages et entreprises au travers d'une kyrielle de mesures ciblées.

Ce qui change pour les ménages
Internet. Jusqu'alors, les offre « triple play » (Internet, téléphone fixe, câble) ouvraient droit à une TVA réduite (5,5 %) sur la moitié de la facture. Cela ne sera plus le cas à compter du 1er janvier : la TVA s'élèvera à 19,6 % sur l'intégralité de la facture, ce qui apportera 1,1 milliard d'euros à l'Etat. Cela devrait accroître le prix des abonnements de 2 à 3 euros.
Emploi à domicile. Les 70.000 particuliers employeurs déclarant leur employé au salaire réel perdent le bénéfice de l'abattement de 15 points sur les cotisations patronales. Pour une famille employant une garde d'enfant 48 heures par semaine, payée au SMIC, le surcoût va atteindre environ 240 euros mensuel. Le gain pour les finances publiques devrait être limité -tout au plus 100 millions d'euros (car les particuliers bénéficieront d'un crédit d'impôt plus important l'année suivante).
Mariage. Les personnes qui ont prévu de se marier, de se pacser ou de divorcer en 2011 ne pourront plus faire trois déclarations d'impôt pour réduire leur chèque au fisc. Ils devront opter pour une déclaration, commune ou séparée, sur l'ensemble de l'année, soit 1 milliard d'euros de gagnés pour l'Etat.
Impôt sur le revenu. La tranche supérieure d'impôt sur le revenu est relevée de 1 point. Les revenus au-delà de 70.830 euros seront donc taxés à 41 %, et non plus à 40 %. La mesure, destinée à financer les retraites, représente 230 millions d'euros.
Plus-values. Les plus-values immobilières - hors résidence principale -seront taxées à 19 % au lieu de 16 % aujourd'hui dans le cadre du prélèvement forfaitaire libératoire. Les plus-values mobilières (actions, obligations, etc.) seront également taxées à 19 %, contre 18 % aujourd'hui. A cela s'ajoute la hausse de 0,2 point du prélèvement social. L'exonération d'impôt proposée aux petits actionnaires qui réalisent moins de 25.830 euros de plus-values par an est supprimée. Et les dividendes n'ouvriront plus droit au crédit d'impôt de 50 % dans la limite de 115 euros pour un célibataire (230 euros pour un couple).
Coup de rabot. Les ménages investissant en outre-mer ou dans la restauration de monuments historiques (dispositif « Malraux ») perdront 10 % de leur avantage fiscal. Ce coup de rabot concerne, en réalité, une vingtaine de niches fiscales (investissement locatif, location meublée, financement du cinéma, immobilier de loisir, investissements forestiers, etc). Les projets verts sont aussi visés : les ménages qui installeront des pompes à chaleur, par exemple, seront subventionnés à hauteur de 36 % par l'Etat, au lieu de 40 % aujourd'hui. L'installation de double vitrage donnera lieu à un crédit d'impôt de 22 %, au lieu de 25 %. La liste des travaux éligibles, qui évolue chaque année, sera, elle aussi, fortement réduite, mais par voie de circulaire. Enfin, la somme de cette vingtaine d'avantages fiscaux ne pourra plus excéder 18.000 euros par ménage, plus 6 % de leur revenu imposable, contre 20.000 euros plus 8 % du revenu.
ISF PME. Les ménages qui souscrivent au capital d'une PME ne pourront plus réduire que 50 % de leur investissement de l'impôt sur la fortune (ISF), contre 75 % aujourd'hui (en cas d'investissement direct ou par le biais d'une holding). L'investissement ouvrant droit à réduction d'impôt ne pourra plus excéder 45.000 euros par ménage, contre 50.000 euros.
Ce qui change pour les entreprises
Crédit d'impôt recherche. Les entreprises qui investissent pour la première fois dans la recherche, l'an prochain, disposeront d'un crédit d'impôt majoré de 40 % (au lieu de 50 % aujourd'hui) et de 35 % l'année suivante (au lieu de 40 %), soit un gain de 100 millions d'euros pour l'Etat.
Epargne salariale. Le forfait social sur la participation et l'intéressement est porté de 4 % à 6 %, (350 millions de plus). Les entreprises de plus de 50 salariés qui verseront de l'intéressement l'an prochain (pour la première fois ou de manière plus importante que l'année précédente) n'auront plus droit à une réduction d'impôt. Les entreprises de moins de 50 salariés, en revanche, verront ce crédit d'impôt relevé de 20 % à 30 % des sommes nouvellement versées.
Taxe professionnelle. Les entreprises ne pourront plus fractionner leur chiffre d'affaires au niveau de leurs filiales pour minorer, voire totalement annuler, leur imposition au titre de la valeur ajoutée (1,5 % maximum). Les PME ne seront pas touchées, à partir du moment où leur chiffre d'affaires n'excède pas 7,6 millions d'euros (seuil de la tranche maximale d'imposition). La mesure représente un gain de 160 millions. Les professions libérales risquent de subir, elles aussi, une légère hausse d'impôt : les communes qui le souhaitent pourront imposer un impôt minimum, compris entre 200 et 6.000 euros, pour les entreprises réalisant plus de 100.000 euros de chiffre d'affaires.
Allégements de charges. Les primes et 13e mois versés l'an prochain seront intégrés au calcul des allégements de charges, ce qui privera les entreprises d'environ 2 milliards d'euros.
Assurances. Les revenus de tous les contrats d'assurance-vie seront soumis à la CSG chaque année, et non plus au dénouement pour certains contrats. Les assureurs vont acquitter une taxe exceptionnelle de 10 % (1 milliard d'euros) sur leur « réserve de capitalisation », afin de rattraper le manque à gagner fiscal des années passées. Enfin, les contrats de santé dits « responsables » des assurances, des mutuelles et des instituts de prévoyance ne donneront plus lieu à une exonération complète de taxe d'assurance (7 %), mais de seulement 3,5 %. Créés en 2005, ces contrats ultra-majoritaires incitent à ne pas rembourser les pénalités mises en place pour faire respecter les parcours de soins. Le coût (1,1 milliard) risque d'être répercuté sur les tarifs.

Nayla Hayek



Tous les matins, elle se réveille à 5 heures pour aller voir la cinquantaine de chevaux arabes appartenant à son élevage, dans sa résidence de Schleinikon, près de Zurich. Jusqu'en juin dernier, cette visite était suivie d'un coup de fil rituel, à 6 heures, de son père Nicolas Hayek, le charismatique fondateur de Swatch. Père et fille s'entendaient si bien que le patriarche aux sourcils broussailleux et au physique massif a tenu à faire de cette élégante blonde de cinquante-neuf ans, toujours parfaitement maquillée, sa vraie héritière, en stipulant que la présidence du conseil d'administration devait lui revenir après sa mort. Ce qui fut fait, son frère Nick conservant la direction exécutive. Précoce en tout, Nayla contacta la passion du cheval dès neuf ans, avec son premier poney, et épousa dix ans plus tard un industriel suisse qui s'était fait un nom dans la tôlerie et les sanitaires. Comme elle se destinait à des études d'égyptologie, son amour pour les pur-sang s'est centré sur ceux qui venaient du Moyen-Orient. Séparée très vite de son mari, cette cavalière émérite, pratiquante du saut d'obstacles, les a aisément franchis au sein de la maison familiale, où elle s'est notamment occupée de Tiffany Watch au Moyen-Orient et en Inde, héritant du titre de vice-présidente, pendant que son fils Marc devenait directeur de la marque Blancpain. Désormais, c'est à elle de montrer qu'une experte internationale dans l'art du galop peut diriger avec la même maestria l'empire de la trotteuse .

mardi 28 décembre 2010

Le champagne demande de la délicatesse



Tempête de neige sur l’Amérique du Nord



L'ADN du Criollo, cacao pour le chocolat fin, décrypté

Le génome du Criollo, variété de cacao, a été décrypté, ce qui pourrait permettre de renforcer la résistance aux maladies des cacaoyers et d'améliorer la qualité du chocolat, selon une étude publiée dimanche dans Nature Genetics.
Le Criollo est une variété de cacaoyer du Belize qui pourrait descendre des premiers cacaoyers domestiqués par les Mayas voici plus de 2.000 ans.
"L'un des problèmes majeurs du cacao, c'est qu'environ 30% de la production est perdue à cause de maladies fongiques", explique à l'AFP Xavier Argout, un des principaux auteurs de ces travaux coordonnés par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad - Montpellier, France).
Le Criollo, qui sert à fabriquer du chocolat fin, ne représente que 5% de la production mondiale. Mais "de plus en plus de gens demandent à avoir accès à ce type de fèves de cacao", souligne-t-il.
Grâce à son séquençage, "en croisant cette variété avec d'autres où on aurait identifié des gènes de résistance, on va pouvoir créer des variétés plus résistantes", espère le chercheur du Cirad.
La connaissance de 98% des gènes du Criollo, dont certains interviennent dans la production de substances (terpènes, flavonoïdes) conférant ses propriétés antioxydantes ou gustatives au chocolat, devrait aussi permettre d'améliorer la qualité de certaines variétés.
Pour la résistance aux maladies comme pour la qualité du chocolat, l'analyse du génome va permettre de "développer des marqueurs", sorte de balises, qui permettront de repérer, parmi différentes variétés de cacao, celles contenant des gènes intéressants.
 Grâce à ces marqueurs, la sélection des nouvelles variétés résultant de croisements pourrait être "accélérée de manière drastique" sans devoir attendre que la plante ait grossi pour la tester comme dans le cas d'une "sélection classique" qui peut s'étaler sur "vingt ans pour le cacaoyer", explique M. Argout.
En septembre, le département américain de l'agriculture (USDA), en partenariat avec le géant de la confiserie Mars, avait annoncé avoir achevé le séquençage du génome du cacaoyer Matina 1-6, une espèce commune issue du Costa Rica.
Le Cirad associé à des scientifiques de six pays avait annoncé le même jour avoir séquencé le génome du Criollo, en partenariat avec le groupe américain Hershey et le chocolatier français Valrhona. Pour M. Argout, il est important que les travaux soient "évalués par la communauté scientifique" via une publication dans une revue reconnue.
Par ailleurs, Nature Genetics présente les résultats du décryptage du génome de la fraise sauvage Fragaria vasca par une équipe internationale, ce qui devrait aussi permettre d'identifier des gènes conférant une résistance aux maladies et d'améliorer la qualité des fruits.


Vers une EUROTAN ?

L'OTAN étant minée par une crise profonde, plusieurs voix prônent une "européanisation" progressive de l'Alliance pour instaurer une "hégémonie bienveillante" de l'Europe sur le monde. Mais pour se faire, encore faut-il que l'UE développe une véritable politique de défense commune, écrit un analyste polonais. 

Aujourd'hui, c'est clairement en Afghanistan que les trajectoires des Européens et des Américains se séparent. La forme actuelle de l'OTAN empêche son développement et impose une réforme en profondeur. Son principal défaut est le manque d'une vision claire de la menace commune, qui garantirait une raison d'être à l'union entre l'Amérique et l'Europe, comme au temps de la guerre froide.
A présent, les alliés pourraient bien fonder leur alliance sur une vision commune d'un ordre mondial dans lequel les Etats-Unis détiendraient, par le biais de l'OTAN, le contrôle du monde occidental en lui fournissant la sécurité. Les guerres en Irak et en Afghanistan ont cependant montré l'échec de la stratégie américaine consistant à utiliser unilatéralement l'alliance comme matraque de l'Occident dans la guerre mondiale contre le terrorisme islamique, guerre qui était censée donner un nouvel élan à l'OTAN.

Une hégémonie bienveillante de l'Europe

Une "européanisation" progressive de l'OTAN, allant de pair avec une émancipation militaire de l'Union européenne, pourrait constituer une remède à cette incompatibilité d'intérêts entre les alliés. L'espace ainsi libéré par le retrait américain pourrait donner lieu à une "hégémonie bienveillante" de l'Europe, qui utiliserait son potentiel pour établir la paix et un nouvel ordre moral dans le monde, à égalité avec les Etats-Unis.
C'est une vision qui germe en Europe, comme le démontre le récent accord de coopération militaire franco-britannique. Cependant, le scénario d'un retrait rapide des Etats-Unis de l'OTAN a pour l'heure peu de chances de se produire. Un tel désengagement porterait un coup à la suprématie mondiale des Etats-Unis, serait nuisible pour l'équilibre mondial, et dangereux pour l'Europe qui a besoin de temps pour construire un pilier militaire afin d’exercer le rôle de leader mondial.
Actuellement, l'hégémonie américaine dans le monde repose sur deux piliers, l'Europe et le Japon qui sont tous deux dépendants de l'économie américaine, dépendance trop bien illustrée et douloureusement ressentie à travers la crise financière.
Aussi bien l'Union européenne que le Japon demeurent en outre sous le protectorat militaire des Etats-Unis, ce qui permet à Washington d'exercer une influence douce sur les processus décisionnels de ses protégés, notamment en brandissant la menace tantôt chinoise, tantôt russe (soviétique).
Toute tentative d'émancipation militaire du Japon est rendue impossible par l'article 9 de la Constitution japonaise, qui interdit l'usage de la force comme moyen de règlement des différends internationaux et interdit l'établissement d'une force armée. Quant à la quête éventuelle d'autonomie militaire de la part de l'Union européenne, elle est bloquée par la structure même de l'OTAN, dominée par les Etats-Unis.

Sans défense commune, l'UE va errer sans direction politique

Aussi longtemps que l'OTAN existera dans sa forme actuelle et tant que l'Union européenne demeurera fragmentée militairement, elle ne pourra prétendre au statut de partenaire ni pour l'Amérique, ni pour la Russie, sans parler de la Chine. Car c'est bien la force militaire qui continue à faire partie intégrante de la politique étrangère menée par Washington et par le Kremlin, ce qui n'est malheureusement pas le cas de Bruxelles.
Il est en effet frappant de voir comment la Russie, bien que plus faible économiquement que l'Union européenne, parvienne à peser diplomatiquement vis-à-vis de Bruxelles, rien qu'en évoquant l'épouvantail de ses forces armées et de son arsenal nucléaire.
Sans armée et dépourvue d'une politique de défense commune, l'Union européenne va errer sans direction politique précise entre les Etats-Unis et la Russie, allant à la dérive, tel un naufragé. Aussi longtemps que cet état de choses persistera, les différents pays (comme la Pologne) chercheront des protecteurs en dehors du Vieux Continent.
Une émancipation militaire de l'Europe et la construction d'une armée pouvant appuyer une "hégémonie européenne" créeraient une  nouvelle division du monde occidental en deux puissances disposant de pouvoirs comparables. La civilisation occidentale, avec la puissance américaine contrebalancée par l'Union européenne, aurait ainsi toutes les chances de maintenir sa place dans la compétition pour le leadership mondial.

Quand les Européens servent de cobayes

"C’est la prochaine étape de la mondialisation, et il y a de bonnes raisons de ne pas vouloir que ça soit le cas", constate Vanity Fair. Les laboratoires pharmaceutiques américains testent de plus en plus leurs médicaments à l’étranger, sur des personnes qui ne bénéficient pas de toutes les garanties de sécurité. Cette tendance concerne les pays du Tiers-Monde mais aussi l’Europe, précise le mensuel new-yorkais. De 2004 à 2007, la part des essais cliniques effectués aux Etats-Unis a baissé de 5,2%, tandis qu’elle augmentait de 16% en Europe de l’Est, de 12% en Asie et de 10% en Amérique latine.
L’avantage pour les laboratoires, explique Vanity Fair, est de conduire les tests dans des conditions moins strictes et moins coûteuses, obtenir des résultats positifs et "ainsi convaincre la Food and Drug Administration américaine que les médicaments sont sûrs et efficaces pour les Américains". En 2008, 80% des produits soumis à la FDA ont été testés hors des Etats-Unis, soit 58 788 tests. Quelque 876 d’entre eux ont eu lieu en Roumanie, 589 en Ukraine et 716 en Turquie. L’Estonie, la Pologne, la Russie, la Lituanie, la Slovaquie ou la Croatie sont des pays également appréciés des laboratoires.
Hors de tout contrôle sérieux, ces tests sont souvent mortels. Le magazine cite l’exemple d’un test de vaccin contre la grippe effectué dans un refuge pour sans-abris de Grudziadz, en Pologne. Rémunérés 2 dollars, "les cobayes pensaient recevoir une vaccination normale. Ce n’en était pas une. Au moins vingt d’entre eux sont morts".
 

E-u-r-o-p-e, continent primitif

Pendant que les cours de la Bourse flambaient, on brûlait des vaches en Europe. Mais aujourd’hui, le culte de la valeur s’efface au profit de la vraie valeur des choses. La vision de l’écrivain portugais Gonçalo M. Tavares. 

Ce n’est pas la littérature qui s’est rapprochée de la politique, c’est la politique qui a envahi le champ du langage – elle l’a envahi et elle y est restée. Et avec la politique européenne, l’économie. Cela fait longtemps que, dans ces domaines, il ne s’agit plus de déplacer des choses matérielles, de décider du sort du règne végétal (ordonner de couper ou non des arbres), animal ou humain. Maintenant, presque tout se décide dans le champ des signes (des chiffres et des lettres). D’où un retour au monde de l’enfance: en Europe nous croyons que des traits sur un papier ne sont pas seulement des traits, mais la différence entre la richesse et la pauvreté.
La vieille séparation entre le signe et la chose. La célèbre phrase “le mot CHIEN ne mord pas”: si on met les doigts sur le C, le H ou le I, nous ne risquons rien, nos doigts resteront intacts, le C et le H ne mordent pas – une vieille leçon de linguistique. C’est cette séparation qui a inauguré la modernité. Les primitifs n’y croyaient pas. Ils ne croyaient pas en deux mondes séparés. Pour les primitifs, le signe était déjà une chose. Le dessin du cerf n’était pas le dessin d’un cerf, c’était le cerf. Il n’y avait pas de différence.
D’une certaine façon, l’Europe – depuis des décennies – a accentué son côté primitif. Elle a recommencé à croire à la magie. Presque toute l’économie est aujourd’hui située dans le monde abstrait, dans le monde des chiffres et des lettres – et non dans le monde des matières avec du volume. Parce que la vieille économie, c’était ça: deux vaches qui s’échangeaient pour mille poules; des usines et des machines, des arbres qui se vendaient ou s’achetaient.
Peu à peu, cependant, les éléments vivants et les mètres carrés ont disparu de la scène. Sont restés des papiers avec des signes et des chiffres, et l’Europe s’est ainsi transformée en un Nouveau Continent Primitif, où les gens adoptent des comportements identiques à ceux des tribus amazoniennes qui confondaient les signes avec le réel et qui croyaient que la lettre A ou un dessin pouvait en finir avec eux ou les damner.
En effet, si nous écrivons sur un papier la phrase “ce papier vaut cent mille euros”, nous ne nous mettrons certainement pas à croire que ce papier, cette feuille précédemment blanche, vaut désormais 100 000 euros. Mais si nous prenons une certaine distance, nous nous apercevrons qu’en partie, la chute économique à laquelle nous assistons aujourd’hui est due à un processus semblable, à grande échelle.
L’économie abstraite s’est installée là, précisément, dans le champ de la croyance. Celui qui possède un papier formalisé par quelque symbole ou sceau (encore des signes) d’une Institution Financière croit que ce papier vaut, si l’on pense aux actions par exemple, 2 euros tel jour, 1 euro et demi le jour suivant, et 3 euros la semaine suivante. Ces hausses et ces baisses de la valeur des actions, pour qui y est extérieur et n’y comprend rien de rien, sont quelque chose d’encore plus étrange. Ce n’est pas seulement la croyance figée en un signe, comme l’était celle des Primitifs. Désormais il s’agit d’une croyance fluctuante – qui, chaque jour, change la valeur matérielle qu’elle attribue au signe.
Le plus absurde est que la croyance en l’abstrait, ce retour à la pensée primitive qui a envahi le monde contemporain, a été accompagnée par une destruction sans précédent de la matière concrète. Des vaches et des bateaux ont été abattus en Europe, des champs cultivés ont été abandonnés, des machines détruites ou contraintes à l’arrêt, car il ne fallait pas produire au-delà d’une certaine quantité. Année après année, les deux processus ont avancé en parallèle: destruction des choses qui dans le monde avaient du volume et multiplication des papiers sans volume qui symbolisaient la richesse. On a cru, au fond, que la richesse était dans les signes et que les vaches, les bateaux ou les mètres carrés étaient une richesse, certes, mais ancienne, dépassée, inadéquate. Une richesse sans hygiène, pourrait-on dire.
Et pendant des années, on a échangé des papiers ici et là. De petites feuilles A4, A5 ou A6 qui passaient de main en main; et, à chaque passage, par magie, ces feuilles A4 semblaient augmenter de valeur. Comme un passage de témoin magique: l’individu A passait un papier à l’individu B, qui le passait à l’individu C, qui le passait au D, et le dernier de la chaîne, finalement, croyait que le papier reçu valait désormais mille fois la valeur initiale.
En somme, nul doute que la crise en Europe résulte de nombreuses causes, mais une part du problème réside dans le fait que nous sommes dorénavant face à un changement de croyance. L’Eglise de l’Abstrait, la croyance du papier qui vaut de l’argent, semble être engagée dans une voie sans issue, et le nombre de ses fidèles diminue – certains la quittent volontairement, d’autres à contre-coeur, beaucoup de façon tragique. Et avec la fin de cette croyance peut-être sommes-nous en train de revenir à une autre croyance. La moderne Eglise du Concret paraît ainsi, chaque jour, reprendre la position solide qu’elle a déjà eue – la croyance en ce qui est matière: la croyance dans les vaches, les bateaux, les champs et les machines – elle est là, de retour. (Aurons-nous l’occasion d’assister à la destruction des papiers?)
L’Europe a beaucoup avancé, technologiquement et pas seulement, mais pour que l’Européen ne se mouille pas, il a encore besoin d’un élément matériel entre son corps et le ciel. On ne peut pas s’abriter dans le dessin d’une maison.

Pierre Graff



Ah, que n'a-t-il diffusé son morceau de musique préféré sur les pistes, ce Concerto n° 2 de Chopin dont il dit qu'à la seule écoute « on pleure à chaudes larmes en regardant la lune ». Cette chaleur des larmes, qui sait, aurait peut-être suppléé un petit peu à la pénurie de glycol, le dégivrant pour avions que le PDG d'Aéroports de Paris a rendu coupable de tous les malheurs subis par les milliers de vacanciers que la neige « grasse » de Noël a empêché de décoller. Bien que la communication n'arrive pas en tête des multiples qualités qu'on reconnaît généralement à ce grand serviteur de l'Etat, Pierre Graff a réussi à faire grimper en flèche la notoriété des éthers antigel, jusqu'alors solvants sans histoire, même s'ils sont susceptibles de provoquer chez ceux qui les manipulent à haute dose des cas d'infertilité masculine. A la tête d'Aéroports de Paris depuis un septennat, cet X-Ponts de soixante-trois ans, passionné autant par ce qui roule que par ce qui vole - il fut délégué interministériel à la Sécurité routière et directeur général de l'Aviation civile -, s'est surtout employé à faire de son groupe une entreprise comme une autre, cotée en Bourse et toujours à la recherche de nouveaux gains de productivité. Fils de mécanicien, marié à une prof de math, il avait coutume de se féliciter de gérer avec Roissy « le hub le plus important d'Europe ». S'attelant à y attirer le maximum de boutiques pour inciter les voyageurs à s'y attarder. Sur ce point, ses voeux auront été plus qu'exaucés (lire page 13).

La Russie dénonce des pressions "inacceptables" après la condamnation de Khodorkovski

Moscou a répondu, mardi 28 décembre, aux critiques occidentales après la deuxième condamnation"les tentatives de faire pression sur la justice russe sont inacceptables". Il s'en prend notamment aux "déclarations qui ont été faites à Washington et dans certaines capitales de l'Union européenne". de Mikhaïl Khodorkovski, ex-magnat du pétrole reconnu coupable du vol de millions de tonnes de pétrole et du blanchiment de 23,5 milliards de dollars. Pour le ministère des affaires étrangères russe,

Peu après le début de l'énoncé du jugement, lundi, Mikhaïl Khodorkovski et son principal associé Platon Lebedev ont été reconnus coupables. Les deux hommes sont derrières les barreaux depuis 2003. Ils finissent de purger une peine de huit ans de prison pour fraudes et évasion fiscale et devaient théoriquement sortir au cours de l'année 2011. Le parquet a requis quatorze ans de camp contre les deux hommes, mais la peine ne devrait pas être connue avant plusieurs jours. La défense de Mikhaïl Khodorkovski a aussitôt annoncé qu'elle allait faire appel du jugement.
La Maison Blanche s'est dite "profondément inquiète", affirmant qu'une "application sélective" de la justice était de nature à "saper" l'Etat de droit en Russie. L'Allemagne a, quant à elle, estimé que "la façon dont ce procès a été mené est particulièrement préoccupante et constitue un pas en arrière sur la route de la modernisation du pays".



"Une ambiance absurde" au procès Khodorkovski

DSK; DANS LES PAS DE DRACON ?

Nous avons lu dans Lemonde.fr du 23 décembre cette phrase, à propos de l’austère budget 2011 de la Grèce, si riche de sens qu’elle est digne d’être méditée bien que nous soyons en pleine trêve des (dra)confiseurs :
“Les socialistes [grecs] ont mis en œuvre des mesures draconiennes d’austérité pour respecter les termes de l’accord conclu avec l’UE et le FMI.”
L’adjectif draconien (”d’une excessive sévérité”, “drastique”) est ici doublement pertinent puisqu’il a été formé sur le patronyme d’un certain Dracon, législateur athénien du VIIe siècle avant notre ère et renvoie donc au pays des Hellènes. Dracon (qui signifie en grec ancien “dragon”, “serpent”) a laissé son nom dans l’histoire par la sévérité des peines prévues pour qui contrevenait à ses lois. Il est devenu naturellement synonyme de sévérité.
Dominique Strauss-Kahn, le dirigeant du FMI — et figure de proue du Parti socialiste français — (DSK pour aller vite), ayant donné son onction socialiste aux mesures draconiennes auxquelles sont soumis les Grecs, ainsi priés instamment de se serrer la ceinture, à commencer par les evzones*, on peut imaginer facilement quel avenir nous attend.
Ledit DSK ayant fait présent de sa personne à l’économie mondiale, et se préparant peut-être aussi à se donner à la France, on risque de dire bientôt, sur le modèle d’une phrase latine qui orne les pages roses du dictionnaire Larousse : timeo DSK et dona ferentes.
Il est des dons qu’il est plus sage de refuser.

Sur les quais de 2010

Les bilans de l'année écoulée s'égrènent dans la presse et tous soulignent à juste titre les convulsions monétaires et financières et leurs cortèges de conséquences sociales. D'ordinaire, ces réalités se décrivent et s'analysent à l'aide de courbes et tableaux statistiques. Mais en février 2010, c'est un long reportage, « Les Quais de Ouistreham », qui a sans doute le mieux exprimé la souffrance sociale. L'idée de son auteur, Florence Aubenas, de passer plusieurs mois en observatrice anonyme de la vie de prolétaires n'était pas une innovation. En 1935, la philosophe Simone Weil avait travaillé à la chaîne chez Renault dans le but d'écrire « La Condition ouvrière », qui ne sera publié qu'après sa mort. Dans un genre similaire, la journaliste Anne Tristan s'était immergée incognito en 1987 dans une section marseillaise du Front national pour en tirer son édifiant ouvrage, « Au Front ». Bien que l'idée ne fut donc pas neuve, le livre de Florence Aubenas a connu un immense succès qui fait de lui un bon symbole de l'année 2010.

Outre la notoriété de l'auteur, connue pour son courage lors de sa captivité en Irak en 2005, il y a au moins deux explications à ce succès symbolique. La première est qu'elle a été la voix d'une immense foule de sans-voix, de ceux que Marx appelait l'armée de réserve du capital. Elle décrit simplement la précarité dans des zones industrielles en perdition, la dureté des conditions de vie et de travail de salariés intérimaires, parcellisés, exploités, effectuant les tâches les plus ingrates tout en cherchant à conserver leur dignité. La seconde explication est qu'en lisant « Les Quais de Ouistreham », on ne se dit pas, comme devant « Germinal », que c'est un univers économique appelé à disparaître. On se dit que l'auteur dépeint peut-être notre avenir si rien n'est fait pour enrayer la course folle de l'économie financière. Cette crainte qui enveloppe le lecteur de Florence Aubenas du début de l'année est la même que celle qui fait, en cette fin d'année, un triomphe au petit opuscule de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! ». C'est donc bien elle, la vedette de 2010.

L'homme de Neandertal cuisait ses aliments et mangeait aussi des végétaux

L'homme de Neandertal cuisait sa nourriture et consommait des végétaux tout comme son cousin l'homme moderne, selon une étude qui remet en question la théorie selon laquelle les Néandertaliens n'étaient que carnivores, cause avancée de leur disparition il y a 30.000 ans.
Apparu en Europe et au Proche-Orient quelque 300.000 ans avant notre ère, l'homme de Neandertal a co-existé environ 10.000 ans avec l'humain anatomiquement moderne, l'Homo sapiens, avant de s'éteindre pour des raisons qui font toujours l'objet d'un débat.
Selon une hypothèse avancée par des travaux précédents, l'Homo sapiens a pu survivre en s'adaptant mieux à d'autres sources de nourriture, à savoir en consommant des végétaux et aussi des poissons et fruits de mer selon l'endroit où il se trouvait.
Cette nouvelle étude publiée lundi dans les Annales de l'Académie américaine des Sciences (PNAS) datées du 27-31 décembre, fait apparaître les cousins disparus de l'homme sous un nouveau jour.
L'étude a été effectuée à partir d'analyses de particules de nourriture enfermées dans des plaques de tartre sur des dents fossilisées de Néandertaliens découvertes sur des sites archéologiques en Irak et en Belgique.
Les chercheurs, menés par Dolores Piperno du département d'Anthropologie du musée d'histoire naturelle américain Smithsonian, ont découvert des grains d'amidon provenant de nombreuses plantes dont une herbe sauvage, différents légumes, des racines et des tubercules.
Un grand nombre de ces aliments ont subi des modifications physiques correspondant à la cuisson, notamment des grains d'amidon, ce qui laisse penser que l'homme de Neandertal maîtrisait le feu à l'instar des premiers humains modernes.
Ses dents contenaient également des particules de datte et de l'amidon provenant de beaucoup d'autres végétaux que les chercheurs tentent encore d'identifier.
Des objets en pierre n'indiquent toutefois pas que les Néandertaliens utilisaient des outils pour broyer les graines. Dès lors, ils ne pratiquaient probablement pas l'agriculture.
Mais "ces indices montrent que les Néandertaliens consacraient du temps et des efforts à rendre leurs aliments plus comestibles et a en accroître la valeur nutritionnelle", jugent ces chercheurs.
"Toutes ces données montrent que l'homme de Neandertal était sophistiqué dans sa façon de recueillir et préparer sa nourriture que ce soit pour chasser des animaux de grande taille ou récolter et préparer des aliments à base de végétaux", ajoutent-ils.
Selon ces anthropologues, les adaptations majeures dans l'acquisition et la préparation de la nourriture chez les hominidés, à savoir la cuisson des aliments à base de végétaux qui a ouvert la voie à l'agriculture, étaient déjà en route dès la fin du Paléolithique moyen, il y a environ 50.000 ans.
De ce fait, "l'exploitation de ces variétés de végétaux pour produire des aliments n'était pas une nouvelle stratégie développée par les premiers hommes modernes précurseurs des agriculteurs", concluent les auteurs de l'étude.
Ces chercheurs ont collecté des échantillons de tartre sur sept dents fossilisées de Néandertaliens, trois qui provenaient du site archéologique irakien de Shanidar 3 et quatre des cavernes de Spy 1 et Spy 2 en Belgique.

De l’humour


Jusqu’où peut-on aller ? Vieux débat qui agite depuis longtemps les médias, s’agissant des humoristes. A France Inter, Stéphane Guillon a eu sa réponse et son ex-patron, Philippe Val, la sienne. Pourtant, le second a lui-même longtemps dirigé Charlie Hebdo où l’on n’y allait pas toujours avec des pincettes (il n’est qu’à lire le dernier album de Wolinski, La Sexualité des Français, de De Gaulle à Sarkozy, pour s’en persuader). L’humour, c’est aussi ce qu’avait plaidé un internaute qui avait inondé Rachida Dati d’e-mails égrillards après son étrange lapsus sur la fellation. Cent euros, a tranché le tribunal. Avec sursis. En revanche, on aura du mal à suivre l’argumentation du supporteur du PSG qui a reconnu avoir peint et introduit la fameuse banderole « Pédophiles, chômeurs, consanguins ; bienvenue chez les Ch’tis », déployée au Stade de France avant la finale de Coupe de la Ligue face à Lens. « On voulait faire de l’humour, du Charlie Hebdo, du Coluche, du Desproges. » Les deux derniers sont morts. Laissons-les en paix.

La croissance française revue à la baisse

Les nouvelles estimations de l'Insee publiées mardi 28 décembre révisent à la baisse la croissance de l'économie française aux deuxième et troisième trimestres de l'année 2010. La hausse du produit intérieur brut (PIB) serait respectivement de 0,6 % (contre 0,7 % précédemment annoncé) lors du deuxième trimestre (T2) et de 0,3 % (contre 0,4 %) pour le troisième trimestre (T3).

La révision à la baisse pour le troisième trimestre résulte notamment de la prise en compte d'indicateurs concernant l'investissement et la consommation, explique l'Insee, qui montre en effet que le pouvoir d'achat des ménages était en hausse de 0,9 % au T3 après 0,8 % au T2, mais que leur consommation a été revue à la baisse (+0,5 % au T3).
A fin septembre, l'acquis de croissance pour 2010 s'établit à 1,4 % (+1,5 % en première estimation). L'Insee avait prévenu que la croissance française allait continuer à évoluer, fin 2010 et durant la première moitié de 2011, "sur un rythme modéré, proche de celui observé depuis la sortie de récession". Dans une note de conjoncture, publiée le 16 décembre, l'institut tablait sur une hausse de 0,5 % du PIB au quatrième trimestre, avec une croissance annuelle qui se stabiliserait à 1,6 % du PIB.
C'est ce chiffre que la ministre de l'économie, Christine Lagarde, a dit espérer atteindre en 2010. Le gouvernement table sur une croissance supérieure à 1,6 % cette année avant une accélération à 2,0 % en 2011. Mais avec les révisions à la baisse de la croissance pour les deuxième et troisième trimestres, il faudrait désormais que le PIB de la France progresse de 0,7 % au dernier trimestre pour atteindre 1,6 % de hausse annuelle.
LÉGÈRE BAISSE DE LA DETTE
Seule bonne nouvelle de ces chiffres, la dette publique (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) a légèrement reflué à 1 574,6 milliards d'euros à la fin du troisième trimestre. Elle représente "approximativement" 81,5 % du produit intérieur brut (PIB).
Sa diminution au troisième trimestre s'explique, selon l'Insee, par un désendettement des administrations centrales. A l'inverse, la dette de la Sécurité sociale continue d'augmenter. La contribution à l'endettement total des administrations de sécurité sociale progresse ainsi de 7,4 milliards d'euros, dont 5,6 milliards pour le seul régime général, toujours selon l'Insee.
Le recul en données brutes est de 17 milliards d'euros par rapport à la fin juin. A la fin du deuxime trimestre, cette dette, calculée selon les critères européens de Maastricht, atteignait 82,9 % du PIB. Dans son projet de budget présenté fin septembre, le gouvernement tablait sur un niveau de dette record de 82,9 % du PIB cette année, niveau atteint à la fin du deuxième trimestre, mais en léger repli au troisième.
Toujours selon les prévisions de l'exécutif, la dette devrait continuer de grimper à 86,2 % en 2011 pour atteindre un pic à 87,4 % en 2012, avant de refluer à 86,8 % en 2013 et à 85,3 % en 2014. Ces niveaux sont toujours largement supérieurs au plafond de 60 % du PIB fixé par les traités européens.

Belfort, huit heures d’arrêt !

En avril 2008, un Eurostar avait rallié Londres à Paris avec dix heures de retard. Le train couchettes de dimanche soir, entre l’Alsace et le Midi, a pulvérisé ce record. 26 heures après l’horaire où ils auraient dû quitter Strasbourg, les voyageurs n’étaient toujours pas arrivés, hier soir, à Nice ou à Port Bou, leur destination ! La SNCF admettait, dans l’après-midi, plus de douze heures de retard. D’après nos calculs, on dépassera les quinze : confirmation demain, ce journal étant mis sous presse avant la fin du calvaire.

Il est trop facile, comme le fait la SNCF, d’invoquer une « succession exceptionnelle d’incidents » pour minimiser les désagréments d’un service qui ramène la compagnie au temps de la vapeur et de la troisième classe. Car si la liste des défaillances est hallucinante, la fatalité n’y est pas pour grand-chose. Le train, d’abord, est parti de Strasbourg avec plus d’une heure de retard. Au nom de quoi ? Mystère. Il est ensuite resté en déshérence à Belfort pendant huit heures, non parce qu’il faisait trop froid, mais parce qu’il… n’y avait pas de conducteur. Puis, il a été victime, à Montbéliard, de la panne d’un autorail qui roulait devant lui. Et en Bourgogne, c’est sa locomotive qui est tombée en rade. De la gestion imprévoyante des ressources humaines à la mauvaise qualité du matériel, en passant par un service minimum rendu à la clientèle – 300 plateaux repas en gare de Besançon alors qu’il y avait 600 personnes dans les wagons ! – ce train fantôme est un concentré de tout ce qui ne va pas à la SNCF et, plus largement, dans la société actuelle.

Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment ! La brillante vitrine technologique du rail français, avec les 320 km/h du TGV, masque de grandes lacunes. Les trains de nuit, notamment, sont les parents pauvres du service public. Premiers annulés en cas de grève ou de problèmes techniques (combien de suppressions, en 2010, sur le trajet Strasbourg – Port Bou/Nice ?), régulièrement en retard, vétustes et d’une exaspérante lenteur, ils ressemblent à des contre-publicités pour le rail. Et pourtant, ils sont honnêtement remplis, car ils correspondent à un besoin. Que la SNCF fasse un geste commercial en direction des sinistrés d’hier est la moindre des choses. Mais la vraie réponse à ce lamentable périple serait d’investir en moyens humains et matériels pour améliorer le service. On peut rêver.

Les nouvelles puissances mondiales

L'année 2010 aura confirmé deux faits : la montée en puissance des pays émergents et le déclin relatif du monde occidental. Il est sans doute trop tôt pour affirmer que nous sommes entrés dans un monde « post-occidental », mais il est clair qu'il est devenu multipolaire. Aucun pôle n'est majeur. L'Amérique et ses alliés sont empêtrés en Afghanistan, avec pour seul espoir celui d'en sortir au plus vite. Les États-Unis sont plus divisés que jamais et toujours plus fragiles, compte tenu de leurs multiples déficits. Puissance toujours « indispensable », l'Amérique n'est plus une puissance « suffisante ». L'Europe, en pleine crise identitaire, se bat pour la survie de l'euro. Elle est plus encline à se protéger du monde qu'à agir sur lui.

L'instabilité aggravée du monde naît de la rencontre entre deux grandes tendances. Alors que le monde occidental connaît une phase sans doute très longue de « déclin relatif », le monde qui émerge n'est ni prêt ni désireux de jouer le rôle de stabilisateur international qui lui reviendrait légitimement, compte tenu de ses succès économiques : le taux de croissance des nouvelles puissances n'est-il pas entre dix et cinq fois supérieur à celui de l'Europe ?

Le monde émergent lui-même connaît un double mouvement ; approfondissement de sa réussite, mais aussi élargissement de sa composition. Peut-on encore parler aujourd'hui du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) pour décrire le club de ces pays en plein développement ?

La Chine, à nouveau puissance majeure, est à part. Sur les plans stratégique et économique, elle pèse trois fois l'Inde, même si cette dernière va la dépasser sur le plan démographique. La Chine, désormais deuxième puissance économique mondiale, est aussi animée d'un nationalisme toujours plus ombrageux et d'une susceptibilité toujours plus grande, au fil de ses réussites et des échecs de ses rivaux occidentaux. Elle est parfaitement à l'aise avec le concept de puissance, même si elle s'interroge sur ses choix diplomatiques et stratégiques. N'y a-t-il pas des risques à quitter « le profil bas » qui était le sien jusqu'à une période récente ? Doit-elle sacrifier aux pressions des nationalistes et parler plus haut et plus fort, au risque de dresser contre elle un front uni en Asie ?

Deux autres pays aux réussites impressionnantes méritent d'être regardés : la Turquie et l'Indonésie. Ce sont aussi deux pays musulmans dont la réussite constitue la preuve que modernité et islam ne sont pas incompatibles, contrairement à ce que pensent trop de commentateurs. La Turquie, « snobée » par l'Union européenne, montre que les grands empires, comme l'empire ottoman, ne meurent jamais vraiment. L'Indonésie, puissance musulmane la plus peuplée, devient un exemple de conciliation entre modération religieuse, progrès économique et politique. Est-elle déjà devenue un « nouveau grand de l'Asie » ? On ne peut plus l'ignorer aujourd'hui.

Un symbole fort de cette recomposition du monde est intervenu à la fin de l'année 2010 : les « défaites » des candidatures de la Grande-Bretagne et des États-Unis, face à la Russie et au Qatar, pour accueillir les « Mondial » de football en 2018 et 2022. Elles confirment notre entrée dans un monde en pleine recomposition.



La retraite complémentaire des fonctionnaires renflouée par quatre assureurs

Groupama, CNP Assurances, Axa et Allianz qui gèrent la Préfon, le système d'épargne-retraite pour les fonctionnaires vont apporter "quelques centaines de millions d'euros", selon le quotidien Les EchosGroupama, CNP Assurances, Axa et Allianz (ex-AGF) vont devoir injecter plusieurs centaines de millions d'euros dans la Préfon, le régime de retraite par capitalisation des fonctionnaires, rapporte ce mardi le journal Les Echos.

Dans l'environnement de taux bas actuel, la valeur des engagements de rente a sensiblement progressé, détériorant l'équilibre comptable de ce régime complémentaire, écrit le quotidien, qui citent "plusieurs sources".
L'Autorité de contrôle prudentiel et le Trésor ont refusé la semaine dernière de modifier la règle de provisionnement des régimes de retraite en points, dits "L441", précisent Les Echos, "mettant de ce fait face à leurs engagements les assureurs de la Préfon". "Le niveau des rentes étant 'garanti à vie', les assureurs sont tenus de veiller à l'équilibre comptable du régime.
Or, du fait de la baisse des taux d'intérêt, la valeur des engagements de rente dépasse actuellement la valeur des actifs", explique le quotidien. Ce qui pourrait avoir des répercussions sur le niveau de revalorisation des rentes décidé pour l'an prochain, écrit le journal.
Préfon est une Caisse Nationale de Prévoyance de la Fonction Publique qui est une association à but non lucratif. Elle a été créée par les fédérations de fonctionnaires CFDT, CFTC, CGE-CGC, FO. Ces dernières assurent à tour de rôle la présidence de cette association.

Apple attaqué en justice après les révélations sur les Apps

La polémique enfle autour d'Apple et ses Apps. Un américain vient d'attaquer la firme à la Pomme en justice, l'accusant d'autoriser ces petits logiciels téléchargeables via l'iPhone et l'iPad à transmettre des données personnelles aux publicitaires sans l'accord des utilisateurs. Une technique révélée la semaine dernière par le Wall Street Journal.
D'après la plainte, que s'est procurée Bloomberg, Apple offre la possibilité aux publicitaires de savoir quelles applications sont téléchargées et la fréquence de leur utilisation. Elle reproche aussi à certaines Apps de revendre des informations, dont "la localisation, l'âge, le sexe, le revenu, l'origine ethnique, l'orientation sexuelle et la préférence politique".
L'enquête menée par le Wall Street Journal démontre que, sur 101 applications parmi les plus téléchargées sur l'iPhone (et aussi les mobiles tournant grâce à Android), 56 fournissent à des tiers un identifiant unique à chaque téléphone (permettant de suivre à la trace l'utilisateur), 47 transmettent la localisation de l'abonné, et 5 vont même jusqu'à envoyer l'âge et le sexe du possesseur du smartphone.

Mieux vaut servir le champagne froid et dans une coupe inclinée

Des scientifiques français se sont penchés sur la meilleure façon de servir le champagne. Très frais, doucement et dans une coupe inclinée est le meilleur moyen d'optimiser les saveurs concluent-ils.

C'est ce qui s'appelle coller à l'actualité : quel meilleur moment que la fin décembre pour publier les résultats d'une étude scientifique sur la meilleure façon de servir le champagne. C'est une équipe française, forcément, qui s'est attelée à cette question délicate.
Le résultats de leurs travaux met en évidence trois points à respecter pour optimiser les saveurs : le champagne doit être servi bien frappé, en douceur et dans une coupe inclinée. C'est selon ces chercheurs la meilleure façon de retenir une effervescence optimale et de préserver toute la saveur de la célèbre boisson.

Ces travaux viennent d'être publiés dans la dernière édition du Journal of American Agricultural and Food Chemistry de la Société américaine de chimie. Ces scientifiques menés par l'oenologue et chimiste Gérard Liger-Belair, de l'Université de Reims Champagne-Ardenne, ont aussi pour la première fois confirmé scientifiquement l'importance de servir le champagne froid, 4 degrés étant la température idéale pour en optimiser le goût. Ces experts ont déterminé que les petites bulles sont l'essence même des grands champagnes et des vins pétillants, ainsi que des bières.

Des recherches précédentes avaient déjà montré que les petites bulles qui se forment au moment où se libèrent de grandes quantités de dioxyde de carbone (CO2) dissous permettent de transférer le goût et l'arôme du champagne aux papilles gustatives. Depuis longtemps, les chercheurs suspectaient que la manière de verser le champagne dans la coupe avait un effet important sur son niveau de CO2, et de ce fait sur sa qualité. En d'autres termes, plus on conserve de CO2, --ou de bulles dans le champagne--, meilleur il est.

Mais aucune recherche scientifique n'avait jusqu'alors démontré cette hypothèse. Pour ce faire, les auteurs de l'étude ont testé les pertes de CO2 selon deux méthodes différentes de verser le champagne. La première a consisté à le verser tout droit directement dans la coupe et la seconde en inclinant le verre pour obtenir un flot plus lent qui permet de préserver jusqu'à deux fois plus de bulles de CO2. Ces oenologues ont aussi déterminé qu'un champagne bien frappé contribue à réduire les pertes de CO2.

En moyenne, plus de 300 millions de bouteilles de champagne français sont vendues annuellement dans le monde, représentant un chiffre d'affaires de quelque trois milliards de dollars.

Khodorkovski : le verdict suscite de fortes critiques à l'étranger

Dans leur deuxième procès, l'ex-patron de Ioukos et son principal associé, incarcérés depuis 2003, ont été reconnus coupables du vol de 218 millions de tonnes de pétrole. Les Etats-Unis et l'Allemagne critiquent fermement le jugement

La justice russe a déclaré lundi l'ex-magnat du pétrole russe Mikhaïl Khodorkovski et son associé Platon Lebedev coupables de blanchiment et du vol de millions de tonnes de pétrole, au terme d'un deuxième procès lourd de sens politique et dénoncé par la défense et l'opposition. «Le tribunal a établi que Khodorkovski et Lebedev avaient procédé au vol de biens dans le cadre d'un groupe organisé en utilisant leur fonction professionnelle», a déclaré le juge Viktor Danilkine au tribunal moscovite de Khamovniki. La justice a également reconnus les deux hommes coupables du «blanchiment» de 23,5 milliards de dollars.
« Cette affaire et d'autres du même genre ont un impact négatif sur la réputation de la Russie s'agissant du respect de ses obligations internationales en matière de droits de l'homme et d'amélioration du climat des affaires », a déclaré la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, « la façon dont ce procès a été mené est particulièrement préoccupante et constitue un pas en arrière sur la route de la modernisation du pays ». « Nous pensons que le peuple russe et l'avenir de la Russie sont mieux servis par un système judiciaire complètement indépendant du gouvernement et d'interférences extérieures ; un système qui exerce systématiquement la justice, de façon transparente et objective », a déclaré, pour sa part, le ministère britannique des Affaires étrangères. « C'est aussi important pour maintenir un climat dans lequel les investisseurs se sentent en confiance pour conclure des affaires », a-t-il ajouté.
Le ministère français des Affaires étrangères a estimé que « la consolidation de l'Etat de droit est une condition nécessaire à la réussite du processus de modernisation de la Russie ». Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, a rappelé que Moscou devait respecter le droit international. Elle a souligné que l'UE allait continuer « de suivre de très près » la suite judiciaire du procès de l'ex-patron de Ioukos et notamment la sentence qui sera infligée à Mikhaïl Khodorkovski et son associé.

14 ans de camp requis

L'énoncé du jugement entamé lundi devrait prendre plusieurs jours avant que les deux accusés ne soient fixés sur leur sort. Emprisonnés depuis 2003 et condamnés en 2005 à 8 ans de prison pour escroquerie à grande échelle et évasion fiscale dans un premier procès, ils encourent cette fois 14 ans de camp, requis par l'accusation. «La plus grande partie des fonds a servi à leur enrichissement personnel et une moindre partie a été injectée dans la production et le raffinage (...) afin de créer la possibilité d'un vol ultérieur», a encore affirmé le jugement. Les deux accusés, dans une cabine vitrée dans la salle du tribunal, sont restés impassibles, l'un examinant ses dossiers, l'autre lisant un livre.
La défense a déjà déclaré qu'elle interjetterait appel.«C'est une décision injuste, celle d'un tribunal aux ordres. C'est une honte pour le pays», a déclaré Me Vadim Kliouvgant, principal avocat de M. Khodorkovski. MM. Khodorkovski et Lebedev étaient jugés depuis mars 2009 pour le vol de 218 millions de tonnes de pétrole, une accusation que des ministres du gouvernement de l'époque, convoqués pour témoigner au procès, n'ont pu éviter de mettre en doute. Entre 200 et 300 personnes, sympathisants et journalistes se pressaient lundi matin devant le tribunal. Un vingtaine d'entre eux ont été arrêtés.

Une affaire politique

«Liberté aux prisonniers politiques !», «La Russie sans Poutine !», scandaient les manifestants, alors que les poursuites à l'encontre de M. Khodorkovski ont de plus en plus pris le tour d'une affaire personnelle pour l'actuel Premier ministre.
«Tout voleur doit aller en prison», avait déclaré M. Poutine le 16 décembre, estimant que les «crimes» de Khodorkovski avaient été «prouvés par la justice». La défense avait dénoncé une ingérence dans le cours de la justice.
L'affaire Ioukos est très largement considérée comme orchestrée par le pouvoir russe pour briser un homme d'affaires trop indépendant, qui finançait l'opposition et n'hésitait pas à contredire le président de l'époque, M. Poutine, resté de l'avis de nombreux observateurs l'homme fort du pays. Le groupe de M. Khodorkovski, Ioukos, ex-fleuron de l'industrie pétrolière russe, a été démantelé lors du premier procès au profit d'entreprises proches du pouvoir.

«Un test pour l'état de droit en Russie»

L'énoncé du jugement devait initialement commencer le 15 décembre mais a été reporté au 27 décembre sans explications. De nombreux observateurs avaient estimé que le jugement allait être un test pour les promesses du ton plus libéral affiché par le président Dmitri Medvedev, et enverrait un signal aux élites et aux investisseurs étrangers.
«C'est un cauchemar. Ce jugement met une croix sur toutes les déclarations sur la modernisation» du pays, a déclaré l'opposant libéral Boris Nemtsov. La militante des droits de l'Homme Lioudmila Alexeeva, présidente du groupe Helsinki de Moscou, a souligné qu'un acquittement aurait nécessité que le juge fut un «héros». Un ancien représentant du patronat russe recruté comme conseiller par M. Medvedev, Igor Iourguens, a montré sa déception, estimant que ce jugement «n'inspire pas d'espoir quant à la réforme de la justice» annoncée par le président russe. L'ambassadeur d'Allemagne à Moscou Ulrich Brandenburg avait souligné dimanche l'inquiétude des milieux d'affaires occidentaux, estimant que le jugement serait «un test pour l'état de droit en Russie».

 Khodorkovski, le déchu

L'appel à la grève lancé par Ouattara peu suivi en Côte d'Ivoire

L'appel à la grève générale en Côte d'Ivoire lancé par Alassane Ouattara pour tenter de forcer son rival Laurent Gbagbo à céder le pouvoir a été peu suivi lundi à Abidjan, où beaucoup d'habitants se sont rendus à leur travail par nécessité.
Les ports d'Abidjan et de San Pedro, par lesquels transite l'essentiel des exportations de cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial, fonctionnaient normalement dans la matinée. Dans le quartier d'affaires du Plateau à Abidjan, boutiques et bureaux ont ouvert leurs portes.

Malgré les pressions internationales et les menaces d'intervention brandies par les pays de la région, la situation reste totalement bloquée près d'un mois après le second tour de l'élection présidentielle du 28 novembre.
Le scrutin, censé permettre au pays de surmonter les effets de la guerre civile de 2002-2003, a tourné au bras de fer entre les deux camps rivaux.
Le président sortant Laurent Gbagbo, proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel dirigé par l'un de ses proches, refuse de laisser sa place à Alassane Ouattara, président légitime aux yeux de la communauté internationale.
GBAGBO DÉNONCE UN COMPLOT FRANCO-AMÉRICAIN
Dans deux interviews publiées lundi par Le Figaro et Le Monde, Laurent Gbagbo estime qu'il est victime d'un "complot" de la France et des Etats-Unis, même si la victoire d'Alassane Ouattara a été entérinée par les Nations unies et que la plupart des pays africains lui demandent de laisser la place.
La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui a menacé le camp Gbagbo d'un recours à la force, compte envoyer mardi les présidents du Bénin, de la Sierra Leone et du Cap Vert en Côte d'Ivoire comme émissaires chargés de remettre un ultimatum au président sortant.
"Je prends au sérieux les menaces mais je reste tranquille", répond Laurent Gbagbo dans son entretien accordé au Figaro. "Ce serait bien la première fois que des pays africains seraient prêts à aller en guerre contre un autre pays parce qu'une élection s'est mal passée", ajoute-t-il.
Interrogé sur une éventuelle action militaire internationale, le ministre français de la Défense, Alain Juppé, a déclaré qu'il revenait aux Nations unies ou aux organisations africaines de le décider et non à la France, qui compte 900 soldats sur place pour protéger les quelque 15.000 expatriés français. Paris reste vigilant car la situation peut déraper, a-t-il ajouté.
L'Union africaine a salué l'initiative de la Cédéao en disant espérer une solution pacifique.
Les Etats-Unis et l'Union européenne ont imposé des restrictions aux déplacements de Gbagbo et de son entourage. De leur côté, la Banque mondiale et la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) l'ont privé d'accès aux fonds qu'elles détiennent, ce qui pourrait l'empêcher à court terme de payer les forces militaires.
"LES IVOIRIENS VIVENT AU JOUR LE JOUR"
Autres signe des pressions exercées sur le président sortant, l'avion de Gbagbo a été immobilisé sur l'aéroport de Bâle-Mulhouse et un nouvel ambassadeur ivoirien sera nommé en France à la demande des "autorités légitimes" de Côte d'Ivoire, a fait savoir le ministère français des Affaires étrangères.
Mais à Abidjan, l'activité a été peu troublée lundi par l'appel à la grève du camp Ouattara.
"Tout le monde est à son travail ce matin", a déclaré le directeur d'une société d'exportation de cacao à San Pedro. "C'est vrai que le pays est toujours dans une situation politique difficile, mais on essaie de s'en sortir au mieux. Le cacao est disponible en grandes quantités pour un moment."
"Nous demander de ne pas aller travailler, c'est nous demander de ne pas manger", explique Jean Ebrotie Assomou, négociant dans le quartier de Cocody, à Abidjan. "Les Ivoiriens vivent au jour le jour", ajoute-t-il.
Un autre appel à la désobéissance civile lancé la semaine dernière par le gouvernement mis en place par Alassane Ouattara n'avait guère été suivi d'effet.
Vingt personnes au moins ont été tuées le 16 décembre lors d'une marche des partisans de l'ancien Premier ministre vers le siège de la Radio-Télévision ivoirienne (RTI), contrôlé par le camp Gbagbo.
Le Conseil des droits de l'homme de l'Onu a imputé aux forces de sécurité ivoiriennes, fidèles au président sortant, des violations des droits de l'homme, notamment des meurtres et des enlèvements, depuis le second tour de la présidentielle.

lundi 27 décembre 2010

L'euro ? Non merci

Alors que l'Estonie intègre officiellement la zone euro le 1er janvier prochain, les autres ex-pays de l'Est semblent de moins en moins enclins à abandonner leur devise nationale.

Ce samedi, les Estoniens pourront payer leurs bières et leurs Kringels - une viennoiserie aux amandes - avec des pièces toutes neuves. Le 1er janvier est en effet la date officielle de l'intégration de leur pays dans la zone euro. A l'origine, la couronne estonienne aurait dû disparaître trois ans plus tôt, mais cette première tentative avait avortée, l'économie estonienne souffrant alors d'une inflation bien trop élevée.
Si la majorité des Estoniens se félicitent de l'abandon de leur devise nationale, dans les autres ex-pays du bloc soviétique, l'intégration à la zone euro ne semble plus la priorité.  "Il est difficile de préciser aujourd'hui une date d'entrée dans la zone euro, étant donné les fortes turbulences qu'elle traverse" a ainsi affirmé ce lundi dans une interview au quotidien Rzeczpospolita le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski.
L'adoption de la monnaie unique par l'Estonie risque donc d'être l'une des dernières avant longtemps. En mai dernier, un panel représentatif d'analystes interrogés par l'agence Reuters prévoyaient encore une arrivée de l'euro en Pologne et en Hongrie en 2015, puis en République tchèque l'année suivante.
Pour la Hongrie, ce ne sera pas avant 2020
Mais la crise budgétaire de la zone euro a entre temps poussé nombre de candidats d'Europe de l'Est à réévaluer l'avantage qu'ils auraient à conserver leurs devises actuelles. Le gouvernement tchèque a ainsi indiqué la semaine dernière ne pas être prêt à fixer une date d'adoption et celui de Hongrie a jugé irréaliste une entrée dans la zone euro avant la fin de la décennie.
De tous les candidats jusqu'alors en lice pour une intégration durant cette décennie, la Pologne n'est donc pas la moins enthousiaste, même si le gouverneur de sa Banque centrale, Marek Belka, a, lui aussi, estimé qu'il convenait de se garder de toute précipitation. Le pays pourrait néanmoins intégrer dès 2013 le mécanisme de change ERM2, prélude à un abandon du zloty, sa devise nationale.
Dans l'interview publiée ce lundi, Jacek Rostowski estime en outre que l'économie polonaise devrait rapidement se redresser après les mesures budgétaires récemment adoptées. "Nous avons lancé l'application du premier des trois budgets de consolidation pour 2011, qui devrait diminuer le déficit global d'environ 23 milliards de zlotys (5,8 milliards d'euros)". "Ces prochaines années, il y aura d'autres budgets de consolidation, qui réduiront le déficit dans des proportions comparables. Grâce à ces actions et à la croissance accélérée, nous éviterons que la dette franchisse la barre des 55% du PIB, et le ratio commencera à diminuer en 2013".