TOUT EST DIT

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vendredi 21 mai 2010

Retraite à 60 ans : DSK prend le PS à contre-pied

Invité jeudi soir sur France 2, le directeur du FMI a réfuté tout «dogme» sur l'âge de départ à la retraite, estimant que si on «vit 100 ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans». Une position pourtant défendue par le PS.

Dominique Strauss-Kahn prend publiquement ses distances avec le Parti socialiste. «On vit 100 ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans», a-t-il martelé sur France 2. Après que le Parti socialiste a présenté son projet qui défend fermement l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans, le directeur général du Fonds monétaire international se démarque ainsi nettement de ses camarades socialistes.

«Je ne pense pas qu'il faille y avoir de dogme. Le monde change très vite et on vit dans la mondialisation, qui a des avantages, des inconvénients, mais c'est la réalité, il faut tenir compte de cela», tranche Dominique Strauss- Kahn qui estime toutefois que l'espérance de vie et la pénibilité doivent être prises en compte.

«Il faut qu'on travaille plus longtemps»

Sur les retraites, «il y a plusieurs façons de faire les choses : une manière qui est assez évidente dans beaucoup de pays c'est de dire si on vieillit plus longtemps, il faut qu'on travaille plus longtemps», a poursuivi le directeur général du FMI, dont l'interview enregistrée mercredi à Washington a été diffusée jeudi lors de l'émission «A vous de juger» sur France 2.

«La différenciation, de mon point de vue, est légitime, parce que les vies ne sont pas les mêmes, il y en a qui sont plus usés, plus fatigués, et d'autres qui, au contraire, peuvent continuer à travailler assez âgés, beaucoup plus âges qu'on ne l'aurait imaginé il y a dix ou vingt ans, parce qu'aujourd'hui on est en forme beaucoup plus âgés».

Crise de vertiges


Qui peut imaginer ce que représentent 95 milliards de dollars à dégager en trois ans ? La somme est si monumentale qu'elle en devient immatérielle. Le défi présidentiel est placé si haut qu'il se transforme en une abstraction mathématique froide et lointaine. A l'inverse, le prix individuel de l'effort national annoncé hier par le chef de l'État s'affiche immédiatement, visuellement, dans l'imaginaire d'un grand nombre de ménages français. D'un côté, la perception floue d'une menace virtuelle. De l'autre, la certitude instinctive d'un tour de vis à très court terme. Le décalage a toutes les chances de provoquer un choc psychologique majeur.
Pendant trente ans, les Français ont vu leurs gouvernements s'accommoder d'un déficit budgétaire grandissant sans que les ministres ne soient affectés d'une anxiété particulière. A l'automne 2007, Éric Woerth avait même expliqué publiquement qu'on pouvait « faire une pause » dans la modération des dépenses publiques amorcée par Dominique de Villepin à la fin du second mandat de Jacques Chirac. Un peu plus tard, Christine Lagarde nous parla de « bon déficit ». Il fallait doper la croissance... Abreuver en crédits l'énergie du changement. Trois ans plus tard, le message change radicalement : le débit abyssal des comptes de la nation est devenu une peste à combattre à tout prix. De quoi brouiller les repères de l'honnête homme et ébranler la conscience économique collective de tout un pays.
Vouloir remettre le navire à flot, comme le propose le président, c'est une priorité de bon sens si on veut éviter une faillite générale dans dix ans, comme la théorise Jacques Attali. Mais pourquoi avoir attendu le tout dernier moment pour réagir ? Et là, c'est le courage de la société politique qui est en question.
Comme tous les prosélytes, Nicolas Sarkozy, nouveau converti à la rigueur financière, fait dans la surenchère. 100 milliards - ou presque - économisés en trois ans, c'est une ambition qui dépasse le raisonnable : elle a été accueillie avec scepticisme à la quasi unanimité des économistes de toutes écoles... Sacrer la discipline budgétaire en l'inscrivant dans la Constitution, fort bien - l'Allemagne l'a fait - mais en l'état cela ressemble surtout à une repentance verbale, séduisante, tellement française et largement... incantatoire.
Quant à la rigueur, on ne la chantera pas sur les toits. Chut ! Mais on va la mettre en musique. Tailler dans les « dépenses d'intervention », c'est, concrètement, raboter le RSA, l'aide personnalisée au logement, l'allocation aux adultes handicapés. Conditionner les dotations de l'État aux collectivités locales à des critères de bonnes gestion, c'est recentraliser. Supprimer ou rétrécir les niches fiscales, c'est augmenter les impôts de ceux qui en profitent. Il ne s'agit pas de crier au scandale mais d'appeler un serrage de ceinture un serrage de ceinture.


Le grand tableau des déficits


Évidemment, on ne va pas se mettre à justifier n'importe quoi. Ce n'est pas très moral de s'introduire en douce dans un haut lieu de la culture, pendant que les braves gens dorment du sommeil du juste. D'autant plus que ce n'était même pas la Nuit des musées... Et pourtant, par les temps qui courent, on pourrait presque se trouver de la compassion pour ceux qui viennent de perpétrer ce nouveau casse du siècle dans le temple de l'art moderne de la Ville de Paris. Sans doute ont-ils voulu se consoler un peu et ça, à la rigueur - si on ose dire -, ça peut se comprendre. À force de n'entendre parler que de monnaies en péril, de finances désastreuses ou de faillite latente, on se montrerait volontiers indulgent avec qui s'invente un exutoire. Picasso, Matisse, Braque, Léger, Modigliani sont devenus des valeurs refuges. Les cent millions d'euros "empochés" par les monte-en-l'air du palais de Tokyo adressent à leur manière un joli pied de nez à l'austérité ambiante. Il est même possible qu'en son tréfonds, notre président de la République les admire, lui qui est en quête de cent milliards cash pour sauver la boutique. Oh ! c'est vrai que, sauf à faire du mauvais esprit, il n'a pas trop le temps d'aller piller les cimaises. Hier, il a lancé une initiative historique, désormais gravée dans le marbre. Entre parenthèses, d'ailleurs, il a quelque chose de bizarre, ce recours extrême. Vous avouerez que Nicolas Sarkozy qui inscrit dans la Constitution la nécessité de réduire les déficits, c'est un peu comme un joueur qui se fait interdire de casino. Mais bon, passons, si on nous dit que c'est nécessaire pour préserver nos retraites et tout le bazar. N'empêche, des fois, faudrait pas nous pousser beaucoup pour qu'on aille, nous aussi, "emprunter" quelques toiles de maîtres. Parce qu'enfin, la France, en ce moment, pas besoin de faire un dessin. Vous voyez d'ici le tableau...


Didier Pobel

Strauss-Kahn refuse tout "dogme" sur la retraite à 60 ans

Dominique Strauss-Kahn a réfuté sur France 2, jeudi 20 mai tout "dogme" sur l'âge de départ à la retraite, estimant que si on "vit cent ans, on ne va pas continuer à avoir la retraite à 60 ans". "Il y a plusieurs façons de faire les choses : une manière qui est assez évidente dans beaucoup de pays c'est de dire si on vieillit plus longtemps, il faut qu'on travaille plus longtemps", a affirmé le directeur général du FMI, dont l'interview enregistrée la veille à Washington a été diffusée jeudi lors de l'émission "A vous de juger" sur France 2.
"L'âge de départ à la retraite est très différent selon les individus et les professions", a insisté M. Strauss-Kahn. L'ancien ministre socialiste affirme qu'il s'est toujours battu pour la prise en compte de "la pénibilité". "Selon que vous faites des carrières différentes, vous commencez plus ou moins jeune d'ailleurs (...), et selon que vous faites un métier plus ou moins pénible, la justice c'est qu'à l'arrivée vous puissiez prendre votre retraite plus ou moins tôt." Comme il était interrogé sur un "dogme" de départ à la retraite à 60 ans, position que défend notamment le PS, il a répondu: "Je ne pense pas qu'il faille y avoir de dogme. Le monde change très vite et on vit dans la mondialisation, qui a des avantages, des inconvénients, mais c'est la réalité, il faut tenir compte de cela."

UNE "MISSION À REMPLIR" À LA TÊTE DU FMI

Interrogé sur ses ambitions présidentielles, il a répété qu'il avait une "mission à remplir" et ne demandait "qu'une chose", qu'on le "laisse travailler" à la tête de son institution. Pour lui, "le rôle que le FMI a joué depuis le début de la crise des subprimes est reconnu par tout le monde". "La politique, si ça a quelque chose de noble, c'est justement d'être capable de se dire 'ce qui est important, ce n'est pas mon avenir politique à moi ou l'avenir politique de mon parti – l'avenir le dira –, ce qui compte, c'est de faire ce dont le pays a besoin", a-t-il glissé.

"Je suis intéressé par la France comme un Français peut être intéressé par la France", a-t-il répondu. Relevant cependant "des sondages, des articles, des choses", il concède que c'est "très agréable que vos compatriotes vous apprécient", mais "ce n'est pas mon sujet, pas ma préoccupation. Ce que je veux, c'est qu'on me laisse travailler".

Euro : s'entendre avec l'Allemagne

Les témoins des réunions fébriles qui ont permis de calmer les marchés, le 10 mai, l'avouent. L'euro a vraiment risqué gros il y a deux semaines. Pour éteindre l'incendie, les seize pays membres de la zone euro ont étendu une large couverture de 750 milliards d'euros. Un calme relatif est alors revenu, mais le feu couve encore. La fébrilité des places financières, cette semaine, en témoigne. S'ils veulent véritablement transformer une crise en un progrès pour l'Union, les Européens doivent, dès aujourd'hui à Bruxelles, redoubler d'efforts et faire montre d'une cohésion et d'une volonté jusqu'ici plutôt défaillantes.

Les ministres des Finances se retrouvent, en effet, pour donner naissance à un groupe de travail dans le but d'améliorer la gouvernance économique européenne. Les Vingt-Sept vont notamment étudier l'idée, qui suscite des réticences dans de nombreuses capitales, de soumettre les budgets nationaux à un examen communautaire.

Sur la table, l'Allemagne entend surtout déposer une série de mesures particulièrement musclées. Berlin propose ainsi de soumettre les programmes de stabilité des différents pays à la Banque centrale européenne ou à des institutions indépendantes. Pour les mauvais élèves qui laissent filer leur déficit, l'Allemagne exige des sanctions en gelant certaines subventions européennes, voire en suspendant le droit de vote de ces pays. En outre, l'Allemagne aimerait voir ses partenaires la suivre en fixant dans leur Constitution un plafond chiffré pour les déficits. La proposition faite, hier, par Nicolas Sarkozy va dans ce sens. C'est l'une des rares convergences évidentes actuellement entre Paris et Berlin.

Plus vital que jamais, le couple franco-allemand est à la peine depuis des semaines. Sous la pression des marchés et de l'allié américain, la chancelière a bien accepté, le 7 mai, de participer au gigantesque plan de sauvetage, mais elle a dû, pour cela, faire une entorse au dogme, par ailleurs populaire outre-Rhin, de la rigueur. Le ralliement allemand a pu paraître une victoire française. À Athènes, à Madrid ou à Lisbonne, l'image de Nicolas Sarkozy est très positive. Le match n'est pas fini pour autant. Il y a même, depuis quelques jours, un air de contre-attaque qui souffle à Berlin.

On l'a vu mercredi. Angela Merkel a fait cavalier seul en annonçant l'interdiction des ventes à découvert de certains produits financiers. Une façon de reprendre la main, même si, de l'avis général, le volet financier exige tout autant de concertation que le volet budgétaire. La politique européenne d'Angela Merkel a alors paru d'autant plus incompréhensible que les inquiétudes françaises de voir un excès de rigueur abattre tout espoir de croissance sont partagées par de nombreux partenaires. En fait, ni Paris ni Berlin ne peuvent, seuls, asseoir un leadership efficace et juste dans la gestion de cette crise. Les déclarations, hier soir, de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel semblent indiquer qu'ils veulent faire taire leurs divergences.

Il serait bon, en effet, de cesser d'afficher, le vendredi, une cohésion qui tombe sous le sens pour la démentir chaque lundi. Pas un jour ne passe sans que l'un des Vingt-Sept n'annonce une réduction des salaires de ses fonctionnaires ou des ponctions sur les retraites. On manifeste à Athènes, à Madrid, à Bucarest. Combler le manque de gouvernance européenne est d'autant plus urgent que, si la croissance ne redémarre pas, un autre manque risque bien vite de sauter aux yeux : l'absence d'Europe sociale.

Devises : l'euro sous les 1,24$ après une embardée à 1,25$.

La volatilité de la monnaie unique européenne ne se dément pas, et les rumeurs qui y contribuent non plus. Après avoir culminé ce matin à 1,2502, l'euro recule de 0,44% face au dollar peu après midi à 1,2355 dollar.

Rappelons qu'hier, l'eurodollar a touché un nouveau plus bas de quatre ans à 1,2144 dollar. Depuis le 1er janvier, son recul atteint à cette heure 13,6%.

Hier, la monnaie unique européenne a reçu le soutien verbal des Etats-Unis et du Royaume-Uni, les déclarations politiques influant sensiblement sur les cours. Ce matin, Paris et Berlin fait savoir que l'existence de la zone euro n'était pas menacée. Mais ces déclarations peinent toujours à convaincre durablement.

D'ailleurs, les bruits couloir ne cessent de courir sur les marchés - et de les animer. Mercredi après-midi, écrit Pictet & Cie ce matin, 'après un début de journée sous la barre des 1,2200, la monnaie unique a repris de la vigueur en seconde partie de journée, atteignant 1,2432 au plus haut du jour. Des rumeurs faisant état d'une possible éviction de la Grèce de la zone euro ont dopé la monnaie unique.' Dès que la rumeur a été démentie, l'eurodollar est reparti en baisse.

Les analystes de Jyske Bank se font l'écho d'autres bruits, toujours pour la journée d'hier : dans l'après-midi selon eux, 'l'euro a été soutenu par des rumeurs de réunion extraordinaire de la BCE, d'autres bruits de couloir faisant état d'une prochaine intervention de la banque centrale européenne pour soutenir l'euro'. Aucune de ces deux-là n'a été confirmée ou infirmée, note la banque privée danoise.

Cet après-midi, les cambistes prendront connaissance de différentes statistiques en provenance des Etats-Unis : les inscriptions hebdomadaires au chômage (prévision : 440.000 ; précédent 444.000), le nombre de demandeurs d'emplois (prévision : 4.600.000 ; précédent 4.627.000), les indicateurs avancés d'avril (prévision : 0,20% ; précédent : 1,40%) et enfin l'indice d'activité Philly Fed de mai (prévision : 22 ; précédent : 20,2).


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La zone euro peine à mettre en place son fonds de stabilisation

La première tranche du prêt promis à la Grèce a été débloquée hier, alors que les modalités de fonctionnement du fonds européen de stabilisation financière, destiné à venir en aide à un pays de la zone euro, devront encore être précisées par les ministres des Finances.
Les pays de la zone euro n'ont pas tiré toutes les leçons de la crise grecque. Leurs ministres des Finances ont débloqué hier la première tranche des prêts consentis à la Grèce (voir ci-dessous). Mais, au risque d'entretenir la spéculation, ils n'ont pas réussi à s'entendre sur toutes les modalités de mise en place et de fonctionnement du fonds européen de stabilisation financière de 500 milliards d'euros qu'ils ont décidé de créer pour aider, le cas échéant, un pays de la zone en difficulté.

Une nouvelle réunion des ministres des Finances de la zone euro se tiendra vendredi à Bruxelles pour tenter de finaliser la création du fonds de stabilisation bénéficiant de 440 milliards d'euros de garanties fournies par les 16 pays de la zone euro, et complété par 60 milliards de prêts européens financés par le budget de l'Union, et par 250 milliards de prêts du FMI.

Dès lundi soir, les grands argentiers de la zone euro se sont entendus sur les statuts du véhicule spécialisé qui gérera ce fonds et sur sa localisation au Luxembourg. L'Allemagne a souhaité pouvoir consulter son Parlement avant chaque activation de ce mécanisme, comme le prévoit sa Constitution.
Irritation de Juncker

Mais l'évocation de cette question et d'autres détails techniques, au cours d'un long débat entre la ministre de l'Economie française, Christine Lagarde et son homologue allemand Wolfgang Schäuble, a irrité certains participants, au premier rang desquels Jean-Claude Juncker. « Nous avons vu se confronter assez longuement nos points de vue sur ces questions de détail », a expliqué le président de l'Eurogroupe. « C'est d'autant plus surprenant, a-t-il ajouté, que le 9 mai, Paris avait annoncé être en accord total avec l'Allemagne sur ce plan de soutien ». De son côté, Didier Reynders, le ministre belge des Finances, s'est élevé contre « les leçons de discipline budgétaire » que Berlin tente d'imposer à ses partenaires. « L'Allemagne, a-t-il rappelé, nous a demandé, il y a quelques années, d'assouplir le pacte de stabilité. Elle nous demande aujourd'hui de le renforcer.»

Les ministres ont finalement admis que les pays de la zone euro enregistrant les déficits les plus importants devront, si nécessaire, prendre des mesures supplémentaires pour respecter leur calendrier d'assainissement, à l'image de ce que viennent de faire la Grèce et plus récemment l'Espagne et le Portugal. Mais qu'en même temps, ceux disposant de marge de manoeuvre suffisantes pourront différer ces mesures, pour ne pas plomber leur croissance et leur demande intérieure.

Hier, lors d'un entretien accordé au quotidien « Le Monde », la chancelière Angela Merkel, a toutefois insisté sur le fait que « même ceux [les Etats, NDLR] qui ne sont pas dans la ligne de mire des marchés comme l'Allemagne, et, le président Sarkozy l'a dit, la France devront eux aussi faire leur part du chemin ». Les ministres des Finances des 27, quant à eux, ont cependant refusé d'identifier, dès à présent, les deux groupes de pays concernés, ce débat devant avoir lieu lors de leur prochaine réunion, les 7 et 8 juin à Luxembourg, sur la base d'un rapport de la Commission européenne.


JACQUES DOCQUIERT, Les Echos

jeudi 20 mai 2010

"Les marchés sont réellement hors de contrôle"

"L'individu a besoin de pouvoir juger de ce qu'il fait" dans des marchés qui sont actuellement "réellement hors de contrôle", et "c'est pourquoi nous avons vraiment besoin d'une régulation efficace, c'est-à-dire de créer un mécanisme de marché qui fonctionne correctement", explique le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, jeudi 20 mai, dans un entretien au Financial Times.
Berlin a annoncé mardi soir des mesures d'interdiction de certaines ventes à découvert, destinées à freiner la spéculation, mais qui ont relancé les inquiétudes sur la situation en zone euro et fait chuter les marchés mercredi. La décision allemande a également provoqué l'irritation des autorités françaises, mais Berlin a en revanche reçu le soutien de la Commission européenne.

"Un marché ne fonctionne pas correctement si les risques et les bénéfices sont complètement déséquilibrés", ajoute M. Schäuble qui réclame "une standardisation des produits" financiers et un retour à la prééminence des réels échanges de biens et de service par rapport aux pures transactions financières, notamment celles des marchés hors cote, estimant que "des profits de 25 % minimum sont tout simplement inimaginables dans l'économie réelle".

"L'ALLEMAGNE NE PEUT PAS ÊTRE SEUL GUIDE – CE SERAIT UN NON-SENS"

Regrettant l'abandon par les Etats-Unis et le FMI de l'idée d'une taxe globale sur les transactions financières, le ministre estime "très vraisemblable" qu'aucun accord de la sorte ne pourra être issu de la réunion du G20 en juin au Canada, et qu'il reviendra alors à l'UE "de voir si nous ne pouvons pas avoir une taxe sur les transactions au niveau européen".

Dans cet entretien, M. Schäuble se défend également que son pays puisse jouer encore plus qu'à l'heure actuelle "un rôle de locomotive" pour la croissance européenne : "Que devrions-nous faire pour accélérer la croissance ?" s'interroge le ministre. "Cela ne peut pas être creuser encore les déficit, en contradiction avec les recommandations du pacte de stabilité et de croissance. Cette idée est démente. Je dois réduire mon déficit", affirme M. Schäuble.

Sur le rôle de l'Allemagne dans cette croissance européenne, si le ministre estime que "l'Europe a besoin d'un leadership", il ajoute que "l'Allemagne ne peut pas être seul guide – ce serait un non-sens", que "la France et l'Allemagne pourraient réaliser beaucoup ensemble" et que "ce serait encore mieux si le Royaume-Uni faisait aussi partie de ce partenariat". Et le ministre d'évoquer l'idée d'un " fédéralisme, dans le sens allemand de 'fédéral'".

Bernard Accoyer veut pourfendre les idées reçues sur l'Assemblée nationale

"Les députés sont trop payés et bénéficient de nombreux avantages". C'est par cette sentence un brin provocatrice, que Bernard Accoyer débute le livre qu'il vient de publier. Hasard de l'actualité, c'est au moment même où sort le classement de l'activité des députés, le président de l'Assemblée nationale prend le parti de fustiger les idées reçues à propos de l'institution qu'il préside...

À mille lieux d'un essai politique partisan, l'ouvrage se veut d'abord pédagogique. Et il tient sa promesse.

Certes, ses 128 pages feront le bonheur des étudiants en droit public -surtout à quelques semaines des examens, mais le propos est d'abord fait pour s'adresser à tous les citoyens. Du moins à ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les arcanes de la vie publique.

Bernard Accoyer s'efforce de pourfendre un certain nombre des jugements à l'emporte pièce qui collent depuis des décennies à l'Assemblée.

Pour une bonne compréhension, il les a regroupées en trois familles : "les députés, une caste de privilégiés", "l'Assemblée nationale une citadelle" et ?les missions du Parlement, un trompe l'œil".

Pour chacune d'entre elles, il se lance dans des explications brèves, rythmées par des encadrés et des anecdotes. On découvre donc, à la lecture de cet ouvrage à la fois les grandes règles du fonctionnement de l'Assemblée, mais aussi une foule de détails qui font le piment de l'ouvrage. Saviez-vous par exemple, que l'Assemblée reçoit 7 millions de plis par an, qui en fait l'équivalent postal d'une ville comme Pau ou Antibes ?

Bernard Accoyer reproduit également un certain nombre d'éléments rarement détaillés, comme ce "code de bonne conduite applicable aux représentants d'intérêts", qui n'est ni plus ni moins que la réponse de l'Assemblée au phénomène controversé des lobbyistes. Ou encore ce tableau de la rémunération des députés.

Alors bien sûr, on ne manquera pas de relever ici et là, quelques références au renouvellement du règlement de l'Assemblée adopté en juillet dernier et dont Bernard Accoyer a lui même fait l'un de ses chantiers prioritaires. Mais le fond du propos est véritablement ailleurs. Le député de Haute-Savoie s'efforce de jouer la transparence pour défendre avant tout l'institution. Son ouvrage se garde des partis pris. Au point même que l'on regrette simplement qu'il n'ait pas choisi une édition plus richement illustrée à laquelle le contenu de l'ouvrage se serait bien prêté.

Julien ESTRANGIN

Le classement des députés

Classement des députés, révélé par le site internet lesinfos.com, en fonction du nombre de leurs interventions en séances et en commissions (ordre décroissant) au 12 mai 2010.

Les cinq chiffres (entre parenthèses) correspondent aux critères suivant :

1er chiffre : total des interventions du député,

2e chiffre : interventions en séances,

3e chiffre : interventions en commissions,

4e chiffre : rapports et avis,

5e chiffre : propositions de loi (auteur).
1er Patrick Ollier (368 - 145 - 223 - 4 - 3)
2e François Brottes (47 - 167 - 180 - 0 - 2)
3e Pierre Méhaignerie (33 - 145 - 188 - 2 - 1)
4e Jean-Pierre Brard (317 - 223 - 94 - 9 - 10)

5e Charles De Courson (292- 124- 168 - 10 - 0)

6e Gilles Carrez (282 - 117 - 165 - 38 - 0)

7e Jacques Myard (280 - 78 - 202 - 3 - 15)

8e Jean-Luc Warsmann (275 - 109 - 166 - 14 - 30)

9e Axel Poniatowski (268 - 50 - 218 - 2 - 1)

10e Patrick Roy (263 - 210 - 53 - 0 - 0)

11e Martine Billard (261 - 178 - 83 - 2 - 7)

12e Michel Bouvard (260 - 105 - 155 - 4 - 4)

13e Daniel Garrigue (247 - 79 - 168 -16 - 2)

14e Jean Dionis Du Séjour (245 - 130 - 115 - 4 - 0)

15e Jérôme Cahuzac (243 - 107 - 136 - 5 - 1)

16e Jean Mallot (237 - 157 - 80 - 1 - 0)

17e Lionel Tardy (236 -143 - 93 - 0 - 2)

18e Serge Poignant (232 - 65 - 167 - 5 - 0)

19e Jean Gaubert (216 - 109 - 107 - 7 - 0)

20e Roland Muzeau (213 - 164 - 49 - 0 - 5)

128e Claude Birraux (89 - 19 - 70 - 14 -1)

151e Etienne Blanc (80 - 30 - 50 - 12 - 2)

255e Martial Saddier (52 - 19 - 33 - 4 - 0)
367e Bernard Accoyer (32 - 2 - 30 - 1 - 5)
456e Marc Francina (20 - 7 - 13 - 0 - 0)

504e Julien Dray (12 - 8 - 4 -1 - 0)

535e Jean-Jacques Queyranne (8 - 8 - 0 - 0 - 1)

537e David Douillet (8 - 3 - 5 - 0 - 0)

538e Jean Tiberi (7 - 4 - 3 - 1 - 0)

546e Xavier Bertrand (6 - 3 - 3 - 0 - 0)

553e Jack Lang (5 - 0 - 5 - 0 - 0)

563e André Santini (2 - 1 - 1 - 0 - 0)

570e Fernand Siré (1 - 0 - 1 - 0 - 0)

571e Jean-Claude Thomas (1 - 1 - 0 - 0 - 0)

572e François-Xavier Villain (0 - 0 - 0 - 0 - 1)

573e Laurent Cathala (0 - 0 - 0 - 0 - 0)

574e Gérard Menuel (0 - 0 - 0 - 0 - 0)

575e Françoise De Salvador (0 - 0 - 0 - 0 - 0)



Source : site internet de l'Assemblée nationale

Les résultats complets : http://lesinfos.com

L'Iran, enjeu diplomatique

Plus le temps passe, et plus l'hypothèse de voir l'Iran se doter de la bombe nucléaire se renforce. Les experts, nourris de renseignements plus ou moins fiables, revoient régulièrement leurs prévisions. Leur souci est de déterminer combien de temps reste aux grandes puissances pour empêcher le régime de Téhéran de franchir ce seuil lourd d'inconnues. Six mois, voire un an, disent les pessimistes. Un peu plus, espèrent les diplomates. Le temps est, dans cette affaire, une denrée aussi précieuse que l'uranium enrichi. Les Iraniens sont les premiers à le savoir.

Depuis bientôt huit ans, depuis que le risque d'un Iran nucléaire s'est matérialisé, ils n'ont cessé de multiplier les manoeuvres dilatoires. Ils savent que les Américains, surtout avec Obama, ne s'aventureront pas dans une nouvelle guerre. Ils estiment que même les Israéliens, tentés de pratiquer des frappes ciblées comme ils l'ont déjà fait en Syrie, n'oseront pas. Ils considèrent enfin que les sanctions imposées jusqu'ici par la communauté internationale n'ont aucun impact décisif sur leurs visées stratégiques.

Comment, dès lors, contraindre ou convaincre le régime iranien à renoncer à sa bombe ? C'est la question à cent mille dollars qui sillonne toutes les chancelleries. À Paris, on estime que le lent travail de sape économique, entrepris grâce aux sanctions, met le régime iranien aux abois. Les importations européennes en provenance de Téhéran ont chuté de 45 % depuis 2008. Les Gardiens de la révolution vont devoir rendre des comptes à une population plus mobilisée qu'il n'y paraît de l'extérieur. L'anniversaire des élections de l'an dernier, le 12 juin, fera figure de test à cet égard.

Toutefois, cette semaine, un nouveau chapitre vient d'être écrit avec l'accord signé par l'Iran, le Brésil et la Turquie. Un chapitre qui en dit sans doute davantage sur la nouvelle diplomatie des pays émergents, sur les humeurs brésiliennes et turques, que sur l'Iran, toujours soucieux de jouer la montre.

L'accord ne concerne en effet absolument pas le coeur du problème, le volet militaire. Il reprend, avec de nombreuses lacunes, une offre déjà faite par Paris, Washington et Moscou en octobre. Les Iraniens avaient alors refusé. Cette fois, ils ont dit oui. Offrant à deux puissances émergentes un rôle de premier plan sur un dossier brûlant de l'agenda diplomatique.

Depuis quelques années, Brasilia et Ankara ne cachent pas leurs ambitions de puissance régionale, favorisées par la fin de l'unilatéralisme américain. Sur tous les dossiers chauds, et ils sont nombreux dans son voisinage, du Caucase au Proche Orient, la Turquie fait de plus en plus cavalier seul, tout en récusant toute volonté de restaurer l'aura ottomane. À la mesure de son continent et de ses ressources, le charismatique président brésilien fait de même. Les émergents frappent désormais ouvertement à la porte du club le plus exclusif de la diplomatie mondiale, le Conseil de Sécurité.

L'initiative n'a guère plu à Washington où on juge désinvolte le plan turco-brésilien. Dès mardi soir, Hillary Clinton a annoncé qu'un accord était intervenu entre les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, sur de nouvelles sanctions contre l'Iran. Il faudra le vérifier lors du débat, puis du vote dans les prochaines semaines. En attendant, ledossier nucléaire iranien n'est plus seulement un casse-tête. C'est aussi un plat diplomatique de choix, pour tous les appétits.

Laurent Marchand

mercredi 19 mai 2010

Retraites : l'UMP pilonne les propositions du PS#

La riposte ne s'est pas fait attendre : à peine le PS avait-il, mardi 18 mai au soir, fait connaître son plan pour les retraites, que l'UMP sautait sur l'occasion de le descendre en flammes. Selon Le Parisien, Nicolas Sarkozy a interpellé en début de semaine les ténors de la majorité, leur demandant "d'enlever les gants blancs" pour parler des socialistes. "Secouez-vous ! Il faut taper, taper !" aurait lancé le chef de l'Etat. Une consigne visiblement bien assimilée : toute la journée de mercredi, les ténors du parti présidentiel ont pilonné les propositions socialistes.
Pour Xavier Bertrand, l'ensemble des solutions du PS sont "un tour de passe-passe tellement démagogique que c'en est une insulte au bon sens des Français". L'UMP attaque particulièrement les solutions de financement des socialistes. Ceux-ci proposent de ne pas reculer l'âge légal de départ à la retraite (sans l'exclure à plus long terme), mais de trouver des moyens de financement nouveaux, essentiellement auprès des revenus du capital.

Pour Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, cela revient à "faire peser le financement des retraites sur l'emploi, les classes moyennes et parfois les Français les plus modestes". Plus précis, Xavier Bertrand évoque par exemple le projet socialiste d'appliquer la CSG (contribution sociale généralisée) aux produits du capital. Selon lui, cette taxe pèserait sur "les 20 millions de contrats d'assurance-vie" existant en France. Un chiffre sans doute quelque peu exagéré : selon Libération, en 2008, on ne comptait que 12 millions de Français titulaires d'un contrat d'assurance-vie, pour plus de 1 000 milliards d'euros.

Réponse, une heure plus tard, de Benoît Hamon : cette mesure n'est "absolument pas dans notre projet". Vrai et faux : le projet socialiste mentionne "l'application de la CSG sur les revenus du capital actuellement exonérés", sans préciser lesquels. Or, les assurances-vie sont – en partie – exonérées de cette taxe.

LE PREMIER MINISTRE MONTE À L'ASSAUT

Mais c'est François Fillon qui s'est montré le plus méticuleux dans ses attaques. A la tribune de l'Assemblée, il a fustigé une série de points précis. Le PS propose ainsi de "relever de 4 % à 20 % le 'forfait social' appliqué à l'intéressement et la participation". Pour le premier ministre, cette taxe toucherait "un tiers des salariés" pour l'intéressement et "44 % d'entre eux" pour la participation.

François Fillon a également accusé les socialistes "d'inventer des recettes virtuelles". Le premier ministre a pris l'exemple "deux milliards d'euros prélevés sur les stock-options et sur les bonus. Deux milliards d'euros sur une assiette de 2,7 milliards d'euros, c'est un taux de 70 %. Autant dire que cette assiette vous l'aurez une fois, une année, et pas deux !"

Réponse outrée, là encore, de Benoît Hamon : François Fillon a pris "des hypothèses complètement farfelues". Le projet socialiste mentionne pourtant explicitement "la majoration des prélèvements sociaux sur les bonus et les stock-options (de 5 % à 38 %)", supposée rapporter 2 milliards d'euros par an. Quant à "l'assiette de 2,7 milliards" évoquée par François Fillon, impossible d'en trouver trace. Un rapport de la Cour des comptes estimait en 2007 à 8,5 milliards d'euros le montant des stock-options versées dans l'année.

Les invectives et les procès en incompétence ont continué sur le même ton. Le socialiste Jean-Marie Le Guen a ainsi répondu au premier ministre : "En 2003 vous étiez le ministre de la réforme qui prétendait régler le problème des retraites jusqu'en 2020." A droite, Eric Woerth, ministre du Travail, accuse les socialistes de vouloir "infliger à la France un choc fiscal sans précédent". Il estime que "60 % des mesures" proposées par l'opposition "taxent le travail".

"Dès qu'on parle de taxer les revenus du capital et taxer les banques, c'est l'ensemble du gouvernement qui se lève tel le conseil d'administration d'une banque française outrée, pour expliquer que c'est impossible, inadmissible, inacceptable", a rétorqué Benoît Hamon, pour qui "le gouvernement entend faire peser l'effort sur la totalité des salariés et des retraités". Une chose semble certaine : la joute verbale n'en est qu'à ses débuts.

L’Allemagne veut rendre possible l’exclusion d’un pays de la zone euro

Envolée, la belle solidarité affichée par les Européens. Alors que la Grèce s’enfonce dans la crise budgétaire, le soutien de ses partenaires tarde à se concrétiser, il se fait même plus diffus. Devant le Parlement allemand, la Chancelière Angela Merkel a repris à son compte une idée de son ministre des Finances : créer un Fonds monétaire européen assorti de sanctions pour les mauvais élèves. L’ultime recours serait l’exclusion pure et simple de la zone euro.

“A l’avenir, il nous faudra intégrer cela dans le Traité pour rendre possible, en dernier recours, l’exclusion d’un pays de la zone euro lorsqu’il ne remplit pas les conditions, et ce encore et encore sur le long terme. Autrement, la coopération est impossible.”

L’orthodoxie à l’allemande est loin de faire l’unanimité parmi ses partenaires. Christine Lagarde a d’ailleurs suggère à Berlin de balayer devant sa porte, en bridant un excédent commercial qui menace la compétitivité de ses voisins de l’eurozone, en l’occurrence la France.

Quant à la Commission européenne, elle lance un avertissement généralisé à 14 pays européens, dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni ou encore l’Espagne. Ils auraient une fâcheuse tendance à gonfler leurs hypothèses de croissance pour promettre un assainissement budgétaire, sans trop insister sur les mesures concrètes. D’après les chiffres de Bruxelles, un déficit de 7,5% du PIB est revu cette année dans l’ensemble de l’Union européenne.

Crise de la dette : tour du monde des prochaines cibles

La crise née en Grèce, qui frappe la zone euro depuis déjà trois mois, prend une nouvelle dimension. Ni le "mégaplan" de soutien public de 750 milliards d'euros décidé dans l'urgence, ni les mesures d'austérité promises par les Etats, ne parviennent à rassurer les marchés. La monnaie unique s'enfonce chaque jour un peu plus. Elle a baissé, mercredi 19 mai, à moins de 1,22 dollar, du jamais vu depuis avril 2006.
Jusqu'où ira sa chute ? Cette crise s'arrêtera-t-elle aux frontières de l'Europe ? Pour les économistes, le danger est que cette crise de l'euro se mue en une crise mondiale des dettes publiques. L'Américain Nouriel Roubini, l'un des rares à avoir vu venir le choc des subprimes, a prévenu, mardi, à Londres: "Ce qui se passe en Grèce n'est que la pointe d'un iceberg de problèmes de dettes et de déficits publics, dans beaucoup de pays développés, pas seulement en zone euro mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Japon."

Toutefois, face aux doutes et à d'éventuelles attaques des marchés, prompts à désigner des cibles, tous les pays n'affichent pas la même vulnérabilité.

* LES PAYS À RISQUE ÉLEVÉ

Les marchés ne pardonnent pas aux Etats qui cumulent un fort niveau d'endettement, ou de gros déficits, avec des problèmes de compétitivité. Des perspectives de croissance faibles, voire nulles, signifient moins de recettes fiscales, donc une moindre capacité à rembourser la dette.

Avec un énorme déficit public – 11 % du produit intérieur brut (PIB) – et un commerce extérieur déficitaire, l'Espagne, passée de la surchauffe à la récession, se trouve dans leur ligne de mire. La demande intérieure est pénalisée par l'endettement des ménages et des entreprises. L'activité est plombée par l'éclatement de la bulle immobilière. Son tissu industriel est faible. Aux yeux des investisseurs, le pays, privé de croissance, est un maillon faible.

Le Portugal souffre aussi d'une faible compétitivité. Le secteur public y est gonflé et la population vieillit. Les comptes sociaux ne peuvent que se dégrader. Pour les marchés, ce pays ressemble à s'y méprendre à la Grèce, en moins grave.

En Italie, le poids de la dette et la longue tradition de mauvaise gestion sont mal perçus. L'un des points faibles du pays est d'être entré dans la zone euro avec une monnaie surévaluée. A plus long terme, se posera le problème de la compétitivité d'une économie spécialisée sur des secteurs mâtures et la démographie est faible.

Même s'il bénéficie d'une structure de dette favorable – avec des échéances de remboursement longues – et de marges de manœuvre fiscales, même s'il peut jouer sur la dévaluation de la livre et sur des taux d'intérêt bas pour soutenir son économie, le Royaume-Uni se range dans les pays à risques, avec un déficit de 11,4 % du PIB. Le pays a fait preuve, par le passé, d'une meilleure faculté d'adaptation aux chocs que l'Europe continentale, mais les marchés vont tester sa capacité à se serrer la ceinture et tenir ses déficits. Toute la difficulté du gouvernement de David Cameron sera de mettre en place des politiques restrictives sans plonger le pays dans la récession.

* LES PAYS À RISQUE MOYEN

Paradoxalement, certains pays semblent relativement à l'abri d'une attaque des marchés malgré un endettement colossal. Du moins à court terme. Le Japon est un cas d'école. Sa dette publique est vertigineuse (227,1 % du PIB en 2010) mais détenue "à 93 % par des investisseurs domestiques", indique Emmanuel Hermand, de la banque Nomura. L'Archipel puise dans l'immense épargne des ménages nippons. Ce fardeau risque pourtant de devenir lourd à porter pour une population qui vieillit et décline. A long terme, la solvabilité du pays est "en danger", avertit l'agence de notation Fitch.

En Irlande, l'endettement est loin d'atteindre ces sommets. Mais les chiffres se sont emballés sur fond de récession et d'explosion du chômage, après l'éclatement de la bulle immobilière: la dette publique devrait frôler les 80 % du PIB en 2010 contre 25 % trois ans plus tôt. Dublin a entrepris une politique d'austérité radicale, dans un climat de consensus social qui rassure les marchés.

La France, elle, va devoir prouver aux investisseurs qu'elle tiendra ses promesses de rigueur. Cela fait plus de trente ans que Paris n'a pas présenté un budget de l'Etat à l'équilibre. Pour l'instant, les agences de notation lui conservent sa note "AAA", même si le pays est jugé plus laxiste que l'Allemagne. Son taux d'épargne est élevé, la consommation des ménages robuste. Les prévisions de croissance pour 2010 sont meilleures que pour la moyenne de la zone euro.

* LES PAYS PEU OU PAS RISQUÉS

Pour des raisons différentes, certains Etats, bien que très endettés, paraissent peu exposés. Il en est ainsi des Etats-Unis, première économie mondiale, dont la dette atteint… 12 974 milliards de dollars. Mais le pays profite du statut du dollar, monnaie d'échange et de réserve mondiale. Il peut aussi s'appuyer sur la Réserve fédérale américaine (Fed), habilitée à racheter de la dette publique, pour éviter que les taux d'intérêt de ses emprunts ne s'envolent. "S'attaquer au dollar c'est avoir la Fed, la Chine et le monde arabe [gros détenteurs de dollars] contre soi", indique Sylvain Broyer, chez Natixis. En outre, les Etats-Unis, modèle d'économie flexible, bénéficient d'une croissance redevenue tonique.

L'Allemagne a donné des gages au marché, en menant une politique de rigueur après la réunification. Aujourd'hui, les règles très strictes qui obligent l'Etat à présenter un budget à l'équilibre satisfont les investisseurs. Même si l'économie dépend fortement de ses exportations – dont 43 % vers la zone euro – sa dette reste une valeur refuge.

Quant aux "BRIC" (Brésil, Russie, Inde et Chine), ils semblent préservés, globalement peu endettés et dopés par une croissance dynamique : "Au Nord la dette, au Sud la croissance", résume Thomas Mayer de la Deutsche Bank.
Claire Gatinois, Anne Michel et Marie de Vergès

Nouveau vent de panique sur les Bourses européennes et l'euro

La décision allemande de s'attaquer à la spéculation financière, les difficultés des Européens à se mettre d'accord sur la mise en œuvre du plan de stabilisation financière de la zone euro et des déclarations de la chancelière Angela Merkel pèsent, mercredi matin, sur les marchés d'actions européens et la parité de l'euro face au dollar.
L'euro est en danger, a déclaré dans la matinée la chancelière allemande lors d'un discours au Bundestag. "Chacun d'entre nous ici peut ressentir que la crise actuelle de l'euro est le plus gros défi auquel l'Europe a à faire face depuis des décennies, depuis la signature du traité de Rome", a-t-elle dit, ajoutant : "Ce défi est existentiel. Et nous devons le relever." "Je réduirai la chose à l'essentiel, a-t-elle précisé : l'euro est le fondement de la croissance et de la prospérité, en même temps que le marché commun, également pour l'Allemagne. L'euro est en danger. (...) Si nous ne traitons pas ce danger, alors les conséquences pour nous en Europe seront incalculables." Angela Merkel a aussi déclaré que les Etats de l'Union européenne devaient "accélérer" les mesures d'assainissement budgétaire. Elle a insisté sur la nécessité de réformer le pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne, et sur une coordination plus étroite des politiques économiques au sein de la zone euro.

Vers 8 heures à Paris, l'euro valait 1,2194 dollar contre 1,2206 dollar mardi soir vers 23 heures. La monnaie européenne est tombée jusqu'à 1,2144 en début de journée, soit son plus bas niveau depuis le 17 avril 2006, victime de l'annonce par le régulateur allemand des marchés financiers, mardi, qu'il s'apprête à interdire certaines ventes à découvert – technique de spéculation à la baisse –, notamment sur des emprunts d'Etat de la zone euro et des titres de plusieurs établissements financiers. Certaines ventes à découvert sont dites sans contrepartie en actions ("naked"), et c'est précisément celles que vise l'interdiction imminente en Allemagne. La Bourse de Paris est repartie en forte baisse en début de séance après la décision des autorités allemandes sur les ventes à découvert. Vers 9 h 10, l'indice CAC 40, qui avait rebondi de plus de 2 % mardi, perdait 2,17 %. Londres a ouvert en baisse, perdant 1,58 % et Francfort 1,44 %.

Le chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), Jürgen Stark, estime, à la télévision publique allemande, que le plan de soutien à la zone euro fait "gagner du temps" mais ne réglera pas à lui seul les problèmes des pays en difficultés financières."Mais les problèmes fondamentaux de certains pays de la zone euro n'en seront pas réglés" pour autant, a-t-il dit, appelant les Etats concernés à remettre leurs finances publiques dans le droit chemin. Il rejette les craintes émises par l'économiste en chef de la Deutsche Bank, Thomas Mayer, selon lesquelles la BCE était menacée de se transformer en "mauvaise banque" en poursuivant ses achats d'obligations. Ce genre de propos "n'aide pas dans la discussion actuelle", déplore M. Stark, tout en assurant que la mission de la BCE n'avait pas changé : "Nous allons garantir la stabilité des prix pour les citoyens" européens.

Déficits : pas de "règle d'or" à l'allemande en France ?

Le groupe de travail piloté par Michel Camdessus, l'ancien-patron du Fonds monétaire international, et chargé en début d'année par Nicolas Sarkozy d'examiner la possibilité de mettre en œuvre une règle d'équilibre des comptes publics, ne devrait pas recommander la mise en place d'une "règle d'or" inspirée du modèle allemand. Le groupe, qui se réunit une dernière fois mercredi 19 mai dans la matinée, devrait l'indiquer à l'occasion de la conférence sur les déficits qui aura lieu jeudi 20 mai dans la matinée à l'Elysée.
Selon l'un des participants à ces travaux, le groupe de travail ne devrait pas proposer la mise en place d'une règle imposant, à travers la Constitution, un solde budgétaire à ne pas dépasser, même avec des dérogations. Les recommandations porteraient plutôt sur un renforcement des procédures parlementaires de contrôle et des obligations de transparence du gouvernement.

La "règle d'or" allemande a consisté à inscrire dans la Constitution, en 2009, que le pays a jusqu'à 2016 pour limiter son déficit structurel à 0,35 % du PIB. Et à partir de 2020, ce sont les déficits dans les Länder qui seront proscrits. Celle loi entrera en vigueur le 1er janvier 2011.

Nicolas Sarkozy suivra-t-il les recommandations du groupe de travail ? En janvier, il s'était dit favorable à une règle contraignante.

Aujourd'hui, le gouvernement allemand fait pression sur ses partenaires de la zone euro pour qu'ils inscrivent un plafond pour leurs déficits dans leur Constitution.
Philippe Le Cœur

LA DISCIPLINE N'EST PAS UNE VERTUE FRANÇAISE, LES ALLEMANDS DOIVENT LE SAVOIR POURTANT !

Retraites : le projet socialiste est «une bombe fiscale» selon Woerth

Le ministre du Travail Eric Woerth a jugé mercredi, sur France Info, que la proposition du Parti socialiste pour financer les retraites revenait à créer une «bombe fiscale».

«C'est 20, 30, 40 milliards d'euros de fiscalité et de cotisations en plus (...)», a-t-il estimé.
Au lendemain de la présentation, par Martine Aubry, des contre-propositions socialistes sur l'épineux dossier des retraites, le ministre a qualifié «la dame des 35 heures» de «dame des impôts». Selon lui, les sources de financement imaginées par le PS «sont des recettes virtuelles, car ce n'est tout simplement pas possible d'imposer à la société française un tel choc fiscal». Car, a-t-il ajouté, ce sont «l'emploi et le pouvoir d'achat» qui sont touchés.

«En plus, l'ensemble des données présentées pour dire que l'on fera 20 à 30 milliards d'euros de recettes sont souvent fausses (...). Le PS doit retravailler pour donner de vrais chiffres, pas fantaisistes», a-t-il dit. Par exemple, augmenter les cotisations sociales pose problème, selon lui, car «elles sont déjà très élevées et chaque point, c'est 50 000 chômeurs de plus».

Quant à puiser dans l'impôt sur les sociétés des banques, «ce n'est pas une recette stable» et «ce sont les Français qui paieront puisque les banques leur refactureront». «Le PS se trompe d'analyse et donc de réponse», a-t-il conclu.

Berlin veut que la BCE s'intéresse à l'examen des budgets nationaux

L'Allemagne veut proposer aux pays européens de confier à la Banque centrale européenne ou à des instituts indépendants l'examen préalable de leurs budgets nationaux, selon un document de travail cité mercredi par le Handelsblatt. Selon le quotidien économique allemand, la chancelière Angela Merkel et ses ministres de l'économie (Rainer Brüderle) et des finances (Wolfgang Schäuble) sont également décidés à suspendre le versement de fonds structurels aux pays qui ne respectent pas leurs objectifs de réduction des déficits, voire à retirer pour "au moins un an" leurs droits de vote en cas d'infraction grave aux règles de l'Union monétaire.
"Les programmes de stabilité des pays de la zone euro pourraient être soumis à un examen indépendant et plus sévère", qui pourrait être mené "par la Banque centrale européenne ou un cercle d'instituts de recherche indépendants", cite le journal. "En toute hypothèse, la responsabilité des Parlements nationaux pour leur budget doit toutefois être respectée", ajoute-t-il.

La Commission européenne a proposé, mercredi 12 mai, de soumettre à partir de 2011 les projets de budget des pays de la zone euro à un examen européen, avant qu'ils passent devant les Parlements nationaux. Cette initiative est à l'étude par les ministres des finances de la zone euro, en dépit de nombreuses critiques en Europe. De son côté, Wolfgang Schäuble, a évoqué lundi soir à Bruxelles l'idée de faire inscrire dans la Constitution des pays de la zone euro un plafond pour les déficits, comme l'a déjà fait l'Allemagne. Les ministres des finances de la zone euro, préoccupés par la chute de l'euro et la crise de confiance qui continue de l'ébranler, doivent se retrouver vendredi pour boucler "les détails techniques" de leur plan de soutien à la monnaie unique.

Retraites: Le contre-projet du PS

Martine Aubry a dévoilé mardi soir les propositions de son parti pour la réforme des retraites. La patronne du PS envisage notamment de taxer les revenus du capital. Mais rejette toujours l'idée d'un allongement de la durée de cotisations. Et pour elle, pas question de toucher aux 60 ans.


Pas touche à l'âge légal de départ à la retraite! Si on a cru un temps que Martine Aubry pouvait bouger quelque peu sur ce sujet, la patronne des socialistes a mis fin au doute. Mardi, à la sortie du conseil national du Parti socialiste, elle a pris la parole pour dévoiler les propositions socialistes sur la réforme des retraites.

"Bâclé" et "extrêmement vague", voilà comment Martine Aubry juge le document d'orientation du gouvernement diffusé dimanche soir. Le PS, jusque-là uniquement positionné sur le terrain de la contestation, a répondu à ses détracteurs ce mardi en proposant un projet "durable, juste et efficace". Un projet visant à pérenniser l'actuel système, donc sans toucher à la sacro-sainte durée de cotisation, ni même à l'âge légal de départ en retraite. "Nous recherchons pour 2025, puisque nous allons commencer par le financement, 45 milliards d'euros (...) auquel nous ajoutons 5 milliards d'euros que nous voulons mettre pour financer les retraites des emplois pénibles, donc 50 milliards d'euros", a dit la maire de Lille en introduction de sa conférence de presse au siège du parti.

Les Français pour le relèvement de l'âge légal de la retraite

Pour permettre au système de perdurer, les socialistes proposent de mettre à contribution les revenus du capital. Ils envisagent ainsi de porter de 5 à 38% les prélèvements sociaux sur les bonus et les stock-options, de relever le "forfait social" appliqué à l'intéressement et la participation (de 4 à 20%), d'appliquer la Contribution sociale généralisée (CSG) aux revenus du capital qui en sont exonérés et d'augmenter de 0,5% la TVA pour compenser la suppression de la taxe professionnelle.

Les intenses négociations qui se sont déroulées en interne au PS ont porté leurs fruits. Et l'arbre est plein de promesses. Martine Aubry a ainsi proposé une "augmentation modérée et étalée dans le temps" des cotisations patronales et salariales mais uniquement à partir de 2012, pour ne pas prélever "sur le pouvoir d'achat": "augmentation de 0,1% de cotisations salariales et employeur chaque année pour atteindre 1% au bout de dix ans", ce qui rapporterait 12 milliards d'euros au système des retraites. "Au bout des dix ans, cela coûte entre 20 et 25 euros par mois pour le salaire moyen", a-t-elle calculé.

Et dans l'hypothèse ou ce financement alternatif ne suffirait pas, le PS admet du bout des lèvres l'hypothèse d'un "nouvel allongement de durée de cotisation" mais "celui-ci ne devrait pas excéder la moitié des gains d'espérance de vie". Mais il n'est tout cas pas question de toucher à l'âge légal de départ à la retraite car "c'est une "protection pour les Français". Selon un sondage publié dans La Tribune, les Français jugaient néanmoins nécessaire, il y a un peu moins d'un mois, le relèvement de l'âge légal de la retraite et la moitié est prête à travailler jusqu'à 62 ans.

Avec le calcul de M. Aubry (plus électoraliste qu'efficace), les retraites de ceux qui seront à la retraite dans dix ans ne seront pas assurées.)

BEAUCOUP D'AUBRY POUR RIEN !

"Paris-Téhéran, aller-retour"


Voilà bien une histoire qui pourrait, si l'on y songe, donner lieu à un film insolite. Un de ceux qui suscitent le débat chez les festivaliers en mai sur la Croisette. On y verrait d'abord une jeune fille, belle, irradiante, de retour de dix mois de captivité du côté d'Ispahan. On l'admirerait tout sourire sur le perron de l'Élysée. On l'entendrait remercier ceux qui l'ont sauvée. Elle pourrait avoir le visage de... Tiens, disons Juliette Binoche. Dans une autre scène, tournée quelques jours plus tard, on assisterait, à l'inverse, à un départ. Un ex-assassin, qui vient de purger dix-neuf ans de prison à Poissy, regagne son pays dans un avion de la compagnie Iran Air. Le long-métrage s'intitulerait par exemple "Paris-Téhéran, aller-retour". On imagine volontiers au générique un de ces petits avertissements qui font en général sourire les spectateurs, tant ils savent à quel point une telle mention est la plupart du temps à prendre au deuxième degré : "Toute similitude avec des personnages existants ou ayant existé ne peut relever que de la pure coïncidence". Restent les détails de l'intrigue. Moins simpliste qu'elle n'en a l'air. À ceux qui se persuaderaient d'emblée qu'il existe
un lien entre l'arrivée de la première et l'expulsion du second, la suite du scénario s'efforcerait de prouver le contraire. Prière de se méfier des apparences.

Ce vaste champ-contrechamp entre la France et l'Iran n'aurait pour seul but que d'illustrer la force du hasard dans le chassé-croisé des citoyens de notre planète. Bien ficelé, ça pourrait mériter une palme d'or. Mais, avouons-le, heureusement que tout cela relève de la fiction. Imaginons un instant que cette affaire se soit déroulée dans la vie réelle. Personne n'y croirait, évidemment. Mais bon, puisqu'on vous dit que ce n'est que du cinéma.


Didier Pobel

Et alors ?

L'euro va mal et alors ? La baisse de notre monnaie ne peut qu'être un stimulant pour nos exportations et la compétitivité de notre industrie, donc pour la production et la relance. Et puis il faut arrêter de plaindre et d'aider les spéculateurs qui gagnent de l'argent avec de l'argent et font fermer les entreprises. Les dirigeants européens gagneraient à se convaincre que pas plus que celle de la France, la politique de l'Europe ne doit se faire à la corbeille. La différence avec notre actualité, c'est qu'en énonçant cette vérité toujours première, le général de Gaulle se préparait à une politique monétaire rigoureuse et au refus de la domination du dollar, avec la dignité politique dont il avait fait sa marque.

Au lieu de cela nous venons, à coups de décisions partielles et temporaires, de sauver, à nouveau, les banques françaises et allemandes qui ont dans leurs comptes près de 50 % de la dette grecque, pour éviter un nouvel épisode des actifs pourris et le retour d'une autre version des subprimes. Et tant pis pour ceux qui croyaient que les considérations budgétaires avaient cédé le pas à la magnanimité et à la solidarité envers la Grèce en grandes difficultés.

La France et l'Union doivent reconquérir leur autorité économique et ne plus garantir les pertes des organismes financiers avec les impôts des citoyens. Elles empêchent ainsi les marchés de s'assainir et nient leur credo libéral qui fait si volontiers l'éloge du risque. C'est dans ce contexte de manque de fermeté politique, qu'a germé l'hypothèse controversée du contrôle des budgets nationaux par Bruxelles dont les ministres des finances débattaient hier encore. Tant que n'existe pas un Conseil des États européens, cette idée n'équivaut qu'à donner plus de pouvoir à la bureaucratique commission. Or ce n'est pas de bureaucratie dont la zone euro a besoin mais d'une politique forte pour ne plus vivre au rythme des émotions des marchés.

L'harmonisation financière, pour servir la croissance, doit s'appuyer sur l'harmonie des politiques de développement. Quand elle sera fondée sur l'aspiration au progrès de tous ceux qui la composent, l'Europe aura du sens. Sinon elle restera une banale zone de libre-échange.

DANIEL RUIZ

Crise d'une monnaie sans État


Les chocs qui secouent l'euro depuis plusieurs semaines conduisent à s'interroger sur l'avenir de la monnaie européenne. L'euro est, à la fois, une chance et un risque. Une chance car il marque une étape très importante de l'histoire européenne. Un risque car il constitue une innovation sans précédent historique : une monnaie sans État.

Ses soucis récents ne doivent pas dissimuler tout ce que l'euro a apporté à la construction européenne. Une défense efficace du pouvoir d'achat, grâce à une hausse des prix maintenue au-dessous de 2 % l'an depuis une douzaine d'années, même si des dérapages ponctuels sur des produits symboliques (ici la tasse de café, ailleurs la baguette de pain...) ont donné l'impression (non fondée) que la nouvelle monnaie avait entraîné tous les prix à la hausse.

De même, l'existence de l'euro a freiné la hausse des taux d'intérêts dans les pays qui avaient l'habitude de financer leur développement en laissant filer leur monnaie. La crise financière elle-même, partie des États-Unis, a pu être contenue (en partie) par l'action rapide de la Banque centrale européenne. Dès l'été 2007, elle a empêché l'assèchement des liquidités dans le système bancaire et, par là, évité des erreurs commises lors de la crise des années trente.

Sur le plan politique, l'existence de l'euro a manifesté auprès des peuples ¯ qui ont ce symbole dans leur poche tous les jours ¯ la poursuite de l'oeuvre de construction européenne. Et ceci, malgré l'élargissement rapide du nombre des pays membres, consécutif à la chute du communisme en Europe centrale et orientale. Les fragilités nées de cet élargissement apparaissent, aujourd'hui, comme le prix de la liberté gagnée par ces pays. Dira-t-on que c'est trop cher payé ?

L'avenir de l'Europe

La crise actuelle de l'euro résulte, pour une part, de cet élargissement trop rapide. Le cas de la Grèce est, si l'on peut dire, exemplaire. Ce pays n'aurait pas dû être admis si vite dans la zone euro. Il n'était pas mûr. On lui a rendu un mauvais service en précipitant les choses. Faute de pouvoir dévaluer sa monnaie nationale pour éponger ses dettes (ce qui l'aurait appauvrie, mais c'est un remède classique quand on se laisse aller trop longtemps), la Grèce va payer encore plus cher le rétablissement de ses équilibres.

Tout cela nous montre que la création de l'euro comportait une logique que les gouvernements n'ont pas voulu prendre en considération. Celle de la construction progressive d'un État original, que Jacques Delors appelle une fédération d'États-nations, différente des fédérations existantes aux États-Unis, en Suisse ou en Allemagne. Cet État fédéral original reste à construire. Dans l'esprit d'un Mitterrand et d'un Kohl, la monnaie unique devait être une étape décisive vers sa création.

La crise actuelle va-t-elle en convaincre les gouvernements concernés, et d'abord la France et l'Allemagne ? C'est très exactement l'enjeu des prochains mois. Cela passe par une coordination plus efficace des budgets nationaux. Et aussi par une action concertée des États membres dans la finance internationale. Avons-nous les hommes d'État conscients de cet enjeu majeur et capables d'éclairer les peuples sur ces chemins inédits ? De la réponse à cette question dépend, non pas l'avenir de l'euro, mais l'avenir de l'Europe.

Libération à trois bandes

Bien sûr il y a eu tractations évidemment le gouvernement a eu raison de ne pas abandonner Clotilde Reiss à sa captivité. Même si la libération des deux Iraniens par la justice française apparaît comme une lourde concession, malgré les dénégations puériles de Bernard Kouchner, il n'y a rien de scandaleux à ce que la France ait payé pour rapatrier sa ressortissante. Ce qui est étonnant c'est le débat que suscite toute cette mise en scène et le questionnement sur les conditions de règlement de l'affaire. Bien au-delà de la libération de Clotilde Reiss et du renvoi de l'assassin de Chapour Bakhtiar dans son pays, l'heureux dénouement signe surtout une victoire politique de l'Iran qui fait passer au second plan la "mousse" de cet épilogue aux allures de billard à trois bandes.

Clotilde Reiss n'a pas été graciée mais libérée contre une amende dont s'est acquittée la France. Notre diplomatie reconnaît implicitement, en faisant ce chèque, que la jeune fille n'est peut-être pas seulement la timide lectrice de l'université d'Ispahan passionnée par l'Iran. « Collaboratrice discrète » de notre ambassade ou pas, les médiations du président brésilien Lula, du Turc Erdogan, de la Syrie et du Sénégal, ont sans aucun doute aidé à la solution du cas Reiss devenu embarrassant pour Téhéran. Mais elles visaient d'abord et avant tout à tenter l'accord de la dernière chance sur la question du nucléaire iranien.

En acceptant d'enrichir une partie de son uranium en Turquie, Ahmadinejad cherche sans doute écarter, au moins provisoirement, les menaces occidentales. Mais il fait aussi la démonstration que l'Iran n'est pas un pays isolé qu'il dispose de puissants relais internationaux et que l'on peut utilement négocier avec lui.

Grâce à ses soutiens, en particulier ceux du Brésil et de la Turquie, membres du Conseil de sécurité, le régime des mollahs a réussi à imposer à l'agence internationale de l'énergie atomique de prendre en compte dans ses considérations le nucléaire israélien. Ahmadinejad espère ainsi passer entre les gouttes des sanctions, et déplace la pression sur Israël. Pendant ce temps la répression et les exécutions des opposants continuent en Iran.

DANIEL RUIZ