TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Turin.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Turin.. Afficher tous les articles

mardi 2 avril 2013

Faut-il tuer le département ?


Le récent rapport de l'OCDE sur la France met les pieds dans le plat : l'Organisation internationale de coopération et de développement économique ne suggère rien de moins que de fusionner les plus petites communes et, scandale, de supprimer les départements ! Comme en Italie où Mario Monti vient de supprimer la moitié des provinces.
Ce n'est pas la première fois que le département, créé par la Révolution pour introduire de la rationalité dans la jungle administrative de l'Ancien Régime, est sur le banc des accusés. En 1947 déjà, Michel Debré, écrivant sous un pseudonyme, estimait que les départements étaient trop nombreux et trop petits. En jacobin convaincu, hostile aux Régions, il proposait de les réduire de moitié en les fusionnant deux par deux.
Dans les années 1970-1980, le plaidoyer en faveur de la Région s'accentua, mais toucher au département était considéré sacrilège et antirépublicain. En 1964, le département fut renforcé en même temps que l'on créait des ersatz de régions économico-administratives. Depuis, on n'a cessé de refuser de choisir entre les deux niveaux. Pire, les lois de décentralisation de 1981 ont consacré deux principes lourds de conséquences négatives : pas de hiérarchie d'une collectivité sur une autre ; possibilité, en dépit de quelques réserves, d'intervenir quasiment en tous domaines.
Résultat : tout est dans tout et réciproquement ! Même si le département est spécialisé dans les affaires sociales, les investissements de proximité, les collèges et les routes, cela ne l'empêche pas, en fonction des lieux et des hommes, d'intervenir en matière universitaire, économique ou culturelle, des domaines plutôt de la compétence régionale. Un investissement peut être financé par quatre ou cinq collectivités, de l'Europe à la commune. Le système est coûteux, lourd, compliqué et illisible. On comprend que l'OCDE ait envie de trancher dans le vif.
Mais les choses sont com-plexes : d'abord, cumul des mandats aidant, l'opposition à une telle réforme serait si radicale qu'aucun gouvernement ne s'en sent la force. Ensuite, le département s'est ancré dans la vie politique, mais aussi économique et sociale. Partis, associations, syndicats sont principalement organisés au niveau départemental et, accessoirement au niveau régional.
Faut-il pour autant ne rien faire ? Sûrement pas. La voie moyenne consiste à faire du « sur-mesure ». Donner des incitations pour que le département puisse survivre là où il est nécessaire (par exemple, dans les zones peu peuplées). Pour qu'il disparaisse sous sa forme présente en créant des fusions de départements (comme l'envisagent le Haut-Rhin et le Bas-Rhin et comme on devrait le faire en Corse !). Pour qu'il s'efface au profit d'une autre collectivité, dans les zones urbaines. C'est déjà le cas à Paris. Cela pourrait le devenir bientôt à Lyon.
Bref, il y a de belles perspectives de simplification et d'économies. La condition : renoncer à l'idée d'un même modèle, convenant aussi bien à la Lozère qu'à Lille ou Marseille. Le département est encore la référence dans les zones rurales peu peuplées. En revanche, il n'a plus aucun sens dans les zones urbaines. Éliminer une structure vieille de 200 ans est sans doute irréaliste. L'adapter est indispensable. La France ne peut plus se permettre le luxe de l'obésité administrative et de gestions dispendieuses....

jeudi 27 décembre 2012

Vive le monde à venir !

Vive le monde à venir !


Où que l'on se tourne, tout semble nous porter à broyer du noir. Les Français en particulier, les Européens en général, sont désenchantés de la politique, inquiets de l'évolution économique, préoccupés par le chômage, déboussolés par la globalisation et la perte des repères. De surcroît, leur pessimisme et leur morosité contribuent à engendrer ce que les Anglo-Saxons qualifient de self-fulfilling prophecies, des prophéties qui s'auto-réalisent simplement parce que tout le monde y croit et court dans la direction annoncée.

Si, par exemple, l'opinion est convaincue que la Bourse va baisser et que les détenteurs d'actions vendent, la baisse se réalisera par la force des choses même si, objectivement, il n'y a pas de raison économique fondamentale pour justifier cette panique.
Pour que le nouveau monde naisse, il faut que le vieux monde meure. C'était déjà l'analyse de Saint Augustin face à la décadence de Rome, il y a plus de 1 500 ans. Le philosophe marxiste Antonio Gramsci reprendra la même observation, mais il connaissait ses classiques pour avoir étudié chez les bons pères !
Comme nous sommes dans une sorte de révolution au sens plein du terme, nous perdons nos repères, nos certitudes, nous ne percevons pas la signification de ce maelström et tentons de le refuser en nous y opposant. Comme l'avait constaté déjà Machiavel, dans la Florence des Médicis, il est difficile de faire des réformes car ceux qui vont y perdre sont conscients de leurs pertes tandis que les gagnants potentiels identifient mal leurs gains futurs. Ils ne se mobilisent pas pour soutenir le changement alors que les perdants freinent des quatre fers.
C'est, par exemple, ce qui amène les gouvernements à sauver des entreprises (existantes) en perte de vitesse plutôt que de soutenir des entreprises nouvelles dont on mesure mal le succès potentiel.
La psychologie collective joue donc un rôle fondamental, mais celle-ci s'alimente des peurs ou de croyances fausses, en particulier si les leaders d'opinion et notamment les hommes politiques ne sont pas en mesure « d'interpréter » le monde de manière convaincante et de proposer une vision mobilisatrice.
Par exemple, la globalisation, loin d'être vue comme une chance ou une opportunité, ou comme un défi à relever, est perçue comme une menace et pousse au repli frileux. Ou bien encore, intérêts acquis et conservatisme poussent à refuser de prendre le taureau par les cornes, même en cas de faillite retentissante (par exemple, le dramatique échec scolaire ou celui des premiers cycles universitaires).
Les « vieux » pays sont ceux qui comme le Japon, l'Italie, mais aussi la France, n'arrivent pas a affronter le monde nouveau qui naît. Il faut un nouveau pacte pour la jeunesse, celle qui fera le monde nouveau, être exigeant mais promettre et faire en sorte que, demain, le monde du travail lui sera ouvert. Faire comprendre, par une mobilisation collective, que la compétition signifie compétitivité, mais que cette dernière va bien au-delà des coûts de production et en particulier du travail.
La compétitivité, c'est aussi et surtout le professionnalisme, l'innovation, le travail bien fait à tous les niveaux et dans tous les secteurs, y compris les services. Un voyage à Londres en dit plus que de longs discours en ce domaine, tant nous avons à apprendre de nos « ennemis » préférés.

vendredi 20 juillet 2012

Pas de vacances pour la crise


Le président du Conseil italien, Mario Monti, a annoncé qu'il n'y aura pas de vacances pour son gouvernement. Au-delà du signal médiatique, Il Professore, comme on l'appelle dans la péninsule, sait que la trêve estivale est souvent la période de tous les dangers sur le plan monétaire. Elle est souvent exploitée pour des actions de guérilla monétaire tant par les gouvernements (dévaluations) que par les marchés qui profitent de la faiblesse des échanges pour mener à moindre coût des actions spéculatives.

C'est aussi la période privilégiée pour sortir les cadavres du placard (plans sociaux, restructurations...). Bref, l'époque est bien finie des étés paisibles à l'abri des tempêtes en tous genres.
L'été 2012 ne se présente pas sous les meilleurs auspices. La croissance mondiale est au ralenti, y compris au sein des pays émergents (Chine, Brésil...). Les perspectives aux États-Unis sont molles alors que va se dérouler, jusqu'en novembre, la campagne présidentielle. La Grande-Bretagne se porte mal en dépit des injections massives de liquidités de la Banque d'Angleterre. Les membres de l'Union européenne, à l'exception de quelques pays comme la Pologne, la Suède ou l'Allemagne, n'ont que de médiocres perspectives en vue (0,3 % de croissance au sein de l'Union) et la zone euro ne parvient toujours pas à rassurer.
Fin juin, le dernier sommet du Conseil européen a été, à première vue, un succès : l'Allemagne y aurait fait quelques concessions qui donneraient un peu de répit aux pays les plus exposés, Espagne et Italie. Les Bourses ont salué les résultats avec un bond substantiel. Perdu puis regagné depuis... La baisse sans précédent du taux de la BCE (Banque centrale européenne), de concert avec d'autres banques centrales dont celle de Chine, s'est soldée par un « flop » : alors que la baisse du taux de référence (à 0,75 %) aurait dû satisfaire les investisseurs, les Bourses mondiales se sont repliées dans un bel ensemble !
Le cercle vicieuxde la récession
Ces paradoxes ont une explication : la panne de confiance. Gouvernements et banques centrales ont beau multiplier les mesures techniques en prétendant à chaque fois que l'euro est solide, la Grèce sortie de l'ornière, l'Espagne mise au sec et l'Italie à l'abri, personne n'y croit vraiment. Comme l'a écrit l'éditorialiste du Financial Times, le sentiment dominant est que le naufrage est toujours possible. Les pays européens et les États-Unis sont criblés de dettes. Les coupes sombres ou les augmentations d'impôts tuent les espérances de croissance, sapent le moral des citoyens. Et le cercle vicieux de la récession semble désormais bien enclenché. La globalisation, en créant une profonde interdépendance entre pays, rend la situation encore plus inextricable et il n'y a pas de Roosevelt à l'horizon...
Cette situation d'extrême précarité et fragilité nous met sous la menace de décisions erronées ou tardives qui rendent, à chaque fois, les mesures à prendre plus douloureuses ou moins efficaces. C'est pourquoi l'été 2012 pourrait être, à nouveau, celui de tous les dangers. Pour la zone euro dans son ensemble. Pour la France en particulier. Il suffirait de peu de chose, par exemple un plan de rigueur qui ne convainc pas les marchés, pour enclencher une tempête de suroît dont les gens de l'Ouest savent qu'elles sont les plus terribles.