TOUT EST DIT

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samedi 30 octobre 2010

Pour Mme Dati, la grosse artillerie

Sa langue a fourché, on en fait des gorges chaudes. Sur le désormais fameux lapsus de Rachida Dati, le catalogue des blagues semblait épuisé. Les plus courtes sont les meilleures, ce plaisantin de la Drôme devrait le savoir. Il a pourtant choisi de contacter l’ex-garde des Sceaux par e-mail. Pour lui demander quoi? “ Une petite inflation”.

Chez l’économiste amateur, ici, il y a sans doute un cochon qui sommeille. Et un sacré lourdaud. Reste que la justice aussi utilise la grosse artillerie. L’interpellation du suspect au petit matin, la perquisition de son appartement, la saisie de son ordinateur, passe encore. Mais pourquoi lui infliger 48 heures de garde à vue, alors qu’il reconnaît les faits? On ignorait que le délit “d’outrage” méritât tant de rigueur et d’investigations.

En France, les nécessités de l’enquête ont bon dos. C’est le genre d’abus que la cour européenne sanctionne régulièrement. Et que le gouvernement a d’ailleurs promis de faire cesser.

Du coup, le procureur de Valence se trouve suspecté à son tour par l’opinion. De zèle intempestif. Il s’en défend, bien sûr, et ne voit “rien de disproportionné” dans la procédure. N’empêche, à Nanterre, son collègue Philippe Courroye s’est montré nettement plus mesuré avec les protagonistes de l’affaire Bettencourt. Quel doigté, là-haut, que de prévenances !

A croire que la gauloiserie menace davantage la société que les entourloupes politico-financières.

vendredi 29 octobre 2010

Après le “bras de fer”, la patte de velours 


À force de l’annoncer, la nouvelle a fini par être vraie : le mouvement s’essouffle. Mais pas l’angoisse du pays, qui porte les ferments d’autres révoltes. Si le rêve d’un “grand soir” s’éloigne, la peur des lendemains s’installe.
Le “déclin de la France” a cessé d’être une vague appréhension. Le spectre d’une précarité croissante, sur fond de chômage et de mondialisation, hante les familles. Aurait-on vu, sinon, des jeunes défiler pour la retraite des vieux ?
Le pouvoir l’a bien compris. Au prix d’un bel effort, le chef de l’Etat appelle ses troupes à éviter tout triomphalisme. Le “bras de fer” remporté contre les syndicats ne suscitera aucune fanfaronnade. Le vote définitif de la réforme ne sera pas brandi comme un trophée élyséen. Pas question d’aller fêter ça au Fouquet’s, même en passant par la porte de derrière !
Disciplinés, les ministres répètent à l’envi que le conflit n’a fait “ni gagnant, ni perdant”. Une véritable rengaine. Chacun récite, au mot près, la consigne venue d’en haut.
Il s’agit désormais de montrer patte de velours. D’abord, une manifestation reste programmée pour le 6 novembre. Mieux vaut ne pas trop souffler sur les braises.
Ensuite, l’échéance de 2012 approche. D’ici là, Nicolas Sarkozy devra se rabibocher avec les partenaires sociaux. Et surtout avec le peuple, avant que la sanction des sondages ne se retrouve dans les urnes.

mardi 26 octobre 2010

Le diable n’y était pour rien

L’Apocalypse à La Verrière. Douze personnes sautent par la fenêtre, à quatre heures du matin, sans raison apparente. En criant, selon des témoins : “Remercions Dieu pour cette journée !”

Au bout de la chute, deux étages plus bas, un bébé a trouvé la mort. Le drame s’est joué dans un appartement des Yvelines, samedi, au sein d’une famille évangéliste.

Comment expliquer pareil délire collectif ? Francisco Constantin, un des protagonistes, tricote un angoissant scénario. Ses colocataires l’auraient pris “pour le diable”, d’où leur peur panique. Funeste méprise, alors qu’il s’apprêtait simplement “à donner le biberon au petit”. On croit voir le Malin, et tout déraille…

Voici pourquoi, au début de l’enquête, le parquet a pu avancer la “piste sataniste”.

L’opinion s’émeut, l’imagination gambade. Dites “666”. Ah, les mystères de l’au-delà ! Pour un peu, des exorcistes assermentés remplaçaient les officiers de police judiciaire.

Hier, pourtant, l’affaire a débouché sur trois banales “mises en examen”. Dont celle de Francisco. On évoque désormais une violente dispute familiale, avec échanges de coups de couteau. Lucifer ne sera pas poursuivi. “Pas de lien avec la religion”, insiste le procureur.

Les tenants de l’occulte cachent mal leur déception. Le diable, sur le coup, n’a joué aucun rôle. Ou alors, peut-être, dans sa version sartrienne : “L’enfer, c’est les autres.”

mercredi 20 octobre 2010

Les mots pour le dire

Deux figures rhétoriques minent le discours politicien : l’hyperbole et la litote. La première exagère, la seconde minore. L’une et l’autre témoignent d’une vaine tentative de brouiller la réalité.

Que reste-t-il, par exemple, des outrances langagières de Viviane Reding ? En septembre, elle voulait poursuivre la France pour “discrimination”. Rien de moins. L’expulsion des Roms par Nicolas Sarkozy lui rappelait les pires heures “de la Deuxième Guerre mondiale”. Notre pays, gagné par un pétainisme rampant, méritait d’être cloué au pilori. Voici pourtant la commissaire luxembourgeoise qui baisse brutalement le ton. Après examen, Roissy n’est pas Drancy et “reconduite à la frontière” ne vaut pas “déportation”.

Paris a fourni toutes les garanties, on classe l’affaire, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Le flot d’anathèmes jadis proférés se réduit à un petit filet d’eau tiède. François Fillon, bien que peu porté sur le calembour, joue aussi avec les mots. Il a annoncé, hier, un plan d’acheminement du carburant “pour que la situation redevienne normale dans quatre, cinq jours”. La veille encore, catégorique, le Premier ministre réfutait le vocable de “pénurie”. Et alors ? Il persiste : “On ne peut pas parler de pénurie, mais de difficulté d’approvisionnement aux pompes.” Ça change tout, évidemment, sauf pour l’automobiliste en panne sèche.

“Gouverner, c’est rectifier les noms” disait déjà Confucius.