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mercredi 30 juillet 2014
Quand Hollande et "Najat" draguent à droite...
Quand Hollande et "Najat" draguent à droite...
François Hollande est sans illusions: s'il ne se passe rien d'ici 2017 et s'il parvient à ce moment-là à se porter candidat à un second mandat, il ne pourra évidemment pas espérer rassembler sur son nom le totalité de ceux qui lui ont permis d'accéder le 6 mai 2012 à l'Elysée. Il y a aujourd'hui, dans la nature, trop de disciples de Mélenchon qui ne lui pardonneront pas ce qu'ils appellent, dents serrées, sa "trahison".
Le chef de l'Etat regarde donc ailleurs, forcément sur sa droite.
Son objectif est double.
1. Si Nicolas Sarkozy, malgré les juges à ses trousses, est en piste, réunir les conditions (psychologiques et politiques) pour pouvoir expliquer, le jour venu, aux gens de droite... "raisonnables" qu'ils doivent faire le bon choix. Qu'on saura leur tendre la main.
2. Si Nicolas Sarkozy est hors-course, tabler sur les divisions de la droite et l'incapacité de celui ou celle qui serait alors en piste à fédérer tout son monde. En préparant le terrain, contre le FN de Marine Le Pen, à un accord "républicain" entre le gros du PS, les fragiles centristes et une fraction de l'UMP.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire et relire les récentes déclarations à Europe 1 de Najat Vallaud-Belkacem, ministre du Droit des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Car l'intéressée, au-delà de ses sourires, ne s'est jamais beaucoup intéressée à la droite. Elle en avait d'autant moins la tentation qu'elle a vu pendant vingt ans, à Lyon, Gérard Collomb multiplier efficacement les clins d'yeux dans cette direction. C'était une raison de plus pour Najat Vallaud-Belkacem, qui rêve un jour de succéder à Collomb, pour jouer la carte inverse.
Or voici que la ministre du Droit des Femmes -évoquant la "dérive" d'une fraction de l'UMP au Sénat- explique, sur un ton... maternaliste, que l'UMP "a donné" à voir (en cette occasion) une image "qui n'est pas à son son honneur". Qu'il y a dans ses rangs une minorité qui rêve d'imiter l'hétéroclite Tea Party américain (dont Sarah Palin fut, un temps, l'héroine). Et que -cette fois, on s'accroche - "à droite aussi on trouve des progressistes". Lesquels "progressistes" sont invités par ses soins à savoir s'unir avec "les autres progressistes" lorque sont en jeu des "choses fondamentales" (à commencer par le refus de dérives "réacs").
Eclairant propos. Acculé dans les cordes par une croissance en panne et des Européens qui lui demandent des comptes, François Hollande a nommé Manuel Valls à Matignon, et s'est séparé des plus gauchistes des Verts. Il tient en respect (en tout cas pour le moment) les "frondeurs" tout en donnant un coup de barre (idéologique) à droite. Il a gommé la quasi-totalité des sujets (notamment sociétaux) qui faisaient conflit avec l'UMP. Et voici, maintenant, qu'à ses côtés son ex-porte-parole Najat Vallaud-Belkacem découvre des "progressistes" à l'UMP, et leur dit en substance: "Pourquoi pas ?".
L'automne sera chaud.
vendredi 25 juillet 2014
Ce Président de plus en plus seul sur la route...
Ce Président de plus en plus seul sur la route...
Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ont un point commun. L'un et l'autre ont cru qu'ils ne feraient, le jour venu, qu'une "bouchée" de François Hollande. L'un et l'autre se sont (lourdement) trompés.
Lors de la primaire PS, la maire de Lille -qui avait reproché à Hollande, en arrivant rue de Solférino, de lui avoir laissé le PS (toilettes incluses) dans un piteux état- n'est jamais parvenue à bloquer son rival dans un coin du ring. Résultat: elle a boxé dans le vide. Et elle est repartie frustrée, et vaincue. Quelque part, de ce combat-là, elle ne s'est jamais remis.
Entre les deux tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy -pourtant puncheur- n'a jamais non plus réussi à trouver, comme disent les sportifs, l'ouverture. Lui aussi, ce soir-là, a globalement boxé dans le vide. Hollande ? Insaississable. Défaite, frustration. L'ancien chef de l'Etat (rebaptisé lundi par François Hollande, sans particulière élégance, "L'Autre") s'en remettra-t-il un jour ?
Lundi soir, pendant deux heures, face à la presse présidentielle, François Hollande a confirmé son sens de l'esquive, son absence apparemment totale d'affect, son aptitude, comme disait la maire de Lille en 2011, à "'passer entre les gouttes" et aussi, tout de même, son art de frapper au corps quand l'adversaire ne s'y attend plus.
Spécialement visés : Pierre Gattaz ("La situation économique du pays est catastrophique", avait-il dit le matin, sans utiliser le vocabulaire ondoyant du chef de l'Etat) et Martine Aubry (qui avait jugé, vendredi dernier, presque plus cruelle que l'actuelle opposition, que "si, depuis deux ans, on avait eu une grande vision et une méthode, on aurait eu moins de problèmes").
Au premier, le président, tel un maître d'école, a dit qu'il serait bien inspiré de surveiller son langage (sic), et que le patronat, puisqu'il avait signé le "pacte de responsabilité", ferait bien de "'songer à ses intérêts (re-sic)". A la seconde, le président, glacial, a répondu que c'était un peu fort de café de lui reprocher les jours pairs, via ses amis "frondeurs", de négliger le Parlement et, les jours impairs, de le supplier de revoir la "carte des régions" rectifiée, en toute indépendance n'est-ce pas, par les députés. Et toc!
Entendons-nous: lundi soir, à la Maison des Polytechniciens, entre le président et les journalistes, il ne s'agissait évidemment pas -à la différence de la primaire PS de 2011 ou de la présidentielle de 2012- d'un match, et encore moins d'un match de boxe. Mais l'échange a, à nouveau, mis en lumière des traits qui font la singularité troublante de celui que ses partenaires et rivaux ont si longtemps sous-estimé ("Culbuto", se moquait Fabius). Adossé aux institutions que la gauche a si longtemps vilipendées, l'homme -qui, depuis le 6 mai 2012, a découvert avec passion la politique étrangère, il est vrai, toutes choses égales, plus gratifiante que la courbe du chomage- poursuit aujourd'hui son chemin. De plus en plus solitaire, mais pas ébranlé dirait-on.
Sans s'arrêter aux sondages.
Sans entendre les soupirs autour de lui.
Sans prêter attention aux chiffres et statistiques qui renvoient du pays -objectivement- une très inquiétante image.
Sans exclure pour l'avenir aucun scénario (y compris, c'est un comble, un... "ralentissement" de la croissance, déjà en panne).
Avec la double conviction (après tout!...) qu'il a la baraka, et qu'avec le "temps"tout s'arrangera.
"Ma seule préoccupation, a dit lundi François Hollande avec tout de même une sorte de doute dans la voix, c'est comment faire pour qu'il y ait, entre les Français, du lien". Et d'enchaîner: "Beaucoup de Français se disent: on n'y arrivera pas". Le président de la République, alors, martèle, pesant ses mots: "On ne peut pas se résoudre à l'impuissance de la politique". Tout est dit.
On était loin à ce moment-là des envolées du Bourget, des dix-huit mois de matraquage fiscal ou encore de la France prétendant faire la leçon à Bruxelles et à l'Allemagne. Retour au réel. Pour l'Elysée et pour la gauche, un retour, au fil des semaines, de plus en plus douloureux. Idéologiquement, politiquement, socialement. Le président, lui, fait "comme si...". Martine Aubry, en 2011, lors de la primaire PS: "Ma grand'mère me disait: quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup".
jeudi 2 janvier 2014
Les voeux de Hollande: coup de barre à droite ?
Et si le message de voeux de François Hollande le 31 décembre à 20h annonçait, contre toute attente, un vrai tournant ? Pas un mot pour Jean-Marc Ayrault. Pas un mot non plus sur son "grand soir" fiscal. Hommage aux entreprises quand échoue l'opération "inversion de la courbe" et que l'emploi des Français dépend désormais (à 90% ?) d'elles. L'aveu que la crise a été "sous-estimée" et que les impôts, aujourd'hui, sont "trop lourds". Et surtout -et d'abord- une affirmation, qui peut mener loin: il va falloir "réduire la dépense publique". Pour la gauche, ce sera -ou ce serait- une vraie révolution.
Il est possible que François Hollande, prisonnier de la "bulle" élyséenne, réagisse aujourd'hui trop tard. Et ne parvienne plus à se faire entendre.
Il est possible que les actes ne suivent pas, même si Jacques Attali, très inquiet, presse son ami Hollande d'annoncer des "décisions" avant la fin de janvier. Dernière limite, suggère-t--il, si l'on veut éviter que tout craque.
Il est surtout possible le président de la République, esquissant ce virage social-libéral, ne soit pas suivi demain par les siens, rétifs à pareil "aggiornamento" et refusant de faire passer par profits et pertes les promesses de la campagne présidentielle ("Mon seul ennemi, c'est la Finance").
Mais peut-être François Hollande n'a-t-il plus d'autre choix, au point où en sont les choses, que d'imposer à la vieille gauche, qui a longtemps révéré Marx et Guy Mollet, ce quitte ou double: muter ou échouer, muter ou partir.
S'il va jusqu'au bout de ce pari et le gagnait, alors Attali aura eu raison de dire à son ami le président de la République qu'il resterait dans l'Histoire comme un... "très grand président". A la façon du Chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, l'homme qui, pour avoir imposé à Allemagne et aux siens la réforme vitale de l'Etat-Providence a désembourbé son pays, perdu les élections et gagné l'estime de ses compatriotes. Mais n'est pas Schröder qui veut. Enfin... sait-on jamais ?
mercredi 18 décembre 2013
Dans la cour des Invalides, Hollande, ostensiblement seul...
Dans la cour des Invalides, Hollande, ostensiblement seul...
Ce lundi 16 décembre, dans la cour froide et impressionnante des Invalides, François Hollande, au nom de la nation, rend hommage à "Antoine et Nicolas", comme il dit, ces deux jeunes soldats tombés sous les balles à Bangui (Centrafrique) au tout début de l'intervention française. L'émotion est palpable. Les familles sont là, dignes, bouleversées. Au terme de la cérémonie, elles accompagneront à pied les deux cercueils recouverts du drapeau tricolore et portés par des parachutistes. Quelques pas derrière les familles, François Hollande suivra, seul. Dans l'assistance, plusieurs ministres (dont Cécile Duflot, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem). Présents aussi, côte-à-côte: les deux anciens Premiers ministres François Fillon et Michel Rocard. Deux fois, La Marseillaise retentira et, bien sûr, la poignante sonnerie "Aux morts".
A la tribune, le président, d'un ton grave, salue le sacrifice des deux jeunes gens, pourfend le "déchaînement" en Centrafrique des "passions religieuses", assure que la France sera fidèle à ses "valeurs" et dit -avec force- tout ce que les Français doivent à leurs "forces armées": "Une nouvelle fois, le monde s'est tourné vers l'armée française...". Les deux caporaux sont ensuite faits chevaliers de la Légion d'honneur.
Dix neuf mois après son accession à l'Elysée, François Hollande -en ce triste matin- assume, certes, ses responsabilités de président de la République. Mais, au-delà, lui qu'on suspecte de ne savoir ni décider ni trancher, il les assume, peut-on dire, dans la radicalité de la Vème République pure et dure. Ostensiblement et volontairement seul. Etranger aux couplets anti-militaristes d'une fraction de ses troupes. Ignorant les suppliques intéressées de tel ou tel qui, à l'extrême-gauche ou chez les écologistes, rêvent à voix haute d'un retour à la IVème République et à ses délices. Et désireux, ce matin-là comme les autres, de faire comprendre à tous, y compris à gauche, que sa part de pouvoir, même dans les heures lugubres, il ne la partagera pas. La vraie nature d'un homme autoritaire et personnel.
lundi 9 décembre 2013
Hollande-Sarkozy, quel "couple"!
Hollande-Sarkozy, quel "couple"!
François Hollande - qui n'aurait jamais été élu s'il n'était pas parvenu à regrouper sur son nom le 6 mai 2012 les anti-sarkozystes de tous bords- a donc convié celui que ses amis présentent, à longueur de semaines, comme un dangereux et infréquentable personnage à l'accompagner aux obsèques de Nelson Mandela.
Sans doute l'actuel président de la République, au-delà d'un joli geste simplement "républicain", a-t-il fini par considérer: 1. Que l'ensemble de la droite ne se résumait pas à l'excellent Jacques Chirac. 2. Qu'il valait mieux ne pas injurier l'avenir. Et si les mois qui viennent accouchaient d'une cohabitation ou -pourquoi pas- d'une "grande coalition" à l'allemande ? Va donc pour un aller-et-retour avec Nicolas Sarkozy.
Mais le manoeuvrier François Hollande ne lance pas une telle invitation sur un simple mouvement d'humeur. Ayant pris acte que "les juges" (qui ont pourtant tout fait pour ça) n'avaient pas réussi à "abattre" son prédécesseur, c'est-à-dire à le mettre hors-jeu, le président, à la faveur des circonstances, change bel et bien de stratégie vis-à-vis de la droite. Avec ses amis, depuis peu, il le répète: en 2017, que cela plaise ou non, il y a 9 "chances" sur 10 pour que le candidat de la droite, ce soit Sarkozy. Et voici l'intéressé, qui avançait jusqu'ici à couvert, soudain démasqué, intronisé, instrumentalisé. A l'Elysée, l'idée est qu'il n'est pas un fédérateur de son camp, mais plutôt un diviseur. Il serait même l'adversaire "idéal" tant il agace au centre, tant il exaspère une fraction de l'UMP, tant le FN l'éxècre. Plus on le verra, plus la droite sera en miettes. CQFD.
Pour l'heure, le battu du 6 mai, qui se souvient qu'on le tenait il y a peu pour "mort", a (au moins) une bonne raison de sourire: il est prévenu.
jeudi 28 novembre 2013
François Hollande, l'autocritique et le Sida
François Hollande, l'autocritique et le Sida
La vocation -ou plutôt le devoir- d'un président de la Vème République, c'est, certes, d'afficher en toutes circonstances, ne serait-ce que pour rassurer, un sang-froid marmoréen. On serait tenté de dire: royal.
Il n 'empêche: mardi soir 26 novembre, François Hollande -venu célébrer à la Cinémathèque (par coïncidence: à deux pas du Palais des Sports où se produisait au même moment Céline Dion, et à trois pas de la forteresse de Bercy) les 25 ans de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS)- avait quelque chose de fascinant tant il paraissait, en ces instants, parfaitement imperméable aux aléas de l'actualité, presque serein.
Certes, les chercheurs haut de gamme réunis ce soir-là sont étrangers aux joutes politiciennes et, de surcroît, reconnaissants au chef de l'Etat de les avoir épargnés à l'heure des arbitrages budgétaires. En plus, il vante sans cesse l'importance "cruciale" de la recherche. Leur accueil a donc été un peu plus que poli: quasiment cordial. A son arrivée, tout le monde s'est levé. Soudain, c'était comme si la "crise" avait été provisoirement mise entre parenthèses. Comme si, au lieu de François Hollande, c'était... Georges Pompidou qui avait surgi.
Il n'empêche: le plus souvent grave mais parfois enjoué, presque taquin, en tout cas fort à l'aise avec lui-même, le président (portait-il un masque ? Croit-il que sa "baraka" le sauvera ? A-t-il, selon les moments, plusieurs "vérités" interchangeables?) n'avait, jeudi soir, rien à voir avec l'image que la plupart des Français s'en font aujourd'hui. Vantant l'excellence française, les vertus de la compétition, les mérites de la pluridisciplinarité ou encore les avantages du partenariat public-privé, saluant ces chercheurs (parfois assis devant lui) qui, après tant de succès, rêvent maintenant de parvenir à éradiquer le sida et les hépatites virales. "Gagnez cette guerre!" leur a-t-il intimé.
Patron de l'ANRS, Jean-François Delfraissy -allusion aux petits films qui avaient précédé- avait regretté, devant François Hollande, qu'ils aient peut-être été un peu trop laudateurs, ne laissant guère de place à l'autocritique. "Ne vous faites pas de souci, lui a répondu sous les rires de la salle François Hollande. Les critiques, j'en sais quelque chose, les autres s'en chargeront...".
Sans doute l'assistance était-elle conquise d'avance. Mais rarement l'écart entre les angoisses des Français et la sérénité (apparente ou affectée) du chef de l'Etat n'était apparue aussi criante. Deux heures de la vie d'un président sous les pas duquel le sol menace pourtant, par moments, de se dérober...
mercredi 30 octobre 2013
Heureusement pour François Hollande, il n'est plus "normal"
En chute libre dans le baromètre BVA-L'Express -73% des Français (+7) disent aujourd'hui avoir une "mauvaise opinion" de lui- à quoi, légitimement, François Hollande peut-il maintenant s'adosser pour tenir et présider, sinon aux institutions de la Vème République, que la gauche avait jadis combattue dans la rue en pourfendant "le pouvoir personnel" ? Des institutions qui protègent le "monarque républicain", élu pour cinq ans et non pour dix-huit mois, et le hissent au-dessus... Disons: au-dessus des citoyens.
Encore faut-il ne se pas se présenter comme cela a été le cas au lendemain du 6 mai, façon Europe du nord, comme un président "normal". Un président "normal", une simple tempête le balaie. Pour un monarque républicain, il faut un ouragan, et l'ouragan, c'est plus rare. Heureusement pour l'Elysée, la sotte parenthèse de la "normalitude" a été assez vite close.
jeudi 29 septembre 2011
Et si, à droite, Juppé était "la" solution ?
A l'heure de la crise et des défaites, la droite s'intéresse de plus en plus au revenant Alain Juppé, invité ce soir de France 2.
Jeudi soir à 20h 35, Alain Juppé est l'invité, en direct sur France 2, de l'émission Des paroles et des actes. Alors que les socialistes, avec leurs primaires, monopolisent les antennes, c'est une façon pour le service public de donner la parole à un représentant -et pas n'importe lequel!- de la majorité. Mais ce qui est d'abord intéressant dans cette invitation spectaculaire, c'est que le ministre des Affaires étrangères et maire de Bordeaux -celui dont Jacques Chirac disait il y a quelques années: « C'est le meilleur d'entre nous »- est aujourd'hui (qui l'aurait imaginé il y a deux ou cinq ans ?) l'homme fort du gouvernement... sarkozyste.
Un comble : l'austère Juppé est même devenu, à droite, le ministre à la mode. Au point que certains rêveraient, à l'heure des « affaires » en cascade et des défaites qui s'accumulent, de le voir porter en 2012 les couleurs de la droite. Encore faudrait-il que Nicolas Sarkozy -et on n'en est pas là- choisisse de jeter l'éponge. On se souvient cependant que le loyal Juppé -qui mènera campagne pour le président sortant s'il est candidat à un second mandat- avait, il y a quelques mois, publiquement pris date: « Si Nicolas Sarkozy n'était pas, par hypothèse, candidat, je serai candidat à la candidature... ».Pourquoi l'hyper-diplomé Juppé -hier cabossé et marginalisé, toujours désespérément sérieux, voire cassant- est-il aujourd'hui à la mode, au point d'être pour beaucoup de députés UMP qui le brocardaient autrefois un repère rassurant ?
Il est l'anti bling-bling, et la dureté de la crise redonne de l'éclat à son profil très classique, très Vème République.
Il a le cuir tanné, et a montré jusque dans le tribunaux ses capacités d'encaisseur.
Il aime l'Etat, et c'est un homme d'ordre.
Il a des bonnes relations avec le centriste François Bayrou, mais incarne sans états d'âme et sans tentations frontistes la droite républicaine.
Il n'a jamais eu de tentations communautaristes, et défend ardemment la laïcité « à la française ».
Au quai d'Orsay, il se veut toujours, malgré la crise, l'homme de « l'exception française ». Sans alignement sur les Américains.
Les relations de Nicolas Sarkozy et d'Alain Juppé sont devenues, c'est un fait, excellentes. Si, à droite, tant de regards se tournent vers le maire de Bordeaux, c'est que ce super-chiraquien rassure. Et ce n'est pas de trop quand, au sein de l'UMP, le doute est partout.
Juppé joue donc jeudi soir -peut-être pour lui, sûrement pour son camp- une partie importante. Double objectif: d'abord redonner le moral à des troupes désoirentées et souvent abattues; ensuite ouvrir, s'il le peut, des pistes en débloquant... le frein à main. Car tandis que la gauche fonce, la droite, aujourd'hui, est carrément à l'arrêt.
mardi 25 janvier 2011
Se lever ou pas ?
Il est 11 heures hier, dans la grande salle des fêtes de l’Elysée. Un huissier, conformément à la tradition républicaine, lance d’une voix de stentor : « Monsieur le président de la République. » Nicolas Sarkozy s’avance.
Flottement dans les rangs : se lever ou pas à l’arrivée du chef de l’Etat ? Se lèvent spontanément – sur la droite du président – les membres du gouvernement (c’est sans surprise) et les ambassadeurs étrangers (conviés à cette conférence de presse puisqu’il y sera question du G8, du G20, du FMI de DSK, de la montée en puissance de la Chine, des Etats-Unis d’Obama, du risque que se renouvellent demain dans le monde de dramatiques « émeutes de la faim » et aussi de la Tunisie, ce « pays frère »).
Dans la foulée, se lèvent aussi sur la gauche – car il y avait, à l’initiative de l’Elysée, un plan de salle – les journalistes étrangers en poste à Paris : c’est, pour eux, un réflexe ordinaire, logique, normal. On allait dire : banal. Après, à titre personnel, s’il faut mettre les points sur les « i », chacun vote comme il l’entend. Là où le flottement est le plus sensible, le plus durable et finalement le plus drôle, c’est évidemment chez les journalistes français. Une partie d’entre eux se lèvent. Quelques-uns hésitent. D’autres restent assis, ce qui est leur droit. Probablement ceux-là imaginent-ils – à tort – que se lever, par politesse républicaine, ce serait faire acte d’allégeance.
Il y a, en fait, deux réflexes dans la salle. Les uns, en se levant, saluent, à l’anglo-saxonne, le représentant démocratiquement élu d’un pays ami : il occupe une fonction, forcément transitoire. Les autres ont peur, apparemment, qu’on croit que ceci, que cela… Nicolas Sarkozy voit la scène et ne dit rien. Ou plutôt juste ceci : « Vous savez, ce n’est pas obligatoire mais, pour ceux qui l’ont fait, j’apprécie le geste… »
Il y a, en fait, deux réflexes dans la salle. Les uns, en se levant, saluent, à l’anglo-saxonne, le représentant démocratiquement élu d’un pays ami : il occupe une fonction, forcément transitoire. Les autres ont peur, apparemment, qu’on croit que ceci, que cela… Nicolas Sarkozy voit la scène et ne dit rien. Ou plutôt juste ceci : « Vous savez, ce n’est pas obligatoire mais, pour ceux qui l’ont fait, j’apprécie le geste… »
Une saynète très française.
Et si DSK devait jeter l’éponge ?
Si, à gauche, Dominique Strauss-Kahn reste le favori des sondages, la situation, pour lui, se complique énormément.
Du côté de Dominique Strauss-Kahn, ça commence à sentir le roussi. Entendons-nous : en l’état, les sondages le confirment, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) reste – virtuellement – le mieux placé pour porter les couleurs (et les espoirs) de la gauche en 2012. Mais, à force d’entretenir le suspense sur ses intentions réelles, de tergiverser et de réclamer à l’ensemble du PS (par personnes interposées) que chacun calque son « calendrier » (politique) sur le sien, « l’homme de Washington » agace de plus en plus les uns, et sème le doute chez les autres.
Veut-il vraiment « y » aller ? Ne souhaiterait-il pas, au fond, être « nommé » à l’Elysée, en s’épargnant la tâche ingrate et aléatoire de faire campagne ? La droite – qui ne votera pas DSK, en tout cas au premier tour – continue de dire tout le bien qu’elle pense de ce socialiste si convenable. A gauche, en revanche, ça tangue. Que l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon en tête, mène campagne contre le « mondialiste » DSK, rien d’étonnant. Mais, dans les rangs du PS, où l’on s’était jusqu’ici fait à l’idée que Strauss-Kahn serait l’homme de la situation, c’est plus neuf, et plus préoccupant pour l’intéressé.
L’humeur de Jospin
Michel Rocard (mercredi sur RMC) et Lionel Jospin (jeudi sur RTL) parlent de sa possible candidature avec une retenue spectaculaire. François Hollande et Manuel Valls répètent sans cesse que le PS a tort de rester l’arme au pied, et qu’attendre encore plus (sous-entendu : le bon vouloir de DSK) devient, pour la gauche, très dangereux. Daniel Cohn-Bendit dit au JDD que, au train actuel, ni Sarkozy ni le PS ne gagneront en 2012. Et il évoque carrément l’hypothèse d’un « suicide politique collectif de grande ampleur ». Mais le plus inquiétant pour Dominique Strauss-Kahn, dont l’étoile brille d’autant plus qu’il est silencieux et lointain, c’est la montée en puissance de Martine Aubry (et, dans une moindre mesure, de l’outsider Hollande). L’institut CSA (pour BFMTV et RMC) indique ainsi que Martine Aubry, si elle était au second tour de la présidentielle, battrait Sarkozy sans coup férir (56 % contre 44 %). Résultat encore plus net obtenu par l’institut BVA (pour L’Express et France Inter) : cette fois, l’écart Aubry-Sarkozy serait de 14 points (57 % contre 43 %).
Moscovici se contredit
Du coup, les pro-Strauss-Kahn, affectant un sang-froid d’acier, montent précipitamment en ligne. Laurent Fabius (sur radio J) le voit candidat, et même… élu. Et le député PS Pierre Moscovici assure que la popularité de Strauss-Kahn n’est pas « friable » : « C’est le président que les Français attendent. » En même temps, l’intéressé, sans mesurer qu’il nuit ainsi à « sa » cause, n’exclut rien : « S’il renonce, je me lancerai dans les primaires… »
Double évidence : à gauche, tout reste ouvert, et DSK, en continuant à vouloir se situer au-dessus de la « mêlée », joue de plus en plus avec le feu. De toute façon, même si cette décision de ses « camarades » (Aubry incluse) lui a fortement déplu, il n’y peut rien : il sait maintenant qu’il a, au maximum, jusqu’au 13 juillet pour se déclarer ou pas. Pour lui, c’est encore trop tôt. Mais, s’il s’en tient à ce calendrier-là, est-ce que cela ne sera pas en réalité trop tard puisque les socialistes sont en train de prendre conscience d’une donnée importante : il y a, en leur sein, des alternatives, et des alternatives gagnantes.
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