TOUT EST DIT

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Affichage des articles dont le libellé est David GUEVART :LE COURRIER PICARD. Afficher tous les articles
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lundi 19 mars 2012

La campagne passe à l'écrit 

La « dictature » du CSA démarre cette semaine. Alors que la campagne présidentielle entre dans sa période la plus intéressante, radios et télévisions vont moins traiter de politique. Absurde, illogique, bizarre… Jean-Pierre Pernaut nous confie : « Les Français vont s'intéresser au fond ; nous devons nous arrêter à la forme. Au temps de parole. Si un candidat annonce une idée intéressante, on ne pourra pas développer. » À la télévision et à la radio, la campagne est presque finie. D'ici le 22 avril, pas de débat. Les émissions politiques s'arrêtent. Plus d'analyses. Ou presque. Pas de panique, la presse écrite prend le relais ! Certains candidats ne manqueront pas de nous le reprocher : nous jouirons d'une vraie liberté pour approfondir, vérifier, contredire, tendre le micro – ou plutôt le stylo – aux électeurs, bref faire du journalisme. Le CSA est devenu l'allié des journaux. Notre liberté nous autorisera à mettre « de côté », voire à dénoncer des valeurs antidémocratiques ou antirépublicaines de certains candidats. Bien sûr, nous redeviendrons séduisants pour ces derniers. Jusqu'ici attirés comme des moustiques par les projecteurs de l'audiovisuel, ils accordaient peu d'intérêt aux sollicitations des journaux. La situation risque de changer. Pas question pour autant que le Courrier picard s'implique pour l'un ou l'autre pendant cette période excitante qui mettra en valeur la force de l'écrit : celle de procéder à un « arrêt sur images » des propositions. Mais ce n'est pas au CSA que nous devons rendre des comptes. C'est à nos lecteurs. Dont les réactions, écrites bien sûr, ont plus que jamais leur place dans ces colonnes.

dimanche 4 mars 2012

Le blues de la blouse à l'école
 
La devise trône au fronton de nos mairies : liberté, égalité, fraternité. Les deux premières valeurs s'entrechoquent dans le débat sur l'uniforme scolaire. La liberté de choisir ses vêtements se traduit par des distinctions, des ségrégations, des exclusions. Les castes sociales se lisent en toutes lettres sur les sweats, les pulls et les jeans dans les cours de récré. Xavier Darcos avait le blues de la blouse. L'uniforme tel que pratiqué dans de nombreux pays, notamment anglo-saxons, ne fait que peu d'adeptes en France. Militariste, outil d'un conformisme social que les générations de 1968 avaient balayé avec soulagement, on lui reproche de gommer le multiculturalisme à l'école. Ses partisans lui préfèrent la blouse, moins coûteuse, qui revêt l'avantage - hypocrite ? - de pouvoir être présentée comme pratique. La question centrale est de gommer les différences sociales. Très jeunes, les écoliers s'habituent à se jeter à la figure leurs signes de richesse. En les empêchant de s'arrêter au paraître, qu'ils contourneront de toute façon, l'école peut les forcer à s'intéresser à l'être. En forçant une égalité visuelle, les enseignants prennent aussi plus facilement en compte les différences fondamentales de chacun. Pour que l'enfant soit considéré à l'école comme un être unique, avec sa personnalité et son histoire, il faudrait camoufler ce qu'il paraît. Ce sujet divise autant qu'il transcende tous les courants. Justement parce que les arguments s'arrêtent souvent à l'habit, qui fait bien plus le moine aujourd'hui qu'à d'autres époques. Or ceux qui le rejettent sont souvent les premiers à succomber à l'uniforme que la mode impose à leur « tribu ».

lundi 27 février 2012

L'idéal démocratique passe par la paix 


Syrie, Russie, Sénégal. Les trois situations illustrent combien l'exercice et l'apprentissage de la démocratie se font dans la douleur. Combien de morts en France, en 1789 ? Et jusqu'en 1958 ? Le parallèle est osé, mais hier encore on a pu voir combien l'Homme, une fois enivré par le pouvoir, s'y accroche au mépris des règles élémentaires censées donner la vraie autorité au peuple. En Russie démarre une semaine cruciale avant l'élection présidentielle : hier des milliers d'opposants dénonçaient la candidature de Vladimir Poutine, ancien président et actuel chef du gouvernement. En Syrie, Bachar al Assad organisait hier un référendum censé ouvrir au pluralisme politique et… lui permettant de rester encore seize ans au pouvoir ! Ce, dans un contexte de guerre. Et au Sénégal, Abdoulaye Wade se présentait à sa propre succession alors que la constitution ne le permet pas ; et les soupçons de fraude électorale poussent pour la première fois ce pays, ami de la France et qui passe pour un modèle démocratique, au bord du chaos. Comment croire à ces simulacres de démocratie quand la population est opprimée, que les cartes d'électeurs ne sont pas correctement distribuées, voire que les urnes arrivent déjà pleines dans les bureaux de vote ? Aveuglés par le pouvoir, ces chefs d'État se donnent bonne conscience avec quelques isoloirs, des urnes et des scores à pleurer - de rire ? - flirtant avec les 100 % en leur faveur. Ils ne se rendent pas compte que leur crédibilité nationale et internationale passe d'abord par la paix. Enfin, si, ils le savent parfaitement, et c'est cynique, tragique, insupportable.

dimanche 26 février 2012

Tâter le cul des vaches et flatter l'électeur 

Ah çà ! Il le faisait mieux que François Mitterrand, Jacques Chirac : tâter le cul des vaches était sa spécialité. C'est ce qui le rendait si populaire, lui donnait une image d'enraciné dans les terroirs français. Vrai ou pas, ça paraissait sincère et ça plaisait. Ses successeurs - en tant que candidats en tout cas - tentent de marcher dans ses traces, mais la glaise n'adhère pas aux basques en claquant des doigts ! Nicolas Sarkozy a ouvert le bal avec ses habits de président, mais a bien vite enfilé sa cotte de candidat entre veaux, vaches et cochons. Exercice réussi, mais exercice facile : solidement ancrés à droite, les agriculteurs donneraient 40 % de leurs intentions de vote au premier tour à Sarkozy, contre 18 % à Bayrou, 15 % à Le Pen et 12 % à Hollande. Ce dernier tentera de les convaincre tout de même. Pourquoi cet attachement aux agriculteurs ? Leur poids s'est gravement allégé dans la société. Ils ont réalisé 3,5 % du produit intérieur brut en 2008 contre 7 % en 1980. En 1988, l'agriculture faisait vivre 1,18 million de Français contre 770 000 en 2007. Les paysans, au sens noble, sont un symbole. En nourrissant la population, ils traversent les champs politiques allant de l'économie à l'environnement en passant par le social, la santé et le made in France. Le sujet est très vaste et permet de nourrir un programme électoral pour au moins cinq ans. Mais les camps politiques ne retiennent que l'intérêt médiatique du Salon de l'agriculture. Ils rivalisent de tracts et de tacles en pensant flatter leurs électeurs. Ils en oublient l'essentiel : s'intéresser aux vraies questions. Au sens propre comme au figuré : tâter le cul des vaches.

samedi 11 février 2012

Total s'excuse d'afficher des profits 

En remplissant le réservoir de son véhicule, ce matin, on devrait s'excuser d'être complices de cette nébuleuse qui fait bondir les bénéfices des groupes pétroliers en même temps qu'elle racle nos fonds de porte-monnaie. Curieuse, la façon qu'a eue Christophe de Margerie, PDG du groupe Total, de s'excuser lui aussi d'approcher les bénéfices records de sa multinationale. « C'est pas d'notre faute », dit-il en substance. « Les cours du pétrole se sont envolés en 2011, en plus les concurrents ont fait mieux, et puis on paie un tas d'impôts, cette année… » Mince, on devrait se réjouir qu'un groupe Made à peu près in France fasse vivre 35 000 personnes dans l'Hexagone et soit en mesure d'investir pour assurer son avenir. Au lieu de ça, on polémique et on se dit que toute cette fortune serait mieux gardée dans la poche des salariés ou des automobilistes. « Il faut qu'on explique qu'il est dommage qu'on n'en ait pas fait davantage ! » a quand même enseigné M. de Margerie, reprenant ses esprits, au sujet des 11 milliards de bénéfices. Drôle de pays, drôle d'époque. C'est sûr, il n'a jamais fait bon étaler ses richesses - son « bling-bling » - en France, et ce serait tant mieux si les trop riches se sentent un peu mal à l'aise devant le fossé qui se creuse dans la société. Or, les pauvres sont de plus en plus nombreux et les riches de plus en plus « arrogants », pour employer un terme à la mode. Et l'économie, loi devant laquelle les hommes politiques semblent tous s'incliner, est de moins en moins au service de l'Homme. Or, ce devrait être son seul objectif. Quand on sait que la plupart des fortunes pétrolières se font sur les marchés financiers, virtuels, on en est loin.

mardi 7 février 2012

Chercher ses valeurs dans les programmes 

Les religions sont fondatrices de grandes civilisations - et elles le sont toutes, n'en déplaise à Claude Guéant. L'inscription d'un rappel des origines chrétiennes de l'Europe dans la Constitution de l'Union européenne, en 2003, avait provoqué d'heureux débats. La laïcité est un autre fondement indélébile de la société française, ingrédient indispensable de la démocratie universelle. Mais la séparation des Églises et de l'État ne doit pas être la négation des croyants en tant que citoyens. Alors que la moindre crèche sur l'espace public ou la moindre cérémonie des vœux d'un maire dans une église, faute de salle des fêtes, est montée en polémique par des « libres-penseurs » à la vision étriquée de la tolérance, celui qui se définit par rapport à une spiritualité religieuse peut-il passer les programmes des prétendants à l'Élysée au crible de ses propres valeurs ? L'Église catholique s'y risque, lors de débats publics intitulés : « un vote pour quelle société ? » Pas de consigne de vote. Mais une « grille de lecture » à travers des sujets de société très concrets comme les banlieues, l'environnement, l'Europe, ou la laïcité, justement. Avec l'Homme au cœur de la réflexion. Comment déterminer son vote par rapport à un programme qui rejoint ses convictions ? Voilà une démarche que chaque groupe d'opinions devrait initier. C'est le moment ou jamais ! L'idéal serait que les cathos ne réunissent pas que des cathos, mais que s'ouvre le débat de fond sur la société que nous voulons. Car nous allons donner le pouvoir de changer les choses à quelques-uns , en mai et juin. Il vaut mieux savoir ce qu'ils veulent en faire. Que l'on soit croyant, ou non !