jeudi 30 mai 2013
Singin’ in the Rain
dimanche 11 novembre 2012
Un vrai mandat
Oui, le magnifique mandat de parlementaire est une mission à plein
temps ! Non, le lourd travail d’élaboration et de vote des lois, ainsi
que le contrôle de leurs effets trop souvent négligé, ne coupe pas
nécessairement du terrain. Avec d’autres mots bien sûr, Lionel Jospin,
au terme de sa mission sur la rénovation de la vie publique, a raison de
rappeler ces évidences. Même et surtout si elles contrarient la pelote
indémêlable d’intérêts croisés, de petites combines et de clientélisme à
la papa devenus banals dans notre République.
Disons-le
clairement : cumuler un exécutif de collectivité territoriale et une
fonction parlementaire n’est pas raisonnable. Pas davantage que
d’assumer un département ministériel tout en dirigeant une ville ou une
région. La démocratie française s’honorerait à mettre fin à ces
pratiques dépassées. Produire une meilleure législation, moins
circonstancielle et plus régulièrement évaluée, ne peut être que le fait
de personnes s’y engageant complètement. Les travées souvent désertées
du Parlement, lorsque la télé n’est plus là, témoignent assez d’une
faiblesse de notre vie politique que les citoyens commencent à bien
percevoir et à rejeter. En filigrane, ce sont tout le fragile
échafaudage des collectivités et l’enchevêtrement des responsabilités
qui sont en cause. Les exécutifs territoriaux, faut-il le rappeler,
souffrent tout autant des effets du cumul.
Le risque de perdre
l’ancrage local, de s’éloigner de la réalité des Français, est souvent
avancé, notamment par les sénateurs dont l’élection est indirecte. Cet
argument n’est pas très convaincant. Rien n’empêche un député ou un
sénateur d’aller à la rencontre des forces vives du pays, sociales,
économiques ou associatives. Les parlementaires sont, en France,
toujours reçus avec de grands égards. Ils en doivent autant en retour à
leurs concitoyens en les écoutant, en travaillant leurs dossiers, en
défendant leurs convictions… Et en votant de bonnes lois.
L’agenda
infernal des cumulards, qui flatte leur ego, ne permet évidemment pas
de concevoir pleinement ce rôle. Un mandat moderne devrait aussi prévoir
un dispositif de réinsertion pour le parlementaire. Se trouvera-t-il
une majorité pour voter pareille réforme ?
dimanche 26 août 2012
dimanche 15 juillet 2012
jeudi 18 août 2011
Hommes, femmes et enfants du monde se rappellent à notre bon souvenir ! L’actualité financière récente a construit l’image trompeuse d’une planète obsessionnelle, confuse et frénétique. Théâtre d’ombres affolé, offrant un contraste paradoxal entre la précision absurde de chiffres astronomiques, le désordre des politiques et l’érosion du sens. La démographie, elle aussi, se nourrit de nombres incessants (et fluctuants) mais son propos essentiel est fait de visages et de destins. En parler représente quelque chose de rassurant.
L’Institut national d’études démographiques (INED) nous rappelle aujourd’hui que la population mondiale dépassera en 2011 le seuil des sept milliards d’hommes et de femmes. En l’espace de deux siècles, soit huit générations mais un laps de temps bien réduit au regard de l’histoire de l’humanité, ce chiffre a été multiplié par sept. Et le gain net sur douze ans, depuis 1999, est d’un milliard d’individus. D’après les démographes, le prochain milliard sera engrangé d’ici quatorze ans. L’incroyable accélération du peuplement humain atteindrait un plateau. D’ici la fin du XXI e siècle, notre famille humaine devrait plafonner à 9 ou 10 milliards de personnes. Qu’il faudra nourrir, éduquer, vêtir, dans un esprit de dignité.
La démographie est l’une des sciences humaines les plus prédictives qui soient, même si elle peine à anticiper les mouvements de population liés aux guerres et aux catastrophes naturelles. Les données disponibles de natalité, de mortalité et de niveau sanitaire, certes pas toujours exactes, permettent de prévoir assez justement le lent rééquilibrage des populations et les enjeux sociaux et politiques qui en découlent.
Ces changements de cap ne sont pas indifférents à l’horizon 2050, c’est-à-dire demain. Bien avant cette échéance, au rythme actuel, l’Inde, bien plus féconde, aura dépassé la Chine. Dans moins de quarante ans cette dernière aura perdu plus de 30 millions de personnes tandis que la péninsule indienne en aura gagné 450 millions.
Autre exemple, plus facile à appréhender pour nous. Plus choquant aussi, peut-être : au même horizon, la France aura surpassé, avec un gain de 9 millions d’habitants, sa très puissante voisine. L’Allemagne passera de près de 82 millions à 69 millions de personnes, la première économie européenne se voyant rétrogradée au troisième rang, devancée largement en population par la Grande-Bretagne et la France.
« Il n’est de richesse que d’hommes », ont coutume de rappeler les dirigeants d’entreprise qui veulent câliner leurs troupes. C’est en réalité bien plus vrai des nations. Comment ne pas s’interroger sur la Russie, véritable film catastrophe démographique, où l’espérance de vie est inférieure à celle de l’Égypte ou de l’Indonésie ? L’ensemble de l’Europe orientale est frappé d’atonie, appelé à perdre quelque 12 % de sa population d’ici 2050 ! Comme en Chine, le vieillissement de la population et la prise en charge de seniors seront problématiques.
A contrario, le XX e siècle sera africain. En dépit d’une espérance de vie réduite dans nombre de pays de ce continent et des ravages du VIH, l’Afrique devrait multiplier sa population par quatre d’ici 2100, soit 3,6 milliards d’habitants, un tiers de l’humanité, pour l’essentiel au sud du Sahara.
samedi 19 février 2011
Londres a l’anniversaire de la reine et son inusable Trooping the Colour. Paris a son Salon de l’agriculture. Parmi les rites de réconfort qu’aiment mettre en scène les vieux pays bousculés par les nations émergentes figure le rendez-vous de la Porte de Versailles.
Hymne citadin au monde rural, la « plus grande ferme de France » tant célébrée joue certainement sa fonction de réassurance collective. Une des icônes de 2011, la jolie vache Vosgienne Candy, en robe haute couture noir et blanc, incarne à merveille ce rôle réconfortant. Avoir sauvé une race bovine de l’extinction réconcilie une certaine France avec elle-même. Et pourtant, comment comprendre que le pays du bien manger soit devenu déficitaire dans certaines filières, dont la viande ?
Au-delà du rituel sociopolitique, la grand-messe de l’agriculture française est l’occasion de s’interroger sur le monde que nous voulons. Il n’est rien de moins naturel que de produire avec régularité, à un bon standard de qualité et à un prix accessible au plus grand nombre la nourriture dont l’humanité a besoin. Qui peut oublier qu’un homme sur six souffre de la faim ? Ou que 18 millions de bébés naissent chaque année handicapés mentaux du seul fait de carences en iode ? Les pays avancés se pensent aujourd’hui à l’abri de la disette. En est-on tout à fait sûr ?
La satiété, voire l’excès, caractérise les économies développées, au point de considérer aujourd’hui l’obésité comme une épidémie. L’agriculture française a fait d’immenses progrès en quelques décennies. Sa part dans le produit national a été divisée par deux en trente ans, comme le nombre d’emplois qu’elle supporte. Mais quelle industrie peut prétendre à un pareil gain de productivité dans la même période ? Une mutation historique qui ne suffit pourtant pas à garantir l’équilibre du bol alimentaire proposé au plus grand nombre.
La planète agricole est terre de tous les paradoxes. Alors que l’on célèbre avec gourmandise l’inscription du repas gastronomique français au patrimoine mondial reconnu par l’Unesco, quelle est la proportion des Français accédant réellement à ce modèle d’équilibre entre bien manger et sociabilité ?
Le modèle productiviste des grandes cultures a conquis la terre entière. Mais après les incendies russes, les inondations australiennes, la sécheresse chinoise et la spéculation commune, les cours des céréales crèvent les plafonds… Un accident climatique de plus et c’est la catastrophe, prédisent certains économistes.
À l’intérieur même du modèle hexagonal, la trame agricole est en lambeaux : les grands céréaliers se frottent les mains tandis que les éleveurs se tordent les leurs. Ils n’en peuvent plus de faire le grand écart, meurent de leur travail. Les prix consentis par l’industrie et la distribution ne couvrent plus les charges, un quart des exploitations porcines est menacé de disparition.
Le ministre Bruno Le Maire a noté ingénument que le bonheur des grandes cultures fait le malheur des éleveurs. On comprend qu’il prie pour qu’un accueil favorable soit réservé au président de la République. Nicolas Sarkozy, bien différent en cela de son prédécesseur, n’avait pas voulu inaugurer l’an dernier le salon, dans un contexte agricole tendu. Porteur d’une rhétorique de la régulation des marchés, le locataire de l’Élysée serait peut-être bien inspiré aujourd’hui d’aller tester quelques idées dans ce registre auprès des exploitants avant de les exposer au G 20.
vendredi 18 février 2011
Londres a l’anniversaire de la reine et son inusable Trooping the Colour. Paris a son Salon de l’agriculture. Parmi les rites de réconfort qu’aiment mettre en scène les vieux pays bousculés par les nations émergentes figure le rendez-vous de la Porte de Versailles.
Hymne citadin au monde rural, la « plus grande ferme de France » tant célébrée joue certainement sa fonction de réassurance collective. Une des icônes de 2011, la jolie vache Vosgienne Candy, en robe haute couture noir et blanc, incarne à merveille ce rôle réconfortant. Avoir sauvé une race bovine de l’extinction réconcilie une certaine France avec elle-même. Et pourtant, comment comprendre que le pays du bien manger soit devenu déficitaire dans certaines filières, dont la viande ?
Au-delà du rituel sociopolitique, la grand-messe de l’agriculture française est l’occasion de s’interroger sur le monde que nous voulons. Il n’est rien de moins naturel que de produire avec régularité, à un bon standard de qualité et à un prix accessible au plus grand nombre la nourriture dont l’humanité a besoin. Qui peut oublier qu’un homme sur six souffre de la faim ? Ou que 18 millions de bébés naissent chaque année handicapés mentaux du seul fait de carences en iode ? Les pays avancés se pensent aujourd’hui à l’abri de la disette. En est-on tout à fait sûr ?
La satiété, voire l’excès, caractérise les économies développées, au point de considérer aujourd’hui l’obésité comme une épidémie. L’agriculture française a fait d’immenses progrès en quelques décennies. Sa part dans le produit national a été divisée par deux en trente ans, comme le nombre d’emplois qu’elle supporte. Mais quelle industrie peut prétendre à un pareil gain de productivité dans la même période ? Une mutation historique qui ne suffit pourtant pas à garantir l’équilibre du bol alimentaire proposé au plus grand nombre.
La planète agricole est terre de tous les paradoxes. Alors que l’on célèbre avec gourmandise l’inscription du repas gastronomique français au patrimoine mondial reconnu par l’Unesco, quelle est la proportion des Français accédant réellement à ce modèle d’équilibre entre bien manger et sociabilité ?
Le modèle productiviste des grandes cultures a conquis la terre entière. Mais après les incendies russes, les inondations australiennes, la sécheresse chinoise et la spéculation commune, les cours des céréales crèvent les plafonds… Un accident climatique de plus et c’est la catastrophe, prédisent certains économistes.
À l’intérieur même du modèle hexagonal, la trame agricole est en lambeaux : les grands céréaliers se frottent les mains tandis que les éleveurs se tordent les leurs. Ils n’en peuvent plus de faire le grand écart, meurent de leur travail. Les prix consentis par l’industrie et la distribution ne couvrent plus les charges, un quart des exploitations porcines est menacé de disparition.
Le ministre Bruno Le Maire a noté ingénument que le bonheur des grandes cultures fait le malheur des éleveurs. On comprend qu’il prie pour qu’un accueil favorable soit réservé au président de la République. Nicolas Sarkozy, bien différent en cela de son prédécesseur, n’avait pas voulu inaugurer l’an dernier le salon, dans un contexte agricole tendu. Porteur d’une rhétorique de la régulation des marchés, le locataire de l’Élysée serait peut-être bien inspiré aujourd’hui d’aller tester quelques idées dans ce registre auprès des exploitants avant de les exposer au G 20.












