mardi 14 janvier 2014
La leçon de Roosevelt à Hollande
vendredi 30 août 2013
Un inventaire polémique du sarkozysme
lundi 29 octobre 2012
vendredi 24 juin 2011
vendredi 18 février 2011
samedi 22 janvier 2011
vendredi 15 octobre 2010
Il est parvenu au pouvoir sous les vivats, mais il a peu à peu suscité une haine démesurée. Il a conduit une rupture nécessaire avec son prédécesseur, avec hardiesse et, au départ, habileté avant d'irriter les Français et de paraître perdre la main. Il est devenu la victime d'une presse déchaînée et de citoyens désenchantés qui l'ont cruellement identifié à l'argent roi, voire à l'affairisme. Il a mené une politique étrangère intelligente et résolue. Il connaissait comme personne l'opinion, ses fluctuations, ses faiblesses et les moyens de l'amadouer, et puis il a donné l'impression de l'oublier. Il manipulait avec adresse les hommes avant de s'enliser dans le choix d'un ultime Premier ministre. Il voulait fortifier le Parlement mais il ne se résolvait pas à partager son pouvoir : ces caractères qui pourraient s'appliquer à un autre, plus contemporain, ce sont ceux de Louis-Philippe, le dernier roi possible, selon sa propre évaluation.
Il fait l'objet d'une nouvelle biographie sérieuse, solide, bien étayée, due à Arnaud Teyssier (1). Louis-Philippe a été jusqu'ici beaucoup caricaturé, dénaturé, sous-estimé, y compris et surtout par les historiens. Cette nouvelle approche ne veut pas être un plaidoyer mais devient, par les faits, une réhabilitation. Pour les Français, Louis-Philippe, impitoyablement immortalisé par Daumier sous les traits d'une poire, reste le roi bourgeois, bon père de famille, pacifique, médiocre, éclipsé par la gloire impériale, assimilé aux déboires et à l'aveuglement de ses cousins Louis XVIII et Charles X. La réalité est pourtant toute différente.
Né sous Louis XV, mort en son exil anglais sous le prince-président, Louis-Philippe a été le plus intelligent et le plus clairvoyant des derniers monarques français. A Valmy et Jemmapes, lieutenant-général de 20 ans, il se conduit avec éclat et jamais il n'acceptera de porter les armes contre la France. Exilé, il mène une existence aventureuse et même périlleuse. Sous la Restauration, la branche aînée, qui se méfie à bon droit des Orléans, le tient à l'écart. Il passe pour libéral, moderne. Ovationné, porté au pouvoir dans l'allégresse en 1830, il croit enraciner la monarchie constitutionnelle en élargissant les libertés et les pouvoirs du Parlement mais, malgré des présidents du Conseil marquants - Casimir Perier, Molé mais surtout Thiers et Guizot -, il ne se contente pas de régner, il gouverne. Politique brillant, diplomate lucide, il est moins heureux en matière sociale. Et puis il s'embrouille dans ses virevoltes. Accablé par Chateaubriand, Tocqueville ou Lamartine, défendu par Hugo, Dumas, Renan, son règne, novateur au départ, s'achève dans l'indécision, le tumulte, le rejet. Injustement, inévitablement.
jeudi 30 septembre 2010
La haine anti-Sarkozy
Nicolas Sarkozy n’est certes pas le premier président de la Ve République à être violemment attaqué. Le général de Gaulle a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat. Valéry Giscard d’Estaing a terminé son septennat sous les feux croisés d’une presse déchaînée et d’une opposition virulente. François Mitterrand a été agressé, calomnié (où est l’immense fortune qu’on lui attribuait sans l’ombre d’un indice ?). Jacques Chirac n’a pas été ménagé lors des «affaires» sulfureuses qui se sont succédé sous son double mandat.
Avec Nicolas Sarkozy, il s’agit cependant d’autre chose : le chef de l’Etat cristallise contre lui une véritable haine personnelle qui submerge Internet, inonde la presse quasi tout entière, s’épanouit dans les débats à la radio et à la télévision, inspire livre après livre, imprègne ses adversaires transformés en ennemis inexpiables, émerge largement dans les sondages où les pourcentages de ceux qui lui sont farouchement hostiles battent tous les records. Nicolas Sarkozy est devenu l’homme le plus détesté de France, le président le plus honni de la Ve République.
La question qui se pose est évidemment de savoir quels sont les facteurs qui ont déclenché cet ostracisme spécifique. Ils n’ont pas existé de toute éternité, puisqu’il fut un temps, encore proche - trois années - durant lequel Nicolas Sarkozy fut très populaire dans l’opinion et adulé par une grande partie de la presse et des médias. Quand il était ministre de l’Intérieur ou de l’Economie, de 2004 à 2007, le futur président était même l’homme à la mode. Télévisions et radios s’arrachaient cet invité qui faisait l’événement et drainait des audiences records. Ses conférences de presse tournaient aux shows hollywoodiens.
Durant la campagne présidentielle, si Ségolène Royal bénéficia de nombreux appuis, lui-même ne manqua pas de soutiens, c’est une litote. Lorsqu’il fut élu, il y eut même entre la presse et lui une lune de miel surréaliste. Les hebdomadaires de toutes sensibilités multipliaient les couvertures triomphales qui se vendaient comme des petits pains. Le nouveau président était l’intime des principaux propriétaires ou des dirigeants des médias, le familier de dizaines de journalistes qui n’avaient jamais rêvé un accès aussi facile et des relations aussi familières avec un président de l’altière Ve République. Trois ans plus tard, le même chef de l’Etat se trouve dans la ligne de mire générale, métamorphosé en cible obsessionnelle. L’adulation a tourné à l’exécration.
Il porte naturellement lui-même une grande part des responsabilités de cette mutation d’une brutalité sans précédent. Il a voulu l’extrême présidentialisation, il a tenu à tout incarner, à tout assumer. Il en paie le prix. On s’étonne souvent que François Fillon soit plus populaire que lui. C’est l’inverse qui serait étrange, puisque Nicolas Sarkozy revendique et porte toutes les décisions significatives. Or, devant une crise dont on a sous-estimé la violence, les risques et la part personnelle qu’il a pris dans son traitement, il a personnifié un chapelet sans fin de mauvaises nouvelles : il est le messager en deuil, symboliquement exécuté pour avoir annoncé des sacrifices quand il promettait monts et merveilles.
Bien entendu, ce n’est pas le seul motif de l’acharnement qu’il suscite. Nombre des réformes qu’il a imposées, judicieuses ou pas, lui ont aliéné des catégories entières de la population. Plusieurs de ses choix politiques - en matière sécuritaire, tout particulièrement - ont soulevé l’indignation de ses opposants et parfois de ses alliés. En rapprochant l’immigration de la délinquance, il a choqué neuf intellectuels sur dix. Et puis, son goût de la transgression, voire de la provocation a dérangé, parfois exaspéré : sa façon de s’exprimer quelquefois comme s’il jouait dans une cour de récréation a rompu avec tous les codes de la Ve République ; l’exhibition de sa vie privée tumultueuse a déplu, même à ceux qui en pistent les moindres détails ; sa brutalité, ses maladresses inédites avec les journalistes, voire avec leurs directeurs, n’a rien arrangé.
Chez ce virtuose de la communication, la forme a irrésistiblement éclipsé et défiguré le fond. L’un des handicaps de Nicolas Sarkozy est que ses dérapages, ses dérives ont lieu sous le feu permanent des projecteurs, alors que ses bons choix ou ses initiatives positives - il y en a - passent inaperçus. En hystérisant la vie politique, en clivant toujours davantage la société, en déchaînant la foudre et les orages, il s’ampute lui-même du prestige présidentiel. L’hyperprésident se déprésidentialise, contradiction burlesque. Du coup, il souligne ses erreurs et il escamote ses succès au détriment de son image, de son pouvoir et de son rôle. Même si les médias, la presse et ses adversaires ne sont pas eux-mêmes en retard ni d’une croisade, ni d’une attaque ad hominem.
dimanche 26 septembre 2010













