TOUT EST DIT

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mercredi 3 avril 2013

La vérité en fait trop

Il est le sparring-partner des cyniques. Le Monsieur Loyal du Cirque Déloyal. Le Léon Zitrone du tiercé idéologique. Ladies and gentlemen, please welcome… Alaaaain Duhameeeeel !

Dans ses rêves les plus fous, Alain Duhamel est un démineur. À ses yeux, toute opinion politique est potentiellement dangereuse. Le socialiste est trop socialiste, le gaulliste trop gaulliste, l'écolo trop écolo, le libéral trop libéral. Aussi, lorsqu'il les interviewe, s'efforce-t-il de les faire reculer d'un pas. Juste un tout petit pas en arrière. Au-delà, ce serait de la gourmandise. Alain Duhamel a pour mission de faire admettre au gaulliste que le Général était légèrement mégalo, au libéral que certains patrons se surpayent, au socialiste que Mitterrand aimait mentir, et à l'écolo que les lunettes d'Éva Joly font un peu gadget. Cette comédie de la déstabilisation minimale permet à Duhamel de jouer les insolents et aux politiciens de singer la franchise. Tout le monde est content, y compris le spectateur, persuadé d'avoir vu un homme de vérité interpeller un homme de pouvoir. Ce que l'on nomme couramment "un moment de télévision". Comme si la télévision n'était pas elle-même le reste du temps.
Mais Alain Duhamel ne se contente pas de soutirer des demi-reculades à ses interrogés. Il prend aussi l'avis d'Alain Duhamel. Il a sa propre vérité : le centrisme considéré comme une forme de courage. Duhamel est bayrouïde. Sous la torture des sunlights, il avoue à reculons son penchant pour l'éleveur de chevaux instituteur. Problème : cette position est encore too much aux yeux d'Alain. Alors, il fait passer sa propre vérité dans ses propres alambics, afin de la rendre transparente, indéfinissable, absente. Il anesthésie, il édulcore, il atermoie, il zigzague, il affadit, il soupèse, il contrebalance, il hésite, il compare, il adoucit, il polit, il lime, il dilue, il dissipe, il effiloche, il réduit, il calme, il pacifie, il harmonise, il équilibre, il marie, il tempère, il assouplit, il huile, il lubrifie et, à la fin, il n'y a plus rien. Nous voilà sauvés. Les analyses d'Alain Duhamel ont pour miraculeuse particularité de ne pas exister. Métaphores politiques de l'anti-matière, elles semblent produites par un ordinateur en guimauve, à destination d'admirateurs en plastique.
Il se trouve que cette pensée fuyant sa propre définition est, dans sa nature même, adaptée aux règlements duPolitically Correct. Alain Duhamel n'est phobique de rien et tout le tolère. Il incarne la Voie de l'Acceptable Acceptant. Jeune Jedi, écoute le Maître Yoda de Sciences Po. "T'exprimer tu ne dois pas. À force de ne pas t'exprimer, impersonnel tu deviendras. La moyenne de tout tu incarneras. Que la Non-Force soit avec toi." La chose a fait école. David Pujadas est ceinture noire sixième dan d'évitement. Et, lorsque le Politically Correctvous somme de rendre compte de vos opinions, et que vous vous empressez de mettre de l'eau relativiste dans votre vin libéral, vous êtes un Duhamel – il ne vous manque que la coiffure de science-fiction. Nous sommes tous des Duhamel en puissance. Un jour, les Duhamel seront le genre humain. Il n'y aura plus de méchants. Le FN et le Front de Gauche sombreront dans la repentance ad libitum. Le Modem siègera au Conseil de Sécurité de l'ONU. Même Christiane Taubira fera attention à ce qu'elle raconte.
Alain Duhamel est cet homme qui trouve que la vérité exagère. Et plus le temps passe, plus la vérité est d'accord avec lui.

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