mardi 19 août 2014
Le riz de Fukushima de nouveau en vente à l’étranger
Le riz de Fukushima était l’un des plus réputés du Japon. Trois ans et demi après l’accident nucléaire, il est de nouveau exporté.
La Fédération japonaise des coopératives agricoles a annoncé recommencer à exporter ce mois-ci du riz de la préfecture de Fukushima, pour la première fois depuis l’accident nucléaire survenu le 11 mars 2011 dans un complexe atomique de la région. La première destination de ce riz soumis à des contrôles particuliers sur la radioactivité est Singapour, qui a montré sa « compréhension » vis-à-vis des mesures prises pour éviter la distribution de produits contaminés.
Des sacs de 5 kilogrammes de riz de type Koshihikari (un des plus réputés du Japon) y seront vendus dès le 22 août. Une campagne de promotion aura lieu sur place pour expliquer que ce riz est sûr et qu’on peut le consommer en toute tranquillité.
Le riz de Fukushima, contrôlé, est déjà vendu dans l’archipel mais les pays étrangers comme la Chine et la Corée du Sud qui importaient ce type d’aliment de la région de Fukushima (nord-est) avant la catastrophe atomique ont stoppé les achats par précaution. Pour le moment, Singapour est la seule destination qui a accepté de recevoir à nouveau cette production. Plusieurs pays imposent encore de fortes restrictions sur les aliments de la province agricole et rizicole de Fukushima, ce qui ennuie les autorités nippones enclines à juger infondées ces mesures.
Le gouvernement, la Fédération des coopératives, les collectivités locales et diverses organisations s’escriment à tenter de prouver que les produits de Fukushima mis sur le marché sont sûrs, dans le strict respect de la limite sévère de césium radioactif fixée à moins de 100 becquerels par kilogramme. Toutefois, la population étrangère et une partie des Japonais restent méfiants et réticents à acheter les fraises, pêches, concombres, tomates ou autres produits de la région saccagée par le désastre atomique provoqué par un gigantesque tsunami.
Les pages « obsèques » ne seront plus jamais les mêmes
C’est un scandale ! L’avis de décès de Nicole Boucheton ne pourra pas paraître dans Ouest-France. Pourtant, tout le monde sait que faire paraître un avis de décès dans la presse, et en particulier dans Ouest-France, est un droit inaliénable en République Française. Quelle abomination discriminatoire horrible se cache encore sous cette pénible affaire ?
Je pressens ici que le lecteur habitué de ces colonnes se demande à présent pourquoi diable je l’entretiens du décès de cette dame, par ailleurs assez peu connue, et pourquoi les démêlés de sa famille avec la rédaction de Ouest-France pourraient avoir un quelconque intérêt. Saine interrogation qui me permettra de fournir un peu de contexte.
De son vivant, Mme Boucheton était une fervente partisane de l’euthanasie et de la liberté de mourir dignement. Atteinte d’un cancer, elle a décidé lorsqu’il fut en phase terminale d’aller en Suisse pour joindre ses actes aux paroles et en finir avec la maladie qui la rongeait, ce pays – au contraire de la France – autorisant cette forme de suicide assisté. Ceci explique sans doute pourquoi la famille a voulu faire paraître dans Ouest-France un avis faisant part du décès de (je cite) « Mme Boucheton, vice-présidente de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), à l’âge de 64 ans, contrainte de s’exiler en Suisse, pays humaniste, pour y mourir selon sa volonté le 7 août 2014″.
Devant la proposition, le premier quotidien régional français a décliné. Pour lui, les pages « obsèques » ne sont pas le lieu d’un débat sur l’euthanasie, d’autant que, comme l’explique François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef de Ouest-France,
« On a donné la parole» à Mme Boucheton, en publiant samedi un article citant des extraits de son texte posthume. Il y a des endroits dans le journal pour le débat, les points de vue. Ouest-France ne milite pas pour l’euthanasie mais est ouvert au débat et donne la parole à des opinions contradictoires. »
Et de façon parfaitement prévisible, cette petite anicroche qui aurait pu se résoudre si la famille avait transigé (en modifiant son texte) ou avait décidé de choisir un autre journal (avec une moindre diffusion) s’est immédiatement transformée en petite tornade fumigène. En l’espace de quelques heures, ce qui aurait dû rester cantonné dans quelques obscurs journaux régionaux, à la pages Obsèques (ou « faits de sociétés » si l’on se contente de relater les faits) s’est retrouvé repris dans différents quotidiens nationaux, du Figaro à Le Point en passant par 20 Minutes, Midi-Libre ou TF1 et en incluant même des journaux étrangers.
Il faut dire que Jean-Luc Romero, le président de l’association dont l’euthanasiée faisait partie, l’ADMD, n’a pas hésité à monter sur ses grands chevaux et, sabre au clair, s’apprête à saisir le Défenseur des Droits tout en rouspétant vertement de la décision du rédacteur en chef :
« Ce journal qui est largement subventionné par les aides à la presse (6 centimes par numéro) – donc par nos impôts ! – refuse de publier un faire-part « payant » comme il le propose habituellement à tous ses lecteurs. C’est une décision indigne, discriminatoire et peu républicaine de la direction de ce journal. C’est même une censure contre lequel ce journal est censé pourtant se battre. »
Voilà, tout les ingrédients sont donc réunis pour que cette histoire puisse correctement monter en mousse épaisse et que, de dépêche AFP en reportage frissonnant sur les chaînes généralistes en fin de 20H, on tienne ici une bonne grosse affaire de société avec débat ridicule à la clef.
Je dis « ridicule » parce qu’ici, il n’y a qu’assez peu de chance qu’on évite les écueils évidents déjà dispersés dans le débat.
Ainsi, on passera rapidement sur la tirade des impôts subventionnant un journal qui, malgré cet argent public, refuse de dévier de sa ligne éditoriale. Il est piquant que Jean-Luc Romero découvre ainsi qu’en France, le fait de payer, de force, pour un journal, n’entraine pas immédiatement de droits imprescriptibles sur la parution d’un article (ou d’un faire-part dans le cas qui nous occupe). On peut s’amuser deux minutes en imaginant s’il en allait autrement ; quelle joie malicieuse ce serait alors pour les uns ou les autres de faire paraître, dans les colonnes d’un journal foncièrement opposé à leurs opinions politiques, des articles ou des faire-parts volontairement provocateurs !
Allons, M. Romero, nous sommes en France. Si le fait de payer des impôts donnait des droits quelconque sur les services ensuite rendus, ça se saurait. Plus prosaïquement, au lieu d’utiliser cet argument bancal, faites comme moi : réclamez enfin qu’on arrête de subventionner cette presse qui, finalement, ne rend pas les services qu’on lui demande et fait parfois, mine de rien, une propagande assez douteuse. Mais en tout cas, ne feignez pas de croire que ces subventions vous donnent le moindre droit de placer vos agendas sociétaux dans des faire-parts.
Maintenant, sur l’argument principal qui revient à qualifier de censure discriminatoire la décision du rédacteur en chef, permettez-moi de pouffer. Par nature, un journal n’est ni neutre, ni un espace où n’importe qui peut exprimer n’importe quelle opinion n’importe comment. Le faire-part proposé exprime bel et bien une opinion, de façon absolument limpide. Qu’on soit d’accord avec celle-ci est ici sans la moindre pertinence : par décision unilatérale du journal, la rédaction n’accepte pas les opinions ou les débats dans ses pages « obsèques », et c’est tout. Jusqu’à preuve du contraire, Ouest-France, tout subventionné qu’il est (ce que je regrette), reste une propriété privée dont le contenu ne dépend que du bon vouloir de ses propriétaires. Et non, il n’y a pas de droit imprescriptible à utiliser les faire-parts de décès comme tribunes.
Et là encore, s’il s’avérait qu’à la suite d’une hardie décision de justice, il en aille différemment (on n’est à l’abri de rien dans ce pays), il n’est pas interdit d’imaginer voir alors fleurir des avis de décès dans lesquels les uns, farouches militants politiques, enverront des tacles sévères et posthumes vers les autres, qui répondront de même. Les pages « Obsèques » ne seront plus jamais les mêmes.
Mais de façon encore plus importante, en s’agitant ainsi pour réclamer bruyamment le droit de passer de tels faire-parts, M. Romero s’expose à la possibilité, assez désagréable, de donner à son tour une tribune à tous ceux qui ne partagent absolument pas ses opinions en terme de fin de vie. On peut alors se demander comment lui, et l’ensemble des militants, réagiraient si une partie des faire-parts renvoyaient, eux aussi, à des opinions tranchées en la matière. Comment Romero et son association réagiraient-ils s’il devaient lire, régulièrement et dans les colonnes de Ouest-France, des avis dans lesquels on trouverait « Décédé par suicide sans l’assistance de personne » ou qu’untel s’est « ôté dignement la vie de façon indépendante », ou tous autres termes qui ne manqueront pas d’aviver la polémique ?
Non, décidément, ce n’est pas une horrible censure qu’ont subi Romero et la famille Boucheton. C’est, simplement, un petit rappel de décence, celle qui veut que les morts ne fassent plus ni politique, ni militantisme, un acte certes désagréable mais nécessaire du rédacteur en chef pour éviter que les pages obsèques des journaux français ne deviennent une vaste empoignade obscène. L’euthanasie est un sujet trop grave pour le laisser dans les mains des morts.
La France qui gagne
Une France qui brille, qui vole de succès en succès, qui récolte médailles et félicitations ? C’est arrivé, ce week-end, aux championnats d’Europe d’athlétisme à Zurich. Le contraste est cruel avec les performances de nos athlètes du gouvernement, qui enregistrent échec sur échec. Le meneur de l’équipe de France, François Hollande, est obligé, depuis deux ans, de renoncer un à un à ses objectifs, de la diminution du chômage à la relance de la croissance en passant par la réduction des déficits publics et la distribution de pouvoir d’achat. Le président de la République serait bien inspiré d’étudier les recettes de celui qui est l’âme des exploits des athlètes français à Zurich : Ghani Yalouz. Le directeur technique national résume ainsi sa méthode : « Une bonne dose de bon sens, des valeurs, de l’humain et de l’exigence. » Pour lui, la qualité d'un manager se mesure à sa capacité à « fédérer une équipe autour d'un objectif commun ». « J’agis en rassembleur », dit-il.
A cette aune, la performance de l’équipe coachée par François Hollande et Manuel Valls est piteuse. Plus de huit Français sur dix ne font pas confiance au gouvernement pour redresser l’économie, selon un sondage Ifop publié dimanche par le JDD. « Il nous manque l’étincelle » dit dans le même journal l’ex ministre des Finances Pierre Moscovici, qui contribua pourtant à l’étouffer en abusant de l’assommoir fiscal lors de son passage à Bercy. Il nous manque, surtout, le dessein, la volonté et la méthode. Comme l’explique Ghani Yalouz, pour gagner, il faut tout donner, ne rien lâcher. Et mouiller le maillot. Car en politique, encore plus qu’en sport, ce qui compte, c’est le résultat.
La tentation totalitaire
Tiens, la dernière polémique de ce début du mois d’août m’avait échappé. Une pétition d’une vingtaine de personnalités, publiée dans Libération, appelle au boycot du "Rendez-vous de l’histoire à Blois" en protestation contre le discours inaugural de Marcel Gauchet.
La logique à l’oeuvre dans cette pétition est celle de la diabolisation, de l’exclusion, de la censure inquisitoriale. On ne débat pas, on boycotte, c’est-à-dire que l’on fustige, on blame, on refuse d’écouter, on brûle. Pourquoi Marcel Gauchet? Philosophe connu, co-directeur de la revue le Débat, il a bien La perspective adoptée conduit à reconnaître la spécificité chrétienne comme un facteur matriciel et déterminant dans la genèse des articulations qui singularisent fondamentalement notre univers [...] C’est dans les potentialités dynamiques exceptionnelles de l’esprit du christiannisme qu’il convient d’en situer la première racine [...] Elle fournissent un foyer de cohérence permettant de saisir la solidarité essentielle…" Le désenchantement du Monde, Gallimard, 1985. Serait-ce le seul fait de développer une vision positive de la religion chrétienne qui provoque cet accès de fureur bienpensante? Je l’ai rencontré une fois à la fin de l’un de ses cours à l’EHESS. Il ne paie pas de mine, très grand, avec sa voix douce, son allure un peu rurale, timide, pataude, d’une gentillesse, discrétion, simplicité et modestie extrêmes – signes de l’intelligence qui trompent rarement – tout le contraire d’une star médiatique. L’air du temps – ou l’idéologie dominante – est fondé sur le libre arbitre absolu de l’individu. Tout ce qui y résiste dans l’ordre des idées est considéré comme inadmissible, intolérable. L’esprit critique, l’intelligence, la pensée seraient à abattre. Nombre de nos grands penseurs de ces dernières décennies seraient sans doute aujourd’hui interdits ou contraints à l’autocensure: Claude Lefort, Gilles Lipovetski… En d’autres temps et d’autres lieux, les intellectuels réfractaires à l’idéologie officielle étaient décapités, pendus, traînés dans les camps de concentration ou les hôpitaux psychatriques. Nous n’en sommes pas là bien évidemment mais nous sentons bien monter autour de nous, peu à peu, subrepticement, l’intolérance aux idées dissidentes, le rejet du débat d’idées et la nostalgie de l’époque totalitaire.
davantage la réputation d’un penseur modéré que d’un réactionnaire. Ces derniers mois ont été marqué par les autodafés de plusieurs auteurs pour avoir contesté les bienfaits de la société multiculturelle. Une première vague a frappé les journalistes Alain Zemmour, Ivan Rioufol, Elisabeth Levy, le sociologue Hugues Lagrange. Puis une seconde a touché l’écrivain Alain Finkielkraut, dont l’élection à l’Académie française a suscité un tollé, l’auteur Lorent Deutch, auquel était reproché le seul fait d’avoir évoqué la bataille de Poitiers… Maintenant, Marcel Gauchet… L’étau se resserre. Que peut on bien lui reprocher, à lui? Je retrouve dans un de ses livres, trônant dans ma bibliothèque, les mots suivants: "L’avenir à pile ou Valls !
L’avenir à pile ou Valls !
Il est désormais acquis que François Hollande va jouer son avenir politique à pile ou Valls ! Entendez par là que le chef de l'État n'a plus guère d'autre issue, pour sauver son quinquennat, que de s'en remettre à l'action résolue de son Premier ministre. Quitte à brutaliser sa propre majorité de plus en plus rétive aux admonestations de Matignon. Le pari n'est pas dépourvu de risques. Mais on voit mal, aujourd'hui, François Hollande retirer sa mise et sacrifier Manuel Valls sur l'autel d'une synthèse devenue impossible. Il est désormais trop tard pour « changer de cap », comme l'y invitent les députés frondeurs.
Il n'est pas sûr que la réorientation sociale-libérale enfin assumée par François Hollande et impulsée par Manuel Valls garantisse la sortie de crise. Mais un nouveau revirement, lui, serait synonyme d'un échec certain. Une bonne politique est évidemment affaire de choix, mais c'est surtout une politique inscrite avec cohérence dans la durée. Et sur ce plan, François Hollande a échoué en multipliant dans la première partie de son mandat les louvoiements et les concessions pour préserver l'unité de sa majorité aux dépens de la nature des réformes.
Ce temps gaspillé va beaucoup manquer désormais à François Hollande. À supposer que le pacte de responsabilité fonctionne avec l'adhésion des patrons, il ne produira pas d'effets tangibles avant deux ans. De quoi nourrir les récriminations des « irresponsables » frondeurs. Pour n'avoir pas parlé clair dès le départ, François Hollande envoie désormais Manuel Valls au casse-pipe.
Les contestataires qui n'ont eu, jusqu'à présent, que le courage de signer des motions sans franchir le Rubicon, ont trouvé du grain à moudre dans les derniers chiffres économiques. Les universités d'été du PS et de ses partenaires promettent d'être « chaudes » pendant que Manuel Valls effectuera une rentrée politique hautement symbolique devant le Medef. Ce sera un chiffon rouge de plus agité sous le nez des « frondeurs ». Jusqu'où ira cette guérilla interne ? Ne pourrait-elle conduire François Hollande, plutôt qu'à changer de cap, à changer de majorité ?
L’hommage solennel à l’Armée d’Afrique
L’hommage solennel à l’Armée d’Afrique
?« C’est nous les Africains
Qui revenons de loin
Venons des colonies
Pour sauver le pays… »
En ce 15 août 2014, c’est assurément ce chant que nous aimons, le chant des Africains repris en chœur par des dizaines de combattants, survivants du débarquement de Provence, qui restera le plus beau souvenir de ce 70e anniversaire où fut rendu un hommage solennel à l’Armée d’Afrique.
« C’est grâce à vous que la France est redevenue souveraine », a ainsi souligné François Hollande, en saluant ces « héros de Provence » et en rappelant que « la moitié des soldats engagés en ce 15 août 1944 portaient l’uniforme de l’armée du général De Lattre ».
« Il y avait surtout les soldats de l’Armée d’Afrique », a redit le président français en rendant hommage à cette Armée d’Afrique, composée notamment de combattants algériens (les plus nombreux), de goumiers marocains et de tirailleurs sénégalais qui, après avoir libéré Toulon et Marseille, réussit à gagner les Vosges en quatre semaines.
« Au Mali, j’honorais la dette historique de la France »
En présence des représentants de vingt-huit pays, dont dix-neuf chefs d’Etat ou de gouvernement des pays africains dont les soldats furent engagés dans la première armée française, le président de la République a glorifié cette page de notre histoire commune. En trouvant – une fois n’est pas coutume – les mots justes. « A la jeunesse d’Afrique, je veux dire que nous n’avons pas oublié le sacrifice des anciens, que la France sait ce qu’elle leur doit. » Avant d’enchaîner : « A ceux issus de l’immigration, je veux dire qu’ils sont les héritiers de cette page de l’histoire de leur pays et qu’ils peuvent en être légitimement fiers. »
Nous avons, ici même, beaucoup trop d’occasions légitimes pour critiquer François Hollande et dénoncer la politique funeste et antinationale qu’il mène depuis deux ans et ses réformes scandaleuses comme le « mariage homo », pour ne pas apprécier pour une fois à leur juste valeur les propos qu’il tient quand il se conduit – c’est si rare – en véritable chef de l’Etat, fier de son pays et de son histoire. Devant un public, certes conquis, de militaires dont l’immense majorité gardent en leur cœur l’âme de la France et l’honneur de servir. Un beau discours où on aura reconnu « la patte » de son chef d’état-major particulier et grand spécialiste de l’Afrique, le général Benoît Puga.
« Nous nous souvenons que c’est en Afrique que la France libre a trouvé ses premières forces. C’est en Afrique qu’ont été menées les premières attaques contre les forces de l’Axe. C’est en Afrique que les Alliés ont remporté leurs premiers succès ouvrant la voie à la victoire finale. »
Ce 70e anniversaire du débarquement de Provence fut donc l’occasion extraordinaire de redire à tous la « gratitude de la France » pour sa liberté recouvrée. Et François Hollande de justifier une nouvelle fois haut et fort, au nom de l’histoire, les récentes interventions militaires françaises en Afrique… pourtant si décriées parfois dans son propre camp.
« Lorsque j’ai pris la décision de lancer l’opération Serval au Mali, j’honorais la dette historique de la France », a-t-il ainsi rappelé, car « cette dette n’est pas seulement morale ou financière. Cette dette est politique et elle nous oblige, nous la France, à une solidarité face aux menaces d’aujourd’hui, à toutes les menaces », à commencer bien sûr par le terrorisme des « djihadistes » qui sévit toujours dans les pays du Sahel et menace de s’étendre à toute l’Afrique si nous baissons la garde.
Seule concession du président au « politiquement correct » : quand il affirme qu’ « au Moyen-Orient, ce sont les mêmes valeurs qui sont bafouées par un groupe sanguinaire qui se réclame faussement de l’islam pour piller, voler, violer, détruire, persécuter, anéantir ». Non, Monsieur le Président, les chrétiens d’Irak, les Yazidis et toutes les minorités « qui se trouvent pourchassés par un obscurantisme barbare », comme vous dîtes, sont bel et bien persécutés par des « fous d’Allah » de l’Etat islamique voulant imposer son califat sur toute la région… au nom de l’islam.
YVES BRUNAUD
La Grèce vend la villa de Mussolini pour payer ses créanciers
Au milieu des 80'000 propriétés mises en vente par le gouvernement grec pour renflouer ses finances figure la villa construite sur l'île de Rhodes pour Benito Mussolini à la fin des années 1930.
Une ancienne base militaire américaine en Crète, un château médiéval à Corfou, trois hôtels de luxe, plusieurs marinas, des portions d'autoroutes, des sites liés aux Jeux olympiques de 2004, un immeuble lié à la représentation diplomatique grecque à Washington: la liste des biens immobiliers mis en vente par le gouvernement grec est impressionnant. Pas moins de 80'000 propriétés sont proposées par l'Etat pour renflouer ses finances. Alors qu'il doit trouver près de 50 milliards d'euros pour honorer ses engagements, le gouvernement d'Antonis Samaras multiplie les pistes pour augmenter les recettes. Près de 4,9 milliards auraient déjà été récupérés, dont 1,8 milliard via de cessions de biens immobiliers.
Une ancienne base militaire américaine en Crète, un château médiéval à Corfou, trois hôtels de luxe, plusieurs marinas, des portions d'autoroutes, des sites liés aux Jeux olympiques de 2004, un immeuble lié à la représentation diplomatique grecque à Washington: la liste des biens immobiliers mis en vente par le gouvernement grec est impressionnant. Pas moins de 80'000 propriétés sont proposées par l'Etat pour renflouer ses finances. Alors qu'il doit trouver près de 50 milliards d'euros pour honorer ses engagements, le gouvernement d'Antonis Samaras multiplie les pistes pour augmenter les recettes. Près de 4,9 milliards auraient déjà été récupérés, dont 1,8 milliard via de cessions de biens immobiliers.
Or, parmi la longue liste des 80'000 biens mis en vente actuellement figure une propriété qui sort de l'ordinaire: une bâtisse en ruines dans la campagne de l'île de Rhodes. La villa de Vecchi date de l'époque où l'archipel du Dodécanèse (et Rhodes notamment) étaient sous domination italienne (entre 1912 et 1948). Et le commanditaire n'était autre que Benito Mussolini en personne.
Une demeure construite en 1936
Le Duce avait fait édifier cette demeure en 1936 pour ses vacances et pour sa fin de vie, alors qu'il pensait pouvoir léguer une Italie restaurée dans sa puissance antique à un successeur. A l'image de l'empereur Dioclétien qui s'était retiré à Spalato (Split) et s'y était fait bâtir un palais après avoir renoncé à la direction de l'Empire romain, Benito Mussolini s'était tourné vers l'Est pour édifier son refuge: au pied d'une montagne baptisée Ilias (du nom du prophète Elie), dans le centre de Rhodes.
Une architecture mêlant pierre, grandes baies vitrées et boiseries, inspirée des villas des XVIIIe et XIXe siècles, à 50km de la ville de Rhodes et quelques centaines de mètres du village de Salakos, avec une vue superbe sur la mer. De dimensions modestes, la villa n'était prévue que pour le Duce et ses invités devaient être hébergés dans un bâtiment proche, l'Hôtel Elaphos et Elaphina, construit quant à lui sur une inspiration alpine. Un peu plus loin, un monastère byzantin témoigne d'une occupation ancienne du site.
Au final, la villa n'a jamais accueilli le Duce: entre 1936 et 1940 c'est le gouverneur italien de l'île, le général di Vecchi (qui a laissé son nom à la villa) qui y résidait lorsqu'il souhaitait quitter la ville. Dès le début de la guerre, les autorités italiennes ont renoncé à y faire résider des personnages de haut rang, le site constituant une cible trop facile pour les Alliés.
Après la mort de Benito Mussolini le 28 avril 1945, la demeure est laissée à l'abandon. La rétrocession du Dodécanèse à la Grèce en 1948 voit la propriété échoir à l'Etat, qui n'entreprend pas de travaux de restauration d'ampleur. Contrairement à l'hôtel proche qui a été privatisé et accueille des clients depuis plusieurs années.
Priorité au plus offrant
Depuis le début de la crise de la dette grecque, les gouvernements successifs avaient d'abord refusé de vendre les biens de l'Etat. L'équipe d'Antonis Samaras a rompu avec cette stratégie et mis en vente de nombreux biens immobiliers et fonciers. Pas encore au niveau de ce que suggérait un député allemand en 2010 (Josef Schlarmann avait invité la Grèce à privatiser des îles entières), mais avec la volonté d'augmenter les rentrées d'argent.
Un Fonds de privatisation (HRADF) a été mis en place pour écouler ces biens. «Il y a eu un réel changement de comportement chez les investisseurs locaux ainsi qu'à l'échelle mondiale: notre seul critère est de retenir l'offre la plus élevée pour chaque bien», a précisé Andreas Tarpanzis, le directeur général de l'immobilier pour le fonds de privatisation dans un entretien accordé au journalKathimerini.
lundi 18 août 2014
Mobilisation générale
Mobilisation générale
Foutues vacances ! Bien que l'entourage élyséen ait lourdement insisté sur le peu d'appétence du président pour la « pause » estivale, François Hollande aurait sans doute souhaité meilleur climat pour sa rentrée. S'il n'y avait eu cette foutue panne de croissance et cette invalidation partielle du pacte de responsabilité, il se serait volontiers accommodé de la multiplication des cérémonies mémorielles et autres gestes compassionnels. Quoi de plus confortable que de célébrer un passé glorieux quand on manque cruellement de vision sur l'avenir ? Quoi de plus réconfortant que d'exalter « l'unité nationale » quand se généralise la défiance du peuple ?
Seulement voilà. Il y a eu l'avalanche des mauvaises nouvelles économiques. Celles qui affectent les Français dans leur quotidien. Et, aux cordes vibrantes du souvenir ont succédé les roulements de tambour de Manuel Valls pour tenir, enfin, un langage de vérité. Réunis au fort de Brégançon pour une séance de travail, le chef de l'État et le Premier ministre ont médiatisé l'image d'un couple exécutif parfaitement uni, lucide, et déterminé à tenir le cap en rappelant les patrons à l'ordre et l'Europe à l'aide.
Sauf qu'il manque à cela des réformes devenues effectives. 85 % des Français – et une bonne partie de la gauche – ne font plus confiance au chef de l'État pour résoudre la crise. Il est vrai que les solutions ne sont plus faciles à trouver et que le gouvernement est pris en tenaille entre exigences bruxelloises et utopies gauchisantes.
D'où ce scepticisme de l'opinion accentué par l'absence d'alternative crédible à droite. Car il n'est pas sûr qu'un sondage serait plus favorable à une opposition disparate et peu imaginative. Les Français ne sont pas dans le dénigrement du pays. Ils sont dans le désaveu de leurs dirigeants et des pratiques politiciennes ouvrant la voie au FN. La véritable crise est celle de l'offre politique. La situation justifierait pleinement un gouvernement d'union nationale, privilégiant le courage de l'action sur les ambitions personnelles. Mais il ne faut pas rêver, la mobilisation générale n'est pas pour demain.
L’heure de la vérité
L’heure de la vérité
Si Michel Sapin parle aussi clair, s'il délaisse la langue de bois, s'il révise la prévision de croissance de moitié et dit que ni l'an prochain ni l'année suivante, les objectifs de réduction de la dette ne pourront être tenus, c'est qu'à coup sûr la situation est grave. En plein pont du 15 août, il pouvait pourtant, c'est sa spécialité, enrober l'information, noyer le poisson et s'en tenir aux sombres annonces du président et du Premier ministre pour la rentrée. « Il faut maintenant tenir un discours de vérité » dit-il. Est-ce pour autant l'aveu que depuis deux ans les responsables louvoyaient avec l'espoir que la conjoncture générale et la reprise leur donneraient un coup de main ? Ce serait un bien mauvais procès, mais ils découvrent, comme d'autres avant eux, qu'il n'y a plus de gouvernail indolore pour rectifier sur le mauvais cap de l'économie.
L'Europe est incapable de relever les enjeux, les grands pontes de l'économie devisent entre eux en ne parlant que pourcentages, mais plus aucun des leviers habituels n'est opérationnel. Le salut, contrairement à ce que l'on prétend, ne viendra pas de Bruxelles et il n'y a plus d'outils dans la fameuse boîte présidentielle.
Ou alors il faudra se résoudre à la purge façon Espagne ou Irlande ! Ce qui signifie des coupes brutales dans les dépenses de l'État, dans les dépenses sociales. Avec en plus les déréglementations du marché du travail, les pertes de revenus que cela suppose et la diminution de la protection sociale des salariés. Pour le moment, dire que la croissance est faible ou nulle c'est un peu abstrait dans les têtes, mais quand vont tomber les forcément mauvais chiffres du chômage, on va mieux comprendre l'impact de ce zéro pointé sur l'emploi. Les effets politiques aussi vont rapidement être visibles. Déjà François Hollande n'a quasiment plus de majorité à l'intérieur d'un PS très clivé qui voit arriver son heure de vérité.
Jusque-là Nicolas Sarkozy était le meilleur candidat de la droite. Il est désormais aussi le meilleur candidat pour la gauche. Car à moins de son retour et du rejet qu'il pourrait entraîner, y compris à droite, on ne voit pas ce qui pourrait sauver le parti socialiste et ce qui lui restera d'alliés à la prochaine élection présidentielle.
Le déclassement de Shanghai
Le déclassement de Shanghai
En lançant en 2003 leur classement mondial des universités, les deux étudiants de la Jiao-Tong University soupçonnaient-ils le psychodrame qu’ils allaient déclencher dans un petit pays de la lointaine Europe, qui s’appelle la France et qui tient à son statut de grande nation scientifique et intellectuelle ? Devinaient-ils que le « classement de Shanghai » deviendrait ce fer rouge fouaillant les blessures d’amour propre de l’enseignement supérieur hexagonal ? Imaginaient-ils que des ministres français demanderaient à être reçus et que l’un d’eux, Laurent Wauquiez, les supplierait même de refaire tourner leur modèle informatique en y intégrant les universités françaises de ses rêves, telles qu’elles seraient un jour si les réformes Sarkozy aboutissaient ? Pouvaient ils comprendre que, pour un politique français, inverser le « déclassement de Shanghai » allait devenir un devoir sacré ?
Bien sûr que non et ce d’autant moins qu’à l’origine, l’objectif masqué du classement consistait à démontrer au monde entier, mais d’abord au pouvoir chinois, que les deux grandes universités de Pékin, Beijing et Tsinghua, étaient outrageusement favorisées dans la distributions des subventions publiques, au détriment des grands établissements de …Shanghai. Au bout du compte, sans beaucoup innover (l’Iowa classait déjà ses universités en 1925 !), le classement a créé l’équivalent d’une agence de notation très influente qui cote pays et établissements sur le gigantesque et juteux marché mondial (en Grande-Bretagne, il pèse autant que l’industrie pharmaceutique) de l’enseignement supérieur.
Purement quantitatifs – ce qui ne veut pas dire objectifs – les critères de Shanghai sont calibrés pour jauger l’ « université de recherche », le modèle ultradominant dans le monde anglo-saxon, qui combine au même endroit cours et laboratoires : nombre de prix Nobel et de médailles Fields, nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines, nombre de publications dans les revues Nature et Science. En revanche, ces indicateurs frustrent la France, un pays qui a créé des Grandes écoles (minuscules à l’échelle mondiale) pour concurrencer l’université et qui a concentré la recherche dans des centres publics comme le CNRS, qui ne sont pas recensés par Jiao-Tong.
La France est sixième : une vingtaine d'établissements parmi les 500 classées, alors que les Etats-Unis raflent plus de la moitié des 100 premières places. Dans l’édition 2014, rendue publique la semaine dernière, c’est la Chine qui perce. Elle place 9 établissements parmi les 200 premiers, contre 77 pour les Etats-Unis, 20 pour la Grande-Bretagne, 13 pour l’Allemagne et 8 pour la France.
Alors ? Au lieu d’osciller sans cesse entre la défense chauvine du « modèle » et l’auto-flagellation, les responsables français feraient bien de se projeter dans le siècle et de s’assurer que ce n’était pas à la France que pensait Androulla Vassiliou, la commissaire européenne en charge de l’Education, quand elle déclarait il y a quelques mois : « Un grand nombre de nos universités continuent à délivrer une formation semblable à ce qui se faisait au XIXe siècle. Cela marchait bien pendant une grande partie du XXe siècle, mais cela ne suffit plus.»
La crise de confiance
La crise de confiance
Un sondage IFOP-JDD révèle que 85% des Français ne font pas confiance à la politique économique du gouvernement. Or, aucun redressement, aucune sortie de crise n’est envisageable sans la confiance. C’est un constat historique, les grands rétablissements de l’histoire ont toujours reposé sur la confiance: Raymond Poincaré en 1922 et 1926, Antoine Pinay en 1952 et 1958 (avec Jacques Rueff), Raymond Barre en 1976. Les entreprises investissent et recrutent quand elles sont portées par une confiance générale dans l’avenir, un climat d’ensemble qui n’est pas seulement économique d’ailleurs, mais lié à la solidité des institutions, la stabilité et l’unité du corps social, la sécurité internationale, un environnement rassurant. Cette confiance, il incombe aux dirigeants politiques non seulement de l’inspirer, mais aussi de l’incarner. Or, les hommes qui représentent aujourd’hui le pouvoir souffrent d’un discrédit qui n’a sans doute pas de précédent historique. Ils se voient confrontés à une contradiction fondamentale: en attente d’une "croissance" que leur seule présence à la tête de l’Etat rend impossible. Pire, aucune alternative ne semble poindre à l’horizon, ni de visage nouveau, ni de programme crédible du côté de l’opposition empétrée dans ses querelles névrotiques. Personnellement, je suis fasciné par la médiocrité de la "relève" qui me paraît tellement insipide, terne, transparente. Une notable exception, celle de Laurent Wauquiez avec lequel j’ai dîné le mois dernier: intègre, gentil, ouvert, lucide… Que demander de plus? Il en faudrait une vingtaine comme lui pour ouvrir une brèche d’espérance.
Le prix de l’agilité
Le prix de l’agilité
Qu’aurait dit un Arnaud Montebourg si Microsoft avait été un groupe français annonçant, comme il vient de le faire aux Etats-Unis, qu’il allait supprimer un emploi sur sept dans l’année ? Qu’aurait dit un Jean-Christophe Cambadélis en apprenant qu’à cette annonce, l’action Microsoft avait grimpé en bourse pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 14 ans ? La polémique aurait été immédiate, intense, et aurait à coup sûr débouché sur un texte de loi pour réprimer un peu plus les « licenciements boursiers ». Et on aurait certainement fini par créer une nouvelle taxe sur cette course au profit, honteuse, forcément honteuse. Fiction ? Pas sûr : dans le dossier Alstom, le gouvernement a bien imposé à General Electric de vivre sous la menace d’une énorme amende en cas de… non-création d’emploi ! Sauf que cette fois, l’épicentre du plan social ne se situe pas en France. Microsoft échappera donc à la vindicte gauloise et pourra se concentrer sur l’essentiel : sa transformation, sa relance dans un univers en bouleversement permanent où l’immobilisme signifie la mort. Les Nokia, Kodak, et autres Compaq en savent quelque chose. Et Microsoft a déjà vécu plusieurs vies, frôlant parfois la sortie de route, synonyme d’éviction du marché.
Quant au plan social, il sera d’autant moins dur à absorber que les Etats-Unis sont en situation de plein-emploi. Les derniers chiffres d’inscription au chômage, dévoilés ce jeudi, ont surpris les économistes par leur faible niveau. Et on voit désormais des industriels s’y alarmer des effets du manque de main d’œuvre et de l’accélération du turn-over de beaucoup de salariés, sensibles à la multiplication des offres d’embauches et aux surenchères salariales. Quel dommage qu’aucun de nos gouvernants ne profite de l’été pour aller faire un petit stage au pays du libéralisme et de l’enfer économique.
Le changement, c’est hors de question
Scrogneugneu, c’est ainsi et on n’en démordra pas : il est hors de question que la politique du gouvernement change. Certes, le « changement c’est maintenant », mais maintenant, c’était il y a deux ans. Et maintenant, on ne change plus. C’est pourtant simple à comprendre, non ?
C’est en tout cas sans ambiguïté de la part du premier ministre : dans une interview doublée d’un sondage parus sur le Journal Du Dimanche, Manuel n’y est pas allé par quatre chemins et a bien expliqué à tous et à toutes qu’il était impensable, et même hors de question, qu’on commence à remettre en cause les beaux efforts consentis par l’actuel gouvernement sous l’impulsion vigoureuse d’un président de la République au plus haut de sa forme. Et l’entêtement est logique, voyons, puisqu’il faudra bien un peu de temps à la politique de Maître François pour prendre son envol et produire des résultats :
« Oui, la politique que le président de la République a décidé de mettre en œuvre nécessite du temps pour produire des résultats. Mais il est hors de question d’en changer. Le pacte de responsabilité et ses 40 milliards de baisse de coût du travail vont véritablement entrer en œuvre maintenant »
Voilà, c’est dit, n’en parlons plus. Il y a deux ans, le capitaine du pédalo avait fixé un cap clair, celui du changement. Si certains avaient pu railler une prise de direction aussi courageuse, cela n’avait pas empêché l’exécutif de pédaler se mettre en branle pour aller, d’un jarret vigoureux, dans la direction choisie.
Et du changement, il y en a eu.
Les têtes des administrations qui étaient jugées trop proches de Sarkozy furent changées. Les ministres aussi ont changé. On a changé quelques paquetages sociétaux. On a changé de concubine, plusieurs fois. On a changé, plusieurs fois aussi, de communicants à l’Élysée. On a même changé de lunettes ! Et on a, un peu, changé d’avis sur la crise qui a traversé la France, positionnant le curseur de « blagounette sarkozienne » à « houlala mais en fait non pas du tout c’est du sérieux, Pépère ».
Mais la politique économique, ça, non, on ne touche pas. C’est niet ! Elle a été décidée une fois pour toute, et son problème est que, comme pour un vieux moteur diesel, il faut un temps certain pour que le moteur chauffe et démarre. On en est là, au préchauffage. Hors de question de changer maintenant, alors qu’on est sur le point de démarrer.
Sauf qu’on est en droit de s’interroger tout de même un peu. Parce qu’après tout, cette politique économique qu’il est impensable de remettre en question, il semble bien, à l’analyse, qu’elle ne soit pas aussi figée dans le marbre que ce que laisserait penser la belle détermination d’un Valls volontaire.
Prenez les impôts, par exemple (ce n’est pas une proposition, hein, c’est une contrainte. À payer.) Eh bien dans ces deux années, le moins qu’on puisse dire est qu’il y a eu, sur le sujet, pas mal de changements. Au début, rappelez-vous, il s’agissait de faire casquer les riches, ce qui devait, selon le premier ministre de l’époque, épargner neuf Français sur dix. Las. Une très grosse majorité d’entre eux s’est alors découvert riche (premier changement). À la suite de quoi (et de la grogne déclenchée), il a fallu faire un petit peu de rétropédalage sur un plan d’eau agité. Des réductions d’impôts furent donc consenties pour les plus pauvres (deuxième changement). Avec l’actuelle arrivée des nouvelles déclarations, nouvelle découverte : plusieurs centaines de milliers de Français deviennent des foyers fiscaux. Troisième changement. Quant à la finance, c’était l’ennemi, mais bon, finalement, non. Pour une politique économique fixée sur le long terme, ça fait déjà beaucoup d’ajustements, disons.
Du côté des « réformes », s’il y a eu changements, c’est dans leurs noms, leur nombre et leur portée. Le pacte de compétitivité s’est mué en pacte de responsabilité sans qu’on puisse dire exactement ce qu’il va contenir, le choc de simplification s’est transformé en tsunami de textes et de lois complexifiant encore l’usine à gaz française. Lorsque Hollande faisait paraître son programme présidentiel, il établissait des objectifs (de croissance, de déficits) qui ont eu le bon goût, là encore, de changer au fil du temps (jamais pour le meilleur, zut encore). Quant aux dépenses des administrations publiques, là encore, le changement fut dans le rythme de croissance, peut-être plus modéré que sous Sarkozy… Mais malheureusement toujours positif (et pas qu’un peu).
Décidément, le changement est une chose difficile à cerner. Soit il n’y en a pas officiellement, et toute modification, tout volte-face et tout demi-tour dans la politique économique du gouvernement est alors un ajustement, une adaptation, un petit réglage. Soit il doit absolument y en avoir un gros, et là, on tombe sur de longs discours enflammés, des dispositions de lois amphigouriques et de mystérieuses disparitions en rase campagne.
Certes, tout comme on ne peut pas avoir « le changement » comme cap, parce que c’est parfaitement ridicule, on ne peut pas non plus gouverner un pays comme une girouette, en changeant sa politique au gré des sondages divers et variés. De là à soutenir mordicus qu’il faille s’entêter alors que les contre-performances s’empilent, évidemment, il y a une certaine marge dans laquelle barbote actuellement le gouvernement en faisant des petits prouts gênés.
En outre, la médiocrité du soutien au gouvernement constitue un record, tant en durée qu’en profondeur. Force est de constater qu’il est détesté de tous les bords, et la dissension se voit même dans les rangs de la majorité parlementaire. Valls a beau faire un peu de rhétorique en prétendant avoir un « discours de vérité », il s’agit surtout d’un discours creux, dans lequel les évidences s’enfilent les unes après les autres, évidences qui montrent que personne n’a d’idée précise de la direction prise par le gouvernement ; tout, dans ce qu’il fait, montre de la précipitation, de la réaction à des événements extérieurs qui n’ont pas été anticipés ni même imaginés. Les entrées d’impôts diminuent alors qu’on en a augmenté l’assiette et la quotité ? C’est totalement imprévu. La construction immobilière s’effondre alors qu’on a pourtant noyé le secteur dans une législation contraignante et des normes folles ? Coup du sort, à l’évidence. En fait, tout est décidé dans l’urgence, pour parer au plus pressé, ce qui est l’exact contraire d’une politique décidée de longue date, planifiée et développée sereinement.
En définitive, difficile de ne pas mettre ces deux informations l’une à côté de l’autre.
D’un côté, le gouvernement applique de façon brouillonne la délicieuse « solution » qu’il nous a concoctée au cours des deux dernières années, brouet indigeste de bricolages, de renoncements, d’air chaud ventilé avec force, de « réformes » faites en dépit du bon sens et avec un résultat que même les plus fervents soutiens au Président des Bisous sont en droit d’appeler échec. Devant ce constat, le premier ministre nous annonce qu’il ne changera pas d’un iota. Bon. OK.
De l’autre, les Français n’ont plus aucune confiance en lui pour remettre le pays d’équerre.
Coïncidence ? Vraiment ?
dimanche 17 août 2014
Natacha Polony : Qu'est-ce que Paris a fait de la France ?
Qui se promène sur les routes de France et rencontre ses habitants sera frappé par un phénomène incontournable et récurrent. De cette Provence à la culture millénaire au Lauragais enraciné dans sa mémoire, des Corbières sauvages à la Touraine paisible, on cultive une même détestation de «Paris». Pas forcément le rejet colérique des Marseillais fiers de leur cité grecque et jaloux de leur rayonnement mais un agacement bougon face à une entité indéfinie et omniprésente. Manifestation poujado-populiste? Éruption identitaire? Non, il y a là un sentiment qui marie des souvenirs ancestraux et le constat sociologique le plus contemporain.
Paris, c'est cette puissance qui arase tout, qui rabote les droits et les identités. Paris, c'est un mélange d'arrogance, de certitude et de bonne conscience. Derrière ce sentiment, il y a la colère de n'être pas entendu, pas même considéré. Il y a l'impuissance et la révolte d'un peuple qui croit encore à l'Histoire et qui sait que la démocratie devrait consister à traduire dans les décisions prises au nom de la Nation, par l'Assemblée de ses représentants et du gouvernement qui en émane comme par le Président qu'il a élu, ce moment où la diversité des intérêts et des conceptions se recompose pour forger le Bien commun. On en est bien loin…
Et si au moins, ils les voyaient faire amende honorable, ces brillants esprits qui veulent penser pour eux. Mais l'été fut rythmé par les effroyables nouvelles de Mossoul et des Chrétiens d'Orient, et qu'ont vu les Français dans leurs journaux et leur poste de télévision? Les apprentis sorciers qui avaient soutenu l'intervention américaine en 2003 reconnaître leur tragique erreur et dénoncer la folie d'une idéologie qui consistait à imposer la démocratie et le marché - surtout le marché - par les armes? Pas du tout. Ils ont pu entendre Bernard Kouchner livrer ses oracles sans que personne n'ose lui demander un mea culpa.
L'été vit aussi se poursuivre le désastre économique, hausse du chômage, emplois menacés dans les abattoirs, feuilles d'impôts délirantes, spirale de la déflation… Ont-ils entendu Jacques Attali, Alain Minc et tous les chantres de la «mondialisation heureuse» admettre une erreur de jugement? Rien de rien.
Alors, Paris incarne tout cela. Les chevaliers francs et les seigneurs du Nord qui vinrent écraser la civilisation occitane sous prétexte d'hérésie cathare, et le légat du Pape, Arnaud Amaury, lâchant devant les remparts de Bézier: «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens». Plus tard la réduction progressive de toute identité spécifique à une forme d'archaïsme forcément hermétique aux Lumières, aux Droits de l'Homme et au Progrès.
Pourtant, la France est riche de cette diversité qui fait que l'Anjou n'est pas le Dauphiné et que l'Artois n'est pas le Périgord. Elle vit de ces terroirs humains aussi bien que géographiques. Et il ne s'agit là ni d'identitarisme ethnocentré ni de régionalisme folklorique. On ne joue pas à parlercatalan ou à perpétuer le souvenir des traditions ch'tis. On le fait parce qu'on y trouve une dignité qui est celle d'un humain conscient de toutes les dimensions de son identité. Mais Paris, ce «Paris» qui symbolise à la fois la puissance publique et les élites, au lieu de cultiver cette diversité nationale qui a fait la grandeur de la France dans la richesse de ses différences, tel que le célébrait la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, a systématiquement gommé ou éradiqué cette plus value française que constituait la possibilité de crier «Vive la République» en breton, en corse, en alsacien, en basqueou en occitan, cette possibilité de vivre dans un paysage identifié, dans un environnement culturel foisonnant.
Certes, si cela avait au moins permis de sauver la patrie en danger! Même pas! Car l'idéal de cette société de liberté, d'égalité et de fraternité censée justifier la virtualisation des identités françaises est aujourd'hui foulé aux pieds par la crise du politique, le renoncement à toute émancipation véritable et les certitudes d'experts occupés à développer un village mondial indifférencié où circuleront des produits standardisés. La télévision et la société de consommation sont en train de détruire cette diversité française bien plus sûrement que ne le firent les injonctions à parler Français des instituteurs de la IIIème République. «Défense de parler flamand et de cracher par terre»pouvait-on lire dans les cours de récré du Nord. Du coup on ne parle plus flamand mais on crache sur la France. Avant que You tube et le selfie généralisé n'achèvent le travail.
Et cependant, dans cette France aux paysages sublimes, cette France dont on nous dit, cette année encore, que 84 millions d'étrangers sont venus la visiter, on sent, bien sûr, de l'inquiétude, mais on sent surtout une force de volonté inaltérable à mille lieues de la résignation de ces élites nationales qui ont décrété que la France est un pays mineur. Dans chaque département, dans chaque contrée, on trouve des paysans qui s'organisent pour proposer des produits authentiques loin des circuits de la grande distribution, des entrepreneurs qui perpétuent malgré les délocalisations et la concurrence déloyale un savoir professionnel de qualité, des énergies prêtes à s'exprimer car elles s'appuient sur une mémoire transmise et la conscience de ce que l'on est. Ce ne sont pas les identités françaises qui menacent l'unité de la France, c'est la disparition du ciment qui faisait de ces identités l'édifice admirable qu'est une grande Nation.
Inscription à :
Articles (Atom)















