TOUT EST DIT

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samedi 26 janvier 2013

L’immobilier se prépare de mauvais jours avec Cécile Duflot


Dans ses vœux, Cécile Duflot affiche clairement vouloir mettre encore plus en danger le droit de propriété et répète qu'exproprier n'est plus un vilain mot.
Cécile Duflot a présenté lundi dernier ses « vœux » à la presse. En fait de « vœux », elle s’est livrée à un exercice qu’elle fut bien obligée elle-même de qualifier « d’auto-congratulation ».
Le ministre du Logement déclare la guerre aux koulaks
Dans son programme d’inspiration très bolchévique, le ministre du Logement a clairement déclaré que « l’ère du libéralisme et du laisser-faire est terminée », que « Trop longtemps, on a feint de croire que la main invisible du marché permettrait à chacun de trouver un toit. Trop longtemps, le laisser-faire a fait office de règle, permettant ici pratiques abusives de certains acteurs, favorisant ailleurs la construction anarchique d’édifices sans âme et sans harmonie avec le territoire. Cette époque est révolue » Concernant ses attaques contre l’Église catholique qui avaient choqué l’ensemble des acteurs sociaux, même a-confessionnaux, elle n’hésite pas à affirmer :  « Qu’on relise mes propos, je n’en retire aucun. Quant au terme « réquisition », ce n’est ni un gros mot, ni une injure, ni même une provocation. Juste une exhortation à agir et la volonté d’appliquer la loi. Je sais que l’arsenal juridique actuellement à notre disposition pour mener cette bataille fait la part belle au droit de propriété et minore encore trop le droit au logement. Je porterai le combat politique pour qu’un nouvel équilibre puisse émerger. Si je ne suis pas habitée par le fétichisme de la réquisition, chacun doit savoir cependant que tous les moyens nécessaires seront utilisés pour créer les conditions d’un logement décent pour tous. »
« fait la part belle au droit de propriété et minore encore trop le droit au logement… tous les moyens nécessaires seront utilisés pour créer les conditions d’un logement décent pour tous ». Voilà prévenus ceux d’entre vous qui espèrent placer leurs économies dans la pierre plutôt que dans les produits financiers. Nous ne polémiquerons pas sur l’arsenal juridique qui contraint un propriétaire à plusieurs années de procédure pour évincer, à ses frais, un locataire indélicat ou l’oblige à payer le relogement de sagouins ayant vandalisé un logement par le fait devenu insalubre. L’objet n’est pas là. Nous sommes dans l’idéologie pure, un proprio est un salaud et, comme dans toutes les dictatures « révolutionnaires », « tous les moyens nécessaires seront utilisés… ». Les gens comme Madame Duflot oublient que la révolution de 1789 s’est justement faite essentiellement sur la conquête du droit de propriété privée.
« … tous les moyens nécessaires seront utilisés pour créer les conditions d’un logement décent pour tous. »
Logique avec elle même, Cécile Duflot entend, dès 2013, « réhabiliter les vertus de la réglementation », afin de construire à la fois « mieux et davantage ».  Elle a promis de mettre en place au cours des prochains mois « un encadrement durable des loyers » ainsi qu’une action sur les prix, « pour fournir un logement accessible à tous ». Elle affirme préparer « une offensive » contre les « zones de non-droits» (gageons qu’il ne s’agit pas des cités dans lesquelles son collègue de la place Beauvau interdit aux policiers d’entrer et dont elle décore les Maires de la Légion d’Honneur, « l’habitat indigne, [les] copropriétés dégradées [et les] passoires thermiques ».
Est-ce un hasard, c’est un 21 janvier que furent prononcés ces propos, emprunts de générosité, de compassion, de respect des valeurs intangibles de la République que sont les droits naturels et imprescriptibles de l’homme tels que définis en l’article II de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. « Ces droits sont la libertéla propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »

Ciel, des jeunes !

Ciel, des jeunes !


S’il est une chose que l’humanité a su produire de manière constante, durable et avec un génie sans cesse renouvelé, c’est bien le conflit de générations. De la Genèse à Facebook, la jeunesse n’a été que confrontation à l’univers établi.
L’équation s’est compliquée, peut-être comme jamais. À la rupture entre les âges de la vie s’en sont ajoutées d’autres. La révolution technologique donne aux jeunes d’aujourd’hui des moyens de circuler, pardon de « bouger », totalement inédits. Cet état de liberté s’étend aux idées, aux propos, aux contenus, le tout au prix d’une fracture inouïe : dans un monde de richesses de plus en plus dématérialisées, les enfants courent des risques de déclassement social plus élevés que leurs parents.
Autant dire que faire de la jeunesse une priorité de son quinquennat est pour un président un rude pari, sur bien des fronts. Les jeunes ne sont plus seulement le nécessaire et éternel poil à gratter de la société. Ils sont devenus en quelques décennies à peine un marché majeur : leurs goûts, leur consommation, leurs aspirations sont largement marchandisés, alors que leur propre insertion professionnelle relève de l’aléatoire.
Agir sur l’école, le logement, la couverture sociale est très pertinent, et relève de la capacité d’action du politique. Encore faut-il pouvoir faire passer ces réformes…
Même si devaient être améliorées les conditions d’existence, parfois de survie, des générations montantes, qu’en est-il de leur intégration dans une société où les meilleures places sont prises, où la force de l’acquis prime sur la promesse de l’apport, où il vaut mieux tenir que courir ? Interrogé sur son idéal de carrière, un étudiant bravache a répondu : « La retraite, vite ». Anecdotique peut-être, anodin sûrement pas. Les jeunes sentent bien que cette société leur échappe, les fuit parfois. Les vœux de François Hollande ne leur seront pas inutiles. Mais c’est d’un avenir, qu’ils veulent être assurés.

Europe : avancer malgré les divergences

Europe : avancer malgré les divergences


C'est un beau moment européen que nous venons de vivre avec cette commémoration du Traité de l'Élysée. Mais cette euphorie a vite été troublée par le discours du Premier ministre britannique. Celui-ci s'est livré à une sorte de provocation revêtant l'allure d'un chantage : organiser un référendum d'ici à 2017 comportant le risque d'une sortie de l'Union européenne, à moins que des négociations avec l'Europe ne lui donnent satisfaction.

Ce faisant, le Premier ministre britannique prend de grands risques vis-à-vis de ses alliés libéraux-démocrates et vis-à-vis de ses partenaires européens. L'Europe ne lui convient que si on lui en évite les contraintes en lui garantissant tous les avantages. Étrange attitude vis-à-vis d'une véritable communauté où chacun porte le fardeau pour que tous puissent ensemble aller de l'avant. En tout cas, comme l'a rappelé M. Cazeneuve, ministre des Affaires européennes, « on ne peut pas avoir une Europe à la carte : ce serait une machine à dissoudre l'Europe » (1).
Certes, on peut faire beaucoup de reproches à l'Europe et le Traité de l'Élysée est bien loin d'être mis en pratique. La diplomatie concertée, une industrie d'armement conjointe, des économies harmonisées, deux jeunesses s'ouvrant l'une sur l'autre, rien de tout cela ne s'est produit, rappelle Alain Duhamel (2). On voit bien aussi, à l'occasion des événements du Mali, que l'Europe n'est pas à la hauteur. Le battle-group créé il y a six ans, qui dispose de 1 500 soldats prêts à agir d'urgence, aurait pu être engagé et ainsi afficher la solidarité européenne (3).
Les idées ne manquent pas
Toutes ces lenteurs dont nous sommes de plus en plus conscients devraient nous inviter à agir davantage en commun. Des idées nouvelles sont avancées, preuve que la volonté européenne est toujours là. Ainsi, Henri Froment-Meurice, ambassadeur de France, suggère la création d'une « assemblée consultative franco-allemande » (4) composée de parlementaires du Bundestag et de l'Assemblée nationale. Elle émettrait des propositions qui, émanant de représentants élus, seraient plus aisément prises en compte par les gouvernements. Deuxième suggestion, créer un « conseil économique, social et environnemental franco-allemand » composé de représentants des syndicats et des associations professionnelles. Il permettrait la confrontation entre les pratiques et les expériences des deux côtés du Rhin et émettrait des avis à l'intention des gouvernements.
Un autre appel émane de Jacques Delors (5) pour créer une vraie « communauté européenne de l'énergie », dépassant les « patriotismes énergétiques », qui nouerait des partenariats avec les producteurs de gaz et de pétrole. L'Union européenne y parlant d'une seule voix s'affirmerait comme un acteur stratégique et respecté. Les idées, les volontés ne manquent pas. Ne nous laissons donc pas impressionner par les menaces, les provocations et les chantages. Faisons tranquillement mais activement notre devoir d'Européens.

(1Ouest-France, jeudi 24/01/2013
(2Libération, jeudi 24/01/2013
(3) François Heisbourg, La Croix, lundi 21/01/2013
(4Le Monde, mardi 22/01/2013
(5Le Figaro, jeudi 24/01/2013

L'islam considéré comme incompatible avec la société française : mais comment en sommes-nous arrivés là ?


Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Monde, 74% des Français jugent l'islam intolérant. Et ils sont 68% à estimer que les musulmans ne sont pas bien intégrés.

Atlantico : Près de trois Français sur quatre estiment que l'islam n'est pas compatible avec la société française, selon un sondage Ipsosréalisé par Ipsos pour Le Monde, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et la Fondation Jean-JaurèsEntre les discours lénifiants si souvent tenus par les élites politico-médiatiques, une certaine réticence des musulmans à se remettre en cause et les débordements des obsédés de la question, qui porte la grande part de responsabilité de ce constat accablant ?

Daoud Boughezala : Ce sondage exprime des réalités enfouies sous le boisseau des discours lénifiants sur le « vivre-ensemble », la « diversité » et l’éternel refrain de la « France qu’on aime ». Ceci dit,  Bourdieu nous a appris que les résultats de toute enquête d’opinion étaient déterminés par la question posée. Qu’est-ce que « l’islam » ? La civilisation arabo-musulmane ou la religion instituée par Mahomet au VIIe siècle ? Je crois que les sondeurs comme les sondés pèchent par un certain essentialisme de façade : sans l’avouer explicitement, ce n’est pas tant l’islam comme doctrine théologique, d’ailleurs fort plurielle, dont il est ici question mais plutôt l’immigration en provenance des pays musulmans. Pour y voir plus clair dans ce débat, peut-être faudrait-il reformuler la question en la recentrant sur l’immigration, ce qui éviterait de mêler un enjeu social de premier ordre (la capacité d’accueil) avec des considérations théologiques.
Engoncés dans leur irénisme, nos hommes politiques évitent généralement l’obstacle en vantant les mérites d’un « islam des Lumières, religion de paix et de tolérance ». Là n’est pas la question. Évitons les dérobades : la société française, massivement sécularisée, se demande aujourd’hui, si elle peut absorber les millions d’immigrés présents sur son territoire, qui importent une culture et des modes de vie spécifiques, dans lesquels l’islam prend souvent une part prépondérante. Ce que l’on pense abstraitement de la religion musulmane n’a que peu à voir avec la condition des immigrés musulmans actuellement présents sur notre sol, qui cohabitent parfois malaisément avec les populations « autochtones ». 
Haoues Seniguer : Avant de vous répondre sur le fond, qu'il me soit permis de faire une remarque préalable sur la forme. C'est une question méthodologique absolument fondamentale. Gardons-nous toujours de tirer des conclusions générales, et donc quelque peu hâtives, sur les résultats d'un sondage, par ailleurs souvent assimilé, de façon indue, à l'expression "d'une opinion publique", qui, comme le disait si bien Pierre Bourdieu, "n'existe pas". Parmi les biais potentiels, si l'on suit le sociologue français, outre le fait d'induire des réponses "à travers la façon de poser la question", il y en aurait au moins trois: d'abord, laisser accroire que la production "d'une opinion est à la portée de tous"; ensuite, supposer "que toutes les opinions se valent"; et enfin, présupposer, en posant les mêmes questions à toutes les personnes interrogées, qu'il y aurait "un consensus sur les problèmes"; ce qui n'est pas forcément le cas.
Sur le fond, les réponses sont inquiétantes, indubitablement, car elles dénotent d'une défiance généralisée vis-à-vis des musulmans, traduisant in fine que l'exercice de la citoyenneté et le respect de l'État de droit par ceux-là n'est plus la variable déterminante dans notre perception commune de ce que doit être une intégration socio-politique réussie.
Claude Sicard : Le bon angle d'attaque de ce problème de compatibilité avec la société française est celui de l'anthropologie. L'islam et la chrétienté (aujourd'hui l'Occident) sont deux civilisations différentes, des civilisations qui se combattent depuis 13 siècles. Ces deux mondes sont en opposition pour des raisons doctrinales, des raisons historiques et des raisons psychologiques. Les musulmans qui s'installent en Europe ne veulent pas abandonner leur identité, et on ne peut le leur reprocher. Ils ne peuvent se fondre dans notre civilisation car ce serait pour eux trahir les leurs, d'autant que le prophète Mahomet a dit qu'ils étaient "la meilleure des communautés que Dieu ait créée". 
Pour ce qui est des questions doctrinales, Mahomet a dit aux chrétiens qu'ils avaient tout faux : Jésus n'était pas le fils de Dieu, il n'est pas mort sur la croix et il n'a pas ressuscité... Il a dit aux chrétiens que leur histoire de Trinité c'était de la polygamie et que l'islam lutte ardemment contre la polygamie : Dieu n'a pas d'"associés"!
En matière historique, les cavaliers d'Allah sont allés, à la mort du Prophète, conquérir l'empire romain qui était chrétien depuis 380, allant jusqu'à Poitiers. Puis il y eut les croisades pour reconquerir des terres chrétiennes et Jérusalem. Ensuite Saladin chassa les croisés des terres où ils s'étaient installés. Puis il y eut les Seldjoukides qui allèrent conquérir l'Europe orientale : ils arrivèrent jusqu'a Vienne qu'ils assiégèrent par deux fois ; les papes lancèrent contre eux des croisades, mais en vain ! Et les musulmans prirent ensuite Constatinople en 1453. Par la suite  es Turcs furent repoussés et finalement l'empire ottoman fut démantelé par les occidentaux.
Il y eut en sens invers au XIXeme siecle la colonisation par les pays européens des pays musulmans : Afrique du nord, Libye, Egypte etc. Et ces luttes furent généralement très dures. Au siècle suivant il y eut les luttes pour chasser les occidentaux des leurs colonies, luttes qui s'achevèrent par la guerre d'Algérie.
Au plan psychologie, tous ces événements ont eu des répercutions énormes : les musulmans nous reprochent les croisades, l'expulsion des Morisques d'Espagne, la colonisation au XIXeme siecle, le pillage des ressources des pays arabes, et la non reconnaissance par les occidentaux des apports a leur civilisation faits par la civilisation musulmane aux Xeme, XIeme et XIIeme siècles. Dans l'inconscient collectif des musulmans, il s'agit entre l'Occident et l'islam de luttes constantes au point que les musulmans appellent souvent encore les occidentaux du nom de "croisés". 
Ajoutons que les musulmans se sentent dominés par les Occidentaux du fait que ce sont les occidentaux qui ont fait la civilsation technique actuelle : un auteur musulman Fereydoun Hoveyda nous dit dans son livre "Que veulent les Arabes ?" : "les musulmans se sentent humiliés, soumis à l'hegemonie de l'Occident, victimes d'injustices, en proie à un séculaire complot judeo-chrétien". Et Il rajoute : "les musulmans nourrissent une psychologie victimaire et revendicative". Il faut sans cesse avoir en mémoire ce ressenti des musulmans pour comprendre qu'ils ne souhaitent pas se fondre dans notre société occidentale.    

Quels sont les préjugés qui pèsent sur le débat de part et d'autre ? 

Daoud Boughezala : Je crois qu’ils sont nombreux. Notamment du fait d’une méconnaissance mutuelle. Les critiques de l’islam lui demandent régulièrement d’accomplir son « Vatican II » ou de parapher un serment d’allégeance à la République comme le firent le rabbinat sous la pression de Napoléon. Or, l’islam- hors de sa minorité chiite- échappe à toute autorité cléricale, ce qui complique sérieusement le dialogue et la représentation des croyants. Tout le monde ou presque peut se proclamer « imam » : ce mot désigne celui qui se place devant les autres croyants pour conduire la prière, sans compétences sacerdotales particulières. Il n’existe pas d’autorité hiérarchique verticale dans l’islam sunnite, où l’absence de clergé constitué crée un rapport d’égalité horizontale entre les croyants. Dans ces conditions, on comprend le désarroi d’autorités politiques en quête de représentants d’une « communauté musulmane » qui n’existe pas : entre Turcs, Algériens, Maghrébins et Subsahariens, les sujets de discorde sont légion, indépendamment des riches controverses alimentant la rivalité entre les écoles juridiques et théologiques de l’islam.  
Inversement, certains musulmans Français pratiquants ont l’impression d’être perçus comme une cinquième colonne de suspects, terroristes ou voleurs de pains au chocolat en puissance. Il est vrai qu’une certaine droite, faute de s’attaquer sérieusement aux questions d’immigration, de frontières économiques et culturelles, multiplie les rodomontades sur le dos d’une clientèle électorale qui n’est pas la sienne. Ceci dit, l’aveuglement sur l’islam règne aussi à gauche, où l’on croit que les bons sentiments suffisent à constituer une politique : l’islamophile béat est tout aussi hémiplégique que l’islamophobe obsessionnel ! 
Haoues Seniguer : Je crois pouvoir dire que les préjugés, qui semblent effectivement se lire dans les résultats du sondage Ipsos/Le Monde, naissent de trois mouvements concurrents : le premier est incarné conjointement par des médias, du fait de certaines couvertures sensationnalistes, mais aussi par des élus politiques, qui suscitent ou accentuent, nolens volens, la crainte parmi la population, en tenant des discours maladroits ou ouvertement stigmatisants, sans nuances aucune, à l'endroit des musulmans de notre pays. L'autre mouvement est incarné par certains musulmans, généralement minoritaires certes, mais extrêmement actifs sur la toile et dans certains lieux de culte, qui diffusent une approche de l'islam à la fois rigoriste, intolérante et parfois empreinte d'accents belligènes. Enfin, le dernier mouvement est incarné par les grandes organisations communautaires françaises qui, souvent, sans en avoir conscience, provoquent la suspicion, compte tenu du peu d'entrain à dénoncer très vite et régulièrement les excroissances radicales ou les approches littéralistes de certains de leurs coreligionnaires. 
Claude Sicard : Du côté occidental avant les événements du 11 septembre il n'y avait pas vraiment de préjugés défavorables à l'égard des musulmans. Avec les attentats qui se sont multipliés (Madrid, Londres etc.) la persecution des chrétiens dans les pays musulmans, et les manifestations trop voyantes de l'islam en Europe (les prières dans la rue, la viande hallal, les mosquées qui se multiplient, le refus de la mixité dans les piscines, le voile des femmes, etc.) on voit se developper une certaine islamophobie.
Du côté des muslmans le jugement que portent ceux-ci sur la civilisation occidentale sont très sévères : une civlisation sans Dieu, une marchandisation du corps de la femme, l'homosexalite acceptée, la drogue, l'alcoolisme, une civilisation de l'objet, une polygamie occculte et désordonnée, etc. "La pire des civilsations de l'histoire" avait dit Ben Laden dans un article qu'il publia dans un journal américain aprés le 11 septembre ! 
Laissons-nous réellement la place au dialogue entre musulmans et non-musulmans ? Comment se répartissent les torts entre musulmans et non-musulmans ?
Daoud Boughezala : Nous devrions sortir de l’universalisme républicain abstrait et repenser notre rapport à la communauté. Alors que nous subissons l’assaut d’une mondialisation économique et culturelle sauvage, le débat public ne nous laisse le choix qu’entre une IIIe République d’un autre âge et une logique de ghettos. Sans céder à l’assignation identitaire – rappelons que l’islam est une religion et non une origine ethnique – le dialogue que vous appelez de vos vœux devrait se tenir à l’échelle de la société, et non entre « représentants » choisis. L’accès à l’universel, c’est-à-dire au « local sans les murs » nécessite idéalement une certaine homogénéité culturelle.
A défaut, enrichissons le débat de nos différences culturelles qui peuvent parfois nous amener à adopter des conclusions communes. Des courants laïcs ainsi que les trois grandes religions monothéistes se rejoignent par exemple dans leur attachement conservateur à la famille nucléaire : un père, une mère, des enfants. Dans un autre registre, lorsqu’il n’était pas encore contaminé par le virus sociétal, le Parti Communiste Français jouait un rôle considérable de levier d’intégration politique des immigrés, musulmans ou non. Le contexte international était certes différent et les tensions de civilisation moins exacerbées, mais il y a sans doute d’heureux précédents à méditer.  Le dialogue a donc existé, il ne tient qu’à nous de la raviver. Pour cela, encore faut-il s’accorder sur un socle de valeurs communes, qui comporte notamment le droit au blasphème en démocratie, encore d’être accepté par tous les clercs musulmans. 
Haoues Seniguer : L'espace du dialogue n'est certainement pas suffisant. En effet, c'est précisément le déficit de dialogue intra-musulman et avec les non-musulmans qui provoque tant de malentendus et de crispations dans la société française. Une bonne façon pour renouer le fil rompu ou mince du dialogue serait, du côté des musulmans français notamment (Union des Organisations Islamiques de France, Conseil Français du Culte Musulman, Grande Mosquée de Paris, etc.) d'ouvrir davantage leurs structures à la jeunesse née et socialisée dans notre pays, qui est plus est cultivée, et de rompre avec une lecture hyper normative de l'islam, en acceptant de débattre contradictoirement, y compris avec celles et ceux qui n'ont pas une bonne perception de leur religion.
Claude Sicard : Le dialogue entre musulmans et chrétiens est impossible. Il faudrait tout d'abord que les musulmans s'écartent du Coran pour accepter que les "chrétiens" ne soient pas des citoyens de second rang, des "shimmys". On ne peut discuter qu'entre gens qui se respectent. Par ailleurs le Coran dit  aux musulmans : "Ô croyants ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens" (5,51). Tout cela augure donc mal d'un dialogue fructueux entre musumans et chrétiens.

L’islam et les Français sont-ils réconciliables ? Comment ?

Daoud Boughezala : Votre question souffre d’un certain essentialisme : « l’islam » est divers, de même que « les Français ». Ce ne sont pas deux monolithes séparés par une frontière étanche, loin de là. En fait, je crois que tout le monde gagnerait à être un peu plus « marxiste » dans son regard sur l’Autre : en réalisant que les individus sont avant tout des citoyens inscrits dans une histoire économique et sociale particulière. Qu’ils soient immigrés ou « français de souche » convertis, les Musulmans ne doivent pas être jugés en fonction de tel ou tel verset coranique mais suivant leur comportement en société. Gare aux généralisations abusives : ce conseil vaut aussi pour les zélateurs de la France multiculturelle qui fustigent le scepticisme des Français devant l’islam : le sondage que vous citiez est avant tout un cri de détresse qui mérite d’être entendu et décrypté.  
Je crois que le spectre de la guerre de religions est un piège dans lequel il ne faut pas tomber. Nombre de débats récents, qui méritaient pourtant d’avoir lieu, dérivent en affrontement stérile entre « antiracistes » moraux et mal-pensants revendiqués, au mépris de la complexité. Si réconciliation il doit y avoir, c’est qu’une fâcherie s’est produite. Or, les Français, athées, Musulmans, chrétiens, comme juifs, éprouvent un sentiment de dépossession auquel les débats institutionnalisés ne changent rien. La religion de la croissance perpétuelle, le partage de la richesse entre capital et travail, la gestion de la pression migratoire sont autant de sujets incontournables qu’occultent les duels entre « islamophobes » et « islamophiles » aux revendications parfois également légitimes. Dans Incitation à l’autodéfense, Michel Bounan nous avertissait : « à chaque souffrance particulière correspond une centrale contestataire (…) Malgré leurs protestations contradictoires, ces centrales contestataires présentent pourtant un caractère commun remarquable. Aucune d’elle ne rattache jamais les souffrances qu’elle dénonce à la racine marchande de l’organisation sociale qui les produit ». Gare en effet à ne pas passer à côté de l’essentiel !
Haoues Seniguer : Ils sont forcément réconciliables d'abord parce qu'une majorité de musulmans de notre pays est elle-même Française et en est particulièrement fière. Simplement, c'est en oeuvrant, de part et d'autre, du côté des musulmans comme des non-musulmans, à ouvrir les identités culturelles, religieuses ou philosophiques les unes aux autres, dans un contexte de pluralisme marqué par le fait multiculturel, que notre société retrouvera la sérénité d'un débat démocratique qui doit impérativement être continué. En cela, les institutions et nos élus doivent en être les garants.
Claude Sicard : Pour qu'il y ait réconciliation il faut que les musulmans européens adoptent un islam reformé, en s'écartant du Coran. C'est parce que les musulmans indonésiens ont adopté un "islam reformé" qu'ils ont pu basculer dans un régime démocratique. Beaucoup de musulmans en Europe sont en fait sur un islam reformé, mais celui-ci doit être précisé dans sa forme. Etant minoritaires en Europe, les musulmans selon le droit musulman ont parfaitement le droit de ne pas respecter toutes les préconisations du Coran : cela pour ne pas créer de phénomène de rejet de la part des autochtones. Malheureusement, ils ne le font pas et ils ne savent même pas d'ailleurs qu'ils pourraient le faire. Le CFCM (Conseil français du culte Musulman) aurait du se donner pour tâche unique de faire émerger un "islam de france" ; c'etait le voeu de Nicolas Sarkozy. Au lieu de s'adonner à cette tâche le CFCM n'a fait qu' imposer un islam tel qu'on le lit dans le Coran et c'est fort regrettable. Même un leader comme Tariq Ramadan leur dit qu'il ne faut pas faire une lecture litterale du Coran !

L'immobilier : la prochaine claque qui attend l'économie française


Selon une étude réalisée par "The Economist", le marché immobilier français est le numéro un mondial pour la surévaluation des prix par rapport au revenu des ménages, et le quatrième plus surévalué par rapport aux loyers. Surévaluation de l'immobilier dans une économie chancelante : bon appétit.
Les fondations économiques de la France se fissurent. Le taux de chômage atteint 10,5% et ne cesse de grimper. Le secteur privé s'endort lentement dans un coma profond. Les ventes de voitures ont dégringolé de 13,9% en 2012 par rapport à 2011, qui était pourtant déjà une mauvaise année. Cette baisse des ventes concerne particulièrement les constructeurs français : PSA Peugeot Citroën a baissé de 16,6% et Renault de 19,8%. Et tout le monde de pointer du doigt un coupable.
Dans le royaume des appartements parisiens estimés à 2 millions d'euros ou plus – ce montant ne permet plus d'acheter grand-chose à Paris de nos jours – un jeu de poules mouillées est en train de s'instaurer. Le nombre de transactions s'est en effet effondré de 42% en 2012.
L'agence immobilière britannique de prestige Barnes qui s'est spécialisée dans la vente de biens de grand standing en France mais aussi ailleurs s'est basée sur les données fournies par des notaires spécialistes des transactions immobilières pour réaliser son enquête. Les prix des biens immobiliers haut de gamme à Paris ont ainsi baissé de 10 à 15%. Pour les propriétés en dessous de deux millions d'euros, les transactions ont dégringolé de 28% alors que les prix sont restés stables.
L'étude rejette la faute sur "la confluence de la crise de l'euro, les élections et les impôts". Les mots sont durs.
"Les élections" se réfèrent bien évidemment au choix des Français d'élire le socialiste François Hollande président de la République mais aussi aux élections législatives lors desquelles le PS est sorti vainqueur et a pris le contrôle du Parlement. Le terme "impôts" se réfère quant à lui aux nombreuses nouvelles taxes proposées par le nouveau gouvernement, et qui ont été votées par le Parlement, même si l'une d'entre elles, la tranche d'imposition à 75%, a été rejetée par le Conseil constitutionnel (une version légalement plus acceptable pourraient néanmoins renaître de ses cendres plus vite qu'on ne l'imagine).
Le climat est donc devenu hostile pour les riches, et la rhétorique empoisonnée. Ils s'en vont donc en masse, et pas seulement les super-riches. Ces circonstances malheureuses – les riches qui fuient – "ont incité les vendeurs a accélérer le processus de mise en vente des bien immobiliers alors même qu'il y a moins de vendeurs", explique Barnes, inquiet.
L'optimisme n'est plus de mise dans le monde immobilier français. Barnes évoque un marché "hésitant" lors du premier trimestre de l'année 2013, "avec un faible taux de transactions" mais qui s'améliorera petit à petit néanmoins avec une "lente correction des prix" – plutôt qu'une correction soudaine, ou même un krach. D'autres experts voient un futur bien plus sombre pour le secteur.
"Les vendeurs n'ont toujours pas compris qu'ils doivent diminuer leur prix de façon drastique bien que ces derniers aient déjà baissé à Paris de plus de 10%" comme l'explique Philippe Chevalier, PDG du spécialiste de l'immobilier de prestige Emile Garcin. Il pointe notamment du doigt les acheteurs étrangers, ou plutôt la rareté soudaine d'étrangers, car peu de Français peuvent encore se permettre d'acheter un beau logement à Paris. Ils ont en effet été chassés du marché. Le problème est que les acheteurs étrangers ont désormais peur en raison de "l'accumulation des taxes sur les biens immobiliers" ajoute Philippe Chevalier.
Et ce n'est pas seulement le cas à Paris. Les ventes en province de biens immobiliers anciens ont également baissé de 20% pendant le troisième trimestre, accélérant par la même occasion de 16% le déclin du deuxième trimestre. Et les ventes de nouveaux biens immobiliers en France de plonger de 25% au troisième trimestre.
Pourtant, les prix en France, au moins au troisième trimestre de l'année dernière, n'ont pas vraiment diminué, les vendeurs ayant toujours l'espoir – qui s'est révélé illusoire dans tous les fiascos immobiliers jusqu'à présent – que cette tendance passera également. Et même si les taux hypothécaires se sont élevés en moyenne à 3,31% en novembre sur une durée moyenne de 208 mois, les prêts hypothécaires ont plongé de 32,6% par rapport à l'année précédente.
Le journal The Economist s'est intéressé au phénomène en publiant une étude des prix de l'immobilier international. Cela ne visait pas directement la France, contrairement à d'autres des articles du journal. Et pourtant, ça à touché l'Hexagone en plein cœur.

L'étude a utilisé deux mesures et les a comparées aux anciennes moyennes, remontant jusqu'en 1975. L'étude révèle que la France est aujourd'hui numéro un en Europe pour la surévaluation des loyers par rapport au prix de vente. Les tarifs français sont ainsi surcotés de 50% par rapport au niveau des loyers pratiqués derrière le Canada (78%), Hong Kong (69%) et Singapour (57%); et de 35% par rapport au revenu disponible, juste devant le Canada (34%). Cela fait donc de la France le marché immobilier numéro un mondial pour la surévaluation des prix par rapport au revenu des ménages, et le quatrième plus surévalué par rapport aux loyers. Surévaluation de l'immobilier dans une économie chancelante : bon appétit.

François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sont donc encore plus impopulaires que jamais auparavant. Le scrutin est toutefois passé inaperçu avec l'intervention de la France au Mali – qui a entraîné une flopée de commentaires positifs et de soutiens venant de tous les côtés, au moins en ce qui concerne la France. Avec un timing impeccable.