Alors que plus d'un Français sur deux souhaite que «la gauche gagne la prochaine présidentielle», le socialiste Dominique Strauss-Kahn est plébiscité à 44% pour devenir le prochain président de la République. Il devance de loin la première secrétaire du PS Martine Aubry (31%), Ségolène Royal (25%) ainsi que Nicolas Sarkozy (24%).
C'est ce que révèle un sondage Viavoice* réalisé pour «Libération» à paraître lundi.
A quelques jours de l'université d'été du PS, qui
se tiendra du 27 au 29 août à La Rochelle, 55% des Français (3% de plus qu'en mars) souhaitent que la gauche gagne en 2012, contre 35% d'un avis opposé (-1). Jamais une différence aussi franche n'avait séparé les deux camps, précise l'institut qui pose cette question depuis février. Elles sont en revanche 57% à penser que si la gauche était au pouvoir aujourd'hui, «elle ne ferait pas mieux que la droite» (36% pensent le contraire).
Retraites, emploi : les Français font davantage confiance au PS
Toutefois, les Français font bien plus confiance «au Parti socialiste et à ses dirigeants» qu'à «Nicolas Sarkozy et à la majorité» pour «trouver des solutions efficaces pour le financement des retraites» (50% contre 29%), pour l'emploi (49% contre 27%) et pour «respecter la morale en politique» (44% contre 23%). Mais «dans le contexte des interventions estivales», 43% des sondés font plutôt confiance au chef de l'Etat pour «trouver des solutions efficaces contre l'insécurité» (contre 34% au PS).
Ces résultats «traduisent l'impopularité de la réforme des retraites, les difficultés engendrées par la crise économique, et le malaise nourri par l'affaire Bettencourt-Woerth», analyse François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice, alors que le président de la République n'est crédité que d'une popularité de 34% par cet institut (contre 36% dans un sondage Ifop réalisé pour le «JDD»). Néanmoins, «dans le contexte des interventions estivales», 43% des Français font plutôt confiance au chef de l'Etat pour «trouver des solutions efficaces contre l'insécurité» (contre 34% au PS).
Hit-parade des présidentiables : Eva Joly fait son entrée
L'actuel président du FMI a la préférence des de 44% des Français pour l'échéance de 2012, devant Aubry, Royal et Sarkozy, d'autres et Ségolène Royal (25%). Suivent l'ancien premier secrétaire du PS François Hollande (21%), François Bayrou, à la tête du MoDem (18%). Vient ensuite Eva Joly d'Europe Ecologie (16%) qui obtient «un bon score compte tenu du caractère très récent de son implication officielle en vue de la présidentielle», note François Miquet-Marty.
* Sondage réalisé du 18 au 20 août par téléphone, auprès d'un échantillon de 1 003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).(ndlr : encarté PS)
dimanche 22 août 2010
Cote des présidentiables : Strauss-Kahn loin devant
« La Dolce Vita » divise l'Italie
Les grands scandales de l'art :
Dès sa sortie, le film de Federico Fellini suscite la polémique par son portrait fascinant et éblouissant d’une société italienne désenchantée
Mai 1960, La Dolce Vita reçoit la Palme d’or au 13e Festival de Cannes. Federico Fellini, son réalisateur, goûte
la récompense que vient de lui attribuer le jury, présidé par Georges Simenon qui a beaucoup œuvré pour offrir la consécration à ce film. Un film qui n’a cessé, depuis sa sortie en février, de défrayer la chronique, quittant les rubriques cinéma des journaux pour alimenter les débats politiques et ecclésiaux.
Quelle est donc cette sulfureuse Dolce Vita, plus douce-amère que véritablement « dolce », qui agite tant les esprits ? Elle est l’écume et l’humeur d’une Italie qui se modernise, entre dans la société de consommation et vacille sur ses bases. Un monde où le cinéma et la presse mondaine font naître de nouvelles idoles, starlettes lumineuses et hypnotisantes, qui fascinent les « paparazzi ». Un monde ivre de ses beautés et de sa liberté, qui ne sait plus s’il doit résister ou céder au vertige qui le saisit.
« Marcello et moi avons échappé de justesse au lynchage »
En cet hiver 1960, pourtant, tout le monde n’a pas le goût du vertige, ni l’âme d’un acrobate pour virevolter – ou simplement se tenir – au- dessus du vide que Fellini a dépeint à travers l’errance de Marcello (Marcello Mastroianni), journaliste mondain partagé entre jouissance et désenchantement. Deux soirées de gala vont présenter le film au public italien. À Rome, l’accueil est tiède, à Milan, contrasté.
La scène finale du film, une soirée de luxure dans une riche villa romaine, indigne : « Quelle honte ! », « Assez ! », « C’est dégoûtant ! » s’écrient des spectateurs en colère. « Marcello et moi avons échappé de justesse au lynchage. J’ai pris un crachat à la figure, lui a reçu des insultes comme fainéant, lâche, débauché, communiste. (…) On en est arrivé à demander que le film soit brûlé et que je sois privé de passeport », racontera Fellini.
« Basta ! » (« Assez ! ») : c’est le titre que reprend le journal officiel du Saint-Siège, L’Osservatore Romano, alors dirigé par le comte Giuseppe Della Torre. Pendant plusieurs jours, des articles anonymes vont critiquer le film, rebaptisé « La Sconcia Vita » (« La Vie répugnante »).
Du côté des politiques, les fascistes du Mouvement social italien sont les premiers à attaquer le film à la Chambre des députés, dénonçant une « grave atteinte à la vertu et à la probité du peuple romain » et la « dégradation de la haute mission que remplit Rome en tant que centre du catholicisme et des civilisations antiques » (1). La droite cléricale s’associe à la campagne contre le film. À gauche, au contraire, on décide de soutenir Fellini, naguère pourtant critiqué pour La Strada (1954) et son « cinéma spiritualiste ».
Un miroir insupportable
Aux yeux de ses détracteurs, tout est matière à scandale dans cette vaste fresque cinématographique de près de trois heures. Les errances de Marcello entre plusieurs femmes, Emma, sa compagne, Maddalena, la riche héritière, Fanny, la danseuse et, pour finir, la star de cinéma Sylvia (Anita Ekberg), qu’il escorte dans le labyrinthe des ruelles romaines jusqu’à la mythique fontaine de Trevi.
On affirme que Fellini ridiculise la religion, en ouvrant le film avec l’arrivée par hélicoptère d’une statue géante du Christ qui ne suscite aucun sentiment religieux ou en dévoilant les excès de la piété populaire lors de la scène de la fausse apparition de la Vierge à deux enfants.
On lui reproche ses scènes érotiques et le suicide inattendu de l’intellectuel Steiner, habité par l’angoisse derrière les apparences d’une vie familiale paisible. Sans qu’on le crie haut et fort, c’est aussi le miroir que Fellini tend à ses adversaires qui est insupportable : nobles et bourgeois y apparaissent comme des êtres oisifs et décadents, dont les nuits sont ponctuées de fêtes extravagantes.
Un débat au sein de la communauté catholique
Si le journal du Vatican porte un jugement sévère sur le film, de réelles divergences d’appréciation existent au sein de la communauté catholique. Un ami de Fellini, le P. Arpa, jésuite, a obtenu la neutralité bienveillante de Mgr Giuseppe Siri, archevêque de Gênes. À Milan, la communauté jésuite du centre culturel San Fedele s’efforce de soutenir le film, malgré les réticences de Mgr Giovanni Battista Montini, l’archevêque de la ville et futur pape Paul VI.
Début mars, ils font paraître dans la revue Letture un compte rendu du film, dans lequel le P. Nazareno Taddei explique en quoi la représentation du mal peut constituer un message positif. La réponse de Mgr Montini sera immédiate : le numéro est retiré, le P. Nazareno reçoit l’interdiction d’écrire sur le cinéma et le P. Alberto Bassan, supérieur de la communauté, doit quitter ses fonctions. De son côté, le P. Arpa fait l’objet d’un avertissement de la Congrégation du Saint Office. « Le plus blessé, c’était Fellini, se souviendra le P. Taddei. Il disait : “Je me suis trompé, mon film fait du mal. Et dire que j’étais convaincu d’avoir fait une œuvre catholique.” »
« Que voyons-nous dans La Dolce Vita ? Une série de personnages qui acceptent sans sourciller, sans plus s’en étonner, le péché. Pour moi, ce film veut raconter l’histoire d’un édifice en train de s’effondrer parce que les fondations ont cédé » : ces propos ne sont pas ceux d’un moraliste, mais ceux de Federico Fellini. Pour le réalisateur, La Dolce Vita est « un procès, fait par un complice ». Là réside son ambiguïté et sa profondeur.
Elodie MAUROT
(1) Fellini, Éd. Gallimard, 412 p., 28,50 €.
Les écrivains français qui ont le plus vendu au premier semestre
En termes de chiffre d'affaires, Katherine Pancol, Marc Lévy, Guillaume Musso forment le trio de tête au premier semestre 2010, selon le cabinet GFK.
Comme au cinéma, l'édition compte donc de plus en plus sur des auteurs vedettes synonymes de prospérité pour l'éditeur qui les publie. En termes de chiffre d'affaires, c'est Katherine Pancol qui, au
premier semestre 2010, a été l'auteur français de la catégorie romans-documents-essais le plus « bankable ». A elles seules, ses ventes ont représenté 9,9 millions d'euros de revenus sur la période, selon le palmarès établi par GFK. Le cabinet d'études prend en compte tous les titres vendus par un auteur et tous les formats - notamment les livres de poche. Publiée chez Albin Michel, la romancière a, toujours selon GFK, été la meilleure vente en grand format - tous auteurs confondus (français et étrangers) -au premier semestre grâce à son dernier ouvrage, « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi », qui ne divulgue pas le nombre d'exemplaires vendus. Viennent ensuite les abonnés aux très grosses ventes, soutenus par un public très fidèle : Marc Levy (8,8 millions d'euros), Guillaume Musso (7,9 millions d'euros) et Anna Gavalda (4,2 millions d'euros), tous trois également portés par un succès de librairie. Véritable machine à best-sellers, Marc Levy a d'ailleurs fait la deuxième meilleure vente en grand format avec « La Fille de papier ». Le succès continu du poulain de Bernard Fixot en format poche explique qu'il ait réalisé un chiffre d'affaires supérieur à ses concurrents.
La surprise Florence Aubenas
Nouvelle venue dans le Top 10 des auteurs français publié par GFK, la journaliste Florence Aubenas se hisse au cinquième rang : grâce à son livre-enquête sur le travail précaire « Le Quai de Ouistreham », publié aux Editions de L'Olivier, ses ventes ont totalisé 3,5 millions d'euros. Une surprise comme en réserve parfois l'édition. Ensemble, les dix auteurs de la catégorie romans-documents-essais ont représenté un chiffre d'affaires de 48,1 millions d'euros sur six mois.
Maisons : Albin Michel en tête
Du côté des maisons d'édition, le grand gagnant est Albin Michel. Trois auteurs sur les 10 ayant réalisé le plus gros chiffre d'affaires sont de fait sous contrat avec la maison de la rue Huyghens : Katherine Pancol, l'auteur de thriller Maxime Chattam et Eric-Emmanuel Schmitt. Si on prend le hit-parade des meilleures ventes en grand format au premier semestre, l'éventail d'éditeurs ayant bénéficié d'un succès est plus large : Puisqu'on trouve également XO, Le Dilettante, les Editions de L'Olivier ainsi, enfin, que JC Lattès. Avec le dernier roman de l'américain Dan Brown, « Le Symbole perdu », Lattès, qui est dans le giron d'Hachette Livre, a réalisé la cinquième meilleure vente du premier semestre sur le marché hexagonal, selon GFK.
Rentrée littéraire 2010 : les éditeurs parient sur les auteurs stars pour relancer leurs ventes
D'ici à la fin octobre, 701 nouveaux romans vont déferler sur les tables des libraires. Dans un marché atone, les éditeurs ont privilégié les vedettes de la littérature française : Michel Houellebecq chez Flammarion, Amélie Nothomb chez Albin Michel, Laurent Gaudé chez Actes Sud ou encore Philippe Claudel chez Stock sont en lice dans la course aux prix.
Honneur à la littérature française et aux auteurs qui font vendre ! Placée sous le signe de l'abondance avec 701 nouveautés attendues sur les tables des libraires entre la mi-août et la fin du mois d'octobre, après deux années de baisse, la rentrée littéraire cette année laisse une place de choix aux romans hexagonaux. De 430 l'an dernier, ils montent à 497 titres publiés cette année. « Le score le plus important depuis trente ans », soulignait « Livres Hebdo », la bible de l'édition française dans son numéro du 2 juillet. Celui-ci s'expliquerait, selon la revue, par l'arrivée sur le marché de nouveaux acteurs. Dans un marché rattrapé par le phénomène des best-sellers, les grands éditeurs de la place ont en revanche joué la sécurité, à la fois en resserrant leur production et en misant sur des auteurs déjà connus et appréciés du public. L'un des moments forts de la rentrée de septembre sera sans conteste la sortie chez Flammarion du nouveau roman de Michel Houellebecq, « La Carte et le territoire », tiré à 120.000 exemplaires. Au total, 13 titres bénéficieront d'un premier tirage de plus de 50.000 exemplaires, selon « Livres Hebdo ».
Moins de premiers romans
Comme à son habitude, Albin Michel mise gros sur l'inoxydable Amélie Nothomb. Son nouveau roman, « Une forme de vie », bénéficiera d'une première mise en place de 220.000 exemplaires ! Chez Actes Sud, les poids lourds de la rentrée sont Claudie Galley (« L'amour est une île », tiré à 70.000 exemplaires) et Laurent Gaudé (« Ouragan », 85.000 exemplaires). Stock joue pour sa part ses plus gros tirages sur le prix Renaudot 2003, Philippe Claudel (« L'Enquête », 100.000 exemplaires), Gallimard sur Marc Dugain (« L'Insomnie des étoiles », 60.000 exemplaires) et les Editions de L'Olivier sur Olivier Adam (« Le Coeur régulier », 50.000).
Le jeu sera très ouvert entre ces auteurs stars qui tous se nourrissent du rêve d'être sélectionnés pour la course aux prix littéraires. Seule certitude : ces poids lourds risquent fort d'écraser le marché. Et il ne sera sans doute pas facile pour les débutants d'attirer l'oeil de la critique et du public. Mais ils seront moins nombreux que les années passées. Seulement 85 premiers romans paraîtront cet automne, soit le plus bas niveau depuis 2003, les éditeurs préférant limiter leurs risques.
La prudence des grandes maisons françaises fait une autre victime : la littérature étrangère, qui enregistre un recul de près de 11 %, avec 204 romans attendus seulement, contre 229 l'an dernier. En cause, le coût - élevé -des droits et des traductions. Sur ce terrain aussi, la rentrée littéraire verra s'affronter de grosses pointures. Le Seuil publie ainsi « L'Eté de la vie », de l'écrivain sud-africain J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, et « Vice caché », de Thomas Pynchon. Gallimard, le dernier roman de Philip Roth, « Indignation ». Les éditions Robert Laffont sortent « Suite(s) impériale(s) », de Bret Easton Ellis. La rentrée d'automne aura-t-elle un effet d'entraînement sur le marché de la littérature générale, en mal de croissance ? Au premier semestre, le marché des romans, documents et essais a stagné, en hausse de 0,7 % en volume et en valeur selon le cabinet GFK. Dans cette période où les ménages regardent à la dépense, le chiffre d'affaires des éditions de poche (dont le prix moyen est estimé à 6,5 euros) a augmenté de 4,7 %, tandis que la croissance des ventes de livres en grand format (18,2 euros en moyenne) a été limitée à 0,9 %. En misant sur leurs « auteurs vedettes », les éditeurs espèrent bien faire prendre, ou reprendre le chemin des librairies à un plus grand public.
NATHALIE SILBERT, Les Echos
Woody a jugé Carla très pro
Le cinéaste américain Woody Allen ne tarit pas d'éloges sur Carla Bruni-Sarkozy, qu'il vient de diriger dans «Midnight in Paris», le film qu'il tourne actuellement à Paris. L'épouse du président de la République y incarne une guide
du Musée Rodin, au côté de Marion Cotillard et de l'Américain Owen Wilson.
«Elle a été très professionnelle. Elle a si bien joué le rôle que tout ce que nous avons tourné sera dans le film, rien ne sera coupé», a-t-il déclaré au quotidien italien «Il Corriere della Sera», dans une interview téléphonique qui a été mise en ligne samedi sur le site du journal.
Un casque pour que Nicolas entende les répliques de Carla
Nicolas Sarkozy
s’était rendu sur le plateau de tournage fin juillet, aux environs de 2 heures du matin dans le Ve arrondissement, pour assister à une des prestations artistiques de son épouse. «Comme toutes les autres personnes extérieures à l'équipe, il a dû rester sur le côté du plateau», a expliqué le cinéaste new-yorkais «Nous lui avons donné un casque pour qu'il entende ce qu'elle disait... Il était très satisfait».
«Midnight in Paris», une comédie romantique dont le tournage a débuté début juillet, raconte la vie d'un couple bouleversée par un voyage à Paris. L'action se déroule dans les années 1920, période où le jazz était extrêmement populaire. Woody Allen est lui-même un grand amateur de jazz et joue régulièrement de la clarinette. Le film alterne images d’aujourd’hui et flash-back sur cette période de l'entre-deux guerres. Le film doit sortir sur les écrans en 2011.
Brice Hortefeux répond à ses détracteurs
Dans un entretien au Monde, le ministre de l'Intérieur défend sans complexe la politique sécuritaire menée sous la houlette du président de la République. Et reste sourd aux critiques venant de sa propre majorité, de la Commission européenne ou de la presse étrangère.
Droit dans ses bottes. Dans une interview accordée au journal Le Monde (édition du 22-23 août),
le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux ne regrette rien et reste persuadé, en dépit des nombreuses critiques qui s'élèvent, que la politique sécuritaire menée en France est «juste». «La réalité, c'est que l'action engagée sous l'autorité du président de la République rassemble les Français», martèle-t-il en réponse à ses nombreux détracteurs, parfois issus de sa propre majorité, qui l'accusent de stigmatiser certaines minorités.
Il s'en prend directement au «petit milieu politico-médiatique parisien» qu'il oppose à «la réalité de la société française », fustigeant au passage la «gauche milliardaire » qui ne comprend pas que « la délinquance évolue» et qu'il faut s'y adapter. «Je me suis déplacé partout en France cet été et j'en reviens convaincu que nous sommes totalement en phase avec nos compatriotes», soutient-il.
«Le Front national a tort de jubiler»
Concernant la politique menée actuellement contre les Roms, qualifiée de «xénophobe» par la presse étrangère et désavouée par l'ONU et Bruxelles, il persiste et signe : «Nous n'avons pas vocation à accueillir en France tous les Roms de Roumanie et de Bulgarie». Tout en se défendant de stigmatiser «telle ou telle communauté», il poursuit : «Quand j'entends certains condamner le démantèlement de camps insalubres, illégaux et indignes, j'aimerais qu'au-delà des mots, les mêmes les accueillent et les installent dans leur commune.»
Aux gens qui reprochent au gouvernement de faire le jeu du Front national en faisant de la sécurité l'enjeu prioritaire, Brice Hortefeux répond que le parti de Marine Le Pen aurait «tort de jubiler», car il baisse dans «les derniers sondages d'opinion». «Le combat pour la sécurité bouscule les clivages traditionnels», maintient-il, puisque c'est «l'un des tout premiers droits du citoyen».
Interrogé sur la baisse des effectifs de police et de gendarmerie 9000 postes en moins en trois ans -, le ministre admet que «les contraintes budgétaires nous imposent de maîtriser les effectifs». Il se refuse toutefois à voir une contradiction entre le discours sécuritaire entretenu par le président et cette baisse des moyens mis en œuvre. «On peut avoir moins de policiers dans les bureaux et plus de policiers sur le terrain», défend-il.«Nous ne cédons pas un centimètre de terrain aux crapules qui voudraient faire la loi» dans les quartiers sensibles, assure-t-il.
Cameron Diaz star la plus dangereuse du Web

Pour une fois, l’actrice n’est pas en tête d’un classement de beauté mais de celui de la société de sécurité informatique McAfee, numéro un mondial des antivirus. Quoique, entre les deux il n’y a qu’un pas... La star sert le plus souvent d’appât aux escrocs du net qui utilisent son image pour attirer les internautes vers des sites piégés, capables d’introduire des logiciels malveillants dans leurs ordinateurs. Les vedettes de cinéma et les personnalités jugées sexy sont en effet en tête du classement. Cameron Diaz figure juste devant Julia Roberts et Jessica Biel. Les mannequins Gisele Bündchen, Adriana Lima et Heidi Klum sont dans les 10 premières places.
Claironnée à grand fracas par Washington, l'annonce de la énième reprise des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens relève plus de la communication que de la politique. Malgré les pressions américaines, d'ailleurs vite oubliées, Israël n'a rien cédé sur la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Et à vrai dire, Mahmoud Abbas, cet éternel rabroué, n'a plus aucune crédibilité et de moins en moins de légitimité. Dans ces conditions, l'échec des pourparlers est programmé d'avance.
Mais à moins de trois mois des élections de la mi-mandat (renouvellement de la chambre des représentants en totalité et d'un tiers du Sénat), il fallait un succès diplomatique à l'administration démocrate. En montrant aux Américains que cette équipe a le leadership mondial bien en mains, calendrier compris.
Et il était temps d'apporter une preuve car sur la scène internationale la présidence Obama a jusqu'à présent plus subi que réagi. C'est vrai face à l'Iran et à la Corée du Nord. C'est encore plus flagrant dans la gestion de ces héritages empoisonnés de l'ère Bush que restent l'Irak et l'Afghanistan. Le retrait des troupes combattantes américaines d'Irak laisse ce pays dans son chaos immuable, malgré l'instauration d'une pseudo-démocratie. La sortie du bourbier afghan, vers 2014 semble-t-il, ne donnera pas un résultat plus convaincant. Sur un plan purement politique, ces deux guerres se soldent par une cuisante défaite qui en présage d'autres : déjà allié peu sûr, le Pakistan aujourd'hui noyé dans les flots n'est plus que l'ombre d'un État et deviendra une proie facile pour les islamistes.
Certes, l'électorat américain va d'abord se prononcer sur les affaires intérieures, en commençant par la situation économique. Pourtant, face à la crise, l'administration Obama n'a pas chômé. Elle est intervenue tous azimuts, en faisant preuve d'innovation et de dynamisme tranchant vraiment avec l'immobilisme européen. Mais les résultats ne peuvent être visibles à court terme... Alors, faute d'arguments sérieux, il devient facile pour les républicains de lancer leurs accusations populistes. Et facile aussi de reprocher à Obama une mauvaise gestion de la marée noire dans le Golfe du Mexique. En oubliant la gestion catastrophique des conséquences de l'ouragan Katrina par l'administration Bush.
Convaincre les électeurs du bien fondé des réformes sera le gros travail de Barack Obama dans les semaines à venir. Pour ne pas perdre sa faible majorité au Congrès. Une perspective peu réjouissante pour un président en droit de briguer un second mandat.
La France n'a pas seulement des muscles qui lui rapportent des médailles en athlétisme et natation. Elle a aussi un peu de tête, même si parfois l'actualité nous en ferait douter. Les deux lauréats de la médaille Fields et celui du prix Gauss doivent d'abord cette gloire, dont le pays s'enorgueillit aujourd'hui, à leurs qualités personnelles et leurs parcours singuliers. L'un, Vietnamien d'origine, est Français depuis cette année. On tremble à l'idée que cette naturalisation aurait pu lui être refusée par une administration assez kafkaïenne pour en recaler bien d'autres.
L'avenir nous apprenant à ne jamais l'insulter, qui sait si, dans 25 ans, un fils de Rom, expulsé puis revenu, ne nous rapportera pas un prix Nobel ? Quant au second médaillé, natif de la Corrèze, c'est un prof de 3e qui lui a su lui donner la passion des maths. Le lauréat ajoute qu'il faut faire des efforts comme un pianiste qui veut bien jouer. Bref, rien à voir avoir la soi-disant « bosse des maths » sur le front. Il faut surtout... bosser !
Ce rappel survient opportunément le jour même où sont listés les lieux d'expérimentation d'un nouveau rythme scolaire : cours le matin, sport l'après-midi. L'effort sportif pour retrouver ou entretenir le goût de l'étude ? Pourquoi pas, mais nos brillants scientifiques montrent qu'il leur a fallu plus que ce minimum pour arriver aux médailles. Une passion assez puissante pour profiter au mieux de la qualité et de l'exigence du système français, classes prépas sélectives et recherche en laboratoires, à l'université et dans les grandes écoles.
L'excellence française en maths ne doit pas conduire à l'autosatisfaction générale. La paradoxale 31e place aux récentes Olympiades de mathématiques et le classement de Shanghai soulignent à quel point la France a du mal à se faire reconnaître dans la compétition mondiale. Les chercheurs ont besoin de temps, de moyens, de liberté pour résister aux sirènes de l'étranger. Comme l'amour, la recherche a besoin de preuves qu'au-delà des louanges d'un jour ou d'une réception à l'Élysée, elle est bien une priorité nationale.
XAVIER PANON
samedi 21 août 2010
Le Times de Londres a dit "Gestapo" et parlait de la France et de ce qu’elle fait à des Européens qu’on appelle Roms ou Gitans ou Tziganes, et qu’on exterminait il y a soixante-dix ans, et qu’on expulse simplement aujourd’hui.
Rien à voir évidemment. Le Times de Londres dit donc n’importe quoi en disant Gestapo, et on pourrait hausser les épaules quand des Anglais troquent leur understatement pour l’outrance… Mais ce mépris serait un évitement. Si le journal de référence des conservateurs britanniques vitupère tel un forum Internet mal modéré, c’est son problème et leur égarement. Notre souci est ailleurs: c’est la France, ce qu’elle devient, ce qu’elle montre, qui provoque cette régression.
Peut-on s’arrêter un instant, pour se demander à quoi nous ressemblons? Un pays qui cherche des familles dans des camps illégaux, et les enfourne dans des avions pour un retour à la case départ, et se lave les mains de la suite, satisfait même d’avoir démontré son autorité au monde ou à soi-même, capable encore de donner des leçons aux autres. Un pays qui subit les tirs croisés des moralistes de tous bords, et s’en moque. Le New York Times il y a quelques jours – la gauche américaine – le Times londonien ensuite – la droite anglaise. Et des Allemands aussi. Et des Bulgares et des Espagnols, et des Roumains bien sûr, et sans parler de nazisme, tous fustigent notre "xénophobie", notre "racisme", et les "gesticulations" de celui qui nous préside, et qui a lancé cette séquence.
Nous sommes seuls, et notre indifférence nous le masque. Ou notre légèreté. C’est peut-être le pire, cette cruauté inconséquente, cette manière de fondre sur des populations, de décréter soudain leur présence chez nous comme intolérable, puis de reprendre le cours de nos petites affaires. On expulse des Roms, par-ci, par-là, on arrêtera, on recommencera. Voici les Gitans, variable d’ajustement des preuves d’autorité du pouvoir. Ils ont l’habitude. Ils paient leur écot, ceux qui passent à travers les gouttes resteront en France, d’autres reviendront, cela n’aura rien changé au front sécuritaire. Ils auront été une distraction estivale, quand un grand pays broie de petites gens, entre deux choses sérieuses.
Nicolas Sarkozy a cessé d’animer lui-même la scène sécuritaire. Vendredi, il organisait une réunion pour confirmer qu’on raboterait des niches fiscales. On y verra un énorme rien, puisqu’on savait déjà tout. Ou une réponse aux menaces sucrées d’une agence de notation financière, Moody’s, qui avertissait les grands pays que leurs capacités à emprunter n’étaient pas garanties éternellement, et la dégradation au bout du laxisme.
La France a su réagir aux avertissements de Moody’s, quoi qu’on en pense et on en pense souvent du mal: on se soumet aux réalités du monde, aux normes, au rating financier. Il faudrait imaginer des agences de rating moral, auxquelles on obéirait, aussi promptement? Elles existent d’ailleurs, se nomment The Times ou El Pais, on peut prétendre qu’elles disent n’importe quoi mais on aura tort: elles nous ont dégradés, et le stigmate restera.
Claude Askolovitch
Pourquoi les compagnies low cost n'aiment pas certains passagers
Trois incidents en six mois mettent en cause easyJet, qui a refusé l'embarquement de passagers handicapés. Une enquête est en cours à la Direction générale de l'aviation civile. Mais les passagers à mobilité réduite ne sont pas les seuls visés par les mesures discriminatoires des compagnies à bas coût. Les enfants non accompagnés ne sont pas acceptés non plus par ces transporteurs. Ces derniers manifestent également peu d'enthousiasme à faire voyager des groupes et, en général, tous les passagers susceptibles de poser des problèmes.
Cet ostracisme est provoqué par le modèle économique des compagnies
low cost. Le principe de base, pour offrir des billets à prix cassés par rapport aux compagnies classiques, consiste à optimiser l'exploitation de chaque avion pour réaliser chaque jour au moins une étape de plus. Comme la hausse de la vitesse en vol n'apporterait qu'un gain de temps marginal et très coûteux en carburant, c'est la réduction du temps d'escale au sol qui permet d'y arriver. Le "demi-tour" à l'aéroport, en jargon aéronautique, dure en général une heure en moyen-courrier, mais peut être réduit à vingt minutes par un transporteur low cost. À la fin de la journée, l'avion aura alors "économisé" au moins deux heures.
Gagner du temps
Pour gagner ce pari, débarquement et embarquement des passagers doivent être réalisés très rapidement pendant que les hôtesses effectuent un nettoyage sommaire de l'avion. Un passager à mobilité réduite est susceptible de gripper ce dispositif. Toujours pour limiter les coûts, le personnel d'escale, très peu nombreux, effectue successivement plusieurs tâches comme la billetterie, l'enregistrement, l'embarquement, etc. Personne n'est donc prévu pour accompagner des enfants mineurs. Les handicapés moteurs doivent, eux, voyager sous la responsabilité d'un membre de leur famille présent à bord ou d'un autre passager. Et, pour compliquer le tout, les réglementations européennes, nationales et parfois des aéroports ne s'accordent pas toujours, rendant parfois un trajet aller possible, mais pas le retour... Le souci de fluidité des opérations au sol des low cost est tel que le passager avec bagage de soute est presque un gêneur, car il provoque des pertes de temps et des coûts de manutention. On lui facture donc dès la première valise.
L'enquête de la Direction générale de l'aviation civile devrait clarifier ces points et montrer pourquoi un passager refusé à bord d'un avion d'easyJet est accepté sur celui d'Air France. Les règles de sécurité sont, en effet, les mêmes et reposent d'ailleurs sur des normes européennes, en particulier l'évacuation d'un avion en 90 secondes. Pour cela, easyJet avait demandé à Airbus de lui dessiner une version spéciale de l'A319 équipée de deux issues de secours au lieu d'une, ce qui permet d'embarquer 156 passagers, contre 142 sur le modèle standard. Près de 10 % de rentabilité de plus.
Brice Hortefeux, les "bien-pensants" et la "gauche milliardaire"
Le ton est inhabituel, offensif, cinglant parfois à l'égard de ses adversaires politiques. Brice Hortefeux assume et défend la séquence sécuritaire du gouvernement. Dans un entretien au Monde, le ministre de l'intérieur s'adresse à tous ceux qui dénoncent une surenchère dangereuse : "Vous êtes aveuglés par le sentiment dominant des soi-disant bien-pensants qui, en se gargarisant de leur pensée, renoncent à agir (...) Que certaines voix de la gauche milliardaire aient du mal à le comprendre ne me trouble pas du tout, bien au contraire "
Des protestations ? " Je vous invite à ne pas confondre
le petit milieu politico-médiatique parisien et la réalité de la société française ! La sécurité est l'un des tout premiers droits. Ceux qui le nient ne sont généralement pas les moins privilégiés."
"POURQUOI RECULERAIS-JE ?"
Des dissensions à droite ? "Pourquoi reculerais-je ?" Des critiques de l'ONU ou de la commission européenne ? "Que chacun assume ses responsabilités !" Des attaques du Parti socialiste ? "Sur la sécurité et l'immigration, comme sur la fiscalité ou les retraites, la gauche se tait car elle n'a strictement rien à dire. Son silence est un programme."
Le ministre de l'intérieur affirme par ailleurs que le gouvernement a entendu le message de l'opinion, notamment des "classes populaires" sur l'insécurité. Mais il défend dans le même temps les suppressions de poste dans la police et la gendarmerie.
"Sauf à vouloir augmenter les impôts ou y soumettre les ménages qui n'en payent pas aujourd'hui, les contraintes budgétaires nous imposent de maîtriser les effectifs. J'assume cette vérité. En 2011, compte tenu des recrutements effectués cette année et notamment des 1500 adjoints de sécurité supplémentaires, il y aura certes une diminution de 712 postes dans la police et 96 dans la gendarmerie. C'est une évolution modeste : en 2011, nous atteindrons donc 99,5% des effectifs d'aujourd'hui. "
Sondage : le PS s'oppose suffisamment au gouvernement
A une semaine de son université d'été à La Rochelle, le Parti socialiste retrouve une place de sérieux opposant au gouvernement aux yeux des Français. Selon un sondage Ifop à paraître dans Dimanche Ouest-France, 51% des personnes interrogées estiment que le PS s'oppose suffisamment au gouvernement (contre 40% en août 2009), 49% considèrent qu'il est proche des préoccupations des Français (41% en août 2009).
Mais seulement 39% (31% en 2009) estiment que le PS dispose de dirigeants de qualité et 34% (27% en 2009) qu'il a un projet pour la France. Ces chiffres sont faibles, mais en progression depuis un an.
Chez les sympathisants socialistes, 53% estiment que le PS s'oppose suffisamment au gouvernement, 78% considèrent qu'il est proche des Français, 61% qu'il a des dirigeants de qualité et 62% qu'il a un projet pour la France.
A la question ouverte sur le meilleur candidat du PS à l'élection présidentielle de 2012, Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, arrive largement en tête. 30% des sondés le citent spontanément alors qu'ils n'étaient que 23% en janvier 2010. La première secrétaire du PS, Martine Aubry, perd 7 points avec 13% des Français à la citer spontanément (20% en janvier 2010) et Ségolène Royal perd un point par rapport à janvier 2009 où ils n'étaient que 8% à la préférer.
Chez les socialistes, Dominique Strauss-Kahn garde son avance avec 34% contre 24% pour Martine Aubry et 13% pour Ségolène Royal.
Enfin, 50% des Français s'estiment satisfaits de la façon dont Martine Aubry dirige le parti (69% pour les sympathisants socialistes). Ce score est en nette hausse par rapport à 2009 où ils n'étaient que 29% de satisfaits (41% chez les sympathisants socialistes).
Sondage réalisé les 19 et 20 août par téléphone auprès d'un échantillon national représentatif de 1.005 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas).
Prix du porc. Une filière qui craint le naufrage
Si les producteurs de lait ne vont pas bien, les producteurs de porc ne sont pas en très grande forme non plus. La flambée du prix de l'aliment du bétail est en train de remettre en question un fragile équilibre. La profession craint le naufrage.
Pourquoi le cochon va mal?
La principale raison, c'est que depuis cet été, le
prix des céréales flambe. Or, c'est l'aliment principal des cochons. Il pèse 60% dans le coût de revient. Les Bretons, qui ont fait le choix du hors-sol, en produisent peu à la ferme. Ils sont donc très dépendants du marché extérieur. En quelques semaines, le prix de l'aliment acheté par les éleveurs a renchéri de 10% et ce n'est pas fini, semble-t-il. La solution pour les producteurs serait de pouvoir répercuter cette hausse dans leur prix de vente. Mais ce n'est pas le cas. Le prix de base auquel ils sont payés est régi par la loi de l'offre et de la demande, sans discussion possible. Jeudi dernier, le cours du porc au marché au cadran de Plérin (22) s'est établi à 1,24euro. «Il devrait être à 1,30euro pour compenser la hausse du prix de l'aliment», calcule Jean Pierre Joly, directeur du marché du porc breton.
Des producteurs déjà mal en point.
Cette flambée des céréales intervient alors qu'une grande partie des producteurs est loin d'avoir pansé les plaies de la crise précédente. Selon Inaporc, l'interprofession porcine, un producteur breton sur deux est dans le rouge. «Si on n'arrive pas à répercuter cette hausse, c'est le naufrage assuré de la profession», prévient son président Guillaume Roué. La Bretagne compte 3.500 producteurs.
La concurrence allemande.
Dans le porc, comme dans le lait, la France est en train de se faire tailler des croupières par l'Allemagne. Ce pays qui mise à fond sur son industrie devient un concurrent plus que redoutable. Idéalement placé au coeur des grands bassins de consommation, ce pays est passé à l'offensive, développant à tout va son industrie porcine. «En huit ans, elle a augmenté sa production de 15millions de porcs, c'est l'équivalent de la production bretonne», indique Jean-Pierre Joly. Les professionnels bretons considèrent que leurs homologues allemands bénéficient d'un excellent environnement politique et social: main-d'oeuvre bon marché, fiscalité plus favorable... «Bruxelles nous dit qu'elle n'y peut rien, mais si ça continue, les Allemands vont finir par nous tuer», s'alarme un éleveur breton.
Appel à la grande distribution.
Répercuter la hausse est devenu un leitmotiv. «Il faut impérativement jouer la solidarité interprofessionnelle», répète Guillaume Roué. Un discours relayé par le Syndicat national du commerce du porc. «On demande à la filière et particulièrement aux salaisonniers de privilégier l'origine nationale. Nos concurrents savent le faire très bien», insiste Paul Rouche, président de la SNCP. L'appel s'adresse aussi, évidemment, à la grande distribution. «Il suffirait de donner 10 centimes supplémentaires aux producteurs. C'est dérisoire quand on voit le prix des grillades proposées cet été dans les rayons. Il n'y a aucune raison que le consommateur paie plus cher», affirme Jean-Pierre Joly.
Il n’y a pas que les Roms dans la vie. Ayant chanté tout l’été, le thème de l’insécurité s’épuise. D’autres échéances budgétaires se profilent.
Il s’agit de combler la dette publique, sans trop désespérer le pays profond. Le combat promet d’être rude. Mieux vaut, d’ores et déjà, affûter ses arguments.
Une forteresse du XI e siècle convient à pareille “veillée d’armes”. C’est donc au fort de Brégançon, cet Élysée varois, que furent convoqués les ministres de Bercy. L’austérité mérite un austère décor. Objectif affiché : “anticiper le retour des vacances, afin d’être prêt pour la rentrée.”
Car les perspectives, hélas, ne semblent guère réjouissantes.
L’État révise à la baisse la croissance pour 2011.
Ses caisses, plus que jamais, réclament de l’argent.
La solution ? On ne voit guère que l’appel au contribuable, mais la doctrine sarkozyste s’y refuse absolument.
Question de principe.
Une ruse d’ébéniste suffit pourtant à contourner l’obstacle. Le gouvernement décide de “raboter les niches fiscales et sociales”. Dès l’automne, a-t-on appris hier, “elles vont diminuer à hauteur de dix milliards d’euros.” Et voilà. Nombre de charges, jadis “déductibles” par les ménages, ne le seront plus. Le rabot sauve les meubles, les impôts n’augmenteront pas. Mais les Français en paieront davantage…
Comment être plus durable qu'un vent favorable ?
S'ils veulent devenir une vraie force politique au-delà de succès électoraux éphémères, les écologistes n'échapperont pas au test de l'anémomètre. Ce n'est pas seulement une question de direction, ni de souffle, mais de constance. Cette vraie faiblesse, qui se confond avec leur histoire, les Verts n'ont, jusqu'à présent, jamais pu ou voulu la corriger. Ils ont l'occasion de le faire. Vont-ils la saisir, et surtout, comment ?
L'affichage d'une inhabituelle sérénité collective depuis le début de leurs journées d'été de Nantes est le signe d'une météo provisoirement apaisée mais il n'est pas suffisant pour garantir des lendemains conquérants. L'essentiel n'est pas réglé. Loin de là. Fondre toutes les sensibilités écologistes dans un seul mouvement n'allait pas de soi et l'opération semble plutôt bien engagée après avoir été longtemps contestée. Mais sur quelles bases et pour en faire quoi ?
La mise sur orbite de l'ex-juge Eva Joly pour la candidature à la présidentielle montre à quel point la galaxie écologiste subit l'attraction de la logique de la Ve république. L'intéressée parle elle-même de « primaires » de l'écologie, une version des très classiques primaires des ego, qui consacreraient la banalisation de la démarche écolo et ouvrirait la porte aux rivalités groupusculaires. Sur la base de sondages sans grande signification, les militants s'emballent déjà pour l'ex-juge au profil si original mais qui n'a jamais exercé de mandat autre que celui de députée européenne depuis 2008. Une légèreté récurrente ?
A Nantes, on râpe consciencieusement les aspérités à coup de langue de bois zénifiante. Mais sur l'essentiel, on reste encore dans le mou. Les réserves de Daniel Cohn-Bendit ne sont pas seulement de l'ordre de l'humeur. En priant ses amis de commencer par mettre au clair leur alliance avec le PS pour les futures législatives, Dany les invite à se concentrer sur leur identité plus encore que sur leur stratégie. A définir leur positionnement par rapport au capitalisme, qui est toujours aussi flottant. A rester fidèles à une conception parlementaire du pouvoir en privilégiant l'importance d'un groupe à l'Assemblée, plutôt que le soleil aveuglant de 2012, pour faire avancer les causes de l'écologie. A choisir les responsabilités de l'âge adulte plutôt que les illusions d'une éternelle adolescence.
Les problèmes de sécurité et d'immigration auront, tout l'été, questionné l'opinion. Le président de la République et des ministres ont été critiqués, souvent à juste titre, pour les mots employés pour manifester leur détermination en ces domaines. En effet, à forcer le trait, on risque de réveiller les sentiments xénophobes qui sommeillent dans notre pays, et aussi de provoquer colère et explosion dans les populations qui se sentent visées. En ce qui concerne les Roms, on sait que les solutions passent par l'Union européenne, et que la France a obligation, ainsi que la Roumanie, de se conformer aux directives de l'Europe.
Cependant, les déclarations et les décisions ne sont pas toujours adéquates, mais de là à accuser le gouvernement de racisme, lui reprocher d'utiliser des méthodes de la gestapo, il y a un pas qui ne peut être franchi. Certaines manières de critiquer sont, elles aussi, outrancières et déplacées.
Ces crispations, ces polémiques sont révélatrices du mauvais état dans lequel se trouve la société française, si du moins on en croit le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye qui, dans son rapport 2009, révèle une fois encore les détresses de la société : « La synthèse de son rapport, écrit dans Esprit Pierre Gastineau, montre aujourd'hui une société des plus fracturées, où la méfiance règne en maître, d'où une incompréhension grandissante et une agressivité de plus en plus courante... L'administration, par ses lenteurs, ses incompréhensions, y contribue, ainsi que la complexité toujours croissante de la loi et son inintelligibilité. » (1)
Mais de plus, la crise financière, le chômage qui frappe principalement les jeunes et les populations les plus fragilisées, l'immigration si difficile à gérer, ne font qu'augmenter une sourde inquiétude. C'est un triste constat qui ne devrait laisser personne indifférent. Or, « le chacun pour soi remplace l'envie de vivre ensemble... On devient de plus en plus consommateur de République plutôt que citoyen », écrivait encore Jean-Paul Delevoye qui, prévoyant la crise sécuritaire actuelle, ajoutait : « Le thème dominant est devenu l'insécurité, se protéger de l'autre dans une société fragmentée inquiète et sans espérance collective. Politiquement, cela peut mal tourner. C'est pourquoi je pense que le vivre ensemble va s'imposer comme le thème central de la présidentielle 2012. »
Tout cela devrait contribuer à mobiliser toutes les énergies, c'est-à-dire chaque citoyen, là où il se trouve, pour ouvrir le dialogue là où il n'existe pas et l'approfondir là où il existe. Il en va de même pour toutes les organisations sociales et bien évidemment pour toutes les forces politiques, y compris bien sûr pour les oppositions. En effet, si celles-ci réalisent leurs aspirations, elles auront à gouverner demain et se trouveront, à leur tour, au pied du mur, c'est-à-dire face aux problèmes si difficiles à résoudre.
(1) Revue Esprit, juin 2010.
Les petits futés du web n'ont pas peur des gros
Ils s’attaquent à des citadelles réputées imprenables. Leurs armes ? Un site Internet qui casse les prix ou les codes. Et une bonne dose de culot.
La crise du disque ? Chez My Major Company,
c’est plutôt celle du disque lombaire. «Entre les enregistrements en studio, le tournage des clips, les négociations avec les distributeurs et la gestion de notre site Web, on court dans tous les sens !» souffle Sevan Barsikian, qui semble aussi fourbu que s’il portait lui-même les guitares. Avec ses deux associés cet ancien de BMG a eu l’idée il y a deux ans d’utiliser le Web pour financer l’éclosion de nouveaux artistes, comme Grégoire et son tube «Toi + moi» (700.000 albums vendus).
Les internautes qui se connectent à Mymajorcompany.com peuvent miser jusqu’à 1.000 euros par carte de crédit sur l’un ou plusieurs des 10.000 chanteurs répertoriés. Quand l’un d’entre eux atteint la barre des 100. 000 euros, la start-up produit son CD. Et ça marche. En deux ans, 25 artistes ont déjà récolté la fameuse somme. La Camerounaise Irma y est même parvenue en… quarante-huit heures.
Secouer le cocotier. S’attaquer au bastion des maisons de disques, il fallait être un peu fou, non ? «Exactement le genre de réflexion qui nous a motivés !» répond Sevan Barsikian en riant. Il n’est pas le seul à jouer les bravaches. Comme lui, des dizaines de trublions du Net se frottent à des secteurs pas vraiment propices à la vente en ligne, car trop chers (joaillerie, automobile), trop réglementés (médecine, finance) ou déjà dominés par des mastodontes (meubles, petites annonces).
«On peut aussi voir ces marchés comme des business pérennes avec des acteurs sclérosés, la niche idéale en somme», note Pierre Kosciusko-Morizet, patron de Price Minister et business angel à ses heures. En secouant le cocotier, les nouveaux venus grappillent vite des parts de marché. Pas suffisamment pour déloger Universal Music, Cartier ou Renault, mais assez pour les taquiner. Après tout, dans le livre, le voyage ou la Bourse, Amazon, Expedia et Boursorama ont commencé ainsi.
Qui sont ces empêcheurs de tourner en rond ? Des cadres du métier qui ont démissionné pour mieux l’attaquer de l’extérieur, comme Marc Adamowicz, ancien de chez Krys et fondateur de Happyview.fr, un site de vente de lunettes. Ou de complets étrangers, qui débarquent avec un œil neuf. Quel que soit leur profil, les casseurs de codes s’entourent d’experts du secteur et de spécialistes du changement.
Pour créer Prêt d’union, le premier site français de crédit entre particuliers dont le lancement est prévu en octobre, Charles Egly, un ex-BNP, a recruté dans la banque et chez Poweo, l’opérateur d’électricité alternatif, où l’on sait ce que c’est que de ferrailler contre un monopole. Et d’être tenace. «Sur ces marchés matures, la victoire n’est possible que sur la durée», explique Marc Simoncini, l’inventeur de Meetic, qui investit à titre personnel dans ce type de projets iconoclastes.
Pour créer Prêt d’union, le premier site français de crédit entre particuliers dont le lancement est prévu en octobre, Charles Egly, un ex-BNP, a recruté dans la banque et chez Poweo, l’opérateur d’électricité alternatif, où l’on sait ce que c’est que de ferrailler contre un monopole. Et d’être tenace. «Sur ces marchés matures, la victoire n’est possible que sur la durée», explique Marc Simoncini, l’inventeur de Meetic, qui investit à titre personnel dans ce type de projets iconoclastes.
Structures légères. S’ils doivent s’armer de patience, les petits futés du Web jouissent en revanche d’un vrai avantage face aux gros : ils n’ont pas de lourde structure à gérer et peuvent facilement appliquer les bonnes recettes d’Internet. Myfab.com, un site de vente de meubles sur commande, a installé ses équipes à côté de ses usines chinoises. «Plus besoin d’importateurs, de grossistes, de magasins, ni de publicité : au final, nous faisons économiser à nos clients jusqu’à 80% par rapport au prix habituel !» se réjouit Stéphane Setbon, le PDG, passé par Rothschild.
Seule contrainte : il faut attendre deux mois pour être livré. Tout l’inverse de Toluna, qui utilise l’immédiateté d’Internet pour réinventer les études de marché. «En moins de vingt-quatre heures, le directeur marketing d’une multinationale qui souhaite peaufiner le lancement d’un produit peut recueillir l’avis de nos millions d’internautes qualifiés, dans 34 pays», détaille Frédéric-Charles Petit, le fondateur, un ancien avocat d’affaires.
Force de conviction. Souples et réactives, ces start-up culottées doivent aussi pousser leurs partenaires du monde réel à se mettre au diapason. Pas toujours évident. Pionnier dans la vente de diamants en ligne avec Adamence, Alexandre Murat, un HEC de 38 ans passé par le conseil en marketing, a dû batailler ferme auprès des ateliers de joaillerie pour qu’ils lui livrent plus rapidement des solitaires.
En confiant au même artisan le polissage et le grattage des anneaux bruts, par exemple, il a réduit le temps de production à dix jours, contre trente à quarante dans une boutique de la place Vendôme. Benoît Sineau, le fondateur de Happytime, qui agglomère les offres de milliers de spas, ateliers de cuisine ou circuits de pilotage, demande, lui, à ses prestataires d’ajuster à la seconde leurs disponibilités pour permettre aux internau-tes de réserver à la date de leur choix. De quoi faire trembler les ténors du coffret-cadeau, dont les bénéficiaires se voient rarement proposer un créneau qui leur convient.
As du contre-pied. La bonne idée n’est pas toujours révolutionnaire. Prenez Leboncoin.fr, dirigé par Olivier Aizac. Ce site de petites annonces en ligne, qui a réalisé l’an dernier 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, a pris de court le géant eBay (8,7 milliards de dollars de revenus) en jouant la proximité. Design sans fioritures, annonces minimalistes et pour certaines sans photo, recherche par régions en cliquant sur une carte de France…
Contre toute attente, «le bon coin» est l’une des requêtes les plus tapées sur Google en France. Et les visiteurs y passent en moyenne quarante minutes par mois, presque autant que sur eBay.fr. Piqué au vif, l’américain a rajouté récemment à son célèbre service d’enchères une section «petites annonces», bien en évidence sur sa page d’accueil. Devinez quoi ? Il y a même une carte de France…
Posture de victime. C’est que les gros sont chatouilleux. Et s’ils tolèrent un temps qu’on leur mordille les mollets, ils peuvent aussi montrer les crocs. Philippe Koenig, cofondateur avec son frère Thierry d’Auto-IES.com, le premier vendeur de voitures neuves sur Internet, en sait quelque chose : pendant des années, les constructeurs lui ont mis des bâtons dans les roues pour protéger leurs concessionnaires. «Ces ripostes prouvent en général que le business model a fait mouche», note Marc Simoncini.
Elles permettent aussi aux petits de crier aux «vieilles mafias» et aux «rentes de situation». «David contre Goliath, c’est une bonne posture pour se faire connaître du grand public», glisse en souriant l’un de nos témoins. Et pour peu que les pouvoirs publics s’en mêlent… «Les réseaux d’opticiens ont fait courir la rumeur que la vente de lunettes en ligne était illégale», raconte Marc Adamowicz, le patron d’Happyview.fr, qui a fait le siège du ministère de la Santé pour que sa locataire, Roselyne Bachelot, publie un démenti officiel. Ce qu’il a obtenu. En même temps qu’un joli coup de pub.
Sevan Barsikian, Michaël Goldman, Anthony Marciano, fondateurs de My Major Company : "Nous signons deux fois plus de jeunes artistes que les majors"
L'industrie du disque n’a plus assez d’argent pour lancer de nouveaux talents ? Il suffit d’en demander aux particuliers. Voilà l’idée des trois fondateurs de My Major Company (dont le fils de Jean-Jacques Goldman, au centre). Sur leur site, les internautes misent sur leur artiste préféré. Et si l’album marche, ils touchent une partie des gains. Cette maison de disques à la sauce 2.0 bouscule les habitudes du métier : les budgets sont publics, les dépenses pour les clips réduites, les contrats plus rémunérateurs pour les artistes. Les internautes sont même consultés pour le choix des titres et le plan de com. Stéphane Courbit, le magnat du jeu en ligne, y a investi 3 millions d’euros l’an dernier. Et le concept vient d’être élargi à l’édition de romans, en partenariat avec la maison XO.
Marc Adamowicz, P-DG de Happyview.fr : "Je veux en finir avec les tarifs opaques des opticiens"
Marc Adamowicz est intarissable sur la «mafia» et les marges «injustifiées» des chaînes d’opticiens. Il parle d’or : c’est un ancien du marketing de Krys. Depuis qu’il vend des lunettes pas chères sur Internet, il assure que ses fournisseurs font l’objet de pressions… Son business model ? Expédier par la poste plusieurs montures avec des verres blancs à ses clients, qui ont une semaine pour choisir celle qu’ils préfèrent. Sans boutique et «avec 20% de marge en moins sur chaque paire». Adamowicz facture l’ensemble monture et verres entre 39 et 169 euros.
Frédéric-Charles Petit, P-DG de Toluna : "Tous les grands instituts de sondage utilisent nos panels en ligne"
Ne lui dites pas qu’il concurrence l’Ifop et Ipsos : ce sont ses clients ! Depuis 2000, l’ex-avocat Frédéric-Charles Petit loue son logiciel de sondage et ses 4 millions de contacts aux grands instituts mais aussi aux entreprises (Shell, M6, SNCF) en mal d’études marketing rapides et pas chères. Avec 77 millions d’euros de chiffre d’affaires, c’est le leader mondial du panel en ligne.
Olivier Aizac, DG de Leboncoin.fr : "Deux fois plus de pages vues qu’eBay !"
Pour créer «la plus grande braderie sur Internet», cet Essec de 36 ans, ancien professionnel de la petite annonce en ligne (CadresOnline, Bonjour.fr), a développé la version française d’un site norvégien en adoptant un fond jaunâtre («ça fatigue moins les yeux»), un design amateur, une recherche par localités… Bref, en jouant la proximité avec les internautes, quand ses concurrents misent sur l’exhaustivité et l’international. Bien vu : en trois ans, Leboncoin.fr est devenu l’un des sites les plus visités de France, grâce notamment à ses rubriques «immobilier» et «voitures d’occasion». Il totalise 4,5 milliards de pages vues par mois, deux fois plus qu’eBay.fr, pour un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros qui a triplé l’an dernier.
Alexandre Murat, P-DG d’Adamence : "Après m’avoir combattu, la place Vendôme me copie !"
Dix carats, 100 000 euros : le plus gros diamant qu’Alexandre Murat a vendu sur son site à ce jour. Depuis 2005, cet HEC de 38 ans, ex-consultant en marketing, propose des pierres entre 20 et 40% moins cher que ses concurrents en dur (les prix commencent à 290 euros). Il se fournit directement à Anvers, personnalise les bagues, livre en dix jours au lieu d’un mois et offre le retour sous trente jours si le modèle ne plaît pas. Résultat : 2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009. Ses concurrents de la place Vendôme, où il a son siège – «ça rassure les clients» –, se mettent tous à ouvrir leur site.
vendredi 20 août 2010
"Il ne faut compter sur personne pour lancer des réformes politiques en Chine"
L'écrivain dissident Yu Jie, 37 ans, basé à Pékin, démystifie, dans le livre
Wen Jiabao, le roi de la comédie, sorti lundi 16 août à Hongkong, l'image du très populaire premier ministre chinois Wen Jiabao.
Fondateur de la branche chinoise du Pen Club considéré comme une organisation clandestine en Chine, Yu Jie, qui revendique ouvertement sa foi chrétienne, est interdit de publication en Chine. Il est l'auteur de nombreux articles et essais sur le mouvement des droits de l'homme ainsi que sur l'histoire contemporaine de la République populaire.
Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire Zhongguo yingdi Wen Jiabao (Wen Jiabao, le roi de la comédie) ?
Yu Jie : J'ai commencé à écrire sur le sujet il y a cinq ans. J'ai observé Wen Jiabao, et je me suis aperçu que la plupart des experts occidentaux ont tous une très bonne impression de lui. Ils le décrivent souvent comme la personne la plus ouverte et la plus réformiste du parti.
Je trouve que c'est une grossière erreur d'interprétation. Depuis qu'il est en poste, sa fonction est de contrebalancer le côté plus sévère du président Hu Jintao. C'est un duo "président - premier ministre", à l'image du couple "bon flic - méchant flic" qui n'a pour but que de consolider leur pouvoir.
Wen Jiabao est très populaire. En Chine, il est souvent comparé à Zhou Enlai, l'ancien premier ministre de Mao Zedong.
Justement. Il y a un grand attachement, il est vrai, vis-à-vis de Zhou Enlai. Or, c'était l'exécuteur le plus fidèle de Mao, il a sa part de responsabilité dans ce que Mao a fait, et sans lui, ses ordres n'auraient peut-être pas été aussi bien exécutés… Zhou Enlai et Mao Zedong formaient un couple parfaitement complémentaire, tout comme Hu Jintao et Wen Jiabao aujourd'hui. On peut dire que ni Hu Yaobang et Zhao Ziyang, ni Jiang Zemin et Zhu Rongji n'ont aussi bien fonctionné.
Le premier ministre Wen Jiabao ne peut pas être promoteur de réformes [politiques], car son rôle l'interdit : l'empereur est au-dessus du peuple, tandis que le premier ministre est proche du peuple. Le comparer à un futur Boris Eltsine chinois n'a pas plus de sens : Wen Jiabao n'a pas assez de pouvoir, tout en étant trop haut placé. Eltsine était bien plus loin dans la hiérarchie, et puis il a quitté le parti communiste [soviétique].
Il ne faut pas, d'après moi, compter sur quiconque à l'intérieur du parti pour lancer des réformes politiques en Chine. Le seul espoir, c'est le réveil de la conscience du peuple, la lutte individuelle que chacun peut mener pour la liberté et la démocratie.
Tout le monde vit dans un énorme mensonge, auquel croient aussi les Occidentaux : que la Chine est une grande puissance qui émerge. J'ai parfois l'impression d'être l'enfant qui dit que l'empereur est nu. Il n'y a pas besoin d'aller chercher bien loin, il faut ouvrir ses yeux et oser le dire.
Wen Jiabao a autrefois travaillé sous Zhao Ziyang [le numéro un chinois limogé après les évènements de Tiananmen et décédé dans une résidence surveillée en 2005]. Il l'avait même accompagné sur la place Tiananmen lorsque celui-ci a rencontré les étudiants en grève, le 19 mai 1989. Est-ce que cette expérience ne l'a pas ouvert à une vision plus libérale ?
Le fait que Wen Jiabao ait accompagné Zhao Ziyang tient essentiellement au fait qu'il en avait reçu l'ordre de la part de Deng Xiaoping. On peut dire que si Wen Jiabao a survécu après le limogeage de Zhao Ziyang, c'est parce qu'il a fait ce qu'il fallait pour ça. Il a pu, par exemple, livrer des secrets sur Zhao Ziyang.
Dans le journal de Zhao Ziyang [envoyé clandestinement
à Hongkong et publié après sa mort, en 2008, par le même éditeur que celui de Yu Jie], on comprend que quand il tente de convoquer une réunion du comité permanent du Politburo, Wen Jiabao s'y oppose.
Wen Jiabao est connu en Chine pour se rendre immédiatement sur toutes les catastrophes et pour faire preuve d'une grande compassion vis à vis des victimes…
Cela ne veut pas dire que c'est un bon dirigeant. On a vu les dictateurs les plus cruels faire très bien ce genre de choses. Wen Jiabao s'est rendu immédiatement au Sichuan après le séisme [en mai 2008], il a pleuré avec les parents d'enfants morts dans les écoles et promis que des enquêtes seraient menées sur les raisons de leur fragilité.
Deux ans après, aucun rapport officiel convaincant n'a été publié et personne n'a été désigné comme responsable. Au contraire, les intellectuels, les militants et les ONG qui ont entrepris d'enquêter sur ce sujet ont été soumis à la répression. Ce que peut dire Wen Jiabao à un moment donné, et ce qu'il fait ensuite, sont contradictoires.
En avril dernier,
un long hommage à l'ancien secrétaire général du parti Hu Yaobang, connu pour ses idées libérales, a été signé par Wen Jiabao dans le quotidien du peuple. N'est-ce pas un moyen pour l'actuel premier ministre de choisir son camp ?
Cet article signé de M. Wen est à mon avis le résultat d'une décision à laquelle sont arrivés les neuf membres du Comité permanent du Politburo. L'article a simplement été publié au nom de Wen Jiabao suite à un commun accord. Le fonctionnement du cercle dirigeant du parti fait que même si M. Wen le voulait, il ne pourrait pas publier un article de son propre gré.
Certains membres du Comité permanent sont tout à fait conscients du fait que le parti communiste est mal vu par le peuple : rendre hommage à Hu Yaobang, c'est une manière de capitaliser sur quelqu'un qui était très populaire. L'article, d'ailleurs, ne parle que d'une facette du personnage, son côté "à l'écoute du peuple". Cela colle à l'image du dirigeant bon et pur auquel aspirent les Chinois.
Les autres facettes de Hu Yaobang, comme ses positions sur la liberté d'expression, sa conscience de la nécessité de limiter le pouvoir du PC et sa vision libérale vis-à-vis du Tibet, sont complètement passées sous silence. Ce prétendu hommage à Hu Yaobang de la part de Wen Jiabao n'a donc pas très grande valeur et les médias occidentaux se sont livrés d'après moi à une surinterprétation.
On parle toutefois de factions conservatrices et de factions libérales au sein du parti, dont Wen Jiabao seraient l'un des représentants.
D'après moi, il n'y a plus aucune divergence idéologique au sein du PCC depuis 1989 et on ne peut plus parler de camp progressiste, ni de camp conservateur. Ce sont des groupes d'intérêt dont les divergences tiennent à des questions de partage du pouvoir.
Ce sont des conflits d'intérêt et non d'idéologie. Sur les questions de corruption ou de répression des dissidents, on s'aperçoit que Hu Jintao et Wen Jiabao sont complètement sur la même ligne.
L'année 1989 fut un tournant. Avant, la sélection des futurs dirigeants se basait sur les choix de gens qui avaient fait leurs preuves au niveau local, comme Zhao Ziyang, ou Wan Li [Président de l'Assemblée populaire du peuple en 1989, il est aux Etats-Unis durant les évènements de Tiananmen et fait des déclarations en faveur du mouvement étudiant].
Après 1989, le parti s'est rendu compte qu'il fallait mieux ne pas laisser entrer au cœur du pouvoir de telles personnalités réformatrices. Tout a alors été fait dans le système pour les écarter. Et on n'a choisi que des gens qui ne sortaient pas du rang et se caractérisaient par leur loyauté. Jiang Zemin [prédécesseur de l'actuel président chinois], Hu Jintao et Xi Jinping [dauphin désigné de Hu Jintao] sont coulés dans le même moule !
Le fait que Wen Jiabao ait été chef des affaires générales du Comité central sous Hu Yaobang, Zhao Ziyang et Jiang Zemin et ait survécu jusqu'au poste de premier ministre prouve, avant tout, qu'il sait très bien tirer son épingle du jeu lorsqu'il y a des luttes de pouvoir
Mont-Saint-Michel, la face cachée d’une machine à fric
La célèbre abbaye normande attire plus de 3 millions de visiteurs par an. Une belle affaire que se disputent quelques familles de commerçants, habiles à tirer le maximum de chaque touriste…
Les cartes postales du Mont-Saint-Michel seront encore plus jolies. Cet été, Veolia lance le chantier des parkings, qui vont rendre l’abbaye à la mer. En 2012, au lieu de se garer au pied des remparts, les voitures seront cantonnées à 3 kilomètres de là, au lieu-dit la Caserne. Pour 8,50 euros par véhicule, les touristes auront droit à une navette gratuite vers l’île et ses célèbres escaliers. Mais, sur place, l’embellissement ne fait pas que des heureux.
Il a déclenché une guerre entre les deux nababs du commerce local, qui se partagent les quatorze enseignes de cette stratégique Caserne : Eric Vannier, maire de la commune et entrepreneur (il possède entre autres la célèbre auberge de La Mère Poulard), contre Jean-Yves Vételé, P-DG de Sodetour (hôtels et campings). Tous deux âgés de 57 ans, ils sont à couteaux tirés depuis que le point de départ des navettes a été déplacé. Au lieu de les trouver sur le parking, les visiteurs devront marcher 850 mètres. Sur un parcours qui semble calculé pour éviter les enseignes de Sodetour sans rater un seul des commerces de Vannier !
Ce Clochemerle prêterait à sourire si l’enjeu n’était pas colossal. Le Mont-Saint-Michel est l’un des vingt lieux les plus visités de notre pays, avec plus de 3 millions de curieux par an. Certains jours, plus de 20 000 touristes se bousculent dans ses rues étroites. Autant que la capacité maximale du Parc Astérix, pour un volume d’activités similaire : selon une étude menée en 2008 par le Réseau des grands sites de France, 80 millions d’euros de retombées du tourisme submergent chaque année les caisses de cette commune de 1 kilomètre carré, abritant 22 habitants et 99 électeurs. Car, sur le confetti normand, on crache
au bassinet. Mais le rapport qualité-prix est rarement à la hauteur.
Ainsi, réserver l’une des 580 chambres d’hôtel du Mont-Saint-Michel ne garantit pas de dormir sur le rocher, car les trois quarts d’entre elles se trouvent en fait à la Caserne, sur la terre ferme. Un flou artistique souvent dénoncé par les associations de consommateurs. Bien sûr, au sommet, la visite de l’abbaye (classée au patrimoine mondial de l’Unes-co) mérite ses 8,50 euros. Mais, autour, entre les musées sans intérêt, les gargotes dont les tarifs feraient rougir un bistrot des Champs-Elysées et les souvenirs bas de gamme, les marchands sont dans le temple.
En décrochant le marché du parking, le 6 octobre dernier, Veolia a mis la main sur un sacré magot : 40 millions d’euros pour la construction, en trois ans, puis dix années d’exploitation. Mais le géant du BTP a aussi mis les pieds dans un drôle de marigot, comme le montre la querelle sur le départ des navettes de la Caserne. Dans ce secteur surnommé Las Vegas, en raison des néons qui pullulent au bord de la route, la bataille en cours est plutôt digne d’un épisode de «Dallas». Pour calmer le jeu, François-Xavier de Beaulaincourt, patron du syndicat mixte qui pilote les travaux, explique que le déplacement de la mini-gare routière a d’abord une raison budgétaire : «Nous économisons ainsi 4,5 millions d’euros.» En raccourcissant le parcours des navettes, on a gagné plusieurs hectomètres de route et, grâce à l’accélération des rotations, la desserte nécessite un véhicule de moins, donc moins de chauffeurs. Sur dix ans, le compte y est.
Mais l’arithmétique municipale ne convainc pas le P-DG de Sodetour, qui a déposé un recours devant le tribunal administratif de Caen. «Ce projet va décourager les visiteurs, juge Jean-Yves Vételé. Les premiers garés, le matin, seront à 850 mètres de la navette, mais les derniers arrivés seront bons pour 1,3 kilomètre de marche. Pour peu qu’il pleuve, ils viendront une fois, pas deux.» D’autres opposants murmurent que le maire, proche de Nicolas Sarkozy, aurait profité des bonnes relations du chef de l’Etat avec Henri Proglio, patron de Veolia, pour obtenir un tracé piétonnier arrangeant ses affaires. «Il n’y a vraiment qu’en France que la réussite attire de tels soupçons, rétorque Eric Vannier. On investit plus de 200 millions d’euros pour mettre en valeur Le Mont et son environnement, l’effet sera forcément positif. Mon but n’est pas d’aller brouter l’herbe du voisin !»
Il est vrai que l’herbe en question est assez verte pour tout le monde. Et d’abord pour l’Etat, propriétaire de l’abbaye depuis la Révolution française. Certes pas en raison du loyer versé par les occupants : aux moines bénédictins, chassés en 1791, ont succédé aujourd’hui huit frères et sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem (une communauté active à Paris, Vézelay, Lourdes…), qui paient une contribution symbolique d’environ 1 000 euros par an.
Mais l’afflux de visiteurs compense largement la généreuse hospitalité de l’Etat laïque. «L’abbaye du Mont-Saint-Michel est l’un des cinq sites rentables sur les 95 gérés par le Centre des monuments nationaux», explique Jean-Marc Bouré, administrateur des lieux depuis février dernier. Pour 3 millions d’euros de charges, il aligne 9 millions de recettes, issues à 70% de la billetterie (1,2 million de visiteurs par an). Le reste : les ventes de la boutique et la location occasionnelle du site. Comptez 15 000 euros, traiteur non compris, pour une soirée de prestige (la Société générale l’an passé, par exemple). En mars dernier, TF1 a loué le monument pour tourner le téléfilm «L’Ombre du Mont-Saint-Michel», avec Christophe Malavoy.
Assis sur ce tas d’or qui culmine à 170 mètres, l’administrateur du monument n’est pas fan de la future desserte. Comprenez son inquiétude : après avoir crapahuté sur les parkings, les touristes risquent de manquer de jus pour les deux centaines de marches qui mènent au guichet de l’abbaye. Pragmatique, le fonctionnaire réclamait une billetterie pour vendre ses tickets dès l’entrée du Mont. Le maire, Eric Vannier, s’est noblement opposé à la création d’un tel «péage». Tout le monde pense qu’il envisage en fait de vendre, dans ses boutiques de la Caserne, des billets pour les musées qu’il exploite lui-même sur le rocher.
Car la digne abbaye nationale est cernée par un incroyable souk, 100% privé et 100% prospère. «On n’a jamais vu personne faire faillite ici», s’amuse Noëlle Poignant, propriétaire de deux magasins de souvenirs sur les 23 échoppes que compte Le Mont. Le pire des bric-à-brac trouve preneur, à raison de 18 euros dépensés par touriste en moyenne : stylos et briquets à 3 euros, tee-shirt «Hello Kitty au Mont-Saint-Michel» à 15 euros, assiettes en faïence de Quimper à 45 euros, marinières Saint James à 50 euros, panoplies de pirate, maquettes de bateaux… Et même – blasphème ! – des préservatifs siglés Mont-Saint-Michel à 2,50 euros pièce. «Dans le temps, on vendait des bijoux et de l’artisanat local, poursuit Noëlle Poignant. Aujourd’hui, c’est porte-clés et cartes postales, boules à neige et tours Eiffel.» C’est vrai, pourquoi frustrer l’étranger qui visite Le Mont sans passer par Paris… Et puis, sur le rocher, l’authenticité en a vu d’autres : dans les rues noires de touristes venus du Japon (de loin la première nation représentée parmi les visiteurs), on trouve surtout du «made in China», comme les boules à neige. Prix de revient unitaire en Chine : 20 centimes. Prix de gros : 50 centimes. A la caisse : 2 à 5 euros. Une culbute à faire s’agiter les flocons !
Avec de telles marges, pas étonnant que la petite dizaine de familles de commerçants locaux fasse la loi dans la commune, même si Colette Lecart est, à 72 ans, la seule à vivre sur le rocher (elle tient la dernière boutique de souvenirs avant l’abbaye). Les autres – les Framery, qui possèdent une demi-douzaine de magasins de souvenirs, mais aussi les Hireux, les Ridel, les Gaulois, les Nicolle – habitent plutôt de belles propriétés à Pontorson, à Avranches ou à Saint-Malo. Mais rien ne leur échappe. Demandez à Patrick Gaulois : maire de 2001 à 2008, il a été battu par Eric Vannier, aux dernières municipales, d’une seule voix. Entre les deux tours, l’imprudent avait omis d’assister aux obsèques du fils d’une commerçante…
Retrouvant ainsi le siège qu’il avait occupé depuis 1983, Eric Vannier incarne mieux que personne l’emprise des boutiquiers sur la ville. Originaire de la région parisienne, il a hérité de sa famille le musée «historique» – quelques caves où les mêmes statues de cire reconstituent l’histoire locale depuis quarante ans. Comme dans les autres musées privés, on y traque le touriste avec des méthodes «dignes des racoleurs de Pigalle», dixit un guide officiel de l’abbaye. Mais son plus gros coup, c’est le rachat, en 1987, de l’auberge de La Mère Poulard, créée un siècle plus tôt par Annette Poulard, une bonne originaire de Nevers. De cette adresse connue dans le monde entier pour son omelette mousseuse, Vannier a fait une poule aux œufs d’or. Il a d’abord transformé l’auberge en véritable usine à rassasier le touriste et à remplir les caisses, à raison de 300 couverts par jour en moyenne et de 42 euros l’omelette de 5 œufs. Affirmant suivre l’exemple d’Annette Poulard, qui ne possédait pas le moindre livre de comptes, Eric Vannier ne publie pas de chiffres.
En a-t-on au moins pour son argent en goûtant cette fameuse omelette ? Certes, ce n’est pas la première venue : «Il faut trois ou quatre personnes pour la préparer, révèle Michel Bruneau, un chef étoilé qui a officié plus de trois ans aux fourneaux du restaurant. Elle est cuite dans une poêle spéciale, en argent, chauffée sur un feu de bois d’arbres fruitiers, bien plus cher que du bois de résineux.»
Mais cet homme de l’art ne donne pas tort aux nombreux clients qui, sur Internet, trouvent l’addition trop salée : «Bien faite, c’est un grand moment, mais quand on en sert des centaines par jour, elle devient tout à fait ordinaire.» Quant à l’accompagnement, il a valu à Eric Vannier une amende de 4 000 euros avec sursis, en 2008, pour publicité et affichage mensongers : les «légumes du jardin» inscrits au menu venaient de chez un grossiste et la «salade fraîche du marché» sortait de sachets prêts à l’emploi…
Tout cela n’a pas empêché le «maire Poulard» (surnom inévitable !) de décliner sa marque bien au-delà des murs de l’auberge. D’abord avec des sablés et palets bretons traditionnels, puis avec des dizaines de produits, exportés dans 70 pays. Le groupe emploie 1 200 personnes, dont 400 dans l’hôtellerie (15 établissements) et 800 dans l’agroalimentaire, sur 10 sites de production en France. La Biscuiterie Mère Poulard fait ainsi travailler 200 ouvriers à Saint-Etienne-en-Cogles (Ille-et-Vilaine) et peut produire plus de 1 million de biscuits par jour, dont une partie pour des marques de distributeurs. La Mère Poulard a aussi des boutiques à Deauville ou Saint-Malo, pour écouler galettes, confiture, caramels, conserves, pâté et condiments. Dans les années 1990, on a même prêté à Eric Vannier le désir de racheter… l’abbaye. "N’importe quoi, rigole l’intéressé. Elle n’a jamais été à vendre !"
Les super-héros sont des super-machos
Les super-héros version XXIe siècle n'étaient pas à la fête lors de la 118e convention annuelle de l'Association américaine de psychologie, qui s'est tenue à San
Diego (Californie), du 12 au 15 août. D'accord, ils sont plus grands, plus beaux et surtout encore plus forts…
Mais les voir mettre une raclée aux vilains à grand renfort d'effets spéciaux n'est pas sans conséquences sur le développement personnel des jeunes garçons, avis aux tenants d'une masculinité moins stéréotypée.
L'étude, présentée par le professeur Sharon Lamb, de l'université de Boston (Massachusetts), ferait presque regretter les super-héros du XXe siècle avec leurs seules tenues en Lycra, slips ostentatoires et capes délavées.
Selon elle, "il y a une énorme différence entre le super-héros des films d'aujourd'hui et le super-héros des comics d'hier. Le héros d'aujourd'hui est trop proche d'un héros d'action qui participe à un flot continu de violence, il est agressif, sarcastique et ne revendique quasiment jamais l'idée d'agir pour le bien de l'humanité. Quand ils ne sont pas dans leur costume de super-héros, ces hommes, à l'image d'Iron Man, exploitent les femmes, étalent leurs richesses et traduisent leur virilité avec des armes surpuissantes".
Les hommes forts d'aujourd'hui manquent cruellement du côté vulnérable des héros d'hier. Comment oublier les difficultés d'un Clark Kent pour séduire la belle Loïs Lane, qui n'a d'yeux que pour son alter ego Superman. Peter Parker, alias Spiderman, n'a jamais abusé de ses super-pouvoirs pour prendre les dames dans sa toile.
DES MONSTRES D'AGRESSIVITÉ
L'hyper-virilité des super-héros modernes ne serait pas si alarmante pour le professeur Sharon Lamb si elle était contrebalancée par un autre modèle, plus sain, de la masculinité.
Or au cours de son enquête auprès de 674 garçons, âgés de 4 à 18 ans, sur le contenu de leur lecture, et sur les émissions et les films qu'ils visionnent, elle souligne que l'alternative, dans les médias modernes, à ces monstres d'agressivité et de confiance en soi exacerbée, ce sont des hommes fainéants et immatures, incarnés par le "gentil bon à rien", personnage principal de nombreux teen movies, comme Supergrave.
"Dans les médias aujourd'hui, les super-héros ou les dilettantes sont les deux seules options offertes aux jeunes garçons. Les fainéants sont drôles, mais ils n'aiment pas l'école et fuient leurs responsabilités." Un modèle qui pourrait aller jusqu'à affecter les performances scolaires des jeunes garçons, selon le professeur Lamb.
Sharon Lamb reste nostalgique des héros d'antan qui, "sous leur costume, étaient de vraies personnes avec de vrais problèmes". Les super-héros d'aujourd'hui ne donnent pas le bon exemple, que l'on considère le cynisme d'Iron Man, la violence du Punisher ou le machisme de Wolverine. Lequel fume, horreur !, des cigarillos. Franchement, vous imaginez Superman ou Batman la clope au bec ?
Aude Lasjaunias
La Méditerranée, berceau de l'alphabet
Un signe = un son. Près de deux mille ans après la naissance de l'écriture, le procédé est enfin trouvé, quelque part entre la Syrie et la Palestine. Une invention simplissime, mais gravée à jamais dans l'histoire de l'humanité.
Au commencement était le Verbe. Soit. Encore fallait-il pouvoir l'écrire. Et, pour cela, l'utilisation de l'alphab
et semble... le b.a.-ba. Or, si l'écriture a été élaborée de façon indépendante et à des époques différentes (Mésopotamie, vallée de l'Indus, Chine, Amérique précolombienne), l'invention de l'alphabet, elle, est unique. Son origine remonte à trois mille ans et elle est géographiquement identifiée, du côté de la Syrie actuelle, entre la Phénicie et la Palestine. Retour sur une invention qui a changé le cours de l'humanité.
Tout débute par une inscription qui date d'il y a environ mille six cents ans avant notre ère. Découverte dans le sud-ouest du Sinaï, à Sérabit-el-Khadim, cette première trace se trouve inscrite sur une sphinge - un monstre à corps de lion, tête de femme et pourvu d'ailes : "LB'LT", une formule que l'on prononcerait aujourd'hui "LîBa'aLaT", ou quelque chose d'approchant, et qui signifie "en hommage à la maîtresse". Il s'agit, en l'occurrence, de la déesse Hathor, patronne des mines de turquoise et qui sera plus tard identifiée à Astarté, la Dame de Byblos. Cinq lettres, cinq signes, plutôt, qui constituent le premier témoignage écrit d'un alphabet de type "acrophonique", où la forme d'une lettre reproduit le mot dont elle est l'initiale.
Ainsi, la lettre b imite schématiquement la forme d'une maison. Pourquoi ? Parce que le mot qui signifie "maison" se dit "beth" (qui deviendra bêta en grec) en sémitique. Tout comme "aleph" signifie "tête de boeuf" et deviendra "alpha" en grec. Ce premier alphabet demeure à bien des égards, aujourd'hui encore, source de mystères. Pourquoi n'en trouve-t-on plus trace dans les cinq siècles qui suivent ? Qui pouvait l'utiliser ? S'est-il éteint ou transformé au fil des ans ? Les experts eux-mêmes continuent de s'interroger.
D'autant qu'en 1300 environ avant Jésus-Christ, un nouvel alphabet apparaît. A Ougarit précisément, en Syrie actuelle, juste en face de Chypre. "Une invention extraordinaire", lance Pierre Bordreuil, directeur de recherches émérite au CNRS et lecteur assidu à la bibliothèque d'Etudes sémitiques du Collège de France. Expert d'Ougarit, il est l'auteur de nombreux ouvrages de référence sur ces questions, comme Les débuts de l'Histoire, le Proche-Orient, de l'invention de l'écriture à la naissance du monothéisme (éd. de la Martinière), en collaboration avec deux autres spécialistes, Françoise Briquel-Chatonnet et Cécile Michel. Surtout, Pierre Bordreuil est intarissable sur cette civilisation fascinante, qui a produit "plus de 5 000 textes en quelques dizaines d'années, dans tous les domaines, administratifs ou religieux, mathématiques ou mythologiques".
Un royaume à la croisée des grands axes économiques
Noeud commercial et centre portuaire, le royaume d'Ougarit n'est pas plus grand qu'un département français. Idéalement situé entre la Crète et l'Euphrate, entre l'Anatolie et l'Egypte, il se trouve à la croisée des grands axes économiques. Découverte en 1929, cette ville antique passionna très vite les archéologues, notamment en raison du grand nombre d'objets d'art, de temples et de maisons qu'on y découvrit. A ce jour, un quart du site à peine a été exploré. Tout au plus sait-on qu'on y parlait huit langues différentes et que l'on utilisait au moins cinq systèmes d'écriture (cunéiforme mésopotamien, hittite, hourrite...). Dont l'akkadien, qui compte 500 à 600 signes différents reposant, entre autres, sur la notion de logogramme, sorte d'idéogramme symbole. Ainsi, le mot "shou" désigne-t-il la main. Représenté par un symbole simple, cinq doigts, le vocable devient progressivement un son. Associé à d'autres, il peut former de nouveaux mots, à l'instar d'un rébus. Comme si, par exemple, "chat + pot" devenait "chapeau".
Mais, surtout, au début des années 1930, les archéologues décèlent, sur une partie des tablettes d'Ougarit exhumées, une écriture radicalement nouvelle, composée de 30 signes, pas un de plus. Une découverte si surprenante qu'elle mobilise trois savants : un Allemand, un Français et un père dominicain de Jérusalem. Sans l'aide d'aucune tablette bilingue, Hans Bauer, Paul-Edouard Dhorme et Charles Virolleaud unissent leurs forces et, en moins d'un an, ils parviennent à la conclusion que ce système s'apparente bien à celui d'un alphabet. Certes, il ne comporte pas de voyelles, mais l'ordre des lettres est fixe et il s'agit de cunéiforme simplifié.
Qui l'a créé ? A quelle époque précisément ? Dans quel but ? A toutes ces questions, les linguistes apportent des réponses prudentes, d'autant qu'une telle invention ne s'est pas faite en quelques années mais plus probablement par tâtonnements successifs. Certains évoquent des soldats levantins, d'autres des marchands, mais les experts penchent pour une création issue d'une poignée de scribes. Ces même experts notent, entre autres, que l'Egypte avait bien un dieu de l'écriture (Thot), la Mésopotamie également (Nabou) mais qu'à Ougarit en revanche il n'existait pas de divinité associée, ce qui renforce la thèse d'une élaboration indigène de l'écriture ougaritique.
"Les langues sémitiques (celle d'Ougarit, l'hébreu) sont essentiellement consonantiques et ne font guère usage de voyelles, observe Pierre Bordreuil. A la lecture, les lettrés d'Ougarit restituaient probablement spontanément les voyelles manquantes, exactement comme on rajoute une musique sur les paroles d'une chanson." Cette écriture cunéiforme simplifiée serait peut-être aujourd'hui encore utilisée si la cité d'Ougarit n'avait été détruite aux alentours du xiie siècle avant notre ère, durant l'invasion des "Peuples de la mer" (Shekelesh, Philistins, Shardanes...) qui ravagèrent la côte syrienne. En revanche, si l'alphabet cunéiforme d'Ougarit disparaît également, son principe, lui, demeure, sous forme dite "linéaire" : progressivement, les signes se simplifient et peuvent être facilement employés sur des supports autres que les tablettes d'argile.
Au VIIIe siècle avant notre ère, les Grecs introduisent les voyelles
Tout l'intérêt d'un alphabet réside dans un paradoxe : plus la valeur phonétique d'un signe est réduite et moins on a besoin de signes pour s'exprimer. Pour écrire, par exemple, "ba", "bi", "bou", "bab", "bib", "boub" en langage syllabique, il faut six signes différents. Mais une seule consonne de base avec l'alphabet. Ne nous y trompons pas. Il ne s'agit pas d'un simple perfectionnement technique. En permettant de passer de l'oeil à l'oreille, du dessin symbole au son "pur", l'alphabet opère une révolution conceptuelle, avec un degré d'abstraction inconnu jusque-là.
Les Phéniciens, grands voyageurs, vont être les promoteurs de cet alphabet linéaire de 22 signes. En quelques dizaines d'années, celui-ci se répand dans de petits royaumes, ceux des Hébreux et des Araméens notamment. Puis à Chypre, en Sardaigne, en Crète, en Asie Mineure et de la Perse jusqu'en Afghanistan ! Les Grecs l'adoptent un peu plus tard et, au viiie siècle avant notre ère, ils l'améliorent en introduisant les voyelles et quelques lettres supplémentaires, telles le phi et le psi. Dès lors, ce corpus qui comporte 26 lettres est "exporté" par des colons dans le sud de l'actuelle Italie. Puis, les Etrusques s'en servent à leur tour et le transmettent aux peuples indigènes, les Latins en particulier. De fait, la propagation de l'écriture n'est pas que géographique, elle touche de nombreuses couches de la société, tant elle "permet de diffuser la culture de façon plus rapide,
plus efficace et plus profonde que tout ce qu'on avait connu jusque-là", observe Pierre Bordreuil.
Alors, comment expliquer un si durable succès ? "Les langues sémitiques dites "mortes" sont fixes et conservatrices. Aujourd'hui, un disciple de Jésus-Christ revenu sur terre se ferait assez bien comprendre en Syrie. De même, au Moyen-Orient, l'araméen demeure encore la langue liturgique de nombreux chrétiens. A l'inverse, l'alphabet se caractérise par une malléabilité extraordinaire. Son principe est simplissime (un signe = un son), et son champ d'application, universel puisque le son peut être différent selon les pays", s'enthousiasme Pierre Bordreuil. Des exemples ? Au Vietnam, au prix de quelques accents supplémentaires, Alexandre de Rhodes, père jésuite, a créé au xviie siècle le "quôc-ngu" pour transcrire par écrit cette langue qui ressemblait à un "gazouillis des oiseaux" et évangéliser les populations. Près de trois cent cinquante ans plus tard, elle est toujours la langue officielle du pays. Mais avec ces mêmes 26 lettres, on peut aussi écrire du basque et du finnois. De l'indonésien et du turc. Du magyar et du wolof. En trois mille ans à peine, l'alphabet des Phéniciens est devenu universel.
Vincent Olivier











