TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 12 novembre 2013

La polémique sur les soins aux étrangers reprend de plus belle

L’UMP dénonce une explosion du recours à l’aide médicale d’Etat, qui bénéficie aux étrangers en situation irrégulière .

Traditionnel terrain d’affrontement entre la gauche et la droite, les dépenses de santé pour les étrangers en situation irrégulière font l’objet d’une nouvelle passe d’armes. Les chiffres qui seront soumis aux députés mercredi lors de l’examen de la loi de finances à l’Assemblée font état d’une forte hausse des bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat (AME). Au 31 mars, ils étaient 264.000, 5 % de plus que fin 2012 et 26 % de plus que fin 2011.
Entrée en vigueur en 2000, l’AME assure une prise en charge à 100 % des soins pour les étrangers en situation irrégulière lorsque leurs ressources sont inférieures à un certain plafond (le même que pour la CMU, soit 716 euros par mois pour une personne seule). Dans la loi de finances pour 2013, votée il y a un an, le gouvernement avait prévu une dépense de 588 millions d’euros. Finalement, le Parlement devra voter une rallonge de 156 millions d’euros, a annoncé en commission la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Le budget de l’AME atteindrait donc 744 millions en 2013. Un nouveau dérapage est en vue pour 2014. Lors de la présentation du projet de loi de finances fin septembre, le gouvernement a prévu une dépense de 605 millions pour l’an prochain. « Il est d’ores et déjà certain que ce budget sera nettement insuffisant », a pointé le député UMP de Paris Claude Goasguen, qui dénonce un budget « hors de contrôle ».

Enjeu de santé publique
La grande nunuche

Au ministère, on reconnaît que les dépenses seront supérieures aux attentes en 2013 et en 2014. Mais l’entourage de Marisol Touraine souligne qu’une partie de la progression des dépenses est « artificielle ». Le gouvernement Fillon a instauré une franchise de 30 euros pour les bénéficiaires de l’AME en 2011, ce qui a ralenti le recours au dispositif. La gauche ayant supprimé ce prélèvement dès son arrivée au pouvoir en 2012, il y a eu un « décalage dans le temps » qui explique la hausse de 2013, a indiqué en commission le député socialiste Christophe Sirugue. Autre explication de la hausse des dépenses, la façon dont les hôpitaux facturent la prise en charge des patients bénéficiant de l’AME a été modifiée. Deux éléments ponctuels, qui font que la hausse devrait être moins forte à l’avenir, assure l’exécutif.
A l’UMP qui réclame le rétablissement de la franchise de 30 euros, la ministre a répondu que ce serait « contre-productif ». « C’est d’abord un enjeu humanitaire mais c’est aussi un enjeu de santé publique », a-t-elle dit. Ne pas soigner ces personnes à temps, c’est prendre le risque d’une aggravation de leurs pathologies, y compris des maladies infectieuses qui peuvent ensuite frapper toute la population. Autre argument de la gauche, des pathologies plus sévères nécessitent une prise en charge plus lourde et donc plus coûteuse.

Alors que les tiroirs caisses sont vides !! A quand le prochain prélèvement ??

La prime de fin d'année ou 13ème mois c'est selon.

Il y a de quoi en tomber à la renverse !
Jean-Marc Ayrault accorde 20 millions EUR de primes à ses ministres et leur collaborateurs…
Voici les budgets primes des ministres du gouvernement Ayrault.

Cumul des enveloppes accordées aux 21 ministres au titre des ISP 2012.

                        Source JDN (Journal du net) 06/12/2012…


                        Jean-Marc Ayrault   5 850 000 E Effectif : 456 soit 12 829 EUR par personne.

                        Laurent Fabius   1 091 082 E Effectif : 150 soit 7 274 EUR par personne.

                        Manuel Valls   1 547 452 E Effectif : 252 soit 6 141 EUR par personne.

                        Christiane Taubira    983 000 E Effectif : 169 soit   5 817 EUR par personne.

                        Jean-Yves Le Drian    967 238 E Effectif : 158 soit   6 122 EUR par personne.

                        Delphine Batho    900 720 E Effectif : 173 soit 5 206 EUR par personne.

                        Marisol Touraine    878 408 E Effectif :   64 soit 13 725 EUR par personne.

                        Pierre Moscovici    730 304 E Effectif :   67 soit 10 900 EUR par personne.

                        Arnaud Montebourg    679 058 E Effectif :   57 soit 11 913 EUR par personne.

                        Aurélie Filippetti    642 710 E Effectif :   91 soit   7 063 EUR par personne.

                        Vincent Peillon    616 000 E Effectif :   61 soit 10 098 EUR par personne.

                        Cécile Duflot    580 950 E Effectif :   57 soit 10 192 EUR par personne.

                        Geneviève Fioraso    564 000 E Effectif :   58 soit   9 724 EUR par personne.

                        Victorin Lurel    552 347 E Effectif :   63 soit 8 767 EUR par personne.

                        Najat Belkacem    552 001 E Effectif :   47 soit 11 745 EUR par personne.

                        Marylise Lebranchu    543 636 E Effectif :   55 soit   9 884 EUR par personne.

                        Valérie Fourneyron    541 770 E Effectif :   53 soit 10 222 EUR par personne.

                        Michel Sapin    500 291 E Effectif :   75 soit 6 671 EUR par personne.

                        Sylvia Pinel    466 268 E Effectif :   39 soit 11 956 EUR par personne.

                        Nicole Bricq    454 052 E Effectif :   38 soit 11 949 EUR par personne.

                        Stéphane Le Foll    370 457 E Effectif :   75 soit 4 939 EUR par personne.



                        Soit 2258 personnes qui vont pouvoir passer un excellent réveillon.

                        "Bon appétit Messieurs, oh Ministres intègres !"



                        Il faut souligner que ces primes existaient dans tous les gouvernements, de gauche
                        comme de droite, mais dans des contextes économiques non comparables.

                        Ces gens qui nous parlent de crise aujourd'hui, d'économies, de restrictions,
                        de solidarité, de sacrifices, ne devraient-ils pas commencer par eux-mêmes ?



lundi 11 novembre 2013

Le vrai problème, ce ne sont pas les populismes


Qualifier de populistes et réactionnaires tous les mouvements de rébellion qui se manifestent ici ou là, ne sert qu’à camoufler les racines du problème : ce n’est pas la colère de ses citoyens qui menace l'UE telle qu’elle est aujourd’hui, mais la réticence des gouvernements à lui déléguer leur souveraineté.
Je souhaite la naissance de l’Europe fédérale et la sauvegarde de la monnaie unique. Dans le cas contraire, nous aurions, à la place de l’UE quantité de petits états sans grandeur mais non sans abjection, non plus amis mais plus que jamais vassaux de la puissance américaine. Nous retournerions à la case départ : vaincus à cause de nos nationalismes, comme nous l’avons été dans les guerres du XXe siècle.
Pourquoi ne cesse de croître en Europe une humanité si mécontente, si dégoutée, qui alimente l’extrême droite et les partis eurosceptiques ? L’appeler populiste ou réactionnaire serait s’arrêter au seuil des “pourquoi” sans se demander ce qui est à l’origine de ce cri. Y répondre ne sert d’ailleurs à rien, si les protestations et les propositions, si dissemblables les unes des autres, sont évacuées comme un épais grumeau qui obstruerait on ne sait quel progrès.
Évacuer la problème par le mépris et le refus revient à ignorer que l’Europe d’aujourd’hui distille des poisons chroniques. Il ne suffit pas, à la manière performative des actuels gouvernements, d’invoquer son nom pour qu’elle existe. Cela revient à camoufler ce qui est pourtant évident : nationalisme et conservatisme sont des maux qui affligent les instances dirigeantes elles-mêmes et le élites des États de l’Union. Là aussi, il faut oser aller au delà des mots. Le mot “fédération” n’est plus tabou — à part en France.
Evoqué à droite et à gauche, il n’est pas pour autant suivi d’actions concrètes telles que la mutualisation de la dette publique, une croissance alimentée par les eurobond et par des ressources financiaires européennes bien plus consistantes que celles d’aujourd’hui. Ni surtout d’un Parlement européen avec de nouveaux pouvoirs et une Constitution commune qui soit l’expression de ses citoyens. Bref, une Europe qui soit pour eux un refuge en ces temps d’angoisse et non pas le bastion qui protège une oligarchie endogame de puissants qui se couvrent les uns les autres.

Peuples souverains

Une austérité qui accentue la pauvreté et les inégalités, un Pacte de stabilité qu’aucun parlement n’a pu discuter : telle est l’Europe qui veut se débarrasser des populismes
L'Europe telle qu’elle est n’est pas menacée par la colère (de droite comme de gauche) de ses citoyens. Elle est menacée par des gouvernements réticents à déléguer des souverainetés nationales non seulement feintes, mais usurpées, vu qu’en démocratie, les souverains, ce sont les peuples. Si la crise de 2007-2008 tourmente l’Europe au delà de toute mesure, c’est en raison de ces distorsions. Une austérité qui accentue la pauvreté et les inégalités, un Pacte de stabilité qu’aucun parlement n’a pu discuter : telle est l’Europe qui veut se débarrasser des populismes. C’est la misère grecque. C’est la corruption des gouvernements qu’alimentent inégalités et fausse stabilité.
Le cas des gauches radicales en Grèce est exemplaire. Syriza, une coalition de mouvements citoyens et de groupements de gauche, a été qualifiée d’anti-européenne et populiste, lors des deux élections de mai et juin 2012. Les chancelleries européennes s’étaient alors mobilisées, décrivant Syriza comme le monstre à abattre. Berlin avait menacé de fermer les robinets des aides. Mais ni Syriza ni Alexis Tsipras qui est à sa tête, ne sont anti-européens. Ils demandent une autre Europe. Et c’est cela qui épouvante l'establishment.
Le 20 septembre, quand il a présenté son programme auKreisky Forum de Vienne, Alexis Tsipras ha surpris ceux qui l’avaient couvert de boue. Il a dit que l’architecture de l’euro et les plans de sauvetage ont démoli l’Union, au lieu de panser ses plaies. Il a rappelé la crise de 1929 et sa gestion selon les dogmes néo-libéraux. Exactement comme aujourd’hui. “Les gouvernements nièrent que l’architecture de leurs projets était aberrante, insistant sur l’austérité et prônant simplement la relance des exportations".

Crise européenne et corruption

Le résultat fut, dans le Sud de l’Europe, la misère et l’avènement du fascisme et celui du nazisme en Europe centrale et du nord"*. C’est la raison pour laquelle L’union doit être refaite de A à Z. il Reprenant les propositions des syndicats allemands, Syriza propose un Plan Marshall pour l'Europe, une véritable union bancaire, une dette publique gérée de manière centralisée par la Banque centrale européenne et un programme d’investissements publics massifs lancé par l’UE.
Mais Alexis Tsipras dénonce aussi ce que personne n’ose pointer du doigt : le lien entre la crise européenne et les démocraties corrompues d’Athènes et de nombreux pays du Sud. "Notre cleptocratie a noué les alliances solides avec les élites européennes", a-t-il dit, et leur entente se nourrit de mensonges sur les fautes des Grecs ou des Italiens, sur les salaires trop élevés et sur ces États trop généreux. Ces mensonges “servent en effet à déplacer la faute des faiblesses nationales des épaules des cleptocrates sur celles du peuple qui travaille dur".
C’est une alliance qui ne se heurte plus à aucune opposition depuis que la gauche classique a adopté, dans les années 1990, les dogmes néolibéraux. Une grande partie de la population s’est ainsi retrouvée sans représentants. Disparus, démissionnaires, punis par une politique d’austérité à l’allure d’exercice militaire. C’est cette partie — une majorité, si l’on compte également les abstentionnistes — qui proteste contre l’Europe.

Elites consanguines

Parfois elle rêven d’un retour irréel aux monnaies et aux souverainetés nationales ; parfois, elle réclame une autre Europe, qui n’oublie pas le cri des pauvres, elle qui avait su l’entendre entre l’après-guerre et la fin des années 1970. Voilà ce que dit Tsipras. Et en Italie, Beppe Grillo, dans ses discours chaotiques, dit à peu près la même chose.
Si rien ne bouge, l’Europe ne sera plus un abri, mais un bâtiment où les citoyens seront exposés à tous les vents. Administré par des élites consanguines, elle ressemble de plus en plus au Bureau des lettres mortes gardé par Bartleby le scribouillard, dans la nouvelle [Bartleby, une histoire de Wall Street, éditions Amsterdam, 2007] d’Herman Melville. C’est à force de compiler et de jeter à la corbeille des milliers et des milliers de lettres envoyées et jamais remises à leurs destinataires que Bartleby en vient à opposer à toute demande et à tout ordre, avec un calme cadavérique, son refus impavide : ”I’d rather not” — "Je préférerais ne pas".

11 Novembre : quelles leçons ?

11 Novembre : quelles leçons ?


En ce pluvieux 11 Novembre, les monuments aux morts des villages de France vont soudainement refleurir, essentiellement grâce aux anciens combattants qui, à l’exception de souvenirs d’enfance d’une minorité désormais, ne connaissent cette Première Guerre mondiale que par les livres ou le récit de leurs aïeux. Cette mobilisation doit aussi beaucoup aux élus, aux écoliers et à leurs parents qui, plus par devoir que par conviction, fournissent le gros des troupes des commémorations. Reste à savoir ce que signifie ce jour qui marque le 95e anniversaire de la signature de l’Armistice.
À défaut de se recueillir devant le monument aux morts communal, chaque Français doit avoir à l’esprit que le conflit 14-18 fut une boucherie (1,4 million de morts côté français sur un total de 9 millions de tués) et qu’en raison de ses causes et conséquences trop vite éludées, avec un esprit de vengeance nourri des deux côtés, l’Histoire s’est répétée deux décennies plus tard. Plus que toute autre région, l’Alsace en a d’ailleurs payé le prix fort.
Si dans chacun des deux camps, des hommes, De Gaulle et Adenauer en tête, n’avaient ensuite pris sur eux pour aboutir à des compromis, l’Europe aurait un visage bien différent. C’est pourquoi il ne faut pas oublier qu’à défaut d’une imparfaite union politique, économique et financière, notre continent n’est plus un terrain de guerre.
Sur les Champs-Élysées parisiens ce matin, à Oyonnax cet après-midi, le président de la République, François Hollande, jouera sur les tableaux de ces deux guerres pour appeler à l’unité nationale au moment même où le pays est engagé dans des batailles aussi nombreuses qu’à l’issue incertaine. Chômage, misère, pauvreté, xénophobie, racisme sont quelques-uns des combats que mènent la France et ses voisins européens en ce début de XXIe siècle. Des guerres différentes de celle de 14-18 mais aux conséquences tout aussi dangereuses. N’oublions jamais que c’est sur le lit de la Première Guerre mondiale que se sont construits les nationalismes aboutissant à la Seconde. Et que ces nationalismes sont les mêmes qui, de manière récurrente, menacent l’équilibre – toujours fragile – des démocraties européennes.
Exception faite de l’Alsace-Moselle, où la plupart des commerces seront fermés aujourd’hui, ce jour anniversaire de l’Armistice sera surtout, pour nombre de Français, l’occasion de parcourir les allées des grandes surfaces. On est loin de l’esprit commémoratif du conflit le plus meurtrier du XXe siècle. Et il n’y a vraiment pas lieu de s’en réjouir.

Le lynchage d’Alain Finkielkraut

Le lynchage d’Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut a écrit un livre sur « L’identité malheureuse » (Stock). Je ne l’ai pas encore lu mais il faut croire que l’ouvrage n’est pas conforme à l’idéologie dominante, au politiquement correct, car cet intellectuel ne cesse de se faire violemment insulter sur les plateaux de télévisionhttp://www.huffingtonpost.fr/2013/10/19/video-ce-soir-ou-jamais-finkielkraut-taddei_n_4126468.html. Certes, nous sommes habitués, dans notre belle démocratie respectueuse de la pluralité d’opinion, à voir tomber l’injure suprême –  raciste ou xénophobe – sur toute pensée déviant de la ligne officielle sur l’immigration radieuse. Alain Finkielkraut, qui a toujours condamné sans la moindre ambigüité tout parti extrémiste, fait pourtant l’objet d’un lynchage haineux sur les ondes de télévision et à la radio, en sa présence, et pire, en son absence ce qui est un signe de la lâcheté ambiante. A ma connaissance, c’est la première fois que l’on voit ainsi au grand jour, accusée de racisme, une personnalité dont le père et une partie de la famille ont été déportés à Auschwitz, ce dont il ne fait d’ailleurs jamais état en public. Il me semble que c’est un seuil supplémentaire qui est franchi dans la barbarie médiatique, le chaos moral, le mépris de l’histoire, la dictature de la pensée unique, la survivance ou la renaissance de l’esprit totalitaire (au sens d’Hannah Arendt) mais aussi tout simplement le triomphe de la vulgarité hargneuse.

"L'écotaxe sera appliquée", martèle le gouvernement

Le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin, a assuré, dimanche, que l'écotaxe ne serait pas supprimée. Seules "les modalités d'application" sont négociables.
Si jeune et déjà si con


"Je le dis en tant qu'écologiste et en tant que membre du gouvernement : l'écotaxe sera appliquée." Le ministre délégué au Développement, Pascal Canfin, a assuré, dimanche 10 novembre, que l'écotaxe serait bien appliquée, alors que les spéculations vont bon train sur une éventuelle suppression après le report par le gouvernement de sa mise en oeuvre.
"Le gouvernement s'est engagé - et il a bien fait - à reconstituer les conditions du dialogue, a-t-il estimé sur RTL, mais en mettant clairement sur la table le fait que ce n'était pas le principe de l'écotaxe qui était à discuter mais les modalités d'application."
L'écotaxe "marche là où elle est en place", a assuré Pascal Canfin, citant l'Allemagne et la Suisse, "donc il n'y a aucune raison que ça ne marche pas en France". Pour le ministre écologiste, ce "n'est pas un impôt supplémentaire, ça revient simplement à faire payer aux poids lourds, à ceux qui utilisent massivement les routes et de fait les dégradent, les investissements dans les transports, au lieu que soit le contribuable lambda".

dimanche 10 novembre 2013

Reprendre la main sur le système bancaire


Depuis des années les dirigeants de la plupart des banques françaises, tout comme leurs homologues internationales, ont privilégié la rentabilité financière à court terme pour leurs actionnaires et les innovations financières hasardeuses, plutôt que le financement d’activités productives, créatrices d’emplois locaux et respectueuses de l’environnement. Ils n'ont tenu aucun compte des conséquences écologiques des projets que leurs institutions finançaient. Ils ont mis sous pression leurs salariés pour placer le maximum de produits financiers indépendamment des besoins de la clientèle. Alimentant la bulle immobilière, ils ont incité, par des pratiques commerciales douteuses, leurs usagers à s'endetter pour des montants de plus en plus importants et des horizons de plus en plus lointains. Après avoir été sauvés fin 2008 par l’injection massive de fonds publics, ces dirigeants renouent aujourd’hui avec les dividendes et les bonus milliardaires. Beaucoup de citoyens sont exaspérés par cette situation. Mais ils se sentent impuissants à changer le cours des choses. En tant qu’usagers, ils ont besoin de leur banque pour encaisser leurs rémunérations, effectuer leurs paiements et obtenir des crédits. En tant que salariés d’une banque, ils souffrent de conditions de travail dégradées et de rapports tendus avec la clientèle. La plupart des gens pensent que les banques sont plus ou moins toutes gérées de la même façon déraisonnable mais inéluctable, et les dérives de certaines banques coopératives ou mutualistes les confortent dans ce sentiment. Pourtant, comme l’a montré l’écho important de la déclaration d’Eric Cantona dans l’opinion publique, les citoyens cherchent des moyens de peser sur cette situation. Usagers, salariés et associations, surtout s’ils cherchent à travailler ensemble, peuvent se doter d’outils pour exercer une vraie pression sur les directions des banques et les pouvoirs publics. Ils peuvent favoriser l'émergence de banques solidaires. Ils peuvent développer un vaste débat sur la façon dont devrait fonctionner un système financier au service des besoins de la société. Cette campagne veut donner aux citoyens plusieurs modalités d’engagement possibles, et repose sur un appel permanent à l’imagination et à l’initiative des participants.  

Iran : la bonne fenêtre de tir


Alors qu’un accord sur un règlement du dossier nucléaire iranien paraissait imminent, à tel point que les ministres des affaires étrangères du « groupe 5+1 » menant les négociations, soit les cinq pays membres permanents du conseil de sécurité (Chine, Russie, États-Unis, Grande-Bretagne et France) et l’Allemagne, ont accouru à Genève depuis vendredi, la bombe lancée hier par Laurent Fabius a sensiblement brouillé les cartes.
S’il faut « éviter l’euphorie du verre à moitié plein » et garder à l’esprit qu’un accord à Genève ne peut tout régler, le coup d’éclat du chef de la diplomatie française a essuyé de nombreuses critiques, notamment en provenance de chancelleries européennes. Car ces déclarations ont surtout été interprétées comme un signe de mauvaise humeur consécutif à l’arrivée impromptue à la table des négociations, vendredi, du Secrétaire d’État américain, John Kerry, lequel n’en aurait pas averti les pays occidentaux impliqués. Plus prosaïquement, alors que François Hollande est attendu du 17 au 19 novembre en Israël et en Palestine, le chiffon rouge agité par Laurent Fabius hier est aussi un signal d’apaisement envoyé au gouvernement de Benyamin Netanyahou. La diplomatie est ainsi faite, alternant les grandes déclarations de principes et les prises de position opportunistes.
Il n’en demeure pas moins que ce week-end, voire lors d’un nouveau round de négociation, un accord sur le nucléaire iranien est de l’intérêt de tous. Une fenêtre de tir s’est ouverte avec l’élection, à la tête de l’Iran, de Hassan Rohani. Plus modéré que son prédécesseur Ahmadinejad, le nouveau président a le soutien du « vrai patron » du pays, le Guide suprême, Ali Khamenei. Au prix d’une levée, au moins partielle, de l’embargo économique et financier qui étrangle l’Iran et fait peser sur le régime la menace d’un soulèvement populaire, le nouveau président semble prêt à stopper le programme nucléaire à des fins militaires. Pour autant, il reste intraitable sur sa volonté d’enrichissement d’uranium, quitte à l’assujettir à un contrôle de la communauté internationale.
Toute négociation ayant pour prix des concessions réciproques, un accord à Genève, sous réserve d’un contrôle sérieux, vaut toujours mieux qu’un retour à la situation explosive qui prévalait sous Ahmadinejad. Le risque nucléaire au Proche et au Moyen-Orient ne disparaît pas du fait d’un accord. Par contre, il ne peut que diminuer.

François Hollande a-t-il déserté le terrain ?

Des élus socialistes regrettent que le président n'aille pas davantage à la rencontre des Français. 

Plus qu'un simple vœu, François Hollande en avait fait la promesse lors de sa campagne : s'il était élu à l'Elysée en mai 2012, il veillerait scrupuleusement à incarner un président "normal", proche des Français. Or, près de deux ans ont passé,sa popularité s'est effondrée et des élus socialistes s'interrogent sur la communication du chef de l'Etat.

"La proximité était l'un de ses points forts"

Son dernier déplacement de terrain, consacré à l'emploi, remonte au 8 octobre."Pourquoi ne va-t-il pas plus au contact des électeurs ? Pourquoi ne va-t-il en province qu'une fois tous les trente-six du mois ?", se désole une députée pourtant proche du président. "En circonscription, de plus en plus de gens nous disent que Hollande ne les écoute plus, qu'il n'ose plus venir les voir", témoigne un autre.
"Quand on entre à l'Elysée, il faut en permanence lutter pour ne pas donner aux Français le sentiment de vivre reclus dans un palais doré, confie un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, contacté par francetv info. Quand vous allez sur le terrain plusieurs fois par mois, vous donnez le sentiment d'écouter, de prendre le pouls… C'est un peu comme si le roi se chargeait de recueillir lui-même les doléances !"
"Même s'il ne s'agit évidemment pas du problème numéro un des Français, ces déplacements de terrain sont toujours positifs. Ils donnent l'image d'un président qui ne reste pas enfermé dans sa tour d'ivoire", acquiesce le politologue Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop. "Jusqu'au printemps dernier, cette proximité avec les Français était l'un des points forts de François Hollande. Mais à partir du moment où les gens l'ont entendu dire que 'la reprise est là', que 'la courbe du chômage va s'inverser', son discours a semblé déconnecté de la réalité."

Face au marasme, le président préfère rester "en surplomb"

Renouer avec le terrain pourrait-il dès lors aider François Hollande à sortir du marasme ? Ses conseillers semblent en douter. Face à une contestation qui pourrait prendre de l'ampleur, le chef de l'Etat préfère se placer "en surplomb", explique un proche, cité dans Le Figaro. La députée picarde Pascale Boistard s'en félicite : "Il ne va quand même pas aller sur le terrain juste pour dire d'aller sur le terrain ! Il faut que chaque déplacement ait un sens, pour avoir un impact." Son collègue nordiste Guy Delcourt est du même avis : "On a suffisamment critiqué Sarkozy d'avoir été en campagne permanente pour ne pas s'engouffrer là-dedans !" 
D'autant que plusieurs déplacements en province ont quelque peu échaudé le chef de l'Etat. A Dijon, à La Roche-sur-Yon, à Florange, à Cournon-d'Auvergne… Ces derniers mois, François Hollande a dû faire face à des réactions virulentes, devant micros et caméras. "Ces sorties sur le terrain permettent toujours à des organisations hostiles, comme la Manif pour tous par exemple, de se montrer", met en garde la députée Brigitte Bourguignon, élue à Boulogne-sur-Mer. "Le risque, c'est toujours que ça se transforme en bad buzz", reconnaît un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, se remémorant "l'exemple le plus marquant" à ses yeux. Un déplacement au Guilvinec(Finistère), où un marin-pêcheur avait insulté le président, en novembre 2007. "Avec le recul, on peut reconnaître que ce jour-là, le terrain n'a pas franchement renforcé la proximité du président avec les Français !", sourit-il aujourd'hui.
Un risque que François Hollande ne devrait pas prendre pour l'instant. Pour conserver un peu de distance après un enchaînement de séquences ratées, le chef de l'Etat va profiter du début des commémorations du centenaire de la Grande Guerre pour parler de la Nation dans des cadres très solennels, avant d'enchaîner une série de déplacements à l'étranger.

Erreur de diagnostic ou langue de bois massif : le gouvernement et la majorité croient-ils encore à ce qu'ils disent sur l'état économique de la France ?


Alors que Standard & Poor's a dégradé vendredi la note de la France, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault et François Hollande sont montés au créneau pour défendre l'économie de notre pays et la stratégie du gouvernement.

Tandis que Pierre Moscovici a déclaré que "la stabilité de la France est reconnue", Jean-Marc Ayrault et François Hollande ont respectivement avancé que cette dégradation ne prenait pas en compte les réformes faites par le gouvernement et que la stratégie de celui-ci serait confirmée. Que penser des déclarations des principaux dirigeants politiques français ? S'agit-il d'une stratégie pour ne pas perdre la face ou sont-ils réellement convaincus de ce qu'ils disent ?

André Bercoff : Une fois de plus, on assiste au tristement traditionnel jeu de bonneteau entre majorité et opposition. Quand la France de Sarkozy a vu dégrader sa note par la même agence Standard and Poor’s, Hollande et toute la famille socialiste ont expliqué à l’envie que cette dégradation infamante était la conséquence directe de la politique du président d’alors, ce pelé, ce galeux, d’où nous venait tout le mal. On se rappelle que « Libération » avait titré en manchette un Sarkozy auquel il manquait le « A ». Trouvaille intéressante du point de vue du buzz . Le quotidien va-t-il enlever son « A » à Hollande ? Plus sérieusement chacun fait contre mauvaise fortune bonne
excuse, et, en bon connaisseur de la gauche marxienne, les agences de notation seront aujourd’hui rejetées aux poubelles de l’Histoire. Jusqu’à la prochaine fois. En attendant, les déficits, la dette, les dépenses publiques et le chômage creusent, creusent, creusent.
François Lenglet :  La réaction du gouvernement est très classique. Lorsqu'on reçoit une sanction comme celle-ci, soit on remet en cause celui qui la donne comme l'ont fait Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici ; soit on dit "cela m'est égal" comme l'a fait Hollande.
Cette dégradation n'en demeure pas moins un camouflet. Par rapport à la première dégradation, cette décision de Standard & Poor's apparaît beaucoup plus politique car elle touche à la méthode et l'impuissance du gouvernement. C'est ce qui ressort du communiqué de l'agence qui s'appuie sur le fait que la marge de manœuvre du gouvernement est limitée. D'un côté, celui-ci ne semble pas en mesure de réduire les dépenses et de l'autre, il ne peut plus lever l'impôt, confronté au mécontentement de l'opinion publique face à l'accroissement de la fiscalité. Standard & Poor's en conclut que le gouvernement ne peut plus faire grand-chose : la croissance va rester faible et les perspectives budgétaires en subiront forcément les conséquences. 

Sur son blog, le député socialiste de Paris Jean-Christophe Cambadélis "enrage" mercredi contre une "époque aux idées molles", caractérisée par la "dispersion" et "la démission des esprits", un "climat très juin 1940". Doit-on voir dans l'attitude de l'exécutif, une forme de capitulation ?

André Bercoff : Gageons que si Jean-Christophe Cambadélis avait été Premier secrétaire du PS en lieu et place de Harlem Désir, il aurait pris le maquis et, de radio Solferino, aurait appelé le peuple de gauche à la résistance. N’étant pas lui-même dans le cercle restreint des éléphants, il peut traiter le gouvernement d’eunuques et de capitulards. François Hollande ne capitule pas : il demeure. Culbuto forever.

François Hollande comme Jean-Marc Ayrault et Pierre Moscovici sont des sociaux-démocrates revendiqués et ont souvent assumé une ligne réaliste. Dans ces conditions, comment expliquer leurs déclarations actuelles ? S'adressent-ils à leur majorité, aux Français ou aux marchés financiers ? 

André Bercoff : C’est la même chose depuis dix-huit mois : ne dites pas à ma mère trotskiste que je suis social-démocrate, elle me croit chauffeur de salle chez Mélenchon. Les élections municipales se profilent à l’horizon et il s’agit aujourd’hui de limiter les dégâts : on soigne les écolos tout en leur faisant avaler des boas, on câline les communistes en leur promettant des sièges de conseillers etc. Avec le mariage pour tous, la France raciste et autres séquences sociétales, on parle un peu moins du navire qui fait eau de toute part. Crier haro sur Standard & Poor’s permet de soupirer tout bas : encore une minute, monsieur le bourreau.
François Lenglet : La majorité tient malgré les divisions et ce genre de décision ne touche pas immédiatement et concrètement les Français. Ceux qui pensent que le gouvernement ne fait pas ce qu'il faut y verront la confirmation de leur sentiment et les autres probablement "le complot du grand capital". Le message s'adresse donc plus particulièrement aux marchés car il n'est pas impossible que cette dégradation contribue à augmenter le coût des emprunts français. Par ailleurs, les chiffres de la croissance du troisième trimestre qui tombent ce jeudi ne devraient pas être très bons. Le garrot financier qui étreint le pays et sa politique économique se resserre peu à peu.  

La droite a souvent pointé du doigt un certain "déni de réalité" de la gauche notamment sur les questions de sécurité et d'immigration. Est-ce également le cas sur le plan économique ? A-t-elle fait son "aggiornamento" en la matière ? En paie-t-elle les conséquences aujourd'hui ? 

André Bercoff : La droite au pouvoir fut pratiquement aussi aveugle que la gauche, consciente peut-être des abîmes à venir mais incapable d’expliquer aux Français la nature et l’ampleur de l’effort à accomplir. Je l’ai écrit à plusieurs reprises : la France souffre d’un double déni aussi corrosif l’un que l’autre : le déni identitaire et le déni économique. Nous n’avons pas fini de payer cet aveuglement qui, à droite comme à gauche, fut longtemps hélas la chose du monde la mieux partagée.
François Lenglet : Le communiqué de Standard & Poor's évoque des augmentations d'impôts successives. La droite est donc également responsable de la situation. Il faut aussi rappeler que la première dégradation avait frappé le gouvernement de François Fillon. Le vrai problème tient à l'impuissance de la classe politique française. C'est ce qu'il y a en filigrane dans le communiqué de Standard & Poor's : "le chômage, l'exaspération du corps social qui ne tolère plus les réformes". Cela va au-delà de la critique d'un gouvernement et concerne plus largement l'impuissance publique en France. L'euro a apporté un certain nombre de dividendes qui ont été gaspillés au début des années 2000, notamment à l'époque Jospin et DSK. On a laissé dériver la compétitivité et les comptes publics alors qu'on avait 4% de croissance. L'euro nous a protégé de la paresse des gouvernements, puis brutalement, à la faveur de la crise, la conjoncture s'est retournée. Il nous faudra maintenant des années pour rétablir la situation.

Cette nouvelle dégradation de la note française est-elle plus grave que ne le laisse entendre l'exécutif ? Les marchés financiers sont-ils en train de siffler la fin de la récréation ?

André Bercoff : Mallarmé écrivait : « Jamais un coup de dés n’abolira le hasard ». Ce n’est pas la disparition du « + » de l’agence de notation qui va faire basculer la France. Il faudra faire très attention quand les taux d’intérêts des remboursements de l’emprunt de la dette auprès des investisseurs étrangers connaîtront une ascension. Les marchés peuvent siffler la fin de la récréation : si nos gouvernants ne proclament pas l’état d’urgence, plus dure continuera la chute.
François Lenglet :  Les effets de ces décisions là ne s'apprécient pas sur le moment mais à moyen et long termes. Il est encore trop tôt pour savoir s'il n'est pas déjà trop tard. Les situations instables tiennent jusqu'au moment où elles ne tiennent plus. Il y a rarement un seul élément déclencheur, mais plutôt une conjonction de plusieurs éléments qui un jour sont suffisants pour que les choses basculent.

La plus vieille chanson du monde


Lorsque l’on admire une sculpture de la Grèce antique, on oublie souvent l’aspect qu’elle avait réellement, à l’époque: richement colorée, et non pas pâle et immaculée comme on la voit aujourd’hui dans un musée. Nous en déduisons une image beaucoup plus abstraite que celle qu’elle avait réellement. Le même discours peut être appliqué à la production poétique et littéraire de la Grèce antique, dont nous admirons les textes. Parce qu’en réalité, il nous manque quelque chose d’essentiel: leur musique.
La BBC a récemment interviewé Armand d’Angour, professeur à l’Université d’Oxford, archéologue de la musique, et qui s’est récemment embarqué dans un drôle de projet financé par la British Academy: ressusciter la musique de la Grèce antique. "Imaginez que dans 2500 ans, il ne reste plus des chansons des Beatles que quelques textes. Idem pour les œuvres de Mozart et Verdi. Imaginez comme ce serait excitant d’en reconstruire la musique, de retrouver leurs instruments et de réécouter ces paroles dans leur état original", explique Armand d’Angor. On oublie souvent, ajoute le professeur, que les poèmes épiques d'Homère, les poésies d’amour saphiques, tout comme les tragédies de Sophocle et Euripide ont été conçues en musique, composées pour être chantées et accompagnées d’une lyre, d’un genre de cornemuse et d’instruments à percussion.
Proche de la musique populaire indienne

“Tant que tu vis, brille !
Ne t'afflige absolument de rien !
La vie ne dure guère.
Le temps exige son tribut.”
Comment les reconstituer ? Il faut avant tout partir du rythme, qui alterne syllabes longues et courtes. Puis les instruments : ils ont été décrits dans différents textes, parfois représentés, et leur aspect permet d’en déduire la tonalité et le timbre. Mais depuis peu, explique Armand d’Agour à la BBC, toute une série de nouvelles découvertes ont été faites grâce à des documents remontant à 450 ans avant JC: toute une mine de lettres de l’alphabet grec, comportant des symboles placés au-dessus des voyelles. Les Grecs avaient notamment établi les proportions mathématiques des intervalles musicaux : 2:1 pour une octave, 3:2 pour une quinte, 4:3 pour une quarte et ainsi de suite. De plus, grâce aux lettres, on peut remonter jusqu’au ton : la lettre A, par exemple, représente une note musicale un cinquième plus haut que le N, qui se trouve au milieu de l’alphabet.
Quant à l’effet final, il se rapproche plus de la musique populaire indienne et moyenne-orientale que de celle occidentale. Le cas sur lequel s’appuie Armand d’Angour est celui de l’épitaphe de Seikilos. Retrouvé près d’Ephèse, en Turquie, en 1883, il se trouve aujourd’hui au Musée national du Danemark, à Copenhague. C’est la plus ancienne composition musicale complète jamais trouvée, une chanson grecque qui remonte aux environs du premier siècle avant notre ère. Ce qui le rend unique c’est qu’il représente une partition dans son entier.
En effet, il existe des partitions plus anciennes – certaines retrouvées sur des tablettes cunéiformes remontent au XVIIIe siècle avant JC – mais ce ne sont que des fragments. Le brève épitaphe, lui, nous offre paroles et musique dans leur intégralité. Il fut retrouvé sur une tombe dans la province turque de Aydin, au côté de la phrase suivante : "La pierre que je suis est une image, Seikilos me place ici, signe immortel d’un souvenir éternel." Et sur la pierre, non pas une image, mais le texte de la chanson, et sa mélodie.

La France : une République ou un Flunch ?

Écotaxe, Leonarda... Nos lois et décisions de justice sont foulées aux pieds par la colère des uns et l'indignation des autres. Bienvenue au self-service !

Une manifestation de Bonnets rouges bretons et des tonnes de choux-fleurs déversées sur une nationale auront eu raison de l'écotaxe. On pense ce que l'on veut de cette taxe, mais elle a été votée (à l'unanimité) au Parlement. Quelques semaines plus tôt, les caprices d'une gamine de 15 ans, Leonarda, et une indignation médiatique bien orchestrée avaient suffi à convaincre le président de la République, François Hollande, de revenir sur une décision d'expulsion parfaitement légale. 

Affirmant, à propos de cette affaire, qu'il y avait d'un côté les lois de la République et de l'autre les valeurs (de la gauche) qu'il fallait défendre, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a acté la naissance de la République Flunch. Comme dans les établissements de cette chaîne de restaurants, le libre-service est la règle dans notre nouveau régime institutionnel. Chacun y est libre de choisir ses droits en fonction de ses convictions personnelles et de ses goûts du moment. Les élus hostiles au mariage pour tous brandissent leur liberté de conscience pour ne pas célébrer de cérémonie entre deux homosexuels. Quant aux opposants aux OGM, ils invoquent la "désobéissance civile" pour saccager. À quand des policiers refusant de verbaliser, au nom du droit de l'animal, le propriétaire d'un chien s'abandonnant sur la chaussée ou des pervenches pro-automobile fermant les yeux devant tout véhicule mal garé ? Ne rêvons pas.

"Faites-vous partie des couillons qui continuent de respecter les règles ?"

L'essayiste Marcel Gauchet a bien analysé cette dérive. "Les conditions du respect des règles de la vie commune ont été profondément altérées par une situation où les uns, au sommet, ont les moyens de contourner les règles, tandis que les autres continuent d'être obligés de s'y soumettre ou n'ont pas les mêmes moyens de s'y soustraire", déclarait-il au magazine Causeur, en avril 2013. Et d'ajouter : "Un dilemme travaille confusément l'esprit de tout un chacun : faites-vous partie des couillons qui continuent bêtement de respecter les règles ou êtes-vous du côté des malins, qui ont compris le nouveau système et qui savent que les règles ne sont là que pour être tournées ?" 
L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac fournit l'emblème le plus caricatural de ce système. Le même homme qui, à Bercy, orchestrait la lutte contre la fraude fiscale avait trouvé le moyen de soustraire au fisc une partie de ses revenus... Au risque d'être taxé de populiste, le mauvais exemple vient encore de nos gouvernants. Prenant des libertés avec les lois républicaines, elles sont mal placées pour faire la leçon au simple citoyen, qui n'est pas un modèle de vertu. "L'exemplarité n'est pas une façon d'influencer, c'est la seule", disait Albert Schweitzer. L'exemplarité en la matière consisterait d'abord à cesser d'imaginer des lois gadgets, plus médiatiques qu'utiles.
Ainsi de ce stupide texte visant à pénaliser les clients de la prostitution. Comme l'explique la sociologue Nathalie Heinich dans une remarquable tribune au Monde daté 8 novembre, cette loi, si elle est votée, ne supprimera pas la prostitution, bien au contraire. Comme le rappelle le texte de la pétition lancée en 2012 par Élisabeth Badinter, "l'abolition" de la prostitution, contrairement à celle de l'esclavage, est une chimère. "La sexualité humaine varie selon les sociétés. Et, dans une même société, elle change selon les époques et les classes. Ce n'est pas une raison pour imaginer qu'elle va se plier, comme une cire molle, à l'utopie d'une sexualité parfaitement régulée." Plutôt que de s'occuper de nos braguettes, le gouvernement ferait mieux de traiter le vrai problème : l'esclavage des femmes par les réseaux mafieux. Mais gageons que cette loi de Bisounours, qui fait couler tant de bave nauséabonde (du côté des abolitionnistes comme des anti), sera vite oubliée. Comme l'écotaxe...

Tranchées

Tranchées


« Ma conscience me suffit. Je me moque de ce qu'on peut dire de moi ». Saint Jérôme semble avoir inspiré Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental. L'ancien ministre gaulliste quitte l'UMP car il veut librement afficher son soutien à un maire socialiste. Il n'a pas voté Hollande, mais souhaite sa réussite car, dit-il, c'est la France qui est en jeu.
D'autres voix lèvent le même tabou, celui de la guerre civile permanente dans laquelle droite et gauche tissent leur pelote. Benoist Apparu constate que « l'opposition systématique, bête et méchante, ne correspond plus au monde actuel » et suggère que l'UMP cesse de stigmatiser de manière revancharde. Manuel Valls ne se reconnaît pas dans des clivages trop partisans.
À côté de « paillassons », dixit de Gaulle, qui prospèrent dans le bourbier politicien, il en est donc quelques-uns qui, avec Oscar Wilde, préfèrent regarder les étoiles, même s'ils ont comme tout le monde les pieds dans le caniveau. La France des misères et précarités a aussi ses réussites et ses atouts. Le moment est venu d'oser le reconnaître.
Le devoir de mémoire commande l'union sacrée, avance Jean-François Copé en écho au président qui souhaite que la mémoire de 1914 rassemble. Mais, pour sortir des tranchées de l'idéologie partisane et du déclinisme, il faut du courage.

La voie fatale

La voie fatale


Ce sont aussi nos silences les coupables de ce mal qui nous ronge à nouveau. Comme si les racines du pétainisme étaient tellement profondes que nous ne parvenons pas à les extirper de nos gènes maltraités par l'histoire. Nous ne supportons plus les différences de couleur, de langue, de culture, les différences politiques, physiques, les différences tout court. L'altérité nous écorche la couenne comme une gale infectée, le visible nous dérange. C'est comme ça, nous sommes un pays de xénophobes qui se cachent derrière la Révolution. C'est pourtant la vie, la différence. Mais sans doute faut-il de l'intelligence pour dépasser le racisme ordinaire. Les récents dérapages qui ont mis à mal le mythe surfait de la terre d'asile et des droits de l'homme font la preuve que nous en manquons singulièrement.
Ne nous croisons pas les bras, ne laissons pas notre vigilance se ramollir, ne soyons pas spectateurs de l'avenir de notre jeunesse. Les mots proférés contre la ministre, contre les otages, contre les homosexuels, contre les Roms, contre l'autre, sont autant de crachats à la figure de ceux qui ont lutté et qui savent que la naïveté n'est pas la réponse appropriée face au danger de l'extrême droite qui avance déguisée en sondages.
Comme il est le bienvenu ce prix Femina à la Camerounaise Léonora Miano pour La saison de l'ombre. Il coule comme miel sur nos amertumes, bienfaisant contrepoids aux ignominies de ces derniers jours. Son titre nous remet en mémoire les Chants d'ombre de Senghor, le Sénégalais poète et tirailleur, fait prisonnier armes à la main alors qu'il défendait le pont de la Charité-sur-Loire. Un Femina qui, pour un temps, fait barrière à l'insupportable et permet de croire que les groupuscules racistes se trompent de colère et ne sont qu'une minorité vociférante. La confrontation entre la réalité et cet humanisme désuet qui confond intégration et aliénation tournera au désavantage des gens de la vraie vie et ouvrira la voie à Mme Le Pen.
Camus est dans l'actualité quand il met en garde contre la banalisation et prévient que « mal nommer les choses, c'est contribuer au malheur du monde ». Il faut appeler un chat un chat et l'extrême droite un mouvement raciste et violent.

Serveuses comestibles à défaut de bonne cuisine

Je viens d’apprendre que les frères Costes, propriétaires des restaurants parisiens en vogue Le Georges et le Café Marly, sont accusés de placer leur clients en fonction de leur apparence.


Selon le témoignage des deux anciennes serveuses, ils demandaient à leur personnel de réserver les meilleures places aux clients les plus séduisants d’où l’on pouvait facilement les voir alors que les moins beaux étaient repartis dans les coins éloignés de la pièce. Par contre les vedettes de toutes sortes avaient l’accès prioritaire aux meilleures tables indépendamment de leur âge ou leur degré de mocheté. Or, ce zèle discriminatoire des frères-restaurateurs ne se limitait pas aux clients. Les serveuses elles-mêmes étaient choisies pour leur plastique, et ce n’était pas la peine de postuler pour celles qui n’avaient pas un physique de mannequin et qui avaient plus de 30 ans. L’une des ex-serveuses précise qu’on lui a fait de reproches parce qu’elle « ne montrait pas assez sa poitrine ».
Jusqu’à présent je restais persuadé que tout établissement gastronomique qui se respecte donne la priorité absolue aux critères gustatifs de sa cuisine. Donc le fait que les frères Costes préfèrent en l’occurrence mettre l’accent dans leurs activités professionnelles sur les critères esthétiques et sexuels, m’amène logiquement à conclure qu’ils se rendent parfaitement compte que la qualité de leur cuisine à elle seule n’est pas capable d’attirer une clientèle raffinée.
Toutefois lors de mon prochain passage à Paris j’irais sûrement dans un des restaurants des frères Costes. Non pour y manger bien entendu, je me contenterai d’une petite tasse de café espresso. Par contre cette visite me donnera une idée aussi précise qu’utile sur mon degré de séduction.
DANS CES CONDITIONS JE SERAIS REJETÉ, 
SOIT ON IRAI ME METTRE À 
L'ÉPLUCHE PATATAES.