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dimanche 24 novembre 2013
Mémoire courte
Mémoire courte
En 1675, les Bretons révoltés contre les taxes de Louis XIV portaient des bonnets bleus ou rouges. La répression fut terrible, y compris pour les femmes qui perdirent le droit druidique de choisir leur mari ! Les bonnets rouges d'aujourd'hui ont le pacte d'avenir pour faire de leur colère un atout pour la Bretagne. Ailleurs aussi, dans cette périphérie où tant de décrochés luttent pour survivre, une autre France s'organise. Solidarités de proximité.
Le 6 mai 1968, le général de Gaulle atterrit chez Massu à Baden-Baden. François Hollande a-t-il fui à Tulle-Tulle ? C'est pour bientôt, si l'on en croit ceux, pas seulement Christine Boutin à la télé iranienne, qui prennent leur désir de crise de régime pour la réalité.
Le 27 novembre 1983, la marche pour l'égalité et contre le racisme faisait date. Trente ans plus tard, les lois n'ont pas éradiqué le racisme dans la France de Taubira, malgré Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis ».
1998, la France est championne du monde de foot, dans une exaltation black-blanc-beur qui a quelque peu tourné court. Le rêve est repassé l'autre soir, dans l'euphorie brésilienne. Impossible n'étant pas français, il n'aura fallu que 90 minutes pour encenser des Bleus promis aux gémonies. Il suffit d'avoir la mémoire courte pour croire que c'était mieux avant.
lundi 18 novembre 2013
Contradictions
Contradictions
« Verglas assassin, Mitterrand complice », avaient lancé à l'époque les blagueurs du groupe Jalons ! Façon de tourner en dérision ce sport bien français qui consiste à faire du président le bouc émissaire de tous nos malheurs. Avant Hollande, tous les locataires de l'Élysée ont vécu cette ingratitude. Dans la rue, comme Mitterrand et Chirac, contraints à reculades. Dans les urnes, comme VGE qui ne s'en est jamais remis, et Sarkozy qui veut remettre ça !
« L'essentiel, c'est de râler, ça fait bon genre », dit Jean Gabin dans Mélodie en sous-sol. En tout cas, cela soulage et, manifestement, si l'on peut dire, cela paye. Les bonnets rouges, blancs, verts, les bricoleurs, les pigeons, les poussins, maintenant les sacrifiés artisans, les abeilles des assurances…
Chacun y va de sa colère, souvent juste d'ailleurs, mais la facture s'ajoutera à celle des Trente Glorieuses qui, justement, a du mal à passer aujourd'hui. À force de voir midi à sa porte et se convaincre que seules sont injustes les inégalités dont on ne profite pas (Georges Elgozy), nous en sommes là.
Empêtrés dans nos contradictions. Défenseurs du service public, mais fraudeurs à la SNCF (300 millions par an). Pour notre modèle social, mais moins d'impôts. Dépenser plus, mais faire des économies. S'il n'est de richesse que d'hommes, nos contradictions coûtent cher.
dimanche 10 novembre 2013
Tranchées
Tranchées
« Ma conscience me suffit. Je me moque de ce qu'on peut dire de moi ». Saint Jérôme semble avoir inspiré Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental. L'ancien ministre gaulliste quitte l'UMP car il veut librement afficher son soutien à un maire socialiste. Il n'a pas voté Hollande, mais souhaite sa réussite car, dit-il, c'est la France qui est en jeu.
D'autres voix lèvent le même tabou, celui de la guerre civile permanente dans laquelle droite et gauche tissent leur pelote. Benoist Apparu constate que « l'opposition systématique, bête et méchante, ne correspond plus au monde actuel » et suggère que l'UMP cesse de stigmatiser de manière revancharde. Manuel Valls ne se reconnaît pas dans des clivages trop partisans.
À côté de « paillassons », dixit de Gaulle, qui prospèrent dans le bourbier politicien, il en est donc quelques-uns qui, avec Oscar Wilde, préfèrent regarder les étoiles, même s'ils ont comme tout le monde les pieds dans le caniveau. La France des misères et précarités a aussi ses réussites et ses atouts. Le moment est venu d'oser le reconnaître.
Le devoir de mémoire commande l'union sacrée, avance Jean-François Copé en écho au président qui souhaite que la mémoire de 1914 rassemble. Mais, pour sortir des tranchées de l'idéologie partisane et du déclinisme, il faut du courage.
dimanche 3 novembre 2013
Otages et bananes !
Otages et bananes !
Le miracle n'aura duré qu'une minute : une salve d'applaudissements, sur tous les bancs de l'Assemblée, pour saluer la libération des quatre otages. Un député de l'opposition ose féliciter le gouvernement ! Rare moment d'unité nationale, contrainte, même si elle répond au souhait du président. Sur le tarmac, les otages incarnent la fragile communauté nationale.
Dans la foulée, l'appel de Jean Glavany à exprimer un soutien républicain à Christiane Taubira, victime d'une campagne raciste odieuse, cris de singe et bananes agitées sur son passage, reçoit l'accueil glacial de l'opposition. Vent debout contre la garde des Sceaux, héroïne du mariage pour tous, elle ne voit dans ces appels à l'unité que man'uvres de diversion d'un exécutif aux abois.
Le climat politique, exacerbé par la pagaille au sommet, reste donc soumis aux excès langagiers qui confinent à l'hystérie. Dans l'affaire Leonarda, on a parlé de rafle, de président abject et inhumain ! Oubliée, la « libido sciendi » de saint Augustin, la vérité par la raison.
Le caméléon devient fou sur une couverture écossaise. Ceux qui courent après toutes les opinions les plus populistes, et en rajoutent pour exister dans le cirque médiatique, prennent aussi un risque. Eschyle nous enseigne que « la démesure, en mûrissant, produit l'épi de l'erreur et la moisson qu'on en lève n'est faite que de larmes ».
lundi 28 octobre 2013
Courage
Courage
Les sondages démentent l'adage qui promet, après les nuages, le soleil. Ils notaient l'impopularité de François Hollande. BVA, pour Le Parisien, pointe maintenant son manque de courage, à la différence de Nicolas Sarkozy, pourtant rejeté par une majorité de Français. Nous ne sommes pas à une contradiction près.
Le président doit être proche et distant, autoritaire et souple, serpent et colombe… Tout cela, dans la minute qu'impose la nouvelle dictature de l'instant, celle du tweet, Facebook et autres télés tout-info-spectacle. Hollande face à Leonarda ! Mission impossible dans la cacophonie ministérielle et l'indigence du PS…
Encore faudrait-il s'entendre sur la définition du courage en politique. Celui qui inspire des décisions à rebours de l'opinion. L'abolition de la peine de mort ? Oui. Le mariage pour tous ? À voir. Mais le courage ce n'est pas de pousser le peuple dans la rue. Déguisée en Liberté guidant le peuple, sans dire vers où, Ségolène Royal dit au président d'oser.
Mais les déchirures de la société obsèdent François Hollande. Il s'en remet à la vertu cicéronienne du juste milieu. Le socialiste, président des entreprises, avance un pied dans un soulier, l'autre dans le pédiluve. Souplesse ou indécision. Tenir bon, le temps, dit Lucrèce, que la goutte creuse la pierre et lui offre l'occasion d'un acte de rupture. Sur l'Europe
dimanche 6 octobre 2013
Partage européen
Partage européen
Le concombre, nous informe Bruxelles, devait se présenter droit. Il pourra être courbé ! Ce n'est pas tout. Pour prouver sa plus grande souplesse réglementaire, la Commission vient de décider, après mûre réflexion, de ne pas légiférer sur les tailles des talons aiguilles des employées de salons de coiffure. Ceux qui reprochent à l'Europe son inefficacité en sont donc pour leurs frais ! Ironie facile, c'est vrai…
Les fervents européens pesteront contre cette caricature de l'Europe qui fait le lit des populistes et nationalistes de tous poils. Elle sert souvent de commode bouc émissaire pour masquer les propres égoïsmes des états membres, plus soucieux de solidarité minimale que de réel partage.
La tragédie de Lampedusa, qui fait de la Méditerranée le cimetière de la misère humaine, en est la preuve vivante si l'on peut dire. D'accord pour pleurer avec le pape, mais des larmes de crocodiles. D'accord pour participer à la surveillance en mer, à l'occasion pour sauver les plus chanceux, mais pas plus.
Chacun chez soi, murmure, à quelques mois des Européennes, lune vox populi qui cède aux sirènes de l'individualisme et ferme ses écoutilles aux humains migrateurs. Pourtant, à la faveur de la crise et d'Internet, toute une économie est en train de naître sur le partage et l'échange. Une autre génération porteuse d'un vent nouveau, espérons-le.
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