TOUT EST DIT

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mercredi 10 avril 2013

Ségolène Royal aide Heuliez. L'entreprise calanche.

En ce petit matin tranquille de juin 2010, Ségolène Royal pétulait : grâce à ses vigoureux coups de menton en l'air, toute seule et avec tout plein d'argent pas venu de ses propres poches mais de celles du contribuable français en général et poitevin en particulier, elle avait réussi à sauver Heuliez. Trois ans plus tard, par une froide soirée d'avril 2013, Heuliez dépose son bilan pour la troisième fois. Ségolène Royal se gratte nerveusement le lobe d'une oreille et change de sujet.

Rappelez-vous.


En juin 2010, après des mois de crise lancinante, le tribunal de commerce de Niort validait finalement la reprise de Heuliez par le groupe français Baelen Gaillard Industrie (BGI) pour les activités traditionnelles (emboutissage, carrosserie) et par l'industriel allemand Con Energy pour les véhicules électriques, notamment parce que cette reprise était accompagnée explicitement du soutien du Conseil Régional du Poitou-Charente dans lequel sévissait déjà Ségolène Royal.

Pour faire simple, la société initiale avait été scindée en deux entités. L'une conservait le nom de Heuliez et produisait des pièces pour les voitures. L'autre prenait le nom chantant de Mia Electric et fabriquait des véhicules électriques. C'est tendance, les voitures électriques, comprenez-vous : avec toutes ces méchantes particules PM10 puis PM2.5, l'atmosphère est devenue irrespirable, kof, kof, kof, et on a donc un besoin impérieux de produire en masse des véhicules électriques d'ailleurs réclamés à cors et à cris par des millions de consommateurs avides d'économies, d'air pur et d'oiseaux qui gazouillent.
Avec Ségolène qui s'était penchée de toute son auguste personne sur le berceau de la nouvelle aventure, on ne pouvait parier que sur une retentissante réussite avec des cris et des grincements de dents du champagne et des petits fours (le Conseil sait organiser de belles fêtes). D'autant qu'entre temps, la présidente du Conseil Régional a trouvé à se caser, rapidement, dans la nouvelle structure financière d'arrosage, la BPI.

Ce qui devait arriver arriva donc : la déroute, décontractée, tranquille, coûteuse, et sans le moindre petit mot de Ségolène.

Contrairement à l'agitation survitaminée dont la fière politicienne fit preuve jadis pour vanter les mérites des productions locales, écoconscientes et Grenelles-compatibles, les consommateurs n'ont pas suivi : Mia Electric n'a écoulé que 700 véhicules en 2012, très loin des ... 12 000 (!) prévus et, surtout, du seuil qui permettrait de gagner de l'argent, équilibrer les comptes, voire faire des bénéfices, vous savez, ces notions un peu désuètes et sans intérêt pour nos amis socialistes lorsqu'il s'agit de l'argent des autres (mais bizarrement très pertinentes lorsqu'il s'agit de transferts d'un de leurs comptes vers un autre, de préférence en Suisse ou à Singapour). Pour Heuliez, après moult tractations, l'entreprise annonce donc déposer le bilan.

Et bien sûr, un désastre ne serait pas parfait sans qu'à la belle cuistrerie de son intervention médiatique initiale, la politicienne n'ait ajouté un bon paquet d'argent du contribuable. En effet, pas plus tard qu'en février de cette année, elle avait décidé que le Conseil Régional pouvait très bien prendre une participation de près de 2.5 millions d'euros dans le groupe. Comme à son habitude, la Dame Aux Caméras n'avait alors pas pu s'empêcher d'expliquer son geste, et son entregent naturel aura fait le reste :

    « C'est une prise de risque, mais, si extraordinaire que cela puisse paraître, je crois que ça va marcher »

sego c'est plus fort que totAh, sacré Ségo : il a fallu que tu t'y mettes, à corps perdu, et que tu engages ta fortune personnelle histoire de prouver au reste du monde que tu avais raison. Heu, hum, hum, non, pardon : tu devais bien savoir, au fond de toi, que tu es une tanche en économie (comme, du reste, tous tes petits camarades politiciens dont la vie en entreprise s'est toujours résumée, dans le meilleur des cas, à pantoufler dans l'un ou l'autre groupe détenu par l’État, sans risque) ; tu as donc largement préféré investir la fortune des autres, tes ouailles du Poitou, tant pour Heuliez avec cette participation-surprise que Mia Electric pour 5 (autres) millions d'euros (de plus). Et au fait, j'évoque les autres polytocards qui t'ont entourée pour tes frasques, parce qu'au passage, on retrouve, dans les actes de décret de la prise de participation, que ce sont aussi des gens de droite qui t'ont laissée faire tes patouillages rigolos et coûteux... C'était une prise de risque qui, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, n'a pas marché du tout.

Il n'y a finalement guère de quoi rigoler devant le nouveau désastre de la politique industrielle française à la sauce politicienne. Les constats sont toujours les mêmes : l'outil industriel était probablement performant et pouvait se maintenir, à condition que l'entreprise ne soit pas consciencieusement matraquée d'impôts et de taxes. Plutôt que résoudre ce problème là, on aura préféré continuer à ponctionner quitte à distribuer des petites douceurs. Ces dernières ont en effet l'avantage d'être éminemment visibles et permettent d'ameuter le journaliste content de constater qu'on dépense l'argent public pour sauver des emplois. Et bien évidemment, le résultat, au bout de quelques mois, est parfaitement en ligne avec ce qu'on a pu observer pour d'autres polytocards : l'intervention est rapidement suivie d'un désastre.

(Au passage, cela peut se terminer en boucherie si on laisse Montebourg intervenir maintenant.)

Il faut se rendre à l'évidence : tout comme le Minustre du Dressement Reproductif, Royal est parfaitement, totalement et complètement inutile et ne fait qu'accélérer le destin funeste des malades qu'elle touche. De ce point de vue, nos élus se comportent avec la plus totale inconscience, n'ayant jamais même pensé à remettre en question leurs actions, forcément bénéfiques puisqu'ointes du suffrage universel, démocratique et bisou-compatible. Pire encore, aucun affidé de l'inutile présidente ne lui aura fait le petit calcul pourtant simple de ce que représentent les 5 millions injectés dans Mia Electric ou des quasiment 2.5 placés dans Heuliez : combien d'actions sociales, combien de projets innovants, combien d'allègement de charges ou de ponctions supprimées ces sommes représentent-elles ? La Dame du Poitou aura en fait sciemment choisi d'arroser généreusement un arbre mourant plutôt qu'en laisser pousser de jeunes plus prometteurs. Oh, bien sûr, on nous badigeonnera les médias d'emplois sauvés lorsque l'arrosage aura eu lieu. Mais les quelques années gagnées pour ceux-là auront coûté combien d'emplois jamais créés dans des entreprises qui auraient pu, elle, passer sans problème le cap des trois ans ?

On en revient toujours à cette même question : si l'entreprise est viable, pourquoi y mettre de l'argent public ? Et si l'entreprise n'est plus viable, pourquoi y mettre de l'argent public ?

Ayrault entre deux feux

Ayrault entre deux feux

Jean-Marc Ayrault considère qu'il ne faut pas exagérer l'interprétation du référendum en Alsace même si l'affaire Cahuzac n'incite guère les citoyens à voter. L'enjeu était, selon lui, d'abord alsacien. Quant au projet de loi sur la moralisation de la vie politique dont il présentera les grandes lignes, ce matin, au conseil des ministres, le Premier ministre n'ose se hasarder à pronostiquer qu'il rétablira la confiance. Utilisant le terme de brebis galeuses qui existeront toujours, le chef du gouvernement indique simplement qu'il prépare un arsenal de moyens contre la délinquance financière. Pas d'effet de manches à Matignon où le chef du gouvernement recevait, hier matin, quelques journalistes pour leur exposer son ambition pour une nouvelle étape de la décentralisation. Un projet de loi que Claudy Lebreton lui reproche d'avoir découpé en trois parties pour complaire à Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, et François Rebsamen, le président du groupe socialiste à la Haute Assemblée que je croise justement dans la cour, et qui ressemblent à des comploteurs ayant réussi à faire plier le Premier ministre. Ayrault, qui balaie d'un revers de la main la polémique soulevée par le président de l'association des départements de France, veut créer des dynamiques de territoires. Et se dit prêt à remettre sur la table la notion de peréquation entre départements riches et pauvres pour remédier aux inégalités territoriales et sociales. Quoi qu'il en soit, les conférences territoriales se réuniront après... les municipales pour évoquer les doublons et les synergies à mettre en place.

A-t-on vu Premier ministre plus conciliant et plus prudent ? En attendant, Jean-Marc Ayrault a dû s'étrangler à la lecture du Monde en lisant l'interview de son ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, validée, semble-t-il, par l'Élysée. « Le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux », dit-il. En laissant l'impétueux ministre, désavoué sur son projet de nationalisation lors de l'affaire de Florange, pointer les risques de récession provoqués par l'austérité, François Hollande garde deux fers au feu mais brouille le message. Et complique, du même coup, le cadrage budgétaire auquel se livre depuis des semaines son Premier ministre.Jean-Marc Ayrault considère qu'il ne faut pas exagérer l'interprétation du référendum en Alsace même si l'affaire Cahuzac n'incite guère les citoyens à voter. L'enjeu était, selon lui, d'abord alsacien. Quant au projet de loi sur la moralisation de la vie politique dont il présentera les grandes lignes, ce matin, au conseil des ministres, le Premier ministre n'ose se hasarder à pronostiquer qu'il rétablira la confiance. Utilisant le terme de brebis galeuses qui existeront toujours, le chef du gouvernement indique simplement qu'il prépare un arsenal de moyens contre la délinquance financière. Pas d'effet de manches à Matignon où le chef du gouvernement recevait, hier matin, quelques journalistes pour leur exposer son ambition pour une nouvelle étape de la décentralisation. Un projet de loi que Claudy Lebreton lui reproche d'avoir découpé en trois parties pour complaire à Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, et François Rebsamen, le président du groupe socialiste à la Haute Assemblée que je croise justement dans la cour, et qui ressemblent à des comploteurs ayant réussi à faire plier le Premier ministre. Ayrault, qui balaie d'un revers de la main la polémique soulevée par le président de l'association des départements de France, veut créer des dynamiques de territoires. Et se dit prêt à remettre sur la table la notion de peréquation entre départements riches et pauvres pour remédier aux inégalités territoriales et sociales. Quoi qu'il en soit, les conférences territoriales se réuniront après... les municipales pour évoquer les doublons et les synergies à mettre en place.

Corruption : une valeur mondialiste bien partagée

 Malgré sa législation sophistiquée et la probité légendaire de ses hommes politiques, la liste des scandales politico-financiers en France, ne cesse de s’allonger. D’autres révélations concernant jusqu’à l’entourage même du Président et les membres les plus importants de son gouvernement, sont mêmes annoncées par une partie de la presse. Une partie seulement, car il est de bon ton, pour la majorité de nos confrères français, de faire le plus souvent l’impasse sur certaines affaires pourtant connues de longue date. Professionnalisme ou principe de précaution ? Sûrement pas ! C’est plutôt, ce qui parait être devenue la nouvelle règle déontologique des plumitifs aux ordres, appliquant la règle des trois singes : « pas vu, pas entendu, pas rapporté », c’est plutôt donc, une atonie qui dénote avec le lynchage convenu et organisé qui s’en suit, quand il ne leur est plus possible de dissimuler l’inavouable.

Les affaires secouant régulièrement le paysage politique français n’ont malheureusement rien à envier aux scandales de corruption à répétition qui atteignent le parlement, les instances ou même les touts puissants et despotiques commissaires, de l’Union Européenne. Un documentaire de la BBC a récemment illustré, ce que de simples citoyens tentent de dénoncer depuis longtemps. A savoir, que quelque soit le groupe politique, les députés, comme certains fonctionnaires européens, et pas des moindres, étaient aisément corruptibles. En effet, bon nombre de lois votées au sein de l’assemblée de Bruxelles, imposées ensuite aux nations membres et donc aux populations, ne sont en réalité que des copiés-collés des textes présentés par des lobbies industriels et financiers. Mais le scandale ne s’arrête pas là. Tout comme l’affaire chypriote l’a révélée, ce sont des milliards d’Euros d’argent public, qui sont détournés et volés chaque année. La Commissaire aux affaires intérieures de l’Union Européenne, Cecilia Malstrom, a estimé, que le « lobbying corruptionnel » au sein de l’Union Européenne, avoisinerait plus de 120 milliards d’euros. Malgré cet affligeant constat, des mesures efficaces contre la corruption sont toujours à l’étude à Bruxelles. Comme d’habitude, il y a ceux qui réfléchissent et ceux qui agissent.

Pendant ce temps là, en Russie la lutte contre ce fléau s’intensifie. Le Président Vladimir Poutine vient de signer de nouveaux décrets, précisant les conditions d’applications, des lois anti-corruption adoptées en 2012. Les élus, les fonctionnaires et les personnels assimilés au service des entreprises d’état, sont dorénavant tenus de faire figurer sur leurs déclarations de revenus, les avoirs et les propriétés des membres de leur famille. Tout achat important devra être préalablement déclaré et l’origine des fonds devra également être précisée. Rappelons aussi, qu’il est interdit pour ces mêmes personnes, comme aux membres de leur famille, de détenir des valeurs ou des propriétés à l’étranger. Ces mesures drastiques démontrent l’intransigeance du Kremlin pour les conditions « sine qua non » imposées tant aux serviteurs de la nation que de l’Etat. L‘exemplarité n’étant pas une formule creuse ou juste bonne pour autrui.
Connu pour s’être attaqué, sitôt son arrivée au pouvoir, aux oligarques qui dépeçaient la nation et pour avoir rétabli l’autorité de l’Etat, le président Vladimir Poutine, constamment critiqué par les médias occidentaux si discrets chez eux, avait promis de prendre des mesures efficaces contre la corruption et cette politique commence à porter ses fruits. Nombreux sont les personnages de premiers plans et les fonctionnaires de tous échelons, à en faire les frais. La condamnation est sans appel car elle écarte à jamais les coupables, de la fonction publique ou de la représentation politique.


Cette lutte contre la corruption n’est pas qu’un simple effet de manche ou une campagne de relations publiques permettant de détourner l’attention du peuple sur une victime expiatoire. La population russe en mesure progressivement les effets et ne s’y trompe pas. Les derniers sondages concernant l’action du gouvernement russe, ainsi que la cote de popularité du président Vladimir Poutine, en témoignent. Alors qu’en France, comme dans d’autres pays de la zone euro, les condamnations n’empêchent pas les hommes politiques d’être réélus et les fonctionnaires d’être mutés ou promus. Tout au plus n’auront-ils à subir qu’une simple période d’oubli ou un blâme, avant que l’ordre normal des choses ne reprenne son cours.

La démocratie française, à de rares exceptions, n'est plus qu'un mot vide de sens, qui ne sert pour certains qu'à voler leurs élections pour vivre sur le dos des électeurs. Ainsi soit-il au pays du verbe haut et de la gesticulation politique. Malgré sa patience qui s’amenuise, le peuple français est bonne pâte. Il est encore prêt à passer l’éponge plutôt que le kärcher. Il suffirait pourtant de sanctionner les hommes politiques ou les fonctionnaires corrompus, en les rendant inéligibles à vie ou indignes de représenter l’état. On pourrait aussi les obliger à rembourser les sommes perçues ou dissimulées. Le risque deviendrait alors dissuasif et les vocations retrouverait tout leur sens originel : servir le peuple.

Apaiser les tensions

Apaiser les tensions 

 Les spéculations vont reprendre. Que va-t-il devenir, cet aéroport de Notre-Dame-des-Landes, imaginé dès 1965 ? On rêve, à l'époque, du Concorde. Dès 1974, les terres sont gelées, ce qui permettra de préserver d'ailleurs un bocage exceptionnel. Aujourd'hui, on parie sur l'A 380, et Nantes, l'une des villes les plus dynamiques de France, rêve de cet aéroport moderne qui « boostera » l'économie du Grand Ouest, bien mieux que les lignes de TGV.

Tout était prêt pour le décollage. La déclaration d'utilité publique adoptée, les recours épuisés, quand Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, a été promu Premier ministre de François Hollande. Le bel aéroport s'est alors immédiatement métamorphosé en symbole et en point d'abcès des divergences de la gauche, entre le PS, les écologistes, le parti de Mélenchon, les altermondialistes.

Par sa seule présence à Matignon, le projet de Notre-Dame-des-Landes entrait dans une impasse politique difficile. Il a fédéré les oppositions, transformant le bocage en vague Larzac bis, contraignant la gauche au pouvoir à sonner la charge des CRS.

Pour l'Élysée, où l'on a beaucoup de chats à fouetter en ce moment, il fallait absolument que le Premier ministre sorte de ces turbulences aéroportuaires dangereuses, de ce conflit d'intérêt larvé entre sa fonction de jadis ¯ maire de Nantes ¯ et son poste de chef de gouvernement.

C'est fait. Hier, la commission du dialogue, chargée d'apaiser les esprits après les échauffourées de novembre dernier, a remis son rapport non pas à Matignon mais au ministère des Transports. Les clés du dossier, officiellement, changent de mains. À Frédéric Cuvillier, le discret ministre des navires et des avions, de s'en débrouiller.

Le Premier ministre reprend ainsi un peu de hauteur. Il quitte la zone agitée. Il mise surtout sur une reprise du dialogue local. Car si l'on en croit le rapport Chéreau, partisans et opposants se sont échangé quelques arguments fallacieux sur la situation actuelle de l'aéroport. Remettre tout cela dans le bon ordre est nécessaire.

Il ne suffit pas, dans une démocratie représentative comme la nôtre, qu'un grand projet d'aménagement franchisse des élections locales, soit adopté par les conseils généraux, régionaux, promu par les forces économiques, les chambres de commerce. Faut-il encore que l'opinion, cette fois nationale, le légitime. Et par ces temps de parcimonie budgétaire la question forcément se pose : faut-il réaliser cet équipement?

Le rapport avait pour objectif d'apaiser les tensions. Chacun y trouvera des motifs de satisfaction. Les partisans pourront se réjouir de l'utilité réaffirmée de l'aéroport. Les opposants pourront dire au contraire que la copie est à revoir  : la piste actuelle de Nantes-Atlantique est loin d'être saturée. Économiquement, l'aéroport nantais n'est pas entravé. Il peut attendre le retour d'un petit vent de croissance.

Plusieurs bonnes raisons poussent à ce qu'on donne du temps au temps. Raisons économiques : la piste actuelle est utile à Airbus, pourvoyeur d'emplois s'il en est. Pas question de s'en passer. Raisons politiques : les municipales approchent. Les forces de gauche peuvent-elles se déchirer et s'affronter à Nantes pour ce projet ?

L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes risque de prendre du retard au décollage.

Une « bande de brigands »

Une « bande de brigands »

« La loi ne se réfère pas à un ordre naturel. Elle se réfère à un rapport de force à un moment donné. Et point final ! », avait osé sortir le rapporteur du projet de loi Taubira devant le Sénat, Jean-Pierre Michel, en réponse à notre ami le philosophe Thibaud Collin, auditionné sur ce projet le 14 février 2013.

« Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire », avait dit de la même façon André Laignel, tandis que François Mitterrand parlait de « la force injuste de la loi », suivi par Jacques Chirac répétant « non à une loi morale qui primerait la loi civile »…

La bombe Cahuzac et son effet (domino) de souffle révèle aujourd’hui à sa manière à quoi aboutit ce misérable point de vue positiviste (a fortiori marxiste) de la loi déjà fustigé en son temps par saint Augustin (dans La Cité de Dieu, IV, 9) : « Sans la justice, en effet, les Etats [royaumes, empires ou républiques] sont-ils autre chose que de grandes troupes de brigands ? Et qu’est-ce qu’une troupe de brigands, sinon un petit Etat ? Car c’est une réunion d’hommes où un chef commande, où un pacte social est reconnu, où certaines conventions règlent le partage du butin. Si cette troupe funeste, en se recrutant de malfaiteurs, grossit au point d’occuper un pays, d’établir des postes importants, d’emporter des villes, de subjuguer des peuples, alors elle s’arroge ouvertement le titre d’Etat, titre qui lui assure non pas le renoncement à la cupidité, mais la conquête de l’impunité. »

« Pas vu pas pris ! » : avant qu’il ne soit pris trop ostensiblement la main dans le sac au détriment de ses compagnons de fortune, qu’est-ce qui distinguait ce ministre du Budget nous contraignant de payer nos impôts au nom de sa bande (c’est-à-dire d’un Etat sans référence à la loi naturelle, pratiquant à sa guise l’arbitraire) d’un Mandrin nous dérobant notre bourse dans la poche ? « Si Dieu n’existe pas tout est permis », écrivait Dostoïevski. Nous avons rappelé récemment cette parole d’un autre ministre (de la Culture !) que son chef d’alors (Nicolas Sarkozy) n’avait même pas cru devoir désapprouver ni faire démissionner pour une autre affaire d’Etat au moins aussi grave que celle de Cahuzac ou DSK : « L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas. »

La crise morale et politique qui sévit aujourd’hui en France à différents niveaux nous remet en mémoire un passage du discours de Benoît XVI devant le Bundestag (en septembre 2011) évoquant précisément le fameux passage de saint Augustin : « Vous me permettrez de commencer mes réflexions sur les fondements du droit par un petit récit tiré de la Sainte Ecriture. Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu’au jeune roi Salomon, à l’occasion de son intronisation, Dieu accorda d’avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment ? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda : “Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal.” ?Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien. Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès sans lequel il n’aurait aucune possibilité d’action politique effective ! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice. “Enlève le droit – et alors qu’est ce qui distingue l’Etat d’une grosse bande de brigands ?” a dit un jour saint Augustin… »

De Cahuzac à Taubira

Une chose est d’avoir des mœurs corrompues, autre chose encore est de vouloir changer la règle des mœurs. La fin justifiant les moyens, la spirale mensongère des trois concupiscences (l’argent, le sexe, le pouvoir) s’aggrave démesurément avec la « movida » (l’envie) idéologique du démon, ennemi de la nature humaine, comme on le constate, entre autres dénis de justice, depuis la loi Neuwirth (contraception) jusqu’au projet de loi Taubira en passant par la loi Chirac-Veil. « Là où on exclut Dieu, on introduit – sous des formes plus ou moins flagrantes – le principe de la bande de brigands. Apparaît alors le meurtre organisé d’êtres humains innocents – avant leur naissance – commis sous le couvert d’un droit institué pour répondre aux intérêts d’une majorité », écrivait aussi le cardinal Ratzinger (Un tournant pour l’Europe, Flammarion, 1996, p. 121). Nous dirions même : pour répondre aux intérêts d’une infime minorité, c’est-à-dire d’une bande sans scrupule comme on le voit avec le « mariage » gay et la théorie du gender.

Avec l’aide d’évêques et d’autorités morales et politiques, vrais « défenseurs de la cité », c’est bien contre ce système promu par le rapporteur Jean-Pierre Michel et pratiqué depuis des lustres aussi bien par la gauche que par la (fausse) droite, qu’il faut lutter. Pour en sortir. Car, comme pouvait le dire aussi Cicéron en son temps (à Clodius qui l’avait fait exiler en - 58 avant Jésus-Christ) : « Ce rassemblement de pillards, ce brigandage que tu as organisé au forum… au service de ton crime et de ta folie, tout cela, ce n’était pas la cité ! » (Paradoxes stoïciens, IV).

LA PURE IMAGE DE NOTRE SOCIÉTÉ

Une tentative de suicide suivie d’un vol ! Au milieu de la nuit de lundi à mardi, un homme, âgé de 58 ans, tente de se suicider, rue Barbès à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Pour ce faire, il a branché un tuyau à la sortie du pot d’échappement de sa voiture et l’a coincé dans l’habitacle. Installé à l’intérieur, il a mis son moteur en marche, attendant que les émanations de gaz l'asphyxient.


Mais la scène a eu un témoin qui, loin de porter secours au suicidaire, n’y voit que l’opportunité de le voler. Il s'empare du portable du désespéré qu'il abandonne à son triste sort. Heureusement, d’autres témoins ont aperçu le suicidaire et prévenu les secours. En arrivant, les pompiers et le SAMU 94 le prennent en charge et parviennent à le sauver tandis que les policiers partent sur les traces du voleur. Ils le retrouveront quelques instants plus tard et l'amèneront au commissariat pour le placer en garde à vue.

mardi 9 avril 2013

Les Français seront-ils cigales ou fourmis en 2013 ?

Selon une étude du Credoc intitulée « Les cahiers de la consommation", les ménages devraient réduire leurs dépenses en 2013.De mauvais augure pour la croissance. 

C’est la fin d’une époque. Si la consommation des ménages était le principal moteur de la croissance de 2000 à 2008, cette période est désormais révolue. « Montée du chômage, hausses d’impôts, baisses successives du pouvoir d’achat par ménage, confiance des ménages déprimée, recours au crédit atone et taux d’épargne toujours élevé : la consommation restera la variable d’ajustement et, en 2013, elle enregistrerait un repli historique avec -0,3% en volume (c’est à dire hors effet inflation), correspondant à une baisse de la consommation par ménage de 1,2% ! », estime une étude du Credoc intitulée « Les cahiers de la consommation". Selon l’Insee, la consommation des ménages avait stagné en 2012, année marquée par un recul inédit depuis 1945 du pouvoir d’achat (-1%). Quant au taux de chômage, il pourrait atteindre les 11% de la population active à la fin de l'année. Un record.
 



Timide amélioration en 2014

« Le désir de consommer est pourtant présent mais les conditions économiques ne permettent plus de le faire », estiment les auteurs de cette étude. En 2014, les Français casseront-ils leur tirelire, stimulés par l’amélioration des perspectives économiques ? Pas vraiment. Le Credoc table sur une progression de la consommation proche de 0,6%. Sera-ce suffisant pour permettre la réalisation des prévisions de croissance gouvernementale (1,2% en 2014) ? L’objectif paraît bien difficile à atteindre.

L’Allemagne l’a déjà fait

Dépasser les 2% de croissance annuelle malgré une demande intérieure quasi atone est pourtant possible. L’Allemagne a réalisé cette performance pendant la majeure partie de la décennie précédente, la consommation des ménages ayant pâti de la politique de modération salariale enclenchée en 2001 sous l’impulsion du chancelier Schröder. Mais cette faiblesse du moteur interne était compensée par la robustesse de l’investissement des entreprises et surtout par la formidable croissance des exportations. Or, en France, l’investissement des entreprises est en panne. Quant au commerce extérieur, même s’il a contribué positivement à la croissance en 2012, il n’est pas assez vaillant pour tirer à lui-seul l’économie tricolore.

Miss Maggie était plus dure que les autres

Miss Maggie était plus dure que les autres 


Ce sont les cloches de Big Ben et la musique de Renaud qui résonnent à nos oreilles quand on évoque Margaret Thatcher ou... Miss Maggie. « Pas une femme n'est assez minable / Pour astiquer un revolver / Et se sentir invulnérable / À part bien sûr Madame Thatcher. » La pauvre, elle s'en prenait plein la figure. Dans toutes les langues. Au royaume dont la couronne est portée par une reine, elle était la première femme à accéder au poste de chef du gouvernement. La première dans toute l'Europe. Et à une époque où l'on ne parlait pas de parité. Bref, c'était une « grande dame », assez forte pour s'imposer dans un monde de brutes. Parce qu'elle avait la capacité de l'être plus que les autres.

Le monde se partage en trois catégories égales : ceux qui ont oublié qui elle était ; ceux qui la détestaient ; ceux qui la vénèrent encore. Les idées qu'elle défendait n'ont pas péri. Et les émotions qu'elle suscitait dans les années 80 demeurent.

Son libéralisme forcené a conduit à des réussites économiques importantes, comme British Airways, privatisée en 1987. Mais aussi à des conflits sociaux très durs, dont elle sortira victorieuse mais en laissant des champs de bataille syndicaux et sociaux dévastés. Les réactions politiques sont sans appel : la droite retient « une dirigeante d'exception qui aura su défendre ses convictions sans préoccupation excessive des mouvements de balancier de l'opinion » (Copé) et la gauche « des dégâts économiques et sociaux » (Ayrault). Elle qui plaçait la liberté au-dessus de tout n'en voudra à personne d'avoir celle d'en dire le plus grand mal. Même au moment du grand départ. Unique, Miss Maggie. 

'Ce que l'Allemagne nous doit': un rapport classé 'top secret' affirme que l'Allemagne doit une somme colossale à la Grèce au titre des réparations de guerre

« Ce que l’Allemagne nous doit », titre le journal grec To Vima dans un article où il révèle que l’Allemagne devrait des réparations colossales à la Grèce au titre de la Seconde Guerre Mondiale. Un panel d’experts mandatés par le ministre grec des Finances aurait planché sur ce rapport décrété « top secret » pendant des mois, examinant 761 volumes d’archives, soit environ 190.000 documents, affirme Der Spiegel. Leur conclusion, dont To Vima a réussi à obtenir des détails fuités, est sans appel : « La Grèce n’a jamais reçu aucune compensation, ni pour les prêts qu’elle a été forcée de souscrire pour l’Allemagne, ni pour les dommages qu’elle a subis durant la guerre ».


Le journal grec n’a pas fourni de chiffres précis, mais selon des calculs établis précédemment par des associations grecques, l’Allemagne pourrait devoir 108 milliards d’euros à la Grèce pour la reconstruction du pays, et 54 milliards d’euros au titre des sommes que l’Allemagne nazie l’a forcée à lui payer entre 1942 et 1944 pour financer les salaires et les fournitures de la force d’occupation allemande.

Le total, 162 milliards d’euros, représente 80% du PIB annuel de la Grèce, et il pourrait couvrir une grosse partie de la dette publique qui étrangle le pays. Mais Berlin n’a pas montré une très grande volonté pour soulever cette question. Cependant, pour le peuple grec, il ne fait pas de doute que le pays doit réclamer son dû. Mais le gouvernement grec marche sur des œufs avec l’Etat membre qui est celui qui a financé la plus grosse partie des plans de sauvetage de la Grèce. Récemment, le vice-ministre des Finances, Christos Staikouras, a indiqué que la Grèce réfléchissait à ce problème et qu’elle « se réservait le droit …  de le mener à une conclusion satisfaisante ». Mais selon des analystes, il est probable que le pays s’abstienne de réclamer quoi que ce soit à l’Allemagne.

En mars, le dossier a été transmis au ministre des Affaires Etrangères Dimitris Avramopoulous et au Premier ministre Antonis Samaras. « La décision de savoir ce que l’on en fera est une décision politique de top niveau et M. Samaras sera le seul à en décider », a expliqué un officiel à Spiegel Online.

LA DAME DE FER

LA DAME DE FER 

Madame Thatcher fait partie des grands dirigeants du siècle dernier, avec par exemple son compatriote Churchill, Roosevelt et Ronald Reagan,  Raymond Poincaré et  Charles de Gaulle. Elle est tout à l’inverse d’un politique contemporain, porté sur la médiatisation, l’image, les calculs personnels. Son décés devrait mettre en lumière le sens profond de la politique: la volonté de décider, l’énergie de transformer la société nonobstant tous les obstacles. La « dame de fer » a réveillé la Grande-Bretagne, paralysée depuis les années 1950, par les normes syndicales et les blocages réglementaires dont l’économie était en voie d’asphyxie générale et rendu sa fierté au peuple britannique a un moment de son histoire.  On peut être en désaccord avec ses orientations idéologiques mais la leçon qu’elle laisse est valable pour tous les dirigeants politiques. Sur le fond, son message est limpide: croire en ses convictions et aller jusqu’au bout de ses choix et de ses engagements sans se retourner, sans fléchir, avec un horizon: l’intérêt national. Puis, une fois la tâche accomplie, montrer son désintéressement personnel en quittant le pouvoir. Quel exemple pour les politiques contemporains!  Les Français dans l’ensemble ne l’aiment pas, surtout si l’on en juge par les commentaires de presse d’aujourd’hui. 
Et pourtant,  la France en crise profonde, a besoin à sa tête d’une personnalité telle que Madame Thatcher.

« Mariage » gay : le gouvernement se radicalise

« Mariage » gay : le gouvernement se radicalise

Les grands mots sont de sortie. A l’heure du débat au sénat sur la loi Taubira, le monde politico-médiatique dégaine ses plus grands mensonges, ses plus belles invectives, exaspéré par tant de ténacité et de motivation… Toutes les attaques sont permises : elles fourmillent. Il faut dire que les anti ne lâchent rien. Et sont partout. Dans le jardin du Luxembourg, au Sénat, sur le trajet du Marathon, en province, sur tous les lieux de passage de nos ministres qui annulent successivement leurs déplacements… Le bouchon n’avait jamais été poussé aussi loin. Et ça les agace.

Alors, ils se saisissent de tout. Et dans un joli chœur d’indignation toute hessélienne, dénoncent à tout-va, prenant à témoin la République et ses idéaux – mais pas les frasques de Cahuzac. Jamais, hormis le 21 avril 2002, ne s’était autant étalée, à tous les regards, la symbiose de la presse et de la politique, un show-biz bien établi qui, alors qu’éclatent quelques affaires mal placées, risque de leur causer du tort. Mais la colère les aveugle – ce qui est une bonne chose.

Le petit collage de dimanche matin ? Une dégradation infamante, digne des « provocations » de « 1934 ». Je cite le maire du 4e arrondissement, Christophe Gerard ! Il s’est juste passé qu’une trentaine de personnes sont allées au cœur du Marais, sans arme et sans violence, recouvrir une partie de la façade de l’espace des Blancs-Manteaux, où se tenait ce week-end le « Printemps » des associations lesbiennes, gays, bi et trans, avec des affiches du Printemps français et de La Manif pour Tous. Opération qu’a brièvement applaudie Béatrice Bourges sur Twitter.

C’est tout ? Oui, c’est tout. Et pourtant. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls et la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem ont condamné dans un communiqué commun « des dégradations scandaleuses ». Le maire a annoncé qu’il porterait plainte contre cette « action à caractère discriminatoire » et cette « entrave à la liberté d’expression ». Anne Hidalgo, candidate PS à la mairie de Paris, a condamné sur Twitter des « agissements homophobes ». C’est désormais certain, et le conseiller PCF de Paris Ian Brossat le constate : « Faute d’arguments valables, les opposants au mariage pour tous sont prêts aux pires outrances » « L’innommable succède à l’immonde », clame Le Nouvel Obs.

On regrettera seulement que La Manif Pour Tous se soit empressée de se désolidariser du petit événement au retentissement si intéressant. Elle a dénoncé « un acte de vandalisme » et une « nouvelle tentative de l’assimiler à des actions qu’elle ne cautionne pas », envisageant de porter plainte après une « utilisation abusive et répétée par des groupuscules » de ses supports de communication et de son logo… Tout en soulignant heureusement – mais est-ce suffisant ? – « que le climat social actuel et l’exaspération montante sont de la responsabilité du président de la République et du gouvernement qui refusent d’entendre le peuple français ».

Cela semble pourtant évident. Et ils le savent bien, ces sbires de la démocratie-qui-n’est-valable-que-pour-eux. Il suffit de jeter un œil au Luxembourg pour voir ces pauvres porteurs de sweat de La Manif Pour Tous, ces pauvres joggeurs mal vêtus, traînés au poste de police le plus proche et verbalisés illico presto pour « organisation d’une manifestation ludique sans autorisation » !

Il faut les comprendre : ils sont victimes de « harcèlement ».  Vendredi encore, plus de 150 personnes se sont retrouvées à Besançon à l’inauguration de la Cité des arts pour accueillir les ministres M. Pierre Moscovici et Mme Aurélie Filipetti. Samedi, place Carnot à Lyon, les anti manifestaient aussi leur opposition. Mais plus grave, ils sont allés accueillir le rapporteur de la loi lui-même, Ewann Binet, qui devait animer une conférence sur le « mariage pour tous » à la Faculté de droit de Saint-Étienne. Se retrouvant dans la salle avec une majorité de personnes défavorables au projet et chahuteuses, ce dernier s’est tout simplement débiné et a même annulé sa participation à un débat à Grenoble prévu lundi, ainsi qu’à deux autres conférences prévues en région parisienne. Le plus drôle est qu’il a invoqué des « raisons de sécurité ». (Nouvelle fausse note d’ailleurs de La Manif Pour Tous qui s’est trop publiquement désolidarisée de l’affaire)

Tellement harcelés, les pauvres, qu’ils en viennent à voir des anti partout… surtout lorsqu’ils retrouvent leur voiture emboutie dans la rue, à l’instar de la sénatrice écologiste Esther Benbassa. Elle a accusé d’office les opposants à la loi Taubira et ni une ni deux, l’information a été relayée comme telle dans toute la presse… Affolée ? Pas autant que ce cher Hollande qui, à défaut de maintenir sa visite en Ardèche à la fin de la semaine, a fait un aller-retour en Corrèze samedi et fut contraint d’entrer dans la préfecture de sa ville par une porte dérobée à l’arrière de la bâtisse, à cause du nombre de manifestants mécontents.

Jolie ambiance ! Alors oui, ils sortent les grands mots. Les gros mots. Ils parlent de « terrorisme », de « djihad antirépublicain », de « monstre hideux ». Parce qu’une opinion n’a pas le droit de braver leur démocratie et qu’ils ne sont guère habitués à tant de ténacité. Leur aveuglement idéologique ouvrira-t-il a contrario « les yeux grand fermés » des Français ?

Thatcher : une source d'inspiration pour la France ?

Unique femme à avoir été premier ministre du Royaume Uni, Margaret Thatcher est décédée aujourd'hui, lundi 8 avril. Devenue une sorte d'icône dans son pays, elle a toujours été détestée dans le nôtre. Pourtant, nos politiques mériteraient de s'en inspirer.

Il est vrai qu’aucun des hommes (ou femmes) politiques de notre pays ne ressemble ni de près, ni de loin à l’ancienne locataire du 10 Downing Street. La difficulté dans cette question réside dans l’Himalaya de préjugés, de fausses idées, de mensonges colportés depuis 30 ans à propos de celle qui vient de nous quitter en début d'après-midi. Madame Thatcher est détestée presque unanimement dans notre pays où sur son sujet on accorde plus de crédit au chanteur Renaud qu’à une analyse honnête. C’est l’inverse dans son propre pays, ce qui donne déjà une indication sur la façon dont elle est perçue, avec déjà un peu de recul, puisqu’elle a quitté le pouvoir il y a déjà plus de 20 ans.

Ces derniers mois ont été l’objet d’un débat en Grande-Bretagne pour savoir si à sa mort il faudrait lui faire des funérailles nationales. Ces dernières sont réservées à la famille royale avec une seule exception dans toute l’histoire du Royaume-Uni, celle de Winston Churchill. Notons, non sans intérêt, qu’elle est le seul Premier ministre de toute l’histoire de la Grande-Bretagne dont la statue a été érigée dans le hall de la Chambre des Communes de son vivant. Même Churchill avait dû attendre cinq ans après sa mort. Elle ne fut jamais battue lors des élections générales où elle triompha à trois reprises consécutives. Elle ne doit son départ après onze ans et demi de pouvoir suprême que par la force d’un putsch à l’intérieur de son propre parti. Jamais depuis le XVIIIème siècle une telle longévité ne s’était vue. Autrement dit, dans son propre pays, elle est aujourd’hui une sorte d’icône et chacun reconnaît que les travaillistes depuis Tony Blair se sont inscrits très largement dans son sillage.

À tout le moins ils ne sont revenus sur aucune de ses grandes décisions. Juger de sa réussite est assez simple pourvu qu’on y apporte un léger correctif dont elle n’est non seulement pas responsable mais qui explique sa première élection en 1979. Ce correctif c’est d’avoir trouvé une situation tellement dégradée qu’il a été possible de rebondir sur de tels décombres. L’opinion était largement prête à entendre le propos selon lequel si la Grande-Bretagne des années 70 était l’homme malade de l’Europe c’était à cause du mélange délétère d’être le laboratoire de l’État-providence et de politiques économiques conjoncturelles fortement erronées, alternances de politiques monétaires laxistes suivies de coups de freins brutaux. Les conservateurs avaient du reste tout autant échoué que les travaillistes et le salut ne résidait pas dans l’alternance partisane mais dans la rupture doctrinale.

La situation de la Grande-Bretagne en 1979 était presque comparable à celle de la Grèce d’aujourd’hui et le pays avait dû solliciter en catastrophe l’aide financière du FMI. En quoi consiste le thatchérisme ? C’est la fusion et l’alchimie de plusieurs éléments. D’abord une personnalité hors du commun. Elle fut si ferme dans ses convictions que ce sont les soviétiques qui la surnommèrent la Dame de Fer. Les dirigeants soviétiques aiment les rideaux du même matériau que les dames. Ils ne croyaient pas cependant si bien dire. Elle traversa bien des épreuves mais ne céda devant aucune pression. Ce sont ensuite des convictions. Cette dimension n’est presque jamais évoquée. Elle est pourtant la plus décisive. Madame Thatcher s’est nourrie intellectuellement auprès des plus grands économistes libéraux morts ou vivants et ses convictions n’étaient pas personnelles mais des certitudes scientifiques. Quand elle est parvenue au pouvoir elle savait parfaitement où il fallait aller et comment. Ce n’est pas elle qui aurait pris prétexte du nom de pragmatisme comme alibi de toutes les reculades dès que des groupes de pression sont menacés dans leurs intérêts.

Le thatchérisme est une confiance dans la trilogie liberté, responsabilité, propriété et c’est la mise en œuvre constante de quelques idées simples sur la taille de l’État, les bienfaits de la concurrence, le stimulant du profit, les vertus du libre-échange. Le thatchérisme, c’est la compréhension que la richesse des nations dépend de deux éléments. D’une part, l’incitation des uns à créer et celle des autres à être stimulés dans leur travail, à commencer par une fiscalité non spoliatrice.

Le thatchérisme, c’est enfin une volonté. Le pays est attaqué à des milliers de kilomètres de son sol par l’Argentine pour quelques arpents de terre arides et ventées. Elle répond que c’est une question de principe et c’est la guerre des Malouines. Les syndicats sont depuis longtemps sortis de leurs prérogatives avec le système du "closed shop", c’est-à-dire l’impossibilité d’être embauché dans certaines entreprises si on ne possède pas sa carte syndicale. Elle y met bon ordre. Les mineurs tout-puissants qui terrorisaient les gouvernements depuis 30 ans entament l’épreuve de force, elle anticipe le conflit, tient contre vents et marées pendant plusieurs mois de grève. Les mineurs reprennent le travail. Des militants de l’IRA estiment qu’ils ont droit à un statut de prisonniers politiques alors qu’ils sont en prison pour actes de terrorisme, elle leur dit qu’elle ne cèdera pas. Qu’à cela ne tienne, ils entament une grève de la faim. Elle leur répond que c’est leur problème. Dix d’entre eux meurent. Ils finissent par s’arrêter. Elle a encore gagné.

On ne veut pas infliger aux lecteurs la longue litanie des indices économiques à son arrivée au pouvoir et à sa sortie. Ce n’est que l’écume de la vague en rapport avec la remarque qui suit. Lorsqu’elle prend en main les destinées du pays en 1979, la Grande-Bretagne est la risée de toute l’Europe. Lorsqu’elle quitte le pouvoir, la Grande-Bretagne a presque rattrapé la France. Elle devient peu après la deuxième économie d’Europe et même si elle traverse, elle aussi, des difficultés certaines, la Grande-Bretagne aujourd’hui a pris le dessus sur la France.

Bien sûr elle a eu des limites. Une excessive confiance en elle l’a rendue aveugle sur certains sujets. Elle n’a pas su s’effacer et comprendre qu’après onze ans et demi de pouvoir la génération suivante de ses propres amis désespérait tellement d’arriver un jour au pouvoir qu’elle l’a renversée. Elle n’a pas toujours su communiquer. Et si elle n’a sans doute pas la stature d’un Richelieu, d’un Mazarin, c’est qu’elle n’a pas toujours été une très bonne stratège. Il est de bon ton dans un article dit équilibré de ne pas s’engager, de ne pas répondre à la question et d’écrire au maximum oui mais… ou non mais… Nous laissons ces coquetteries aux confrères qui survivent à toutes les conjonctures et peuvent passer en vingt-quatre heures du Figaro à Marianne ou de la direction du Nouvel Observateur à celle du Point. Nous n’aurons pas cette coquetterie et nous répondrons très clairement : oui il faut une (un) Thatcher à la France. Le débat est ouvert. Que tous ceux en accord ou en désaccord avec nos propos prennent leur clavier et entament un débat fructueux.

lundi 8 avril 2013

Se tromper d’ennemi…

Se tromper d’ennemi…

 Dans ces temps de vaste trouble, il est plus que jamais nécessaire de ne pas se tromper d'ennemi. L'affaire Cahuzac est gravissime en ce qu'elle donne lieu à des échanges destructeurs entre les partis de gouvernement (qui ont eu beaucoup à se reprocher alternativement), pour le plus grand profit des formations extrémistes. Ce ne sont pas les déclarations grandiloquentes des uns et des autres sur l'exemplarité de la vie publique qui suffiront à créer le « choc de confiance » espéré chez les citoyens. Les politiques ne font que s'embourber dans leur pathos moralisateur.

Ne pas se tromper d'ennemi, c'est donc porter le bon diagnostic sur le mal. Résonnent encore, dans l'opinion, les charges tonitruantes du candidat François Hollande contre un ennemi sans visage : le monde de la finance. La formule avait subjugé les foules. Sauf que l'on vient de découvrir que la finance a un visage. Elle en a même beaucoup, en plus de celui de Jérôme Cahuzac (et de ses mensonges à… rallonge). Ce sont les visages des innombrables évadés fiscaux.

L'enquête réalisée par un Consortium international de journalistes a révélé l'ampleur du phénomène. De riches particuliers abriteraient, dans des milliers de sociétés écrans, l'équivalent des PIB additionnés des États-Unis et du Japon. Hier, un banquier suisse confiait au JDD que des dizaines de VIP français (politiques, sportifs, artistes) disposeraient de comptes secrets à Singapour.

Il se trouverait, dans cet opulent gotha, des gens de droite et de gauche, tant il est vrai que l'argent n'a pas de couleur… politique. D'où la seule vraie riposte : une lutte impitoyable et concertée contre l'évasion fiscale, la suppression des paradis fiscaux et la levée du secret bancaire. Cela éviterait aussi à nos gouvernants de surimposer les citoyens honnêtes qui ne fraudent pas. Là encore, il ne faut pas se tromper d'ennemi. 

Laïcité, un art du compromis

Laïcité, un art du compromis 



Le récent arrêt de la Cour de cassation dans l'affaire de la crèche Baby Loup a surpris tout le monde, y compris les juristes. Et ce d'autant plus qu'à la mi-janvier, la Cour européenne des droits de l'homme venait tout juste de souligner les limites de la liberté d'expression religieuse dans l'entreprise. « Lorsque la pratique religieuse d'un individu empiète sur les droits d'autrui, dit-elle, elle peut faire l'objet de restriction » où que ce soit.

La difficulté est de déterminer les pratiques qui remettent en cause l'équilibre des libertés des uns et des autres. À partir de quel seuil l'exercice d'un droit risque-t-il de menacer celui d'autrui ? C'est un problème bien banal ici compliqué par la dimension religieuse de cette liberté sur fond de montée de l'islam et par la nature du lieu de son exercice : l'entreprise.

Sur le principe, rien n'interdit les manifestations de convictions y compris religieuse sur les lieux de travail. La liberté d'expression y est désormais reconnue et certaines entreprises vont même assez loin dans sa garantie effective (facilités au moment du Ramadan, autorisations d'absence pour les grandes fêtes religieuses, salles de prière...). Les salariés peuvent donc évoquer ces questions sous réserve de ne pas nuire au fonctionnement de l'entreprise. Ce qui est le cas lorsque le voile crée un danger (travail sur un tour, par exemple) ou lorsqu'il y a relation directe avec la clientèle, ce qui vaut aussi pour des tenues excentriques.

Étonnement et scepticisme

Si l'employeur n'est pas autorisé, sauf exception, à prendre en compte les opinions et goûts de ses salariés, réciproquement, le salarié ne saurait lui imposer ses choix personnels. On a ainsi vu le salarié d'une boucherie-charcuterie refuser de travailler de la viande de porc au prétexte qu'il était musulman. Licenciement justifié. Dans l'affaire Baby Loup, en faisant prévaloir le droit du salarié sur l'intérêt des enfants, la Cour a perdu de vue la perspective du compromis inhérent à la laïcité.

Mais, à juste titre, dit-elle, puisque la question de la laïcité ne se posait pas dans cette crèche privée. Là aussi, étonnement et scepticisme. Car enfin, la « République laïque » de l'article 1er de la Constitution ce ne sont pas seulement des institutions politiques, c'est une philosophie, une culture des droits à l'oeuvre dans toute la société républicaine et grâce à laquelle les entreprises se sont progressivement trouvées soumises à l'état de droit. Et quel en est le noyau dur ? Quelque chose d'infiniment subtil où s'allient convictions et discrétion, foi et retenue dans l'expression. Un art des contraires qui est le propre d'une civilisation prenant au sérieux la valeur de tact sans renoncer pour autant à la manifestation des idées et à leur confrontation.

Où est la limite ? Tout dépend du moment, du lieu, de l'époque. Elle se pressent par intuition républicaine du seuil où le signalement de ses convictions bascule dans le prosélytisme plus ou moins ostentatoire. Et cet égard, nul doute que le voile demeure encore chargé d'une puissance symbolique qui en interdit l'usage innocent à moins de convenance dans le lieu où il est porté et donc avec l'accord de l'autorité responsable. Que dirait-on d'une religieuse catholique qui viendrait exercer son métier en cornette sans l'aval de sa direction ?

Fiscalité, 35 heures, coût du travail, les entreprises veulent la révolution !

Les chefs d'entreprises participant aux Assises de l'entrepreneuriat plaident pour une refonte totale de l'article 6 de la loi de finances 2013 sur les plus-values de cessions des valeurs mobilières à l'origine du mouvement des Pigeons. En course pour la présidence du Medef, Pierre Gattaz, le président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) remet en cause les 35 heures et le coût du travail. 

Six mois après s’être rebellés, les Pigeons auront-ils totalement gain de cause ? Mardi, dans le cadre des Assises de l'entrepreneuriat organisées par Fleur Pellerin, la ministre des PME, un comité de pilotage devrait présenter des propositions pour réformer l’article 6 de la loi de finances 2013 sur les plus-values de cessions de valeurs mobilières. Un article qui avait déclenché la fronde des chefs d’entreprises rassemblés au sein du mouvement des Pigeons.


Deux régimes de référence



Le groupe de travail propose de reconstruire le dispositif autour de deux régimes de référence. Dans le premier, les plus-values restent soumises au barème progressif de l'impôt sur le revenu (IR) mais il intègre un système d'abattements plus simple et plus long pour durée de détention. Ainsi, l'abattement atteindrait 65 % au bout de huit ans. Dans le second, les abattements atteignent 85 % en cas de réinvestissement dans une PME au cours de ses dix premières années d’existence. Si ce dispositif était retenu, aucune distinction ne serait donc faite selon le type d'investisseur, ou la part de capital détenue. Ainsi, tous les actionnaires sont traités de la même façon et toutes les exonérations actuelles, comme le départ à la retraite ou le réinvestissement dans une jeune entreprise innovante (JEI) seraient supprimées.

Selon le groupe de travail, l'imposition maximale, en tenant compte des abattements et des prélèvements sociaux, atteindrait un peu plus de 30% dans le premier cas, contre 62 % actuellement, dans la situation la moins favorable pour le chef d’entreprise. Depuis la loi de finances 2013, les plus-values de cession de valeurs mobilières sont soumises au barème de l'impôt sur le revenu. Des abattements existent en fonction de la durée de détention des titres (40 % au bout de six ans) et des montants réinvestis. Elles restent taxées au taux forfaitaire de 19 %, si le dirigeant de l'entreprise vendue a exercé une activité pendant les cinq ans précédant la cession et s'il a détenu au moins 10 % des droits de vote pendant au moins deux ans consécutifs. Ces propositions seront ensuite transmises au ministère du Budget.

Les 35 heures et le coût du travail dans la mire de l’industrie

La fiscalité n’est pas la seule préoccupation des chefs d’entreprises. En course pour succéder à Laurence Parisot à la présidence du Medef, Pierre Gattaz, le président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) a – une nouvelle fois – lancé une charge sur les 35 heures. « Les 35 heures font partie de ces dogmes qu'il faut revoir avec les partenaires sociaux. Le mieux c'est de le faire dans l'entreprise. Le meilleur dialogue social c'est le dialogue social de terrain. Il faudra sans doute les adapter. Si on arrive à apporter beaucoup de souplesse et d'amélioration aux 35 heures à travers le terrain, on aura gagné. Il faut remettre ce sujet sur la table, comme le coût du travail », a déclaré Pierre Gattaz ce lundi à l’antenne de BFM Business, un coût qu’il considère comme un « frein à l'embauche en France ». « Lorsque vous donnez 100 euros à quelqu'un, ça coûte à l'entreprise 185 euros, alors que quand vous donnez 100 euros à un Allemand, ça coûte à l'entreprise 155 euros, il y a une grande différence et celle-ci est due au coût du travail », a-t-il expliqué, estimant que la France « a besoin d'un électrochoc de confiance, de fiscalité et de compétitivité. Nous sommes une Ferrari qui avance avec les deux pieds sur le frein ».

Margaret Thatcher est morte à l'âge de 87 ans

La Dame de fer est décédée à l'âge de 87 ans a annoncé son porte-parole lundi. Elle avait dirigé le Royaume-Uni de 1979 à 1990.

L'ancien Premier ministre britannique de droite Margaret Thatcher est décédée lundi à Londres à l'âge de 87 ans, a indiqué son porte-parole. "C'est avec une grande tristesse que Mark et Carol Thatcher annoncent que leur mère, la baronne Thatcher est morte paisiblement ce matin, à la suite d'une attaque", a déclaré Tim Bell.

Fille d'épicier,  membre du Parti conservateur, Margaret Thatcher a été la première femme britannique à accéder à la tête du gouvernement -et elle est toujours la seule à ce jour-, où elle a établi un record de longévité : 1979-1990.


Force de caractère et de convictions

Elle y avait notamment acquis le surnom de "Dame de fer" en raison de sa force de caractère et de ses convictions, qu'elle ne changeait pas au gré des besoins. Elle s'était montrée ainsi inflexible sur de nombreux dossiers : la libéralisation de l'économie, avec de nombreuses privatisations ; la lutte contre les grèves, notamment celle des mineurs ; la lutte contre l'Ira en Irlande du Nord ; la guerre des Malouines contre l'Argentine ou encore la contribution britannique au projet européen, qu'elle voulait réduite au stricte minimum.

En 1990, c'est l'instauration d'un nouvel impôt, la "poll tax", qui a contribué à chute. Très impopulaire -il était basé sur le nombre de personnes vivant dans un foyer et non sur son revenu-, il avait poussé les députés de son parti et plusieurs de ses ministres à la mettre en minorité. Elle avait alors été contrainte de démissionner, au profit de John Major.

Alzheimer

Sa famille avait annoncé au milieu des années 2000 qu'elle souffrait de la maladie d'Alzheimer -un épisode autour duquel le film "La dame de fer", sorti en 2012, était axé. Elle limitait depuis ses apparations publiques au strict miminum.

Après l'annonce de sa mort, David Cameron, le Premier ministre britannique, issu comme Margaret Thatcher du Parti conservateur, a écourté sa visite en Espagne et en France -il devait rencontrer François Hollande dans l'après-midi- pour rentrer directement à Londres.

 








Les européens malades des plans d'austérité

La revue britannique The Lancet établit un lien direct entre taux de chômage et taux de suicide. Et elle accuse les ministres de la Santé de couper dans les bugets sans discernement. 

Le taux de chômage a atteint le niveau record de 12% dans la zone Euro. En Grèce, au Portugal, à Chypre, les plans d’austérité dictés par l’Europe se suivent et se ressemblent. En France, nous n’en sommes pas là mais le nouveau ministre du Budget, à peine installé à Bercy, n’a pas hésité à employer le terme, longtemps banni, de « rigueur ».
Depuis bientôt cinq ans, les populations trinquent et les effets de la crise sur la santé sont de plus en plus perceptibles. En 2011, la revue médicale britannique, The Lancet, s’était penchée au chevet de la Grèce. Et le diagnostic était sombre : « Nous constatons [...] des tendances très inquiétantes, un doublement des cas de suicides, une hausse des homicides, une augmentation de 50 % des infections au virus VIH et des gens qui nous disent que leur santé a empiré mais qu'ils ne peuvent plus consulter de médecins même s'ils devraient le faire », indiquait l’auteur de l’étude.
Deux ans plus tard, The Lancet récidive. Mais, cette fois, c’est la santé de l’Europe toute entière qui est analysée. Dans son rapport « Crise financière, austérité et santé en Europe », publié le 27 mars dernier, la revue scientifique souligne notamment que le taux de suicide chez les moins de 65 ans a augmenté dans l’Union depuis 2007, alors qu’il était en chute régulière depuis sept ans. Autre signal d’alerte repéré par le Lancet : au Portugal, le nombre de décès chez les plus de 75% a enregistré un pic pendant l’hiver 2012 par rapport à l’année précédente. La grippe ne serait pas la seule responsable. Aujourd’hui, 40% des personnes âgées au Portugal vivent dans des appartements mal chauffés.


+ 3% de chômeurs = + 5% de suicide


Le Lancet n’est pas le seul à percevoir ces signaux. L’Organisation mondiale de la santé notait, début mars, qu’ « une hausse de chômage de plus de 3% dans un temps relativement court est associée à une augmentation d’environ 5% des taux de suicide et des blessures auto-infligées. » En Grèce, le taux de chômage a fait un bond de 5 points en une seule année. En France, la courbe est plus douce, mais il a pris un point par an, en moyenne, depuis 2008. Il va donc falloir surveiller le taux de suicide.


Dans les centres de santé de France de Médecins du monde (Mdm), les effets sanitaires de la crise économique sont aussi perceptibles. « Le nombre de consultations a grimpé de 22% en trois ans, fait remarquer le Dr Jean-François Corty, directeur des missions France. Et nous voyons revenir dans nos centres, les travailleurs pauvres. Ils avaient disparu depuis 1998 et les lois de lutte contre les exclusions. » Pour mieux toucher ces nouveaux précaires, Mdm va d’ailleurs ouvrir sa première mission France en zone rurale.


Ecoutez le Dr Jean-François Corty, directeur des Missions France de Médecins du monde : "Nous allons ouvrir un centre de santé en Auvergne pour aller au-devant des migrants de la pauvreté, ces familles qui quittent les villes pour des raisons économiques."


Des ministres de la Santé passifs

Mais que fait la police ? Ou plutôt que font les autorités sanitaires pour amortir le choc de la crise économique ? A en croire The Lancet, pas grand chose. « La voix des responsables de la santé publique a été largement absente du débat sur la réponse à apporter à la crise. Beaucoup de ministres de la Santé sont restés silencieux. » Le Lancet va même plus loin et accuse le directeur général en charge de la santé et de la protection du consommateur à la Commission européenne d’avoir failli à son obligation légale d’évaluer les conséquences sanitaires des politiques d’austérité imposées par la Commission, le FMI et la banque centrale européenne. Or, cette troïka a exigé de trancher dans le vif. En Grèce par exemple, rapporte la revue britannique, les instances européennes ont réclamé que les dépenses de santé ne dépassent pas 6% du PIB. Une intrusion inédite dans les affaires sanitaires d’un Etat souverain.


A l’occasion de la journée mondiale de la santé le 7 avril, Mdm a d’ailleurs dénoncé le fait que « les systèmes européens de santé et de protection sociale vacillent sous la pression et les mesures d’austérité déclenchées par les gouvernements pour répondre à la crise ».
Les autorités sanitaires françaises n’ont pas fait exception à la règle. Certes, le Parlement est en train de voter la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés mais dans le même temps, les déremboursements de médicaments se poursuivent et le reste à charge augmente. Et pour le Dr Jean-François Corty, « la remise en cause de notre modèle de protection sociale solidaire ne date pas de 2008 ! La crise a bon dos. »


Une récession temporaire améliore la santé


Les récessions économiques ne seraient d’ailleurs pas si mauvaises pour la santé qu’on veut bien le dire. « Contrairement à l’idée reçue, la littérature récente montre que la mortalité et les problèmes de santé ont tendance à se réduire durant les récessions, » écrivait Florence Jusot, professeur à l’université de Rouen et chercheur à l’Irdes, en 2012 dans « Les tribunes de la santé ».
« L’augmentation du chômage libérerait du temps pour se soigner ou avoir une activité physique, alors que l’intensité du travail serait plus importante dans les périodes d’activité économique forte, ce qui augmenterait les risques de maladies et d’accidents, ajoute la chercheuse. Les récessions sont également associées à une amélioration des styles de vie. » Moins d’alcool, de tabac, une meilleure alimentation, plus d’activité physique… Le temps libéré par la perte d’un emploi serait donc mis à profit pour se prendre en charge. Florence Jusot précise que « seules les augmentations temporaires de chômage et les diminutions temporaires de revenu seraient bénéfiques. L’état de santé des populations se détériore si la crise devient durable ». L’Europe traverse sa cinquième année de crise.

Finira-t-on par être obligé de sacrifier l'euro pour sauver l'Europe ?

L'Europe est aujourd'hui divisée en deux, entre les pays du Nord et ceux du Sud, en grande difficulté. La convergence de leurs économies étant difficilement réalisable, va-t-il falloir abolir la monnaie unique ?
Dans une interview accordée à Business Insider (lisible en cliquant ici), Bernd Lucke, économiste allemand et professeur à l'Université de Hambourg, estime que l'euro divise actuellement l'Union européenne en deux entre d'un côté les pays du Sud en difficulté et une Europe du Nord ou centrale en meilleure forme. Dans ce contexte, sacrifier l'euro est-il, paradoxalement, le meilleur moyen de sauver l'Europe et le projet européen ?

Paul Goldschmidt : La question doit être renversée : il est essentiel de sauver l’Union Européenne pour sauver l’Euro ! En effet, ce n’est pas la « monnaie unique » qui est malade, comme le démontre le taux de change vis-à-vis du dollar américain qui, en dépit de larges fluctuations, demeure environ à 7% au-dessus de son taux d’origine de 1 euro pour 1,17 dollar. De plus, du point de vue « monétaire », c’est l’union économique et monétaire (UEM), qu’il s’agit de sauver : sa survie, en tant que « coopération renforcée » prépondérante au sein de l’UE, conditionne à son tour la pérennité de celle-ci.

Ce sauvetage de l’UEM ne peut se réaliser que par une « fédéralisation ». Cela implique un budget, des ressources propres et une capacité d’emprunt autonome des « Etats membres fédérés » au sein de l’UEM. Seule une telle structure permet la conjugaison d’une discipline commune impérative et d’une solidarité nécessaire, similaire à celle qui prévaut à présent au « niveau national » en assurant les transferts internes indispensables et qui assure la cohésion de pays tels que l’Italie où la France, etc. A défaut, l’UEM ne pourra survivre ce qui entrainera l’implosion de la monnaie unique et l’effondrement de l’Union Européenne.

Jacques Sapir : Le pire ennemi de l’Europe aujourd’hui est l’Euro lui-même. L’Allemagne a imposé des solutions pour les pays connaissant de graves difficultés où ceux-ci doivent financer eux-mêmes les plans de sauvetage. On dit que cette politique est celle de Madame Merkel, ce qui est exact. Elle a saisi l’occasion de la crise chypriote pour préciser cette nouvelle doctrine. Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a d’ailleurs confirmé le samedi 6 mars que les grands déposants des banques européennes pourraient souffrir si une banque venait à faire faillite. En fait, il faudrait, pour que la zone Euro fonctionne, que l’on transfère vers les 4 pays du Sud un minimum de 260 milliards par an, plus environ 90 milliards pour les autres pays et pour assurer l’équilibre des balances commerciales. On aboutit à 350 milliards de transferts annuels, dont l’Allemagne devrait couvrir environ 200, voire 250 milliards, soit de 8% à 10% de son PIB.

L’Allemagne, qui profite de l’existence de l’Euro à hauteur de 3% de son PIB, se refuse bien entendu à une telle solution. Donc, l’application de la nouvelle « doctrine » va conduire à une aggravation rapide de la crise dans ces pays et, en fin de compte, ne leur laissera pas d’autres alternatives qu’une sortie de l’Euro ou d’être définitivement ruinés. Ceci va empoisonner les relations au sein de l’Union Européenne. Il vaudrait mieux que l’on en tire rapidement les leçons et que l’on mette fin à cette tragique expérience qui s’appelle l’Euro. C’est d’ailleurs l’opinion de Hans-Olaf Henkel, ancien Président de la Fédération des industries allemandes, dans la revue Europe’s World.

Philippe Waechter : Le projet européen est, comme le rappelait Mario Draghi cet été, d'abord une construction politique. Cela veut dire mettre en commun des institutions, des règles de fonctionnement et partager une vision sur ce que doit devenir l'Europe. L'Euro a été l'étape ultime de la construction économique avant l'union politique. C'est ce statut qui pose un grand nombre de questions. En effet, les institutions de la zone Euro ont à l'exception de la BCE été construites comme des prolongements de ce qui existait déjà et des gouvernements. Alors que la mise en place d'une nouvelle monnaie requérait de nouvelles institutions spécifiques. C'est ce cadre spécifique qui a manqué. Depuis l'été 2012 des changements profonds ont été mis en place pour refonder les institutions et les rendre moins dépendantes des gouvernements. Ce cadre renouvelé doit permettre une meilleure coordination et aussi un meilleur contrôle de la situation de chacun en zone Euro.

Le risque, si l'on sacrifie l'Euro, est de détricoter l'ensemble de la construction. En effet, l'éclatement de la zone Euro provoquerait des ajustements brutaux et forcément un changement radical dans les rapports entre pays. Rien ne dit alors que l'Union Européenne résisterait à ces chocs remettant en cause le développement connu depuis la seconde guerre mondiale. Comment dans ce cas imaginer une dynamique européenne commune ? Ce serait illusoire. La construction européenne ne fonctionne pas bien et c'est à nous tous d'œuvrer pour en améliorer la dynamique, car l'Europe pour les européens reste la plus belle des idées.
La Deutsche Bank avait formulé en mai 2012 une proposition initialement émise par Citigroup en septembre 2011 visant créer une double monnaie en Grèce : l’euro resterait la devise pour les échanges commerciaux et la labellisation de la dette, et le « geuro » serait la monnaie intérieure. Plus largement, comment serait-il possible de démanteler l'euro, et par quoi le remplacer, si cette décision venait à être prise pour remédier aux déséquilibres entre le Nord et le Sud de l'Europe ?

Paul Goldschmidt : La proposition de la Deutsche Bank et de Citigroup est totalement utopique : pour fonctionner, elle implique un contrôle des changes (voir Chypre) qui est incompatible avec la liberté de circulation des capitaux au sein de l’Union. Si la convertibilité de la monnaie interne est maintenue, on assistera à une fuite constante des capitaux (la mauvaise monnaie chasse la bonne) et une « euroisation » de l’économie telle qu’on l’a connue en Yougoslavie où le Deutsche Mark et le Dollar ont remplacé les monnaies locales dans les années 1990. Démanteler l’Euro ne peut se faire sans un séisme qui entraînerait de graves déséquilibres, non seulement sur le plan interne mais aussi sur le plan international, résultant des cascades de faillites inévitables. L’existence de crédits considérables accordés par les banques du « Nord » au pays du « Sud » fragilise tant les débiteurs que les créanciers en cas de « sortie » unilatérale de l’UEM. C’est pourquoi tout doit être fait pour éviter un tel scénario.

Jacques Sapir : Cette proposition n’est pas réaliste à terme. Si l’on a deux monnaies coexistant sur le même espace économique, alors la « Loi de Gresham » (la mauvaise monnaie chasse la bonne) s’appliquera. Mais, c’est déjà ce que l’on voit à Chypre. C’est même le principal paradoxe de la crise chypriote. Pour rouvrir les banques le jeudi 28 mars, il a fallu mettre en place un cadre réglementaire extrêmement strict. Ce dernier a permis d’éviter un effondrement lors de la réouverture des banques chypriotes. Mais ces mesures ont abouti à créer deux euros dans les faits, l’un chypriote dont la fongibilité est limitée, et l’autre pour le reste de la zone Euro. Les concepteurs de ce système ne se sont pas rendus compte qu’ils administraient ainsi la démonstration que rien ne serait plus facile que de quitter la zone Euro. Tous les discours sur les aspects catastrophiques d’une telle sortie s’effondrent.

Désormais, ces contrôles sont en place, et ils ont été introduits avec l’assentiment de la Banque Centrale Européenne et de l’Eurogroupe en totale contradiction avec le Traité de Lisbonne. Cette évolution était en réalité prévisible depuis plusieurs mois. Une fois que l’on a accepté de renouer avec le principe des contrôles de capitaux, une sortie apparaît techniquement aisée à réaliser. Si l’on accepte le principe d’un démantèlement de l’Euro, cela se traduira par le retour aux monnaies nationales. Il sera alors important de coordonner les politiques de change entre les pays ayant retrouvé leur souveraineté monétaire. Ceci devrait s’appliquer entre la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. D’autres pays pourraient progressivement venir s’adjoindre à cette coordination, qui pourrait déboucher, rapidement, sur une monnaie commune soit une monnaie venant s’ajouter et non se substituer aux monnaies existantes, et servant aux transactions commerciales et financières avec les autres pays.

Philippe Waechter : Pour moi cette question ne doit pas être et n'est pas celle du moment. Réfléchissons néanmoins autour d'elle. On pourrait imaginer une première étape avec un euro du nord et un euro du sud pour que chacun gère ses propres contraintes. Cette idée permettrait aux Etats du nord de disposer d'une marge de manœuvre qui lui serait propre, laissant les Etats du sud trouver les solutions à leurs difficultés.

Cette configuration n'a cependant pas de sens. En effet, les pays du sud dont l'activité se contracte rapidement peuvent avoir intérêt à retrouver leur monnaie pour dévaluer et espérer retrouver des capacités de croissance à moyen terme. Donc, aucun pays n'a intérêt à se lier les mains par la mise en place d'un euro du sud avant que la valeur de sa monnaie soit stabilisée. Cela prendra alors du temps. Cela sera porteur de fortes divergences de comportement entre temps.

Un euro du nord aurait probablement tendance à s'apprécier. Il n'est pas certain que tous les pays y participant y aient intérêt. La France, pour laquelle existent des questions sur sa compétitivité, n'aurait aucun intérêt à être associée à une monnaie qui s'apprécie. Le risque est que de crise en crise, après une séparation entre euro du nord et du sud, il n'y ait de stabilité qu'avec 17 pays et 17 monnaies. La conséquence serait un adieu alors au rêve européen puisque les rapports de force entre les Etats auraient changé de façon radicale.

Selon Bernd Lucke, les pays du Nord semblent "semblent actuellement bénéficier de la misère des Etats d'Europe du Sud, parce que la totalité des flux de capitaux quittent ces pays pour se diriger vers l'Allemagne, les Pays-Bas" aidant ainsi ces derniers à "réaliser des investissements à faibles coûts [...] au détriment des pays d'Europe du Sud". L'euro a t-il créé cette situation où, contrairement à ses objectifs initiaux qui consistaient à faire converger les économies européennes, le succès des uns s'exerce au détriment des autres ?

Paul Goldschmidt : Il est vrai que les flux de capitaux vers le Nord fragilisent les pays du Sud. La gestion calamiteuse du problème chypriote ne fera qu’aggraver cette tendance, notamment en décourageant tout dépôt de plus de 100.000 euros, susceptible d’être « ponctionné » en cas de restructuration bancaire induite ou non par un déséquilibre des finances  publiques. Pour contrecarrer cette situation, il faut accélérer la mise en place de l’Union Bancaire et briser le cercle vicieux qui rend les secteurs publique et bancaire interdépendants. L’existence d’un « marché financier  et bancaire » intégré au niveau de l’UEM devrait permettre les conditions de crédit de converger et ainsi de ne pas favoriser l’accès au -  et le coût du - crédit des entreprises du « Nord » au détriment de ceux du « Sud », la capacité financière intrinsèque de chaque emprunteur devenant le seul critère d’éligibilité.

Jacques Sapir : Ceci est entièrement exact. Ajoutons que l’Allemagne tire un profit supplémentaire de l’état de crise dans lequel se trouvent les pays d’Europe du Sud. Elle « importe » des jeunes diplômés (dont au passage elle n’a pas à supporter les coûts de formation), privant ainsi ces pays de leurs futures élites économiques et scientifiques et les enfonçant un peu plus dans la crise. On peut d’ailleurs se demander pourquoi l’Allemagne ne délocalise pas certaines de ses productions dans des pays comme l’Espagne ou la Grèce. La réponse est simple. Cette politique provoque une hausse mécanique du PIB de l’Allemagne, mais aussi celle des contributions sociales et budgétaires qui sont payées par ces « migrants » forcés, qui constituent l’équivalent d’un nouveau Service du Travail Obligatoire de sinistre mémoire de 1942. Au contraire, si l’Allemagne délocalisait certaines activités, elle serait obligée d’investir dans les pays concernés et les salaires des personnes employées ne donnerait pas lieu à impôts et cotisations sociales au profit de l’Allemagne mais du pays où ces gens travaillent.

Philippe Waechter : L'une des questions majeures de la zone Euro a été l'absence de coordination dans la gestion de la politique économique en dehors de la politique monétaire de la BCE. Il était imaginé au départ que, pour compenser le manque de processus d'ajustement endogène, la politique budgétaire puisse avoir ce rôle. Rien n'a été fait dans ce sens. En conséquence, il n'y a pas eu la possibilité de rééquilibrer la situation d'un pays par rapport aux autres. En outre, la gouvernance insuffisante a permis que se développent des déséquilibres forts et durables sans qu'il y ait de contrôle fort. Le souhait n'aurait pas été de limiter la croissance d'un pays mais d'éviter les éventuels effets de contagion en cas de rupture après un déséquilibre. Ces dernières années les exemples ne manquent pas.

En fait, il y a eu le sentiment que l'on pouvait avoir la monnaie unique et continuer à se comporter comme auparavant. Cela a été d'autant moins faisable que certains pays ont bénéficié du fait de l'euro de conditions financières très avantageuses se traduisant par un endettement privé élevé.

Ces faiblesses que l'on constate tout au long de la crise doivent être corrigées. La construction européenne a changé de cadre avec la monnaie unique mais ses institutions et ses modes de fonctionnement ne se sont pas suffisamment reformées pour être en phase avec la rupture qu'entraine la monnaie unique. Les corrections se mettent en place mais cela prendra encore un peu de temps. Pendant ce temps trouble, l'ancrage européen doit être renforcé afin de ne pas voir apparaître des forces centrifuges dont la conséquence serait l'éclatement de la zone.
Finalement, la zone euro aurait-elle évité une telle situation si l'intégralité des pays membres avaient tout simplement respecté les objectifs fixés en 1992 par les critères de convergence dans le Traité de Maastricht - entres autres, 3% du PIB de déficit par an et par pays et une dette n'excédant pas les 60% du PIB ? Cela signifie t-il que les gouvernements des Etats membres, et non l'Europe, sont les vrais responsables de la crise actuelle ?

Paul Goldschmidt : Le respect des critères de convergence et du Pacte de Stabilité n’auraient pas été suffisants pour éviter la crise financière, comme le démontre la vulnérabilité de l’Irlande et de l’Espagne due à des causes non visées par ces critères. D’autre part, la violation de ces critères a été une conséquence de la crise car les Etats se sont endettés d’abord pour renflouer le secteur bancaire et en suite pour financer la relance économique.

Le surendettement du secteur privé qui a causé la crise financière s’est donc propagé, à cause de l’urgence, au secteur public, l’endettement global excessif ne diminuant pas. Au contraire, la récession a fragilisé d’avantage les équilibres budgétaires et augmenté la dette publique, comme les derniers chiffres concernant la France le prouvent, débouchant sur la polémique actuelle concernant la pertinence d’une politique d’austérité. La réalité douloureuse est, qu’ayant vécu pendant des années au-dessus de nos moyens, il faut maintenant payer ces excès. Dans ce contexte, l’aggravation des inégalités entre nantis et démunis, l’étalage de comportements inacceptables aux plus hauts niveaux tant dans le secteur public (Cahuzac) que privé (rémunérations obscènes)  rendent le climat politique et social très fragile et mettent en cause la volonté et la capacité des autorités de prendre les mesures adéquates pour sauver l’Union Européenne et donc l’Euro.

Jacques Sapir : Si les pays, y compris l’Allemagne, n’ont pas respecté les « critères de Maastricht » c’est parce que cela était impossible. Ces critères ne sont pas adaptés à des situations économiques changeantes, qu’il s’agisse du critère de déficit ou de dette. Rappelons que seule la dette publique était surveillé, alors que ni la dette des ménages ni celle des entreprises ne faisaient l’objet de la moindre surveillance. La politique du crédit de la BCE a aussi contribué à rendre impossible le respect de ces critères. En fait, j’ai montré dans un ouvrage récent (Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, 2012) que l’Euro avait fonctionné comme une « trappe à récession » pour une majorité de pays. Il n’y a pas eu de convergence des taux d’inflation, ce qui a démultiplié le problème de compétitivité relative à l’intérieur de la zone Euro. Quelles qu’aient pu être les erreurs de politique économique des divers gouvernement, et il y en a eu à l’évidence, la responsabilité de la zone Euro est pleinement et directement engagée.

Philippe Waechter : Les responsabilités sont partagées. Les gouvernements ont tiré la couverture à eux lorsque cela les avantageaient, l'Union Européenne a probablement manqué de crédibilité et d'ambition dans la transformation profonde de l'Europe.

Il faut maintenant mettre en place les institutions décidées afin de faciliter le fonctionnement de la zone Euro et de tourner l'action de tous vers la croissance. L'Euro existe, son démantèlement serait tragique dans un monde désormais davantage centré sur le Pacifique que sur l'Atlantique. Les gouvernements ont un rôle majeur dans la transition vers le cadre institutionnel se mettant en place progressivement. Ils doivent s'engager tout en sachant qu'à la fin ils perdront une partie de leur souveraineté. L'Europe a les moyens d'ancrer l'euro et de mettre en œuvre les réformes pour retrouver de la croissance. Ce chemin est l'œuvre de tous.

Une classe politique vraiment pas classe

Ce samedi, François Hollande est allé se ressourcer à Tulle. Il en avait besoin, tout secoué qu'il avait été par une affaire Cahuzac qui se rapproche dangereusement de lui. Il ne devait pas renouer le contact avec "les Français", mais "ça lui aurait coûté". Alors, il est allé caresser le poil un peu ras du moutontribuable local.

Et manque de chance, lors de cette visite en territoire pourtant conquis, un Français n'a pas hésité à lancer au Président qui se ressourçait un petit "faudrait pas oublier d'être de gauche, Monsieur" qui résume à lui seul à quel point le locataire de l’Élysée n'est plus du tout connecté au peuple qu'il prétend diriger. En effet, s'il est bien acquis que ceux qui n'ont pas voté pour lui ne sont certainement pas contents de son (in)action présente, tout montre qu'il a aussi rapidement perdu le soutien de ceux qui l'avaient clairement désigné comme président (par dépit ou par envie, peu importe).

En dix mois, François Hollande a réussi à se faire détester aussi bien de ses amis que de ses ennemis, à plonger le Parti Socialiste dans la consternation en lui conservant son hébétude routinière, et à mettre une panique mémorable tant chez ses députés que ses sénateurs et son gouvernement. En effet, si le pauvret n'est pas directement responsable des agissements de Cahuzac qui l'auront poussé à partir de Bercy avec le fracas qu'on connaît, les réactions présidentielles à la suite de cette affaire sont d'une mollesse sans précédent, mollesse et inadéquation patente avec la gravité de la situation qui provoquent 
(presque paradoxalement) une onde de choc mémorable sur toute la gauche française.

poufmag, avec Audrey Pulvar en couvertureIl n'est qu'à lire les réactions d'une Audrey Pulvar dont l'aspect pathétique s'ajoute au ridicule général et dans lesquelles on peut à la fois lire la panique d'une perte brutale de repère et le bon gros mensonge moraliné qui distingue les bobos socialoïdes du simple cuistre lambda ; ainsi, on apprend que la journaliste a bien été opérée de la honte très tôt puisqu'elle prétend avoir été en 1981 sur la place de la Bastille, à 9 ans donc, alors qu'elle habitait alors en Martinique, à 7000 km de là. L'insupportable parangon de journalisme people/engagé imagine et tente de nous faire croire au réveil de sa conscience politique au début d'une ère Mitterrand dont tout le monde se souvient qu'elle s'acheva deux ans plus tard par une déroute économique complète et dont personne ne peut maintenant se réclamer sans passer immédiatement pour un clown has-been.

J'avais déjà évoqué cette "onde de choc Cahuzac" en notant le lourd passé (judiciaire, notamment) des petits Père-La-Morale qui entendaient distribuer leurs bons et mauvais points aux exilés fiscaux puis au ministre déchu et je n'avais pu m'empêcher de remarquer qu'au milieu des sanglots théâtraux d'un Filoche en pleine crise de lyrisme en carton, on trouvait le brave Harlem Désir, courroucé sur commande, qui n'avait pu s'empêcher d'éjecter l'impétrant d'un Parti si bien rempli de belles âmes. On aurait pu s'en tenir là.

Las, comme disait le regretté Audiard, les cons osent tout et c'est à ça qu'on les reconnaît. Harlem Désir persiste donc et, comme Audrey Pulvar qui barbouille les ondes des conscientisations citoyennes imaginaires d'une enfant de 9 ans, il prend vigoureusement la parole pour réclamer un référendum dont le sujet serait, on en reste coi, "sur la moralisation de la vie politique".



Sacré Jean-Philou. Outre le vague bien gluant du sujet, que ne précisent guère les quelques propositions de référendums concrets qu'il préconise ("non-cumul des mandats", "contrôle du patrimoine des élus"), on voit bien, mon brave Jean-Philou, que ta proposition ne fait que camoufler le désarroi qui s'est emparé de tout ton Parti, écrasé entre l'hypocrisie débordante de ses dirigeants et la morale outragée de sa base. Un référendum sur le non-cumul ? Allons. Tu sais très bien qu'il n'aura jamais lieu, précisément parce que tous les Français (à part les 7500 élus les plus concernés) sont pour. Un référendum sur le patrimoine des élus ? La bonne blague, venant d'un condamné pour emplois fictifs ! La grosse plaisanterie, venant d'un parti qui accumule casseroles sur casseroles ! La super-vanne pourrie, venant de l'un de ces politiciens, de droite ou de gauche, qui ont toujours pratiqué la bidouille, la magouille, le trafic d'influences, les détournements de fonds publics et les échanges discrets de mallettes garnies ! Là encore, tu sais fort bien qu'un tel référendum ne sera jamais mis en place parce que tous les Français (sauf les gars comme toi) n'attendent que ça !

Désir de référendum

C'est d'ailleurs particulièrement hypocrite de ta part, Jean-Philou, de demander des référendums dont tu connais déjà le résultat (massivement positif) alors que sur les questions qui clivent vraiment les Français (le mariage homosexuel, par exemple), les gens comme toi se battent de toutes leurs forces pour qu'ils n'aient pas lieu ! Tiens, par exemple, mon brave Tramway Harlem, pourquoi ne demandes-tu pas plutôt un bon gros remaniement ministériel bien courageux, bien solide, bien net pour virer les mous, les incompétents, et les corrompus de l'actuel gouvernement ? Là, tu serais en phase avec plus de 60% des Français, dis donc ! Ça te changerait, en plus !

Mais comme je le disais plus haut, une telle démarche, de ta part, ou de celle de Pulvar ou ses semblables, ce serait simplement un nouveau choc ajouté à celui qui vient paralyser toute la classe politique du pays. D'ailleurs, le traumatisme est si fort qu'on en vient à lire des morceaux d'anthologie dans les feuilles de choux : elles tentent de fournir des onguents intellectuels pour les bleus et contusions qu'une telle affaire entraîne chez l'électorat qui les list habituellement. Et l'analyse est à la hauteur habituelle d'un Libération à bout de souffle (et de subventions) : si Cahuzac a tant pêché, c'est parce qu'il "est le symptôme de l’idéologie libérale dans laquelle nous vivons aujourd’hui".

Venant d'un politologue du centre de recherche de Science-Po, on comprend qu'une telle tirade indique à la fois l'effarement qui s'empare des "élites", et le niveau abyssal dans lequel leur inculture les maintient ; pour lui, si Cahuzac a fraudé, c'est parce qu'il était avant dans le privé. Et le privé, c'est le libéralisme, bien sûr, avec sa cohorte de plaies, d'enfants malades et de chatons énucléés. Point d'autre explication ne sera nécessaire : Cahuzac, ci-devant socialiste adulé, est maintenant un cancrelat libéral estampillé par les plus hautes instances de recherche en politologie-politique de politicarderie politicienne !

Les crises sont, dit-on, d'excellents révélateurs : elles permettent de distinguer ceux qui courent dans tous les sens en criant stérilement de ceux qui font preuve d'à-propos, qui ont l'esprit vif, qui comprennent la situation d'un coup d’œil rapide et mettent en place des solutions pragmatiques et viables pour surmonter les moments difficiles. Ce que toute cette affaire démontre de façon éclatante est que la France est à présent gouvernée par une bande d'andouilles paralysées, une brochette de lapins nocturnes et hébétés dans les phares d'une voiture puissante qui leur arrive droit dessus.

On a, depuis longtemps, dépassé le stade d'un besoin de bricolage, et même le gros-œuvre semble trop léger pour rattraper la chose. Le pédalo n'est plus suffisant. Nous allons avoir besoin d'un plus gros bateau.

we're gonna need a bigger boat